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Louis Ferdinand Céline:une pensée médicale

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par David Labreure
Université Paris 1 panthéon sorbonne - DEA Histoire et philosophie des sciences 2005
  

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II : LA PENSEE HYGIENISTE :

I : LE DISCOURS HYGIENISTE:

Louis Destouches croit à l'hygiène. Il est un partisan de la médecine préventive, sujet d'intérêt qui s'était éveillé en lui à la fondation Rockefeller. Ses études hâtives et son ignorance des médications spécialisées étaient peut être pour quelque chose dans cet « humanisme » médical. Il allait être une sorte de nouveau Semmelweis .Comme lui, il allait débarrasser l'humanité de ses fléaux. Car il n'y avait pas que la seule fièvre puerpérale : la tuberculose, l'alcoolisme, le tabac, la misère, le taylorisme... Autant de maux qui tuent plus lentement mais tout aussi sûrement que la fièvre des accouchées. La désillusion et la résignation l'emporteront finalement... Ce que nous entendons par discours médico-social est la prise de position de Céline le médecin, l'hygiéniste mais aussi l'écrivain, sur des questions relevant du logement,des conditions de travail,de la santé publique ,des assurances maladies, de la médecine sociale ,de l'éducation,de l'insalubrité ou encore de la pollution. L'une des originalités dans ce discours médico-social est que Céline ne s'est pas contenté d'aborder des problèmes,de critiquer des états de faits ou des solutions préconisées par les instances dirigeantes en place,mais d'en formuler lui-même,en termes généraux il est vrai. L'ensemble de ces textes façonne l'image d'un docteur Destouches spécialiste de la santé publique, d'une porte parole efficace de la diffusion des conceptions héritées de la fondation Rockefeller en matière d'hygiène. Ils témoignent aussi d'une époque et notamment des mouvements de rationalisation du travail et de la société dans les années 1920.

1.1 : AUX ORIGINES DE LA PASSION POUR L'HYGIENE :

En révélant le rôle des agents infectieux dans les années 1870, Louis Pasteur a du même coup éclairci le mystère de la contagion, indiqué les moyens de l'éviter et par là même jeté les bases de la prophylaxie des maladies et de l'hygiène personnelle et sociale. Cette découverte a donné une véritable justification scientifique à des pratiques d'hygiène prônées depuis des décennies, mais qui n'avaient que des fondements empiriques. De désordonné, parfois contradictoire, l'hygiénisme tend donc à devenir systématique et ce dés la fin du XIX è siècle. C'est dans le sillage des découvertes pasteuriennes que l'on trouve l'origine des idées hygiénistes et prophylactiques de Louis Destouches élevé dans la  hantise du microbe. En voyage en Angleterre, Louis, à 10 ans, écrit ainsi à ses parents : « Je prends régulièrement mon bain tous les jours (...) mardi soir je suis allé au bain (...) A 4 heures je suis allé prendre mon bain »73(*).Cette obsession familiale de la propreté se lit aussi dans les messages qu'il découvre dans ses lectures d'enfant. Des textes sur le fléau de l'alcool, la lutte contre l'alcoolisme ou contre la tuberculose sont présents dans des revues comme Lecture pour tous qui s'adressent aux enfants et que le jeune Destouches lit beaucoup. L'entourage du jeune homme a également joué un grand rôle : dans la maison des Destouches, on travaillait avec beaucoup de soins la dentelle (la mère de Louis, dentellière, installée passage Choiseul).Il fallait pour que tout soit impeccable, que la maison soit vierge d'odeurs pour que les ouvrages n'en soient imprégnés. L'alimentation de la famille consistait donc en grande partie en nouilles à l'eau,une habitude alimentaire qui allait marquer le futur Céline... L'antisepsie régnait déjà, dés l'enfance du jeune Destouches : « Enfant, tous les conseils de santé m'ont été prodigués, je suis hygiéniste, formé à l'hygiène stérile depuis mes couches »74(*).

Devenu adulte,il conserve un style de vie sain :Céline a avoué plus d'une fois être un « hygiéniste »,ne buvant pas,ne fumant pas,mangeant peu,vivant presque en ascète. Il a le sens de la vie saine et de son influence générale sur l'état général de l'homme. Dans Bagatelles pour un massacre, nous y reviendrons, il part en guerre contre l'alcoolisme, les mauvaises habitudes alimentaires, les mauvaises conditions d'existence dans les villes, l'absence d'activité physique : « Je suis essentiellement raffiné et essentiellement...euh... plutôt puritain. Je bois de l'eau, je mange des nouilles et je ne fume pas »75(*).Il dira encore : « Je m'intéresse pas à la bouffe (...) je ne fume pas, je ne bois pas .J'ai pas de vie sexuelle... Ca me dégoûte tout ça. C'est sale. Je n'ai pas envie de toucher à ce genre de chose. »76(*).La lutte contre l'alcoolisme sera, avec tout son cortége de règles d'hygiène et de tempérance, un leitmotiv permanent dans la vie de Céline : « L'anesthésique moral le plus complet, le plus économique qu'on connaisse, c'est le vin ! Et de première force... »77(*), écrit il. A Clichy Destouches a la réputation d'un médecin de « bon diagnostic », cernant rapidement les problèmes et se terminant souvent par les mêmes prescriptions : repos, eau, ou « pas de café, pas de vin »78(*), qu'il inscrivait en tête de presque toutes ses ordonnances. Ces conseils prennent même la forme d'un réquisitoire contre la société contemporaine. Marcel Aymé nous a rapporté ceci à ce propos :  « Ses plus grandes colères ,je les ai vues déferler contre ce qu'il jugeait propre à l'abaissement de l'homme,à l'abandon de soi même :l'alcool,les stupéfiants,les excès de mangeaille,le débridement de la sexualité,le luxe,la misère,les fausses barrières,la religion,les hypocrisies sociales ou mondaines qui ,sous une honnête couverture,favorisent le déchaînement des mauvais instincts »79(*).On retrouve ces colères dans D'un château l'autre : « Le monde sera seulement tranquille toutes les villes rasées ! Je dis ! C'est elles qui rendent le monde furieux (...) plus de music halls, plus de cinéma, plus de jalousies ! Plus d'hystéries ! ... »80(*).

Tout aussi sûrement, nous pouvons faire remonter l'expérience clinique de Céline en matière d'hygiène à des circonstances beaucoup plus proches de ses débuts de praticien: peu après l'armistice, Destouches est engagé, comme nous l'avons vu, par la fondation Rockefeller au sein d'une mission de propagande pour la prophylaxie de la tuberculose. Cette campagne fait suite à l'énorme effort sanitaire engagé pendant le conflit et où s'est engagé le docteur Follet, son futur beau père. Spécialiste de « la tuberculose des soldats », il a écrit, en 1916, un ouvrage sur le sujet intitulé Les blessés de la tuberculose. Ce que tout le monde doit savoir pour se préserver et guérir .Ici se précise la vocation du docteur Destouches, au contact d'un acteur privilégié de l'hygiène de guerre.

* 73 L.F Céline in F.Gibault, Le temps des espérances, Paris, éditions du cherche midi, p.64

* 74 L.F Céline, Lettre à J.Garcin (1935) in Cahiers Céline II, Paris, Gallimard, p.125

* 75 L.F.Céline in l'année Céline 90, p .82

* 76 L.F Céline entretien radiophonique avec Louis Pauwels (1960), in Anthologie Céline sous la direction de Paul Chambrillon

* 77 L.F Céline, Bagatelles pour un massacre, Paris, Denoël, 1937, p.238

* 78 Témoignage recueilli par M.Baudillet, retranscrit in F.Balta, La vie médicale de Louis Destouches, Paris, thèse médicale, 1977

* 79 M.Aymé, « Sur une légende », Cahiers de l'Herne, 1972, p.279

* 80 L.F Céline, D'un Château l'autre, Paris, Folio Gallimard, 1957, p.286

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