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Michel Foucault ,Psychiatrie et médecine

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par David Labreure
Université Paris 1 panthéon sorbonne - Ma??trise 2004
  

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IV : LE PANOPTICON :

Le modèle panoptique inventé par Jeremy Bentham en 1787 est l'aboutissement le mieux formalisé de cette société disciplinaire. Considéré la plupart du temps comme un projet de prison modèle pour la réformation des détenus ,réintégrés dans le circuit de la production ou dans les rangs de l'armée, c'est aussi un plan type qui s'applique à d'autres institutions parmi lesquelles l'école, mais aussi et surtout l'hôpital - comme nous l'avons vu - et l'asile ; en outre,il est une solution économique aux problèmes de l'encadrement ,  « l'esquisse géométrique d'une société rationnelle » , comme le dira Foucault dans son introduction au Panopticon. Bentham parle lui-même d'un schéma qui donne force à toute institution .Le but est d'optimiser, de maximiser le pouvoir et ses effets. La surveillance se fera sur chaque individu, sur chaque corps. Chacun doit se sentir observé, jugé, par un regard qui sera le plus discret possible, voir même invisible et anonyme : « Le vrai effet du Panopticon c'est d'être tel que, même lorsqu'il n'y a personne, l'individu dans sa cellule non seulement se croie mais se sache observé, qu'il ait l'expérience constante d'être dans un état de visibilité pour le regard »173(*) . Il est « appareil de savoir et de pouvoir à la fois »174(*) . Dans l'introduction au Panopticon de Bentham, L'oeil du pouvoir, Foucault résume très bien le principe général du panopticon : « A la périphérie, un bâtiment en anneau ; au centre une tour ; celle-ci percée de larges fenêtres, qui ouvrent sur la face intérieure de l'anneau. Le bâtiment périphérique est divisé en cellules, dont chacune traverse toute l'épaisseur du bâtiment. Ces cellules ont deux fenêtres : L'une ouverte vers l'intérieur, (...) l'autre donnant sur l'extérieur permet à la lumière de traverser la cellule de part en part. Il suffit de placer un surveillant dans la tour centrale, et dans chaque cellule d'enfermer un fou, un malade ou un condamné »175(*).

Fig 2:The Panopticon of Jeremy Bentham

De plus, associé à une notation, une transcription perpétuelle du comportement par l'intermédiaire de l'écriture, le panopticon permet ainsi la « constitution d'un savoir permanent de l'individu »176(*) : L'individu doit être soumis à un regard, une surveillance et une observation continus. Il est « appareil de savoir et de pouvoir à la fois »177(*) . Le panoptique tel quel ne fut jamais réalisé. Le panoptisme, en revanche, en tant que principe de surveillance centrale va peu à peu modifier le système carcéral, l'architecture pénitentiaire et asilaire. Foucault pense ainsi que la société moderne est dominée par des schémas de pouvoir disciplinaire (dont le panoptique est l'illustration la plus visible et la plus parlante), tout comme le Moyen Age était dominé par le modèle de pouvoir souverain. Il subsiste toutefois des modèles de pouvoir souverain à l'intérieur des sociétés modernes, comme la famille. On pourrait croire que la famille est un type de pouvoir disciplinaire. Ce n'est pas le cas :la famille est avant tout selon Foucault l'individualisation maximale du pouvoir souverain dans les mains du père. La famille sert plutôt de point de liaison ,de « charnière » entre l'individu et le pouvoir disciplinaire :c'est la famille qui « oblige » l'enfant à entrer dans le système scolaire, ou l'envoie au service militaire qui sont deux instances que l'on peut qualifier de disciplinaires : « Ce n'est pas échapper au mécanisme de la discipline que de se référer à la souveraineté du pouvoir familial, c'est , au contraire , renforcer ce jeu entre souveraineté familiale et fonctionnement disciplinaire »178(*). Lorsqu'un individu, par contre, échappe au pouvoir de souveraineté familial, on le place en hôpital psychiatrique où on lui inculque la discipline dans le but de le « re-familiariser ».C'est ce que Foucault nomme la « fonction psy ». C'est dans le fonctionnement de l'asile que Foucault va repérer la mise en oeuvre de ce pouvoir disciplinaire gagnant une toute nouvelle prééminence sur le pouvoir de souveraineté.

* 173 Michel Foucault, Le Pouvoir Psychiatrique, Gallimard seuil, Paris, 2003, p.78.

* 174 Ibid.p.80.

* 175 Michel Foucault, « L'oeil du pouvoir » in Dits et Ecrits Vol III, Gallimard, Paris, 1994, p.190 et p.191.

* 176 Michel Foucault, Le Pouvoir Psychiatrique, Gallimard seuil, Paris, 2003, p.79.

* 177 Ibid.p.80.

* 178 Ibid.p.88.

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