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Etude de la conséquence en français contemporain: Le cas de trois oeuvres d'Emile Zola


par Lysette Nanda
Université de Yaoundé I - DEA de langue française 2006
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Littérature
   
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1.2. La consécution, la finalité et la manière

Le terme manière exprime une façon d'être, d'agir. Nous n'étudions pas ici la manière en tant que constituant de phrase qui exprime cette fonction ; nous en parlons parce que le sémantisme des locutions qui énoncent la finalité et la conséquence exprime également la manière comme nous l'avons déjà signalé. Cela se vérifie dans les échantillons ci-après :

4a. Alors, avec son vilebrequin, il desserra les vis des équerres, de façon à ce qu'une dernière poussée pût les arracher toutes. (Ge, p435) ;

4b. Catherine avait échappé à la surveillance du gardien ce soir-là et s'était avancée au milieu du tunnel, en tenant la gauche, d'une manière telle que tout train arrivant de face pût passer à sa droite [...] ; (Lbh, p302) ;

4c. Dix minutes plus tard, il (Jacques) était en route pour la Croix-de-Maufras, après avoir enjambé cette fenêtre, sans être vu, en ayant bien soin de repousser les volets [...], de façon qu'il pût rentrer par là, secrètement. (Lbh, p342).

4d. Quand les interrogatoires furent terminés, l'affaire était jugée, tellement le président les avait menés avec adresse de façon que Roubaud et Cabuche, [...], parussent s'être livrés eux-mêmes. (Lbh, p372) ;

Dans [4a], ce n'est pas le fait de desserrer les vis des équerres qui peut permettre à une poussée de les arracher, mais une façon spécifique, particulière de les dévisser. La relation consécutive entre les deux processus exprimés respectivement dans P1et P2  n'est donc pas validable pour toute occurrence de la relation prédicative P1 il desserra les vis des équerres. Il a desserré les vis avec une intention spécifique ; laquelle le pousse à procéder d'une manière spéciale, tout dépend ici de la qualité, c'est-à-dire du soin que l'agent de l'action décrite dans P1 met dans le fait décrit. Le but visé se traduit linguistiquement par le subjonctif. Dans l'énoncé [4b], ce qui caractérise le déplacement de Catherine dans le tunnel se fonde sur la manière dont ce déplacement s'effectue. De cela dépend l'aboutissement de la visée. Son mouvement s'effectue d'une manière particulière, celle qui permet que la raison finale, à savoir que tout train arrivant en face puisse passer à sa droite, soit atteinte. C'est dans ce sens qu'Hybertie (op cit : 109) mentionne que

si la propriété différentielle est présentée comme celle qui permet à la visée d'aboutir, elle suppose la mise en oeuvre d'un mode particulier d'agir qui permette effectivement d'atteindre la fin visée.

En outre, l'intentionnalité de la conséquence suppose forcément l'intentionnalité de la cause. Il faut agir d'une certaine manière pour obtenir l'effet visé. Si Catherine veut que tout train qui arrive en face passe à sa droite, alors, il lui faut marcher d'une certaine manière. Il en est de même pour [4b et 4c], si Jacques ne veut pas être vu à son retour, il doit repousser les volets d'une certaine manière. Nous constatons que, de tous les marqueurs de consécution, seuls ceux qui sont susceptibles de corréler manière et consécution sont communs à l'expression du but et à celle de la conséquence. En commutant [4c] en fait par si bien que, et afin que nous obtenons,

4c*. Dix minutes plus tard, il (Jacques) était en route pour la Croix-de-Maufras, après avoir enjambé cette fenêtre, sans être vu, en ayant bien soin de repousser les volets [...] si bien qu'il pouvait rentrer par là, secrètement ;

4c'. Dix minutes plus tard, il (Jacques) était en route pour la Croix-de-Maufras, après avoir enjambé cette fenêtre, sans être vu, en ayant bien soin de repousser les volets [...] afin qu'il pût rentrer par là, secrètement.

Nous avons vu dans l'étude de la consécution factuelle que le marqueur si bien que introduit une conséquence pure. Or, le procès décrit dans P1 : en ayant bien soin de repousser les volets, est susceptible de connaître différents modes de réalisation et dont la conséquence exprimée en P2 n'en est qu'un aspect. C'est pourquoi la commutation avec si bien que n'est pas possible. En effet, dans l'environnement contextuel de la locution si bien que, on note la structure en ayant bien soin de ... et secrètement qui induisent l'objectif de l'agent de l'acte décrit dans l'énoncé. C'est dans ce sens que nous nous disons que la commutation avec afin que est possible. Tout le dispositif discursif que nous avons relevé ne présente qu'un ensemble des moyens spéciaux mis en oeuvre par l'agent pour atteindre son but ; afin que qui exprime également l'intentionnalité, énonce que, puisque le processus réalisé l'est en vue d'une conséquence, cela exige obligatoirement que l'on mette en oeuvre un mode particulier d'agir. Aussi, la possibilité d'un enchaînement comme [4c'] ne peut-elle être expliquée qu'à partir des affinités entre manière et consécution. Et Hybertie (op. cit : 112) de dire, l'expression de la finalité véhicule en même temps l'expression d'une manière, pour le processus cause, d'être réalisé. L'auteur renchérit plus loin et à la même page,

des faits de cet ordre manifestent l'affinité étroite existant entre manière et finalité, et cette affinité permet de comprendre que les locutions corrélant manière et consécution puissent aussi servir à exprimer la finalité.

En revanche, dans les systèmes corrélatifs, Hybertie (1996 :112) ne pense pas que toutes les expressions corrélées soient capables d'exprimer la finalité. C'est le cas avec les expressions corrélant intensité et consécution. Dans les exemples suivants empruntés à l'auteur :

5a. Il a crié à tel point qu'il l'a réveillé ;

5b. Il a crié tellement qu'il l'a réveillé ;

5c. Il a crié de manière à le réveiller.

Nous avons vu au chapitre deux que l'intensité est une question de quantité, d'échelle, de degré. Nous voyons ici que la manière relève de la façon de faire ou d'être, donc de la qualité. Mettre en oeuvre un processus d'augmentation quantitative pour produire l'effet voulu, c'est agir d'une certaine façon, c'est accorder au fait cause la qualité suffisante pour produire la conséquence voulue. Pour l'auteur, le but n'est exprimé que dans [5c] qui comporte la locution de manière à, expression de la finalité. Cependant, nous pensons que tout dépendant de l'interprétation et de la situation de l'énonciation qui peut varier d'une lecture à une autre, la situation contextuelle étant d'un apport très précieux dans l'interprétation d'un énoncé. En guise d'exemple, si le locuteur en [5a] porte une accusation sur il pour expliquer que c'est l'intensité de ses cris qui est à l'origine du réveil du bébé, et qu'il l'a fait dans ce but (celui de faire du mal en réveillant l'enfant), P2 introduit par à tel point que cache l'intention de l'agent du cri : celle d'atteindre un degré de cris capable de réveiller l'enfant qui dort ; vue sous cet angle, l'intensité peu induire une finalité. Les énoncés [5a et b] sont donc ambivalents. Si l'intention n'est pas linguistiquement marquée, l'effet pragmatique est donc capable de favoriser l'interprétation d'une notion.

En définitive, il apparaît que la conséquence et le but sont proches aussi bien au niveau factuel que par leur expression linguistique. Et que la différence entre ces deux notions ne se situe qu'au niveau de la visée qui sous-tend l'expression de la finalité et qui se traduit linguistiquement par la présence, dans P2 du subjonctif, mode du possible, du virtuel et marque de la subjectivité. Pour ce qui est de la visée, elle dépend de l'agent de l'action décrite dans P1. On en vient à dire que la finalité se manifeste par certaines locutions et que, dire que le subjonctif est la seule façon d'exprimer la finalité avec les connecteurs afin que et pour que, etc. constitue une vision réductrice de la question. Pour une meilleure lecture de la notion de but, l'analyste du discours gagne à prendre en compte l'aspect pragmatique. Là, on verrait que les locutions exprimant l'intensité peuvent également traduire le but. Toutefois, la prise en compte de certains éléments contextuels est aussi nécessaire pour éviter des cas d'ambiguïté.

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