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Etude de la conséquence en français contemporain: Le cas de trois oeuvres d'Emile Zola

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par Lysette Nanda
Université de Yaoundé I - DEA de langue française 2006
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Littérature
  

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1. La relation consécution et finalité

Encore appelée but, la finalité représente un objectif ou un résultat qu'on veut atteindre. Ainsi, Descourbes et alii (1993 :187) soutiennent ce que pense Popin (1993 : 122) de la notion de but. En effet, pour ce dernier, les finales marquent le but, qui fait l'objet d'une visée et d'une intention du sujet, si bien qu'elles sont modalisées au subjonctif, porteur de valeurs potentielles. La finalité est, en outre, exprimée par de nombreuses locutions qui traduisent également la conséquence. Il s'agit de : d'une manière telle que, d'une façon telle que, de telle manière que, de telle façon que, de manière telle que, de façon telle que, de manière que, de façon que, de telle sorte que, de sorte et en sorte que. Ainsi les deux relations en question se rejoignent dans la pratique linguistique par certains connecteurs et par le mode, deux aspects communs dont l'étude gagne à être menée simultanément.

1.1. Les locutions conjonctives

A propos des locutions conjonctives, nombre de grammairiens entre autres, Wagner et Pinchon (1962 :592), Chevalier et alii (1964), Riegel et alii (1996 :516), voient en ces locutions des marqueurs originels de la conséquence. Ainsi, pour Brunot (1965 :849), cité par Hybertie (op cit : 104) ces locutions constituent une adaptation à la finalité de locutions marquant d'autres rapports, et sont employées chaque fois que le but à atteindre est considéré comme devant être atteint, si l'action ou l'état prend un certain caractère. Il se dégage que les locutions qui se construisent avec des mots (façon, manière, sorte) qui comportent dans leur sémantisme l'idée de manière, peuvent exprimer aussi bien la conséquence que la finalité. Toutefois, il s'avère que cette proximité de la finalité avec la conséquence constitue une véritable source de confusions. Par ailleurs, si les locutions conjonctives qui expriment et la conséquence et le but comportent dans leur sémantisme l'idée de manière, il est évident qu'il faudrait montrer, d'une part, le lien entre la finalité et la conséquence, et voir, d'autre part, ce qui rassemble la manière, la consécution et le but.

Tout comme la conséquence, la finalité fait partie de la catégorie de la causalité. La finalité est inscrite au nombre des faits qui sont provoqués par un autre fait appelé cause ; il existe donc un lien causal entre la cause et la finalité. A ce propos, déclare Hybertie (op cit : 104),

selon la représentation commune, dans le monde physique, tout fait qui advient est produit par un autre fait, l'un est cause et l'autre conséquence. Dans le monde humain, raison et volonté font que certaines actions sont produites en vue d'une fin, qu'elles sont des motifs ou des raisons, [...].

Cette explication de l'auteur fait ressortir un point essentiel : il existe un rapport étroit entre, d'une part, la cause, et d'autre part, la conséquence et la finalité. Au sujet de la terminologie cause finale, elle exprime la cause qui a trait à l'acte volontaire, c'est-à-dire à l'humain ; elle s'oppose donc à la cause efficiente, qui représente celle qui provoque, c'est-à-dire celle qui constitue la source de la conséquence. Ainsi cause finale, but et fin sont diverses dénominations d'une seule et même réalité ; la cause finale étant la finalité pour laquelle une action est posée tels que le soulignent ces énoncés :

1a. Nous comprenons qu'il n'y a pas d'amélioration possible pour nous, tant que les choses iront comme elles vont, et c'est même à cause de ça que les ouvrier finiront [...], par s'arranger de façon à ce qu'elles aillent autrement. (Ge, p213) ;

1b. Le vieux, c'était le grand-père, Bonnemort, qui, travaillant la nuit, se couchait au jour, de sorte que le lit ne se refroidissait pas. (Ge, p20).

Dans ces énoncés, le rapport entre les propositions est effectivement marqué par les locutions qui traduisent à la fois la consécution et le but. Les locutions de façon à ce que et de manière à ce que sont des variantes de de façon que et de manière que. Pour Brunot (1965 : 849) encore mentionné par Hybertie (op. cit.) les locutions marquant la manière interviennent donc dans l'expression des intensions. L'effet de sens que construit le subjonctif fait de la subordonnée non une conséquence simple, mais une conséquence intensionnelle. Pour cela, pense Cohen (1965 :56), il (le subjonctif) peut aussi marquer de manière autonome une nuance d'éventualité et donc avoir une valeur modale. Le subjonctif fait donc partie des différents moyens d'expression de la modalité, et aussi de ce que la tradition grammaticale appelle mode. Elle en distingue quatre : l'indicatif, le conditionnel, l'impératif et le subjonctif. Ces différents modes traduisent, chacun à sa manière, des nuances de sens.

Ainsi, dans [1a], l'état de chose représenté par la subordonnée est présenté non pas comme une simple conséquence mais comme une conséquence intentionnelle. Le subjonctif modal exprimant l'attitude prise par un sujet à l'égard de l'énoncé, il est évident qu'il permet de construire un point de vue subjectif, distinguant ainsi la conséquence visée de la conséquence factuelle. En clair, la cause finale étant le but pour lequel une action est entreprise, elle peut aussi être perçue, non plus d'un point de vue antérieur à sa réalisation, c'est-à-dire, comme motif ou mobile, raison pour laquelle une action est produite, mais d'un point de vue postérieur à sa réalisation, autrement dit comme effet escompté. Ainsi, dans [1a], le pronom nous et le mot ouvriers renvoient à une seule réalité, et la situation qui est décrite en P1 : il n'y a pas d'amélioration possible pour nous, tant que les choses iront comme elles vont, est la cause de l'action future décrite dans P2 : les ouvriers finiront [...], par s'arranger de façon à ce qu'elles aillent autrement. P2 constitue la conséquence voulue, intentionnelle, souhaitée par les ouvriers ; et P1,  la cause efficiente. Le point de vue présenté dans [1a] est donc celui de l'agent (ouvriers). L'emploi du futur ne change rien à la conséquence qui est présentée comme une certitude à venir, comme validable, une possibilité envisagée dans le futur. Ici, le subjonctif permet de présenter l'agent du procès de P1 comme le support de visée, c'est-à-dire la source de l'intentionnalité inhérente tant à la réalisation du processus cause qu'à celui de la conséquence. Il s'avère donc que seul le subjonctif permet d'établir la différence entre la conséquence voulue et la conséquence factuelle. Quel que soit le moment où les processus cause et conséquence sont réalisés, l'état de chose décrite dans P2 par le subjonctif, est présenté comme n'étant pas atteint, mais comme visé. L'emploi du subjonctif le présente comme non actualisé par rapport à un moment choisi comme repère, celui de la réalisation intentionnelle du processus cause. En d'autres termes, le procès de P2 est vu en fonction de celui de P1, et antérieurement à une réalisation qui produirait ses effets : P2 est perçu comme ce pourquoi le processus de P1 est enclenché. Le but participe ainsi de deux formes de causalité : à l'intentionnalité s'ajoute la cause efficiente qui est la causalité inscrite dans les faits. Ceci parce que, note Hybertie (op cit :105),

la volonté humaine serait vaine et son action inefficace si elle ne se subordonnait pas à la causalité factuelle. Elle est, si elle veut aboutir, obligée de se soumettre à l'ordre du monde ; autrement dit la conséquence voulue ne peut être réalisée que moyennant des conditions d'ordre physique.

En effet, la conséquence visée n'aurait pas de sens ou n'existerait pas si, par exemple, P1 était : il y a une amélioration possible ou en vue. Le fait que la finalité s'inscrive d'abord dans la causalité factuelle justifie que certaines locutions puissent servir aussi bien à exprimer la finalité que la conséquence.

Dans l'énoncé [1b], le mode est l'indicatif, mode de l'actualisé, il représente celui de la relation consécutive. En effet, exprimées à l'indicatif, la cause et la conséquence sont posées comme atteintes. L'énonciateur décrit les faits qu'il observe de l'extérieur et les présente avec objectivité. En narratologie, on parlerait de narrateur extradiégétique qui, comme le pense Tisset (2000 :185), est la position du narrateur quand il est en dehors de l'univers de fiction. Le niveau extradiégétique correspond à la position standard du narrateur. Cette position lui permet d'exercer sa fonction essentielle qui est celle de narrer. Comme narrateur, il est absent de l'histoire qu'il raconte. Il n'est pas mis en scène par l'auteur ; il est donc extra-diégétique : hors de la diégèse. Hybertie (op cit) renforce cette perception en reconnaissant que la relation cause-conséquence, à l'indicatif, présente les faits comme si le locuteur embrassait d'un seul regard la chaîne de causalités. Pour décrire en fait, avec tant de détails et d'assurance les habitudes de la famille Maheud, l'énonciateur doit nécessairement être un narrateur omniscient. Ainsi, P1 : Le vieux [...] se couchait au jour entraîne P2 : le lit ne se refroidissait pas. P1 est la cause et P2 la conséquence. L'emploi de l'indicatif permet de présenter les faits avec objectivité ; et parlant de la conséquence factuelle, nous avons vu que l'emploi des connecteurs factuels donnait au phénomène de causalité un caractère objectif. Ce constat se renforce d'autant plus qu'en [1b'] :

Le vieux, [...], se couchait au jour, de sorte que le lit ne se refroidît pas.

On aurait affaire à une finale parce que la conséquence qui, avec l'indicatif était présentée comme objective, a subi un effet d'intentionnalité avec le sémantisme du subjonctif. Ainsi, la différence entre la conséquence et la finalité induite par la différence entre le mode indicatif et le mode subjonctif, correspond donc, pour Hybertie (op cit. : 107) à un choix différent du point de vue à partir duquel le monde est représenté. En conséquence, deux différences fondamentales distinguent la conséquence de la finale : premièrement, le point de vue est celui de l'énonciateur dans l'expression de la conséquence, et celui de l'agent du procès de P1 dans l'expression du but ; deuxièmement, pendant que la finalité exprimée par le subjonctif se révèle être subjective, la consécution, à l'indicatif présente les faits objectivement, un peu comme si la relation consécutive relevait, elle, du déterminisme, pour qui tout dans le monde arrive nécessairement selon la loi de cause à effet. Le mérite du narrateur est tout simplement de les présenter tels qu'ils sont, sans état d'âme.

Cependant, le subjonctif modal censé établir la différence entre la conséquence et la finale, parce qu'exprimant l'intention du locuteur, c'est-à-dire sa subjectivité vis-à-vis de son énoncé, soulève quand même un problème. En effet, si on considère la visée comme la direction de la vue vers un but, celle de l'énonciateur, il y a lieu de se demander dans quelle catégorie l'exemple [2] doit être classé :

[...], sur la voie de Dieppe en réparation, stationnait un train en ballast, que son ami Ozil venait d'y aiguiller ; et, dans une illumination subite, elle trouva, arrêta un plan ; empêcher simplement l'aiguilleur de remettre l'aiguille sur la voie du Havre, de sorte que, l'express irait se briser contre le train de ballast. (Lbh, p303).

L'évènement décrit dans cette séquence est celui de l'agent (Catherine). Celle-ci est rongée par la jalousie, elle aime en effet Jacques, le cheminot qui en aime une autre. Catherine envisage donc de commettre un crime, elle veut dévier le train de Jacques des rails dans l'intention de tuer le couple qui voyage ensemble. Le conditionnel apparaît dans la subordonnée et la principale est à l'infinitif, mode de l'action en puissance, et comme le dit Moignet (1981 :65) la forme qui inaugure le verbe et contient en puissance la totalité du défilé de ses formes. Rien ne dit donc que l'action ne sera pas effectuée, dans ce cas, elle est soutenue par une intention, celle de tuer. Par ailleurs, la visée décrite dans l'énoncé est bien celle de l'agent du procès. Alors, où devons-nous classer la subordonnée, dans la consécution hypothétique ou la finalité hypothétique ?

Par ailleurs, on peut voir dans les subordonnées en [3a et b], des finales à cause de la présence de pour que et du subjonctif. Pourtant, des indices phrastiques permettent d'interpréter P2 comme des conséquences.

3a. Mais un mot de lui a suffi, pour que toute la vie du travail reprenne. (Ge, p285) ;

3b. L'idée qu'il suffisait d'un regard, entre les planches de cette porte disjointe, pour qu'on les massacrât, la glaçait. (Ge, p334).

En effet, [3a] est formé de deux séquences : P1 : mais un mot de lui a suffi et P2 : toute la vie du travail reprenne. P1 et P2 sont reliées par la locution pour que, laquelle exprime aussi la finalité. Toutefois dans ce contexte, il se note que certaines conditions doivent être remplies pour que la conséquence ait lieu. Dans la séquence

il a suffi, souligne Diffo (2005 :58), il y a une prévision à la réalisation d'un effet, d'un résultat. Il a suffi est une condition suffisante à l'accomplissement de l'action de la subordonnée.

Ainsi, l'énoncé [3a], exprime la conséquence malgré la présence au sein de l'énoncé du subjonctif. Il ressort que pour départager les deux types de relation logique, il faut s'appuyer sur la relation qui lie les faits décrits. Dans la conséquence, la séquence P1 aboutit à l'accomplissement de la séquence P2 alors que dans la finalité, on envisage un fait à partir d'un fait premier, celui de P1.

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