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Louis Ferdinand Céline:une pensée médicale

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par David Labreure
Université Paris 1 panthéon sorbonne - DEA Histoire et philosophie des sciences 2005
  

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3.2 : LE MEDECIN ANTISEMITE :

Relevons donc que pour Céline, c'est toujours l'insalubrité de l'environnement qui affecte le comportement, la santé, les émotions des habitants. Ce qui est intéressant, toutefois, c'est de constater que Céline l'écrivain, le pamphlétaire et le médecin se rejoignent dans l'analyse ou le diagnostic ainsi que dans les solutions proposées. La seule différence entre le médecin et l'artiste est une question de ton et surtout, au niveau des solutions, l'absence de toute solution absolue. Il serait impensable pour un médecin de dire que l'homme est « loupé », bien que cela ne le soit pas de le penser... Dans cet univers malsain, en écho aux écrits médico-sociaux du docteur Destouches, est normal celui qui est essentiellement et entièrement malade ; la santé et l'être sain sont relégués à une sorte d'idéal forcément inatteignable. C'est toutefois à l'échelle de la société française que le Céline des pamphlets de la fin des années 1930 voit cet état généralisé de dégénérescence s'affirmer. Et la cause de ce délabrement, de cette déliquescence généralisée, c'est le Juif... Les rapports entre la condition médicale de Céline et son antisémitisme existent : cette forme d'antisémitisme médical apparaît chez Céline dès la pièce écrite en 1929, prélude au Voyage au bout de la nuit : L'Eglise. En démontant les rouages administratifs de la prestigieuse Société des Nations, Céline ébauche une critique que l'on retrouvera de manière encore plus flagrante dans Bagatelles pour un massacre quelques années plus tard. Ce sont les médecins juifs qui sont en cause :Yubbenblat,le directeur du bureau d'hygiène,qui n'est autre que le personnage incarné dans la réalité par le Dr Rachjman : « Par les circonstances de la vie ,je me suis trouvé pendant quatre ans titulaire d'un petit emploi à la SDN,secrétaire technique d'un juif (...) les places notables ,les vrais nougats sont occupés,là comme ailleurs,par les juifs et les maçons »189(*).L'antisémitisme de Céline s'est ainsi incontestablement ancré au coeur des tensions qui agitaient la profession médicale dans les années 1930.On craignait notamment,et nous l'avons constaté chez Céline,une bureaucratisation de la médecine et la concurrence étrangère devenait le cheval de bataille de la profession. Les médecins étrangers étaient ainsi accusés de pratiquer une concurrence déloyale et de contribuer à transformer une activité désintéressée en un simple commerce. Une loi en 1933 fut votée, visant à interdire l'exercice de la médecine en France aux étrangers et imposait de strictes règles de naturalisation. Celle ci ne fut, au goût d'une majorité de médecins de l'époque, pas assez bien appliquée et Céline s'indigne de  la soi disante concurrence des médecins juifs et étrangers et de la poursuite des nombreuses naturalisations dans la profession médicale au cours des années 1930, craignant un grave problème, à terme, pour l'équilibre des effectifs. Dans l'esprit de beaucoup de praticiens français de cette époque, le médecin étranger, juif en particulier, avait remplacé le charlatan ou le guérisseur du XIX è siècle : il usurpait une fonction dévolue de droit à un médecin français .Cette tendance, à laquelle appartenait Céline était nommée le « prolétariat médical » : « Bernard Léon de Paris, ce gros rabbin médical (...) il a fait énormément pour l'invasion des médecins youtres, de leur triomphe en ville. Toute sa carrière a consisté à faire naturaliser 5 ou 6 médecins juifs par semaine  (...) ils lui doivent une vraie statue dans la cour de la faculté en or ! »190(*).Cette campagne odieuse visant à l'élimination de la concurrence étrangère dans la profession trouva un nouvel écho sous l'occupation lors de la promulgation des lois antijuives durant l'année 1940.Céline lui-même en profita, lors de son arrivée au dispensaire de Bezons,en novembre,où il remplaça le docteur Hogarth,frappé de l'interdiction d'exercer son métier au titre des lois xénophobes et antisémites de Vichy. L'élimination de la concurrence des médecins juifs ne constitue qu'un des aspects des préoccupations médicales de Céline dans ses pamphlets .Les métaphores de la « France malade des juifs » y sont très répandues. Le polémiste,littéralement,décrit le Juif comme un agent virulent,une maladie de la société française : « Tout est mystérieux dans le microbe comme tout est mystérieux dans le juif, (...) les vagues de virulence passent sur l'espace et puis c'est tout comme elles veulent,quand elles veulent. Saprophytes inoffensifs, juifs inoffensifs germes semi virulents, virulents seront demain virulents, foudroyants (...) Personne n'a le droit de se risquer d'introduire un seul microbe, un seul juif dit inoffensif dans le champ opératoire »191(*).Le juif contamine la race française en l'infectant et en l'affaiblissant, du plus haut niveau de richesse, jusque dans les masses laborieuses et populaires. La référence pasteurienne sert de socle scientifique idéal à la lutte contre l'invasion d'un ennemi, d'un parasite, procédé classique des antisémites durant les années 30.La société de cette époque a interprété à sens unique ces travaux : le juif y joue le même rôle à l'échelon de la personne que le microbe à l'échelle de la cellule : c'est le bouc émissaire idéal en cas de difficulté. Philippe Roussin cite même le Adolf Hitler de Mein Kampf qui parlait du juif comme d'un « ver dans un corps en putréfaction ». La mission du médecin pamphlétaire est donc de désinfecter la société, de l'aseptiser en éliminant les juifs. Dans Bagatelles pour un Massacre, la santé passe donc réellement de l'hygiénisme à une véritable propagande pour l'eugénisme. L'antisémitisme des pamphlets est partie intégrante d'une politique de santé très proche du nazisme et de sa politique raciale qui excluait juifs, faibles, pauvres, handicapés et autres races « inférieures ».Dans L'école des cadavres,Céline lui-même confirme ce point de vue : « Hitler (...) est du côté de la vie (...) soucieux de la vie des peuples ».Céline s'éloigne du nationalisme type Action Française et lui préfère un eugénisme biologique fondé sur la dégénérescence de la population,un racisme authentique en somme,au strict sens du terme : « Racisme d'abord (...).Désinfection ! Nettoyage ! Une seule race en France : l'Aryenne (...) les juifs (...) doivent foutre le camp ».Dans les Beaux draps, Céline va encore plus loin en rêvant à voix haute d'un peuple pur, en santé, délivré de cette dégénérescence constatée dans les pamphlets antérieurs : « Que le corps reprenne goût de vivre, retrouve son plaisir, son rythme, sa verve déchue (...) l'esprit suivra bien ! L'esprit c'est un corps parfait, une ligne mystique avant tout. ».Céline entendait parler en tant que médecin. Là aussi. En tant que médecin, il a cru à la doctrine pastorienne qu'il a transposé pour le pire dans le domaine sociologique et il n'est pas excusable sur ce point.

* 189 L.F Céline, Bagatelles pour un massacre, Paris, Denoël, 1937, p.66

* 190L.F Céline, Bagatelles pour un massacre, Paris, Denoël, 1937, p.67

* 191 L.F Céline, L'école des cadavres, Paris, Denoël, 1941, p.121-122

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