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Louis Ferdinand Céline:une pensée médicale

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par David Labreure
Université Paris 1 panthéon sorbonne - DEA Histoire et philosophie des sciences 2005
  

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1.2: ETUDES ET DEBUTS MEDICAUX:

L'entrée de Louis Destouches dans le monde médical s'est d'abord faite aux Urgences de l'hôpital militaire d'Hazebrouck, le 25 octobre 1914 lorsque le cuirassier Destouches est arrêté dans ses élans guerriers par un éclat d'obus fracturant son bras droit. Une blessure qu'il devait amplifier par la suite, et agrémenter l'image d'Épinal du mutilé de guerre... Si l'on met à part cette hospitalisation à la suite de sa blessure de guerre en 1914, c'est probablement en Afrique, en 1916 que Louis-Ferdinand Destouches connaît sa première expérience médicale. Il est alors surveillant de plantation au Cameroun dans une compagnie forestière prés du village de Bikobimbo, le Fort Gono du Voyage. Il doit alors s'improviser médecin et est ainsi confronté à la nécessité de soigner : « Je suis à la tête d'une pharmacie (...) je fais de grandes quantités d'injections d'Atoxyl contre la maladie du sommeil (...) ainsi que bien d'autres maladies »19(*) écrit il dans une lettre adressée à son amie Suzanne Saintu. Pour lutter contre les épidémies, il se voit contraint de demander à ses parents l'envoi de divers médicaments et instruments médicaux qui lui permettront ainsi de venir en aide aux populations qui vivent sur la plantation. Durant cette période, Destouches est lui-même confronté à la maladie et reste hospitalisé à l'hôpital de Douala. Atteint de paludisme et ne voulant pas subir le sort commun : « A Douala (...), j'ai vu bien des gens fondre, s'avachir, disparaître engloutis »20(*), il est définitivement rapatrié en France en avril 1917.Au début de cette même année, l'un des organismes de la fondation Rockefeller - qui a pour vocation d'améliorer la santé publique et favoriser la recherche médicale, le bureau international d'hygiène, envoie une commission d'enquête sur la tuberculose en France. Cette commission est restée connue sous le nom de « mission Rockefeller ».Ses conclusions sont accablantes : il recense quelques 440 000 cas avérés de tuberculose en France. L'un des bureaux de cette commission, le service propagande et publicité dirigé par le docteur S.M Gunn recrute sur petites annonces du personnel pour ses équipes ambulantes de propagande. Celles ci devaient aller de ville en ville distribuer des brochures et dispenser des conseils d'hygiène. Un des postes fut confié à Albert Milon,qui attira son ami Louis Destouches,rencontré lors de leur hospitalisation au Val de Grâce pendant la guerre, dans cette aventure. Le premier texte médical auquel participe Destouches date de février 1918, il s'agit d'un article paru dans le numéro de juin d' Eureka, revue de l'invention  dirigée par Raoul Marquis, inventeur et vulgarisateur scientifique qu'il a rencontré à l'automne 1917 et qui va lui aussi être engagé dans la mission Rockefeller. Il s'agit en fait d'une traduction d'un message du docteur Nutting21(*) à « l'Associated Engeneering society of Worcester » concernant l' « Utilisation rationnelle du progrès » dont l'idée principale était de trouver des applications pratiques aux découvertes de la science et montrer les difficultés soulevées par cette idée. Le 10 mars 1918, la Mission Rockefeller est à Rennes, ville choisie pour donner le coup d'envoi de son action de propagande, à la demande du docteur Anasthase Follet qui a grandement oeuvré pour le bon déroulement de cette mission. Celle-ci parcourt toute la Bretagne d'avril à décembre et a pour tâche d'informer les populations de l'ouest de la France sur les dangers de la tuberculose qui, encore à cette époque, fait des ravages .Conférencier, Louis se révèle être un orateur plutôt convaincant : « Il a parlé avec une grande science de la question et avec un art goûté des plus fins connaisseurs »22(*), rapporte un journaliste rennais. Sans être brillant, avec le souci majeur de se faire comprendre, Louis apprend sur le tas les ficelles d'orateur: « On faisait des conférences dans les écoles sur la tuberculose. On en faisait parfois jusqu'à cinq ou six par jour »23(*) .

img 1 : La mission Rockefeller, Rennes ,1918 (Céline est 2é en partant de la gauche)

En décembre 1918, le jeune Destouches, alors âgé de vingt quatre ans, quitte provisoirement la fondation Rockefeller. En effet, l'armistice lui offre la possibilité en tant qu'ancien combattant de passer un baccalauréat au format restreint, il est ainsi dispensé de certaines épreuves écrites. Il en passe une partie en avril 1919 puis repart pour la mission Rockefeller immédiatement après. En juillet 1919, il obtient officiellement le précieux examen après en avoir passé la seconde partie. Après s'être marié avec la fille du docteur Follet, Edith, il s'installe à Rennes et obtient le PCN, un certificat d'études en sciences physiques, chimiques et naturelles, préalable aux études médicales, en mars 1920 .Avec la bienveillance et le soutien du docteur Follet, il s'inscrit à la faculté de médecine le mois suivant. Les deux années d'études qu'il entreprend - aux lieu des quatre nécessaires en temps normal,toujours grâce aux avantages prodigués aux anciens combattants- se solderont par la réussite aux premiers examens (anatomie,physiologie et médecine opératoire).C'est l'époque des premiers stages hospitaliers où il laisse selon Jean Guenot,le souvenir d' « une qualité rare chez les étudiants :la facilité d'entrer en contact avec les malades »24(*).Durant cette même période,il se lance dans une expérience pratique de recherche dans le laboratoire de zoologie marine de M.Delage à la station biologique de Roscoff,d'où il ressort une étude sur des petits vers plats qui se fixent sur les algues,les Convoluta Roscoffensis... Au printemps 1921, une deuxième étude est déposée à l'Académie des sciences, consacrée à « la prolongation de la vie chez Galleria Mellonella ».Destouches rencontre à cette époque le professeur Lwoff prix Nobel de médecine en 1965 qui dira à son propos, probablement non sans raison et avec une condescendance indulgente pour le jeune chercheur, que « Nul ne regrettera qu'il ait sacrifié le métier de chercheur à celui d'écrivain ... »25(*). Il sera également, brièvement, chercheur en bactériologie dans le laboratoire du professeur Baudin. La plupart des biographies de l'écrivain - celles de François Gibault ou de Frédéric Vitoux notamment, s'accordent pour dire que Destouches était au final un étudiant plutôt doué et intelligent, proche des malades lorsqu'il effectuait ses stages, généreux, passionné mais parfois naïf et souvent désordonné dans son approche .Sa fréquentation de l'institut Pasteur lui vaudra quelques pages inoubliables du Voyage au bout de la nuit consacrées à la description de l'institut Bioduret-Joseph et de ses fantoches :la tombe du grand savant « parmi les ors et les marbres »,la crypte « fantaisie bourgeoiso-byzantine »26(*),les manies du savant Parapine,les lieux,les odeurs évoquent avec plus de vrai que nature la célèbre maison Pasteur. S'il y avait sans doute,à cette époque,de bons chercheurs à l'institut Pasteur,il y en avait aussi,comme dans toute communauté scientifique,des médiocres... l'oeil déjà inquisiteur de Céline s'était attaché plutôt à eux qu'aux autres :  « Les plébéiens de la Recherche ne pouvaient compter que sur leur propre peur de perdre leur place dans cette boîte à ordures chaude , illustre et compartimentée »27(*).Et c'est Louis Pasteur en personne qui porte la responsabilité de tout cela : « C'est à cause de ce Bioduret que nombre de jeunes gens optèrent depuis un demi-siècle pour la carrière scientifique. Il en advint autant de ratés qu'à la sortie du conservatoire »28(*).On peut s'interroger sur la vision délibérément pessimiste ; s'exprime sans doute ici une vive sensibilité, transformée en sarcasmes et en cynisme pour construire l'oeuvre. Cette courte période, anodine au premier abord, laissa donc plus de traces qu'il n'y parait... En décembre 1922, Destouches est autorisé à poursuivre ses études à Paris, où il continue aussi ses stages, en maternité (notamment à la maternité Tarnier à Paris) ou en chirurgie, à l'hôpital Cochin chez le professeur Delbet. Il continue son cursus universitaire durant l'année 1923, effectuant même des premiers remplacements à Rennes dans la seconde moitié de l'année : du 1er juin au 31 août,c'est celui du docteur Porée et d'août à novembre,celui du docteur Follet,son beau père. Il passe ses derniers examens, réussit les épreuves cliniques et est autorisé à soutenir sa thèse ; c'est ainsi que le début de l'année 1924 va être consacrée à ses travaux sur la vie et l'oeuvre de Ignace Philippe Semmelweis. Les cent cinq exemplaires réglementaires sont déposés à la faculté le 4 avril 1924 et Destouches soutient sa thèse le 1er mai devant un jury familier : la présidence en est assurée par le docteur Brindeau, directeur de la thèse qui fut maître d'un de ses stages. Il est entouré du professeur Marechal qui fut chef de clinique de Destouches, d'Anasthase Follet son beau père et de Selskar Gunn, son ancien patron à la fondation Rockefeller. La qualité de son travail séduit et il obtiendra même une mention très bien.Mais le docteur Destouches se cherche une nouvelle orientation, hors des voies de la routine. Il effectuera encore quelques remplacements fin mai 1924 mais des contacts sont déjà pris avec la Société des Nations. Il y est engagé à la fin du mois de juin 1924. Céline va dés lors beaucoup s'impliquer dans la promotion de l'hygiène, persuadé que les hommes sont responsables, par leur mode de vie, de la plupart de leurs maux.

* 19 F.Balta, La vie médicale de Louis Destouches, Paris, Thèse médicale, 1977 p.4

* 20 Céline cité dans P.Ory, l'anarchisme de droite, Paris, Grasset, 1985 op. Cit.

* 21 « De l'utilisation rationnelle du progrès », traduction de Louis Destouches pour la revue Eurêka, février 1918 in F.Balta,La vie médicale de Louis Destouches

* 22 L.F Céline Cité par P.Huon de Kermadec in Les années Destouches, Paris, Thèse Médicale, 1976 p.35

* 23 L.F.Céline, interview avec C.Bonnefoy in Cahiers Céline II p.214

* 24 J.Guenot, L.F. Céline damné par l'écriture, Paris, diffusion MP, 1973 p.37

* 25 Pr A.Lwoff (1921), in Cahiers Céline III, Paris, Gallimard, p.242

* 26 L.F Céline, Voyage au bout de la nuit, Paris, Folio Gallimard, 1932, p.279

* 27 Ibid, p.280

* 28 Ibid, p.279

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