WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Louis Ferdinand Céline:une pensée médicale

( Télécharger le fichier original )
par David Labreure
Université Paris 1 panthéon sorbonne - DEA Histoire et philosophie des sciences 2005
  

précédent sommaire suivant

II: CELINE MEDECIN HYGIENISTE 1924/27

2.1 : L'ENTREE A L' « EGLISE »

« - Mais pourquoi ce titre,  « L'Eglise » ?- parce qu'il me semble assez bien résumer la Société des Nations, une église quoi ! Avec ses dirigeants, son personnel. »29(*).

C'est donc bien dans une Eglise que le docteur Destouches a l'impression de pénétrer ce jour là. Réengagé par la fondation Rockefeller le 27 juin 1924, il est aussitôt mis à la disposition de la section d'hygiène de la Société Des Nations.Celle-ci est une grande organisation internationale née du traité de Versailles en 1920 et la section d'hygiène y représente une des organisations permanentes contrôlées par le secrétariat général ; elle est dirigée par le docteur Ludwig Rajchman, depuis 1921 que, grâce à l'appui du professeur Gunn, son supérieur à la mission Rockefeller, Destouches va rencontrer à Paris en mai 1924.Quelques lettres de recommandation et le passage du concours de médecine maritime pour appuyer sa candidature d'un titre d'hygiéniste complètent la recommandation du docteur Gunn. Séduit par la personnalité du jeune médecin, Rachjman l'engage en tant que « Technical Officer », c'est à dire membre de section au secrétariat d'hygiène à Genève. Réciproquement,Céline conservera,jusque dans Bagatelles pour un massacre,un respect pour ce médecin juif polonais :  « Faut lui rendre justice,il était beaucoup moins con que les autres ,dans le genre des grands savants,bien moins mesquin,moins abruti,moins prétentieux »30(*).Louis,installé à Genève, est enthousiaste à ses débuts :« C'est ici que se trouve ton vieux Louis. Ici, dans la ruche internationale (...) cette fois j'embrasse des problèmes d'hygiène de belle envergure et, mon dieu, j'aime cela »31(*).Mais il va vite déchanter, cantonné, la plupart du temps, aux tâches bureaucratiques à Genève. Il participe également à divers travaux ,en qualité de rédacteur,ayant en vue, notamment, l'organisation d'un système d'échange entre les services sanitaires dans les colonies en collaboration avec les Dr Brumpt et Abatucci .En novembre 1924, il accomplit une première mission aux Pays-Bas. En janvier 1925,Rajchman propose que Destouches ,revenu à Paris,fasse partie d'un voyage d'information intercontinental avec une cohorte de médecins latino-américains. C'est ainsi que Louis va découvrir, pour la première fois l'Amérique du Nord, première destination choisie pour cette mission. En février 1925 il embarque donc pour New York. Il rejoint les participants à la mission le 1er mars à La Havane ; le voyage commence donc par Cuba puis se poursuit en Louisiane, dans le Mississipi et l'Alabama, soit tout le sud des Etats-Unis, et est rythmé par divers discours, visites, conférences des intervenants et visites guidées de différentes réalisation en matière d'hygiène et de médecine du travail. Le groupe rejoint ensuite Washington puis atteint New York et surtout Detroit et ses usines Ford dont Destouches tirera un rapport pour la SDN, une communication à la Société de Médecine de Paris et bien entendu un fameux passage du Voyage au bout de la nuit. La mission en Amérique se termine au Canada et Louis gardera toujours une grande fascination pour ce continent qui apparaîtra dans beaucoup de ses oeuvres. Dans une lettre à Rachjman le Docteur Destouches se plaint d'ailleurs du programme « trop rapide et pas assez technique ». Au retour, il accompagne encore les médecins en Hollande, puis en Italie dans un véritable périple de 160 jours qui se termine en août 1925.La même année,il rédige quelques rapports et publie, à compte d'auteur, La quinine en thérapeutique, une compilation très technique plus qu'un véritable écrit personnel, une somme des connaissances de l'époque sur ce médicament de plus de quatre vingt pages dont on nous dit qu'elle est « sans objet et sans utilité médicale ».Il s'agit probablement d'un travail pour l'organisation de santé de la SDN,une sorte de « commande ». L'année suivante, le docteur Destouches repart en Afrique avec un autre groupe de médecins mais dans des conditions bien différentes de son premier séjour, dix ans auparavant. Les archives de la SDN ne conservent aucun rapport de Louis Destouches sur son périple africain, pour la simple et bonne raison qu'il n'en écrivit pas, traitant avec une certaine désinvolture les obligations que lui conférait sa mission. De ce voyage difficile, il tirera le premier acte de sa première pièce, L'Eglise, où il donne sa propre vision du colonialisme. C'est l'ennui de Céline pour le caractère trop administratif de la SDN qui alimentera les second et troisième actes de L'Eglise et le mettra de plus en plus à l'écart de l'organisation. Lui même fait, dans l'acte III, une sévère appréciation de son travail : « Docteur en médecine, français, au service de nos commissions sanitaires pendant quatre ans (...) scientifiquement médiocre, administrativement nul »32(*).

* 29 L.F Céline, Lettre à Max Descaves, (1933) in Cahiers Céline 1, Paris, Gallimard p.48

* 30 L.F.Céline Bagatelles pour un massacre, Paris, Denoël, 1937 p.64

* 31 L.F.Céline à Albert Milon, cité par F.Gibault in Le temps des Espérances, Paris, Mercure de France, 1977, p.249

* 32 L.F.Céline L'Eglise, acte III, Paris, NRF Gallimard, 1929, p.173

précédent sommaire suivant







Rassembler les contraires c est creer l harmonie