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UNIVERSITE NATIONALE DU
RWANDA
FACULTE
D'EDUCATION
DEPARTEMENT DE PSYCHOPEDAGOGIE
ETAT D'AVANCEMENT DE LA POLITIQUE DE DECENTRALISATION
DE L'EDUCATION EN PROVINCE DE KIGALI-NGALI
Mémoire présenté en vue de l'obtention du
grade de Licencié (Bachelor's Degree) en Education.
Option : Psychopédagogie
Par Valens MBARUSHIMANA
Directeur : Prof. Dr. Déo KAMBANDA
Codirecteur : Mr. Innocent NKUNDABATWARE
Butare, Juin 2005
DEDICACE
A mes parents
A mes frères et soeurs
A ma regrettée grande soeur Alphonsine MUKARURANGWA
A toutes mes connaissances.
REMERCIEMENTS
Il nous paraît un heureux devoir de
remercier toutes les personnes qui ont contribué à la
réalisation de ce travail.
Nos sincères remerciements
s'adressent au Professeur Dr. Déo KAMBANDA qui, malgré ses
multiples occupations, a assuré la direction de ce mémoire.
Nous tenons également à
exprimer notre reconnaissance à Monsieur Innocent NKUNDABATWARE pour ses
précieuses suggestions fournies lors de cette étude. Qu'il soit
permis de remercier également le groupe des onze autres étudiants
qui ont travaillé sur le même sujet dans les différentes
Provinces. Les séances de discussions organisées avec eux nous
ont sans doute édifié dans la préparation de ce
document.
Enfin, que toute personne, physique ou
morale, qui a apporté sa contribution directe ou indirecte, trouve ici
le fruit de ses efforts.
Valens MBARUSHIMANA
SIGLES ET
ABREVIATIONS
1. APEGA : Association des Parents pour la Promotion
de l'Education à Gahengeri
2. ASPESKA : Association des parents pour l'Education et
la Scolarisation de
Karenge
3. C.M. : Cabinet Ministériel
4. CNDP : Centre National de
Développement des Programmes
5. CNER : Conseil National des Examens au
Rwanda
6. CPR : Conseil Pédagogique
Régional
7. EAV : Ecole
Agri-Vétérinaire
8. ENP/TTC : Ecole Normale Primaire/ Teachers
Training Center
9. E. S : Ecole Secondaire
10. ESI : Ecole des Sciences
Infirmières
11. ESPGA : Ecole Secondaire Polytechnique de
Gashora
12. ESR/APEM : Ecole Secondaire de Ruli /Association des
Parents pour la Promotion
de l'Education à Musasa
13. f : Fréquence
14. G.S : Groupe Scolaire
15. IGA : Ikigo Gihugura Abaturage
16. MIFOTRA : Ministère de la Fonction
Publique, du Travail et de la Formation
Professionnelle
17. MINALOC : Ministère de l'Administration
Locale, de l'Information et des Affaires Sociales
18. MINECOFIN : Ministère de l'Economie et des
Finances Publiques
19. MINEDUC : Ministère de l'Education, de la
Sciences, de la Technologie et de la
Recherche Scientifique
20. ONG : Organisme Non
Gouvernemental
21. PMD : Programme de Mise en oeuvre de la
Décentralisation
22. PSSE : Plan stratégique de la Politique
Sectorielle de l'Education
23. SIDA : Syndrôme d'Immunodéficience
Acquise
24. UNESCO : United Nations Educational, Scientific and
Cultural Organisation
25. VIH : Virus d'Immunodéficience de
l'Homme
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1: Les C.P.R. de la Province de
Kigali-Ngali
48
Tableau 2:Identification de
l'échantillon
49
Tableau 3: Principaux thèmes du
questionnaire et de l'interview
54
Tableau 4: Distribution et
récupération du questionnaire
55
Tableau 5: Sujets interviewés
56
Tableau 6: Mise en place des dirigeants au niveau
local
57
Tableau 7: Concertation avant la prise de
décision
58
Tableau 8: Admission des décisions par des
échelons supérieurs
59
Tableau 9: La répartition des
élèves admis au secondaire
60
Tableau 10: Le transfert des
élèves
61
Tableau 11: La réintégration des
élèves du secondaire
62
Tableau 12: Le recrutement des enseignants du
secondaire
63
Tableau 13: L'engagement des enseignants du
secondaire
64
Tableau 14: Traitement des dossiers des
enseignants
65
Tableau 15: Autres tâches des entités
décentralisées
67
Tableau 16: La provenance du patrimoine de
l'école
70
Tableau 17: L'utilisation des biens de
l'école
71
Tableau 18: Recommandation de l'audit de
l'école
72
Tableau 19: Réalisation de l'audit
73
Tableau 20: Degrés de facilitation de la
politique de décentralisation de l'éducation
79
Tableau 21: Degrés des obstacles
rencontrés dans la mise en oeuvre de la politique de
décentralisation de l'éducation
83
LISTE DES FIGURES
Figure 1: Illustration des étapes du
processus de prise de décision
19
LISTE DES ANNEXES
1. Lettre de recommandation
2. La carte du Rwanda
3. Carte de la Province de Kigali-Ngali
4. Lettre de demande d'informations
5. Organigrammes de la Province
6. Questionnaire (Version Français)
7. Questionnaire (Version Kinyarwanda)
8. Ibibazo bigenewe Umuyobozi w'Akarere/ Umujyi
9. Ibibazo bigenewe ushinzwe Imibereho Myiza y'Abaturage ku
rwego rw'Akarere/Umujyi
10. Ibibazo bigenewe Umukuru w'Intara, Umuyobozi w'Uburezi
ku rwego rw'Intara n'Umuyobozi w'Agashami k'Uburezi
11. Ibibazo bigenewe ushinzwe kwegereza ubuyobozi n'ubushobozi
abayoborwa muri MINALOC/MINEDUC
12. Proposition de renforcement des services
d'Inspection d'Arrondissement
13. Liste des écoles secondaires de la Province de
Kigali-Ngali
TABLE DES MATIERES
Dédicace
................................................................................................
ii
Remerciements
iii
SIgles et abréviations
iv
LIste des tableaux
iv
Liste des annexes
v
Table des matieres
vi
Sommaire
..................................................................................................
x
Abstract
..................................................................................................
x
0. Introduction générale
1
0.1.Position du problème
1
0.2. Questions de recherche
5
0.3. Hypothèses de recherche
5
0.4.Objectifs de recherche
5
0.5. Motifs et intérêt du sujet
6
0.6 Méthodologie
6
0.7 Limites de recherche
7
0.8. Organisation du travail
7
CHAPITRE I. Cadre théorique et
conceptuel
8
1.1 Centralisation
8
1.2 Décentralisation
9
1.2.1 Objectifs de la décentralisation
10
1.2.2. Critères de la
décentralisation.
11
1.2.3 Aspects de la décentralisation
13
1.2.4 Degrés de la
décentralisation
15
1.2.5. Formes de la décentralisation
17
1.3 Prise de décision
18
1.4 Decentralisation de l'éducation
19
1.4.1 Motifs et objectifs de la
décentralisation de l'éducation
20
1.4.3 Les différents acteurs de la
décentralisation et leurs attributions
23
1.4.4 Avantages et inconvénients de la
décentralisation de l'éducation
25
1.4.5 Les facteurs de succès et les facteurs
d'échec de la décentralisation de l'éducation
27
1.5 Politique de decentralisation au Rwanda
29
1.5.1 Aperçu historique
29
1.5.2 Principes de la décentralisation au
Rwanda
30
1.5.3 Les objectifs de la décentralisation
au Rwanda
31
1.5.4 Les phases de mise en oeuvre de la
décentralisation au Rwanda
32
1.6 Politique de décentralisation de
l'éducation au Rwanda
34
1.6.1 Aperçu historique de
l'éducation avec le courant de décentralisation
34
1.6.2 Principes de la politique de
décentralisation de l' éducation au Rwanda
36
1.6.3 Objectifs de la décentralisation de
l'éducation au Rwanda
36
1.6.4 Stratégies de mise en oeuvre de la
politique de décentralisation de l'éducation au Rwanda.
37
CHAPITRE II. Cadre méthodologique
39
2.1 LES Méthodes de recherche
39
2.1.1 La méthode dialectique
39
2.1.2 La méthode comparative
40
2.1.3 La méthode historique
40
3.1.4 La méthode quantitative
41
2.1.5 La méthode systémique
41
2.1.6 La méthode qualitative
41
2.2 Les techniques de recherche
42
2.2.1 La recherche documentaire
42
2.2.2 L'interview
42
2.3 Population d'étude et
échantillonnage
44
2.3.1 La population d'étude
44
2.3.2 Echantillonnage
45
2.4 Techniques de traitement des données
50
2.4.1 Traitement des données
qualitatives
50
2.4.2 Traitement des données
quantitatives
51
CHAPITRE III. Presentation, analyse et
interpétaton des données
53
3.1 Principaux themes du questionnaire et de
l'interview
53
3.3 Distribution et récupération du
questionnaire
55
3.4 Analyse et interprétation des
résultats
56
3.4.1 Principales réalisations de la
politique de décentralisation de l'éducation
56
3.4.2 Stratégies de mise en exécution
de la décentralisation de l'éducation et quelques facteurs
favorisateurs
77
3.4.3 Obstacles rencontrés dans la mise en
oeuvre de la politique de décentralisation de l'éducation en
Province de Kigali-Ngali
83
Conclusion et recommandations
90
BIBLIOGRAPHIE.......
96
ANNEXES...............
100
Annexe 1:
Lettre de recommandation
109
Annexe 2:
La carte du Rwanda 110
Annexe 3:
Carte de la Province de Kigali-Ngali
111
Annexe 4:
Lettre de demande d'informations
112
ANNEXE 5.A. Organigramme de la Province jusque en
2004
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ANNEXE 5.B. Organigramme de la Province depuis
2005
111
ANNEXE 6 : Questionnaire
111
ANNEXE 7: Ibibazo byo ku rwego rw'Akarere
n'ishuri
111
ANNEXE 8 : Ibibazo bigenewe Umuyobozi
w'Akarere/Umujyi
111
ANNEXE 9: Ibibazo bigenewe Ushinzwe Imibereho Myiza
y'Abaturage ku rwego rw'Akarere
111
ANNEXE 10: Ibibazo bigenewe Umukuru w'Intara,
Umuyobozi w'Uburezi ku rwego rw'Intara n'Umuyobozi w'Agashami k'Uburezi
111
ANNEXE 11 : Ibibazo bigenewe Ushinzwe
kwegereza Ubuyobozi n'Ubushobozi abayoborwa muri MINALOC/MINEDUC
111
ANNEXE 12 : Proposition de renforcement des
Services d'Inspection d'Arrondissement
111
Annexe 13 : Ecoles Secondaires de la Province
de Kigali-Ngali
111
SOMMAIRE
Depuis plus de deux décennies, la
décentralisation est devenue un thème important du débat
sur la politique à l'égard des pays en développement. Ces
pays se sont engagés dans un vaste processus de réformes pour
relever les défis de nature politique, économique ou social aux
échelons national et mondial. La décentralisation prend sa place
dans les exigences de restructuration et de modernisation des administrations
publiques. L'implication de la population dans la gestion des affaires la
concernant est la plus recherchée.
Au Rwanda comme ailleurs, la
décentralisation s'exécute selon les domaines d'activités.
En éducation, elle est devenue une réalité depuis mai
1997. S'exécutant comme un processus, la décentralisation de
l'éducation est une réalité complexe dont le succès
dépend d'un grand nombre de facteurs. A travers les données
recueillies auprès des acteurs de l'éducation en Province de
Kigali-Ngali, nous dégageons l'état d'avancement de la politique
de décentralisation de l'éducation dans cette Province.
Les résultats de notre recherche
montrent que le bilan de cette politique est positif, malgré quelques
problèmes auxquels elle se heurte. En effet, les réformes
administratives ont été entamées et quelques
responsabilités ont été transférées aux
unités décentralisées. La participation des acteurs au
processus de prise de décision a été accrue bien que
certaines de ces décisions restent subordonnées aux directives du
MINEDUC. Ce dernier a d'ailleurs une main mise sur l'éducation et la
marge de manoeuvre des opérateurs est encore limitée. Au lieu
d'être centralisés, certains services sont assurés au
niveau de la Province, du District et de l'établissement scolaire.
Les problèmes d'insuffisance de
ressources humaines, matérielles et financières se posent avec
acuité ; les séances de sensibilisation sont à
soutenir pour vaincre la résistance au changement ressentie par quelques
autorités et par la population elle-même. Une législation
scolaire sur la décentralisation fait encore défaut bien qu'on se
réfère aux contenus des lettres circulaires et des directives
transmises oralement. A défaut de celles-ci, les acteurs recourent
à l'ancienne législation. Malgré tous ces
problèmes, la décentralisation de l'éducation
s'avère plus efficace que la centralisation de celle-ci, affirment les
acteurs.
ABSTRACT
For more than two decades,
decentralization has become an important subject of discussion in developping
countries' politics. These countries have embarqued on a vast reform process in
order to raise political, economic or social challenges to national and
international level. In this regard, decentralization gains ground in the
demands of restructuring and public administration modernization. People's
involvement in their own affairs management is the most needed.
In Rwanda like elsewhere,
decentralization is carried out according to the realm of activities. In
education, it has come true since May 1997. As a process the educational
decentralization is a complex phenomenon whose success depends on a number of
factors. According to the data collected from educational stakeholders in
Kigali-Ngali Province, we release the achievement of the educational
decentralization policy in that Province.
The outcome of our research shows
that this policy taken as a whole is promissing, in spite of a few problems
facing it. However, the administrative reforms have started and some
responsibilities have been transferred to decentralized units. The
stakeholders' participation in the decision- making process has increased
although some of these decisions still depend on the Ministry of Education
instructions. The latter has full control over education and other educational
stakeholders work field is still limited as a consequence. Instead of being
centralised, some services are carried out at provincial, district and school
level.
Inadequate human resources, material and financial problems
are remarkably seen; mobilization meetings should be encouraged to overcome any
form of resistance to this change. School legislation on decentralization has
not yet been made official, they resort to written and oral instructions. For
lack of this, educational stakeholders resort to the former legislation.
However, stakeholders confirm that, despite all those problems, educational
decentralization turns out to be more effective than its centralization.
0.
INTRODUCTION GENERALE
0.1. Position du
problème
Après la guerre et le
génocide de 1994, tout est en ruine au Rwanda. On remarque d'importantes
pertes en vies humaines, les infrastructures sont endommagées,
l'économie en ruine, etc.
Pour relever les défis, le
Gouvernement d'Union Nationale a entamé le travail d'exécution
des mesures d'urgence pour reconstruire le pays. Il a pu réhabiliter les
structures gouvernementales, restaurer les services publics (santé,
éducation, sécurité, justice, etc.), rétablir un
gouvernement crédible aux yeux du peuple rwandais et de la
communauté internationale, réhabiliter et stabiliser
l'économie (MINALOC, 2000, p.1).
En dépit de ces efforts accomplis
par le Gouvernement d'Union Nationale, certains problèmes persistent
dans le système politico-administratif rwandais. Ces problèmes
concernent la faible participation de la population dans la prise de
décision à propos des situations la concernant, le manque de
transparence dans la gestion des structures au niveau administratif,
l'inadéquation de la capacité en termes humains, des
systèmes, des structures, des institutions, des réseaux de
communications et d'attitudes au niveau du gouvernement central et local, la
pauvreté, etc.
Un système politico- administratif
où l'on localise des problèmes pareils ne peut pas soutenir un
développement économique et social durable parce que
l'énergie du peuple concerné n'est pas suffisamment
mobilisée pour initier, planifier et exécuter une action de
développement basée sur les besoins localement
identifiés.
Pour impliquer davantage la population dans
la résolution des problèmes la concernant, le Gouvernement
d'Union Nationale a opté pour la politique de décentralisation.
Celle-ci consiste en un « processus de transfert des pouvoirs, de
l'autorité, des fonctions, des responsabilités et des ressources
nécessaires du Gouvernement Central aux organes administratifs locaux
» (MINALOC, 2000 p.5).Cette politique a été
adopté officiellement en date du 26 mai 2000.
A sa conception, la politique de
décentralisation avait pour objectif global d'« assurer
l'habilitation politique, administrative, sociale, économique et
technique de la population locale à lutter contre la pauvreté en
participant dans la planification et dans la gestion de son processus de
développement » (MINALOC, 2000, p.7)
Bien qu'adoptée officiellement en
mai 2000 par le MINALOC, la politique de décentralisation avait
été prônée un peu avant, en mai 1997, par le
MINEDUC. En effet, certaines tâches de l'administration centrale avaient
été transférées au niveau des Inspections
d'Arrondissement. Comme le souligne D. NKERA NTIZO (2003 p.6) le
Ministère de l'Education avance la raison en faveur de cette
décentralisation en ces termes : «Depuis l'indépendance
du Rwanda, le Ministère de l'Education et le Gouvernement en
général n'ont pas accordé aux niveaux de base de
l'éducation les plus proches de la population le pouvoir de gestion et
d'exécution de certaines fonctions sans recourir à
l'autorité centrale ».
La nécessité de
décentraliser une structure ou une organisation comme l'éducation
avait également été soulignée par différents
auteurs. A titre d'exemples, prenons H. MINTZBERG, (1998), J. HALLAK (1976) et
J.DELLORS(1996) pour ne citer que quelques-uns.
Pour H. MINTZBERG (1998 p.176), il
faut décentraliser une structure ou une organisation comme
l'éducation parce qu'un seul centre, un seul cerveau ne peut pas
comprendre toutes les décisions. En effet, il est difficile à un
seul individu de prendre toutes les décisions dans une organisation
d'action sociale de plusieurs personnes. La décentralisation permet
également à l'organisation de répondre rapidement aux
conditions locales. Elle est enfin, un moyen de motivation. Les personnes
créatives et intelligentes ont besoin d'une marge de manoeuvre
considérable. L'organisation ne peut les attirer, les garder et utiliser
leurs initiatives que si elle leur donne des pouvoirs de décision
très importants. Une telle motivation est cruciale dans les travaux de
nature professionnelle. De plus, la décentralisation permet aux cadres
de s'entraîner à décider.
Pour J. HALLAK (1976, p.31), la
décentralisation est nécessaire d'une part, en raison de la masse
d'informations détaillées et fiables qu'il faudra traiter mais
également, parce que certains éléments sociaux et
politiques très importants ne peuvent être identifiés et
maîtrisés qu'au niveau local.
La décentralisation de
l'éducation est, d'après J. DELLORS (1996 p.165), d'un rôle
important pour assurer une bonne coordination de différentes instances
du système. Elle « permet d'ouvrir un espace de prise de
décision démocratique où les attentes des parents,
d'élèves ou des organisations qui composent le système
éducatif doivent faire preuve d'une réelle volonté de
s'adapter aux conditions locales et adapter une attitude ouverte
vis-à-vis du changement ».
Cependant, pour introduire un changement
aussi complexe que la décentralisation, certaines précautions
doivent être prises pour qu'il puisse réussir.
A ce propos, GONIDEC (1983, p.73) fait
remarquer que « le fonctionnement satisfaisant d'institutions
décentralisées dépend de la réunion d'un certain
nombre de conditions : problème de personnel et celui des finances
locales, car aucune décentralisation véritable n'est possible si
les instances locales ne disposent pas de ressources financières
suffisantes ».
Aussi, d'après N. Mc. GINN et T. WELSH (1999, p.82)
deux conditions doivent présider la mise en oeuvre de toute
réforme, y compris la décentralisation. D'une part, il faut un
appui politique en faveur des changements proposés et d'autre part, il
faut que les acteurs de la réforme soient capables de la mener à
bien.
La mise en exécution de la politique
de décentralisation est un long processus. Elle passe par trois
degrés à savoir la déconcentration, la
délégation et la dévolution. La décentralisation de
l'éducation au Rwanda doit donc poursuivre le même processus.
Nous ne sommes pas les premiers à
parler de la décentralisation de l'éducation car d'autres
études ont été menées à ce propos. Nous
pouvons citer à titre d'exemple les Mémoires de :
· I. NKUNDABATWARE (1998), intitulé «
Etude des effets de la centralisation sur la gestion du personnel enseignant
». Au terme de sa recherche, il a constaté que le
système de centralisation occasionne la lourdeur administrative, des
retards qui provoquent des sentiments de frustration, de mécontentement
et de découragement chez les enseignants alors que la
décentralisation pourrait être une des solutions.
· J. KAYIRANGWA (2000) a étudié la
« répartition du pouvoir et l'efficacité du
fonctionnement du Ministère de l'Education ». Elle s'est
intéressée sur le fonctionnement des Directions de l'enseignement
primaire et secondaire du MINEDUC en termes de répartition du pouvoir et
l'efficacité de leur fonctionnement dans le cadre de la politique de
décentralisation. Son étude a montré que le partage de
pouvoir entre les différents niveaux de la ligne hiérarchique
augmente la rapidité et le cheminement du traitement des dossiers au
MINEDUC.
· Ainsi que le Mémoire de D. NKERA NTIZO (2000)
concernant la « Contribution de la décentralisation à
l'amélioration de la gestion du système éducatif au niveau
local » pendant que celle-ci est sous la tutelle du Ministère
de l'Administration Locale, de l'Information et des Affaires Sociales
(MINALOC). Il a constaté que la décentralisation de
l'éducation au niveau local améliore la gestion du système
éducatif mais que les difficultés étaient encore
nombreuses.
Comme nous venons de le montrer, tous ont
parlé soit de la décentralisation, soit de la centralisation de
l'éducation, mais personne n'a jusqu'à présent mené
une recherche sur l'état d'avancement de la
politique de décentralisation de l'éducation au Rwanda que
ce soit au niveau national, provincial ou local.
Notre étude constitue donc un apport
particulier car elle est la première à traiter ce domaine en
prenant le cas de la Province de Kigali-Ngali.
0.2. Questions de recherche
Les questions ci-après nous ont servi de guide au cours
de notre étude :
1. Où en est la politique de décentralisation en
matière de l'éducation dans la Province de Kigali-Ngali?
2. Quels sont les facteurs de réussite de la politique
de décentralisation de l'éducation dans la Province de
Kigali-Ngali?
3. Quels sont les obstacles rencontrés dans la mise en
oeuvre de la politique de décentralisation de l'éducation dans la
Province de Kigali-Ngali?
0.3. HYPOTHESES DE RECHERCHE
Pour répondre aux questions
précédentes, les hypothèses suivantes ont
été formulées :
1) La politique de décentralisation de
l'éducation dans la Province de Kigali -Ngali a abouti à des
réalisations importantes ;
2) Certains problèmes comme la résistance au
changement, l'insuffisance de ressources humaines, matérielles,
financières, techniques, etc. constituent un obstacle pour la mise en
pratique de la politique de décentralisation de l'éducation dans
la Province de Kigali-Ngali.
0.4. OBJECTIFS DE LA RECHERCHE
Pour mener à terme ce travail, les objectifs suivants
lui ont été assignés :
1. Dégager les réalisations de la politique de
décentralisation de l'éducation dans la Province de
Kigali-Ngali ;
2. Identifier les facteurs de réussite et les facteurs
d'échec de la politique de décentralisation de l'éducation
dans la Province de Kigali-Ngali ;
3. Proposer des stratégies à mettre en oeuvre
pour que la politique de décentralisation de l'éducation dans la
Province de Kigali-Ngali soit de plus en plus efficace et
opérationnelle.
0.5. MOTIFS ET INTERET DU
SUJET
Le choix de notre sujet de recherche a
été motivé par la politique actuelle du pays visant
à décentraliser le pouvoir central jusqu'au niveau local.
En tant que politique nationale, la décentralisation
concerne tous les secteurs d'activités y compris celui de
l'éducation. La politique de décentralisation de
l'éducation est en cours d'exécution depuis 1997.
Il convient alors d'en faire un regard rétrospectif et
dégager la perspective de cette politique.
Les résultats de cette étude pourraient
être utiles pour :
· Les planificateurs de l'éducation qui en
trouveraient ce dont les acteurs de l'éducation au niveau local ont
besoin ;
· Les instances administratives locales qui s'en
inspireraient pour faire l'auto évaluation de leur mise en pratique de
la politique de décentralisation de l'éducation ;
· Les autorités au niveau national et provincial
lors de leur suivi évaluation de la mise en pratique de la politique de
décentralisation de l'éducation ;
· Les autres chercheurs ultérieurs ayant besoins
de mener des recherches dans le domaine de la décentralisation de
l'éducation.
0.6 METHODOLOGIE
Au cours de notre travail nous nous sommes servi des
méthodes et techniques différentes pour arriver à des
résultats fiables et corrects. Ces méthodes sont entre
autre : comparative, dialectique, historique,
quantitative, qualitative et systémique.
Pour les techniques utilisés, il s'agit de :
- recherche documentaire ;
- interviews (structurée et semi-
structurée) ;
- enquête par questionnaire ;
- échantillonnage (raisonné et
aléatoire).
0.7 LIMITES DE LA
RECHERCHE
Conscient de l'étendu, de la
complexité et de la multiplicité des domaines de
décentralisation, nous nous sommes décidés, compte tenu de
moyens et du temps disponibles, de mener notre étude sur le territoire
couvert par la Province de Kigali- Ngali.
Vu que la politique de
décentralisation de l'éducation est en cours d'exécution
depuis 1997, notre étude porte sur la période allant de cette
année jusqu'à l'an 2004. Notre attention est focalisée sur
l'éducation formelle telle qu'appliquée au niveau de
l'enseignement secondaire dans ladite Province.
Deux Ministères sont concernés par notre
étude :
Le MINALOC en tant que concepteur de la
décentralisation en général et le MINEDUC en tant que
chargé de la mise en oeuvre de la décentralisation de
l'éducation en particulier.
0.8. ORGANISATION DU
TRAVAIL
Le présent travail comprend :
· Une introduction renfermant la position du
problème, les questions de recherche, les hypothèses de
recherche, les objectifs de la recherche, le motif et l'intérêt du
sujet, les limites de la recherche et l'organisation du travail ;
· Le premier chapitre porte sur le cadre
théorique et conceptuel ;
· Le deuxième chapitre concerne la partie
méthodologique ;
· Le troisième et le dernier chapitre consiste
en la présentation, l'analyse et l'interprétation des
résultats de la recherche et ;
· La conclusion et les recommandations.
CHAPITRE I. CADRE THEORIQUE ET
CONCEPTUEL
Ce chapitre a pour objet de situer notre
étude dans un cadre théorique et conceptuel. En quelques sortes,
il consiste en une revue de la littérature sur le mouvement de
décentralisation en général et sur la
décentralisation de l'éducation en particulier.
Dans un premier temps, nous partirons des
définitions de concepts « Centralisation » et
« Décentralisation », pour parler par la suite, de la
décentralisation de l'éducation tout en dégageant ses
avantages et ses inconvénients.
En deuxième lieu, nous jetterons un
regard sur la décentralisation de l'éducation au Rwanda.
1.1 CENTRALISATION
Le concept de centralisation a
été défini par plusieurs auteurs. D'après H.
MINTZBERG (1982, p.174) « la centralisation est le
mécanisme le plus puissant pour coordonner les décisions dans
l'organisation ; toutes les décisions sont prises par un seul individu,
dans un seul cerveau, et ensuite mises en oeuvre sur une supervision directe
».
Ainsi définie, la centralisation
permet la maîtrise de prise de décision. Elle présente
cependant le grand inconvénient : bloquer l'esprit d'initiative locale,
ce qui paralyse le processus de prise de décision.
Pour R. CHAPUS (1992, p.206), la
centralisation est une forme d'administration dans laquelle l'Etat assure seul
l'exercice de la fonction administrative.
Nous remarquons qu'ici toute institution administrative
apparaît comme une seule pyramide dont le sommet est occupé par
l'autorité administrative de l'Etat. La centralisation peut encore se
concevoir comme une technique d'organisation de l'administration qui consiste
à confier tout à l'autorité centrale du pays. Ici, le
subordonné ne peut prendre aucune décision à moins qu'une
instruction lui soit donnée par son supérieur. Ce dernier est
seul compétent pour prendre la décision.
Aujourd'hui, la centralisation à l'état pur
n'existe que dans quelques dictatures. Mais, dans les pays européens
comme la France, il existe toujours des services centraux correspondant par
exemple aux ministères. Cependant, ces Etats unitaires ont adopté
des mécanismes que tempère la centralisation très forte :
la décentralisation (http:// www. le droit public. com).
1.2 DECENTRALISATION
D'après A. GRUBER (1986, p. 26
), la décentralisation est un système ou une technique
d'organisation et de gestion administrative, qui consiste à remettre des
pouvoirs de décision à des organes autres que les agents du
pouvoir central et non soumis, par conséquent, au devoir
d'obéissance hiérarchique vis-à-vis de l'administration de
l'Etat.
Le manque d'obéissance
hiérarchique des organisations décentralisées
vis-à-vis de l'Etat signifie qu'une certaine autonomie leur est
accordée. A ce titre, E. KABAGEMA (1993, p.9) dit que la
décentralisation est «un mode de gestion des services publics
consistant à accorder à certains services une compétence
propre de décision autonome par rapport au pouvoir public qui les a
institués. Elle se traduit par un transfert d'attributions de l'Etat
à des institutions (territoriales ou non) juridiquement distinctes de
lui et bénéficiant, sous la surveillance de l'Etat, d'une
certaine autonomie»
Ces institutions, bien qu'autonomes,
restent intégrées dans l'Etat qui les a
décentralisées. En effet, c'est ce que A. DE LAUBADERE
(1976, p.88) exprime en ces termes :
« [La décentralisation] évoque
l'idée d'une collectivité locale qui, bien qu'englobée
dans une autre collectivité plus vaste, s'administre elle-même,
gère elle-même ses propres affaires, idée que certains
vocabulaires étrangers expriment mieux encore
(« Self government », « selbsverwaltung
», dont le correspondant français serait « auto-administration
»). Faire d'une province, d'une commune des collectivités
décentralisées, c'est les organiser de manière qu'elles s
`administrent par elles-mêmes tout en restant intégrées
dans l'Etat ».
A travers ces multiples définitions,
on peut dire de façon brève que le concept de
décentralisation évoque l'idée d'un système
d'administration permettant à une collectivité humaine et /ou
à un service de s'administrer sous le contrôle de l'Etat en les
dotant de la personnalité juridique, d'autorité propre et des
ressources.
1.2.1 Objectifs de la
décentralisation
Si la centralisation favorise la propagation des innovations
en provenance du pouvoir central, garantissant ainsi que tout le monde soit
géré de la même façon, la décentralisation
ouvre la voie aux collectivités locales, lesquelles s'administrent
suivant les problèmes locaux. La tâche de l'Etat se trouve ainsi
allégée. Ainsi, les objectifs généraux de la
décentralisation s'articulent sur deux points : objectifs d'ordre
administratif d'une part, et d'ordre socio-politique d'autre part.
1.2.1.1 Objectifs d'ordre administratif
La décentralisation a pour objectif
d'impliquer les groupes concernés dans la gestion des affaires locales,
vu leur spécificité. Elle « allège la charge de
l'Etat dans la gestion des services publics et assure leur prise en charge par
les autorités les plus qualifiées ». (G. BURDEAU,
1967, p.374).
Le même auteur ajoute :
« La décentralisation permet de faire appel au
concours des groupes intéressés, locaux ou spéciaux, qui
élaborent en connaissance de cause les mesures intéressant leur
secteur. Le bénéfice de l'opération est à double
face puisque, d'une part, elle permet d'adapter la gestion des services aux
conditions du milieu qu'ils concernent et, d'autre part, place l'Etat à
même de mieux remplir le rôle dont il est irremplaçable,
celui d'arbitre entre les intérêts divergents ».
(Ibidem).
1.2.1.2 Objectifs d'ordre socio-politique
La décentralisation vise à
atteindre le développement national et local Elle présente le
grand avantage d'instaurer un courant d'échanges continus entre les
autorités et les administrés. Au cours de ces échanges, il
se dispense une éducation socio-politique de la population qui permet de
résoudre de nombreux problèmes du pays (BURDEAU, 1967, p.
369). En plus, les expressions de pensées et de sentiments des
populations importent véritablement à la réussite d'une
administration.
1.2.2. Critères de la
décentralisation.
La réussite de la
décentralisation exige un certain nombre de critères dont
l'octroi de la personnalité juridique, l'autonomie organique,
l'autonomie de gestion et l'existence d'intérêts
individualisés connus.
1.2.2.1 Octroi de la personnalité juridique
L'individualisation juridique de la
personne décentralisée est une condition indispensable. Cette
personne doit exister juridiquement et indépendamment de l'Etat et
être capable d'agir par le moyen de ses propres organes dirigeants. En
d'autres termes, il est essentiel que l'existence d'une personne morale
concrétise l'existence d'affaires séparées de celles de
l'Etat ; son existence traduira la reconnaissance des biens particuliers de
solidarité sociale, par-delà ceux qui constituent la
solidarité nationale.
A ce sujet, A. DE LAUBADERE
(1976, p.87), nous dit :
«La reconnaissance de la personnalité morale
constitue ainsi sur le terrain du droit, le principe fondamental de la
décentralisation. Pour gérer ses affaires, la collectivité
décentralisée possède un patrimoine propre de biens
matériels, des fonctionnaires, une gestion financière
exprimée dans un budget ; elle est sujet de droits et d'obligations,
peut ester en justice, tous ces éléments sont distincts des
biens, fonctionnaires, droits et obligations de l'Etat ».
1.2.2.2 Autonomie organique
Le législateur reconnaît
l'existence autonome de certains intérêts en eux-mêmes
généraux. L'entité administrative chargée de la
gestion de ces intérêts devra jouir de l'autonomie organique qui
s'analyse à un pouvoir de décision exclusif de tout
contrôle hiérarchique et soumis seulement au contrôle de
tutelle.
L'esprit de décentralisation va dans
le sens de la plus grande indépendance possible des autorités
décentralisées. Comme une autorité élue a plus de
chances d'être indépendante de l'Etat qu'une personne
nommée, il est conforme à cet esprit que les autorités
décentralisées soient élues. C'est ce que A. DE LAUBADERE
(1996, p.96) exprime : «la qualité des autorités
locales et singulièrement leur mode de désignation traduisent la
réalité politique de cette décentralisation
».
Le système électif permet donc à la
circonscription locale de s'administrer elle-même par ses organes
propres.
Il importe également que les
autorités décentralisées soient garanties contre le risque
de désinvestiture arbitraire ou trop aisée par les
autorités de l'Etat. C'est -à- dire que la tutelle sur ces
autorités décentralisées doit être
aménagée en ce sens, par l'institution de procédures et de
conditions de fonds adéquates.
1.2.2.3. Autonomie de gestion
La gestion des intérêts
autonomes ainsi reconnue est conférée à des organes ayant
une réelle indépendance par rapport au pouvoir central. La
décentralisation ne peut être effective que si les
autorités décentralisées disposent des moyens humains,
techniques et financiers leur permettant d'exercer selon leur vue les pouvoirs
dont elles sont investies.
L'accomplissement de la
décentralisation est subordonné à la détention des
moyens propres de financement suffisants, c'est-à-dire en ce qui
concerne les collectivités décentralisées, à une
réforme adéquate de la fiscalité locale. L'institution de
dotations globales de fonctionnement et d'équipement est une
manière de subventionner mais il ne s'agit là que d'une
demi-mesure visant à réduire les conséquences de la
dépendance financière des collectivités locales.
1.2.2.4 L'existence d'intérêts
individualisés reconnus
La décentralisation suppose une
certaine individualisation des intérêts pris en charge par la
personne publique décentralisée. Cette individualisation doit
être objective, doit correspondre à une réalité. La
décentralisation doit reposer sur des solidarités sociologiques
affirmées entre les habitants concernés, conscients de leur
cohésion et des problèmes communs qu'ils ont à
résoudre.
Comme le dit A. DE LAUBADERE
(1996, p.97) « on constate l'existence, dans les
collectivités locales, d'une solidarité d'intérêts
qui nove entre leurs habitants un lien spécial de besoins locaux
distincts des besoins généraux communs à tous les
habitants du territoire national : à côté, par exemple , du
besoin général de relations postales qui rapprochent tous les
habitants du pays, existe le besoin plus particulier à une ville
d'urbanisme ou de l'organisation de services publics appropriés
».
Tous ces critères peuvent s'observer sous les
différents aspects de la décentralisation selon les domaines
d'activités considérés.
1.2.3 Aspects de la
décentralisation
La décentralisation peut se
présenter sous plusieurs aspects : la décentralisation politique,
la décentralisation administrative, la décentralisation des
finances et la décentralisation économique.
1.2.3.1 La décentralisation politique
D'après J. LITVACK (1999)1(*),
« La décentralisation politique vise à
conférer aux citoyens ou à leurs élus plus de pouvoir de
décision (...). Les partisans de la décentralisation politique se
basent sur l'hypothèse que les décisions prises avec une plus
grande participation des administrés sont bien fondées et
répondent mieux aux besoins des intérêts divers de la
société que celles prises uniquement par les autorités
politiques au niveau central ».
Prise dans ce sens, la décentralisation politique
permet aux élus d'identifier les besoins et les aspirations de leurs
électeurs. De ce fait, elle a un caractère
démocratique.
Elle peut aussi revêtir d'un caractère
autoritaire ou être un simple transfert de compétences à
des autorités nommées par le pouvoir central. A ce moment, elle
perd son sens premier.
1.2.3.2 La décentralisation administrative
Pour J. LITVACK (op.cit), ce type de
décentralisation vise à faire le transfert de
responsabilités et de ressources financières du gouvernement
central vers les unités d'administration sur terrain pour assurer la
fourniture des services publics. Ces responsabilités concernent la
publication, le financement et la gestion liée à certaines
fonctions du gouvernement central.
1.2.3.3 La décentralisation des finances
La décentralisation des finances
concerne la responsabilité et l'autonomie de gestion des finances dont
dispose une entité d'une organisation. A ce propos, J. LITVACK
(op.cit.), dit que «La responsabilité des finances est une
composante fondamentale de la décentralisation. Pour que les
administrations locales et les organisations privées puissent exercer de
manière efficace les fonctions administratives
décentralisées, elles doivent disposer de revenus d'un niveau
adéquat provenant soit des ressources locales, soit d'un transfert du
gouvernement central. De même qu'elles doivent avoir le pouvoir de
décision concernant les dépenses ».
1.2.3.4 La décentralisation économique
La décentralisation
économique s'apparente à la privatisation et à la
dérégulation qui sont ses formes les plus complètes.
Pour J.LITVACK (op.cit), ces deux formes «permettent
que des fonctions qui relevaient primordialement ou exclusivement du
gouvernement soient exercées par le secteur privé, les
communautés, les coopératives, les associations volontaires
privées ou d'autres organisations non-gouvernementales ».
La privatisation peut être
appliquée de deux manières. D'une part, c'est une politique de
laisser faire et, d'autre part, c'est l'encouragement de partenariat entre le
public et le privé.
En éducation, la politique de
laisser-faire consiste en ce que l'Etat ne s'ingère pas dans la gestion
des écoles appartenant aux particuliers, la seule part qui lui est
réservée c'est le contrôle de la standardisation de la
qualité de l'éducation et des infrastructures scolaires. En ce
qui concerne le partenariat entre le public et le privé, l'Etat et le
secteur privé collaborent pour la fourniture des services
éducatifs et la réalisation des projets concernant
l'éducation. Chacun de ces aspects de la décentralisation que
nous venons de voir peut exister sous trois degrés différents car
la décentralisation est un processus dynamique.
1.2.4 Degrés de la
décentralisation
Il existe trois degrés de la
décentralisation, à savoir la déconcentration, la
délégation de pouvoir et la dévolution.
1.2.4.1 La déconcentration
Pour A. IBTISAM (1999, p.17), la
décentralisation n'est qu'un déplacement « des
responsabilités de gestion du niveau central à un niveau
régional, ou autre de manière que le ministre garde fermement le
contrôle des opérations ».
La déconcentration constitue donc, pour cet auteur, une
simple réorganisation d'un certain nombre de tâches mais sous le
contrôle de l'autorité centrale.
La déconcentration peut se traduire
dans le domaine de l'éducation par l'exemple du recrutement et de
l'engagement du personnel enseignant. Le ministre fixe les critères de
recrutement et les soumet aux directeurs des écoles. Ces derniers
recrutent les enseignants suivant les critères édictés. En
dernier lieu, il revient au ministre ayant l'éducation dans ses
attributions d'engager les enseignants ainsi proposés.
1.2.4.2 La délégation
P. PERRE NOUD (1999)1(*) voit en délégation de pouvoir
« Une forme plus poussée de la
décentralisation. Par délégation, le gouvernement central
transfère le processus de prise de décisions et l'administration
vers les organisations semi-autonomes qui, en dernier ressort doivent lui
rendre des comptes. Les gouvernements délèguent des
responsabilités lorsqu'ils créent des entreprises ou
sociétés publiques, des services spéciaux, des secteurs
scolaires semi-autonomes, des sociétés de développement
régional ou des unités spéciales chargées de
l'exécution des projets ».
1.2.4.3 La dévolution
Le degré de décentralisation par excellence,
c'est la dévolution.
«On parle de dévolution lorsque les
gouvernements délèguent les fonctions, transfèrent les
pouvoirs de décisions, l'autorité en matière de finances
et de gestion vers les unités d'administrations locales quasi autonomes
avec statuts de municipalité. Généralement, la
dévolution s`opère en transférant les
responsabilités pour la fourniture des services aux municipalités
qui élisent leurs propres maires et conseillers, perçoivent
leurs impôts et jouissent du pouvoir de prendre des décisions
d'investissements ». (ibidem)
Les limites géographiques précises et
juridiquement reconnues des administrations locales
décentralisées caractérisent le système
décentralisé par dévolution (D. NKERANTIZO, 1999,
p.20).
1.2.5. Formes de la
décentralisation
Selon H. MINTZBERG (1982 :178-180), la
décentralisation peut revêtir deux grandes formes: la
décentralisation verticale et la décentralisation horizontale.
a. La décentralisation
verticale
"La décentralisation verticale est la
délégation des pouvoirs de décision depuis le sommet
stratégique vers la base, à l'intérieur de la ligne
hiérarchique", (ibidem).
L'accent est mis ici sur le
côté formel du pouvoir (prendre les décisions, les
autoriser).Cette forme de décentralisation est
caractérisée par le déplacement de pouvoir de
l'échelon supérieur vers l'échelon inférieur tout
en restant dans la ligne hiérarchique. C'est à dire que ce sont
les niveaux inférieurs qui bénéficient de ce pouvoir.
b. La décentralisation
horizontale
"La décentralisation horizontale
est le passage du contrôle des processus de décision à des
personnes situées en dehors de la ligne hiérarchique". Dans
la décentralisation horizontale, l'accent est mis sur le pouvoir
informel. Donc, il y a le transfert du pouvoir formel des décideurs
à d'autres personnes extérieures à la ligne
hiérarchique comme des analystes de la technostructure à des
fonctionnaires du support logistique. Les deux formes de la
décentralisation reflètent la dispersion des pouvoirs de
décision.
1.3 PRISE DE DÉCISION
La prise de décision est un
processus qui concrétise la marge de manoeuvre dont les
entités décentralisées jouissent. Ainsi, il convient de
définir le concept de décision et le processus de prise de
décision afin de les comprendre davantage. Selon le dictionnaire
Petit Larousse illustré (1975, p.290), le mot
« décision » vient du verbe
« décider » qui signifie
« déterminer ce qu'il faut faire ».
Pour la FLAMME, M (1981, p.95),
« décider implique une démarche rationnelle qui met
en jeu un nombre important des facultés affectives et
cognitives ». C'est aussi, selon LALANDE (1960, p.202),
« face à un problème, choisir d'agir ou de ne
pas agir ». Pour leur part, GOGUELIN et al (1967, p.132)
parlent de la décision « comme l'acte par lequel, face
à plusieurs possibilités s'excluant mutuellement, nous en
retranchons certaines pour ne plus en considérer qu'une seule,
estimée comme la plus satisfaisante ».
Donc, la décision c'est un choix
entre plusieurs alternatives suivant certains critères en vue de poser
un acte. Elle consiste à retenir une possibilité parmi plusieurs
autres.
La prise de décision est alors
définie comme « le choix d'une option de
préférence à plusieurs autres ; elle est
essentiellement un processus au cours duquel on privilégie
consciemment une option particulière que l'on juge souhaitable pour
atteindre les objectifs d'une organisation ». ( M. R.
URAYENEZA ,1997, p.43)
La décision est l'aboutissement d'un
processus éminemment dynamique qui se déroule en séquences
d'actes et le nombre d'étapes parcourues varie selon les auteurs. Pour
PATERSON (1969), cité par MINTZBERG (1998, p.179), le processus de
décision suit cinq étapes suivantes :
· Recueillir les informations pour les faire passer au
décideur ;
· Traiter ces informations pour présenter au
décideur des conseils sur les conduites à tenir ;
· Procéder au choix, c'est-à-dire
déterminer ce qu'on a l'intention de faire ;
· Autoriser le choix ;
· Réaliser, exécuter ce qui a
été décidé et autorisé.
Il représente ces étapes sous la forme
schématique suivante :
Exécution
Autorisation
Choix
Conseil
Information
Situation
Action
Figure 1: Illustration des
étapes du processus de prise de décision
A mesure que d'autres personnes interviennent dans ces
étapes l'individu perd du pouvoir, et le processus de décision
devient décentralisé.
1.4 DECENTRALISATION DE
L'EDUCATION
Avant de définir la
décentralisation de l'éducation, il convient d'abord de
définir l'éducation. D'après N. SILLAMY (1980, p.145), le
terme « éducation » vient du mot latin educatio, de
« educare » (éduquer),
« educere » (conduire) .L'éducation est
l'art de développer les qualités potentielles, physiques,
intellectuelles et morales d'une personne.
Plusieurs définitions de
l'éducation ont été données et les points ci-
après en sont communs:
- L'éducation est limitée à
l'espèce humaine;
- L'éducation est une action exercée par un
individu sur un autre (ou par une génération sur une autre);
- L'éducation est orientée vers un but à
atteindre;
- L'éducation consiste à faire acquérir
des comportements qui se superposent aux dispositions naturelles de l'individu
(R. HUBERT cité par DELDIME et R. DEMOULIN, 1994, p.11).
Au moment où l'enseignement s'occupe
surtout de la formation intellectuelle de la personne,"l'éducation
transmet, en plus de cette formation, d'autres valeurs humaines dont l'amour et
le respect des autres, l'esprit de tolérance, d'équipe, de
responsabilité, l'honnêteté et le goût du travail
bien fait"(R. LAFON, 1991, p.370).
La décentralisation quant à elle,
« vise à délocaliser les responsabilités,
à transférer le pouvoir de décision des individus qui
sont dans un lieu ou à un niveau donné par rapport aux instances
éducatives vers ceux qui opèrent à un autre
niveau" (T. WELSH et Mc .GINN 1999, p.17).
1.4.1
Motifs et objectifs de la décentralisation de l'éducation
N. Mc GINN et Th. WELSH (1999, p.28) nous
inspirent sur des raisons (motifs) qui ont été à la base
de la décentralisation de l'éducation. Suite au redoublement,
voire le triplement des effectifs des systèmes éducatifs, les
bureaucraties centralisées se sont révélées
inefficaces à maintenir la qualité de l'enseignement.
L'accroissement du nombre d'enseignants et d'élèves a mis
à rude épreuve la capacité des bureaucraties
centralisées à maintenir la qualité de l'enseignement.
Le mécontentement croissant de
l'opinion publique a fait pression pour transférer le pouvoir de
décision vers les instances locales. Aussi, l'émergence des
nouvelles technologies de l'information et de la communication a permis
d'intensifier le contrôle des systèmes éducatifs avec une
gestion décentralisée.
Un nouveau mode de gestion mettant
davantage l'accent sur les résultats que sur les moyens a donné
une importance accrue au renforcement des capacités locales en
matière de prise de décision. Comme tout autre système, la
décentralisation de l'éducation a des objectifs qui lui sont
assignés. Selon Mc GINN et Th. WELSH (1999, pp.29-30), les objectifs
énumérés ci-après s'appuient sur l'examen d'un
certain nombre de réformes.
Les objectifs de la décentralisation de
l'éducation sont classés suivant les motifs: politiques,
financiers et d'efficience.
A. Motifs politiques
· Profiter essentiellement au gouvernement central:
- en le soulageant des problèmes de politiques
extérieures, des bureaucraties internes et du poids financier (y compris
les politiques visant à transférer la formation des revenus vers
les autorités locales) et;
- en réduisant la corruption au niveau national
· Profiter essentiellement aux autorités
locales:
- en augmentant les crédits en éducation dont
peut disposer le gouvernement local et la capacité de réaction du
gouvernement central face aux exigences du gouvernement local et ;
- en redistribuant le pouvoir politique, en affaiblissant les
acteurs placés
au centre au profit de ceux qui sont en dehors du
centre.
B. Motifs financiers
· Diversifier les sources de financements et augmenter
les crédits accordés à l'éducation, par exemple:
- en augmentant la part du budget local consacré
à l'éducation;
- en déplaçant les sources de financement d'un
groupe social à l'autre (autrement qu'au sein d'un gouvernement).
C. Motifs d'efficience
· Améliorer l'éducation en tant que telle,
par exemple:
- en augmentant la qualité de moyens dans la
scolarité;
- en y améliorant la pertinence des programmes ou en
harmonisant leur contenu en fonction des intérêts locaux;
- en y améliorant la qualité des
moyens ;
- en développant les innovations dans les
programmes;
- en réduisant les inégalités à
l'éducation de qualité
· Améliorer le fonctionnement du système
éducatif, par exemple:
- en augmentant l'efficacité et l'affectation des
crédits;
- en augmentant l'efficacité de l'exploitation des
ressources;
- en harmonisant les programmes scolaires avec les exigences
des employeurs;
- en développant l'usage de l'information sur les
questions, les programmes ou les innovations.
1.4.2 Formes de la décentralisation de
l'éducation
La décentralisation peut,
d'après R. C. NOUMON (1999, p.30) être soit fonctionnelle, soit
géographique ou territoriale.
a. La décentralisation
fonctionnelle
Cette forme de décentralisation
correspond à la répartition du système éducatif
entre plusieurs unités administratives, chacune étant responsable
d'une ou de plusieurs niveaux ou fonctions de l'éducation. Ainsi,
certaines fonctions telles que le recrutement du personnel ou le
développement du curriculum, peuvent être exercées par
différentes entités ayant une autonomie propre.
b. La décentralisation géographique ou
territoriale
Dans cette forme de
décentralisation, le transfert de responsabilités de financement
et de gestion de l'éducation est organisé sur base de
découpage Politico-géographique ou politico-administratif. Dans
le cadre de l'éducation, elle peut être illustrée par une
certaine autonomie accordée aux zones ou grandes régions suivant
la division politique du pays.
Les formes de la décentralisation,
que ce soit en général ou en éducation en particulier,
peuvent exister sous quatre aspects: aspect politique, aspect administratif,
aspect financier et aspect économique. Signalons également que
chacun de ces aspects peut se présenter sous trois degrés
à savoir: déconcentration, délégation et
dévolution.
1.4.3 Les différents acteurs de la
décentralisation et leurs attributions
L'éducation étant
considérée comme la clé du développement, chaque
pays cherche à renforcer son secteur éducatif. Ceci exige une
collaboration entre plusieurs et différentes personnes qu'on peut
appeler acteurs de l'éducation.
D'après GINN et WELSH (1999, p.85), les acteurs peuvent
être classés en producteurs, distributeurs et usagers selon les
rôles qu'ils jouent.
a. Les producteurs
Il s'agit d'une
catégorie d'acteurs qui s'intéressent à la conception et
à l'élaboration du processus éducatif, à la
formation du personnel impliqué et à la production des
installations et des matériels qui seront utilisés. L'objectif
visé est la construction ou la production de la capacité à
éduquer. Ces acteurs sont:
- Des entreprises du bâtiment;
- Des entreprises de production de matériels
didactiques tels que les manuels scolaires ;
- Les vendeurs d'uniformes, de produits alimentaires et autres
produits
de consommation;
- Les compagnies d'assurance;
- Les auteurs de programmes et de manuels scolaires;
- Les institutions de formation des maîtres;
- Les universités et des services de consultants qui
proposent les services d'assistance technique;
- Les entreprises qui produisent et appliquent des tests;
- Les agences nationales et internationales dont la
prospérité dépend de la bonne santé ou de
l'état de dégradation du système éducatif.
Le principal objectif de ces producteurs
est la fabrication ou la production des intrants dans le processus
éducatif.
b. Les distributeurs
Cette catégorie est celle du site
décisionnel pour la distribution du produit disponible. Ce type de
décision porte sur l'accès à l'éducation et le
processus pédagogique. Elle recouvre les associations des parents
d'élèves, les délégués de l'enseignement
(syndicats), les chefs d'établissements et les conseils d'administration
quand ils se limitent à prendre les décisions ayant trait
à l'application des programmes scolaires.
C. Les usagers
Cette catégorie d'acteurs
s'intéresse à l'usage que l'on peut faire des résultats
scolaires. L'éducation transforme une personne en lui inculquant des
connaissances, des compétences et des valeurs nouvelles. Cette
transformation peut non seulement profiter aux individus ainsi
transformés, mais aussi à ceux qui bénéficient de
cet apport de connaissances, de compétences et de valeurs. Les
élèves et leurs parents peuvent exploiter le savoir et les
diplômes pour augmenter leurs chances dans la vie.
Les employeurs ont l'espoir que les
salariés instruits soient plus productifs, autrement dit qu'ils
accroissent les bénéfices de l'entreprise. Les églises
comptent sur l'éducation pour accroître l'éthique et les
valeurs morales. Nous appelons donc usagers, tous les acteurs qui
s'intéressent avant tout à la valeur d'usage de
l'éducation.
En effet, étant donné que la
décentralisation de l'éducation est un processus demandant
l'intervention, la participation, la meilleure collaboration entre plusieurs
personnes concernées par l'activité éducative, les acteurs
cités ci-haut doivent participer pleinement, chacun à son
rôle, pour que ce processus puisse atteindre ses objectifs.
1.4.4 Avantages et
inconvénients de la décentralisation de l'éducation
a. Les avantages de la
décentralisation de l'éducation
L'inconvénient majeur de la
centralisation est qu'elle se heurte à une impossibilité
manifeste à assurer une gestion en raison de la multiplication des
taches qui incombent à l'Etat. Pour sortir de cette paralysie des
organes centraux, il a été préconisé une
décentralisation qui exige que les décisions d'insert local
soient prises localement.
Ainsi, la décentralisation de
l'éducation accorde plus de responsabilités aux autorités
provinciales et du district. Pour cela, elles ont le pouvoir de prise de
décision en consultant la population, ce qui
dégénère la transparence, l'efficacité,
l'équité, etc.
Dans le même cadre E. BUGINGO et al
(1992, p.16) stipulent que l'administration locale décentralisée
se caractérise par le couple des notions de :
- légitimité dans l'exercice des
attributions;
- l'efficacité dans la satisfaction des besoins
locaux.
C'est à dire que ceux qui gèrent une
entité décentralisée exercent le pouvoir de
décision qui leur est confié au nom de ladite entité dont
ils sont les organes ou les représentants, ceci en toute
légalité et respect de la loi.
Les avantages de la décentralisation
de l'éducation ne diffèrent pas beaucoup de ceux offerts par la
décentralisation en général.
De ce fait, E. NGOGA (2000, p.16), en s'inspirant de DE
LAUBADERE (1976, p.138), classe ces avantages en trois catégories
suivantes :
- Avantages du point de vue politique;
- Avantages du point de vue administratif;
- Avantages du point de vue socio-économique.
Avantages du point de vue politique
Selon DE LAUBADERE (1976, p. 138)
"Le principe démocratique trouve sa
réalisation à la fois sur le plan gouvernemental dans
l'élection des gouvernants du pays et sur le plan administratif dans
l'élection des autorités locales. La décentralisation se
présente ainsi comme une démocratie appliquée à
l'administration ".
La décentralisation est liée au
libéralisme, étant donné que les administrés sont
associés aux décisions concernant les affaires de leur
entité administrative.
Les unités autonomes que constituent
les districts dans le cas du Rwanda, engendrent des libertés locales qui
permettent aux entités décentralisées de
privilégier l'intérêt local sans être soumises au
pouvoir hiérarchique de l'autorité administrative
supérieure mais seulement à son contrôle.
Avantages du point de vue administratif
La primauté revient ici à
l'allégement de la charge des compétences de l'Etat sur les
collectivités décentralisées. On dit que la
décentralisation décharge le pouvoir central trop encombré
et trop éloigné de la vie locale pour pouvoir apprécier
ses besoins. Mieux, la décentralisation évite aux membres du
pouvoir législatif et exécutif national d'être
mêlés à de nombreuses questions purement locales. Elles
libèrent des hauts fonctionnaires des tâches minutieuses et
encombrantes, diminue les lenteurs administratives du centre à la
périphérie en attribuant les affaires locales aux agents locaux
connaissant les conditions locales et qui ont intérêt à
défendre les intérêts locaux et dont les administrés
inspirent confiance.
Avantages du point de vue
socio-économique
La décentralisation permet une
participation de la population aux activités de développement
contenues dans des programmes nationaux mais exécutés au niveau
local. Ceci renforce le sens communautaire à tous les échelons et
permet une meilleure répartition des activités
socio-économiques à travers les collectivités locales en
tenant compte des besoins locaux. Ainsi, la réalisation des programmes
quasiment locaux sera facilitée par les réalités
locales.
b. Les inconvénients
de la décentralisation de l'éducation
La décentralisation de
l'éducation ne peut pas être efficace et avantageuse tout le
temps. Elle dispose d'un certain nombre d'inconvénients.
A ce sujet, Ph. PERRENOUD, (op.cit.) signale que
"La décentralisation peut causer la perte de
contrôle du gouvernement de maigres ressources financières. Une
faible capacité administrative technique au niveau local peut
entraîner une faiblesse en efficacité et en rendement de la
fourniture des services dans certaines régions du pays. Il se peut que
les responsabilités administratives soient transférées
à des niveaux locaux sans ressources financières
adéquates, rendant ainsi plus difficile une répartition ou une
fourniture équitable des services".
Aussi, la décentralisation de
l'éducation peut, dans une certaine mesure, avoir le risque
d'inégalité. Ceci se justifie par le fait qu'une fois les
entités décentralisées (écoles, services
administratifs, ...) ne disposent pas des mêmes ressources (tant
humaines, financières que matérielles), ces entités ne
fourniront pas les services de même qualité. La
décentralisation étant facilitée en partie par la
disponibilité des ressources, il y aura sans doute
l'inégalité entre les unités décentralisées
si ces ressources ne sont pas reparties équitablement.
1.4.5 Les facteurs de
succès et les facteurs d'échec de la décentralisation de
l'éducation
a) Les facteurs de succès
D'après GINN et WELSH (1999, p.82)
"deux sortes de facteurs doivent présider à
la mise en oeuvre de toute réforme, y compris la
décentralisation: il faut d'une part un appui politique en faveur des
changements proposés, et d'autre part, il faut que les acteurs de la
réforme soient capables de la mener à bien".
Dans le même cadre, NZARAMBA (2001,
p.24) précise quelques moyens nécessaires pour que la
décentralisation puisse réussir:
· Les moyens
matériels
Le transfert des compétences
opéré par la réforme de la décentralisation
entraîne inévitablement une modification du régime des
services et des biens des collectivités. Ceci naît du souci de
mettre en place les moyens matériels nécessaires à la
décentralisation.
· Les moyens financiers
Le transfert des compétences doit
être accompagné du transfert immédiat des ressources ou
moyens. Ainsi, pour que la population soit satisfaite dans ses besoins de
sécurité et d'autonomie au sein de leurs districts, l'Etat
devrait procéder au transfert d'impôts vers les
collectivités locales ne présentant encore que des ressources
limitées.
A ces transferts, comme le dit A. GRUBER
(1986, p.56) devrait s'ajouter "la dotation générale de la
décentralisation. Cette dotation permet chaque collectivité
concernée, la compensation intégrale des charges résultant
des compétences transférées et qui ne sont pas
compensées par des transferts d'impôts".
b) Les facteurs
d'échec
Sur ce point, GONIDEC (1983, p.23) nous
signale que la décentralisation connaît des problèmes au
niveau des responsables d'abord, au niveau de la population elle-même et
au niveau des finances locales. Concernant les agents administratifs
« il n'y a pas et il n'y aura pas de décentralisation
réelle si les collectivités locales ne disposent pas d'un
personnel administratif suffisant en quantité et en qualité. Cela
suppose le problème de recrutement du personnel, de sa formation et du
procédé de désignation ».
En ce qui concerne la population "elle
doit être sensibilisée sur la culture de la démocratie
participative. Ceci l'amènera à mesurer elle-même
l'influence de sa participation sur la conduite des affaires locales.
Malheureusement, ceci n'est pas toujours le cas d'où l'ignorance de la
population à l'égard de la démocratie acquise par la
décentralisation" (idem, p.28.)
Enfin, il faut considérer avec
exactitude l'importance des ressources financières pour la mise en
oeuvre de la politique de décentralisation. « Le
montant des ressources financières pour la mise en oeuvre de la
politique décentralisatrice dépend évidemment des
fonctions dévolues aux collectivités
décentralisées ; c'est à dire de la
répartition opérée entre les autorités centrales et
les autorités locales » (idem, p. 32).
1.5 POLITIQUE DE DECENTRALISATION
AU RWANDA
1.5.1 Aperçu historique
Le système de gouvernance au Rwanda
avant, pendant et après la colonisation a surtout été
caractérisé par un centralisme à outrance qui fait
obstacle à la participation des communautés au processus de prise
de décision surtout dans la planification des actions de leur
développement (MINALOC, 2003, pp.22-23).
Cette absence de participation et
d'appropriation des acquis du développement par la communauté a
eu comme conséquence la guerre et le génocide accompagnés
par des destructions des biens publics et privés ainsi que plus de 3,5
millions de réfugiés à l'extérieur du pays et
presque le même nombre de déplacés à
l'intérieur en 1994 sur un peu plus de 7 millions d'habitants.
Depuis 1995, les hautes autorités du
pays ont tenu des séances de discussion sur un système
politico-administratif qui convenait le mieux à la reconstruction du
pays. Les conclusions de leurs consultations ont donné comme
recommandations la mise en place du processus de décentralisation et de
démocratisation pour promouvoir la participation de la population dans
tout le processus de prise de décision aussi bien dans l'identification,
l'élaboration, la mise en oeuvre , le suivi, l'évaluation et le
contrôle que dans la gestion des acquis de tous les programmes de
réduction de la pauvreté, de développement communautaire
et socio - politique avec l'année 2000, la promulgation de la loi sur la
décentralisation dans tous les secteurs publics a vu le jour.
1.5.2 Principes de la
décentralisation au Rwanda
Au Rwanda, eu égard au chemin
politique administratif et socio-économique parcouru par le pays tout
au long de son histoire tel que décrit plus haut, des principes
suivants doivent être respectés dans la mise en oeuvre de la
décentralisation :
- Assurer l'unité nationale, l'indivisibilité
et le développement équilibré ;
- Assurer l'autonomie et l'identité locales, les
intérêts locaux et la diversité ;
- Séparer le travail des autorités politiques et
celui des autorités administratives et techniques ;
- Harmoniser les responsabilités
transférées avec le transfert des ressources financières,
humaines et matérielles nécessaires.
Le respect du principe de séparation
de l'autorité politique, administrative et technique aidera à
éviter les doubles emplois, les chevauchements, les conflits et
l'amalgame des pouvoirs qui ne permettent pas de situer clairement les
responsabilités.
Enfin, l'harmonisation des
responsabilités et des fonctions transférées en même
temps que les ressources financières, humaines et matérielles
nécessaires permettra à la décentralisation d'avoir un
sens en rendant la population locale capable de planifier et de gérer
son propre développement. Si les ressources ne sont pas
transférées, la décentralisation n'est pas possible
(MINALOC, 2000, p.7)
1.5.3 Les objectifs de la
décentralisation au Rwanda
L'objectif général de la
décentralisation au Rwanda est d'assurer l'habilitation politique,
économique, sociale, administrative et technique de la population locale
à lutter contre la pauvreté en participant pleinement dans la
planification et dans la gestion de son processus de développement. Les
objectifs stratégiques de cette politique sont les
suivants (ibidem):
· Responsabiliser et mobiliser les populations en vue de
les amener à participer dans l'initiation, la préparation,
l'exécution et au suivi et surveillance des décisions et des
plans qui les concernent ; en tenant compte des besoins locaux, des
priorités, des capacités et des ressources ; en
transférant le pouvoir, l'autorité et les ressources du
Gouvernement central à l'administration décentralisée et
aux niveaux inférieurs ;
· Renforcer la responsabilisation et la transparence au
Rwanda en rendant les dirigeants locaux directement responsables devant les
communautés qu'ils servent en établissant un lien clair entre les
taxes que la population paie et les services financés par ces
taxes ;
· Renforcer la sensibilisation, le financement, la
gestion et le contrôle des services au point où les services sont
rendus, en permettant aux dirigeants locaux de développer les structures
organisationnelles qui prennent en considération l'environnement local
et les besoins locaux ;
· Développer une planification économique
durable et une capacité de gestion aux niveaux locaux qui serviront
comme moteur pour la planification, la mobilisation et l'exécution du
développement politique et socio-économique pour la
réduction de la pauvreté ;
· Renforcer l'efficacité, l'efficience et la
compétence dans la planification, le suivi et la prestation des services
publics en réduisant la charge qui pèse sur les fonctionnaires de
l'administration centrale qui sont loin du lieu où les besoins sont
servis et où les services sont rendus (MINALOC, 2000, pp.7-8)
1.5.4 Les phases de la mise en
oeuvre de la décentralisation au Rwanda
La politique de décentralisation a
été adoptée par le gouvernement du Rwanda en date du 26
mai 2000 dans le but d'émanciper la population rwandaise sur le plan
politique, économique, socioculturel et de lutter plus efficacement
contre la pauvreté. Cette politique devra être mise en oeuvre
dans trois phases successives suivantes :
Première phase
(2000-2003)
Faisant partie de la stratégie de
mise en oeuvre de la politique de la décentralisation, le Programme de
mise en oeuvre de la décentralisation (PMD) de trois ans a
été réalisé depuis 2001. Cette phase devait se
focaliser sur la mise en place et le renforcement institutionnel des structures
de coordination à travers les outils suivants :
1. Cadre légal et institutionnel pour la mise en oeuvre
de la décentralisation à travers l'établissement des
structures institutionnelles de coordination et la mise en route de la
décentralisation ;
2. Réforme des structures administratives ;
3. Démocratisation à travers les
élections surtout locales ;
4. Renforcement et développement des capacités
humaines et institutionnelles de tous les acteurs par une amélioration
des capacités des différents acteurs à travers la
formation continue, la fourniture des moyens logistiques et
l'émancipation de la population à travers l'éducation
civique ;
5. Transfert des responsabilités et des ressources
fiscales et financières pour le renforcement des structures
décentralisées pour qu'elles puissent efficacement mettre en
oeuvre des programmes relatifs aux services à rendre aux
communautés.
Deuxième phase
(2004-2008)
Cette phase sera consacrée à
la mobilisation des ressources et au renforcement des capacités afin de
transformer les attentes en réalité. Pour ce faire, elle mettra
l'emphase sur les actions suivantes :
1. Augmentation du niveau de participation des citoyens dans
le processus de prise de décision aussi bien dans la planification que
dans la mise en oeuvre des programmes de développement ;
2. Renforcer des structures des gouvernements locaux et leurs
liens fonctionnels avec le gouvernement central pour augmenter leur
capacité de gestion et de mobilisation des ressources ;
3. Mise en place d'un système approprié des
procédures et structures permettant les services rendus à la
communauté ;
4. coordination, le suivi et l'évaluation afin de
s'assurer de la qualité des Renforcement de la coordination des
interventions des différents acteurs au niveau politique et
opérationnel pour créer une synergie et harmonie
nécessaire dans l'élaboration, financement et la mise en oeuvre
des programmes et/ou projets. Ceci dans une perspective de passer de l'approche
d'appui aux projets disparates à l'approche programme basée sur
l'appui budgétaire.
5. Renforcement de la prise en compte des thèmes
transversaux tels que le genre, l'environnement, le VIH/SIDA et les
Technologies de l'Information et de la Communication dans tous les programmes
de développement.
Troisième phase
(2009-2015)
Cette phase envisagera la continuité
de suivi de la mise en oeuvre du processus de décentralisation, et au
besoin procédera au réajustement des politiques et cadres
institutionnels conformément aux capacités qui auront
été développées au niveau des entités
décentralisées. Les détails des actions à mener
dans cette phase seront spécifiés par les résultats de
l'évaluation de la seconde phase
(http://www.minaloc.gov.rw).
1.6 Politique de
décentralisation de l'éducation au Rwanda
1.6.1 Aperçu historique de
l'éducation avec le courant de décentralisation
D'après la Politique Sectorielle de
l'Education au Rwanda (PSSE, 1998, p.1), l'histoire de l'éducation au
Rwanda est subdivisée en 4 périodes :
La période pré- coloniale, la période
coloniale, la période d'indépendance, et la période
d'après le génocide de 1994.
Pendant la période
précoloniale, une éducation pour la vie était
assurée à 3 niveaux à savoir :
- la cellule familiale o&ug |