|

REPUBLIQUE DU BENIN
------------
UNIVERSITE D'ABOMEY-CALAVI
----------
FACULTE DES LETTRES, ARTS ET SCIENCES
HUMAINES
(F L A S H)
--------
DÉPARTEMENT DES SCIENCES DU LANGAGE
ET DE LA COMMUNICATION
(D S L C)
------
MÉMOIRE DE MAÎTRISE
Option : Information -
Communication
THEME
Contribution aux stratégies de communication
pour l'éradication de l'infanticide rituel en milieu baatonu de Bori,
commune de N'Dali
Présenté et soutenu par
Yélognissè Vitalien Raoul
ADOUKONOU
Directeur du mémoire
Dr. Antoine D. DADELE, Ph.D, Msc, DEA
Enseignant au Département
Année académique :
2006-2007
La Vie !
La vie est une chance, saisis-la. La vie est beauté,
admire-la. La vie est béatitude, savoure-la. La vie est un
rêve, fais-en une réalité. La vie est un défi,
fais-lui face. La vie est un devoir, accomplis-le. La vie est un jeu,
joue-le. La vie est précieuse, prends-en soin. La vie est une
richesse, conserve-la. La vie est amour, jouis-en. La vie est un
mystère, perce-le. La vie est promesse, remplis-la. La vie est
tristesse, surmonte-la. La vie est un hymne, chante-le. La vie est un
combat, accepte-le. La vie est une tragédie, prends-la à
bras-le-corps. La vie est une aventure, ose-la. La vie est bonheur,
mérite-le. La vie est la vie, défends-la.
Mère Teresa
D É D I C A C E
A ceux qui sont engagés dans la lutte contre la
violation des droits de l'enfant particulièrement contre la
stigmatisation et l'élimination des `'enfants - sorciers''.
R E M E R C I E M E N T S
À
v Mon maître de mémoire, M. Antoine D. DADELE qui
n'a pas ménagé ses efforts pour m'accompagner dans mes
recherches ;
v Tous les enseignants du Département des Sciences du
Langage et de la Communication (DSLC) pour leur constante disponibilité
à l'écoute des étudiants ;
v Ma tendre mère qui m'a toujours soutenu.
Puisse-t-elle jouir longtemps des fruits de l'arbre qu'elle a
planté ;
v Monsieur Alassane GOBI et à M. Anastase FANDOHAN pour
leur soutien permanent et leurs précieux conseils. Ils m'ont
été d'un appui décisif dans la rédaction de ce
travail ;
v Mes frères et soeurs, cousins et cousines, les
membres de ma famille, particulièrement ma tante Catherine DAKPOGAN
ASSEGBEDE ;
v Mes amis et camarades de classes et d'amphis pour m'avoir
appris à mieux appréhender la vie en communauté.
LISTE DES ABRÉVIATIONS
- APEM : Association pour la Protection
de l'Enfance Malheureuse
- CAEF : Comité d'Arrondissement pour
l'Education des Filles
- CCE : Comité Communal de
l'Education
- CSA : Centre de Santé
d'Arrondissement (CSA)
- DDG : Discussions Dirigées de
Groupe
- DDSP : Direction Départementale
de Santé
- EABMSP : Enfant Ayant Besoin de
Mesures Spéciales de Protection
- ELIB : Espoir Lutte contre
l'Infanticide au Bénin
- ONG : Organisation Non
Gouvernementale
- ESF : Espoir sans Frontières
- UVS : Unité villageoise de
Santé
- UNICEF : Fonds des Nations Unies pour
l'Enfance
- TAR : Théorie de l'Action
Raisonnée
-HBM : Health Belief Model
Sommaire
Pages
Introduction
6
I- Généralités
9
II- Cadre et méthode d'étude
31
III- Présentation des résultats de l'étude
41
IV- Analyse des résultats
53
Conclusion générale
64
Références bibliographiques
70
Annexes.
74
Introduction
Chaque peuple a ses croyances, ses pratiques culturelles et
ses traditions. Chaque communauté a ses spécificités et le
monde trouve son vrai sens dans la diversité des peuples. Cependant, la
nature humaine est unique et tous les êtres humains sont égaux.
Cette conception de la nature humaine est universellement partagée et
des textes juridiques l'établissent. Mais, dans la
réalité, ces principes ne sont pas toujours respectés.
Dans certains pays d'Afrique, et dans bien des pays du monde,
certaines pratiques coutumières violent de façon flagrante des
droits humains pourtant universellement reconnus. Au Bénin, des
communautés, à un moment de leur histoire, ont connu des
pratiques portant atteinte aux droits fondamentaux de l'être humain
(sacrifice humain, mariage forcé, excision, infanticide, etc.).
Certaines de ces pratiques ont disparu avec le temps, mais d'autres continuent
et ont encore, si on y prend garde, de beaux jours devant elles. C'est le cas
de l'infanticide rituel pratiqué dans certaines communautés
béninoises dont les Baatombu et les Boko.
Cette pratique est l'objet de ce mémoire. Notre
étude, entre autres préoccupations, s'interroge sur les raisons
pour lesquelles des communautés continuent d'attacher du prix à
une pratique qui consiste à tuer ou à rejeter des enfants pour le
simple fait qu'ils sont « mal nés » ou qu'ils ont
« mal fait leur dentition ».
Notre travail vise à étudier de façon
critique les actions menées par les uns et les autres afin de proposer
de nouvelles stratégies aux structures engagées dans la lutte
contre l'infanticide dans les communautés baatombu en
général et dans l'arrondissement de Bori, cadre de
l'étude, en particulier.
Ce travail est subdivisé en quatre grandes
parties : la première aborde les généralités.
Si la deuxième partie apporte des éclaircissements sur le cadre
et les méthodes d'étude, la troisième présente les
résultats issus des recherches sur le terrain. La dernière partie
fait une analyse desdits résultats. La conclusion enfin résume
tout le travail et propose de nouvelles stratégies de lutte contre
l'infanticide.
I-
Généralités
I-1- Problématique
Au terme des dispositions de l'article premier de la
Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 « tous
les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en
droits »1(*). La
reconnaissance de la dignité de tous les membres de la famille humaine
et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement
de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde2(*).
Aussi, la convention relative aux droits de l'Enfant
adoptée par la communauté internationale le 20 novembre 1989 et
ratifiée par la République du Bénin le 03 août 1990
confère-t- elle à tout enfant le droit à la vie.
Par ailleurs, dans les communautés africaines en
général et béninoises en particulier, l'enfant est
un être précieux. L'enfant constitue
souvent la clé de réussite du mariage. Il est aussi la plus
grande richesse d'un couple et apporte à toute famille joie et bonheur.
« La stabilité et la solidité de tout couple dépend
intimement de la procréation » Emilie KPADONOU (1997)3(*). L'enfant est donc la valeur
sûre, le bien sublime, l'ultime récompense, le don le plus
précieux de la Nature aux couples.
« Dans nos cultures noires
africaines, l'enfant représente un lien entre les vivants et les
ancêtres, c'est lui qui assure la continuité entre la vie et la
mort »4(*).
Comme on peut le constater, tant
le droit que les traditions africaines s'accordent pour reconnaître
l'importance de l'enfant.
Paradoxalement à leur attachement à la vie,
particulièrement à la vie des enfants, les communautés du
monde ont à un moment de leur évolution porté atteinte aux
droits de ces êtres à la vie et à leur dignité en
raison de croyances qu'elles ont eu à développer. Certaines de
ces pratiques ont disparu avec le temps. Cependant d'autres persistent. Au
Bénin, au nombre de celles-ci, il y a l'élimination des enfants
dits sorciers5(*). Cette
pratique consiste à éliminer ou à rejeter des enfants que
la communauté juge indésirables.
Au Sud et au Centre du Bénin, ces enfants sont
appelés toxosu ou toxolu. Ils sont consacrés
« rois des eaux » et sont jetés à l'eau.
En dehors de ces critères liés au handicap
physique, dans certaines communautés, des critères particuliers
de l'enfant à la naissance peuvent conduire à son
élimination. On parle dans les communautés baatombu, boko et
Fulfulde d'enfants sorciers. Les fulfulde abandonnent les enfants quand leurs
mamans meurent en couche.
En milieu baatonu, il existe au moins une
dizaine de critères empiriques préétablis dont chacun
d'eux suffit pour déterminer la conduite à tenir quant à
l'élimination physique ou le rejet de l'enfant. Ces critères
sont :
« A la naissance :
-Naissance à huit mois (le prématuré de
sept mois est toléré) ;6(*)
-Présentation par le siège ;
-Présentation par la face ;
-Présentation par l'épaule ;
-Naissance avec des germes de dents ;
-Naissance avec présence de malformations
visibles ;
-Naissance entraînant la mort de la
mère ;
-Toute naissance de l'enfant face contre terre (la femme
accouchant traditionnellement accroupie) ;
De la naissance à un an :
-Poussée des incisives à huit mois ;
-Poussée de la première dent à la
mâchoire supérieure »7(*).
En plus de ces critères, il y a le cas où
l'enfant commence à marcher à l'âge de 7 mois.
Les enfants présentant l'un de ces critères ou
malformés sont soit « réparés » par un
bourreau, soit abandonnés chez les peulhs dans le but de les exorciser.
Cette pratique remonte à la nuit des temps dans ces communautés
et est sérieusement ancrée dans la tradition baatonu. Certains
pensent que son éradication est impossible.
Cependant, des ressortissants de ces communautés
s'insurgent depuis plusieurs années contre cette pratique pour la
dénoncer et la combattre afin de susciter une prise de conscience
collective.
Officiellement depuis 1993, des ong et autres structures ont
été créées pour sensibiliser les populations sur le
caractère rétrograde de cette pratique et pour les inviter
à l'abandonner.
Dans cette dynamique, il faut signaler que des
séminaires, des études et des travaux de recherches sont
également consacrés à l'infanticide rituel. Des
recommandations y ont été faites. Malgré tout, la pratique
continue et résiste dans le temps et dans l'espace.
Au vu de tout ce qui précède, la question
fondamentale qu'on est en droit de se poser est de savoir :
« En quoi consistent les
stratégies de communication utilisées par les structures qui
luttent contre l'infanticide rituel en milieu baatonu, plus
particulièrement à Bori, et pourquoi elles ne permettent
pas de réduire substantiellement la pratique?»
«Comment des populations qui attachent autant de prix
à la procréation et à la vie en sont venues à cette
pratique et pourquoi les communautés perpétuent-elles
l'élimination des enfants qui en réalité n'ont aucune
influence sur leur naissance?»
Les réponses à ces questionnements nous
permettront de dégager de nouvelles stratégies de communication
en faveur de la lutte contre l'infanticide rituel en milieu baatonu,
particulièrement à Bori, dans la commune de N'Dali.
I-2- Hypothèses de l'étude
1- La persistance de la pratique de l'infanticide rituel
à Bori est liée à l'incompatibilité entre les
stratégies de communication d'intervention et les facteurs psychosociaux
des communautés.
2- Les croyances et les valeurs de la communauté
baatonu constituent un facteur défavorable à l'éradication
de la pratique de l'infanticide rituel à Bori.
I-3- Objectifs de l'étude
Objectif Général
Etudier les stratégies novatrices pour
l'éradication du rejet et de l'élimination des enfants dits
sorciers en milieu Baatonu particulièrement dans l'arrondissement de
Bori, commune de N'Dali, zone à haut risque de pratique d'infanticide
dans le Borgou.
Objectifs spécifiques
1- Identifier les causes et fondements de la persistance de
l'infanticide rituel en milieu baatonu, particulièrement à Bori
commune de N'Dali ;
2- Analyser les stratégies de communication
utilisées par les structures intervenant dans la lutte contre
l'infanticide rituel à Bori, commune de N'Dali ;
3- Proposer de nouvelles stratégies de communication
sur la base des faiblesses des méthodes d'intervention des structures
engagées dans la lutte contre l'infanticide rituel à Bori,
commune de N'Dali.
I-4 Revue documentaire
Plusieurs documents et auteurs ont abordé d'une
manière ou d'une autre la question de l'infanticide. Nous exposerons ici
les termes reliés au terme et l'essentiel des documents qui l'ont
abordé.
I-4-1 Clarifications conceptuelles
Infanticide rituel
Ce concept révèle deux termes chargés de
douleur, de mystère et de tragédie.8(*)
En effet, l'infanticide est le meurtre ou l'assassinat d'un
nouveau né, au cours du délai imparti pour faire la
déclaration de naissance à l'Etat civil des trois (3) jours qui
suivent l'accouchement9(*).
Au Bénin ce délai est de 10 jours10(*).
Le Code pénal en ses articles 300 et 302 qualifie
exclusivement d'infanticide, le meurtre d'un enfant nouveau né et punit
le coupable de la peine de mort. Il convient de préciser que le meurtre
est un homicide intentionnelle à la vie humaine alors que l'assassinat
est un homicide commis avec préméditation ou guet-apens. Dans le
meurtre ou dans l'assassinat, il y a atteinte à la vie d'une personne
humaine.
Le mot rituel vient ajouter à l'infanticide une
dimension secrète et initiatique à un domaine auquel n'ont
accès que les initiés adultes. Ceci explique l'exécution
secrète des enfants et rend complexe l'évaluation des
responsabilités et l'établissement de la culpabilité d'une
personne ou d'une autre.
Enfant sorcier
La notion d'enfant sorcier est particulière à
certains groupes sociolinguistiques du Bénin dont notamment les Baatombu
et les Boo. Dans ces communautés, est enfant sorcier, tout nouveau
né qui sort du sein maternel par les pieds, qui naît à 8
mois ou qui naît avec des dents et tout enfant qui pousse des dents
à 8 mois ou dont la dentition commence par la mâchoire
supérieure, ou qui commence à marcher à l'âge de
sept mois, les enfants dont les mères meurent en couche11(*). Bref, les enfants qui ne
respectent pas les normes physiques de naissance et d'évolution
prescrites par la société baatonu sont qualifiés de
sorciers.
I-4-2 Les théories de prédiction de
comportement
L'adoption de tout comportement suit un processus
défini. Et lorsqu'une personne a un comportement à risque que
l'on désire changer, il importe de prendre en compte plusieurs
paramètres. En effet, plus l'on en sait sur les facteurs qui
sous-tendent l'adoption ou non d'une pratique, plus l'on est en mesure de
concevoir avec succès une intervention qui puisse influer sur cette
pratique. Plusieurs travaux de recherche ont été consacrés
au changement du comportement et expliquent le processus.
Le fondement théorique de notre étude s'inspire
de quelques théories du comportement dont notamment le Modèle des
Croyances Relatives à la Santé, la Théorie de l'Action
Raisonnée (TAR) et la Théorie Sociale Cognitive. Il est
nécessaire d'associer plusieurs bases théoriques parce qu'aucun
modèle ne s'est, à lui tout seul, avéré être
suffisant pour concevoir et évaluer des programmes de promotion de la
santé12(*). En
effet, il y a eu, depuis quelques années un développement des
connaissances dans l'art de motiver de nouvelles attitudes et de nouvelles
actions tant chez les individus que dans les organisations et au sein des
communautés13(*).
A notre niveau, nous avons regroupé les théories
mettant l'accent sur les déterminants du comportement : (les
bases théoriques citées supra).
Le Modèle des Croyances Relatives à la
santé ou Health Belief Model (HBM), se prête facilement à
une approche résolument directe d'éducation pour la santé
en vue de définir un comportement et une intervention. Comme son nom
l'indique, le modèle des Croyances Relatives à la Santé
est basé sur des variables cognitives. Il suggère que le
comportement sanitaire est fonction de quatre croyances ou facteurs mentaux
clés :
1- le sentiment personnel d'une prédisposition à
une menace de maladie ;
2- la perception de la gravité de son état de
santé ;
3- la perception de l'efficacité d'un comportement
particulier face à l'état de
santé ;
4- la perception des obstacles à ce comportement.
Ensemble, ces facteurs mentaux déterminent le penchant
d'une personne vers une action14(*). Le HBM pose comme prémisse que tout individu
est susceptible d'entreprendre une action pour prévenir une maladie ou
une situation désagréable s'il possède des connaissances
minimales dans ce domaine et s'il considère la résolution de son
problème comme une dimension importante dans sa vie.
La Théorie de l'Action Raisonnée (TAR) s'appuie
sur une approche psychosociale d'explication du comportement. Elle
étudie des rapports entre les croyances, les attitudes, les intentions
et le comportement. Le but ultime de la théorie de l'action
raisonnée (Fishbein et Ajzen 1975) est de prédire, et par ce
fait, de comprendre les comportements sociaux. Elle part de l'hypothèse
que pour modifier une pratique donnée, il faut nécessairement
modifier la structure cognitive qui la sous-tend. Cette théorie est
beaucoup plus perçue comme une série d'hypothèses.
En premier lieu, on suppose qu'un comportement est
essentiellement fonction de l'intention de la personne d'avoir ce comportement.
En second lieu, l'intention d'avoir ce comportement est perçue comme
étant fonction de deux facteurs : un facteur personnel qui est
l'attitude de l'individu par rapport au comportement et un facteur social qui
est l'importance que l'individu accorde à l'opinion des gens qui lui
sont proches. Cette théorie permet de comprendre en partie pourquoi
certaines personnes de ces communautés malgré toute leur bonne
volonté de changer continuent de suivre l'opinion générale
faite sur les enfants sorciers.
Par ailleurs, pour changer, les gens n'ont pas seulement
besoin de modifier leurs pratiques sur le plan sanitaire, mais également
leurs modes de comportement, leurs ressources psychologiques et leurs
repères sociaux. La théorie sociale cognitive (TSC) étudie
de manière très précise les obstacles potentiels aux
changements personnels. Elle est bâtie sur une relation triangulaire
entre la personne, le comportement et l'environnement à travers un
processus de «déterminisme réciproque». En d'autres
termes, bien que l'environnement détermine ou provoque largement le
comportement, une personne utilise des processus cognitifs pour
interpréter aussi bien l'environnement que son comportement, tout comme
il se comporte de manière à changer l'environnement et arriver
à de meilleurs résultats grâce à son comportement.
La théorie sociale cognitive est surtout utile dans le cas de
comportements qui résistent particulièrement aux changements
comme des pratiques coutumières fortement ancrées dans les
moeurs. Ce qui est essentiel pour l'efficacité personnelle, ce n'est pas
seulement le fait d'obtenir une information juste, mais également des
compétences techniques, la confiance en soi, les changements progressifs
d'attitude et la décision d'essayer de nouveaux comportements. La
communication en tête-à-tête est souvent très
efficace lorsqu'il s'agit d'aider des sujets à arriver à des
changements de comportements difficiles à réaliser. Cependant, il
existe des canaux moins personnels qui peuvent également inculquer ces
compétences en utilisant des techniques telles que les
témoignages pour influencer le public et créer les conditions
d'un changement de comportement.
Somme toute, après une analyse approfondie, les trois
théories présentées plus haut se recoupent dans une large
mesure. Les théoriciens ont identifié huit facteurs communs
à ces théories15(*) :
1- Croire que les avantages ou les bénéfices de
l'adoption d'un comportement sont supérieurs aux inconvénients
(croyance en l'efficacité du comportement) ;
2- Avoir l'intention ferme et positive de s'engager à
adopter ce comportement (Intention) ;
3- Avoir les compétences nécessaires pour
l'adopter (compétences techniques) ;
4- Avoir la conviction que ces compétences peuvent vous
permettre de réaliser ce comportement (Efficacité
Personnelle) ;
5- Etre convaincu que ce comportement produira
vraisemblablement un effet tout à fait positif plutôt que
négatif (Emotions) ;
6- Etre persuadé que la réalisation de ce
comportement s'accorde avec son image personnelle (Image Personnelle) ;
7- Sentir plus de pression sociale pour adopter (Normes
Sociales Perçues) ;
8- Sentir moins de contraintes environnementales à
l'adopter qu'à ne pas l'adopter (Inconvénients).
Non seulement ces facteurs sont autant de points de
convergence entre les théories, mais ils ont été
présentés empiriquement comme représentant l'essentiel des
variations dans tout comportement particulier au sein d'une population
donnée. L'association de ces théories permet de mieux cerner les
déterminants d'un comportement afin de l'influencer. Ces bases
théoriques importent dans la proposition de nouvelles stratégies
pour lutter efficacement contre l'infanticide qui est un comportement difficile
à abandonner.
I-4-3- Revue Documentaire
Les documents consultés ont abordé
essentiellement les causes, l'origine, les fondements, les conséquences
de l'infanticide rituel et les mesures entreprises contre la pratique ainsi que
les mesures judiciaires en vigueur. Des recommandations ont été
faites dans la plupart de ces documents pour une lutte efficace contre
l'élimination physique des enfants dits sorciers. Dans l'un ou l'autre
des cas, une impression générale est donnée sur
l'infanticide rituel qui n'est pas que l'apanage des peuples africains.
Dans sa communication lors du séminaire sur
l'infanticide rituel au Bénin tenu à Natitingou les 25, 26 et 27
novembre 1997, le docteur Emilie F. KPADONOU, affirme que l'infanticide est une
réalité universelle. C'est un acte que l'on retrouve dans toutes
les civilisations, du moins à un moment de leur existence. Selon
Alexandre MINKOWSHI repris par Alassane GOBI dans sa communication au cours de
ce même séminaire, « l'infanticide est une pratique
qu'on retrouve dans toutes les civilisations. Même la civilisation
gréco-romaine n'y a pas échappé. » Le droit de
vie et de mort existait en effet dans l'antiquité et jusqu'au Ive
siècle. En Europe, au moyen âge, l'on pensait que les nouveaux
nés étaient le siège de forces obscures, qu'ils
étaient habités par le démon. On se méfiait donc
des enfants nés de façon anormale et de ceux dont l'accouchement
coïncide avec un événement malheureux notamment le
décès de leur mère.
Roger GBEGNONVI affirme que, selon les préceptes
eugéniques de Platon et de Aristote, les enfants débiles ou
disgracieux sont immolés peu de temps après leur naissance en
présence des concepteurs16(*). C'est donc un infanticide approuvé par la
conscience collective.
Chez les juifs, du temps du patriarche Abraham, comme en
témoigne la sainte Bible, le sacrifice des enfants à un
être suprême existait. Le passage où Abraham voulait
sacrifier son fils unique, Isaac, en dit long : « Dieu dit
à Abraham : « Abraham, prends ton fils, ton unique,
que tu chéris, Isaac et va-t-en au pays de Moriyya et là tu
l'offriras en holocauste sur une montagne que je
t'indiquerai »17(*).
Les Perses enterraient vivants des enfants. Chez les Egyptiens
et les Hébreux, l'avortement était interdit, mais seulement deux
enfants au plus étaient sauvegardés pour assurer la
continuité de la lignée. A défaut d'être vendu pour
servir d'esclave, le reste de la fratrie était
éliminé18(*).
Les enfants à croissance défectueuse, les
enfants illégitimes, incestueux, adultérins, les enfants issus
d'un viol, les jumeaux, les filles, en dehors de la première dans
certaines coutumes sont voués à l'infanticide. A cet effet,
Roger GBEGNONVI déclarait : « Tout le monde sait que chez
les Arabes du temps avant le prophète Mohamed, on enterrait vivantes les
petites filles parce qu'elles étaient considérées comme
déshonneur et malheur pour leurs pères. » 19(*)
Aujourd'hui encore, l'infanticide continue dans les pays
européens à travers l'avortement et la mise à mort de
nouveaux nés par leur mère 20(*). En Inde, l'infanticide continue. Les
nouveaux-nés de sexe féminin sont simplement
éliminés dans certaines familles indiennes parce qu'ils sont
jugés de charges inutiles. En effet, dans certaines communautés
indiennes, il revient à la femme de donner la dot à son
époux ; ce que certains parents préfèrent
éviter dès la naissance21(*).
Comme l'Europe, le continent africain regorge de pratiques
coutumières qui portent gravement atteinte aux droits et à
l'intégrité de la personne humaine. Cependant, avec le temps,
certaines de ces traditions ont été abandonnées. D'autres
par contre, persistent et résistent au temps et au brassage des
cultures.
En Cote d'Ivoire, par exemple chez les peuples Agni,
« malgré l'avidité avec laquelle un lignage accueille
toute promesse de vie humaine, les responsables n'acceptent pas la naissance de
n'importe quel bébé. Un tri s'opère pour supprimer
dès son arrivée sur terre, tout enfant non désiré
par le lignage22(*)».
Ainsi, de la grossesse à l'accouchement, les femmes traversent une
épreuve énigmatique qui les traumatise.
Au Bénin des pratiques similaires d'atteinte au droit
de l'enfant à la vie existent. « Diverses sources
concordantes, aussi bien orales qu'écrites, font état des causes
de l'infanticide rituel au Bénin. Mais la cause principale
prédominante qu'on retrouve dans toutes les coutumes béninoises,
du Nord au Sud, est incontestablement celle des malformations
congénitales, à savoir les cas d'imperforation anale, de fistule
ano-vaginale, d'hydrocéphalie, de spina bifida, de bec de lièvre
avec ou sans fente palatine, de cécité congénitale,
d'absence totale ou partielle d'un membre de l'enfant à la naissance
etc. »23(*). Ces
enfants sont considérés comme inutiles et avilissants :
« Tant sur le plan physique, psychologique que social, c'est une
situation pénible pour tous ceux qui a priori peuvent se réclamer
d'un quelconque lien de parenté avec l'enfant. C'est parfois une honte,
et le regard des « autres » est difficile à
supporter. Dans ces circonstances, l'élimination physique de l'enfant
constitue un soulagement pour tous »24(*).
En effet, dans le Centre et le Sud Bénin, l'enfant
pluriformé, l'infirme moteur cérébral appelé
`'toxolu'' ou `'toxosu'' est consacré « roi des
eaux » et jeté dans un cours d'eau. Selon Félix IROKO,
en milieu Kufalo (un groupe socio-culturel de l'Atacora), « Les
enfants nés malingres ou estropiés sont tués, car on
suppose qu'ils ne seront jamais de bons guerriers une fois devenus
grands »25(*).
Dans la partie Nord du Bénin, notamment chez les
Baatombu et les Boko, les enfants dits sorciers sont éliminés. Ce
qui fait dire à Roger GBEGNONVI que: « Tout le monde sait
que chez nous au Bénin, nous tuons certains enfants à leur
naissance pour des raisons qui, au fond, sont étonnantes et
déroutantes par leur simplicité » 26(*).
En effet, « Un enfant sorcier n'est pas ce que nous
nous imaginons. C'est un enfant viable, qui n'est ni un handicapé
physique, ni un handicapé mental. C'est un enfant normal sur tous les
points. Un être humain à part entière [...]le bariba
dénie à ces enfants la qualité d'êtres humains et
leur en inflige une autre qui fait d'eux, dans l'esprit des gens, des
épouvantails, des êtres abjects. » 27(*)
Tout enfant «mal né» ou qui «fait mal
sa dentition» est soit rejeté, soit éliminé dans ces
communautés sans aucune autre forme de procès. Dans ces groupes
socio culturels, tout ce qui ne répond pas aux normes liées
à la naissance et au développement de l'enfant est suspect, et
conformément aux prescriptions des ancêtres, il faut le
réparer. Pour Alassane GOBI, « face à l'anormal il y a
toujours des réactions, et si besoin, des sanctions. Ces faits de
sociétés sont, hélas, transposés sur les
circonstances de naissance et/ou de croissance des bébés dans
certaines sociétés. Le normal et l'anormal sont comme on le sait,
des notions antinomiques, caractérisées par une certaine
relativité, car leur appréciation varie selon les
sociétés et selon les époques. L'infanticide
n'échappe pas à cette logique. [...] Comme la naissance et la
croissance des enfants obéissent habituellement à certains
critères empiriques, tout ce qui est hors de ces critères est
considéré comme anormal dans nos
sociétés. »28(*)
Selon Clément GOUNOU, « le fondement de
l'infanticide peut être situé dans le souci des communautés
de conjurer un mal et d'assurer à la collectivité un bonheur,
une paix ou une quiétude. Ainsi, comme de temps en temps la force du mal
prend chair et s'incarne dans la société avec des signes
particuliers, il faut savoir lire et reconnaître ce mal par les signes
qu'il émet et partout agir conséquemment au risque de courir
à l'autodestruction : voilà la philosophie qui soutient
cette pratique de l'infanticide. A cela il faut prendre en compte la nature
très sélective de la société baatonu. C'est une
société qui a développé un principe sacro-saint du
profil de l'homme qui doit vivre : il doit être d'abord physiquement
irréprochable, sa naissance faite suivant les normes et par la suite il
faut avoir une grandeur d'esprit et une bonne moralité. Tout ce qui ne
répond pas à ces critères, il faut l'éliminer ou
l'exiler. Voilà à la vérité ce qui semble expliquer
l'infanticide. Mais des gens se seraient levés très tôt
contre cet esprit si on ne l'entourait de mythe qui fait planer la mort
collective. 29(*)»
L'origine de la pratique n'est pas clairement
déterminée. Selon des études menées de 1967
à 1970 par une équipe de religieuses et religieux
européens en collaboration avec Clément GOUNOU, l'origine de la
pratique est diverse.
Mohamed ALIDOU reprend la version de Clément GOUNOU.
« L'infanticide est une pratique fondée sur la superstition.
Des informations recueillies après trois années de recherche
auprès d'une centaine de personnes reconnues sensées, seules deux
sont dignes d'intérêt. La première, est celle d'une vieille
de Kali (Bagou), commune de Gogounou qui donnait comme source de la pratique,
la naissance à Nikki d'un nouveau-né venu par les pieds et ayant
en outre commencé la dentition par le haut. Tout le temps qu'a
vécu cet enfant, Nikki a connu des morts inexplicables et
incontrôlables. Alors le roi de Nikki, DEOBIDIA, a demandé
à son devin de consulter les oracles sur les causes de ce
phénomène insolite. Le bébé né par les pieds
fut désigné comme source de tous les maux. Alors le souverain
ordonna la mise à mort de tout enfant qui naîtrait de façon
«anormale» ou commencerait la dentition par le haut. La
deuxième information communicable pour son intérêt a
été recueillie dans la commune de Kandi. Celle-là situe
l'origine de l'infanticide à des temps immémoriaux chez les
Baatombu roturiers, donc avant même l'arrivée des Wassangari.
Selon le vieux Yérima N'GOYE, une consultation annuelle des oracles
aurait révélé la naissance d'un enfant de façon
particulière. Cet enfant qui naîtra sera dur de caractère
et causera des dégâts dans le pays si on ne le retrouvait pas tout
de suite. Après cette prédication, un enfant naquit après
douze (12) mois de grossesse. Quatre mois après sa naissance, il
commença à pousser des dents par le haut. En même temps, il
se mit à marcher. Pendant que ces événements se
déroulaient, l'oncle du bébé (18 ans) mourut, suivi de la
mort d'une femme en état de grossesse et d'un enfant dans la famille.
Alors le devin s'écria : c'est l'enfant annoncé par les
oracles. Il faut l'éliminer pour conjurer le mal sinon, tout le pays
risque de mourir. Et comme l'on ne sait pas expérimenter les
phénomènes chez nous, alors ceux qui naissaient de façon
irrégulière étaient considérés comme venant
pour perpétrer un malaise dont eux-mêmes seraient le
remède. Il faut les éliminer pour conjurer le
mal. » 30(*).
Ces sociétés viennent ainsi de trouver un bouc
émissaire pour expliquer leur malheur. Aucun raisonnement rationnel
n'est mené pour comprendre le phénomène. Des milliers
d'enfants subissent en silence les affres de ce que Isabelle TEVOEDJRE appelle
« une ignorance et un sous développement mental »
d'une société superstitieuse. Isabelle TEVOEDJRE explique que,
« dans ces ethnies, il fut un temps où les jumeaux et les
triplés étaient accueillis par la mort. En effet dans ces
régions, les jumeaux et triplés que l'on rencontre ont à
peine une vingtaine d'années pour les plus âgés.
L'époque de la condamnation à mort brutale de ces enfants semble
révolue pour eux, les chanceux !!! Nous espérons qu'il en
sera de même pour les bébés dits «sorciers»
31(*).».
C'est un voeu noble mais difficile à réaliser.
D'ailleurs Mohamed ALIDOU reconnaît la difficulté de la
tâche. Eradiquer le phénomène de l'infanticide sera
difficile dans la mesure où l'exécution de ces êtres
inoffensifs dits sorciers se fait dans la discrétion.
Par ailleurs, la pratique de l'infanticide est
considérée comme un acte de purification de la lignée, de
la famille victime d'une souillure survenue par la naissance d'un tel enfant.
Cette purification est une réparation, le rétablissement d'un
ordre troublé. Elle est appelée
« sumbu » 32(*) en baatonu. Les populations continuent cette
pratique qui constitue une atteinte sérieuse aux droits des enfants
notamment le droit à la vie.
Malgré le fait que l'infanticide rituel prive les
enfants de leurs droits élémentaires, aucune action d'envergure
n'est engagée contre la pratique. « Les différents
programmes de coopération Bénin-Unicef qui ont permis de lever le
voile sur plusieurs cas de comportements en défaveur des enfants,
malgré leur succès, n'ont pas encore touché toutes les
catégories d'enfants en situation difficile. En effet très peu
d'actions sont menées pour lutter contre le phénomène de
l'infanticide rituel. » 33(*)
Dans le souci de mieux cerner le phénomène de
l'infanticide rituel dans le temps et dans l'espace, le programme de
coopération Bénin-Unicef par le biais du projet Enfant Ayant
Besoin de Mesures Spéciales de Protection (EABMSP) a initié une
étude dans ce sens. Cette étude s'est déroulée du
02 au 16 janvier 2001 et a couvert les départements de l'Alibori, de
l'Atacora, du Borgou, des Collines et de la Donga.
Les résultats de cette étude ont montré
que quelques organisations non gouvernementales, des personnalités
religieuses et spirituelles se sont déjà engagées dans la
lutte contre cette pratique. La première personnalité religieuse
à avoir engagé ce combat est un prêtre Baatonu du nom de
Pierre Bio SANOU. Pendant plus de vingt ans, il a lutté seul contre
cette pratique avant de créer avec d'autres bonnes volontés en
1993 l'ong « Espoir Lutte contre l'Infanticide au
Bénin » (ELIB). Il faut signaler que cette ONG travaille en
étroite collaboration avec l'ong française «Espoir sans
Frontières» (ESF). Aux cotés de l'ELIB, l'Association pour
la Protection de l'Enfance Malheureuse (APEM ong) mène la même
lutte. Les principales activités de ces organisations consistent
essentiellement à sensibiliser les populations. L'APEM ong
« a adopté la méthode de séminaires
itinérants sur les lieux mêmes où ces crimes sont commis.
Ensuite cette ONG a entrepris d'initier sur les antennes des radios rurales,
des débats issus de ces séminaires. »34(*)
L'ELIB de son coté réagit contre la pratique
à travers un certain nombre d'activités classées en
activités préventives et en activités curatives à
travers la sensibilisation des populations et la récupération
d'enfants voués à l'infanticide.
Les responsables de l'ELIB, notamment le père Bio
SANOU, ont récupéré plusieurs dizaines d'enfants
voués à l'infanticide qu'ils ont placés dans des foyers
très loin de leur lieu de naissance. Certains sont envoyés et
adoptés en Europe. Mais le père SANOU ne se fait pas d'illusion
quant à la difficulté de cette lutte. A cet effet, il dit que
« l'infanticide aura de beaux jours devant lui tant que ces enfants
dits sorciers ne seront pas intégrés dans leurs propres
sociétés. ». Mais l'intégration de ces enfants
dans leurs sociétés, en l'occurrence celle des Baatombu semble
être une tâche pratiquement impossible à court terme.
« A un enfant à qui on dénie la nature humaine qu'il
tient de Dieu, à qui on n'accorde même pas le prénom qui
lui revient de droit de par son rang dans l'ordre de la naissance, il n'y a pas
de place dans la société. Pour lui, ou bien la mort ou bien le
rejet, la rupture totale avec la société, la sienne35(*).»
En dehors de ces activités, l'ELIB s'investit dans la
construction de maternités dans les villages à haut risque
d'infanticide. Cette stratégie a fait ses preuves. Des milliers
d'enfants voués à l'infanticide vivent parce que leurs
communautés n'ont pas été informées des conditions
de leur naissance. La construction des maternités est aujourd'hui le
moyen le plus efficace de lutter contre l'infanticide. En témoignent les
données recueillies par certains chercheurs dans SEPD /DDSP Alibori,
Atacora, Borgou, Donga et Collines : annuaire statistique 1999. Selon les
données, mille deux cent trente-six (1236) enfants sont nés dans
des conditions anormales et auraient pu être exécutés si
l'accouchement avait eu lieu à domicile36(*).
Ces chiffres révèlent l'importance des
maternités. Mais le mal est que très peu de femmes
fréquentent ces maternités. Par exemple « sur mille
cent quatre vingt dix huit (1198) grossesses suivies en 1999, seulement quatre
cent quatre vingt douze (492) accouchements sont assistés, soit 41,06%,
six cent quatre vingt dix-neuf (699) cas d'accouchements à domicile. Ce
même constat est fait en 2000 avec mille cent trente (1130) cas
d'accouchements à domicile sur 1599 grossesses suivies, soit seulement
469 accouchements assistés (soit 29,33%) ». Ces données
viennent des statistiques d'accouchements à la maternité de
Kolokondé. 37(*).
Il faut mentionner que plusieurs autres grossesses n'ont pas
du tout été suivies. Avec ce constat, le problème reste
entier. Une chose est donc de construire les maternités, une autre est
de convaincre les femmes de les fréquenter. Pour cela le concours des
chefs traditionnels a été sollicité. Certains soutiennent
déjà la lutte contre l'infanticide. Entre autres, « les
chefs traditionnels, leurs majestés Bagana OROUSOUROU II de
Kouandé et KPKETONI VI de Djougou se sont déclarées contre
cette pratique traditionnelle qu'ils qualifient de
« criminelle »»38(*). Les chefs traditionnels des régions
septentrionales sont de plus en plus instruits et gagnés par les
religions révélées. De ce fait, ils s'opposent aux
pratiques traditionnelles qui ne sont pas conformes aux enseignements religieux
« Tu ne tueras point » prescrit, le 5è
commandement de Dieu. L'engagement de ces chefs traditionnels est important
dans la lutte contre l'infanticide rituel.
Et pourtant, l'infanticide est sanctionné par la
législation en vigueur au Bénin. Mais avant toute sanction, il
faut qu'il soit véritablement établi qu'il y a infanticide.
Maître Mohamed TOKO dans son intervention au séminaire tenu
à Natitingou les 25, 26 et 27 novembre 1997, rappelle que pour
« qu'une personne tombe sous le coup de l'infanticide, il
faut :
- un meurtre ou un assassinat ;
- que la victime soit un enfant nouveau né.»
Ainsi, lorsque les éléments constitutifs du
crime d'infanticide sont réunis, les auteurs doivent être
poursuivis et sanctionnés. Et dans ce cas, l'article 302 du code
pénal dispose que « Tout coupable d'assassinat (...) sera puni
de mort... »
Il ressort de cette disposition que :
- pour la mère de l'enfant du nouveau-né,
lorsqu'elle est auteur principal de l'infanticide de son nouveau-né
intervenu par assassinat, elle sera condamnée aux travaux forcés
à perpétuité, mais lorsqu'elle est complice de
l'infanticide de son nouveau-né, par simple meurtre, elle sera
condamnée aux travaux forcés à temps.
- pour les autres personnes : autres co-auteurs ou
complices, lorsqu'il s'agit d'un assassinat de nouveau-né, ils sont
condamnés à la peine de mort et aux travaux forcés
à perpétuité lorsqu'il s'agit de meurtre de
nouveau-né.
Il y a donc des dispositions qui punissent l'infanticide, mais
il est difficile de les appliquer dans la mesure où la connaissance par
les autorités des faits d'infanticide est rare compte tenu du secret qui
les entoure. C'est pourquoi, il convient de développer l'information et
la sensibilisation des population pour que les faits du genre soient
portés à la connaissance du public et des autorités
publiques aux fins de répression, laquelle doit déboucher sur des
sanctions. » 39(*)
Les différents rapports de séminaires et les
travaux de recherches sur l'infanticide rituel ont fait plusieurs
recommandations pour éradiquer cette pratique de nos
sociétés. Au nombre de ces recommandations, il y a la
construction des maternités et l'institution d'amendes pour les
accouchements à domicile surtout dans les zones à haut risque
d'infanticide, l'insertion dans les programmes d'étude de l'enseignement
officiel des cours sur l'infanticide rituel, l'utilisation de sketchs dans les
séances de sensibilisation, l'association des bourreaux repentis aux
séances de sensibilisation, etc.
Ce qui ressort de cette revue littéraire est que
malgré les séminaires, les études consacrées
à la pratique et les recommandations faites, l'infanticide rituel
persiste. Il ressort également que les actions ne sont menées que
par quelques ONG appuyées par des autorités religieuses dans
certaines régions. Il serait judicieux que l'Etat central s'engage plus
dans cette lutte même.
II-
Cadre et Méthode d'étude
II-1- Cadre de l'étude
Les recherches entrant dans le cadre de ce travail se sont
déroulées dans l'arrondissement de Bori, commune de N'Dali.
II-1-1 Informations générales sur la commune
de N'Dali
Notre recherche s'est déroulée dans la commune
de N'Dali, une des 8 communes que compte le département du Borgou. D'une
superficie totale de 3748 km², soit 3,33 % de la superficie du
Bénin, la commune de N'Dali compte 5 arrondissements : N'Dali,
Bori, Gbégourou, Ouénou, Sirarou. Située à 60 km de
Parakou et à 475 km de Cotonou, elle est limitée au Nord par les
communes de Bembérekè et de Sinendé, au Sud par les
communes de Parakou et de Tchaourou, à l'Est par les communes de Nikki
et de Pèrèrè et à l'Ouest par la commune de
Djougou.40(*)
En 1992 la population totale de la commune de N'Dali
était de 45334 habitants dont 41674 habitants composent la population
rurale, soit 91,90 % de la population totale. En 1999, la population a atteint
60442 habitants avec 83 % de population rurale soit 50260 habitants. Avec le
RGPH3, la population est passée à 67379 habitants,
dont 33895 hommes (enfants et adultes) et 33484 femmes. La taille des
ménages est de 7,9 et compte 6494 ménages. La population rurale
est estimée à 56518 personnes. On dénombre 34215 personnes
de 0-14 ans, 29480 de 15-59 ans et 3360 personnes de plus de 60 ans41(*). La population de N'Dali est
donc jeune.
La croissance de la population est de 4,25 % et de 4,54 %
pour la population rurale. La densité humaine est de 12,1 hab/km².
L'ethnie majoritaire est celle des Baatombu (59,1 %). Suivent les Fulfulde
(22,4 %) les Bètamaribè (5,6 %). Il y a aussi les Yom et les
Lokpa (3,8 %), les Yoruba (2,8 %), les Dendi (1,9 %), les Fon (1,2 %), les Adja
(0,3 %) et autres (2,9 %).
Trois religions sont majoritaires à N'Dali. Les
musulmans représentent 49,5 % de la population, les catholiques 13,7 %,
les religions traditionnelles 14,6 %, les autres 19,2 %42(*).
Les populations de N'Dali vivent essentiellement de
l'agriculture, de l'élevage, de la pêche, du commerce, de
l'artisanat, du transport, de l'exploitation de bois de feu, de la
transformation de produits.
L'agriculture représente 43,86 % des revenus. Les
principales cultures sont : le maïs, le sorgho, le coton, l'igname,
le manioc et le mil. La superficie cultivée est de 3068400 ha (70,05 %).
Le climat est aussi favorable à l'agriculture. Comme dans nombre de
communes du Borgou, le climat est de type soudanien avec une seule saison
pluvieuse. La pluviométrie varie entre 900 et 1300 mm par an. La saison
des pluies commence en Avril et couvre 7 mois environs. La température
moyenne annuelle s'établit autour de 26° C avec un maximum de
32° C en Mars et redescend aux environs de 23° C en
Décembre-Janvier. L'humidité relative varie entre 30 et 70
%43(*). Dans la commune de
N'Dali, les sols ferrugineux tropicaux sont dominants, profonds, non
concrétionnés et soumis au lessivage.
II-1-2- Informations spécifiques sur
l'arrondissement de Bori
Le village de Bori dans l'arrondissement de Bori a servi de
cadre pour nos recherches.
II-1-2-1- Caractéristiques
géographiques
L'arrondissement de Bori est l'un des cinq que compte la
commune de N'Dali. Il est situé à l'Ouest de la commune et
limité au Nord par les communes de Bembérèkè et de
Sinendé, au Sud par l'arrondissement de Sirarou, à l'Est par
l'arrondissement de Ouénou et à l'Ouest par les communes de
Djougou et de Tchaourou.
L'arrondissement de Bori est situé à 36 km de
la ville de N'Dali. Il est traversé par la route non revêtue
N'Dali - Djougou.
Végétation
La végétation à Bori est très
dense parce qu'une grande partie de la forêt classée s'y trouve.
En dehors de cette forêt classée, la végétation est
de type savane - boisée. La végétation offre aux animaux
du fourrage très varié et est d'une grande richesse
médécinale. Elle facilite la fabrication des produits
indispensables à la guérison des enfants sorciers.
Le Relief
Le relief de l'arrondissement de Bori est
particulièrement accidenté par rapport à celui des autres
arrondissements. Dans la région de Témé et de Kori il y a
une bande d'élévation de collines.
Hydraulique
La couverture de l'arrondissement de Bori en eau potable est
très faible. Il n'y a pas encore d'alimentation en eau potable de la
SONEB. Les adductions d'eau sont rares et les puits insuffisants. Par moments
les populations sont contraintes d'utiliser comme eau de boisson les eaux des
marigots. Ceci est à la base des nombreux cas de diarrhée que le
centre de santé de l'arrondissement et les centres villageois de
santé enregistrent.
Environnement
L'environnement est très pollué avec les
insecticides utilisés dans la culture du coton. En saison sèche,
l'environnement est très poussiéreux.
Infrastructures
routières
La seule voie praticable dans l'arrondissement de Bori est la
route non revêtue N'Dali - Djougou. Les voies secondaires Bori -
Maregourou - Teme - Kori - N'Dali sont très dangereuses et impraticables
en saison pluvieuse. Cela ne permet pas un accès facile dans les
villages reculés pour les séances de sensibilisation.
Habitat
Dans les cinq grands villages de l'arrondissement de Bori
(Bori, Maregourou, Kori, Soumon et Teme) l'habitat est de type traditionnel.
Les cases sont construites en bancos. Les populations vivent dans de grandes
agglomérations avec une grande cour commune. Cette situation fait que
les couples ne peuvent garder le secret sur la naissance ou la dentition de
leurs enfants.
Tout autour des agglomérations et les séparant
les unes des autres il y a des touffes d'herbes, nid de moustiques. Aux
alentours des concessions l'on cultive du tabac44(*). A l'intérieur des agglomérations
vivent les moutons, les cabris et la volaille. Derrière chaque
concession sont parqués les boeufs servant à la culture
attelée45(*).
II-1-2-2- Caractéristiques
démographiques
L'arrondissement de Bori est estimé à 18003
habitants dont 9081 hommes et 8922 femmes en l'an 200246(*). La population agricole
représente plus de 94 % de la population avec un effectif de 16966
personnes.
II-1-2-3- Caractéristiques socioculturelles
Le groupe sociolinguistique dominant à Bori est
constitué par les Baatombu qui font plus des 80 % de la population. Il y
a environ 10 % de fulfulde nomades qui vivent dans des camps appelés
«camps peulhs». Il y a aussi les Pila-Pila ou Yom de l'Atacora 5 % et
d'autres communautés minoritaires.
Religion
La religion la plus pratiquée à Bori est la
religion traditionnelle. Il y a aussi les chrétiens et les musulmans.
Dans le village de Marégourou la majorité est musulmane. A Bori,
il y a un grand syncrétisme religieux47(*)et une pacifique cohabitation entre les
différentes religions.
Valeurs
La solidarité et l'hospitalité sont les plus
grandes valeurs des Baatombu. Une grande expression en est faite à Bori.
L'attachement à l'hospitalité est exprimé dans le second
nom du village de Bori : «TOUKOSARI» ce qui veut dire
«personne n'est étranger» ou «nous sommes les
mêmes». Toutes les associations de femmes, de jeunes et d'hommes
portent ce nom «TOUKOSARI». Par ailleurs, dans ces communautés
il y a une grande entraide. Le problème de l'un est celui de toute la
communauté. Aussi la vie en communauté, est-elle prisée.
Organisation sociale
A Bori, les populations vivent dans de grandes concessions.
Tout tourne autour du chef de la concession qui est le plus âgé de
la famille ; tout le monde mange le repas préparé dans la
marmite commune.
Les décisions sont prises par le chef de la famille et
communiquées aux hommes qui informent à leur tour les femmes.
II-1-2-4- Données économiques
Dans l'arrondissement de Bori, il y a trois principales
activités génératrices de revenus : l'agriculture,
l'élevage et le commerce.
L'agriculture occupe plus de 90 % de la population. C'est une
agriculture constituée de deux types de culture : la culture de
rente et la culture vivrière. La principale culture de rente est le
coton. Les cultures vivrières sont : le maïs, l'igname, le
sorgho, le riz, l'arachide, la patate douce, etc. Les boeufs sont
utilisés pour cultiver les champs. Les femmes font du petit commerce.
L'élevage qui est la deuxième plus grande
activité est pratiqué par les Fulfulde. Ils élèvent
les bovins et les caprins prioritairement. L'élevage domestique est
constitué de la volaille.
II-1-2-5- Autres occupations
En dehors de leurs petits commerces, les femmes se regroupent
en association par quartier et village. Elles font de la transformation du
karité en beurre, du manioc en gari. Elles s'occupent aussi du nettoyage
des places publiques.
Les hommes ont aussi leur association mais sont moins
organisés que les femmes. L'association de développement
«TOUKOSARI» est constituée de personnes d'un certain rang.
Tout le monde ne s'y retrouve pas même si c'est ouvert à tous.
Cette association s'occupe du règlement des conflits qui surviennent au
sein de la communauté.
Les jeunes sont en train de se mettre sur la voie des
aînés. Il n'y a pas un cadre qui regroupe tous les jeunes. Les non
scolarisés se retrouvent dans les groupements villageois alors que les
élèves et étudiants ont leur association.
La principale distraction sportive à Bori est le
football. Il regroupe toute la population. La principale activité
culturelle est le bal poussière qui a lieu tous les vendredis. C'est une
occasion de distraction et de communion pour tous les jeunes.
II-1-2-6- Système éducatif
Dans l'arrondissement de Bori, il y a 11 écoles
primaires et un collège d'enseignement général. De nos
jours il y a une relance du système éducatif et les écoles
sont de plus en plus fréquentées. Ceci fait que l'effectif est
pléthorique dans les classes. Au collège, c'est le système
des classes volantes qui prévaut par manque d'infrastructures. Le
principal problème est celui du manque de personnel qualifié dans
l'enseignement secondaire. Au collège de Bori, il y a un seul enseignant
agent permanent de l'Etat et un contractuel de l'Etat sur 17 vacataires sans
grande qualification.
II-1-2-7- Système sanitaire
Dans l'arrondissement de Bori, il y a deux centres de
santé : le centre de santé d'arrondissement (CSA) de Bori et
le centre de santé de Marégourou. Ils sont composés d'un
dispensaire et d'une maternité. Dans les autres villages il y a des UVS
(Unités Villageoises de Santé).
Le taux de fréquentation de la maternité est de
plus de 80 %.
Les principales maladies qu'on rencontre dans les centres de
santé sont : le paludisme, la diarrhée, les infections
respiratoires aiguës.
II-1-2-8- Canaux de communication
La localité n'étant pas
électrifiée, les populations n'ont pas accès à la
télévision. Par contre elles écoutent la radio. La radio
la plus écoutée par les adultes est Radio
Bembérékè et `'Fraternité FM Parakou'' par les
jeunes.
Les canaux traditionnels de communication comme le conte, le
théâtre, la chanson sont donc les plus utilisés.
II-1-2-9- Besoins
Les populations n'ont pas accès à l'eau
potable. Les puits sont insuffisants et les femmes font des heures avant de
prendre de l'eau. D'autres s'approvisionnent dans les marigots ou les
rivières avec tous les risques de maladies que cela comporte. La
principale source d'éclairage est le pétrole. Les routes sont
constituées pour la plupart de pistes en terre rouge et la principale
route n'est pas revêtue. Les routes secondaires sont très
dangereuses et presque impraticables par les véhicules. Les centres de
santé et le personnel sanitaire sont insuffisants.
II-2- Méthode d'étude
II-2-1- Type d'étude
Notre étude est à la fois descriptive et
analytique.
· Descriptive, parce qu'elle décrit à
travers l'étude socio communautaire les causes et les manifestations de
la pratique, de même que les stratégies d'action des structures
qui luttent contre l'infanticide.
· Analytique, parce que l'étude établit des
liens entre plusieurs éléments. D'une part entre les besoins de
la communauté et les actions des structures en charge de la protection
des enfants sorciers ; d'autre part entre les stratégies mises en
oeuvre par les structures luttant contre la pratique et l'impact de ces actions
sur les populations afin d'en dégager les forces et les faiblesses.
II-2-2- Population d'étude
La population de l'étude comporte les responsables de
structures qui interviennent dans la lutte contre l'infanticide à
Bori, et un échantillon des potentiels bénéficiaires
de leurs actions ainsi que les tenants de la tradition à Bori.
Les cibles primaires
Les garants de la tradition (les chefs de famille, les sages
de Bori) et les responsables de structure constituent les cibles primaires de
notre étude.
Les cibles secondaires
Pour mieux appréhender le problème, nous avons
opté pour une recherche qui prenne en compte toute la population. En
dehors des cibles primaires sus citées notre étude a
atteint :
- les femmes ;
- les jeunes de Bori ;
- les élèves et étudiants de
Bori ;
- les religieux ;
- les élus locaux ;
- les enseignants.
II-2-3- Site de l'étude
Notre étude s'est prioritairement
déroulée dans le village de Bori, une zone à haut risque
d'infanticide et à Marégourou un village situé à 7
km de Bori.
II-2-4- Echantillonnage
Le problème de l'infanticide touche toute la population
de Bori. Compte tenu des moyens limités, nous avons interrogé au
total 313 personnes réparties comme suit :
- 10 principaux responsables des structures qui interviennent
contre la pratique à Bori ;
- 15 sages ;
- 45 chefs de ménages ;
- 60 femmes ;
- 60 jeunes élèves et étudiants ;
- 40 jeunes paysans ;
- 12 enseignants (soit 7 au collège et 5
instituteurs) ;
- 5 agents de santé ;
- 2 responsables religieux (le curé de Bori et l'Imam
de Bori) ;
- 4 élus locaux (dont le maire de N'Dali).
En dehors de ces personnes, le fait d'avoir
séjourné dans la localité nous a permis de discuter du
sujet avec beaucoup d'autres personnes sans les soumettre à des
séances de question-réponse.
Tableau 1 : Répartition de
l'échantillon selon les ethnies
|
Publics
Ethnies
|
Elus locaux
|
Responsables structures de lutte
|
Sages/chefs de ménages
|
Femmes
|
Jeunes élèves
|
Jeunes paysans
|
Autres (agents de santé, enseignants,
religieux)
|
|
Baatonu
|
3
(75%)
|
8
(80%)
|
40
(88,88%)
|
54
(90%)
|
48 (80%)
|
36
(90%)
|
11
(57,89%)
|
|
Peulh
|
1
(25%)
|
1
(10%)
|
5
(11,12%)
|
6
(10%)
|
6
(10%)
|
-
|
-
|
|
Autres
|
-
|
1
(10%)
|
-
|
-
|
6
(10%)
|
4
(10%)
|
8
(42,10%)
|
La majorité des personnes approchées au cours de
cette enquête est baatonu. Cela se justifie par le fait que c'est le
groupe socio linguistique qui est directement concerné par la pratique.
Tableau 2 : Répartition de
l'échantillon selon le niveau d'instruction
|
Publics
Niveau d'instruction
|
Elus locaux
|
Responsables structures de lutte
|
Sages/chefs de ménages
|
Femmes
|
Jeunes élèves
|
Jeunes paysans
|
Autres (agents de santé, enseignants,
religieux)
|
|
Supérieur
|
3
(75%)
|
8
(80%)
|
-
|
-
|
6
(10%)
|
-
|
11
(57,89%)
|
|
Secondaire
|
1
(25%)
|
2
(20%)
|
5
(11,11%)
|
-
|
48
(80%)
|
-
|
5
(36,84%)
|
|
Primaire
|
-
|
-
|
10
(10,22%)
|
6
(10%)
|
6
(10%)
|
8
(20%)
|
-
|
|
Aucun
|
-
|
-
|
30
(66,66%)
|
54
(90%)
|
-
|
32
(80%)
|
1
(5,26%)
|
|
Alphabétisation
|
-
|
-
|
23
(51,11%)
|
35
(58,33%)
|
-
|
16
(40%)
|
-
|
La plupart des enquêtés notamment les sages, les
femmes et les jeunes paysans n'ont pas été à
l'école. Certains parmi eux suivent cependant des cours
d'alphabétisation.
Tableau 3 : Répartition de
l'échantillon selon la religion
|
Publics
Religion
|
Elus locaux
|
Responsables structures de lutte
|
Sages/chefs de ménages
|
Femmes
|
Jeunes élèves
|
Jeunes paysans
|
Autres (agents de santé, enseignants,
religieux)
|
|
Traditionnelle
|
0%
|
0%
|
25
(55,55%)
|
7
(11,66%)
|
24
(40%)
|
18
(45%)
|
2
(10,52%)
|
|
Islam
|
3
(75%)
|
6
(60%)
|
15
(33,33%)
|
30
(50%)
|
18
(30%)
|
10
(25%)
|
6
(31,57%)
|
|
Christianisme
|
1
(25%)
|
4
(40%)
|
5
(11,11%)
|
17
(28,33%)
|
6
(10%)
|
10
(25%)
|
9
(47,36%)
|
|
Athée
|
0%
|
0%
|
0%
|
6
(10%)
|
12
(20%)
|
2
(5%)
|
2
(10,52%)
|
La religion la plus pratiquée à Bori est la
religion traditionnelle. Cependant les populations se convertissent aux
religions révélées notamment l'Islam et le Christianisme.
Il faut signaler que ces données sont fidèles aux propos des
enquêtés même si la réalité montre qu'il y a
un fort syncrétisme religieux à tous les niveaux.
II-2-5- Techniques et outils de collecte des
données
Les techniques et les outils utilisés sont propres
à la recherche qualitative.
Technique
L'immersion pour la collecte des données sur le
terrain s'est déroulée du 10 octobre au 08 novembre 2006. Le
sujet étant assez délicat, nous avons utilisé
prioritairement les techniques propres à la recherche qualitative dont
notamment :
- les interviews individuelles approfondies ;
- les discussions dirigées de groupes (DDG) focus
groupe.
Nous avons aussi utilisé à bon escient
l'observation participante et l'exploitation documentaire.
Outils :
Les outils de collecte de données utilisées
dans le cadre de cette étude sont :
- les guides d'entretien ;
- la grille d'observation ;
- les fiches de dépouillement.
II-2-6- Le pré-test
La croyance en la nuisance des enfants - sorciers
étant commune à toutes les communautés baatombu, nous
avons pré testé les outils d'étude à N'Dali centre.
Les suggestions et remarques des cibles nous ont permis de réajuster les
outils.
II-3- Limites de l'étude
La principale difficulté rencontrée lors de
cette étude est relative à la délicatesse du sujet et aux
expériences antérieures des publics cibles. Selon certains, les
données recueillies au cours des précédentes
enquêtes n'ont pas été exploitées objectivement. Les
chercheurs ne prennent qu'une partie de la vérité et dramatisent
la pratique. Les populations, en particulier les femmes se sont gardées
de donner leur point de vue sur la question. Le sujet était tabou pour
les femmes. Au cours des DDG, aucune d'elles n'aborde le sujet. Toutes disent
n'avoir jamais entendu parler de cette pratique et que si cela a existé
ce n'est pas de leur temps. Devant l'échec des DDG avec les femmes sur
la question, nous nous sommes consacrés aux interviews individuelles
approfondies avec elles.
Parce que nous avons vécu parmi elles et mangé
les repas qu'elles nous présentaient, les populations ont fini par nous
faire confiance. Pour aller rencontrer une personne nous prenons pour guide un
de ses enfants ou de ses proches. Un climat de confiance s'est instauré
vers la fin de la recherche et nous a permis d'avoir des informations
indisponibles au départ.
Cependant, certaines personnes ont voulu cacher la
réalité par pudeur. Par ailleurs les moyens mis en oeuvre pour la
réalisation de la présente étude n'ont pas permis de faire
une plus longue immersion afin de comprendre certaines réalités
culturelles de Bori.
III-
Présentation des résultats et
commentaires
Les recherches sur le terrain ont permis d'appréhender
les connaissances des populations (jeunes, vieux, femmes) sur les enfants
sorciers. Les études ont aussi porté sur les actions de lutte
contre l'infanticide à Bori.
III-1- Connaissances des enquêtés des
caractéristiques des enfants sorciers
|
Publics
Critères
|
Elus locaux
|
Responsables structures de lutte
|
Sages/chefs de ménages
|
Femmes
|
Jeunes élèves
|
Jeunes paysans
|
Autres (agents de santé, enseignants,
religieux)
|
|
Prématuré (8 mois)
|
4
(100%)
|
10
(100%)
|
45
(100%)
|
60
(100%)
|
60
(100%)
|
40
(100%)
|
19
(100%)
|
|
Né avec des dents
|
4
(100%)
|
10
(100%)
|
45
(100%)
|
60
(100%)
|
60
(100%)
|
40
(100%)
|
19
(100%)
|
|
Né par le siège
|
4
(100%)
|
10
(100%)
|
45
(100%)
|
60
(100%)
|
30
(50%)
|
28
(70%)
|
16
(84,21%)
|
|
Né assis
|
4
(100%)
|
10
(100%)
|
45
(100%)
|
60
(100%)
|
12
(20%)
|
20
(50%)
|
14
(73,68%)
|
|
Né face contre terre
|
4
(100%)
|
10
(100%)
|
45
(100%)
|
60
(100%)
|
6
(10%)
|
8
(20%)
|
14
(73,68%)
|
|
Poussée premières dents par le
haut
|
4
(100%)
|
10
(100%)
|
45
(100%)
|
60
(100%)
|
6
(10%)
|
40
(100%)
|
19
(100%)
|
|
Dentition
à 8 mois
|
4
(100%)
|
10
(100%)
|
45
(100%)
|
60
(100%)
|
45
(75%)
|
36
(90%)
|
16
(84,21%)
|
Le huitième (8ème) mois en milieu baatonu est
appelé `'suru konso'' c'est-à-dire un mois dangereux. C'est
pourquoi les enfants qui naissent ou font leur dentition à cette
période sont jugés nuisibles. La grande partie des
enquêtés connaissent les principaux critères qui font d'un
enfant un sorcier.
II-2- Appréciation des populations sur les
enfants sorciers
|
Publics
Appréciations
|
Elus locaux
|
Responsables structures de lutte
|
Sages/chefs de ménages
|
Femmes
|
Jeunes élèves
|
Jeunes paysans
|
Autres (agents de santé, enseignants,
religieux)
|
|
Enfants porte malheur
|
3
(75%)
|
0
(0%)
|
40
(88,88%)
|
48
(80%)
|
42
(70%)
|
36
(90%)
|
6
(31,57%)
|
|
Enfants fantômes
|
3
(75%)
|
0
(0%)
|
40
(88,88%)
|
48
(80%)
|
42
(70%)
|
36
(90%)
|
6
(31,57%)
|
|
Enfants dangereux à sa famille
|
3
(75%)
|
0
(0%)
|
40
(88,88%)
|
48
(80%)
|
42
(70%)
|
36
(90%)
|
6
(31,57%)
|
|
Enfants normaux à esprit
maléfique
|
3
(75%)
|
0
(0%)
|
40
(88,88%)
|
48
(80%)
|
42
(70%)
|
36
(90%)
|
6
(31,57%)
|
|
Enfants normaux
|
1
(25%)
|
10
(100%)
|
5
(11,11%)
|
12
(20%)
|
18
(30%)
|
4
(10%)
|
13
(68,42%)
|
Pour la majorité des populations, un
enfant, qui présente les critères anormaux
présentés plus haut, est un enfant dangereux et maléfique.
Même s'il a l'air normal, cet enfant, selon les populations a un esprit
mauvais qu'il ne contrôle pas. C'est cet esprit qui cause les
malheurs.
III-3- Expériences des populations avec des
enfants sorciers
|
Publics
Expériences
|
Elus locaux
|
Responsables structures de lutte
|
Sages/chefs de ménages
|
Femmes
|
Jeunes élèves
|
Jeunes paysans
|
Autres (agents de santé, enseignants,
religieux)
|
|
Déjà vu 1 enfant sorcier ou jugé
tel
|
4
(100%)
|
10
(100%)
|
45
(100%)
|
60
(100%)
|
60
(100%)
|
60
(100%)
|
60
(100%)
|
|
Déjà vu un enfant sorcier
tué
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
25
(55,55%)
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
12
(30%)
|
0
(0%)
|
|
Déjà vu un enfant sorcier dans sa
famille
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
|
Déjà entendu parler des agissements d'un
enfant sorcier
|
4
(100%)
|
10
(100%)
|
45
(100%)
|
60
(100%)
|
60
(100%)
|
60
(100%)
|
60
(100%)
|
Aucun enquêté n'a jamais eu dans sa famille des
enfants sorciers, mais tous en ont déjà entendu parler. Elles
ont honte de la pratique et la nie.
III-4- Connaissances des formes d'accueil
réservé
aux enfants sorciers
|
Publics
Accueil
|
Elus locaux
|
Responsables structures de lutte
|
Sages/chefs de ménages
|
Femmes
|
Jeunes élèves
|
Jeunes paysans
|
Autres (agents de santé, enseignants,
religieux)
|
|
Abandon chez les peulh
|
4 (100%)
|
16
(100%)
|
45
(100%)
|
60
(100%)
|
60
(100%)
|
40
(100%)
|
19
(100%)
|
|
Elimination par noyade
|
4 (100%)
|
16
(100%)
|
45
(100%)
|
60
(100%)
|
36
(60%)
|
40
(100%)
|
19
(100%)
|
|
Elimination par asphyxie
|
4 (100%)
|
16
(100%)
|
45
(100%)
|
60
(100%)
|
36
(60%)
|
40
(100%)
|
19
(100%)
|
|
Elimination rituelle par les bourreaux
|
4 (100%)
|
16
(100%)
|
45
(100%)
|
60
(100%)
|
60
(100%)
|
40
(100%)
|
19
(100%)
|
|
Abandon dans la brousse
|
4 (100%)
|
16
(100%)
|
45
(100%)
|
60
(100%)
|
60
(100%)
|
40
(100%)
|
19
(100%)
|
|
Purification
|
4 (100%)
|
5
(50%)
|
45
(100%)
|
60
(100%)
|
48
(80%)
|
40
(100%)
|
10
(52,63%)
|
Les enquêtés connaissent presque tous, les
différents sorts réservés aux enfants dits sorciers.
Seuls quelques jeunes ne savent pas que l'enfant peut être
réparé par asphyxie ou par noyade.
III-5- Comportements à adopter par les
populations
au cas où elles auraient un enfant
sorcier
|
Publics
Critères
|
Elus locaux
|
Responsables structures de lutte
|
Sages/chefs de ménages
|
Femmes
|
Jeunes élèves
|
Jeunes paysans
|
Autres (agents de santé, enseignants,
religieux)
|
|
Le sacrifier
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
|
Le jeter
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
5
(11,11%)
|
0
(0%)
|
6
(10%)
|
4
(10%)
|
0
(0%)
|
|
Le garder et le jeter dès un malheur
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
5
(11,11%)
|
0
(0%)
|
6
(10%)
|
4
(10%)
|
0
(0%)
|
|
Le guérir et le garder
|
2
(50%)
|
0
(0%)
|
30
(66,66%)
|
30
(50%)
|
36
(60%)
|
28
(70%)
|
6
(31,5%)
|
|
Le garder et ne pas en parler
|
2
(50%)
|
10
(100%)
|
5
(11,11%)
|
6
(10%)
|
6
(10%)
|
4
(10%)
|
13
(68,42)
|
|
Laisser décider l'entourage
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
24
(40%)
|
6
(10%)
|
0
(0%)
|
0
(0%)
|
La plupart des enquêtés affirment garder leurs
enfants s'ils étaient nés avec des signes extérieurs de
sorcellerie. ils le feront purifier et ne sont pas prêts à
l'abandonner au début, mais si un malheur survenait, certains avouent
l'abandonner.
III-6- Connaissances des populations sur le niveau
actuel de la pratique
|
Accueil Publics
réservé à
l'enfant sorcier
|
Elus locaux
|
Responsables structures de lutte
|
Sages/chefs de ménages
|
Femmes
|
Jeunes élèves
|
Jeunes paysans
|
Autres (agents de santé, enseignants,
religieux)
|
|
On continue de tuer rituellement les enfants mais
clandestinement
|
3
(75%)
|
10
(100%)
|
9
(20%)
|
6
(10%)
|
15
(25%)
|
8
(20%)
|
12
(50%)
|
|
On ne tue plus aucun enfant sorcier
|
1
(25%)
|
0
(0%)
|
36
(80%)
|
54
(90%)
|
45
(75%)
|
32
(80%)
|
7
(20%)
|
|
Il n'y a plus de bourreaux
|
3
(75%)
|
1
(10%)
|
45
(100%)
|
60
(100%)
|
60
(100%)
|
40
(100%)
|
6
(31,57%)
|
|
Des enfants sont clandestinement
abandonnés
|
3
(75%)
|
10
(100%)
|
30
(66,66%)
|
48
(80%)
|
42
(70%)
|
32
(80%)
|
13
(68,42)
|
|
On guérit prioritairement les enfants
|
3
(75%)
|
8
(80%)
|
45
|
|