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Contribution aux stratégies de communication pour l'éradication de l'infanticide rituel en milieu Baatonu de Bori, commune de N'Dali


par Y. Vitalien Raoul ADOUKONOU
Université d'Abomey-Calavi (Bénin) - Maîtrise
Traductions: Original: fr Source:

Disponible en mode multipage

REPUBLIQUE DU BENIN

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UNIVERSITE D'ABOMEY-CALAVI

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FACULTE DES LETTRES, ARTS ET SCIENCES HUMAINES

(F L A S H)

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DÉPARTEMENT DES SCIENCES DU LANGAGE

ET DE LA COMMUNICATION

(D S L C)

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MÉMOIRE DE MAÎTRISE

Option : Information - Communication

THEME

Contribution aux stratégies de communication pour l'éradication de l'infanticide rituel en milieu baatonu de Bori, commune de N'Dali

Présenté et soutenu par

Yélognissè Vitalien Raoul ADOUKONOU

Directeur du mémoire

Dr. Antoine D. DADELE, Ph.D, Msc, DEA

Enseignant au Département

Année académique : 2006-2007

La Vie !

La vie est une chance, saisis-la.
La vie est beauté, admire-la.
La vie est béatitude, savoure-la.
La vie est un rêve, fais-en une réalité.
La vie est un défi, fais-lui face.
La vie est un devoir, accomplis-le.
La vie est un jeu, joue-le.
La vie est précieuse, prends-en soin.
La vie est une richesse, conserve-la.
La vie est amour, jouis-en.
La vie est un mystère, perce-le.
La vie est promesse, remplis-la.
La vie est tristesse, surmonte-la.
La vie est un hymne, chante-le.
La vie est un combat, accepte-le.
La vie est une tragédie, prends-la à bras-le-corps.
La vie est une aventure, ose-la.
La vie est bonheur, mérite-le.
La vie est la vie, défends-la.

Mère Teresa

D É D I C A C E

A ceux qui sont engagés dans la lutte contre la violation des droits de l'enfant particulièrement contre la stigmatisation et l'élimination des `'enfants - sorciers''.

R E M E R C I E M E N T S

À

v Mon maître de mémoire, M. Antoine D. DADELE qui n'a pas ménagé ses efforts pour m'accompagner dans mes recherches ;

v Tous les enseignants du Département des Sciences du Langage et de la Communication (DSLC) pour leur constante disponibilité à l'écoute des étudiants ;

v Ma tendre mère qui m'a toujours soutenu. Puisse-t-elle jouir longtemps des fruits de l'arbre qu'elle a planté ;

v Monsieur Alassane GOBI et à M. Anastase FANDOHAN pour leur soutien permanent et leurs précieux conseils. Ils m'ont été d'un appui décisif dans la rédaction de ce travail ;

v Mes frères et soeurs, cousins et cousines, les membres de ma famille, particulièrement ma tante Catherine DAKPOGAN ASSEGBEDE ;

v Mes amis et camarades de classes et d'amphis pour m'avoir appris à mieux appréhender la vie en communauté.

LISTE DES ABRÉVIATIONS

- APEM : Association pour la Protection de l'Enfance Malheureuse

- CAEF : Comité d'Arrondissement pour l'Education des Filles

- CCE : Comité Communal de l'Education

- CSA : Centre de Santé d'Arrondissement (CSA)

- DDG : Discussions Dirigées de Groupe

- DDSP : Direction Départementale de Santé

- EABMSP : Enfant Ayant Besoin de Mesures Spéciales de Protection

- ELIB : Espoir Lutte contre l'Infanticide au Bénin

- ONG : Organisation Non Gouvernementale

- ESF : Espoir sans Frontières

- UVS : Unité villageoise de Santé

- UNICEF : Fonds des Nations Unies pour l'Enfance

- TAR : Théorie de l'Action Raisonnée

-HBM : Health Belief Model

Sommaire Pages

Introduction 6

I- Généralités 9

II- Cadre et méthode d'étude 31

III- Présentation des résultats de l'étude 41

IV- Analyse des résultats 53

Conclusion générale 64

Références bibliographiques 70

Annexes. 74

Introduction

Chaque peuple a ses croyances, ses pratiques culturelles et ses traditions. Chaque communauté a ses spécificités et le monde trouve son vrai sens dans la diversité des peuples. Cependant, la nature humaine est unique et tous les êtres humains sont égaux. Cette conception de la nature humaine est universellement partagée et des textes juridiques l'établissent. Mais, dans la réalité, ces principes ne sont pas toujours respectés.

Dans certains pays d'Afrique, et dans bien des pays du monde, certaines pratiques coutumières violent de façon flagrante des droits humains pourtant universellement reconnus. Au Bénin, des communautés, à un moment de leur histoire, ont connu des pratiques portant atteinte aux droits fondamentaux de l'être humain (sacrifice humain, mariage forcé, excision, infanticide, etc.). Certaines de ces pratiques ont disparu avec le temps, mais d'autres continuent et ont encore, si on y prend garde, de beaux jours devant elles. C'est le cas de l'infanticide rituel pratiqué dans certaines communautés béninoises dont les Baatombu et les Boko.

Cette pratique est l'objet de ce mémoire. Notre étude, entre autres préoccupations, s'interroge sur les raisons pour lesquelles des communautés continuent d'attacher du prix à une pratique qui consiste à tuer ou à rejeter des enfants pour le simple fait qu'ils sont « mal nés » ou qu'ils ont « mal fait leur dentition ».

Notre travail vise à étudier de façon critique les actions menées par les uns et les autres afin de proposer de nouvelles stratégies aux structures engagées dans la lutte contre l'infanticide dans les communautés baatombu en général et dans l'arrondissement de Bori, cadre de l'étude, en particulier.

Ce travail est subdivisé en quatre grandes parties : la première aborde les généralités. Si la deuxième partie apporte des éclaircissements sur le cadre et les méthodes d'étude, la troisième présente les résultats issus des recherches sur le terrain. La dernière partie fait une analyse desdits résultats. La conclusion enfin résume tout le travail et propose de nouvelles stratégies de lutte contre l'infanticide.

I-

Généralités

I-1- Problématique

Au terme des dispositions de l'article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits »1(*). La reconnaissance de la dignité de tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde2(*).

Aussi, la convention relative aux droits de l'Enfant adoptée par la communauté internationale le 20 novembre 1989 et ratifiée par la République du Bénin le 03 août 1990 confère-t- elle à tout enfant le droit à la vie.

Par ailleurs, dans les communautés africaines en général et béninoises en particulier, l'enfant est un être précieux. L'enfant constitue souvent la clé de réussite du mariage. Il est aussi la plus grande richesse d'un couple et apporte à toute famille joie et bonheur. « La stabilité et la solidité de tout couple dépend intimement de la procréation » Emilie KPADONOU (1997)3(*). L'enfant est donc la valeur sûre, le bien sublime, l'ultime récompense, le don le plus précieux de la Nature aux couples.

« Dans nos cultures noires africaines, l'enfant représente un lien entre les vivants et les ancêtres, c'est lui qui assure la continuité entre la vie et la mort »4(*).

Comme on peut le constater, tant le droit que les traditions africaines s'accordent pour reconnaître l'importance de l'enfant.

Paradoxalement à leur attachement à la vie, particulièrement à la vie des enfants, les communautés du monde ont à un moment de leur évolution porté atteinte aux droits de ces êtres à la vie et à leur dignité en raison de croyances qu'elles ont eu à développer. Certaines de ces pratiques ont disparu avec le temps. Cependant d'autres persistent. Au Bénin, au nombre de celles-ci, il y a l'élimination des enfants dits sorciers5(*). Cette pratique consiste à éliminer ou à rejeter des enfants que la communauté juge indésirables.

Au Sud et au Centre du Bénin, ces enfants sont appelés toxosu ou toxolu. Ils sont consacrés « rois des eaux » et sont jetés à l'eau.

 En dehors de ces critères liés au handicap physique, dans certaines communautés, des critères particuliers de l'enfant à la naissance peuvent conduire à son élimination. On parle dans les communautés baatombu, boko et Fulfulde d'enfants sorciers. Les fulfulde abandonnent les enfants quand leurs mamans meurent en couche.

En milieu baatonu, il existe au moins une dizaine de critères empiriques préétablis dont chacun d'eux suffit pour déterminer la conduite à tenir quant à l'élimination physique ou le rejet de l'enfant. Ces critères sont :

«  A la naissance :

-Naissance à huit mois (le prématuré de sept mois est toléré) ;6(*)

-Présentation par le siège ;

-Présentation par la face ;

-Présentation par l'épaule ;

-Naissance avec des germes de dents ;

-Naissance avec présence de malformations visibles ;

-Naissance entraînant la mort de la mère ;

-Toute naissance de l'enfant face contre terre (la femme accouchant traditionnellement accroupie) ;

De la naissance à un an :

-Poussée des incisives à huit mois ;

-Poussée de la première dent à la mâchoire supérieure »7(*).

En plus de ces critères, il y a le cas où l'enfant commence à marcher à l'âge de 7 mois.

Les enfants présentant l'un de ces critères ou malformés sont soit « réparés » par un bourreau, soit abandonnés chez les peulhs dans le but de les exorciser. Cette pratique remonte à la nuit des temps dans ces communautés et est sérieusement ancrée dans la tradition baatonu. Certains pensent que son éradication est impossible.

Cependant, des ressortissants de ces communautés s'insurgent depuis plusieurs années contre cette pratique pour la dénoncer et la combattre afin de susciter une prise de conscience collective.

Officiellement depuis 1993, des ong et autres structures ont été créées pour sensibiliser les populations sur le caractère rétrograde de cette pratique et pour les inviter à l'abandonner.

Dans cette dynamique, il faut signaler que des séminaires, des études et des travaux de recherches sont également consacrés à l'infanticide rituel. Des recommandations y ont été faites. Malgré tout, la pratique continue et résiste dans le temps et dans l'espace.

Au vu de tout ce qui précède, la question fondamentale qu'on est en droit de se poser est de savoir :

« En quoi consistent les stratégies de communication utilisées par les structures qui luttent contre l'infanticide rituel en milieu baatonu, plus particulièrement à Bori,  et pourquoi elles ne permettent pas de réduire substantiellement la pratique?»

«Comment des populations qui attachent autant de prix à la procréation et à la vie en sont venues à cette pratique et pourquoi les communautés perpétuent-elles l'élimination des enfants qui en réalité n'ont aucune influence sur leur naissance?»

Les réponses à ces questionnements nous permettront de dégager de nouvelles stratégies de communication en faveur de la lutte contre l'infanticide rituel en milieu baatonu, particulièrement à Bori, dans la commune de N'Dali.

I-2- Hypothèses de l'étude

1- La persistance de la pratique de l'infanticide rituel à Bori est liée à l'incompatibilité entre les stratégies de communication d'intervention et les facteurs psychosociaux des communautés.

2- Les croyances et les valeurs de la communauté baatonu constituent un facteur défavorable à l'éradication de la pratique de l'infanticide rituel à Bori.

I-3- Objectifs de l'étude

Objectif Général

Etudier les stratégies novatrices pour l'éradication du rejet et de l'élimination des enfants dits sorciers en milieu Baatonu particulièrement dans l'arrondissement de Bori, commune de N'Dali, zone à haut risque de pratique d'infanticide dans le Borgou.

Objectifs spécifiques

1- Identifier les causes et fondements de la persistance de l'infanticide rituel en milieu baatonu, particulièrement à Bori commune de N'Dali ;

2- Analyser les stratégies de communication utilisées par les structures intervenant dans la lutte contre l'infanticide rituel à Bori, commune de N'Dali ;

3- Proposer de nouvelles stratégies de communication sur la base des faiblesses des méthodes d'intervention des structures engagées dans la lutte contre l'infanticide rituel à Bori, commune de N'Dali.

I-4 Revue documentaire

Plusieurs documents et auteurs ont abordé d'une manière ou d'une autre la question de l'infanticide. Nous exposerons ici les termes reliés au terme et l'essentiel des documents qui l'ont abordé.

I-4-1 Clarifications conceptuelles

Infanticide rituel

Ce concept révèle deux termes chargés de douleur, de mystère et de tragédie.8(*)

En effet, l'infanticide est le meurtre ou l'assassinat d'un nouveau né, au cours du délai imparti pour faire la déclaration de naissance à l'Etat civil des trois (3) jours qui suivent l'accouchement9(*). Au Bénin ce délai est de 10 jours10(*).

Le Code pénal en ses articles 300 et 302 qualifie exclusivement d'infanticide, le meurtre d'un enfant nouveau né et punit le coupable de la peine de mort. Il convient de préciser que le meurtre est un homicide intentionnelle à la vie humaine alors que l'assassinat est un homicide commis avec préméditation ou guet-apens. Dans le meurtre ou dans l'assassinat, il y a atteinte à la vie d'une personne humaine.

Le mot rituel vient ajouter à l'infanticide une dimension secrète et initiatique à un domaine auquel n'ont accès que les initiés adultes. Ceci explique l'exécution secrète des enfants et rend complexe l'évaluation des responsabilités et l'établissement de la culpabilité d'une personne ou d'une autre.

Enfant sorcier

La notion d'enfant sorcier est particulière à certains groupes sociolinguistiques du Bénin dont notamment les Baatombu et les Boo. Dans ces communautés, est enfant sorcier, tout nouveau né qui sort du sein maternel par les pieds, qui naît à 8 mois ou qui naît avec des dents et tout enfant qui pousse des dents à 8 mois ou dont la dentition commence par la mâchoire supérieure, ou qui commence à marcher à l'âge de sept mois, les enfants dont les mères meurent en couche11(*). Bref, les enfants qui ne respectent pas les normes physiques de naissance et d'évolution prescrites par la société baatonu sont qualifiés de sorciers. 

I-4-2 Les théories de prédiction de comportement

L'adoption de tout comportement suit un processus défini. Et lorsqu'une personne a un comportement à risque que l'on désire changer, il importe de prendre en compte plusieurs paramètres. En effet, plus l'on en sait sur les facteurs qui sous-tendent l'adoption ou non d'une pratique, plus l'on est en mesure de concevoir avec succès une intervention qui puisse influer sur cette pratique. Plusieurs travaux de recherche ont été consacrés au changement du comportement et expliquent le processus.

Le fondement théorique de notre étude s'inspire de quelques théories du comportement dont notamment le Modèle des Croyances Relatives à la Santé, la Théorie de l'Action Raisonnée (TAR) et la Théorie Sociale Cognitive. Il est nécessaire d'associer plusieurs bases théoriques parce qu'aucun modèle ne s'est, à lui tout seul, avéré être suffisant pour concevoir et évaluer des programmes de promotion de la santé12(*). En effet, il y a eu, depuis quelques années un développement des connaissances dans l'art de motiver de nouvelles attitudes et de nouvelles actions tant chez les individus que dans les organisations et au sein des communautés13(*).

A notre niveau, nous avons regroupé les théories mettant l'accent sur les déterminants du comportement : (les bases théoriques citées supra).

Le Modèle des Croyances Relatives à la santé ou Health Belief Model (HBM), se prête facilement à une approche résolument directe d'éducation pour la santé en vue de définir un comportement et une intervention. Comme son nom l'indique, le modèle des Croyances Relatives à la Santé est basé sur des variables cognitives. Il suggère que le comportement sanitaire est fonction de quatre croyances ou facteurs mentaux clés :

1- le sentiment personnel d'une prédisposition à une menace de maladie ;

2- la perception de la gravité de son état de santé ;

3- la perception de l'efficacité d'un comportement particulier face à l'état de santé ;

4- la perception des obstacles à ce comportement.

Ensemble, ces facteurs mentaux déterminent le penchant d'une personne vers une action14(*). Le HBM pose comme prémisse que tout individu est susceptible d'entreprendre une action pour prévenir une maladie ou une situation désagréable s'il possède des connaissances minimales dans ce domaine et s'il considère la résolution de son problème comme une dimension importante dans sa vie.

La Théorie de l'Action Raisonnée (TAR) s'appuie sur une approche psychosociale d'explication du comportement. Elle étudie des rapports entre les croyances, les attitudes, les intentions et le comportement. Le but ultime de la théorie de l'action raisonnée (Fishbein et Ajzen 1975) est de prédire, et par ce fait, de comprendre les comportements sociaux. Elle part de l'hypothèse que pour modifier une pratique donnée, il faut nécessairement modifier la structure cognitive qui la sous-tend. Cette théorie est beaucoup plus perçue comme une série d'hypothèses.

En premier lieu, on suppose qu'un comportement est essentiellement fonction de l'intention de la personne d'avoir ce comportement. En second lieu, l'intention d'avoir ce comportement est perçue comme étant fonction de deux facteurs : un facteur personnel qui est l'attitude de l'individu par rapport au comportement et un facteur social qui est l'importance que l'individu accorde à l'opinion des gens qui lui sont proches. Cette théorie permet de comprendre en partie pourquoi certaines personnes de ces communautés malgré toute leur bonne volonté de changer continuent de suivre l'opinion générale faite sur les enfants sorciers.

Par ailleurs, pour changer, les gens n'ont pas seulement besoin de modifier leurs pratiques sur le plan sanitaire, mais également leurs modes de comportement, leurs ressources psychologiques et leurs repères sociaux. La théorie sociale cognitive (TSC) étudie de manière très précise les obstacles potentiels aux changements personnels. Elle est bâtie sur une relation triangulaire entre la personne, le comportement et l'environnement à travers un processus de «déterminisme réciproque». En d'autres termes, bien que l'environnement détermine ou provoque largement le comportement, une personne utilise des processus cognitifs pour interpréter aussi bien l'environnement que son comportement, tout comme il se comporte de manière à changer l'environnement et arriver à de meilleurs résultats grâce à son comportement. La théorie sociale cognitive est surtout utile dans le cas de comportements qui résistent particulièrement aux changements comme des pratiques coutumières fortement ancrées dans les moeurs. Ce qui est essentiel pour l'efficacité personnelle, ce n'est pas seulement le fait d'obtenir une information juste, mais également des compétences techniques, la confiance en soi, les changements progressifs d'attitude et la décision d'essayer de nouveaux comportements. La communication en tête-à-tête est souvent très efficace lorsqu'il s'agit d'aider des sujets à arriver à des changements de comportements difficiles à réaliser. Cependant, il existe des canaux moins personnels qui peuvent également inculquer ces compétences en utilisant des techniques telles que les témoignages pour influencer le public et créer les conditions d'un changement de comportement.

Somme toute, après une analyse approfondie, les trois théories présentées plus haut se recoupent dans une large mesure. Les théoriciens ont identifié huit facteurs communs à ces théories15(*) :

1- Croire que les avantages ou les bénéfices de l'adoption d'un comportement sont supérieurs aux inconvénients (croyance en l'efficacité du comportement) ;

2- Avoir l'intention ferme et positive de s'engager à adopter ce comportement (Intention) ;

3- Avoir les compétences nécessaires pour l'adopter (compétences techniques) ;

4- Avoir la conviction que ces compétences peuvent vous permettre de réaliser ce comportement (Efficacité Personnelle) ;

5- Etre convaincu que ce comportement produira vraisemblablement un effet tout à fait positif plutôt que négatif (Emotions) ;

6- Etre persuadé que la réalisation de ce comportement s'accorde avec son image personnelle (Image Personnelle) ;

7- Sentir plus de pression sociale pour adopter (Normes Sociales Perçues) ;

8- Sentir moins de contraintes environnementales à l'adopter qu'à ne pas l'adopter (Inconvénients).

Non seulement ces facteurs sont autant de points de convergence entre les théories, mais ils ont été présentés empiriquement comme représentant l'essentiel des variations dans tout comportement particulier au sein d'une population donnée. L'association de ces théories permet de mieux cerner les déterminants d'un comportement afin de l'influencer. Ces bases théoriques importent dans la proposition de nouvelles stratégies pour lutter efficacement contre l'infanticide qui est un comportement difficile à abandonner.

I-4-3- Revue Documentaire

Les documents consultés ont abordé essentiellement les causes, l'origine, les fondements, les conséquences de l'infanticide rituel et les mesures entreprises contre la pratique ainsi que les mesures judiciaires en vigueur. Des recommandations ont été faites dans la plupart de ces documents pour une lutte efficace contre l'élimination physique des enfants dits sorciers. Dans l'un ou l'autre des cas, une impression générale est donnée sur l'infanticide rituel qui n'est pas que l'apanage des peuples africains.

Dans sa communication lors du séminaire sur l'infanticide rituel au Bénin tenu à Natitingou les 25, 26 et 27 novembre 1997, le docteur Emilie F. KPADONOU, affirme que l'infanticide est une réalité universelle. C'est un acte que l'on retrouve dans toutes les civilisations, du moins à un moment de leur existence. Selon Alexandre MINKOWSHI repris par Alassane GOBI dans sa communication au cours de ce même séminaire, « l'infanticide est une pratique qu'on retrouve dans toutes les civilisations. Même la civilisation gréco-romaine n'y a pas échappé. » Le droit de vie et de mort existait en effet dans l'antiquité et jusqu'au Ive siècle. En Europe, au moyen âge, l'on pensait que les nouveaux nés étaient le siège de forces obscures, qu'ils étaient habités par le démon. On se méfiait donc des enfants nés de façon anormale et de ceux dont l'accouchement coïncide avec un événement malheureux notamment le décès de leur mère.

Roger GBEGNONVI affirme que, selon les préceptes eugéniques de Platon et de Aristote, les enfants débiles ou disgracieux sont immolés peu de temps après leur naissance en présence des concepteurs16(*). C'est donc un infanticide approuvé par la conscience collective.

Chez les juifs, du temps du patriarche Abraham, comme en témoigne la sainte Bible, le sacrifice des enfants à un être suprême existait. Le passage où Abraham voulait sacrifier son fils unique, Isaac, en dit long : « Dieu dit à Abraham : « Abraham, prends ton fils, ton unique, que tu chéris, Isaac et va-t-en au pays de Moriyya et là tu l'offriras en holocauste sur une montagne que je t'indiquerai »17(*).

Les Perses enterraient vivants des enfants. Chez les Egyptiens et les Hébreux, l'avortement était interdit, mais seulement deux enfants au plus étaient sauvegardés pour assurer la continuité de la lignée. A défaut d'être vendu pour servir d'esclave, le reste de la fratrie était éliminé18(*).

Les enfants à croissance défectueuse, les enfants illégitimes, incestueux, adultérins, les enfants issus d'un viol, les jumeaux, les filles, en dehors de la première dans certaines coutumes sont voués à l'infanticide. A cet effet, Roger GBEGNONVI déclarait : « Tout le monde sait que chez les Arabes du temps avant le prophète Mohamed, on enterrait vivantes les petites filles parce qu'elles étaient considérées comme déshonneur et malheur pour leurs pères. » 19(*)

Aujourd'hui encore, l'infanticide continue dans les pays européens à travers l'avortement et la mise à mort de nouveaux nés par leur mère 20(*). En Inde, l'infanticide continue. Les nouveaux-nés de sexe féminin sont simplement éliminés dans certaines familles indiennes parce qu'ils sont jugés de charges inutiles. En effet, dans certaines communautés indiennes, il revient à la femme de donner la dot à son époux ; ce que certains parents préfèrent éviter dès la naissance21(*).

Comme l'Europe, le continent africain regorge de pratiques coutumières qui portent gravement atteinte aux droits et à l'intégrité de la personne humaine. Cependant, avec le temps, certaines de ces traditions ont été abandonnées. D'autres par contre, persistent et résistent au temps et au brassage des cultures.

En Cote d'Ivoire, par exemple chez les peuples Agni, « malgré l'avidité avec laquelle un lignage accueille toute promesse de vie humaine, les responsables n'acceptent pas la naissance de n'importe quel bébé. Un tri s'opère pour supprimer dès son arrivée sur terre, tout enfant non désiré par le lignage22(*)». Ainsi, de la grossesse à l'accouchement, les femmes traversent une épreuve énigmatique qui les traumatise.

Au Bénin des pratiques similaires d'atteinte au droit de l'enfant à la vie existent. « Diverses sources concordantes, aussi bien orales qu'écrites, font état des causes de l'infanticide rituel au Bénin. Mais la cause principale prédominante qu'on retrouve dans toutes les coutumes béninoises, du Nord au Sud, est incontestablement celle des malformations congénitales, à savoir les cas d'imperforation anale, de fistule ano-vaginale, d'hydrocéphalie, de spina bifida, de bec de lièvre avec ou sans fente palatine, de cécité congénitale, d'absence totale ou partielle d'un membre de l'enfant à la naissance etc. »23(*). Ces enfants sont considérés comme inutiles et avilissants : « Tant sur le plan physique, psychologique que social, c'est une situation pénible pour tous ceux qui a priori peuvent se réclamer d'un quelconque lien de parenté avec l'enfant. C'est parfois une honte, et le regard des « autres » est difficile à supporter. Dans ces circonstances, l'élimination physique de l'enfant constitue un soulagement pour tous »24(*).

En effet, dans le Centre et le Sud Bénin, l'enfant pluriformé, l'infirme moteur cérébral appelé `'toxolu'' ou `'toxosu'' est consacré « roi des eaux » et jeté dans un cours d'eau. Selon Félix IROKO, en milieu Kufalo (un groupe socio-culturel de l'Atacora), « Les enfants nés malingres ou estropiés sont tués, car on suppose qu'ils ne seront jamais de bons guerriers une fois devenus grands »25(*).

Dans la partie Nord du Bénin, notamment chez les Baatombu et les Boko, les enfants dits sorciers sont éliminés. Ce qui fait dire à Roger GBEGNONVI que: « Tout le monde sait que chez nous au Bénin, nous tuons certains enfants à leur naissance pour des raisons qui, au fond, sont étonnantes et déroutantes par leur simplicité » 26(*).

En effet, « Un enfant sorcier n'est pas ce que nous nous imaginons. C'est un enfant viable, qui n'est ni un handicapé physique, ni un handicapé mental. C'est un enfant normal sur tous les points. Un être humain à part entière [...]le bariba dénie à ces enfants la qualité d'êtres humains et leur en inflige une autre qui fait d'eux, dans l'esprit des gens, des épouvantails, des êtres abjects. » 27(*)

Tout enfant «mal né» ou qui «fait mal sa dentition» est soit rejeté, soit éliminé dans ces communautés sans aucune autre forme de procès. Dans ces groupes socio culturels, tout ce qui ne répond pas aux normes liées à la naissance et au développement de l'enfant est suspect, et conformément aux prescriptions des ancêtres, il faut le réparer. Pour Alassane GOBI, « face à l'anormal il y a toujours des réactions, et si besoin, des sanctions. Ces faits de sociétés sont, hélas, transposés sur les circonstances de naissance et/ou de croissance des bébés dans certaines sociétés. Le normal et l'anormal sont comme on le sait, des notions antinomiques, caractérisées par une certaine relativité, car leur appréciation varie selon les sociétés et selon les époques. L'infanticide n'échappe pas à cette logique. [...] Comme la naissance et la croissance des enfants obéissent habituellement à certains critères empiriques, tout ce qui est hors de ces critères est considéré comme anormal dans nos sociétés. »28(*)

Selon Clément GOUNOU, « le fondement de l'infanticide peut être situé dans le souci des communautés de conjurer un mal et d'assurer à la collectivité un bonheur, une paix ou une quiétude. Ainsi, comme de temps en temps la force du mal prend chair et s'incarne dans la société avec des signes particuliers, il faut savoir lire et reconnaître ce mal par les signes qu'il émet et partout agir conséquemment au risque de courir à l'autodestruction : voilà la philosophie qui soutient cette pratique de l'infanticide. A cela il faut prendre en compte la nature très sélective de la société baatonu. C'est une société qui a développé un principe sacro-saint du profil de l'homme qui doit vivre : il doit être d'abord physiquement irréprochable, sa naissance faite suivant les normes et par la suite il faut avoir une grandeur d'esprit et une bonne moralité. Tout ce qui ne répond pas à ces critères, il faut l'éliminer ou l'exiler. Voilà à la vérité ce qui semble expliquer l'infanticide. Mais des gens se seraient levés très tôt contre cet esprit si on ne l'entourait de mythe qui fait planer la mort collective. 29(*)»

L'origine de la pratique n'est pas clairement déterminée. Selon des études menées de 1967 à 1970 par une équipe de religieuses et religieux européens en collaboration avec Clément GOUNOU, l'origine de la pratique est diverse.

Mohamed ALIDOU reprend la version de Clément GOUNOU. « L'infanticide est une pratique fondée sur la superstition. Des informations recueillies après trois années de recherche auprès d'une centaine de personnes reconnues sensées, seules deux sont dignes d'intérêt. La première, est celle d'une vieille de Kali (Bagou), commune de Gogounou qui donnait comme source de la pratique, la naissance à Nikki d'un nouveau-né venu par les pieds et ayant en outre commencé la dentition par le haut. Tout le temps qu'a vécu cet enfant, Nikki a connu des morts inexplicables et incontrôlables. Alors le roi de Nikki, DEOBIDIA, a demandé à son devin de consulter les oracles sur les causes de ce phénomène insolite. Le bébé né par les pieds fut désigné comme source de tous les maux. Alors le souverain ordonna la mise à mort de tout enfant qui naîtrait de façon «anormale» ou commencerait la dentition par le haut. La deuxième information communicable pour son intérêt a été recueillie dans la commune de Kandi. Celle-là situe l'origine de l'infanticide à des temps immémoriaux chez les Baatombu roturiers, donc avant même l'arrivée des Wassangari. Selon le vieux Yérima N'GOYE, une consultation annuelle des oracles aurait révélé la naissance d'un enfant de façon particulière. Cet enfant qui naîtra sera dur de caractère et causera des dégâts dans le pays si on ne le retrouvait pas tout de suite. Après cette prédication, un enfant naquit après douze (12) mois de grossesse. Quatre mois après sa naissance, il commença à pousser des dents par le haut. En même temps, il se mit à marcher. Pendant que ces événements se déroulaient, l'oncle du bébé (18 ans) mourut, suivi de la mort d'une femme en état de grossesse et d'un enfant dans la famille. Alors le devin s'écria : c'est l'enfant annoncé par les oracles. Il faut l'éliminer pour conjurer le mal sinon, tout le pays risque de mourir. Et comme l'on ne sait pas expérimenter les phénomènes chez nous, alors ceux qui naissaient de façon irrégulière étaient considérés comme venant pour perpétrer un malaise dont eux-mêmes seraient le remède. Il faut les éliminer pour conjurer le mal. » 30(*).

Ces sociétés viennent ainsi de trouver un bouc émissaire pour expliquer leur malheur. Aucun raisonnement rationnel n'est mené pour comprendre le phénomène. Des milliers d'enfants subissent en silence les affres de ce que Isabelle TEVOEDJRE appelle « une ignorance et un sous développement mental » d'une société superstitieuse. Isabelle TEVOEDJRE explique que, « dans ces ethnies, il fut un temps où les jumeaux et les triplés étaient accueillis par la mort. En effet dans ces régions, les jumeaux et triplés que l'on rencontre ont à peine une vingtaine d'années pour les plus âgés. L'époque de la condamnation à mort brutale de ces enfants semble révolue pour eux, les chanceux !!! Nous espérons qu'il en sera de même pour les bébés dits «sorciers» 31(*).».

C'est un voeu noble mais difficile à réaliser. D'ailleurs Mohamed ALIDOU reconnaît la difficulté de la tâche. Eradiquer le phénomène de l'infanticide sera difficile dans la mesure où l'exécution de ces êtres inoffensifs dits sorciers se fait dans la discrétion. 

Par ailleurs, la pratique de l'infanticide est considérée comme un acte de purification de la lignée, de la famille victime d'une souillure survenue par la naissance d'un tel enfant. Cette purification est une réparation, le rétablissement d'un ordre troublé. Elle est appelée « sumbu » 32(*) en baatonu. Les populations continuent cette pratique qui constitue une atteinte sérieuse aux droits des enfants notamment le droit à la vie.

Malgré le fait que l'infanticide rituel prive les enfants de leurs droits élémentaires, aucune action d'envergure n'est engagée contre la pratique. « Les différents programmes de coopération Bénin-Unicef qui ont permis de lever le voile sur plusieurs cas de comportements en défaveur des enfants, malgré leur succès, n'ont pas encore touché toutes les catégories d'enfants en situation difficile. En effet très peu d'actions sont menées pour lutter contre le phénomène de l'infanticide rituel. » 33(*)

Dans le souci de mieux cerner le phénomène de l'infanticide rituel dans le temps et dans l'espace, le programme de coopération Bénin-Unicef par le biais du projet Enfant Ayant Besoin de Mesures Spéciales de Protection (EABMSP) a initié une étude dans ce sens. Cette étude s'est déroulée du 02 au 16 janvier 2001 et a couvert les départements de l'Alibori, de l'Atacora, du Borgou, des Collines et de la Donga.

Les résultats de cette étude ont montré que quelques organisations non gouvernementales, des personnalités religieuses et spirituelles se sont déjà engagées dans la lutte contre cette pratique. La première personnalité religieuse à avoir engagé ce combat est un prêtre Baatonu du nom de Pierre Bio SANOU. Pendant plus de vingt ans, il a lutté seul contre cette pratique avant de créer avec d'autres bonnes volontés en 1993 l'ong « Espoir Lutte contre l'Infanticide au Bénin » (ELIB). Il faut signaler que cette ONG travaille en étroite collaboration avec l'ong française «Espoir sans Frontières» (ESF). Aux cotés de l'ELIB, l'Association pour la Protection de l'Enfance Malheureuse (APEM ong) mène la même lutte. Les principales activités de ces organisations consistent essentiellement à sensibiliser les populations. L'APEM ong « a adopté la méthode de séminaires itinérants sur les lieux mêmes où ces crimes sont commis. Ensuite cette ONG a entrepris d'initier sur les antennes des radios rurales, des débats issus de ces séminaires. »34(*)

L'ELIB de son coté réagit contre la pratique à travers un certain nombre d'activités classées en activités préventives et en activités curatives à travers la sensibilisation des populations et la récupération d'enfants voués à l'infanticide.

Les responsables de l'ELIB, notamment le père Bio SANOU, ont récupéré plusieurs dizaines d'enfants voués à l'infanticide qu'ils ont placés dans des foyers très loin de leur lieu de naissance. Certains sont envoyés et adoptés en Europe. Mais le père SANOU ne se fait pas d'illusion quant à la difficulté de cette lutte. A cet effet, il dit que « l'infanticide aura de beaux jours devant lui tant que ces enfants dits sorciers ne seront pas intégrés dans leurs propres sociétés. ». Mais l'intégration de ces enfants dans leurs sociétés, en l'occurrence celle des Baatombu semble être une tâche pratiquement impossible à court terme. « A un enfant à qui on dénie la nature humaine qu'il tient de Dieu, à qui on n'accorde même pas le prénom qui lui revient de droit de par son rang dans l'ordre de la naissance, il n'y a pas de place dans la société. Pour lui, ou bien la mort ou bien le rejet, la rupture totale avec la société, la sienne35(*)

En dehors de ces activités, l'ELIB s'investit dans la construction de maternités dans les villages à haut risque d'infanticide. Cette stratégie a fait ses preuves. Des milliers d'enfants voués à l'infanticide vivent parce que leurs communautés n'ont pas été informées des conditions de leur naissance. La construction des maternités est aujourd'hui le moyen le plus efficace de lutter contre l'infanticide. En témoignent les données recueillies par certains chercheurs dans SEPD /DDSP Alibori, Atacora, Borgou, Donga et Collines : annuaire statistique 1999. Selon les données, mille deux cent trente-six (1236) enfants sont nés dans des conditions anormales et auraient pu être exécutés si l'accouchement avait eu lieu à domicile36(*).

Ces chiffres révèlent l'importance des maternités. Mais le mal est que très peu de femmes fréquentent ces maternités. Par exemple « sur mille cent quatre vingt dix huit (1198) grossesses suivies en 1999, seulement quatre cent quatre vingt douze (492) accouchements sont assistés, soit 41,06%, six cent quatre vingt dix-neuf (699) cas d'accouchements à domicile. Ce même constat est fait en 2000 avec mille cent trente (1130) cas d'accouchements à domicile sur 1599 grossesses suivies, soit seulement 469 accouchements assistés (soit 29,33%) ». Ces données viennent des statistiques d'accouchements à la maternité de Kolokondé. 37(*).

Il faut mentionner que plusieurs autres grossesses n'ont pas du tout été suivies. Avec ce constat, le problème reste entier. Une chose est donc de construire les maternités, une autre est de convaincre les femmes de les fréquenter. Pour cela le concours des chefs traditionnels a été sollicité. Certains soutiennent déjà la lutte contre l'infanticide. Entre autres, « les chefs traditionnels, leurs majestés Bagana OROUSOUROU II de Kouandé et KPKETONI VI de Djougou se sont déclarées contre cette pratique traditionnelle qu'ils qualifient de « criminelle »»38(*). Les chefs traditionnels des régions septentrionales sont de plus en plus instruits et gagnés par les religions révélées. De ce fait, ils s'opposent aux pratiques traditionnelles qui ne sont pas conformes aux enseignements religieux « Tu ne tueras point » prescrit, le 5è commandement de Dieu. L'engagement de ces chefs traditionnels est important dans la lutte contre l'infanticide rituel.

Et pourtant, l'infanticide est sanctionné par la législation en vigueur au Bénin. Mais avant toute sanction, il faut qu'il soit véritablement établi qu'il y a infanticide. Maître Mohamed TOKO dans son intervention au séminaire tenu à Natitingou les 25, 26 et 27 novembre 1997, rappelle que pour « qu'une personne tombe sous le coup de l'infanticide, il faut :

- un meurtre ou un assassinat ;

- que la victime soit un enfant nouveau né.»  

Ainsi, lorsque les éléments constitutifs du crime d'infanticide sont réunis, les auteurs doivent être poursuivis et sanctionnés. Et dans ce cas, l'article 302 du code pénal dispose que « Tout coupable d'assassinat (...) sera puni de mort... »

Il ressort de cette disposition que :

- pour la mère de l'enfant du nouveau-né, lorsqu'elle est auteur principal de l'infanticide de son nouveau-né intervenu par assassinat, elle sera condamnée aux travaux forcés à perpétuité, mais lorsqu'elle est complice de l'infanticide de son nouveau-né, par simple meurtre, elle sera condamnée aux travaux forcés à temps.

- pour les autres personnes : autres co-auteurs ou complices, lorsqu'il s'agit d'un assassinat de nouveau-né, ils sont condamnés à la peine de mort et aux travaux forcés à perpétuité lorsqu'il s'agit de meurtre de nouveau-né.

Il y a donc des dispositions qui punissent l'infanticide, mais il est difficile de les appliquer dans la mesure où la connaissance par les autorités des faits d'infanticide est rare compte tenu du secret qui les entoure. C'est pourquoi, il convient de développer l'information et la sensibilisation des population pour que les faits du genre soient portés à la connaissance du public et des autorités publiques aux fins de répression, laquelle doit déboucher sur des sanctions. » 39(*)

Les différents rapports de séminaires et les travaux de recherches sur l'infanticide rituel ont fait plusieurs recommandations pour éradiquer cette pratique de nos sociétés. Au nombre de ces recommandations, il y a la construction des maternités et l'institution d'amendes pour les accouchements à domicile surtout dans les zones à haut risque d'infanticide, l'insertion dans les programmes d'étude de l'enseignement officiel des cours sur l'infanticide rituel, l'utilisation de sketchs dans les séances de sensibilisation, l'association des bourreaux repentis aux séances de sensibilisation, etc.

Ce qui ressort de cette revue littéraire est que malgré les séminaires, les études consacrées à la pratique et les recommandations faites, l'infanticide rituel persiste. Il ressort également que les actions ne sont menées que par quelques ONG appuyées par des autorités religieuses dans certaines régions. Il serait judicieux que l'Etat central s'engage plus dans cette lutte même.

II-

Cadre et Méthode d'étude

II-1- Cadre de l'étude

Les recherches entrant dans le cadre de ce travail se sont déroulées dans l'arrondissement de Bori, commune de N'Dali.

II-1-1 Informations générales sur la commune de N'Dali

Notre recherche s'est déroulée dans la commune de N'Dali, une des 8 communes que compte le département du Borgou. D'une superficie totale de 3748 km², soit 3,33 % de la superficie du Bénin, la commune de N'Dali compte 5 arrondissements : N'Dali, Bori, Gbégourou, Ouénou, Sirarou. Située à 60 km de Parakou et à 475 km de Cotonou, elle est limitée au Nord par les communes de Bembérekè et de Sinendé, au Sud par les communes de Parakou et de Tchaourou, à l'Est par les communes de Nikki et de Pèrèrè et à l'Ouest par la commune de Djougou.40(*)

En 1992 la population totale de la commune de N'Dali était de 45334 habitants dont 41674 habitants composent la population rurale, soit 91,90 % de la population totale. En 1999, la population a atteint 60442 habitants avec 83 % de population rurale soit 50260 habitants. Avec le RGPH3, la population est passée à 67379 habitants, dont 33895 hommes (enfants et adultes) et 33484 femmes. La taille des ménages est de 7,9 et compte 6494 ménages. La population rurale est estimée à 56518 personnes. On dénombre 34215 personnes de 0-14 ans, 29480 de 15-59 ans et 3360 personnes de plus de 60 ans41(*). La population de N'Dali est donc jeune.

La croissance de la population est de 4,25 % et de 4,54 % pour la population rurale. La densité humaine est de 12,1 hab/km². L'ethnie majoritaire est celle des Baatombu (59,1 %). Suivent les Fulfulde (22,4 %) les Bètamaribè (5,6 %). Il y a aussi les Yom et les Lokpa (3,8 %), les Yoruba (2,8 %), les Dendi (1,9 %), les Fon (1,2 %), les Adja (0,3 %) et autres (2,9 %).

Trois religions sont majoritaires à N'Dali. Les musulmans représentent 49,5 % de la population, les catholiques 13,7 %, les religions traditionnelles 14,6 %, les autres 19,2 %42(*).

Les populations de N'Dali vivent essentiellement de l'agriculture, de l'élevage, de la pêche, du commerce, de l'artisanat, du transport, de l'exploitation de bois de feu, de la transformation de produits.

L'agriculture représente 43,86 % des revenus. Les principales cultures sont : le maïs, le sorgho, le coton, l'igname, le manioc et le mil. La superficie cultivée est de 3068400 ha (70,05 %). Le climat est aussi favorable à l'agriculture. Comme dans nombre de communes du Borgou, le climat est de type soudanien avec une seule saison pluvieuse. La pluviométrie varie entre 900 et 1300 mm par an. La saison des pluies commence en Avril et couvre 7 mois environs. La température moyenne annuelle s'établit autour de 26° C avec un maximum de 32° C en Mars et redescend aux environs de 23° C en Décembre-Janvier. L'humidité relative varie entre 30 et 70 %43(*). Dans la commune de N'Dali, les sols ferrugineux tropicaux sont dominants, profonds, non concrétionnés et soumis au lessivage.

II-1-2- Informations spécifiques sur l'arrondissement de Bori

Le village de Bori dans l'arrondissement de Bori a servi de cadre pour nos recherches.

II-1-2-1- Caractéristiques géographiques

L'arrondissement de Bori est l'un des cinq que compte la commune de N'Dali. Il est situé à l'Ouest de la commune et limité au Nord par les communes de Bembérèkè et de Sinendé, au Sud par l'arrondissement de Sirarou, à l'Est par l'arrondissement de Ouénou et à l'Ouest par les communes de Djougou et de Tchaourou.

L'arrondissement de Bori est situé à 36 km de la ville de N'Dali. Il est traversé par la route non revêtue N'Dali - Djougou.

Végétation

La végétation à Bori est très dense parce qu'une grande partie de la forêt classée s'y trouve. En dehors de cette forêt classée, la végétation est de type savane - boisée. La végétation offre aux animaux du fourrage très varié et est d'une grande richesse médécinale. Elle facilite la fabrication des produits indispensables à la guérison des enfants sorciers.

Le Relief

Le relief de l'arrondissement de Bori est particulièrement accidenté par rapport à celui des autres arrondissements. Dans la région de Témé et de Kori il y a une bande d'élévation de collines.

Hydraulique

La couverture de l'arrondissement de Bori en eau potable est très faible. Il n'y a pas encore d'alimentation en eau potable de la SONEB. Les adductions d'eau sont rares et les puits insuffisants. Par moments les populations sont contraintes d'utiliser comme eau de boisson les eaux des marigots. Ceci est à la base des nombreux cas de diarrhée que le centre de santé de l'arrondissement et les centres villageois de santé enregistrent.

Environnement

L'environnement est très pollué avec les insecticides utilisés dans la culture du coton. En saison sèche, l'environnement est très poussiéreux.

Infrastructures routières

La seule voie praticable dans l'arrondissement de Bori est la route non revêtue N'Dali - Djougou. Les voies secondaires Bori - Maregourou - Teme - Kori - N'Dali sont très dangereuses et impraticables en saison pluvieuse. Cela ne permet pas un accès facile dans les villages reculés pour les séances de sensibilisation.

Habitat

Dans les cinq grands villages de l'arrondissement de Bori (Bori, Maregourou, Kori, Soumon et Teme) l'habitat est de type traditionnel. Les cases sont construites en bancos. Les populations vivent dans de grandes agglomérations avec une grande cour commune. Cette situation fait que les couples ne peuvent garder le secret sur la naissance ou la dentition de leurs enfants.

Tout autour des agglomérations et les séparant les unes des autres il y a des touffes d'herbes, nid de moustiques. Aux alentours des concessions l'on cultive du tabac44(*). A l'intérieur des agglomérations vivent les moutons, les cabris et la volaille. Derrière chaque concession sont parqués les boeufs servant à la culture attelée45(*).

II-1-2-2- Caractéristiques démographiques

L'arrondissement de Bori est estimé à 18003 habitants dont 9081 hommes et 8922 femmes en l'an 200246(*). La population agricole représente plus de 94 % de la population avec un effectif de 16966 personnes.

II-1-2-3- Caractéristiques socioculturelles

Le groupe sociolinguistique dominant à Bori est constitué par les Baatombu qui font plus des 80 % de la population. Il y a environ 10 % de fulfulde nomades qui vivent dans des camps appelés «camps peulhs». Il y a aussi les Pila-Pila ou Yom de l'Atacora 5 % et d'autres communautés minoritaires.

Religion

La religion la plus pratiquée à Bori est la religion traditionnelle. Il y a aussi les chrétiens et les musulmans. Dans le village de Marégourou la majorité est musulmane. A Bori, il y a un grand syncrétisme religieux47(*)et une pacifique cohabitation entre les différentes religions.

Valeurs

La solidarité et l'hospitalité sont les plus grandes valeurs des Baatombu. Une grande expression en est faite à Bori. L'attachement à l'hospitalité est exprimé dans le second nom du village de Bori : «TOUKOSARI» ce qui veut dire «personne n'est étranger» ou «nous sommes les mêmes». Toutes les associations de femmes, de jeunes et d'hommes portent ce nom «TOUKOSARI». Par ailleurs, dans ces communautés il y a une grande entraide. Le problème de l'un est celui de toute la communauté. Aussi la vie en communauté, est-elle prisée.

Organisation sociale

A Bori, les populations vivent dans de grandes concessions. Tout tourne autour du chef de la concession qui est le plus âgé de la famille ; tout le monde mange le repas préparé dans la marmite commune.

Les décisions sont prises par le chef de la famille et communiquées aux hommes qui informent à leur tour les femmes.

II-1-2-4- Données économiques

Dans l'arrondissement de Bori, il y a trois principales activités génératrices de revenus : l'agriculture, l'élevage et le commerce.

L'agriculture occupe plus de 90 % de la population. C'est une agriculture constituée de deux types de culture : la culture de rente et la culture vivrière. La principale culture de rente est le coton. Les cultures vivrières sont : le maïs, l'igname, le sorgho, le riz, l'arachide, la patate douce, etc. Les boeufs sont utilisés pour cultiver les champs. Les femmes font du petit commerce.

L'élevage qui est la deuxième plus grande activité est pratiqué par les Fulfulde. Ils élèvent les bovins et les caprins prioritairement. L'élevage domestique est constitué de la volaille.

II-1-2-5- Autres occupations

En dehors de leurs petits commerces, les femmes se regroupent en association par quartier et village. Elles font de la transformation du karité en beurre, du manioc en gari. Elles s'occupent aussi du nettoyage des places publiques.

Les hommes ont aussi leur association mais sont moins organisés que les femmes. L'association de développement «TOUKOSARI» est constituée de personnes d'un certain rang. Tout le monde ne s'y retrouve pas même si c'est ouvert à tous. Cette association s'occupe du règlement des conflits qui surviennent au sein de la communauté.

Les jeunes sont en train de se mettre sur la voie des aînés. Il n'y a pas un cadre qui regroupe tous les jeunes. Les non scolarisés se retrouvent dans les groupements villageois alors que les élèves et étudiants ont leur association.

La principale distraction sportive à Bori est le football. Il regroupe toute la population. La principale activité culturelle est le bal poussière qui a lieu tous les vendredis. C'est une occasion de distraction et de communion pour tous les jeunes.

II-1-2-6- Système éducatif

Dans l'arrondissement de Bori, il y a 11 écoles primaires et un collège d'enseignement général. De nos jours il y a une relance du système éducatif et les écoles sont de plus en plus fréquentées. Ceci fait que l'effectif est pléthorique dans les classes. Au collège, c'est le système des classes volantes qui prévaut par manque d'infrastructures. Le principal problème est celui du manque de personnel qualifié dans l'enseignement secondaire. Au collège de Bori, il y a un seul enseignant agent permanent de l'Etat et un contractuel de l'Etat sur 17 vacataires sans grande qualification.

II-1-2-7- Système sanitaire

Dans l'arrondissement de Bori, il y a deux centres de santé : le centre de santé d'arrondissement (CSA) de Bori et le centre de santé de Marégourou. Ils sont composés d'un dispensaire et d'une maternité. Dans les autres villages il y a des UVS (Unités Villageoises de Santé).

Le taux de fréquentation de la maternité est de plus de 80 %.

Les principales maladies qu'on rencontre dans les centres de santé sont : le paludisme, la diarrhée, les infections respiratoires aiguës.

II-1-2-8- Canaux de communication

La localité n'étant pas électrifiée, les populations n'ont pas accès à la télévision. Par contre elles écoutent la radio. La radio la plus écoutée par les adultes est Radio Bembérékè et `'Fraternité FM Parakou'' par les jeunes.

Les canaux traditionnels de communication comme le conte, le théâtre, la chanson  sont donc les plus utilisés.

II-1-2-9- Besoins

Les populations n'ont pas accès à l'eau potable. Les puits sont insuffisants et les femmes font des heures avant de prendre de l'eau. D'autres s'approvisionnent dans les marigots ou les rivières avec tous les risques de maladies que cela comporte. La principale source d'éclairage est le pétrole. Les routes sont constituées pour la plupart de pistes en terre rouge et la principale route n'est pas revêtue. Les routes secondaires sont très dangereuses et presque impraticables par les véhicules. Les centres de santé et le personnel sanitaire sont insuffisants.

II-2- Méthode d'étude

II-2-1- Type d'étude

Notre étude est à la fois descriptive et analytique.

· Descriptive, parce qu'elle décrit à travers l'étude socio communautaire les causes et les manifestations de la pratique, de même que les stratégies d'action des structures qui luttent contre l'infanticide.

· Analytique, parce que l'étude établit des liens entre plusieurs éléments. D'une part entre les besoins de la communauté et les actions des structures en charge de la protection des enfants sorciers ; d'autre part entre les stratégies mises en oeuvre par les structures luttant contre la pratique et l'impact de ces actions sur les populations afin d'en dégager les forces et les faiblesses.

II-2-2- Population d'étude

La population de l'étude comporte les responsables de structures qui interviennent dans la lutte contre l'infanticide à Bori,  et un échantillon des potentiels bénéficiaires de leurs actions ainsi que les tenants de la tradition à Bori.

Les cibles primaires

Les garants de la tradition (les chefs de famille, les sages de Bori) et les responsables de structure constituent les cibles primaires de notre étude.

Les cibles secondaires

Pour mieux appréhender le problème, nous avons opté pour une recherche qui prenne en compte toute la population. En dehors des cibles primaires sus citées notre étude a atteint :

- les femmes ;

- les jeunes de Bori ;

- les élèves et étudiants de Bori ;

- les religieux ;

- les élus locaux ;

- les enseignants.

II-2-3- Site de l'étude

Notre étude s'est prioritairement déroulée dans le village de Bori, une zone à haut risque d'infanticide et à Marégourou un village situé à 7 km de Bori.

II-2-4- Echantillonnage

Le problème de l'infanticide touche toute la population de Bori. Compte tenu des moyens limités, nous avons interrogé au total 313 personnes réparties comme suit :

- 10 principaux responsables des structures qui interviennent contre la pratique à Bori ;

- 15 sages ;

- 45 chefs de ménages ;

- 60 femmes ;

- 60 jeunes élèves et étudiants ;

- 40 jeunes paysans ;

- 12 enseignants (soit 7 au collège et 5 instituteurs) ;

- 5 agents de santé ;

- 2 responsables religieux (le curé de Bori et l'Imam de Bori) ;

- 4 élus locaux (dont le maire de N'Dali).

En dehors de ces personnes, le fait d'avoir séjourné dans la localité nous a permis de discuter du sujet avec beaucoup d'autres personnes sans les soumettre à des séances de question-réponse.

Tableau 1 : Répartition de l'échantillon selon les ethnies

Publics

Ethnies

Elus locaux

Responsables structures de lutte

Sages/chefs de ménages

Femmes

Jeunes élèves

Jeunes paysans

Autres (agents de santé, enseignants, religieux)

Baatonu

3

(75%)

8

(80%)

40

(88,88%)

54

(90%)

48 (80%)

36

(90%)

11

(57,89%)

Peulh

1

(25%)

1

(10%)

5

(11,12%)

6

(10%)

6

(10%)

-

-

Autres

-

1

(10%)

-

-

6

(10%)

4

(10%)

8

(42,10%)

La majorité des personnes approchées au cours de cette enquête est baatonu. Cela se justifie par le fait que c'est le groupe socio linguistique qui est directement concerné par la pratique.

Tableau 2 : Répartition de l'échantillon selon le niveau d'instruction

Publics

Niveau d'instruction

Elus locaux

Responsables structures de lutte

Sages/chefs de ménages

Femmes

Jeunes élèves

Jeunes paysans

Autres (agents de santé, enseignants, religieux)

Supérieur

3

(75%)

8

(80%)

-

-

6

(10%)

-

11

(57,89%)

Secondaire

1

(25%)

2

(20%)

5

(11,11%)

-

48

(80%)

-

5

(36,84%)

Primaire

-

-

10

(10,22%)

6

(10%)

6

(10%)

8

(20%)

-

Aucun

-

-

30

(66,66%)

54

(90%)

-

32

(80%)

1

(5,26%)

Alphabétisation

-

-

23

(51,11%)

35

(58,33%)

-

16

(40%)

-

La plupart des enquêtés notamment les sages, les femmes et les jeunes paysans n'ont pas été à l'école. Certains parmi eux suivent cependant des cours d'alphabétisation.

Tableau 3 : Répartition de l'échantillon selon la religion

Publics

Religion

Elus locaux

Responsables structures de lutte

Sages/chefs de ménages

Femmes

Jeunes élèves

Jeunes paysans

Autres (agents de santé, enseignants, religieux)

Traditionnelle

0%

0%

25

(55,55%)

7

(11,66%)

24

(40%)

18

(45%)

2

(10,52%)

Islam

3

(75%)

6

(60%)

15

(33,33%)

30

(50%)

18

(30%)

10

(25%)

6

(31,57%)

Christianisme

1

(25%)

4

(40%)

5

(11,11%)

17

(28,33%)

6

(10%)

10

(25%)

9

(47,36%)

Athée

0%

0%

0%

6

(10%)

12

(20%)

2

(5%)

2

(10,52%)

La religion la plus pratiquée à Bori est la religion traditionnelle. Cependant les populations se convertissent aux religions révélées notamment l'Islam et le Christianisme. Il faut signaler que ces données sont fidèles aux propos des enquêtés même si la réalité montre qu'il y a un fort syncrétisme religieux à tous les niveaux.

II-2-5- Techniques et outils de collecte des données

Les techniques et les outils utilisés sont propres à la recherche qualitative.

Technique

L'immersion pour la collecte des données sur le terrain s'est déroulée du 10 octobre au 08 novembre 2006. Le sujet étant assez délicat, nous avons utilisé prioritairement les techniques propres à la recherche qualitative dont notamment :

- les interviews individuelles approfondies ;

- les discussions dirigées de groupes (DDG) focus groupe.

Nous avons aussi utilisé à bon escient l'observation participante et l'exploitation documentaire.

Outils :

Les outils de collecte de données utilisées dans le cadre de cette étude sont :

- les guides d'entretien ;

- la grille d'observation ;

- les fiches de dépouillement.

II-2-6- Le pré-test

La croyance en la nuisance des enfants - sorciers étant commune à toutes les communautés baatombu, nous avons pré testé les outils d'étude à N'Dali centre. Les suggestions et remarques des cibles nous ont permis de réajuster les outils.

II-3- Limites de l'étude

La principale difficulté rencontrée lors de cette étude est relative à la délicatesse du sujet et aux expériences antérieures des publics cibles. Selon certains, les données recueillies au cours des précédentes enquêtes n'ont pas été exploitées objectivement. Les chercheurs ne prennent qu'une partie de la vérité et dramatisent la pratique. Les populations, en particulier les femmes se sont gardées de donner leur point de vue sur la question. Le sujet était tabou pour les femmes. Au cours des DDG, aucune d'elles n'aborde le sujet. Toutes disent n'avoir jamais entendu parler de cette pratique et que si cela a existé ce n'est pas de leur temps. Devant l'échec des DDG avec les femmes sur la question, nous nous sommes consacrés aux interviews individuelles approfondies avec elles.

Parce que nous avons vécu parmi elles et mangé les repas qu'elles nous présentaient, les populations ont fini par nous faire confiance. Pour aller rencontrer une personne nous prenons pour guide un de ses enfants ou de ses proches. Un climat de confiance s'est instauré vers la fin de la recherche et nous a permis d'avoir des informations indisponibles au départ.

Cependant, certaines personnes ont voulu cacher la réalité par pudeur. Par ailleurs les moyens mis en oeuvre pour la réalisation de la présente étude n'ont pas permis de faire une plus longue immersion afin de comprendre certaines réalités culturelles de Bori.

III-

Présentation des résultats et commentaires

Les recherches sur le terrain ont permis d'appréhender les connaissances des populations (jeunes, vieux, femmes) sur les enfants sorciers. Les études ont aussi porté sur les actions de lutte contre l'infanticide à Bori.

III-1- Connaissances des enquêtés des

caractéristiques des enfants sorciers

Publics

Critères

Elus locaux

Responsables structures de lutte

Sages/chefs de ménages

Femmes

Jeunes élèves

Jeunes paysans

Autres (agents de santé, enseignants, religieux)

Prématuré (8 mois)

4

(100%)

10

(100%)

45

(100%)

60

(100%)

60

(100%)

40

(100%)

19

(100%)

Né avec des dents

4

(100%)

10

(100%)

45

(100%)

60

(100%)

60

(100%)

40

(100%)

19

(100%)

Né par le siège

4

(100%)

10

(100%)

45

(100%)

60

(100%)

30

(50%)

28

(70%)

16

(84,21%)

Né assis

4

(100%)

10

(100%)

45

(100%)

60

(100%)

12

(20%)

20

(50%)

14

(73,68%)

Né face contre terre

4

(100%)

10

(100%)

45

(100%)

60

(100%)

6

(10%)

8

(20%)

14

(73,68%)

Poussée premières dents par le haut

4

(100%)

10

(100%)

45

(100%)

60

(100%)

6

(10%)

40

(100%)

19

(100%)

Dentition

à 8 mois

4

(100%)

10

(100%)

45

(100%)

60

(100%)

45

(75%)

36

(90%)

16

(84,21%)

Le huitième (8ème) mois en milieu baatonu est appelé `'suru konso'' c'est-à-dire un mois dangereux. C'est pourquoi les enfants qui naissent ou font leur dentition à cette période sont jugés nuisibles. La grande partie des enquêtés connaissent les principaux critères qui font d'un enfant un sorcier.

II-2- Appréciation des populations sur les

enfants sorciers

Publics

Appréciations

Elus locaux

Responsables structures de lutte

Sages/chefs de ménages

Femmes

Jeunes élèves

Jeunes paysans

Autres (agents de santé, enseignants, religieux)

Enfants porte malheur

3

(75%)

0

(0%)

40

(88,88%)

48

(80%)

42

(70%)

36

(90%)

6

(31,57%)

Enfants fantômes

3

(75%)

0

(0%)

40

(88,88%)

48

(80%)

42

(70%)

36

(90%)

6

(31,57%)

Enfants dangereux à sa famille

3

(75%)

0

(0%)

40

(88,88%)

48

(80%)

42

(70%)

36

(90%)

6

(31,57%)

Enfants normaux à esprit maléfique

3

(75%)

0

(0%)

40

(88,88%)

48

(80%)

42

(70%)

36

(90%)

6

(31,57%)

Enfants normaux

1

(25%)

10

(100%)

5

(11,11%)

12

(20%)

18

(30%)

4

(10%)

13

(68,42%)

Pour la majorité des populations, un enfant, qui présente les critères anormaux présentés plus haut, est un enfant dangereux et maléfique. Même s'il a l'air normal, cet enfant, selon les populations a un esprit mauvais qu'il ne contrôle pas. C'est cet esprit qui cause les malheurs.

III-3- Expériences des populations avec des

enfants sorciers

Publics

Expériences

Elus locaux

Responsables structures de lutte

Sages/chefs de ménages

Femmes

Jeunes élèves

Jeunes paysans

Autres (agents de santé, enseignants, religieux)

Déjà vu 1 enfant sorcier ou jugé tel

4

(100%)

10

(100%)

45

(100%)

60

(100%)

60

(100%)

60

(100%)

60

(100%)

Déjà vu un enfant sorcier tué

0

(0%)

0

(0%)

25

(55,55%)

0

(0%)

0

(0%)

12

(30%)

0

(0%)

Déjà vu un enfant sorcier dans sa famille

0

(0%)

0

(0%)

0

(0%)

0

(0%)

0

(0%)

0

(0%)

0

(0%)

Déjà entendu parler des agissements d'un enfant sorcier

4

(100%)

10

(100%)

45

(100%)

60

(100%)

60

(100%)

60

(100%)

60

(100%)

Aucun enquêté n'a jamais eu dans sa famille des enfants sorciers, mais tous en ont déjà entendu parler. Elles ont honte de la pratique et la nie.

III-4- Connaissances des formes d'accueil réservé

aux enfants sorciers

Publics

Accueil

Elus locaux

Responsables structures de lutte

Sages/chefs de ménages

Femmes

Jeunes élèves

Jeunes paysans

Autres (agents de santé, enseignants, religieux)

Abandon chez les peulh

4 (100%)

16

(100%)

45

(100%)

60

(100%)

60

(100%)

40

(100%)

19

(100%)

Elimination par noyade

4 (100%)

16

(100%)

45

(100%)

60

(100%)

36

(60%)

40

(100%)

19

(100%)

Elimination par asphyxie

4 (100%)

16

(100%)

45

(100%)

60

(100%)

36

(60%)

40

(100%)

19

(100%)

Elimination rituelle par les bourreaux

4 (100%)

16

(100%)

45

(100%)

60

(100%)

60

(100%)

40

(100%)

19

(100%)

Abandon dans la brousse

4 (100%)

16

(100%)

45

(100%)

60

(100%)

60

(100%)

40

(100%)

19

(100%)

Purification

4 (100%)

5

(50%)

45

(100%)

60

(100%)

48

(80%)

40

(100%)

10

(52,63%)

Les enquêtés connaissent presque tous, les différents sorts réservés aux enfants dits sorciers. Seuls quelques jeunes ne savent pas que l'enfant peut être réparé par asphyxie ou par noyade.

III-5- Comportements à adopter par les populations

au cas où elles auraient un enfant sorcier

Publics

Critères

Elus locaux

Responsables structures de lutte

Sages/chefs de ménages

Femmes

Jeunes élèves

Jeunes paysans

Autres (agents de santé, enseignants, religieux)

Le sacrifier

0

(0%)

0

(0%)

0

(0%)

0

(0%)

0

(0%)

0

(0%)

0

(0%)

Le jeter

0

(0%)

0

(0%)

5

(11,11%)

0

(0%)

6

(10%)

4

(10%)

0

(0%)

Le garder et le jeter dès un malheur

0

(0%)

0

(0%)

5

(11,11%)

0

(0%)

6

(10%)

4

(10%)

0

(0%)

Le guérir et le garder

2

(50%)

0

(0%)

30

(66,66%)

30

(50%)

36

(60%)

28

(70%)

6

(31,5%)

Le garder et ne pas en parler

2

(50%)

10

(100%)

5

(11,11%)

6

(10%)

6

(10%)

4

(10%)

13

(68,42)

Laisser décider l'entourage

0

(0%)

0

(0%)

0

(0%)

24

(40%)

6

(10%)

0

(0%)

0

(0%)

La plupart des enquêtés affirment garder leurs enfants s'ils étaient nés avec des signes extérieurs de sorcellerie. ils le feront purifier et ne sont pas prêts à l'abandonner au début, mais si un malheur survenait, certains avouent l'abandonner.

III-6- Connaissances des populations sur le niveau

actuel de la pratique

Accueil Publics

réservé à

l'enfant sorcier

Elus locaux

Responsables structures de lutte

Sages/chefs de ménages

Femmes

Jeunes élèves

Jeunes paysans

Autres (agents de santé, enseignants, religieux)

On continue de tuer rituellement les enfants mais clandestinement

3

(75%)

10

(100%)

9

(20%)

6

(10%)

15

(25%)

8

(20%)

12

(50%)

On ne tue plus aucun enfant sorcier

1

(25%)

0

(0%)

36

(80%)

54

(90%)

45

(75%)

32

(80%)

7

(20%)

Il n'y a plus de bourreaux

3

(75%)

1

(10%)

45

(100%)

60

(100%)

60

(100%)

40

(100%)

6

(31,57%)

Des enfants sont clandestinement abandonnés

3

(75%)

10

(100%)

30

(66,66%)

48

(80%)

42

(70%)

32

(80%)

13

(68,42)

On guérit prioritairement les enfants

3

(75%)

8

(80%)

45