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Louis Ferdinand Céline:une pensée médicale

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par David Labreure
Université Paris 1 panthéon sorbonne - DEA Histoire et philosophie des sciences 2005
  

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3.2 :MEDECIN EN DISPENSAIRE  VISITEUR MEDICAL ET ECRIVAIN...:

En janvier 1929 s'ouvre le dispensaire de Clichy, rue Fanny .Céline, grâce à ses nombreux appuis (le docteur Rajchman, le professeur Bernard notamment) y trouve un emploi qui l'amène a abandonner sa clientèle de la rue d'Alsace. Contrairement à ce qui a pu être affirmé, Destouches n'était pas le médecin chef de Clichy, même si il convoita un temps le poste. Dans ce dispensaire travaillait une douzaine de médecins, avec à leur tête, le docteur Grégoire Ichok qu'il décrira en ces termes : « Au dispensaire municipal sur lequel je m'étais rabattu, je vis arriver un certain Idouc (sic), lithuanien (...) imposé par les dirigeants communistes (...) La direction du dispensaire, confiée à ce médecin probablement faux, n'étant sans doute qu'un camouflage »51(*).Espion ? Véritable docteur ? Ce qui est sûr, c'est qu'il fut mal aimé de la plupart des médecins du dispensaire et ses relations avec Céline iront en se détériorant. Pendant neuf ans, toutefois, Destouches tiendra au dispensaire des vacations régulières de médecine générale, vingt deux heures de consultation par semaine payées 2000F par mois, selon F.Balta, jusqu'à sa démission en 1937.Ce dispensaire est un des premiers à offrir des consultations et quelques examens gratuits. C'est ici que le docteur Destouches fera, pour la première fois, la véritable expérience de la misère des banlieues. Il y travaillera pendant neuf ans, laissant le souvenir d'un médecin enthousiaste, généreux, « de bon diagnostic » mais utilisant peu de médicaments. François Balta ,dans sa thèse,nous confie qu'il n'hésitait pas toutefois,lorsque le problème dépassait ses compétences et demandait des investigations plus poussées, à le confier à des collègues plus compétents. Céline va, parallèlement à ses activités au dispensaire, publier des articles dans des revues spécialisées dans l'hygiène et la médecine sociale et travailler, grâce à l'aide du docteur Ichok, un passionné, comme lui, d'hygiène sociale, dans le laboratoire de la Biothérapie, fondé par le pharmacien Charles Weisbram en 1921 et dirigé par Abraham Alpérine. Il y occupa simultanément les fonctions de conseiller médical, rédacteur publicitaire (pour le dentifrice Sanogyl), visiteur médical, à domicile ou à l'hôpital, médecin d'entreprise et touchait mille francs par mois. Il multiplia aussi, durant l'année 1929,les articles médicaux sur les sujets les plus divers : « L'infection puerpérale et les antivirus » pour la revue La médecine en Avril ou « Notes sur l'emploi des antivirus de Besredka en pansements humides » pour la Société de Médecine de Paris. Ce n'est pas tout ... Décidément débordant d'activité durant cette période, Destouches travaillait également, depuis 1930, chez un autre pharmacien, Gallier, ancien de la Biothérapie qui avait depuis fondé son propre laboratoire, 38 boulevard du Montparnasse. C'est ici que Destouches mit au point deux produits pharmaceutiques : La kidoline, d'abord, une huile nasale adrénalisée contre le coryza du nourrisson qui fit son apparition sur la marché en 1927 et commercialisée jusqu'en 1971.Destouches en parle en disant « ma kidoline » et son ami Henri Mahé ajoute « un produit qu'il avait imaginé »52(*).Il est donc probable que ce médicament est bien de sa fabrication. Quant à la Basdowin, un médicament pour lutter contre les règles douloureuses, qui sera commercialisé de 1933 à 1971, il est certain qu'elle est le fruit de ses réflexions. Il ne s'arrêta pas seulement à sa création mais s'impliqua aussi dans sa publicité et dans sa promotion. Lui-même se livrait au démarchage, prenant des rendez vous avec les médecins, allant de ville en ville, montant les étages... Robert Gallier recommanda ensuite Destouches à son confrère René Arnold, directeur des laboratoires Cantin à Palaiseau, avec lequel il signe un contrat en juin 1931, pour une rémunération de 500 F par mois. Pour les laboratoires Cantin, le docteur Destouches met au point un comprimé contre la toux, le Nican, à base de serpolet et de coquelicot. Grand insomniaque depuis la guerre, il invente aussi le Somnothryl, un médicament contre l'insomnie dont il vente les bienfaits dans un article pour la Revue médicale de l'Est, « l'insomnie des intellectuels ».Durant l'été 1931, il profite de ses congés pour effectuer des tournées en province afin de placer ses deux médicaments .A ces activités déjà nombreuses s'ajoute une consultation au dispensaire Marthe Brandes, tenu par des religieuses, dans le XVIII è arrondissement de Paris. La durée et la nature de son travail ainsi que les relations qu'il y eut ici est toutefois impossible à préciser.

Ces occupations médicales diverses n'empêchent pas le docteur Destouches de publier, en 1932, le Voyage au bout de la nuit. De même, son activité littéraire naissante ne changera pas grand-chose à son activité au dispensaire, la plupart de ses patients, d'origine modeste, ne sachant pas qui les soigne. De plus, Louis voyage sans arrêt : il a ainsi découvert, début 1929, la médecine de dispensaire en Allemagne, en Angleterre ou en Scandinavie grâce à des bourses fournies par le comité d'hygiène de la SDN, au sein duquel il a conservé de bonnes relations, notamment avec le docteur Rajchman. Ses relations lui ont ainsi grandement facilité la tâche pour accomplir ces nombreux déplacements. Il en rapporte son dernier texte médical, « Pour tuer le chômage, tueront-ils les chômeurs », publié en 1933.Là finit tout contact apparent avec le comité d'hygiène de la Société des Nations. On ne sait pas exactement ce qui arriva, toujours est il que Destouches, malgré le certain respect qu'il accordait au Dr Rachjman, se fâcha avec ce dernier à la parution, en 1933, de l'Eglise, pièce qui tourne en dérision l'organisation et le fonctionnement de l'institution, où s'exprime déjà ,bien qu'encore larvé,son antisémitisme. Là se tiennent sans doute les raisons de son départ. Au sein du dispensaire de Clichy, ce sont également ses positions politiques qui détérioreront ses relations avec le personnel et prendront une part prépondérante dans son départ. Parti en URSS réclamer les droits d'auteur sur le Voyage au bout de la nuit aux éditeurs soviétiques du roman, Céline, sans prendre garde au fait que la commune de banlieue où il exerce a pour maire et pour édiles des communistes militants, se répand en propos sarcastiques, un peu provocateurs sur les nouvelles institutions russes. Cela n'a pas été sans conséquence... D'autant que son remplaçant se trouva être un médecin juif fraîchement naturalisé...Il n'en fallut certainement pas beaucoup plus à Céline pour englober dans une réprobation générale juifs, communistes ,socialistes et gouvernement Blum. Une petite série de hasards aux graves conséquences : en 1937, Destouches, devenu Céline (son pseudonyme d'écrivain) depuis le Voyage au bout de la nuit, encore écoeuré par les souvenirs de la première guerre mondiale, et sentant l'approche imminente d'un nouveau conflit écrivit ensuite ce texte pacifiste mais foncièrement antisémite qu'est Bagatelles pour un massacre.

* 51 L.F Céline in J.P Richard, Nausée de Céline, Montpellier,Fata Morgana,1973, p.51

* 52 H.Mahé in J.Morand, Les idées politiques de Louis Ferdinand Céline, Paris, LGDJ, 1972, p.67

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