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Etude de la conséquence en français contemporain: Le cas de trois oeuvres d'Emile Zola

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par Lysette Nanda
Université de Yaoundé I - DEA de langue française 2006
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Littérature
  

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3. La relation entre la conséquence et les modalités de phrase

Nous avons déjà parlé de modalisation à la section 2 de ce chapitre. Nous avons constaté que le connecteur donc, en plus de la conséquence inférentielle, s'allie aux modalités de phrase pour exprimer la conséquence. S'agissant des modalités d' énonciation ou modalités de phrase, il en existe quatre types et toute phrase appartient au moins à l'une de ces modalités : la phrase déclarative, la phrase exclamative, la phrase interrogative et la phrase impérative (ou injonctive). C'est pourquoi cette étude ne retrace que la place de ce connecteur avec les types de phrase.

3.1. Donc marquant une interrogation

L'interrogation est une des modalités d'énonciation qui correspond à une attitude énonciative non thétique parce que le locuteur demande une information ou une validation, et un acte de langage qui est celui de la question. Il existe une interrogation totale et une interrogation partielle. Dans tous les cas, Le Goffic (op.cit. : 106) pense que

Dans l'interrogation, le locuteur, parcourant la classe de toutes les valeurs possibles (dans le domaine des substances, du temps, du lieu, de la manière, etc.) remet à son interlocuteur la tâche indispensable et urgente de choisir la bonne valeur, celle pour laquelle le prédicat (ou le reste du prédicat) est valide.

Pour ce qui est de la conséquence les exemples relatifs à l'interrogation ci-dessous l'illustrent à suffisance :

15a. - C'est moi que tu vas épouser...Je viens pour ça.

- Hein ? comment ? toi aussi ! cria-t-elle, c'est donc un mal de

famille ? [...].(Na, p395) ;

15b. Puis quand Maheu y eut enfermé leurs sabots, leurs bas, ainsi que le paquet d'Etienne, il s'impatienta brusquement :

- Que fait-il donc, cette rosse de Chaval ? (Ge, p32)

15c. Etienne l'avait laissé parler, la parole coupée par l'indignation. Puis, il cria : « Nom de Dieu ! tu n'as donc pas de sang dans les veines ? » (Ge, p229)

En [15a], donc est incident à une interrogation totale. En effet, le fait que dans une même famille, le grand frère et le petit frère demandent en mariage une même fille, relève de la folie. C'est ce que Nana se dit et donc fait entendre la question comme une demande de confirmation de la conséquence ou de la conclusion que la jeune prostituée tire des données contextuelles. De ce fait Hybertie (1996 :19) souligne qu'avec l'interrogation totale, les interrogations comportant donc ne sont pas de vraies interrogations, elles s'apparentent, du point de vue du sens, à une demande de confirmation d'une déduction faite par l'énonciateur à partir des données contextuelles ou situationnelles. L'effet de sens est dans ce cas aussi similaire à l'assertion. L'auteur a recours à autrui pour fournir une validation à la conséquence qu'il pressent pourtant. Sur le plan pragmatique, on peut penser que c'est par pudeur et délicatesse que l'émetteur ne le dit pas lui-même. Venue de quelqu'un d'autre, la conséquence est adoucie tout comme si l'énonciateur avait utilisé les adverbes peut-être, sans doute ou l'implicite.

S'agissant de l'occurrence [15b], les mineurs ont pour habitude de descendre dans la fosse en équipe, et Chaval fait partie de celle que dirige Maheu. Un matin, Chaval est arrivé plus tôt et est descendu sans attendre les autres membres de son équipe. Ceux-ci sont arrivés après et Maheu s'indigne de ne pas voir ce membre de son équipe, ils l'attendent pensant à un retard de Chaval d'où l'énonciation de [15b]. Il s'agit d'une interrogation partielle qui porte sur le terme Chaval qui forme le sujet de l'énoncé. Comme nous l'avons vu avec l'intensité, quoi a plusieurs sous-classes d'occurrences possibles : Chaval est-il en train de dormir, de déjeuner, d'arriver ? Ce sont là les occurrences possibles, qui échappent cependant au locuteur. Celui-ci fait donc appel à autrui pour donner à quoi un contenu pertinent. C'est dans ce sens que

l'énonciateur, précise Hybertie (op cit), parcourt toute la classe des occurrences dont [quoi] est le représentant, et dans l'impossibilité qu'il a d'en sélectionner une susceptible d'instancier la place (), [dans Chaval fait ()], il a recours au co-énonciateur pour l'attribution d'une valeur stable au parcours.

La fonction de donc est de présenter le recours à l'autre pour procurer un aboutissement à ce parcours, comme conséquence de ce parcours jusque-là sans issue. Le locuteur évite un risque, celui de se tromper et d'être accusé ; il laisse par conséquent le soin à l'autre de prendre ce risque et d'endosser la responsabilité. On se demande toujours si on a affaire à une conséquence accomplie ou non.

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