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Louis Ferdinand Céline:une pensée médicale

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par David Labreure
Université Paris 1 panthéon sorbonne - DEA Histoire et philosophie des sciences 2005
  

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III : LE MEDECIN CELINIEN:

I:L' « IDEAL » SEMMELWEIS :

« Ma vocation était médicale -mon idéal : Semmelweis ou même Axel Münthe »192(*).Point d'orgue des études du futur docteur Destouches, Semmelweis, le plus littéraire de ses écrits médicaux ,ne fut pourtant vulgarisé qu'après les débuts de l'écrivain Céline. Il fut ainsi refusé par le comité de lecture des éditions Gallimard en 1925 à qui il l'avait envoyé. Son choix du sujet ne se limite pas, comme la plupart des thèses en ces matières, à une étude technique mais montre le drame exemplaire d'une vie et d'une carrière exceptionnellement tragiques : « Dans l'histoire de l'obstétrique,il y'a une page sombre,elle s'appelle Semmelweis »193(*).D'autre part cette étude biographique dépasse le simple domaine médical :à travers l'histoire de ce chirurgien novateur,qui s'efforce vainement de sauver ses malades,d'imposer sa découverte géniale :l'asepsie,mais qui se heurte à la bêtise,au conformisme,et, réduit au silence ,meurt dans un asile,Céline promène déjà sur les hommes un regard de moraliste désenchanté et indigné qui ne dit certes rien de l'hygiénisme qui sera plus tard celui du docteur Destouches mais est plutôt une version idéalisée du personnage médical : « Toute la vie de celui-ci démontre le danger de vouloir trop de bien aux hommes. C'est une vieille leçon toujours jeune... »194(*).

img 3 :Page de présentation originale de La vie et l'oeuvre de Philippe Ignace Semmelweis

1.1 : L'ECOLE DE VIENNE:

Semmelweis...Avec cette histoire qu'il racontera en la transposant, le docteur Destouches remonte à un point tournant de la médecine. Tout au long du XIX è siècle, des progrès importants sont réalisés tant au niveau de l'investigation clinique qu'aux niveaux thérapeutiques, étiologique et prophylactique. Les historiens de la médecine195(*) s'accordent à dire que la première moitié du XIX è siècle est marquée par le triomphe de la confrontation entre l'examen clinique, amélioré par des méthodes nouvelles, l'auscultation (une méthode d'examen permettant de reconnaître si les bruits entendus à l'intérieur du corps résultent du fonctionnement normal des organes ou si ils sont dus à des lésions) et la percussion (qui consiste à écouter le bruit produit en frappant une partie du corps),inventée par le viennois Leopold Auenbrugger en 1761 (dont l'ouvrage ,L'Auscultation est jugé « capital »196(*) par Céline) , et les données de l'autopsie. En Europe, l'école de Paris, puis l'école de Vienne sont de véritables phares dans cette évolution. La médecine devient de plus en plus scientifique, les diagnostics plus précis en mettant à l'écart les considérations philosophiques et privilégiant les faits observés. La médecine s'éloigne progressivement de l'abstraction pour se consacrer à l'observation et aux sciences exactes. Paris fut le premier pôle mondial de la médecine dans la première moitié du XIX è siècle. Cette génération de médecins, de l'ancien régime au premier Empire, compte de nombreux esprits remarquables : Bichat, Laennec, Broussais...197(*) En confrontant sans cesse symptômes cliniques et lésions organiques, les médecins sont a même d'associer tel désordre tissulaire à tel signe particulier et à tel trouble fonctionnel. Et si , au milieu du XIX è siècle, Paris n'a plus l'exclusivité ni même la primauté dans la recherche pathologique de pointe, la plupart des médecins de l'école de Paris ont une influence décisive sur les médecins de Vienne. Ceux ci ne peuvent en effet rester insensibles aux innovations : Karl Rokitansky (1804-1878) et son élève, Josef Skoda (1805-1881) s'imposent comme les chefs de cette école de Vienne et enseignent aussitôt la percussion et l'auscultation. En outre, ils adhérent à la méthode anatomo-clinique en vigueur à l'école de Paris ; Rokitansky est un grand professeur d'anatomie et les étudiants viennent en nombre pour assister à l'une de ses dissections. Ignaz Philippe Semmelweis est de ceux là... Rokitansky fut le principal protagoniste d'une pathologie à la fois solidiste (la maladie est liée à une lésion d'une partie solide de l'organisme) et humorale (la maladie est causée par un déséquilibre de liquides dans l'organisme). Ses investigations sont facilitées par l'appui des cliniciens de Vienne, notamment par Josef Skoda, qui perfectionne les méthodes d'examen physique inaugurées par Auenbrugger, Corvisart ou Laennec. L'école de Vienne est marquée, en outre, par l'importance, héritée de l'école de Paris, de l'interprétation des signes de la maladie. L'exercice du diagnostic semble ainsi permettre d'atteindre un haut degré de certitudes dans ces interprétations. A Vienne, Skoda, selon Erna Lesky, porta le diagnostic médical «  à un degré de certitudes précédemment tout simplement inimaginable »198(*).Par ailleurs, à Vienne s'affirma une attitude profondément sceptique envers toute forme de traitement. Dés 1755,le médecin allemand Samuel Hahnemann exposa une nouvelle doctrine médicale,l'homéopathie, née du sentiment d'inutilité et du danger de la plupart des pratiques médicales communément admises. De cette prudence, on passa, à Vienne, à une véritable méfiance chez certains médecins à l'égard des pouvoirs qu'auraient les techniques thérapeutiques habituelles de modifier le cours des maladies. Cette attitude se répandit de plus en plus, probablement encouragée par le grand succès de la méthode anatomo-clinique. Josep Skoda se signale par ce « nihilisme thérapeutique » qui devait marquer la médecine à venir : les médecins des siècles passés avaient confiance en les drogues qu'ils prescrivaient, pourtant, le plus souvent, elles étaient inefficaces. La tâche du médecin devait donc se limiter, à cette époque, à poser un diagnostic, formuler un pronostic, sans se préoccuper du traitement. Ce moment marque une transition dans l'évolution de la médecine : les traitements traditionnels n'étaient plus réellement dignes de confiance, tandis que la médecine nouvelle n'était pas encore capable d'obtenir des résultats thérapeutiques incontestables. Comment ne pas immédiatement faire le parallèle avec le docteur Destouches, le clinicien qui abhorre la médecine et la recherche scientifiques depuis sa fréquentation de l'Institut Pasteur alors qu'il n'était encore qu'étudiant ...

* 192 L.F Céline, Lettre à A.Paraz,7/3/1949 in Cahiers Céline VI, Paris, Gallimard, p.136

* 193 L.F Céline Semmelweis, préface de 1936 in Cahiers Céline III, Paris, Gallimard, p.96

* 194 L.F Céline, Entretien avec Michel Pacaud in Bulletin Célinien n°177(juin 1997)

* 195 Ouvrages principaux consultés : Maurice Tubiana,Histoire de la pensée médicale-les chemins d'Esculape , Paris,Champs Flammarion,1995 et J.C Sournia ,Histoire de la médecine,Paris,La Découverte Poche,1992 (1997)

* 196 L.F Céline, Semmelweis, Paris, L'Imaginaire Gallimard, 1999, p.32

* 197 Sur la question de l'école de Paris ,se reporter au livre d'E.H.Aeckerknecht, La médecine hospitalière à Paris,Paris,Payot,1967 et à celui de Michel Foucault,Naissance de la Clinique,Paris,PUF,Quadrige,1966

* 198 E.Lesky,Ignaz Philipp Semmelweis und die Wiener Medizinische Schule,Vienne,1964

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