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La participation de la femme à la vie politique au Tchad:1933-2003

( Télécharger le fichier original )
par Eugène Le-yotha Ngartebaye
Université Catholique d'Afrique Centrale - Maîtrise en Sciences Sociales option Sciences Juridiques et Politiques 2003
  

Disponible en mode multipage

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UNIVERSITE CATHOLIQUE D'AFRIQUE CENTRALE

INSTITUT CATHOLIQUE DE YAOUNDE

FACULTE DE SCIENCES SOCIALES ET DE GESTION

LA PARTICIPATION DE LA FEMME À LA VIE POLITIQUE AU TCHAD

Mémoire présenté et soutenu publiquement en vue de l'obtention de la Maîtrise en Sciences Sociales, Option Sciences Juridiques et Politiques

Par :

NGARTEBAYE Eugène LE-YOTHA

Licencié en Sciences Juridiques et politiques

Sous la direction de :

Martin BRIBA s.j.

Coordonnateur du premier Cycle

Année Universitaire 2003-2004A

Ø Ma mère, Nangueryo NOUDJINGAR

Ø Mes cousins NGARHOSSEM Léopold et DJIRAIMADJI NGARBAYE qui ont prématurément quitté ce monde ;

Ø Toutes les femmes et les institutions qui oeuvrent pour la promotion politique de la femme !

Remerciements

Ce mémoire, issu de longues réflexions et d'efforts, est le fruit d'une large collaboration sans laquelle il n'aurait pu voir le jour. Je tiens à remercier tous ceux et celles qui, de près ou de loin, ont contribué à la réalisation de cette oeuvre.

Mes remerciements s'adressent tout particulièrement à mon directeur de mémoire, le Père Martin BRIBA sj., guide immédiat dans la conception et la rédaction de ce travail. Il m'a accompagné sur mes chemins parfois tortueux dans cette première recherche scientifique de ma vie, avec patience, simplicité, persévérance et sympathie. Je lui exprime toute ma reconnaissance pour son savoir et son expérience qu'il a bien voulu partager avec moi.

J'exprime ma gratitude au Père Louis de VAUCELLES, ancien doyen de la Faculté des Sciences Sociales et de Gestion et tous mes enseignants pour leurs apports considérables dans ma formation ainsi qu'a tout le personnel de la Bibliothèque de l'UCAC pour son service.

Je reste également reconnaissant à l'Union Européenne pour l'appui financier.

Profondes reconnaissances à Madame NGARMBATNAN Karmel SOU IV, Secrétaire Exécutif du REFEMP/T, qui a bien voulu me faciliter les contacts avec les femmes Ministres et Parlementaires, au chef de Service des archives du Secrétariat Général du Gouvernement et à celui du Centre de Documentation de l'Assemblée Nationale pour la mise à ma disposition des documents.

Un merci particulier à M'RANGAYE DOTOM pour sa mobylette qui a facilite mes déplacements pour les enquêtes. Merci aussi a toutes les femmes et associations avec lesquelles j'ai travaillées.

Je tiens également à remercier tous mes frères, cousins, cousines et soeurs qui m'ont soutenu moralement et financièrement. Je pense particulièrement a DOTOM Nadjihorngar, DOUMDE Alexis, NGARABAYE Djiminguebaye, Martine KOSTOLOUM, MONEBEYE Odette, NARTEL Antoinette, TAHASSIM, DENEBEYE, Alladoum NANDOGNGAR, Djimrangar DADNADJI.

Je ne saurais terminer mes propos sans remercier NOUBADOUM Joseph, MADJIRANGUE Djimrebaye, NGUEMO Marilyn avec qui, ce thème a suscite assez de débats, à RASSEMADJI Moguena pour ses conseils et toute la communauté tchadienne de l'UCAC.

Sigles et abréviations

AEF : Afrique Equatoriale Française

AFJT : Association des Femmes Juristes du Tchad

CCFAN : Conseil de Comite des Forces Armées du Nord

CEFOD : Centre de Formation pour le Développement

CELIAF : Cellule de Liaison des Associations Féminines
CASIFEP : Cadre de Soutien aux Initiatives Féminines en Politique

CNS : Conférence Nationale Souveraine

CSM : Conseil Supérieur Militaire

CST : Conseil Supérieur de la Transition

FAR : Fédération Action pour la République

FROLINAT : Front de Libération Nationale du Tchad

FAN : Forces Armées du Nord

GUNT : Gouvernement d'Union Nationale du Tchad

PSIT : Parti Social Indépendant du Tchad

MPS : Mouvement Patriotique du Tchad

PPT/RDA : Parti Progressiste Tchadien/section du Rassemblement Démocratique Africain

UDT : Union Démocratique Tchadien

UNIR : Union Nationale pour l'Indépendance et le Révolution

UDR : Union pour la Démocratie et le Renouveau

URD : Union pour le Renouveau et la Démocratie

UNDR : Union Nationale pour la Démocratique le Renouveau

REFEMP/T : Réseau des Femmes Ministres et Parlementaires du Tchad

Glossaire

Ø Azouma,djoukournouma : Mots issus de l'arabe tchadien qui désigne les activités de commerce organisées par les femmes

Ø Koundjarambadje : Mot issu du parler ngambaye qui signifie la poule qu'on offre aux visiteurs. Ici, utiliser dans son sens figuré pour designer les femmes aux moeurs légères

Ø Mad-gnon : Mot Sara ; traduit littéralement par «donner aux termites», utilisé dans le mémoire dans son sens figuré pour désigner les «  femmes libres »

Ø Ana mara sakit : Mot issu de l'arabe tchadien signifiant « je suis une femme seulement », employé par les femmes pour leur autoévaluation

Ø Ma i dian ngoye : Mot Sara madjingaye équivalent de ana mara sakit.

Ø Taama bei : Mot gorane équivalent de ana mara sakit.

LISTE DES ANNEXES

Annexe Guided'entretien...........................................................i

Annexe II :

Liste des femmes parlementaires....................................iv

Annexe III :

Liste des femmes membres du Gouvernement................viii

Annexe IV :

Quelques figures politiques féminines.............................xi

INTRODUCTION GENERALE

La conquête des libertés, la reconnaissance et le respect des droits des individus ne s'obtiennent pas sans heurt. Les guerres furent et demeurent nécessaires pour triompher des tyrannies.

Les révolutions ont coûté d'innombrables vies humaines aux nations qui se sont soulevées pour parvenir à leur indépendance, ou aux peuples pour recouvrer leur liberté.

Dans ces nations, ou au milieu de ces peuples, les hommes et les femmes ont combattu côte à côte. Toutefois, au moment de récolter les fruits du succès si durement acquis, les femmes ont été parfois privées de la récompense pour leur participation à ces différentes épreuves, ou exclues des honneurs de la victoire à laquelle elles avaient contribué. Cette discrimination trouve sa justification dans des préjugés, tel que : la femme est naturellement faible pour mener des luttes.

Ces préjugés sont fondés sur des mythes et des mensonges que se font les hommes à l'égard des femmes car, comme l'écrit Pierre Bourdieu, « le mensonge à soi même, collectivement entretenu et encouragé ... est, en toute société au fondement des valeurs les plus sacrées et, par là de toute l'existence de la société »1(*).

L'hégémonie masculine est pour ainsi dire inscrite dans l'objectivité des structures et dans la subjectivité des structures mentales depuis la nuit des temps. C'est ainsi que dans la cité athénienne, les femmes étaient écartées de la sphère politique sous prétexte que l'idée de « jeu politique» est une activité civile « dérivée » de « l'art de la guerre ». Cette considération de l'incapacité politique des femmes se trouve aussi dans la philosophie d'État absolutiste conçue comme « Res Publica » d'Aristote.

Mais au XVIIème siècle, Diderot se fit l'avocat de l'émancipation féminine et déclare : « dans toutes les coutumes, la cruauté des lois civiles s'est réunie contre les femmes à la cruauté de la nature. Nulle sorte de vexation que, chez les peuples policés, l'homme ne puisse exercer impunément contre la femme »2(*).

Ce cri sera relayé par la déclaration de 1789 qui expose au grand jour, au nom de l'universalisme, l'imposture du « contrat unique ». Elle affirme qu'il n'y a pas de pouvoir légitime antérieur ou extérieur à la volonté de la multitude des citoyens ; dès lors l'inclusion des femmes au droit de cité  que Condorcet seul ou presque appelait de ses voeux à l'aube de la révolution3(*) devient indispensable.

En effet, c'est au lendemain de la révolution française que « l'esclavage marital » fut la cible d'un courant politique qui, de Mary Wollstonecraft et des Jacobins anglais aux Owenistes du XIXème siècle, fera l'autonomie de la femme, la pierre de touche d'une véritable démocratie4(*).

Dans le monde comme en Afrique, cette situation de domination, de soumission et de négation de certains droits de la femme n'est pas aussi totale car il y eut des femmes qui se sont illustrées par leur présence (Brunehaut, Jeanne d'Arc) en Occident, tout comme il y eut des sociétés qui étaient gouvernées par des femmes ; on en voudra pour preuve la société Namuliziki en pays Tonga (Zambie), Reine de Saba (en Ethiopie), ou chez les Flup de Casamance (Sénégal)5(*). Consciente de cette place et voulant sortir des préjugés, la femme en Afrique a participé à « l'éveil politique ». Elle avait pris le devant des contestations coloniales : les femmes du Nigeria sur l'appel de l'Oba, fermèrent marchés et boutiques et allèrent manifester devant le bâtiment administratif6(*) ou encore participèrent à des revendications syndicales7(*).

Et depuis, avec les tentatives de démocratisation vécues dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne à l'aube des années 1990, les femmes ont également manifesté une forte détermination à s'impliquer dans le champ politique.

Mais force est de constater que cette volonté féminine d'investir le champ politique reste émaillée d'embûches en Afrique et plus particulièrement au Tchad.

C'est pourquoi, la question qui nous préoccupe pour l'heure n'est plus celle du « pourquoi » les femmes ont toujours été absentes de l'activité politique mais plutôt « comment les femmes arrivent-elles à faire face aux obstacles socioculturels et politiques pour se hisser dans les instances de prise de décisions politiques ? ». En d'autres termes comment s'opère la mise en oeuvre des perspectives favorables à la participation des femmes dans les sphères décisionnelles de l'État ?

A- Objet d'étude

La question du rôle de la femme africaine et plus particulièrement celle de la femme tchadienne en politique mérite considération aux cotés des débats actuels sur la bonne gouvernance, la décentralisation, la lutte contre le SIDA... etc. Bon nombre d'auteurs se sont penchés sur la participation politique. Mais commençons tout d abord par clarifier le concept politique

L'opinion commune s'est toujours divisée sur la valeur qu'il convient d'attribuer à l'activité politique.

Pour Aristote, la politique est l'art du commandement social, l'activité pacificatrice permettant à une société divisée de s'ordonner à une fin supérieure.

Selon une interprétation plus « vulgaire », la politique est une activité sale, dégradante, renvoyant soit à des `'jeux stériles'', soit à des `'bavardages artificiels'' soit enfin à des `'ambitions effrénées''.

L'opinion savante se trouve aussi divisée lorsqu'il s'agit d'apprécier l'aire de la sphère politique.

D'un point de vue « restrictif », la politique demeure un comportement singulier de la société distincte des autres activités sociales, assujettie à des buts et des règles spécifiques.

Pour la thèse « extensive », par contre, la politique est omniprésente et traverse de part en part la société : « tout est politique », qu'il s'agisse de l'élection d'un Chef d'État, de l'éducation ou des chansons d'un musicien.

Outre les considérations énumérées ci-haut, le vocable « politique » n'est pas perçu de la même manière selon que l'on est de tradition anglo-saxonne ou francophone.

La langue anglo-saxonne, plus pragmatique que la langue française, dispose de deux termes pour définir la politique. Pour elle, le terme « politic» désigne les « produits » de l'action gouvernementale, c'est-à-dire les programmes, des décisions et d'actions imputables aux autorités politiques : on parlera ainsi de la « politique étrangère du Tchad ou du Cameroun »ou de la « politique culturelle » de Jack Lang par exemple. Et le terme « politics » désigne plutôt les « processus » liés à l'exercice et à la conquête du pouvoir d'État dans une société donnée.

Mais dans la langue française, certains auteurs comme Georges Burdeau et Pierre Braud, n'hésitent pas à cultiver l'androgynie : au masculin « le politique » intègre l'ensemble des régulations qui assurent l'unité et la pérennité d'un espace social hétérogène et confidentiel ; au féminin, « la politique » indique la scène où s'affrontent les individus en compétition pour la conquête et l'exercice du pouvoir8(*); ce qui laisse une ouverture pour la participation politique. Mais, que peut-on entendre par « participation politique ? ».

Participer c'est prendre part à une action, c'est contribuer soit directement ou indirectement à la construction d'une chose, d'un État, bref d'une société. Et la participation politique signifie l'acte par lequel le citoyen assume et tente d'influencer, directement ou indirectement le cours des affaires publiques dans sa société. Elle suppose une décision consciente et libre de la part du citoyen, de s'occuper de ce qui est censé orienter la vie de tous dans la cité. C'est pourquoi elle se situe à l'opposé de l'apathique c'est-à-dire du citoyen qui néglige de prendre part à la discussion et à la gestion des problèmes de la cité. Pour Huntington et Nelson9(*), la participation politique est une activité opérée par des citoyens privés `'private citizens'' et qui vise à influencer la formation des décisions gouvernementales.

Selon MC Closky, la participation politique désigne les activités volontaires par lesquelles les citoyens participent aux sélections des dirigeants, directement ou indirectement, à la formation de l'action publique. Ou encore, elle renvoie comme le soulignent Verba et Nice, à ces activités exercées par des citoyens privés qui visent plus ou moins directement, à influencer la sélection du personnel gouvernemental et/ou des actions qu'il entreprend.

Ces différentes définitions de la participation politique proposées par les politologues renvoient à une représentation plutôt qu'à un objet aux contours aisément délimités.

Ces définitions supposent un individu, volontaire, visant à travers son action une influence sur le gouvernement. Dans une certaine mesure, la participation politique recouvre en fait un champ qui va de l'action politique à son résultat.

Par ailleurs, il importe de ne pas confondre l'étude de la participation politique avec celle de l'accès légal et des conditions d'électorat et d'éligibilité. L'exclusion juridique d'une catégorie n'aboutit pas nécessairement à priver celle-ci d'une influence effective qui peut s'exercer par le biais d'une action indirecte (rôle de nombreuses femmes bien avant l'octroi du droit de vote) ou même d'une activité ouverte (jeunes étudiants non électeurs participant à la vie politique par le canal de l'action syndicale).

En sens inverse, l'existence d'une franchise légale ne signifie pas nécessairement que ses bénéficiaires soient en mesure de l'utiliser (cas des noirs aux États-Unis dans les États du Sud).Dès lors, c'est quoi la vie politique ?

Saisir la vie politique, c'est opérer une distinction d'avec la société politique ; c'est distinguer le cadre de l'action elle-même.

En effet, la société politique est le cadre à l'intérieur duquel s'inscrivent, s'expriment et se développent toutes les relations qui s'établissent entre les hommes, individuellement et en groupe. Elle a vocation pour en assumer la symbiose. A ce titre, on la qualifie de globale - et parfois à la suite de Hegel, `'de civile''- .

La vie politique représente l'ensemble des actes de toute nature qui sont accomplis pour permettre le fonctionnement de l'appareil de commandement suprême et régler son orientation. C'est en somme la partie des relations humaines qui touche à l'agrégation autoritaire de la société.

Dans cette perspective, la participation des femmes à la vie politique au Tchad traduit l'intervention du citoyen dans le domaine spécialisé des affaires publiques, dans le cas d'espèce à l'assemblée nationale et au gouvernement de 1993 à 2003.

B -Contexte d'étude

Carrefour où se rencontrent l'Afrique du Nord arabo-musulmane et l'Afrique subsaharienne, le Tchad comme de nombreux pays africains est une création coloniale. Devenu République en 1958, il acquiert son indépendance le 11 août 1960. Il couvre une superficie de 1 284 000 km2 sur laquelle vivent environ 8 000 000 d'individus parmi lesquels on dénombre 52% de femmes, dont la majeure partie vit dans le milieu rural. Sans aucune ouverture sur la mer, le territoire tchadien est entouré par le Soudan à l'Est, la Libye au Nord, le Niger, le Nigeria, le Cameroun à l'ouest et au Sud par la République Centrafricaine. Depuis l'indépendance, le pays est resté, sans discontinuer, en proie à la guerre civile itinérante opposant les pouvoirs centraux successifs à des groupes armés qui cherchent à les renverser. Ceux-ci, le plus souvent, parviennent à leurs fins avant d'être eux-mêmes chassés du pouvoir. C'est donc un cycle infernal de prise violente de pouvoir que le pays a connu depuis à peu près trois décennies. Cette situation de guerre a « militarisé la vie politique » pour ainsi dire, excluant de ce fait la femme de l'activité politique car la redistribution des postes politiques se fait au prorata des moyens mis en oeuvre pour soutenir les rebelles ou sa participation personnelle.

L'exclusion des femmes s'accentue aussi par le fait que le vivier producteur des acteurs de la scène politique tchadienne est resté pendant longtemps des chefs traditionnels qui voient leurs fils promus à des rangs de ministres, et en guise de récompense politique pour leur participation à la consolidation et l'instauration de l'administration.

A ce contexte de guerre, il faut aussi ajouter le poids des facteurs socioculturels qui fait que les femmes n'apparaissent pratiquement pas dans la sphère publique.

Cette situation a eu d'importants effets sur l'éducation, chose qui se ressent aujourd'hui avec le taux d'analphabétisme féminin élevé à 87%. Mais depuis l'amorce du processus de la démocratisation, on assiste à une nette présence féminine dans le domaine public à travers les associations et leur militantisme dans les partis politiques.

Au delà de l'avènement du multipartisme, il faut aussi reconnaître le processus de mutations socioéconomiques que connaît le pays et qui a induit des changements sociaux dans le statut de la femme.

C'est dans ce contexte où la femme se manifeste de plus en plus publiquement qu'il convient de s'interroger sur les stratégies qu'utilisent ces femmes pour se placer dans les instances de prise de décision.

Le champ de l'étude c'est-à-dire l'espace territorial dans lequel se sont déroulées nos investigations est le Tchad, plus précisément N'Djaména. Ce choix s'explique par le fait qu'il s'agit de la capitale politique du pays, siège des institutions politiques et administratives du pays.

Par ailleurs, parler de la vie politique au Tchad, reviendrait à évoquer la situation des élus locaux, de tous les responsables politiques du Tchad tout en entier. Il ne saurait en être question ici, car notre projet est de nous limiter à la situation des femmes au niveau du législatif et de l'exécutif.

C- Problématique

La plate-forme d'action de Beijing insiste sur `'une participation égale des femmes et des hommes à la prise de décision qui établira un équilibre et correspondra mieux à la composition de la société, ce qui est nécessaire au renforcement de la démocratie''10(*).

Ce débat sur la participation de la femme au développement en général et politique en particulier est aujourd'hui plus que d'actualité. Au sein des partis politiques, au Gouvernement ou au Parlement, il est désormais question de faire une place à la femme. Ainsi plusieurs acteurs ont abordé la question de la participation de la femme mais beaucoup plus sous l'angle économique. C'est ainsi que Coordonnier analysant les sociétés africaines, arrive à cette conclusion « (...) les travaux relatifs à la production agricole et artisanale seraient dévolus aux hommes, tandis que les femmes se consacraient plus spécifiquement à la transformation et à la commercialisation de ces produits »11(*).Le développement est un processus, qui pour atteindre son apogée nécessite que l'on s'appesantisse sur tous ses aspects : économique, sociologique, historique, politique, etc.

C'est pourquoi certains acteurs abordent le rôle de la femme dans le développement sous l'angle de sa participation à la vie politique de sa société.

L'approche politique se veut macro-structurelle d'une part et subjective d'autre part. Pour les tenants de l'analyse macro-structurelle, il faut avoir un cadre institutionnel qui permettra à la femme de s'épanouir davantage ; c'est ce qui ressort de l'analyse de Fatou LY Diop, concernant davantage les mécanismes mis en place pour promouvoir une amélioration de statut de la femme dans les différentes sphères de la société12(*). Cette opinion se trouve partagée par Ngadjui Nicolas lorsqu'il fait l'analyse de la participation politique des femmes du Cameroun à travers les textes qui leur sont favorables13(*).

Mais il faut reconnaître que le cadre institutionnel présente des limites car il ne permet pas à lui seul d'appréhender la participation politique de la femme. La participation est complexe et fait appel à d'autres facteurs, notamment subjectifs liés à la personne des acteurs. C'est ainsi que Rokhaya Fall voit se dessiner une différence de statut des femmes en fonction de leur état social. Ainsi l'appartenance aux ordres supérieurs place la femme au coeur du dispositif de dévolution et d'acquisition du pouvoir14(*).

Dans le même ordre d'idée, Boubacar Barry, en parlant de la « Linguer » et de la « Awo » dans le royaume de « Waolo », fit la remarque suivante : « ayant un entourage nombreux, ces princesses, par leurs fêtes fastueuses qu'elles donnaient, les cadeaux qu'elles faisaient aux nobles à titre de subsides contribuaient et jouaient un rôle important dans la succession du trône »15(*).

Mais cette approche subjective reste elle aussi limitée car :

· La femme est effectivement au coeur du dispositif du pouvoir : elle n'y est pas en tant qu'actrice mais plutôt en tant que médiatrice ;

· La femme participe à la mise en scène, à la théâtralisation du pouvoir, mais surtout de la puissance et de la munificence. La dynamique fictive utilisée participe à l'idiome politique, elle est une manière d'inscrire symboliquement la puissance du pouvoir politique dans la réalité quotidienne.

Mais compte tenu des limites que présentent les deux approches énumérées plus -haut, quelle approche conviendrait alors le mieux pour appréhender le problème de la participation de la femme à la vie politique tchadienne ?

Tenant compte des limites que présentent les deux approches présentées à savoir macro structurelle et subjective, notre travail consistera à jumeler ces deux approches pour nous permettre de saisir les moyens utilisés par les femmes pour se hisser dans le milieu décisionnel politique, car comme le souligne Aminata Diaw, `'globalement, la question démocratique ne peut trouver, de manière exclusive, une solution dans le montage institutionnel. Elle a à affronter sans détours les problèmes culturels comme la religion, le statut de la femme dans la société qui ont des implications politiques en ce sens qu'ils sont des lieux d'élection de l'autorisation sociale ou de la tradition''16(*)

Ainsi, pour pouvoir résoudre le problème posé, il convient d'émettre quelques hypothèses en guise de pré-réponses à notre inquiétude.

D -Hypothèses

Longtemps écartées de la scène publique en générale et politique en particulier, les femmes, de nos jours, arrivent à investir le champ politique, et cela est lié à plus d'implication des femmes dans la sphère du pouvoir. Cette implication est tributaire d'un contexte socioculturel et politique en pleine mutation, grâce à l'école, au changement de moeurs, à la multiplication des associations et groupements féminins.

L'ascension est fonction des facteurs d'ordre personnel c'est-à-dire à l'origine parentale, au statut du mari, à l'importance du rôle joué dans la vie associative, et enfin au charisme de l'actrice.

E -Méthodologie

Il s'agit de définir notre échantillon, de parler des techniques d'investigations considérées, puis de préciser les modèles d'analyses utilisés pour ce travail.

Tout d'abord, avant d'aller sur le terrain, nous avons procédé à une recherche bibliographique dans les villes de Yaoundé et N'Djaména. Dans la première, ces recherches ont eu lieu notamment dans les bibliothèques de l'UCAC (bibliothèque centrale, APDHAC), dans les centres de documentations de la coopération canadienne. Dans la seconde, ces recherches se sont déroulées dans la bibliothèque du CEFOD, au centre de documentation de l'Assemblée Nationale, au centre catholique Universitaire.

A partir de nos lectures, nous avons découvert les points de vue de différents auteurs sur notre objet d'étude. C'est alors que nous nous sommes rendues sur le terrain pour effectuer l'enquête.

a) L'échantillon

« Il est très rare qu'on puisse étudier exhaustivement une population c'est-à-dire en interroger tous les membres : ce serait si long et si coûteux que c'est pratiquement impossible. D'ailleurs c'est inutile : interroger un nombre restreint de personnes, à condition qu'elles aient été correctement choisies, peut apporter autant d'informations ; à une certaine erreur près, erreur calculable, et qu'on peut rendre suffisamment fiable. Le problème est de choisir un groupe d'individus, un échantillon tel que les observations qu'on fera sur lui pourront être généralisées à l'ensemble de la population (...) »17(*).

Notre ambition étant d'étudier la participation de la femme à la vie politique tchadienne, il eût été utile et bénéfique d'étudier le cas des actrices de la scène politique tchadienne à savoir : les élus locaux, les ambassadrices, les députés, les ministres, bref toutes les fonctions politiques occupées par les tchadiennes. Mais nos moyens ne nous ont pas permis d'étendre l'étude sur tous le pays, où 'il existe plusieurs femmes qui ont occupé des fonctions politiques; nous nous sommes limité aux femmes ministres et parlementaires.

Le choix se justifie par notre souci de recueillir l'opinion des tchadiennes impliquées (ou qui ont été impliquées) dans la scène politique sur l'hypothèse du pari de promouvoir la participation des femmes dans le jeu politique dominé par la présence masculine.

Ainsi le travail a porté sur un « échantillon à choix orienté ».

Le nombre de personnes interrogées n'a pas été arrêté d'avance, compte tenu des difficultés, de la mobilité des femmes politiques, et du nombre très limité des femmes ministres et parlementaires, notre échantillon ne contient au total que vingt (20) femmes.

Le choix de notre échantillon repose sur un critère sélectif dominant qui est l'intérêt accordé à la chose politique et à l'implication de la femme dans l'action politique.

b) Les techniques d'investigations

La technique d'investigation utilisée pour recueillir les informations est l'entretien semi-direct.

Avant d'aller sur le terrain, nous avons élaboré des guides d'entretien qui ont servi à questionner les femmes politiques afin de savoir comment elles sont arrivées en politiques, qu'est- ce qu'elles ont fait pour contourner les obstacles, quels sont les moyens ou les tactiques utilisés pour se hisser dans les milieux décisionnels politiques.

Ce guide d'entretien contient d'une part des « questions standards » qui sont introduites au fur et à mesure que l'entretien progresse et, d'autre part des questions libres permettant de relancer le débat ou de le réorienter à chaque fois que la personne enquêtée sort de son véritable sujet.

Toutefois, nous accordons plus d'importance à la progression de l'entretien lui-même, l'ordre important peu. Cet entretien est semi-direct en ce sens qu'il n'est ni entièrement ouvert ni canalisé par un grand nombre de questions prévues.

Cette méthode appelée semi directe facilite le dialogue et garde toujours ouverte la possibilité d'obtenir des clarifications sur l'un ou l'autre point. Elle offre aussi une certaine liberté, tout en écartant le risque de dispersion. En outre, elle permet d'éviter de passer à côté des points importants abordés de manière spontanée les personnes interrogées.

Les attitudes d'hésitations, de doute peuvent être repérées. La méthode a pour but de laisser venir l'interlocutrice afin que celle-ci parle ouvertement dans les mots qu'elle souhaite et dans l'ordre qui lui convient.

c) Les modèles d'analyse

Pour mieux appréhender la participation politique de la femme au Tchad ; nous allons utiliser des méthodes d'analyses qui permettent d'interpréter les comportements de ces femmes car le domaine politique est très fluctuant et chaque actrice adopte ses propres stratégies.

Cela nous conduit au choix de deux modèles d'analyses à savoir : l'analyse systémique et stratégique développée par Michel Crozier et Erhard Friedberg dans `'l'acteur et le système : les contraintes de l'action collective. Il s'agit de modèles qui d'ailleurs se complètent car pour ces auteurs « sans raisonnement systémique, l'analyse stratégique ne dépasse pas l'interprétation phénoménologique. Sans vérification stratégique, l'analyse systématique reste spéculative et, sans stimulation du raisonnement stratégique, elle devient déterministe''18(*).

L'homme en tant qu'acteur dans un système détermine, garde dans une certaine mesure une marge de liberté qu'il peut utiliser pour influencer ce système ; d'où sa non adhésion passive aux circonstances et aux règles, c'est ce que Michel de Certeau nomme « l'invention du quotidien »19(*).

Pour ce faire, pour qu'une action collective se développe, il faut une opportunité et situation stratégique, un atout commun et une coopération qui permettent l'utilisation d'une opportunité présente et, d'une capacité interactive élevée.

Pour le système, Crozier et Friedberg généralisent leur raisonnement dans des processus d'organisation qui se déploient dans des champs d'action les plus divers et qui permettent de structurer, de stabiliser et de régler les rapports entre un ensemble d'acteurs individuels et/ou institutionnels liés par des interdépendances stratégiques autour des problèmes ou d'intérêt commun.

Bref, dans ces modèles d'analyses, l'homme est un acteur libre qui vit dans une société, une famille ou une organisation considérée comme un système. Ce système a ses contraintes et obligations et influence les comportements des individus qui, à leur tour, élaborent des tactiques à partir desquelles ils peuvent agir comme le souligne R. Boudon « (...) les système sociales ont une structure. Cette structure fixe (de manière plus ou moins claire et définitive selon les cas) les contraintes sans lesquelles les individus ne peuvent agir (...) »20(*).

Le choix de ces modèles s'explique par le fait que le gouvernement et le parlement sont des systèmes bien structurés, organisés et qui ont des fonctionnements propres.

Ainsi l'analyse stratégique permet d'appréhender chaque femme, actrice de la scène politique, des stratégies qui, lui permettent d'influencer le système. Les femmes en tant qu'actrice de la scène politique arrivent à mobiliser des atouts insoupçonnables d'où la nécessité de considérer leurs stratégies c'est-à-dire de voir comment elles s'y prennent.

Un certain nombre de difficultés se sont posées à nous dans le cheminement de cette étude. D'abord la documentation sur le sujet est presque inexistante au Tchad ; mais il faut reconnaître que de nombreux auteurs ont abordé ce problème sous d'autres cieux.

Ensuite durant notre enquête qui a eu lieu en décembre 2003, de nombreuses femmes étaient absentes de N'Djaména soit pour des déplacements personnels soit pour des congés parlementaires. Nous avons travaillé avec celles qui étaient présentes, mais là encore, certaines d'entre elles n'étaient pas disposées à nous recevoir prétextant leurs nombreuses occupations.

Malgré tous ces écueils, nous sommes parvenu à étudier le phénomène social de manière objective. Nous avons adressé plusieurs lettres aux femmes politiques pour avoir des informations susceptibles de nous aider à appréhender la question de la participation de la femme dans la politique au Tchad.

Nous sommes amené dans une première partie à porter un regard sur la vie politique et les conditions de participation( Titre I) puis a évoquer la femme actrice politique dans une seconde partie (titre II).

TITRE I : LA VIE POLITIQUE ET LES CONDITIONS DE PARTICIPATION

La vie politique est d'après BRAUD la scène organisée et organisatrice sur laquelle « opèrent des acteurs, des dirigeants et militants groupes de pression mus par l'ambition d'exercer ou d'influencer le pouvoir d'Etat (et ses substituts) »21(*)

Ainsi définie, la vie politique est une structure organisatrice dans laquelle les acteurs cherchent à maximiser leurs intérêts au détriment des autres. Cette situation est un obstacle pour la femme qui, traditionnellement, est sous-estimée. Ces obstacles peuvent être d'ordre institutionnel. Cependant, il faut reconnaître qu'il existe des facteurs susceptibles de faciliter l'émergence politique de la femme. Dès lors, une lecture de la vie politique tchadienne s'impose (Chapitre 1), ce chapitre premier se plongera dans l'histoire politique ; avant de procéder aux conditions de participation (Chapitre 2)

CHAP I. UN BREF APERÇU HISTORIQUE DE LA VIE POLITIQUE AU TCHAD.

L'appréhension de la vie politique tchadienne nous conduit à avoir une vue synoptique de la scène politique dans le temps, c'est-à-dire à plancher sur l'ambiance politique qui prévalait au Tchad de la période coloniale à l'indépendance (section I) puis de la période de 1975 - 90 à l'amorce du retour du multipartisme (Section II).

S I. DE LA PÉRIODE COLONIALE A L'INDEPENDANCE

Il s'agit de la vie politique qui avait cours au Tchad pendant la période coloniale (paragraphe1) pour aboutir à l'indépendance (paragraphe 2) que nous tenterons d'évoquer dans le développement qui suivra

§1 : La période coloniale.

Le Tchad est une création coloniale et vouloir appréhender l'activité politique sous le prisme historique, c'est la situer dans l'organisation administrative (A) afin de mieux élucider l'apparition des premiers partis politiques (B) dans le contexte colonial

A-L'organisation administrative

Comme la plupart des pays africains, le Tchad est une création coloniale. C'est par un décret du 5 septembre 1900 signé par le Président français de l'époque, Emile Loubet, et contresigné par le ministre des colonies Albert Decrais qu'est créée dans les territoires du Congo français une circonscription spéciale dénommée « Territoire militaire des pays et protectorats du Tchad »22(*)

Le bloc Congo français, était constitué du Gabon le Moyen-Congo, l'Oubangui-Chari et le Tchad. Ce bloc prit le nom d'Afrique Equatoriale Française en abrégé AEF en 1910 par un décret du 15 janvier 1910, publié au Journal officiel de l'AEF (JOAEF) du 1er mars 1910 23(*)

Le statut administratif du Tchad connut diverses modifications : direction politique et financière confiée à un civil portant le titre d'administrateur par le décret du 5 juillet 1902 ; puis placé sous l'autorité de l'officier commandant les troupes qui prit le titre de Commandant du territoire délégué du Commissaire Général par le décret du 29 décembre 1903 ; ensuite un territoire militaire par le décret du 11 février 1906 qui l'incluait dans la colonie de l'Oubangui-chari. Ce caractère de territoire militaire resta en vigueur pendant dix ans jusqu'à ce que le décret du 14 mai 1915 le supprima. Mais le Tchad ne dépendra directement de l'AEF qu'à partir du décret du 12 avril 1916. Le décret du 17 mars 1920 l'érigea en colonie, et son administration fut confiée à un gouverneur civil portant le titre de Lieutenant-Gouverneur, assisté d'un Conseil d'administration.

Ce statut fut lui aussi remis en cause par la grande réorganisation administrative dite « réforme Reinard » du nom du gouverneur de l'AEF qui transforma l'AEF en colonie unitaire afin de réduire les dépenses du personnel. Le Tchad fut de nouveau rattaché à l'Oubangui-chari avec un délégué du gouverneur général pour l'Oubangui-Chari Tchad résidant à Bangui. Le système de centralisation était si excessif qu'il ne dura pas. Le décret du 31 décembre 1937 libéra le Tchad de toute allégeance à l'égard de Bangui et lui conféra le rang de territoire dirigé par un commandant de territoire, assisté d'un Conseil des intérêts locaux. Le décret du 27 septembre 1938 rétablissait l'égalité entre les colonies. Notons que dans ce contexte de fluctuations administratives, l'exercice des libertés publiques n'est pas aisé d'où l'apparition tardive des partis politiques dans les colonies et plus particulièrement au Tchad par rapport aux colonies anglo-saxonnes.

B- Les premiers partis politiques au tchad.

Jusqu'en 1945, le Tchad était soumis en matière de libertés publiques à un régime très restreint24(*). Il n'y avait pas de libertés d'association ni de réunion. Avant la fin de la seconde guerre mondiale, un mouvement de réforme libéral s'annonça et s'amplifia à partir de 1945; La législation en vigueur au Tchad en matière de libertés publiques fut très proche de celle de la métropole. 25(*) Dans certains domaines, il est vrai, l'entrée en vigueur effective de ces nouvelles lois prit du temps.

Aux termes de la loi de 1901, les partis politiques étaient considérés comme des associations. Et jusqu'en 1945, cette liberté d'association était très limitée en AEF, donc au Tchad ; la loi de 1901 n'était pas applicable.

L'allégement de la tutelle vient d'un décret du 20 avril 1943 pris à Londres par le Général de Gaulle. Le régime d'exception qui régna jusque là prit fin en 1946 grâce à 2 textes :

Ø Le décret 46. 432 du 13 mars 1946 qui rendit applicable à l'AEF les Titre I et II de la loi du 1er juillet 1901, modifiée par les décrets-lois des 23 octobre et 12 avril 1939.

Ø Le décret 46. 740 du 16 avril 1946 qui rendit applicable à l'AEF le titre Ier du décret du 16 août 1901, pris pour l'exécution de la loi du Ier juillet 1901.

Notons que pour la loi française, un parti politique est d'abord une association sans but lucratif, régie par la loi de 1901.

Au Ier janvier 1946, date d'application de ces deux décrets, le régime des associations, des partis politiques, devenait le même en AEF, et par conséquent au Tchad, qu'en France métropolitaine.

Si la vie politique au Tchad commença avec les élections à la 1 ère Assemblée Constituante d'octobre 1945, c'est à partir de 1946, à l'occasion des élections législatives, que l'on assista à l'apparition des premières formations des partis politiques26(*).

Ainsi, on assista au Tchad à une floraison des partis politiques. Dès le 16 décembre 1946, Gabriel Lisette, administrateur d'origine antillaise fonda le parti progressiste tchadien, une section du Rassemblement Démocratique Africain créé en octobre 1946 lors du congrès de Bamako d'où le sigle PPT - RDA.

Le PPT-RDA avait pour Secrétaire Général Gabriel Lisette ; Secrétaire Général Délégué Toura Gaba ; Secrétaire à la propagande, Souleymane Naye ; Secrétaire Trésorier, Sekou Diarra et deux sections locales : celle de Fort-Archambault avec un grand nombre de militants à la tête desquels figuraient François Tombalbaye et Joseph Moalboum, et celle d'Abéché. En effet tenant compte de l'activisme politique féminin qui avait cours au sein du PPT-RDA, Lisette convoqua un congrès et émit le voeu de la création de la section féminine. Un Comité directeur chargé de l'organisation du congrès était constitué du Comité politique des représentants des régions. On nota la présence de trois (3) femmes dans la région de Fort-Archambault, et une seule, Mme Fatimé Monique, de la région de Koumra.

La section féminine fut constituée et placée sous la présidence de Madame Yeyon Lisette avec deux Vice-Présidentes : Hadje Halimé pour la zone du nord et Kaltouma Guelmbang pour la zone du sud27(*)

Ensuite vient l'Union Démocratique Tchadien (UDT), fondée le 10 février 1947 avec un bureau provisoire composé d'Ibrahim Babikir désigne président, assisté de deux Vice-Présidents Djama Babikir et Ka-Amadou ; de trois délégués Ahmed Koulamallah, Amadou Diallo et Eitel Prizot, de 2 secrétaires Boubakar Sissoko, Abdoulaye Touré et d'un Trésorier en la personne de Mohamed Abali.

Le 21 septembre 1950, le Parti Social Indépendant du Tchad (PSIT) vit le jour avec les transfuges du PPT-RDA et du L'UDT. Le Comité Directeur était présidé par Ahmed Koulamallah , Adoum Aganaye son Vice-Président et par d'autres membres qui étaient : Mohamed Akouna, Gabriel Yakité et Mohamed Talba ; Sekou Diarra étant Trésorier

L'union Démocratique des Indépendants du Tchad (UDIT) naquit le 3 novembre 1954 dirigé par Jean Baptiste, président, Rogue, vice président, et deux autres membres Béchir Sow et Sou IV. Le nombre des partis s'accroîtra avec la création de l'Union Démocratique et Socialiste de la résistance (UDSR) de Maurice Bets et Ahmed KOTOKO , du Mouvement Socialiste Africain (MSA) et du Groupement des Indépendants ruraux du Tchad (GIRT), etc.28(*)

Cette période fut très riche en activités politiques car on assista à plusieurs élections : le référendum de 1945, les élections au suffrage universel de 1946, 1948, 1951, les élections locales de 1952, du 2 juin 1956, le référendum de 1958. Cette pluralité de consultations symbolisa la densité de vie politique au Tchad avec la création et la dissolution des partis politiques, les alliances et mésalliances au sein de l'arène politique entre les protagonistes. En 1956, la loi cadre - Gaston Deferre - vint créer des conditions propices à l'activité politique. A partir de 1957, le PPT - RDA obtint avec quelques autres partis, une majorité écrasante à l'Assemblée Territoriale. Cette coalition qui intervint dans le cadre des institutions de la loi-Cadre, constitua un gouvernement qui sera dirigé par l'homme fort du PPT - RDA, Gabriel lisette.

Cette loi Cadre prévoyait des Conseillers de gouvernement qui administreraient les territoires aux côtés des gouverneurs nommés par la France métropolitaine. Cependant, avec le gouvernement Lisette, débutera une série de gouvernements provisoires dirigés par Sahoulba (un mois) Koullamallah (onze jours), puis Tombalbaye qui conduira le Tchad à l'indépendance

§ 2. Les années de l'indépendance

La première République ou le régime de Ngarta Tombalbaye (A) connut ses premières années de paix avant de sombrer dans les troubles dus aux rébellions (B).

A-Le régime de Tombalbaye

Dans le contexte des années de l'indépendance, la scène politique tchadienne resta marquée par un certain foisonnement de partis politiques : Le PPT - RDA, l'Union Démocratique Tchadienne (UDT), le Mouvement Socialiste Africain (MSA), l'Union Nationale Tchadienne (UNT), le parti National Africain (PNA), l'Action Socialiste Tchadienne (AST), le Gouvernement des Indépendants Ruraux du Tchad (GIRT), etc.

Le plus important de ces partis fut le PPT-RDA, vainqueur des élections législatives de 1959 au cours desquelles Mme KALTOUMA GUELMBANG fut élue député. Leader du PPT-RDA Ngarta Tombalbaye dirigea le Tchad des années 1960. En face de ce parti-dominant, se dressèrent l'UDT, le MSA ainsi que les autres partis. Cette situation amena Michel Ngangbet à dire : « le schéma politique tchadien était calqué sur celui de la France métropolitaine. On assistait à une lutte entre la droite et la gauche. A gauche, le PPT-RDA, ayant pour base sociale les petits fonctionnaires, s'implanta dans le sud [...]. A droite, l'UDT, qui de session en session à produit l'action sociale tchadienne (AST) et le Groupement des Indépendants Ruraux du Tchad (GIRT) [...] avait pour zone d'implantation le Nord, soumis à la domination des sultans et des marabouts...29(*)»

Cette situation ne durera pas longtemps car, un an après les indépendances, un congrès fut convoqué par le Président Tombalbaye à Abeché sur le thème de l'« unité nationale », lequel congrès s'était soldé par un ralliement des principaux partis d'opposition à celui du Président.

Tombalbaye affirma alors sa volonté de créer un parti unique où il pourrait régner en maître. Il prononça la dissolution de tous les autres partis politique le 19 janvier 1962 et ce, grâce à la Constitution de la même année. La nouvelle législature de 1962 connut, elle aussi, l'élection de trois femmes : KALTOUMA GUELMBANG ; BOURKOU LOUISE ; HADJE HALIME.

Il institua, à l'instar de tous les autres chefs d'Etat de l'Afrique Francophone, un régime présidentiel30(*).

Un climat de méfiance s'installa dans les rangs de l'opposition dont les leaders traqués, n'avaient pour seule issue que la lutte clandestine. En septembre 1963, une sanglante répression suivie de l'arrestation des principaux dirigeants, se déroula à Fort-Lamy. Ces événements, déclenchèrent un mouvement de mécontentement populaire dans le nord jusque là latent, et qui débouchera sur une rébellion.

B- La naissance de la rébellion

En 1964, l'Etat se vit obligé de d'emprunter l'argent chez des particuliers. L'emprunt national constitua un prétexte aux administrateurs du Nord, majoritairement issus du Sud, pour justifier toutes sortes d'exaction contre les éleveurs. C'est dans ce climat qu'en 1963, éclata à Mangalmé (Est du Tchad), une révolte des paysans contre les agents de l'administration pour abus de prélèvements d'impôts. Ce qui n'était qu'une jacquerie donna naissance au Front de Libération National du Tchad (Frolinat), créé lors de la Conférence de Nyalla (au Soudan) sous la direction d' Ibrahim Abatcha. A ce Congrès se retrouvaient des gens aux options politiques hétérogènes : musulmans, intégristes, communistes, nassériens. Le Frolinat avait donc dès sa naissance du plomb dans l'aile. Il utilisera comme moyen d'action tantôt la religion tantôt la tribu31(*).

A partir de 1973, l'insécurité grandit dangereusement à l'Est et au Nord, les arrestations arbitraires reprirent de plus belle. Devant cette situation, le Président décida de dissoudre, en Août 1973, le parti unique, le PPT - RDA, pour le remplacer par le Mouvement National pour la Révolution Culturelle et Sociale (MNRCS) dont le but était de promouvoir une révolution culturelle authentique « en réactualisant des cultures traditionnelles tchadiennes notamment à travers la pratique du yondo »32(*). Le yondo avait été institué pour créer un climat de confiance entre les ressortissants du sud face à la menace de ceux du nord; car tous les initiés devaient faire allégeance à TOMBALBAYE. On assista aussi à l'incorporation des militaires au bureau du parti politique. Le régime se dégrada progressivement, affaibli par sa propre paranoïa, plusieurs officiers accusés de complots se retrouvèrent sous les verrous.

L'armée se vit dans l'obligation de prendre ses responsabilités, et fomenta le coup d'Etat du 13 Avril 1975, mettant de ce fait fin à la vie du premier dirigeant politique tchadien internationalement connu et une nouvelle ère naissait pour le Tchad.

S II. DE LA PERIODE DE 1975 AU RETOUR DU MULTIPARTISME

Cette période fut marquée par le Conseil Supérieur Militaire (CSM) le règne des tendances du Frolinat (§ 1.) puis le retour du multipartisme (§ 2. ).

§ 1. Le règne du CSM et celui des tendances du Frolinat.

Après le coup d'Etat qui mit fin à la première République de Ngarta Tombalbaye, le pouvoir fut assuré par les militaires réunis sous la bannière du Conseil Supérieur Militaire (CSM) (A). Ce conseil fonctionna pendant cinq ans avant de se dissoudre au profit des tendances du Front de Libération Nationale (Frolinat) (B).

A-Le conseil supérieur militaire

Au lendemain du coup d'Etat militaire du 13 avril 1975, le CSM faisait office de gouvernement et était composé de neuf membres. Plusieurs des officiers de ce conseil venaient de sortir des geôles de Tombalbaye, à la faveur du Coup d'Etat. Ils avaient à leur tête le Général Félix Malloum.

Les premières mesures du CSM avaient été d'instituer une Commission Publique d'Enquête financière, de procéder à l'assainissement de la fonction publique, à la suppression de tous les partis politiques et, à l'interdiction des « manifestations ou concertations à caractère politique »33(*).

Le CMS était confronté à plusieurs problèmes : d'abord à la rébellion qui sévissait dans le Nord du Tchad, et qu'il tenta d'arrêter par des tentatives de réconciliation ; ensuite il fut en proie à des dissensions internes quand il fut question de la réconciliation nationale. Certains membres préféraient recourir aux moyens militaires pour venir à bout de toutes les rébellions.

Ce fut dans ce contexte de fragilité interne que le gouvernement militaire engagea des négociations avec la rébellion armée. Les premières négociations donnèrent les « accords de Khartoum ». Ces accords étaient conclus avec le CCFAN de Hisssein Habré, signés le 17 septembre 1977. Par ces accords, le chef rebelle devenait Premier Ministre et Chef du Gouvernement. Les accords attribuaient le « pouvoir réel » de la gestion des affaires de l'Etat au Premier Ministre, même si le Général Félix Malloum demeurait nominalement à la tête de l'Etat, comme Président de la République. Ce pouvoir détenu par Hissein Habré était d'autant plus affirmé, qu'il ne devait pas de compte au « Comité de Défense et de Sécurité » nommé à moitié par le CCFAN, et par le CSM. Cette cohabitation Malloum-Habré était devenue difficile. Dans ce contexte de « crise politique aiguë » : 34(*) résistance populaire, paralysie au sommet de l'Etat, la guerre civile au Tchad éclata le 12 février 1979.

Cette guerre divisa le Tchad en deux. Le Colonel Kamougué se replia au sud avec les éléments des Forces Armées Tchadiennes (FAT), tous originaires de la zone méridionale. Il créa à Moundou un organe politique dénommé le « Comité permanent ». Présidé par le Colonel Kamougué, ce Comité représentait les différentes préfectures de la « zone méridionale », et constituait en quelque sorte un « gouvernement du sud ». Il avait pris en charge l'administration du sud et nommait des responsables à tous les postes. Le reste du pays était sous l'autorité du Frolinat dont les responsables étaient Goukouni et Habré

Le « pouvoir central » au Tchad n'existait plus, le pays était pratiquement scindé en deux régions géopolitiques antagonistes .

C'est dans ce contexte de « guerre civile » qu'intervint la Conférence de Kano I tenue en mars 1979 et qui donna naissance au Conseil d'Etat provisoire (CEP) présidé par Goukouni Weddeye. Le CEP vit à peine le jour à cause des difficultés d'application des clauses de la Conférences de Kano I. Quelques semaines plus tard, on assistait á l'ouverture d'une autre « Conférence de réconciliation » : Kano II.

Cette conférence donna le jour au gouvernement intérimaire présidé par Lol Mahamat Choua, gouvernement qui ne dura que cinq (5) mois (Avril -Août 1979). Les tendances du Frolinat le remplaceront assez vite.

B- Le règne des tendances du Frolinat

La révolte paysanne de Magalmé (Supra §2 B) prit une autre dimension quand des paysans en armes, rejoints par de jeunes révolutionnaires, déjà très actifs en exil depuis plusieurs années fondèrent au Soudan en Juin 1966, le Front de Libération National : le Frolinat. Il était né de la réunion de l'Union Nationale Tchadienne (UNT) dirigée par Ibrahim Abatcha et du front National de Libération du Tchad (FNLT) animé par Ahmed Hassan Moussa.

Cette organisation politico-militaire encadre désormais la révolte sur le terrain et s'en fait le porte-parole à l'étranger. Mais le Frolinat connut très tôt des divisions dans ses rangs, « le Frolinat est un mouvement profondément divisé, division qui, au fond, date du début même de la rébellion »35(*).

Cette division commença en 1970 lorsque Baghalmi, alors Vice-Président du Frolinat créa l'Armée du Volcan, puis le Conseil Démocratique Révolutionnaire d'Acyl Ahmed. Avec l'arrivée de Hissen Habre le Frolinat, 2ème armée de Goukouni Weddeye prit le nom du CCFAN qui devait, à son tour connaître une scission à la suite de la conférence de Gouro en 1976 au cours de laquelle Hissein Habré créa sa propre armée ; les Forces Armées du Nord (FAN).

Mais en dépit de ses multiples scissions le Frolinat arriva, par l'intermédiaire de certaines tendances, à gérer le pouvoir central.

1- Le Gouvernement d'Union Nationale de Transition (GUNT) de Goukouni Weddeye.

Après la démission de Lol Mahamat Choua (supra § A), Goukouni fut désigné pour former un gouvernement de transition à la suite d'une conférence de réconciliation nationale tenue à Lagos (Nigeria) en Août 1979. Ce gouvernement intègre onze tendances politico-militaires tchadiennes. Ce principe se matérialise à N'Djamena, le 10 Novembre 197936(*)

Le GUNT, présidé par Goukouni Weddeye, avait pour Vice- Président : Le Colonel Kamougué ; Ministre de la Défense : Hissein Habré, Ministre de l'intérieur : Mahamat Abba ; Ministre des Affaires étrangères : Acyl Ahmat. Les porte-feuilles ministériels étaient répartis de manière égale, entre les ressortissants du Sud (10) et ceux du Nord (10)37(*).

Au sein du GUNT, des luttes ouvertes s'engagent entre nordistes et sudistes, autour de la question de la laïcité de l'Etat.

Ce climat aboutit à un affrontement armé entre les FAN de Hussein Habre et les Forces Populaires de Goukouni Weddeye. Cet affrontement, connu sous le nom de « deuxième bataille de N'Djamena » fit plusieurs milliers de morts38(*)

Le Président Goukouni et la coalition gouvernementale qui le soutenait contre H. Habré demanda, et obtint le soutien militaire de la Jamahiriya arabe libyenne. La «  deuxième bataille » de N'Djamena déboucha sur la défaite militaire des FAN de H. Habré, qui se réfugièrent à l'Est du pays, proche de la frontière soudanaise. Le GUNT connut une deuxième tentative de renversement avec les accrochages qui opposèrent les FAP de Goukouni aux CDR d'Acyl Ahmed ministre des Affaires Etrangères. Ce dernier avait reçu le soutien de la Libye. Le 29 octobre 1981, le GUNT décida du retrait des troupes Libyennes du Tchad pour les remplacer par une Force inter-Africaine (FIA), composée des ressortissants nigérians, sénégalais et Zaïrois. Cette force avait pour mission de s'interposer entre les FAN de Hissein Habré et les forces gouvernementales afin d'empêcher la poursuite des hostilités entre les belligérants. La vie politique au Tchad se militarisa du jour au lendemain, éclipsant complètement la présence féminine.

Après trois années passées à la tête de la gestion du pays, Goukouni céda la place à Hissein Habre quand les FAN réussirent à pénétrer dans la capitale tchadienne. La vie politique devint un « jeu de cache-cache » politico-militaire39(*).

2 - Le régime de Hissein Habré.

Le 7 Juin 1982, Les FAN entraient triomphalement à N'Djamena dirigées par Hissein Habré. Dès le 21 octobre 1982 l'acte fondamental de la République fut rendu public et le 6 mars 1983 fut installé à N'Djamena, le premier COPOFAN (Comité Populaire des Forces Armées du Nord) défini par le nouveau Président, comme : « un instrument d'encadrement, d'organisation et de sensibilisation des masses ».40(*) D'autres comités furent installés dans tout le pays.

A la date du deuxième anniversaire de la prise du pouvoir, le 7 juin 1984, Hissein Habré annonça la dissolution des Fan, et projeta la création d'un parti unique, ouvert à tous les tchadiens : « un cadre rénové et dynamique », pour tous les nationaux. Le 22 juin 1987, Hissein Habré institua officiellement l'UNIR (Union Nationale pour l'Indépendance et la Révolution)

Présidé par Hissein Habré, ce nouveau mouvement fut doté de plusieurs institutions : Comité Central, Congrès, Bureau exécutif, et organes affiliés : Union national des commerçants (UNACOT), Organisation des femmes de l'UNIR (OFUNIR) Rassemblement des Jeunes de l'UNIR (Rajeunir). On note ici une apparition des femmes sur la scène politique à travers une organisation qui leur est propre. Cette apparition se fit de plus en plus ressentir à travers les groupes d'animation politique, appelés « groupes chocs ». Les femmes participent ainsi à la mise en scène, à la théâtralisation de la vie politique. Avec l'UNIR, on assista pour la première fois à la nomination d'une femme à un poste ministériel, c'était FATIME KIMTO. Cette consécration mobilisa de plus en plus les femmes car elles trouvèrent en Hissein Habré une personne qui plaidait pour la cause féminine. En réalité, ce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'au temps de l'UNIR la participation à ces différentes sections se faisait par la force et sous la menace ; c'était en quelque sorte un embrigadement.

Ce règne connut d'intenses activités politiques : le référendum constitutionnel de 1989 ; les élections législatives de 1989 où l'on peut noter l'élection de quelques femmes à l'Assemblée Nationale (DENERAM MITARMARE, VIRGO NGARBAROUM, MINDA DJORBAYE), laquelle Assemblée n'exista que quelques mois. En Avril 1989, un différend opposa Hissein Habré à son ancien ministre de la défense et Chef d'Etat Major, Idriss Deby, qui se retira dans l'Est du pays, à la frontière du Soudan, avec quelques troupes fidèles. De là, il engagea une offensive militaire, et marcha sur N'Djamena. Le 1er Décembre 1990 Deby fit son entrée triomphale dans la capitale tchadienne, instaura le multipartisme, tandis que Habré prenait le chemin de l'exil.

§2 Le retour du multipartisme

La vie démocratique qui a cours actuellement au pays des Sao a été l'oeuvre de l'arrivée au pouvoir d' Idriss Deby (A) ; cette arrivée favorisa la renaissance des partis politiques (B), condition nécessaire pour un pluralisme démocratique.

A- L'arrivée au pouvoir d'Idriss DEBY.

Idriss Deby prit le pouvoir au Tchad le 1er décembre 1990, en chassant du pays son prédécesseur H. Habré. Il fut soutenu, dans sa lutte contre le gouvernement d'alors, par le Mouvement Patriotique du Salut (MPS). Le MPS était la réunion de plusieurs organisations politiques (l'action du 1er Avril), le Mouvement du Salut National du Tchad (MOSANAT) et les Forces Armées Tchadiennes, Mouvement Révolutionnaire du Peuple (FAT- MRP) qui, lors du congrès tenu à Bamina, se sont réunies pour se dissoudre et unifier leurs forces.  D'autres organisations avaient rejoint le mouvement ainsi que de nombreux cadres s'étaient engagés individuellement.

Dans sa déclaration à la nation, du 4 décembre 1990, Deby fit montre de sa volonté à instaurer une vie démocratique en déclarant : « Nous n'aurons définitivement extirpé les démons de la dictature (...) qu'après l'établissement d'une démocratie vraie, totale, une démocratie pluraliste (...). Le plaisir est immense pour tous les combattants des forces patriotiques d'avoir contribué à l'éclosion du cadeau le plus cher que vous espériez. Ce cadeau n'est ni or ni argent : c'est la liberté »41(*).

Joignant l'acte à la parole, le nouveau Président signa une ordonnance le 04 octobre 1991 fixant les modalités et les conditions de création des partis politiques au Tchad. L'élaboration de ce texte fut confiée à une Commission présidée par Lol Mahamat Choua et composée de quarante-six membres représentant les différentes sensibilités du pays. C'est l'aboutissement de la rédaction du texte sur les partis politiques qui permit à ces derniers de renaître.

B- La renaissance des partis politiques

Au Tchad, comme nous l'avons mentionné (S. I. § 1. B supra) les partis politiques avaient existé avant d'être dissous en 1962. Cette situation se perpétua compte tenu des multiples crises que connut le pays.

Sous le règne de Hissein Habré, Ce fut toujours le parti unique en l'occurrence l'Unir, qui fut officialisé; toutefois, il y avait des partis politiques qui existaient déjà de façon officieuse avant la prise du pouvoir par Deby, et avaient fonctionné plus ou moins bien en exil ou dans la clandestinité au Tchad. Ainsi, avec le Président Deby et la mise en oeuvre de l'ordonnance sur les partis politiques, on assista dès le début de l'année 1992 au dépôt des dossiers au ministère de l'intérieur pour obtenir leur reconnaissance officielle. Et les premiers partis furent légalisés le 10 mars 1992, leur nombre augmenta très rapidement. C'est ainsi que l'on nota au moment de l'ouverture de la conférence nationale en janvier 1993, trente-huit partis légalisés ou en voie de légalisation.42(*)

Ainsi après une vie politique fortement « militarisée », on recommençait à goûter à la vie politique démocratique avec un foisonnement de partis politiques comme il fallait s'y attendre.  C'est alors que la question de la participation féminine à la vie politique revint à l'ordre du jour.

CHAPITRE II : LA PARTICIPATION FÉMININE À LA VIE POLITIQUE

Par participation politique, nous voulons signifier l'acte par lequel le citoyen ou la citoyenne assume et tente d'influencer directement ou indirectement le cours des affaires publiques dans sa cité. Cette participation là reste émaillée d'embûches et d'innombrables obstacles au Tchad (section I). Toutefois, malgré ces embûches, apparaissent depuis une décennie, quelques lueurs d'espoir laissant présager d'une émergence féminine sur la scène politique tchadienne (section II).

S I - LES OBSTACLES À LA PARTICIPATION

Ce sont les contraintes d'ordre socioculturel (§1) et politico institutionnel (§2) qui se trouvent être au fondement de l'éclipse des femmes en politique au Tchad.

§1 Les contraintes d'ordre socioculturel

Elles sont liées d'une manière générale au statut traditionnel de la femme dans la société tchadienne (A) et aux considérations religieuses (B).

A - Le statut traditionnel de la femme

D'ordinaire toute tentative de justification du statut de la femme passe par le système d'éducation reçu par la femme dés sa tendre enfance d'une part et sa situation de dépendance économique d'autre part.

En ce sens l'éducation est plus large que l'instruction, qui est un « des modes spécifiques de communication à des enfants, disposés en rang dans une salle, des techniques complexes de la vie moderne ».43(*) Margaret Mead souligne particulièrement la dépendance de l'enfant à l'égard de sa tradition.

Le concept d'éducation se rapporte au développement intégral de la personne-en l'occurrence - la personne de l'enfant qu'il importe d'éveiller - c'est-à-dire faire manifester « é-ducere », toutes les dimensions :

· individuelles, pour qu'il en vienne à s'affirmer comme un être de sa communauté ;

· sociales, pour qu'il devienne un membre à part entier de sa communauté ;

· spirituelles, pour qu'il se conduise en être de pensée et de discernement ;

· intellectuelles, pour qu'il puisse progresser en savoir et en réflexion.44(*)

Or, force est de constater que dans la société traditionnelle, la jeune fille reçoit une éducation circonscrite à son futur rôle d'épouse et de mère comme en témoigne, cette pensée de Napoléon Bonaparte qui dit : « l'éducation publique ne convient point aux jeunes filles puisqu'elles ne sont point appelées à vivre en public (...). Le mariage est toute leur destination »45(*).

On voit ainsi, comment la tradition a été établie pour transmettre les valeurs d'humilité, de manque d'ambition, de sous-estimation systématique des capacités des filles et des femmes sur le plan cognitif et social et de leur aptitude à travailler dans le domaine public.

Ainsi conçue, l'éducation de la fille se trouve entachée des considérations subjectives qui inhibent chez elle non seulement sa volonté de prendre part aux débats publics, mais aussi une résistance sociale à l'engagement politique de celle-ci. La femme, par son éducation, avait sa place dans un domaine réservé : « le foyer » ; car tous les efforts que la société fournissait étaient de la faire tenir au mieux son foyer. Elle est pour ainsi dire « ghettoisée » du point de vue éducationnel, et cette situation rejaillit sur son pouvoir économique.

La division sexuelle des tâches à l'intérieur de la sphère de production et surtout domestique laisse peu de temps à la femme pour investir dans le domaine de l'activité économique.

En effet, comme l'expliquait Nepomuline Nkurikiyimfura,46(*) avant la colonisation, la terre était occupée collectivement et la vie agraire était réglée conformément aux coutumes ancestrales. Dans cette société, la vie était fondée sur une solidarité réelle qui assurait la survie de chacun.

A cette époque, la mobilité était faible, car chacun restait à sa place. Ce sont les femmes qui cultivaient les champs, allaient chercher l'eau, faisaient la cuisine. Elles étaient de véritables nourricières de la société. Mais avec l'introduction de la culture de rente, c'est beaucoup plus la main d'oeuvre masculine qui était utilisée par le colonisateur. Les femmes ont été privées de l'accès aux sources de revenu car l'exercice d'une activité lucrative était soumis à l'approbation du mari, Gali Ngotté Gata constatera que l'argent porte en lui la cause du déséquilibre socio-économique traditionnel47(*).

Cet refus d'accès à la source de revenu se lit aisément en matière du droit à la terre comme le souligne Georgette Konté pour les femmes Burkinabé « généralement considérées comme `'étrangères en sursis'' par leur propre famille et `'étrangères'' dans le lignage qui la reçoit. La femme ne peut prétendre posséder et contrôler un bien aussi inestimable que la terre »48(*).

Cette privation est la cause principale de leur pauvreté qui ne se résume pas à un manque de ressources matérielles, mais à une privation de pouvoir et de statut social comme le remarque B. Verhaege : « de tous ces lieux de pouvoir qui peuvent être source de revenu, la femme est exclue ou confinée dans une position inférieure ... »49(*).

La femme est ainsi considérée comme une source de richesse, un objet de la domination et d'exploitation masculine.

En sus des considérations socioculturelles, les valeurs religieuses viennent encore militer en défaveur de l'émergence de la femme dans le domaine public.

B - Les considérations religieuses

Toute religion - comme toute idéologie- s'inscrit dans un temps et dans une histoire qu'elle peut modifier sans doute, tout en subissant une influence de l'histoire.

Ainsi, les préceptes d'une religion peuvent être contredits par des pratiques qui, elles-mêmes, peuvent ne pas tenir compte de préceptes religieux. L'histoire des religions - comme l'histoire tout court - est livrée sans défense à ses interprètes et c'est souvent induire des réponses que de poser des questions modernes à une histoire.

L'interrogation n'est pas innocente. Ainsi pour prouver - s'agissant des femmes- que le christianisme, l'islam et l'animisme ont joué un rôle négatif et contribué à nourrir un antiféminisme primaire ; il y a l'embarra du choix : pratiques, sermons, décrets, commentaires bibliques et coraniques, mémoires ... etc.

Pourquoi, pratiquement partout et presque toujours, la femme est-elle considérée comme inférieure à l'homme et frappée d'exclusion, de discrimination ou de ségrégation ? Pourquoi mythologies et religions s'entendent-elles pour démontrer que la condition inférieure des femmes résulte de leur nature, les dieux les ayant créées de manières plus viles que les hommes ?

Esquisser des réponses à ces interrogations, c'est rechercher les fondements de l'exclusion des femmes tant bien chez les islamistes que chez les chrétiens50(*).

Tout en s'installant au Tchad, l'islam va très peu bouleverser la structure traditionnelle faite de l'appartenance à un groupe ethnique et familial et de la répartition en classes d'âge et de sexe.

En conséquence, la situation de la femme en islam est aujourd'hui marquée par cette dualité.

En islam, la femme est socialement et juridiquement considérée comme inférieure à l'homme voire incapable de rien faire. C'est ce qui ressort de la lecture de la Sourate4/34 « les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu'Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu'ils font de leurs biens (...) ». La femme est sous tutelle permanente, laquelle tutelle est exercée d'abord par le père, de la naissance jusqu'au mariage, puis le mari (coran4/18).

La femme est appréhendée en islam comme un bien familial et assignée à la fonction de procréation et au profit du seul lignage masculin (coran 4/1).

Ces considérations font que la femme, en islam, est semblable à un objet dont on peut se servir autant de fois que l'on souhaite ; car ces références indiquent que la femme n'a pas de droits, mais de devoirs. On en voudra pour preuve la Sourate 4/34 qui stipule : « celles dont vous craignez l'insubordination, éloignez-vous d'elles dans le lit et frappez-les ».

Ainsi donc, la femme se trouve dans la religion musulmane réduite à sa sphère privée et ne peut en aucun cas prétendre mener une activité publique au risque d'être excommuniée ; et ceci conformément à l'interprétation d'un hadith qui dit : « ne connaîtra jamais la prospérité le peuple qui confie la direction des affaires à une femme »51(*).

Ce qui se pratique dans l'islam depuis des siècles se vérifie dans le parti pris de quelques interprètes de la Bible qui lisent la bible comme un texte normatif, juridique, révélé, sorte de « canon » qui impose aux femmes l'obéissance.

C'est ainsi que devant un texte limpide comme Genèse 1, 26-27 « ... et Dieu créa l'homme Adam à son image, mâle et femelle il les créa » ; de respectables théologiens se sont souvent posé la question de savoir si « la femme était vraiment image et ressemblance de Dieu  ».

Pour Saint Augustin52(*), le mâle est seul, le « spécifiquement humain » par son âme asexuée et par son corps sexué, la femme n'est humain que par son âme.

Saint Thomas53(*) dit pour sa part que « l'image de Dieu se trouve dans l'homme d'une façon qui ne se vérifie pas dans la femme » ou encore de l'interprétation de Genèse 2, 20-24 qui dit que la femme a été créée en second lieu après Adam et à partir de lui, pour l'aider et le seconder. Nous pourrions égrener un chapelet de textes bibliques qui concourent à l'éclipse de la femme à la vie publique : 1 corinthien 11, 3 ; Éphésiens 5, 21-22, etc. Cette situation place la femme dans une position d'obéissance et de soumission des religieux qu'elles n'osent transgresser.

En sus des contraintes d'ordre socioculturel le contexte politico institutionnel ne favorise guère non plus l'émergence féminine en politique.

§ 2 Les contraintes d'ordre politico institutionnel

Le Tchad, proclamé République le 28 novembre 1958, accède à la souveraineté nationale et internationale le 11 août 1960. Depuis cette date, il connaît une évolution institutionnelle et politique.

En effet, après l'indépendance, une vie politique marquée par le pluralisme régnait au Tchad (Supra ch. I). Ce pluralisme politique ne dure que deux (02) ans, car en 1962, le président Tombalbaye, par un arrêté, mettait fin au multipartisme pour instaurer le parti unique. Le climat politique et social se dégrada du jour au lendemain.

En effet, en février1975, un coup d'État militaire renversa le président Tombalbaye et installa les militaires au pouvoir.

A partir de cette date, le Tchad entra dans un enlisement politique fait de guerres civiles et de violences politiques. La vie politique fut dominée par les militaires qui ne pouvaient souffrir une présence féminine jugée inopérante pour des rébellions. Les femmes se retrouvèrent exclues du partage du pouvoir. Ce climat ne permit pas l'exercice des libertés publiques.

Ce climat politique délétère ne pouvait permettre d'asseoir des politiques publiques encore moins d'avoir des cadres législatifs et réglementaires pouvant permettre à la femme un épanouissement. En effet, les régimes qui se sont succédés n'étaient que de courtes durées et étaient beaucoup portés à régler leurs dissensions internes.

Dans cette atmosphère de violence politique et de terreur, la femme `'sexe faible'' n'avait pas voix au chapitre ; elle se trouvait confinée à son rôle d'épouse et de mère. C'était comme ci la conjoncture socio-économique, culturelle et le cadre institutionnel s'étaient ligues pour lui ôter toute chance de participer à l'action politique. Mais l'amorce de la démocratisation vint lui offrir certains atouts.

S II - LES ATOUTS

L'amorce du processus de démocratisation en cours en Afrique dans la décennie 1990 laisse apparaître des opportunités institutionnelles (§2) pour l'expression politique des femmes, longtemps restées en marge de la gestion des affaires de l'État. Cette situation vient renforcer les mutations socio-économiques (§1) que connaît le Tchad nouveau producteur de pétrole.

§1 - Les mutations socio-économiques et culturelles

Le monde ne cesse de connaître de transformations, et le Tchad ne peut échapper à ce phénomène ; celui-ci explique le changement du statut socio-économique (A) et culturel (B) de la femme tchadienne, permettant ainsi son entrée dans la vie publique.

A -Les transformations socio-économiques

Le Tchad reste sans doute l'un des pays d'Afrique Centrale à avoir connu très tôt un enlisement politique aux conséquences désastreuses pour le développement socio-économique.

En effet, à la suite des événements de 1979, beaucoup de citoyens se sont retrouvés sans emploi - surtout les fonctionnaires - car l'État, l'unique pourvoyeur d'emploi, était quasiment inexistant. Le pays était divisé en deux parties : le Nord et le Sud. On assista à une désorganisation totale du tissu social, car les chefs de famille, en général, des hommes, ne pouvaient plus assumer leurs responsabilités ; un nouvel environnement s'était imposé, auquel il fallait s'adapter.

Les femmes furent les premières à s'adapter à ce nouveau mode de vie en se faisant embaucher comme domestiques dans les familles les plus nanties, ou en se livrant aux petits commerces de produits vivriers.

Le rôle de chef de famille se trouva ainsi inversé : les femmes devinrent les véritables chefs de famille.

Pour faire face à leurs nouvelles tâches, les femmes s'adonnèrent à plusieurs activités d'auto promotion (pari-vente, djoukournouma, azouma) et prirent une part très active aux associations de tontines.

Les tontines, comme le souligne Alain Henry « est une porte d'entrée dans la société (...). Elle est la forme première de la phase publique »54(*).

La floraison et la multiplication des tontines féminines constituent, selon l'étude de Domaya Dakoumandje réalisée à Moundou55(*), des structures d'autonomisation des femmes. A travers elles, elles oeuvrent pour leur intégration sociale, leur autonomie financière et leur auto-promotion.

L'auto-promotion est la capacité pour un individu ou une population à prendre conscience d'une situation non satisfaisante de son milieu, à en analyser les causes et les conséquences, puis à envisager des solutions pour résoudre ses maux (améliorer ou changer) en comptant sur ses propres forces.

Mais puisque les tontines à elles seules ne peuvent suffire à une large auto-promotion, les femmes se tournent aujourd'hui beaucoup plus vers le crédit pour développer leurs activités.

L'accès au crédit au Tchad est facilité par plusieurs organismes oeuvrant pour le développement : Volonteers in Technical Assistance/Projets d'Entreprises (VITA/PEP), les Coopératives d'Épargne et de Crédit (COOPEC), le Bureau d'Études de Liaison d'Action Caritatives pour le Développement (BELACD) ... etc.

Ces organismes contrairement aux banques qui, pour l'octroi de crédits exigent beaucoup de conditions, se retournent vers les femmes qui exercent des activités informelles pour leur octroyer des crédits afin de les aider à participer activement au développement. Ainsi, il a été démontré dans l'étude : « Femmes Crédits et Développement : l'action de VITA/PEP à N'Djaména au Tchad »56(*), qu'avec le crédit, les femmes sont capables de faire de grandes choses, de transformer leur monde et d'être de véritables actrices du développement. Mais l'effectivité de la participation au développement doit aussi s'observer dans les mentalités culturelles.

B - Les transformations culturelles

Dans la mesure où les femmes sont impliquées dans l'infrastructure institutionnelle ou procèdent de règles socialement acceptées et pratiquées par la société, les freins à la progression des femmes en politique sont pour la plupart d'ordre structurel : ainsi en est-il de l'idéologie traditionnelle que ni la politique coloniale ni, ensuite, le système législatif national, n'a supplantée. Toutefois, eu égard aux mutations qui ont cours dans la société tchadienne, on note une ouverture d'esprit conduisant à une évolution des représentations que se font les hommes à propos de la femme. C'est pourquoi, la fille qui, hier recevait juste une éducation pour son foyer, est aujourd'hui inscrite dans les établissements scolaires au même titre que les garçons comme en témoigne le taux de scolarisation des jeunes filles qui est de 36,74% au cours de l'année 2001-200257(*). Et l'on peut constater cette scolarisation des filles à partir du tableau ci-dessous.

 

Indicateurs

94-95

95-96

96-97

97-98

98-99

 

Total des effectifs

547.696

491.493

786.537

680.909

839.931

Effectifs scolaires

Filles

177.897

194.599

278.064

233.224

308.625

 

Proportion des filles

32,48%

32,50%

35,35%

34,25%

36,74%

 

Garçons

369.799

396.894

508.473

447.685

563.25

Source : Service Statistique Scolaire du Ministère de l'Éducation Nationale.

Il apparaît, à la lecture du tableau, que l'on accorde de plus en plus d'attention à la petite fille car elle est un maillon du développement.

Cette ouverture permit à la femme d'être aussi compétitive sur le marché de l'emploi. C'est ainsi que l'on constate 11% de femmes dans le secteur public58(*).

L'accès à l'éducation a été un facteur déterminant qui a aidé les femmes à améliorer leur présence dans le cadre institutionnel.

§2 - Les atouts d'ordre institutionnel

A travers ces atouts, nous envisageons de parler du droit positif, c'est-à-dire du cadre législatif (A). L'environnement politique international (B), des éléments qui militent en faveur de l'ouverture politique de la femme.

A -Le cadre législatif .

Par droit positif, nous désignons l'ensemble des règles juridiques en vigueur dans le pays. Comme l'indique son énoncé, il ne s'agit ici que du droit interne. Pour ce faire, traités, accords et autres conventions internationales régulièrement ratifiées par le Tchad constituent donc son droit positif interne découlant du Droit International. Il fera aussi l'objet du développement qui suivra.

1-Au plan International

Le Tchad est membre de plusieurs institutions internationales qui organisent et garantissent les droits de la femme.

Le plus important de ces instruments, c'est la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme qui énonce clairement dans son premier article que « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en Droits et en dignité. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».

Les articles 2-1, 16-2 ; 23-2 ont mis un accent particulier sur la femme.

Le pacte International relatif aux droits économiques, sociaux et culturels du 16 décembre 1966, entré en vigueur le 03 janvier 1976 et ratifié par le Tchad le 18 juillet 1994 accorde une importance à la femme. Les articles 7-I ; C, D et l'article 23 reste le plus marquant car il garantit le droit du travail aux femmes.

Le pacte International relatif aux Droits civils et politiques très important pour l'exercice de l'activité politique entra en vigueur le 23 mars 1976. Le Tchad y adhère le 18 juillet 1994. Ce pacte plaide dans ses articles 14; 16 ; 23 en faveur de la femme. Et l'article 25 de ce pacte reconnaît à la femme le droit de prendre part à la direction des affaires publiques; le droit d'être électeur et éligible, droit d'accéder aux fonctions publiques de son pays dans les conditions générales d'égalités.

La convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, entrée en vigueur le 18 décembre 1979 et, ratifiée par le Tchad le 28 juillet 1990, oblige par son l'article 3, les États á prendre, dans tous les domaines notamment politique, social et économique les mesures appropriées, y compris des dispositions législatives, pour assurer le plein développement des femmes. Cela en vue de leur garantir l'existence de la jouissance des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales sur la base de l'égalité avec les hommes. A cela s'ajoute les articles 2, 5-a, 7 et 16-H.

2-Au niveau régional

La charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples dont l'article 18-3 fait obligation aux États de veiller au respect des droits de la femme vint contribuer à améliorer son statut juridique.

Ces différents textes sus-cités viennent améliorer la situation juridique de la femme, ce qui amène l'État tchadien à avoir, au niveau national, des textes qui ne doivent pas être en contradiction avec ses engagements internationaux.

3-Au niveau national

La Loi fondamentale, la Constitution du 31 mars 1996 prône l'égalité des tchadiens des deux sexes. L'article 13 stipule que« les tchadiens des deux sexes ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Ils sont égaux devant la Loi ». Les articles 62 et 108 garantissent à tout tchadien le droit d'être électeur et éligible.

Cette disposition se retrouve aussi dans le code électoral en son article 3 : « sont électeurs, les citoyens tchadiens des deux sexes âgés de (18) dix huit ans ... ». L'article 10 précise que « nul ne peut refuser l'inscription sur les listes électorales ... ». L'article 116, quant à, lui accorde le droit à tout tchadien de faire acte de candidature.

La Loi n° 038/PR/96 du 11 décembre 1996 portant code de travail assure, dans son article 3, l'égalité des sexes en matière de travail, de même l'article 5 de la Loi n° 015/PR/1986 portant statut de la fonction publique modifiée par la Loi n°017/PR/2001 stipule l'égal accès aux emplois publics.

Outre ces textes précités, il existe la Déclaration de politique d'intégration de la femme au développement adoptée en 1995, les actes et déclarations des différentes conférences sur les femmes qui se sont tenues de Mexico à Beijing en passant par Copenhague, Nairobi, Rio, Viennes, Dakar, et, auxquelles le Tchad a pris part.

B- L'environnement politique international

Si l'année 1975 a été proclamée année internationale de la femme par les Nations Unies, jamais la femme n'a été aussi présente dans les débats qui ont animé la communauté internationale jusqu'en 1994.

En effet, en 1994 s'est tenue au Caire (Égypte) la conférence Internationale sur la population et le développement (CIPD) qui a mis les projecteurs sur la femme, plus particulièrement sur sa santé ; car la femme est un facteur non négligeable pour le développement.

La préparation de cette conférence mobilisa les décideurs politiques à faire le bilan sur la situation de la femme dans leurs pays respectifs et les mécanismes tendant à l'améliorer.

La décennie 90 aura été celle où la femme a été au coeur des préoccupations. Après le Caire, vint la quatrième conférence mondiale des femmes qui s'est tenue à Pékin en septembre 1995 sur le thème « paix, égalité, développement ». Elle avait mis en exergue les conditions de vie des femmes, et réfléchi sur les voies et moyens susceptibles de les aider à avoir une meilleure condition de vie. A cette conférence de Pékin, les déléguées venues d'Afrique avaient présenté leurs préoccupations en onze (11) points :

1) pauvreté des femmes, sécurité alimentaire défaillante et marginalisation économique ;

2) accès insuffisant à l'éducation, à la formation, aux sciences et à la technologie ;

3) rôle essentiel des femmes en ce qui concerne la culture, la famille et la scolarisation ;

4) amélioration de la santé des femmes et leur santé génésique, y compris la planification de la famille et les programmes intégrés ;

5) rôle des femmes en matière de gestion de l'environnement et des ressources naturelles ;

6) participation des femmes au processus de paix ;

7) accès des femmes au pouvoir politique ;

8) droit de la personne et Droits légaux des femmes ;

9) production statistique des données ventilées par le sexe ;

10) femmes, communication et information ;

11) accès à un traitement équitable des petites filles.

Ces préoccupations énumérées par les africaines ont été mises au point lors de la Conférence Régionale Africaine de Dakar, de décembre 1994. Cette conférence de Dakar permit aux déléguées de se rencontrer et d'avoir une vue commune des maux qui les minent.

Outre ces conférences, nous pouvons énumérer celle qui s'est tenue en 1995 à Copenhague, à Nairobi. Ces différentes rencontres ont permis à ces différentes déléguées, de retour dans leurs pays, d'être de véritables actrices pour les revendications des droits de leurs consoeurs.

Ces conférences tant régionales qu'internationales ont eu une influence sur les États. L 'État tchadien, par exemple, a adopté en 1995 une politique d'intégration de la femme au processus de développement. Cet événement donne aujourd'hui à la femme tchadienne un rôle important à jouer sur la scène politique.

TITRE II : FEMME, ACTRICE POLITIQUE.

Etre actrice d'une scène ou d'une activité suppose une pleine implication dans ladite scène ou activité. Or, il apparaît qu'au Tchad, la femme connaît d'énormes obstacles pour l'exercice de l'activité politique; toutefois elle arrive par des détours à investir le champ politique.

La femme utilise soit alternativement, soit cumulativement des réseaux insoupçonnés, tels les associations, l'héritage politique pour s'ériger en actrice politique (Chapitre 1). Mais il faut dire que même devenue actrice politique, elle doit s'appuyer sur certaines structures pour améliorer ses performances. Ces structures l'aident à connaître ses droits et devoirs, à les revendiquer, à améliorer ses conditions socio-économiques. Toutefois, ces structures connaissent, elles aussi, certaines limites. Si la lecture de ces structures s'impose, elle doit se faire dans une perspective pouvant conduire à une amélioration de la participation féminine à la vie politique au Tchad (Chapitre 2).

CHAPITRE III : FEMME, RESSOURCE POLITIQUE

L'avènement du multipartisme au Tchad vint mettre un terme à une vie politique qui, jusque là était inscrite dans un cycle infernal de violence, fait de guerre civile et de succession de régimes d'oppression.

Le multipartisme ouvrit pour ainsi dire la voie aux manifestations publiques tant du côté des formations politiques que du côté des organisations de la société civile avec une émergence des femmes longtemps vues comme des citoyens de seconde zone.

Ainsi, le libéralisme politique permet à la femme d'être active dans la vie politique à travers plusieurs voies (S I) : les partis politiques, les mouvements syndicaux, les associations, etc. Cette action lui confère aujourd'hui le rôle d'actrice politique (S II) au sens plein du terme où son implication dans la gestion des affaires de la nation n'est plus à discuter.

S I - LES VOIES D'ENTRÉE DANS LA VIE POLITIQUE

En général, les formations politiques, dans le cadre des manifestations publiques (§1), contribuent à amener un individu à s'intéresser à la vie publique ; cependant la tenue de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) (§2) a été déterminante pour une entrée massive des femmes dans l'arène politique.

§1 - Les manifestations en public

Manifester, c'est exprimer, faire connaître ou encore faire une démonstration collective publique, y participer. Elle s'observe à travers le cadre associatif qui constitue un tremplin pour l'ascension dans la vie politique (A). Par ailleurs, l'entrée dans la vie politique de certaines femmes est tributaire de l'héritage politique (B) d'un parent, du mari.

A-Les associations : tremplin pour une ascension politique

Si en France, l'École Nationale d'Administration (ENA) reste le vivier producteur des cadres de la scène politique, au Tchad, l'éclosion des mouvements associatifs observée depuis les années1990 favorise l'émergence des femmes longtemps écartées des affaires politiques de la nation.

En effet, depuis la signature le 04 octobre 1991 de l'ordonnance relative aux modalités et aux conditions de création de partis politiques suspendus depuis 1962, les femmes avaient activement pris part à la fondation de certains partis politiques. Mais au sein de ces partis, eu égard aux considérations socioculturelles, elles étaient souvent sous-estimées ou négligées.

Par contre, par la renaissance des mouvements associatifs et l'instauration du processus de démocratisation, les femmes s'imposèrent grâce à leur compétence. Les associations peuvent être d'ordre professionnel (femmes juristes, associations des femmes de l'Administration publique, syndicat des femmes de la poste, etc.), commercial (Amicale des femmes vendeuses de poissons, groupements des vendeuses de pagnes, Amicale des commerçantes des produits vivriers ... etc.), régional (Association des femmes du Mandoul, femmes du Kanem pour le développement, Amicale des femmes goranes ... etc.). On en dénombre plus de 300 selon les données fournies par la Cellule de Liaison des Associations Féminines (CELIAF)59(*).

Le milieu associatif permet aux femmes de s'ouvrir aux autres, de dissiper leur timidité et de s'intéresser au débat public qui a cours dans le pays, nous affirme une personne interrogée.

Les résultats de notre enquête montrent que cent pour cent (100%) des personnes interrogées appartiennent à une association. Elles sont 50% à appartenir aux associations purement féminines ; 35% dans les associations professionnelles et mixtes et 15% dans les associations régionales.

L'appartenance à une association, déclare une personne interrogée, permet à la femme de tester ses capacités à prendre la parole en public, son aptitude à discuter et à être leader.

Le mot leader renvoie d'office à la notion de groupe. Le leader est celui qui fixe les objectifs à atteindre par un groupe et arrive à mobiliser les gens pour le suivre dans la direction qu'il a choisie. Et la leader ne peut mener à bien son travail que si elle possède un bagage intellectuel ou un niveau d'instruction moyen. Ainsi, il ressort de l'enquête que 70% des femmes politiques au Tchad furent d'anciennes leaders à différents niveaux de la vie associative (présidence, délégation, gestion secrétariat, etc.).

Mais l'efficacité du leader dépend de son niveau d'instruction, lequel niveau lui permet d'appréhender les problèmes, de réfléchir sur les voies et moyens susceptibles de les aider à trouver les solutions.

Ainsi 55% de nos enquêtées auraient atteint le niveau universitaire contre 45% le niveau secondaire; Joseph ZOBEL ne disait-il pas que « l'instruction est la clé qui ouvre la deuxième porte de notre liberté » 60(*) après le travail bien sûr !

Si le milieu associatif demeure une grande école pour l'initiation à la vie publique, il prend beaucoup de temps comme en témoignent 50% de nos enquêtées mariées et qui estiment avoir éprouvé des difficultés de communication avec leurs maris qui les considèrent comme des femmes libres. Par contre, 35% des enquêtées veuves se plaignent du manque de temps qu'elles consacrent au suivi et à l'éducation de leurs enfants et les 15% divorcées estiment que l'une des causes lointaines de leur divorce se trouverait être les absences répétées de la maison pour répondre aux obligations d'ordre associatif.

En dépit de ces maux, nos enquêtées s'accordent à reconnaître les bienfaits reçus dans le milieu associatif, telle leur nomination à des grandes instances étatiques, ou les formations reçues à l'étranger.

Outre le cadre associatif, l'héritage politique des parents ou du conjoint constitue aussi une porte d'entrée en politique.

B - L'héritage politique

Par héritage politique, nous entendons le bénéfice du capital de crédit moral qu'une personne peut jouir du fait du passé politique de son père, sa mère, ou de son conjoint.

Le phénomène de l'héritage politique s'explique par le fait qu'une femme ou une fille, ayant un parent ou un mari homme politique, arrive, dans de ses obligations conjugales ou de filles à accueillir les hôtes, à sympathiser avec les visiteurs reçus par le père ou le mari, à prendre goût aux discussions politiques qui ont cours lors des rencontres.  « J'ai été, nous dit une enquêtée, impressionnée par l'activité politique très tôt car j'accompagnais mon père le plus souvent à des rencontres politiques ». Et 25% de nos enquêtées reconnaissent que le nom de leur père a été déterminant pour elles à un moment donné de leur accession à la vie politique. Voici le témoignage d'une enquêtée « à mon élection au poste de 2ème rapporteur du présidium de la conférence nationale, il y avait eu, au départ, une résistance des chefs traditionnels présents à la cérémonie. Cette résistance s'est dissipée à la seule évocation du nom de mon père car il était un député de renom des années de l'indépendance ». Par contre 55% estiment qu'elles doivent leur entrée en politique à leurs maris qui sont des hommes d'État qui, ont contribué à leur succès en politique. « Étant musulmane, n'eût été le soutien indéfectible de mon mari, je ne serai pas arrivée en politique pour être aujourd'hui député », nous dit une enquêtée. Et comme pour renchérir, une autre nous déclare « aux élections primaires on fait intervenir l'Imam d'une petite mosquée de la ville de Faya-Largeau dont je suis originaire pour me convaincre de me désister au profit d'un homme. Mais grâce aux relations de mon mari, j'ai eu accès à la présidence de la République pour exposer mon problème au Président et avoir son soutien ».

Les 20% doivent leur entrée en politique grâce à leur militantisme n'ayant ni père ni mari comme homme politique pour les parrainer.

Néanmoins pour celles qui ont reconnu avoir bénéficié de l'héritage politique (qu'il s'agisse du mari ou du père), elles disent que l'héritage politique à lui seul ne peut suffire sinon, toutes les filles ou femmes des hommes politiques deviendraient automatiquement des politiciennes. Si elles ont percé sur le terrain de la politique, c'est aussi grâce à leur dynamisme, leur combativité et surtout grâce à l'école qui leur a permis d'être compétitive et de concurrencer les hommes.

L'éclosion des mouvements associatifs et l'apport de l'héritage politique ont permis à la femme d'être très présente aux assises de la Conférence Nationale Souveraine.

§2 : La Conférence Nationale Souveraine : une émergence spectaculaire des femmes au devant de la scène politique.

En1990, le vocabulaire politique de l'Afrique subsaharienne en général et du Tchad en particulier s'est enrichi d'une nouvelle expression : « la Conférence Nationale Souveraine ». Elle désigne, selon Fabien Eboussi Boulaga, une instance inédite qui figurera désormais dans la nomenclature et l'histoire des institutions61(*). Ainsi les Conférences Nationales sont apparues comme la révélation d'un nouvel esprit, une fusée fulgurante, un signal lumineux que nous lançait l'avenir. Dès lors, quels furent donc la place et le rôle de la femme tchadienne dans cette Conférence Nationale ?

Une réponse à cette question nécessite un aperçu sommaire de la conférence nationale souveraine du Tchad avant d'examiner la place de la femme.

A - Un aperçu sommaire de la Conférence Nationale Souveraine (CNS)

Après la chute de la troisième république en décembre 1990, le Tchad entre dans une période de turbulences politiques et de convulsions sociales. Les nouvelles autorités pour opérer une rupture afin de jeter les bases de la nouvelle République, optèrent d'organiser d'une Conférence Nationale.

L'idée de la tenue d'une telle conférence a été émise par le président IDRISS DEBY lors de son investiture en mars 1991, quand il rendit public le calendrier devant permettre, sur une période de trente mois, l'installation définitive d'un régime démocratique au Tchad. Ce fut le décret présidentiel du 24 décembre 1991 qui nomma une commission nationale chargée de la préparation de la conférence.

Elle était composée de quatre vingt (80) membres qui, lors de leur première session le 20 janvier 1992, élirent à leur tête le Général KOTIGA GUERINA.

La commission avait pour mission de :

· recenser et arrêter les thèmes de la conférence ;

· mettre au point l'organisation matérielle ;

· fixer les conditions de participation ;

· arrêter le nombre des participants ;

· déterminer la durée de la conférence ;

· et établir le projet de règlement intérieur.

Après moult tracasseries suivies de l'intervention le 13 novembre 1992 d'une commission tripartite chargée d'organiser la Conférence Nationale Souveraine, la commission tripartite étudia le rapport final de la commission préparatoire en vue de faire des propositions d'amendement s'il y avait lieu, en tenant compte des points de vue de toutes les composantes62(*).

Le 15 janvier 1993 la Conférence a été ouverte sous la présidence provisoire de la tripartite en attendant l'élection d'un présidium. L'ouverture de cette conférence s'est faite par une mise à feu de quelques armes, (symbole d'un adieu aux armes) par le président IDRISS DEBY, secondé par l'ancien président GOUKOUNI WEDDEYE, le tout soutenu par un discours prononcé par une jeune représentante de l'association Tchad Non Violence (TNV) en présence de 1088 personnes63(*).

Les participants étaient repartis comme suivent :

· Les institutions de l'État 33.18%, soit 364 délégués ;

· Les partis politiques 21.88 %, soit 240 délégués ;

· La société civile 32,09% soit 352 délégués ;

· Tchadiens à l'étranger 2,73% soit30 délégués;

· Autres (sociétés civiles et cultes) 0,82% soit 9 délégués ;

· Autres personnalités 9,30% soit 102,11 délégués.64(*)

On nota une infime présence féminine à la conférence, il n'eut que 6,2% de femmes soit 51 femmes. Ces quelques déléguées ont été très présentes lors des séances et n'ont pas fait de la figuration65(*).

B - La femme à la Conférence Nationale Souveraine

Arrivées pour la plupart à la Conférence Nationale Souveraine comme membres des organisations de la société civile, les tchadiennes saisirent l'opportunité de la conférence pour exprimer leur maturité politique et revendiquer les droits de toutes les femmes et la place qui est la leur au sein de la classe politique.

La conférence, comme le souligne Eboussi Boulaga «  est un événement d'importance qui recèle d'étonnantes possibilités de connaissances de la réalité : elle dénude les rouages de notre histoire. Phénomène social total, elle est le lieu géométrique ou les plans et les problèmes s'entrecroisent »66(*). Ainsi, il apparaît à la conférence des clivages entre les composantes présentes aux assises. Clivage jeunes/vieux, Nord/Sud, chrétiens/musulmans, femmes/hommes.

Ce dernier clivage a été observé lors du déroulement des élections pour le présidium. En effet, après avoir pourvu les postes de président de présidium, des deux Vices-Présidents et du Rapporteur Général, il restait le poste de Rapporteur Général Adjoint à pourvoir. Une candidate, Madame Ngarmbatna Karmel représentante de l'Ordre des Pharmaciens, était annoncée. Cette candidature avait du mal à passer comme le montraient plusieurs déclarations ambiguës ou embarrassées de ses partisans et adversaires67(*), car on voyait très mal une femme élevée à une haute instance d'une conférence qui devait marquer l'histoire politique du Tchad. Elle brigua le poste sans peine en obtenant 79,20% des voix.

Le clivage homme-femme atteignit son comble quand le poste de trésorier général devait être pourvu. La candidature de Youssouf Mbodou Mbami, Chef de canton de Bol, candidat des représentants de la chefferie traditionnelle du Tchad fut annoncée. Ce poste opposa Youssouf Mbodou Mbami à une femme, Madame Kemneloum Delphine, présidente de l'Association pour la Promotion et la Défense de Droits de l'Homme (ATPDH).

Cette élection a été passionnante et amusante au plus haut degré, car elle mettait aux prises le représentant des chefs traditionnels à une femme. Elle fut considérée comme un affront ; le simple fait d'avoir cherché à briguer le poste de trésorier général contre un chef traditionnel fut considéré comme un crime de lèse majesté. Mais cet acte, de la part d'une femme participait de la volonté des femmes de se faire entendre et de briser le carcan des pesanteurs socioculturelles. Kemneloum fut malheureusement battue avec une courte avance de 13 voix.

La « glorieuse défaite » de Kemneloum au poste de trésorière générale, stimula ses consoeurs Belembouta Djeram Odile et Madame Achta Gossingar à se lancer dans la course pour le poste de trésorier général adjoint. Elles firent face à trois hommes : Adam Ngatta Koïdoum, Lobé Dillah, Abdelgader Yacine. Les deux femmes arrivèrent au second tour avant que Mme Gossingar ne soit élue avec 53,75%. On arriva au décompte final des neufs (09) membres du présidium avec deux femmes.

Cette volonté d'exprimer leur point de vue avec hargne a été observée même dans les propos de certaines déléguées. Ce fut le cas de Madame KHADIDJA TOURE qui dit : « notre pouvoir est au bout du pilon »68(*) ou encore de Madame FATIME SISSOKO qui disait à un homme « tu crois peut-être que la politique se fait dans la nuit, au niveau des testicules. Non, mon ami, ça se fait le jour et ici »69(*).

Cette détermination qui régna dans le milieu féminin lors de la tenue de la conférence permit aux femmes de s'affirmer comme de véritables actrices politiques.

S II - FEMME, ACTRICE DE LA VIE POLITIQUE

Parler de la présence des tchadiennes dans les hautes instances de décision étatique ne relève plus de l'ordre des spéculations aujourd'hui. Toutefois cette présence rencontre des obstacles qui limitent la participation (§2). Encore faut-il vérifier l'effectivité de la participation (§1).

§1 - La présence effective des femmes dans les hautes instances de l'État

Par hautes instances étatiques, nous désignons l'exécutif, à savoir le gouvernement (A) d'une part, le législatif ou le parlement de l'autre (B).

A - Au niveau du gouvernement

Si le Cameroun a connu, juste dix (10) ans après son indépendance, une femme dans le gouvernement70(*) , au Tchad, il a fallu attendre 14 ans après l'indépendance pour qu'une femme, Fatimé KIMTO entre dans le gouvernement au poste de secrétaire d'État au Travail et à la promotion féminine, puis Ministre des Affaires Sociales et de la Promotion Féminine. L'amorce du processus de démocratisation vint aider les femmes à être plus participatives.

En effet, après la Conférence Nationale Souveraine, le Tchad entre dans une période de transition qui verra deux femmes occuper des postes ministériels ; celui des affaires sociales et de la promotion féminine et celui du secrétariat d'État à la fonction publique.

Pendant toute la période transitoire le ministère de l'action sociale et de la famille resta l'apanage des femmes. Par ailleurs, il faut noter aussi que les femmes ont accédé à des postes jusque là jamais accordés à une femme : c'est le cas du ministère de la fonction publique, du secrétariat général du gouvernement. Malheureusement, le nombre des femmes n'a jamais dépassé deux (02).

Après la période transitoire, avec la vie politique normale qui a repris après les élections présidentielles et législatives de 1996, plusieurs femmes ont été appelées au gouvernement comme ministres comme secrétaires d'État.

Durant la période 1996-2003, le ministère de l'action sociale et de la promotion a été occupé 13 fois par des femmes. A cela s'ajoutent les cinq (5) mandats de la période transitoire soit 18 fois dans l'intervalle de 10 ans. Par contre aucun portefeuille de souveraineté n'a été attribué aux femmes pendant la décennie 1993-2003 ; toutefois elles eurent à diriger de grands ministères tels : la santé, les postes et télécommunication, le développement touristique, l'environnement et l'eau, la fonction publique, la jeunesse, la culture et sport.

De 1993-2003, le Tchad a connu six premiers ministres, sans qu'aucune femme ne soit du nombre; ces gouvernements successifs au Tchad connurent une participation de 535 personnes dont 35 femmes soit 6%71(*). Les femmes arrivèrent tant bien que mal à se partager les postes ministériels avec les hommes; mais en sera- t-il de même à l'Assemblée nationale ?

B - Au niveau du législatif

La participation féminine à l'assemblée nationale dont il est question concerne le conseil supérieur de la transition (CST) (parlement provisoire issu de la conférence nationale souveraine qui a duré pendant la période de transition) et les deux législatures à savoir celles de 1997 et de 2002.

Si les couloirs du parlement au Tchad ont très tôt été fréquentés par les femmes, c'est-à-dire depuis les élections législatives de 1959, ces couloirs se refermèrent aussi assez vite compte tenu de l'enlisement politique qui avait cours au Tchad pendant une trentaine d'années. IL a fallu attendre l'année 1989 pour revoir les femmes à l'hémicycle, cette réapparition, fût elle aussi brève, compte tenu du renversement de l'ancien président HISSEIN HABRE.

Depuis l'instauration du multipartisme et après la conférence nationale souveraine, le Tchad renoua avec les consultations électorales. A la fin de la Conférence Nationale Souveraine, un parlement provisoire fut mis sur pied, les membres étaient élus par les conférenciers. Neuf (09) femmes furent élues conseillères, (l'appellation donnée au député pendant la période de transition).

Après la transition, les élections furent organisées, et trois femmes : Koumandial Nanalbaye Marie, Eldjima Abdramane, Dina Balingar accédèrent à l'hémicycle. Ces députés femmes appartenaient toutes à des partis de l'opposition ; respectivement à l'Union pour le Renouveau et la Démocratie (UDR), l'Union Nationale pour la Démocratie et le Renouveau (UNDR) et l'Union pour le Renouveau Démocratique (URD).

Aucun député femme n'a été enregistré pour le compte du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), parti au pouvoir.

La législature de 2001 connut une participation plus nombreuse de femmes72(*).Dix (10) d'entre elles briguèrent le mandat législatif.

La législature a favorise l'avènement l'âge d'or des tchadiennes, par l'élection des femmes au Bureau de l'Assemblée. Le poste de la 2ème vice-présidente est occupée par Madame Loum Elise née Ndoadoumngué Nelouseï ; le poste de questeur adjoint revint a Madame Dénéram Miantamaré, et Madame Fatmé Tchombi fut nommée présidente de la Commission Affaires Sociales et Droit de l'Enfant. Le poste de rapporteur adjoint de la commission économie, développement et plan fut confie à Madame Khadidja Hassaballah.

Parlant de la responsabilité pendant la législature de 1997, Marie Koumandial a été désignée présidente de la commission des affaires sociales et de la condition féminine.

Au parlement provisoire, les femmes furent nommées successivement aux postes des rapporteurs adjoints, rapporteurs générales, secrétaire général adjoint.

Au constat de cette participation, il nous faut reconnaître qu'il y a eu une embellie pour la femme tchadienne, cependant il subsiste encore des réticences et des résistances sociales à confier ou à partager la gestion de la nation avec les citoyennes ; leur participation à l'action politique reste encore bien limitée.

§ 2 - Une participation qui reste limitée

Cette limitation peut s'analyser à travers des facteurs qui sont externes aux femmes d'une part (A) et d'autre qui leur sont proprement inhérent d'autre part (B).

A- Les facteurs externes

Les raisons de la marginalisation politique des femmes peuvent s'apprécier différemment suivant que l'on se situe au niveau de l'exécutif ou au niveau de législatif.

Ø Au niveau de l'exécutif

Au niveau de l'exécutif, en ce qui concerne la présence féminine infime au Gouvernement, seule la plus haute autorité de l'État pourrait nous en donner les raisons. Et quels que soient les arguments qu'on puisse avancer, nous persistons à penser que la principale cause de marginalisation à ce niveau de responsabilité, est le manque de volonté politique, de la part des dirigeants.

En tout cas, cette cause ne peut pas être imputée au manque de compétences des femmes car les résultats de l'enquête sont édifiants à plus d'un titre. Bien des tchadiennes ont été formées dans les grandes universités et les grandes écoles dans des domaines aussi variés. Certaines ont même déjà fait preuve de leur compétence en d'importantes fonctions directives de l'administration publique et privée. Nous avons là de bonnes réserves de ressources féminines pour d'éventuelles nominations au gouvernement.

A ces raisons sus évoquées, s'ajoute la persistance des mentalités à se représenter une femme ministre ; c'est ce qui justifie l'attribution des postes ministériels en rapport avec le rôle de mères qu'elles jouent dans la société : Ministère de la Santé, de l'Action Sociale et de l'Enfance ; ou encore l'attribution des départements qu'on qualifie au Tchad de négligeable tels le tourisme, la jeunesse, la culture et le sport, etc.

Les portefeuilles de souveraineté (Défense, Sécurité, Affaires Étrangères, Intérieur) ne leur ont jamais été confiés comme ce fut le cas sous d'autre cieux.

Aussi, constate-t-on le manque de considération qu'a une catégorie des hommes pour les femmes-ministres. Elles sont vues comme des « Koundjarambadjé »73(*) ou encore comme des « mad gnon » 74(*) folkloriques et non pas comme des ministres compétentes.

Ø Au niveau législatif

La marginalisation des femmes dans la sphère législative est susceptible d'être mal interprétée du côté des formations politiques dont les pratiques électorales n'ont pas fondamentalement varié depuis les années des indépendances.

Les discours qui ont cours dans les partis politiques frappent les esprits par leurs contradictions internes et notamment le clivage qui règne entre l'application à la lettre des discours politiques et le comportement des tenants des partis sur le terrain. L'ouverture des partis aux femmes prônée dans les différents textes constitutifs des partis politiques a suscité bien d'espoirs pour les tchadiennes souvent négligées.

Mais force est de constater que ces promesses ne sont plus les mêmes lors des investitures pour les primaires ou encore lors de l'alignement des candidats dans les listes où les femmes prennent presque toujours les dernières positions. Pour justifier la sous-représentation des femmes au parlement actuel (sur les 155 députés, il n'y a que (6%) de femmes), on n'hésite pas d'accuser les consultations primaires. C'est une accusation injuste et trop facile. Il faut noter que bien de partis ne consultent pas leurs bases et préfèrent recruter les candidats par cooptation au détriment des militantes actives prétextant le manque de moyens financiers. Ou encore, dans les scrutins de listes, la position en bas de liste occupée par les femmes leur laisse peu de chance en cas de partage de sièges, car seules les têtes de listes peuvent briguer le mandat.

Une autre justification, c'est la création des sections féminines dans les formations politiques. Elle fut bien pensée au départ, mais elle présente plus tard des effets pervers .

Cette situation créée et entretenue par le parti unique (UNIR) en enfermant les femmes dans un ghetto,et les empêcha de se frotter aux hommes même dans les compétitions pour l'accession aux différents postes internes au parti en particulier et de la sollicitation du suffrage universel d'une manière générale.

Si la marginalisation des femmes au parlement peut trouver ses justifications dans ces considérations ci-dessus énumérées ; elle peut aussi s'expliquer par l'attitude même de la femme qui contribue à la disqualifier sur le terrain politique.

B - Les facteurs internes

Les femmes sont elles mêmes à l'origine des maux et des injustices qu'elles subissent dans le milieu politique. Cela se manifeste par les rivalités sournoises qui les opposent comme en témoigne cette déclaration de l'une des enquêtées : « au lieu qu'on fasse foule en dépit de nos appartenances politiques pour défendre la cause des femmes, on se morfond dans des considérations de partis, d'ethnies, de religion ou du découpage administratif ». Cette situation entraîne plusieurs conséquences :

D'abord celles qui occupent des postes politiques, une fois portées au pinacle, font allégeance aux hommes et oublient la cause des autres femmes.

Ensuite, celles qui rêvent de postes politiques mais détestent cette façon tchadienne d'y accéder : femme émancipée, libérée, égale à elle-même, n'ayant généralement pas ou plus de conjoint.

Enfin la majorité se tait, comme par résignation, parce que ne voulant pas être traitée comme les autres ou n'ayant tout simplement pas la possibilité de se faire entendre.

A cette ambiguïté, s'ajoute l'auto évaluation à laquelle se livrent les femmes dans les instances étatiques lorsqu'il s'agit de prendre ou bien de participer à des décisions importantes qui touchent les affaires de la nation. Cette auto évaluation se traduit au Tchad dans les expressions : « ana mara sakit, maï i diân ngoye ; taama beï », ce qui signifie une simple femme. Elle conduit les femmes à la transposition en politique des rapports de subordination qu'elles entretiennent avec leurs époux aux ménages. Elles s'interdisent par conséquent, toute révolution, toute remise en cause, toute initiative personnelle pour exécuter à la lettre le dire des hommes politiques. Cette situation rend quasi impossible tout effort de solidarité entre les femmes pour des actions dynamiques et concertées.

La marginalisation peut s'expliquer aussi par le dilettantisme des femmes. Généralement, les femmes militent en masse dans les partis politiques, mais combien sont celles qui rêvent de faire carrière en politique ? Pour la grande majorité d'entre elles, la politique est juste un passe-temps pour résoudre quelques problèmes quotidiens, ou tout simplement un divertissement.

On n'est donc pas étonné que dans les branches féminines des partis, les militantes, passent plus de temps à la cuisine pour organiser les fêtes du parti.

Notons par ailleurs que la naïveté est aussi un frein à la percée des femmes en politique. La politique est avant tout un jeu d'intérêts où chacun tire la couverture de son côté. Ce qui suppose que les acteurs sont en permanence tendus vers tel poste, tel titre honorifique, telle prétende. Pour atteindre leurs objectifs, ils sont prêts à toutes sortes de manipulations ou compromissions et utilisent des méthodes plus ou moins machiavéliques. Or dans ce monde complexe et impitoyable, les femmes font souvent confiance aux mots des hommes car elles continuent à cultiver les valeurs telles que l'honnêteté, l'amitié, la bonne foi en politique.

Ces différentes attitudes qui passent pour être naturelles au Tchad, agissent, en fin de compte, au détriment de la femme. Pourtant la tchadienne a des atouts, qui font défaut chez l'homme politique tchadien. La tchadienne ne s'est pas autant salie, n'a pas fait autant de tort à son pays que son compatriote au cours de nos (43) quarante trois années d'indépendance.

Après ce triste constat de l'absence quasi totale des femmes dans les structures où se joue le destin de la nation, la question de l'intégration politique reste ouvert.

C'est pourquoi l'identification des stratégies à adopter pour lutter contre l'exclusion des femmes en politique s'avère nécessaire, d'où la question des perspectives pour une amélioration de la présence féminine.

CHAPITRE IV : POUR UNE AMELIORATION DE LA FEMME EN POLITIQUE AU TCHAD

La femme rencontre assez de difficultés au cours de son militantisme politique. C'est pourquoi, l'ébauche d'un cadre pouvant soutenir son effort s'avère impératif (SII). Mais avant cette ébauche, il serait judicieux d'avoir une lecture des organisations existantes qui oeuvrent pour la promotion de la femme tant du côté socio-économique comme du côté politique (SI).

S I- LA LECTURE DES ORGANISATIONS

Il existe plusieurs organisations ou institutions qui oeuvrent pour la promotion féminine, mais celles concernées par cette présente étude sont :

- l'Association des Femmes Juristes du Tchad (AFJT);

- la Cellule de Liaison des Associations Féminines (CELIAF)

- le Réseau des Femmes Ministres et Parlementaires du Tchad (REFEMP/T)

Avant de se pencher sur les oeuvres accomplies par ces organisations, une présentation sommaire de ces structures s'impose.

§ 1 : La présentation sommaire des structures

Cette présentation commencera par l'AFJT, la CELIAF pour finir par le REFFEMP/T.

1- l'Association des Femmes Juristes du Tchad

Suite au constat de discrimination de toutes sortes (politique, économique, sociale et culturelle) dont sont victimes les femmes au Tchad, les femmes juristes se sont engagées à lutter contre les obstacles à l'épanouissement de la femme en décidant de créer une association. L'association des femmes juristes du Tchad a été créée le 9 Août 1991 à N'djaména. C'est une organisation à but non lucratif, apolitique et laïque. Elle se fixe comme objectifs :

- d'apporter son concours à l'édification des textes juridiques, notamment ceux régissant la condition de la femme et de l'enfant ;

- de rassembler et de diffuser toutes les informations sur la condition juridique, sociale, économique et culturelle de la femme et de l'enfant pour une meilleure connaissance de leurs droits ;

- d'établir et d'harmoniser les relations entre les femmes juristes et les milieux juridiques ;

- de défendre et de protéger les intérêts professionnels sociaux et culturels des femmes.

L'organigramme de l'association et composé de :

q une assemblée générale ;

q un bureau exécutif ;

q des commissions spécialisées

L'AFJT est ouverte à toute femme tchadienne juriste, mais aussi aux femmes juristes étrangères résidant au Tchad. C'est le bureau exécutif qui assure l'administration de l'association.

2- La Cellule de Liaison des Associations Féminines

Constatant une forte émergence des associations féminines au Tchad, il est créé en 1996 une institution dénommée Cellule de Liaison des Associations Féminines. Cette institution a pour ambition de développer et renforcer la collaboration entre l'Etat, les partenaires du développement et les associations féminines, en vue d'assurer la défense des intérêts particuliers des femmes au Tchad. Elle a pour objectifs :

- créer un espace d'échange et de réflexion pour les associations féminines ;

- assurer la collecte et la vulgarisation des documents importants nationaux et internationaux relatifs à la promotion de femmes ;

- faciliter l'accès à l'information relative aux appuis techniques, matériels et financiers ;

- favoriser les relations entre les associations et les organisations nationales et internationales

- aider à la réflexion sur les stratégies de développement au féminin ;

- assurer la représentation des associations, des membres et de défendre leurs intérêts ;

- constituer une banque de données disponibles et accessible aux associations féminines

- faciliter la participation des associations membres aux événements commémoratifs.

Cette institution a son siège social à N'djaména. Elle est dirigée par une équipe de coordination. Peuvent devenir membres de cette cellule toutes les associations ayant une existence légale et qui en font la demande.

3- Le Réseau des Femmes Ministres et Parlementaires du Tchad (REFEMP/T)

Considérant que la présence massive et la participation effective des femmes dans les instances de décisions sont une condition sine qua non du développement du pays, les femmes ministres et parlementaires du Tchad, réunies en Assemblée Générale les 27 et 28 janvier 1999, décident de la création d'une institution dénommée : Réseau des Femmes Ministres et Parlementaires du Tchad. C'est une organisation à but non lucratif d'utilité publique. Le REFEMP/T se fixe comme objectifs :

- s'atteler à la réalisation du programme d'action de la conférence sur la politique et le développement (CIPD) du Caire en septembre 1994, de la plate forme Africaine de Dakar en novembre 1994, du plan d'action de Copenhague en mars 1995 et du programme d'action de Beijing de septembre 1995, en adaptant les stratégies aux réalités spécifiques de notre pays ;

- de renforcer la collaboration avec les autres réseaux nationaux pour échange d'informations et de partage d'expériences aussi bien sur le plan politique que sur celui de la législation

- inciter toute action de nature à amener le gouvernement à prendre les mesures concrétisant la participation de la femme à la vie publique et à l'exercice des responsabilités politiques ;

- renforcer la collaboration entre les femmes de l'exécutif et celles du législatif pour une meilleure appréhension des questions de la population et de développement.

Cette institution a son siège à N'djaména. Elle est composée de trois organes :

q l'Assemblée Générale

q le Secrétariat Exécutif

q les commissions spécialisées/

C'est le secrétariat exécutif du réseau qui assure les actes de fonctionnement. Le réseau a pour membres toutes les femmes ministres ou parlementaires en activités ou ayant exercé ces fonctions, du membre de droit qui est le ministre chargé de la femme, des membres d'honneur que sont la Première Dame de la République du Tchad, le Représentant local du FNUAP et toute personne ayant rendu d'importants services au Réseau.

Après cette brève présentation, une lecture des réalisations s'avère nécessaire.

§ 2 : Les oeuvres

Par oeuvres, nous désignons les travaux réalisés par ces différentes organisations pour la promotion et l'épanouissement de la femme.

En effet, l'une des réalisations communes à toutes organisations a été la sensibilisation qui se situe à deux niveaux. D'abord elle a pour but d'informer le public en général, et les femmes en particulier de l'existence de des différentes structures, d'expliquer les mécanismes de fonctionnement et de faire montre de leur disponibilité à accueillir toute personne intéressée.

Ensuite, la sensibilisation dans les domaines spécifiques à ces organisations. Ainsi, il en est de la sensibilisation organisée par l'AFJT sur les droits et les devoirs de la femme par le biais des journées de la femme. Le réseau s'oriente beaucoup plus sur les problèmes relatifs à la population plus particulièrement le VIH/SIDA ou encore de CELIAF qui s'évertue à faire comprendre aux associations féminines la nécessité d'adhérer à la coordination.

Outre la sensibilisation, l'AFJT est très active dans le domaine de la formation aux droits de la femme, de la revendication de ces droits en fournissant conseils et assistance judiciaires quand les femmes se trouvent impliquées à un différend. Ce différend peut être d'ordre conjugal, professionnel ou commercial. Elle a aussi tenu des ateliers de formations des leaders politiques féminins ainsi que sur le renforcement des femmes leaders d'une manière générale. Il faut observer que la majeure partie du travail de l'AFJT se déroule à N'djaména compte tenu du nombre très réduit de femmes juristes. Cependant le relais est assuré dans les provinces par quelques rares juristes et des para juristes formés pour le besoin de la cause. La CELIAF par contre, a son domaine de prédilection dans les activités socio-économiques. Elle a des antennes régionales dans les provinces ; elle regroupe plus de trois cent associations. Grâce à elle, plusieurs associations ont bénéficié des formations notamment dans le domaine de gestion des finances des associations, du renforcement des capacités, de la transformation des produits alimentaires, de la fabrication des savons, pagnes etc. 

Elle a par ailleurs cherché et obtenu plusieurs financements pour soutenir les différentes associations. Ces financements ont permis l'achat et l'installation des moulins, la tenue de petites pharmacies et le renforcement des systèmes de crédits qu'octroient les associations à leurs membres. Elle a aussi facilité les voyages de plusieurs femmes tant du côté intérieur que du côté de l'extérieur pour partage d'expériences.

De création récente par rapport à l'AFJT et la CELIAF, le REFEMP/T s'oriente beaucoup plus du côté politique et social.

Du côté politique, à travers le lobby installé entre les membres, les femmes ont eu à faire adopter la loi sur la santé de la reproduction qui était rejetée à la première lecture. Cette loi est l'initiative d'un ancien parlementaire, Marie KOUMANDIAL, laquelle loi devrait porter son nom mais malheureusement ce ne fut pas le cas. Il faut ajouter la tenue de l'atelier « la petite fille leader politique ».

A travers le réseau, les femmes ont pu plaider et négocier des postes importantes pour leurs consoeurs.

Sur le plan social, le réseau s'investit beaucoup plus sur la lutte contre le VIH/SIDA. Il a organisé une caravane de sensibilisation sur toute la zone du sud (Bongor, Kélo, Moundou, Doba, Koumra et Sarh).

Si nous notons des réalisations de ces différentes institutions, il faut remarquer qu'à la lecture de leurs objectifs beaucoup reste à faire ; même les oeuvres déjà réalisées souffrent de lacunes :

· d'abord, la plupart des réalisations se borne à N'djaména, sinon dans les grands centres urbains et le milieu rural le plus concerné est laissé à son triste sort ;

· Ensuite, on constate que le champ d'action de ces organisations se tourne vers le sud du pays. Le nord- excepté Abéché- et le centre sont délaissés. Ce sont pourtant justement des milieux où la religion musulmane règne et la femme éprouve assez de difficultés à s'exprimer afin de revendiquer ses droits ;

· Enfin, hormis quelques incursions dans le domaine politique, ces organisations ne s'attardent pas beaucoup plus sur le volet politique. L'action politique n'est qu'incidente.

Eu égard à ce constat, nous proposons une ébauche de cadre qui aurait essentiellement pour objectif d'oeuvrer dans le champ politique afin d'aider les initiatives féminines.

S II : LE CADRE DE SOUTIEN AUX INITIATIVES FÉMININES EN POLITIQUE (CASIFEP)

Il aurait pour ambition la promotion des femmes en politique. Cette ambition ne pourrait être bien menée que si des stratégies et des actions sont bien élaborées et mises en oeuvre (§2). Mais avant cela, il est judicieux de s'atteler à la présentation du cadre (§1).

§ 1 : La présentation du Cadre

Le cadre de soutien aux initiatives féminines en politique en abrégé CASIFEP se veut être une organisation non gouvernementale, à but non lucratif et d'utilité publique. Elle se fixerait comme objectifs :

q Créer un espace d'orientation et de renforcement des capacités des femmes dans la conduite de l'action publique ;

q Assurer la collecte et la vulgarisation des documents importants nationaux et internationaux relatifs à la promotion politique de la femme ;

q Traduire dans les langues locales les textes tels le code électoral, la constitution, les statuts et projets de société des partis politiques ;

q Rechercher les institutions et organismes qui peuvent financer les femmes pour leur permettre de postuler aux différentes élections ;

q Permettre aux femmes politiques de se concerter pour mener des actions de grande ampleur ;

q Aider et inciter les formations politiques, le gouvernement à concrétiser les actions de nature à promouvoir la participation effective de la femme ;

q Amener la femme rurale à s'intéresser à l'activité politique ;

q Permettre aux femmes de constituer un lobby pour les intérêts politiques des femmes.

Le CASIFEP est ouvert à toutes les femmes. Il sera géré par les agents recrutés par lui pour son fonctionnement. Mais pour concrétiser les objectifs, le CASIFEP élabore des stratégies et actions.

§2 Les stratégies et les actions.

Le projet féministe, tel que nous l'entrevoyons, permet d'inscrire la politique non sur le registre de l'avoir mais sur celui de l'être. Sa clause de viabilité résidera alors dans sa capacité à faire participer de façon égale les hommes et les femmes, de prendre en charge de façon égale les préoccupations et les droits des hommes et des femmes. Il y a à voir, avec plus de netteté, les stratégies à mettre en oeuvre.

L'innovation politique est une obligation parce que l'humain se définit par sa capacité à créer, par sa capacité de se mettre à distance de l'ordre naturel des choses. C'est pourquoi le CASIFEP, pour opérer une rupture, s'orienterait à travers plusieurs stratégies et actions.

Le premier axe stratégique en la matière serait la consolidation du CASIFEP auprès de certains groupes- cibles qui structurent ou ont la capacité de structurer l'action politique. Nous pensons aux femmes ministres et parlementaires, aux femmes politiques, aux intellectuelles, aux entrepreneuses. Ce but ne peut être atteint que si ,par exemple ,les militantes des partis politiques s'approprient cet instrument et y voient un élément d'identification et d'appartenance pouvant contribuer au renforcement de leur position à l'intérieur même de ces partis, une arme leur permettant de peser sur les décisions.

L'autre axe stratégique, c'est le renforcement des aptitudes en négociation des femmes à l'intérieur des structures du pouvoir ; ce qui suppose réellement qu'elles aient conscience de l'importance de leur rôle qui est trop souvent détourné à d'autres fins. L'efficacité de ce travail réside dans la capacité à peser sur deux secteurs essentiels : l'éducation et la communication, autrement dit les secteurs où se forme et se fabrique l'image de la femme.

L'éducation, surtout celle de la petite fille, doit constituer une priorité absolue pour le CASIFEP. Il convient de mener des actions concrètes pour que de plus en plus de filles aillent à l'école, mais surtout y restent jusqu'à des niveaux supérieurs. Il ne peut être question de renforcer la capacité des femmes si elles sont exclues du savoir. La donne mondiale ne se concentre plus seulement sur la matière première mais aussi et surtout sur la matière grise et ses effets induits tels que l'information et la technologie. Mais changer le rapport du savoir signifie aussi changer les images véhiculées par celui-ci, les images pas toujours valorisantes de la femme produite par ce savoir. Il importe d'être vigilant et patient, d'inscrire l'action dans la durée car elle porte directement sur notre imaginaire. On voit bien qu'on ne peut se limiter à une conception étroite de l'éducation : est impliquée en effet l'éducation au sein de la famille ; ce qui présuppose beaucoup de changements, mais aussi l'éducation à la citoyenneté et à la démocratie. Aussi, cette éducation ne doit-elle négliger aucun milieu féminin : les tontines, les associations pendant les travaux collectifs, les mouvements religieux de femmes, etc.

La communication demeure une autre composante sensible de la démocratie et donc un enjeu considérable dans la mesure où elle contribue à la production et au modelage de l'opinion publique et donc de l'imaginaire.

Ainsi, nous schématisons dans le tableau ci-après les autres stratégies et actions à mener pour une participation plus nombreuse des femmes au Tchad d'ici l'an 2015.

STRATEGIES

ACTIONS

Elaborer un manifeste des femmes ; soutien et formation à celles qui sont candidates aux élections

Le manifeste doit être un instrument de persuasion des hommes et des femmes afin qu'ils/elles votent pour la femme ; organiser des ateliers, dans tout le pays, destinés à accroître les cadres de concertation sur les sujets relatifs au statut de la femme ; outre le renforcement des capacités des femmes à négocier, les ateliers doivent servir à rendre les femmes conscientes de l'identité de leur cause, quelle que soit leur adhérence politique

Procéder au recensement des femmes spécialisées dans la formation, en former et les faire connaître auprès des groupes désireux de mener des ateliers de formation politique

Dénombrer les femmes membres des institutions de formations par régions du Tchad, apporter un appui à leur formation politique et renforcer leurs aptitudes en communication/sensibilisation

Constituer des pépinières de leaders politiques féminines

Organiser les campagnes de sensibilisation dans les lycées, collèges, universités pour susciter l'ambition politique ;

Promouvoir l'image des candidates

Créer un événement autour d'elles et les aider à préparer leur projet de campagne

Amener les femmes à voter pour les partis ou les candidats/tes ayant un programme de société favorable à la promotion de la femme

Organiser une équipe technique pour analyser les programmes des partis politiques ou candidats/tes et en ressortir les actions et stratégies de promotion de la femme en vue d'informer, à travers les médias toute la nation et recourir aux langues nationales pour informer l'électorat féminin et en conditionner le vote

Obtenir l'institutionnalisation du système de quota par le biais d'un texte légal

Encourager toutes les femmes qui occupent des postes de responsabilité à tous les niveaux de la société à se constituer en groupe de pression en vue d'exercer une influence sur le mécanisme national chargé des affaires féminines.

Au vu de ces stratégies et actions, il y a pour le CASIFEP, une urgence à avoir un plan d'action avec des activités précises sur les plans juridique, politique, social pour amener la femme tchadienne à la citoyenneté. Qu'est-ce qui, globalement et d'un point de vue juridique, est incompatible avec l'égalité de l'homme et de la femme, ou alors maintient la femme sous tutelle masculine ? Ces éléments doivent être identifiés par le CASIFEP pour constituer des pistes de réflexion et des points d'action.

Le plan d'action gagnerait beaucoup à trouver un ancrage dans l'étude prospective Tchad 2015 mais surtout des Femmes à l'horizon 2015. Le plan d'action pourrait être renforcé par la création d'un Observatoire pour suivre la question de l'éducation des filles, l'évolution des droits de la femme, le traitement des questions relatives à la femme dans les médias, l'évolution politique de la femme à savoir l'inscription sur les listes électorales, l'importance de la candidature des femmes, le nombre d'élues, etc. Cet observatoire permettra de surveiller des acquis juridiques par rapport à la pratique quotidienne et donc pourra avec beaucoup plus d'efficacité guider l'action.

Conclusion générale

Comment les femmes arrivent-elles à faire face aux obstacles socioculturels et politiques pour se hisser dans les instances décisionnelles de l'Etat ? Telle est l'interrogation majeure qui a conduit à ce mémoire. Il s'agit de chercher à déceler les moyens que les femmes utilisent pour parvenir à cette fin. C'est dans le souci de répondre à cette interrogation que nous avons émis les hypothèses selon lesquelles l'implication des femmes dans les instances décisionnelles politiques est tributaire du contexte politique qui connaît des mutations depuis 1990 d'une part et, d'autre part, elle est fonction des facteurs liés à la personnalité desdites femmes.

L'éclipse de la femme de la scène politique s'explique, entre autres, par son statut traditionnel et le contexte politico-institutionnel peu favorable. En effet, la femme est considérée comme un être inférieur dans la société traditionnelle. Cette situation est au fondement de l'orientation de son éducation qui s'est faite dans le sens de son rôle de mère de famille. Ayant reçu une éducation qui inhibe toute prétention à être au-devant de la scène publique en général et politique en particulier, la femme n'a pas le droit de disposer de la terre et d'exercer librement une activité lucrative. Cela réduit son pouvoir économique, la rendant ainsi indéfiniment sous tutelle masculine.

Outre cette situation, le contexte politico-institutionnel marqué par les guerres et les violences politiques n'a guère favorisé l'émergence des femmes en politique. La vie politique était fortement militarisée.

Peu scolarisées, victimes du sous-emploi et des règles coutumières, les femmes ont été pendant longtemps mises à l'écart de la gestion politique.

L'enjeu aujourd'hui pour le Tchad est de donner de nouvelles orientations aux politiques nationales afin de permettre à la femme tchadienne d'être un agent responsable du développement politique de son pays. Et dépuis, avec l'amorce de la démocratisation qui a conduit à la libéralisation de l'espace public, la femme se manifeste de plus en plus publiquement.

Cette émergence politique se justifie par des conditions favorables : nouvelle orientation de l'éducation, l'accès à l'emploi, l'édiction des législations plus favorables à la femme, l'amélioration du statut socio-économique, etc.

Contrairement à la voie classique d'entrée dans la vie politique, c'est-à-dire à travers les formations politiques, l'émergence féminine en politique est beaucoup plus l'oeuvre des organisations de la société civile.

Force est de souligner que même dans l'exercice de l'activité politique, les femmes continuent d'être victimes des discriminations. Ces discriminations s'articulent autour de la survivance des considérations traditionnelles d'un côté et du comportement parfois complice de la femme elle-même de l'autre.

Mais au-delà de tout cela, la démocratie implique la participation de tous les citoyens dans la gestion des affaires de la cité. Ainsi, l'intégration de la femme est nécessaire pour l'humanisation de la vie politique qui n'a que trop souffert de l'infirmité unipolaire. Dans ce sens, la femme tchadienne a beaucoup à apporter car elle n'a pas été aussi salie comme ses frères. Cette intégration est non seulement nécessaire et impérative mais elle constitue également un défi pour une vraie démocratie sans laquelle aucun développement harmonieux, libre et durable ne sera possible.

D'où l'impérieuse nécessité de soutenir l'action politique féminine en institutionnalisant le système de quota dans les listes électorales, en finançant les femmes, ou encore les aidant à organiser leur campagne politique. C'est seulement dans cette optique que nous pourrons donner force à l'assertion : « La femme est l'avenir de l'humanité ». Elle est à ce titre incontournable pour la survie de cette humanité. L'équilibre humain ne peut donc être atteint que dans la parfaite symbiose entre l'homme et la femme pour l'unité de la nation.

La promotion politique de la femme nous paraît comme une voie obligée pour le développement de la société tchadienne. Dès lors, la participation de la femme à la vie politique est une nécessité démocratique.

Ce travail sur la participation de la femme à la vie politique au Tchad n'a certes pas épuisé tous les aspects de la question, notamment l'activisme politique. Cela nous aurait permis de mesurer l'implication des femmes dans les structures de leurs partis politiques respectifs, leur capacité à être leaders politiques, ou encore leur action dans les revendications politiques et civiques.

Au demeurant, ce travail a permis de jeter un regard sur la place qu'occupent les femmes dans les instances décisionnelles, de visiter les structures qui oeuvrent pour l'éclosion de la femme tant dans le domaine politique que socio-économique. Il a par ailleurs permis de poser les jalons d'une structure dont la mise en pratique contribuerait à accroître l'effectif et assurer le positionnement des femmes en politique.

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?   Tshibilondi, « Enjeux de l'éducation de la femme au Zaïre », in Cahiers de l'UCAC n°1/1996, pp. 119-135.

Textes

?   CEFOD, Recueil de textes sur les libertés publiques, N'Djaména, cefod, 2ème éd., 2003

?   Constitution de la République du Tchad de mars 1996.

?   Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes de 1979

?   Pacte international relatifs aux droits économiques, sociaux et culturels de 1996.

?   Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966.

ANNEXE I

Guide d'entretien

Situation matrimoniale

Age Célibataire Mariée

Sexe Veuve

Nombre d'enfants

Niveau d'instruction

Primaire Secondaire Supérieur

Parti : Poste dans le parti :

Circonscription politique : Commission parlementaire :

Religion : Ethnie :

1-Comment êtes-vous arrivée en politique ?

2-Votre présence aujourd'hui dans les instances décisionnelles de l'Etat peut-elle s'analyser comme une évolution de la vie politique ?

3-Avez-vous été membre d'une association féminine ?

Si oui, laquelle ?

Quel poste aviez-vous occupé ?

4-Quelle a été l'attitude de votre mari quand vous vous êtes engagée en politique ?

Vous a-t-il, par exemple, aidée financièrement ou personnellement quand vous étiez en campagne ?

5-Votre niveau d'instruction a-t-il été un atout pour votre ascension politique ?

6-Quelles sont les motivations de votre choix pour la législature ?

7-Dans votre situation actuelle, êtes-vous consultée par les hommes pour les décisions importantes concernant votre parti ? Le pays ?

8-Le nom de votre père ou de votre mari vous a-t-il aidée à grimper facilement dans les instances politiques ?

9- Vous arrive-t-il de faire usage du concept genre (pour évoquer le problème de l'égalité des femmes et des hommes) pour vous faire entendre au conseil des ministres ? Dans votre commission parlementaire ?

Sinon, quels sont vos moyens ?

10-Avez-vous un cadre, vous femmes ministres et parlementaires ?

Si oui, que faites-vous ?

11- Vous arrive-t-il de vous concerter en dépit de vos appartenances politiques pour faire passer une décision touchant toutes les femmes ?

Si oui, quels sont les moyens que vous déployez ?

12- Que faites-vous pour attirer les jeunes filles à s'intéresser à la politique ?

13-Quand vous étiez (ou êtes) ministre, quelles sont les actions que vous avez entreprises dans le domaine de la promotion de la femme ?

Ont-elles abouti ?

Pourquoi ?

14-Est-ce facile pour une femme d'être politiquement responsable ?

Sinon quels sont les obstacles ?

15-Comment arrivez-vous à joindre votre rôle de mère et de femme politique ?

16-Avez-vous eu des affinités avec une rébellion, même de loin ?

ANNEXE II LISTE DES FEMMES PARLEMENTAIRES

PARLEMENT PROVISOIRE DE TRANSITION 1993 - 1997 (CST)

Noms et prénoms

Fonction

Appartient aux partis politiques ou à la société civile

Albatoul Zakaria

Questeur adjoint

M.P.S

Bourkou Louise Kabo

Membre

Société civile

Djanbei Assanie

?        2e Rapporteur de la Commission Education, Culture, Jeunesse et Sports (1993 - 1995)

MPS

?        Rapporteur Général de la dite commission

Fatimé Diakité

Membre

Société civile

Fatimé Issa Ramadan

?        Rapporteur de la Commission Contentieux, Economie et Finances ;

Société civile

?        Secrétaire Adjoint

Fatimé Sissoko Nar

Rapporteur de la Commission Santé, Affaires Sociales et Droits de l'Enfant

Société civile

Hadja Halimé Oumar Taher

Membre

Société civile

Kadidja Touré

Rapporteur de la Commission Droits de l'Homme

Société civile

Somte Ndealbaye Delphine

Membre

Société civile

Source : Centre de documentation de l'Assemblée Nationale

LA LEGISLATURE DE 1997-2002

Nom et prénom

Fonction

Appartenance politique

Dina Balingar

Membre de la Commission Affaires Sociales

URD

Ihdjima Abdermane

Rapporteur de la Commission Politique Générale

UNDR

Marie Koumandiah

Présidente Commission Affaires Sociales

UDR

Source : Centre de documentation de l'Assemblée Nationale

LEGISLATURE DE 2002-2006

Nom et prénom

Fonction

Appartenance politique

Deneram Miantamare Salomène

Questeur Adjoint

M.P.S.

Dersou Kalbasou Dagadang

Membre de la Commission Santé, Affaires Sociales, Conditions de la Femme et Droits de l'Enfant

M.P.S.

Fatimé Tchombi Djimadingar

Présidente de la Commission Santé, Affaires Sociales, Conditions de la Femme et Droits de l'Enfant

M.P.S.

Khadidja Hassaballah

Rapporteur Adjointe, Commission Economie, Développement et plan

M.P.S.

Khadidja Nassour Hassan

Membre de la Commission Santé, Affaires Sociales, Conditions de la Femme et Droits de l'Enfant

M.P.S.

Koumagoto Neloumngaye Juliette

Membre de la Commission Education, Culture, Recherche et Ressources Humaines

M.P.S.

Loum Elise Ndoadoumngue Neloumsei

2e Vice - présidente de l'Assemblée Nationale

M.P.S.

Natoungue Joséphine

Membre de la Commission, Education, Culture, Recherche et Ressources Humaines

FAR

Ngadala Marie

Membre de la commission Santé, Affaires Sociales, Conditions de la Femme et Droits de l'Enfant

M.P.S.

Yorossim Kodjioutou Simone

Membre de la Commission, Education, Culture, Recherche et Ressources Humaines

M.P.S.

Source : Centre de documentation de l'Assemblée Nationale

ANNEXE III : LISTE DES FEMMES MEMBRES DU GOUVERNEMENT DE 1993 - 2003

Noms et Prénoms

Postes

Achta Selguet Aguidi

?        Ministre des Affaires Sociales et de la Condition Féminine2

?        Ministre de la Fonction Publique et du Travail

Agnès Alafi Maimouna

?        Ministre de l'Action Sociale6

?        Ministre des Postes et de Télécommunication

Akia Abouna

?        Ministre du Développement Touristique2

Aziza Ahmat Senoussi

?        Ministre de la Femme, de l'Enfant et des Affaires Sociales

Bintou Malloum

?        Secrétaire d'Etat à la Fonction Publique et du Travail

?        Ministre des Affaires Sociales et de la Famille3 

Daboulaye Kolo Mayoumbila

?        Ministre de la Culture, de la Jeunesse et de la Promotion des Sports

Deneram Miantamare Salomène

?        Secrétaire d'Etat aux Travaux Publics, à l'Habitat et aux Transports

Fatimé Kimto

?        Ministre de l'Action Sociale et de la Famille

?        Ministre de la Santé Publique

Loum Elyse N. Neloumsei

?        Ministre de l'Action Sociale et de la Famille

Mariam Mahamat Nour

?        Ministre du Plan et de la Coopération4

?        Ministre de la l'Environnement et de l'Eau2

Monique Ngaralbaye

?        Ministre de l'Action Sociale et de la Famille

Ngarmbatina Odjimbeye Karmel Sou IV

?        Ministère des Affaires Sociales et de la Promotion Féminine

?        Secrétaire Générale du Gouvernement

NB : Les chiffres en indice renvoient au nombre de fois que ces femmes ont occupé lesdits postes ministériels.

Source : Service des archives du Secrétaire Général du Gouvernement Adjoint.

ANNEXE IV

QUELQUES FIGURES POLITIQUES FEMININES

Mme Fatime TCHOMBI DJIMADINGAR, Député MPS, Présidente

de la Commission Santé, Affaires Sociales, Condition de la Femme

et Droit de l'Enfant( législature 2002-2006)

Mme LOUM N. Elise, Député MPS ,2eme Vice-présidente de l'Assemblée

Nationale (Législature 2002-2006)

Mme NGADALA Marie, Député MPS (Législature 2002-2006)

Mme BOURKOU Louise Kabo, Député au Parlement provisoire ; l'une

des premières femmes députés de 1959

Mme DERSOU K. DAGADANG, Député MPS (Législature 2002-2006)

Mme Khadidja HASSABALLAH HAMID, Député MPS, Rapporteur Adjoint

de la Commission Economie, Plan et Développement

Mme KOUMAGOTO NELOUMNGAYE Juliette, Député MPS (Législature

2002-2006)

Mme ALBATOUR ZAHARIA, Député au Parlement provisoire.

Mme Khadîdja TOURE, Député au Parlement provisoire.

Mme DENERAM MIATARMARE Salomène, Député MPS, Questeur

Adjoint, (Législature 2002-2006)

Mme NATOUNGUE Joséphine, Député FAR (Legislature2002-2006)

Mme NGARMBATINAN Karmel SOU-IV, ancienne Ministre et Secrétaire

Générale du Gouvernement, actuellement Secrétaire Exécutif du REFEMP /T

Mme Fatimé KIMTO, première femme Ministre au Tchad (1984), actuellement

Ministre des Affaires Sociales et de la condition féminine

Mme LOUM N. Elise, ancienne Ministre de l'Action sociale et de la Famille.

Mme DENERAM MIATARMARE Salomène, ancienne Secrétaire d'Etat aux

Travaux Publics, à l'Habitat et aux Transports

Table des Matières

Dédicaces .....................................................................................a

Remerciements..................................................................................b

Sigles et abréviations..........................................................................c

Glossaire..........................................................................................d

Liste des annexes..............................................................................e

Sommaire.........................................................................................1

Introduction générale.................................................................2

A-Objet..........................................................................................4

B-Contexte d'étude ..........................................................................8

C-Problématique..............................................................................9

D-Hypothèses................................................................................12

E-Méthodologie..............................................................................12

a) Echantillon..............................................................................13

b) Les techniques d'investigation.....................................................14

c) Les modèles d'analyse...............................................................15

TITRE1 : LA VIE POLITIQUE ET LES CONDITIONS DE PARTICIPATION.18

Chapitre1 : Un bref aperçu historique de la vie politique au Tchad.....19

S I : De la période coloniale a l'indépendance....................................19

§1 :La période coloniale...........................................................19

A-L'organisation administrative...............................................19

B- Les premiers partis politiques au Tchad................................21

§2 : Les années de l'indépendance...........................................24

A- Le régime de Tombal baye................................................24

B- La naissance de la rébellion...............................................25

S II : De la période de 1975 au retour du multipartisme..........................26

§1 : Le règne du CSM et celui des tendances du Frolinat................26

A- Le Conseil Supérieur Militaire .............................................27

B- Le règne des tendances du Frolinat......................................28

1-Le Gouvernement d'Un ion Nationale.................................29

2-Le régime de Hissein Habré .............................................31

§2 : Le retour du multipartisme....................................................32

A-L'arrivée au pouvoir de Idriss Deby.........................................33

B- La renaissance des partis politiques .......................................33

Chapitre 2 : La participation féminine à la vie politique.....................35

S I : Les obstacles à la participation ..............................................35

§1 : Les contraintes d'ordre socio culturel.....................................35

A- Le statut traditionnel de la femme.....................................35 

B- Les Considération religieuses ..........................................38

§2 : Les contraintes d'ordre politico institutionnel..........................40

S II : Les atouts ........................................................................41

§1 : Les mutations socio économiques et culturelles......................41

A-l es transformations socioéconomiques................................42

B-les transformations culturelles............................................43

§1 : Les atouts d'ordre institutionnel ..........................................44

A- le cadre législatif.............................................................45

1-Au plan international .......................................................45

2-Au niveau régional..........................................................46

3-Au niveau national..........................................................46

B- L'environnement politique international.................................47

TITRE 2 : FEMME, ACTRICE POLITIQUE..............................................49

Chapitre 3 : Femme, ressource politique...........................................50

S I : Les voies d'entrée dans la vie politique......................................50

§1 : Les manifestations en public..................................................50 

A- les associations : Tremplin pour une ascension politique.............51

B-L'héritage politique ...............................................................53

§2 : La Conférence Nationale Souveraine.......................................54

A-Un aperçu de  la Conférence Nationale Souveraine.....................55

B- La femme a la Conférence Nationale Souveraine........................56

S II : Femme , actrice de la vie politique..............................................58

§1 : La présence effective des femmes dans les hautes instances.........59

A- Au niveau du Gouvernement.................................................59

B- Au niveau du législatif..........................................................60

§2 : Une participation qui reste limitée................................................62

A- Les facteurs externes...........................................................62

B- Les facteurs d'ordre interne...................................................64

Chapitre4 : Pour une amélioration de la femme en politique au Tchad..67

S I : La lecture des organisations ......................................................67

§1 : Présentation sommaire des structures .......................................67

1-L'Association des Femmes Juristes du Tchad .............................67

2-La Cellule des Liaisons des Associations Féminines.....................68

3-Le Réseau des Femmes Ministres et Parlementaires ...................69

§2 : Les oeuvres...........................................................................70

S II : Le Cadre de Soutien aux Initiatives Féminines en Politique...............73

§1 : La présentation du cadre .........................................................73

§2 : Les stratégies et les actions .....................................................74

Conclusion générale...............................................................79

Bibliographie..................................................................................82

Table des matières..........................................................................86

* 1 BOURDIEU P. dans sa leçon inaugurale au collège de France en 1982 cité par Philippe Braud in Collectif La place des Femmes : enjeux de l'identité et de l'égalité au regard de Sciences Sociales, Paris, Karthala, 1998  P 34

* 2 Diderot, Essai sur le caractère, les moeurs et l'esprit des femmes dans les différents siècles, Paris, Edasserat,

1875-1877, 2 vol. T II PP 258-259

* 3 Condorcet cité par Daniel Hocheclez ; et Cécile Maurice « règles et réalités. Européennes » in Pouvoirs n° 82

/1997 P. 77

* 4 Mary Wollstonecraft « Vindication of Rights of Man, 1971 cité par D. Hochder et C. Maurice op cit.

* 5 COQUERY-VIDOVITCH : Les Africaines : histories des femmes d'Afrique noire, XIXè -XXè siècles, Paris

Desjonguères. P. 65.

* 6 Coquery op. cit. p 263

* 7 SEMBENE O, les Bouts de Bois de Dieu, Paris, presse pock 1990 p. 288

* 8 cf l'article de Grunberg G. « acteurs et comportement politique » in Cahiers français No 276

* 9 GRAWITZ M. & LECA J., Traite de sciences politiques : T3 ; action politique, Paris, PUF, 1985, p76

* 10 Rapport plan d'action des femmes à Beijing 1995.

* 11 COORDONNIER Femmes Africaines et Commerce : les revendeuses de tissus de Lomé, ORSTOM Paris, 1982, p.87

* 12 LY DIOP F. , « Bilan des politiques et perspectives sur la problématique des femmes au Sénégal : l'intérêt

Culturel et développement en Afrique Noire »  , Claude Beauchamp (sous-Dir)Paris, Harmattan, 1997

* 13 NGADJUI N : les droits politiques de la femme au Cameroun, Yaoundé, édition Zaye, nov. 1990

* 14 ROKHAYA F., Femmes et pouvoir dans les sociétés sénégambiennes, commentaire d'histoire, Bamako, 1994 42p

* 15 Boubacar Barry, le royaume du Waolo, paris Karthala, 1985, p. 85

* 16 DIAW A .Démocratie et logique identitaire en acte, l'intervention de la politique en Afrique, Dakar

CODESRIA, monographie, 1994 p. 13.

* 17: GHI GLEONE R.. ; MATALAN B., les enquêtes sociologiques, théories et pratiques, Paris, Armand Collin, p. 29

* 18 CROZIER & FRIELDBERG : l'acteur et le système : les contraintes de l'action collective, Paris, Seuil, 1982 p203

* 19 De CERTEAU M. L'invention du quotidien :les arts de faire , paris, Union générale d'ed.,1980,373 p.

* 20 BOUDON R.: Effets pervers et ordre social, paris, PUF, 1997 P 81

* 21 BRAUD (P.) : La vie politique, Paris, PUF ,1985 P.7

* 22.LANNE B. : Histoire politique du Tchad de 1945 à 1958, Paris, Karthala, 1998, p. 9

* 23 .LANNE Ibidem

* 24 Ceci était vrai pour toute l'AEF, la législation étant, sauf rares exceptions, la même dans les 4 territoires .LANNE, Op. Cit. p. 21.

* 25 .LANNE, Ibidem.

* 26 DIGUIBAYE G. LANGUE R., L'Essor du Tchad, Paris, PUF, 1969, p. 3

* 27 LANNE B., Op. Cit. P.136.

* 28 Pour plus d'informations voir HUGOT P, Le Tchad, Paris, Nouvelles Editions Latines, 1965, 155 pages.

* 29 N'GANGBET M., Peut-on encore sauver le Tchad, Paris, Karthala, 1984, p 12

* 30 N'Gangbet, Op. Cit. p. 14

* 31 DADI A. Tchad, L'Etat retrouvé, Paris, L'Harmattan, 1987, p. 44.

* 32 Ces changements concernaient aussi bien le nom des villes que celui des individus : Fort-Archambault devient Sarh ; Fort-Lamy devient N'Djamena et pour donner le ton François Tombalbaye devient Ngarta Tombalbaye

* 33 Ngansop G .J., Tchad, Vingt ans de crise, Paris, L'Harmattan, 1986, p. 59.

* 34 DERLEMARI N., Le Labyrinthe de l'instabilité politique au Tchad, Paris, L'Harmattan, 1998, p. 30.

* 35 BUIJTENHUIJS R. Le Frolinat et les guerres civiles du Tchad ,1977 à 1984, Paris, Karthala, ASC, 1987, p. 27.

* 36 N'Gangbet, Op. Cit., p. 39.

* 37 N'GANGBET ibidem.

* 38 N'GANGBET, Op. Cit. p. 43.

* 39 DERLEMARI. N. , Op. Cit. p. 36

* 40 BUIJTENHUIJS R., Op. Cit. p. 300.

* 41 BUIJTENHUJS R., La Conférence Nationale Souveraine, Paris, Karthala, p.15.

* 42 BUIJTENHUJS, Op. Cit p. 18.)

* 43 MEAD M., Une éducation en Nouvelle Guinée, paris, Payot 1973 p. 209

* 44 FAIK-NZUKI : faits, constats et perspectives dans l'éducation en Afrique Noire cité par Albertine Tshibilondi Cahiers de l'UCAC n° 1 p. 122.

* 45 Napoléon Bonaparte cité par DHAVERMAS O.: Droits des femmes : pouvoirs des hommes, paris, seuil, 1978, p. 241.

* 46 In l'histoire des femmes en Afrique, COQUERY-VDROVITCH. C. Cahier n° 11 Harmattan, paris, 1988, p. 91.

* 47 GALI GATA N.: Tchad, guerre civile et désagrégation de l'Etat, paris, Présence Africaine, 1985 p. 63.

* 48 KONTE G. : femmes rurales dans les systèmes fonciers au Burkina-Faso, cas de l'oudalan, du Sanmatenga in Politique Africaine n° 65 p. 9.

* 49 VERHAEGEN B., Femmes Zaïroises Kisangani : combats pour la survie, paris, l'Harmattan, 1992, p. 214.

* 50 Nous omettons volontiers d'aborder la situation de la femme chez les animistes, car aujourd'hui cette religion est en voie de disparition au Tchad. Elle fait place à l'islam et au christianisme.

* 51 Hadith cité par BUZZIVEIL L. : Analyse de la situation de la femme en Afrique de l'Ouest et du Centre, Abidjan, CEPRASS, 2000, p. 67.

* 52 Cite Roby Bois « les discours sur les femmes dans le christianisme » IN Dore-Audibert (A) ;Bessis(S)(Sous dir) Femmes de méditerranée Paris,Karthala,1995,p78

* 53 Roby Bois  op cit p80

* 54 HENRY A. : Tontines et Banques au Cameroun : les principes de la société des amis, paris, Karthala, 1991, p. 105.

* 55 DAKOUMANDJE D. : 1997-1998 Les femmes et les tontines en milieu urbain : le cas de la ville de Moundou au Tchad, UCAC-CY mémoire de Maîtrise en Sciences Sociales 1999, 95p

* 56 MBAIPEUR N : Femme, crédits et développement : l'action de VITA/PEP à N'Djaména au Tchad, Mémoire de Maîtrise en socio-Anthropologie, UCAC-ICY, juillet 2002.152p,.

* 57 Source : service des données statistiques du Ministère de l'Education Nationale. La scolarisation des filles va grandissant comme en témoigne ce tableau ci-dessous.

* 58 Précisons que ce chiffre date de 1993, jusque là aucun autre recensement n'a été fait pour nous permettre de voir l'évolution ; toutefois nous signalons qu' aujourd'hui, on rencontre plus de femmes travailleuses tant du côté du secteur public que privé.

* 59 Nous tenons à préciser que le nombre de ces associations féminines est largement supérieur à celui fourni par la CELIAF, car la CELIAF ne dispose que des données des associations qu'elle coordonne qui d'ordinaire se situent dans les zones urbaines. Par contre les associations féminines des zones rurales avec des structures de fonctionnement pas très formalisées n'y figurent pas.

* 60 ZOBEL J., La rue cases-nègres, Paris, Présence Africaine 1974 p.152.

* 61 EBOUSSI BOULAGA F., Les Conférences Nationales en Afrique Noire : une affaire à suivre, Paris, Kart hala, 1993, p. 7.

* 62 Pour d'amples informations se référer à BUIJTENHUIJS R., La Conférence Nationale Souveraine du Tchad : un essai d'histoire immédiate, paris, Karthala, 1993, 212 p.

* 63 Précisons que le nombre des participants à cette conférence a varié dans plusieurs documents que nous avons consultés. On avancé tantôt le chiffre 1247 tantôt 1097, le chiffre que avons gardé est celui qui figure dans FAURE P. (Sous DIR) La société civile, N'Djaména, CEFOD, 1995 p41.

* 64 FAURE P. op. cit. p...

* 65 BUIJTENHUIJS R.op cit p.

* 66 EBOUSSI BOULAGA F., op. cit. pp. 9-10.

* 67 BUIJTENHUIJS R. Op cit p. 81.

* 68. BUIJTENHUIJS R, op cit p. 81

* 69 BUYTENHUIJS. ibidem

* 70 ZANG NGUELE R. « la marginalisation des femmes camerounaises dans les instances nationales »IN EKABOUMA M.C (SOUS Dir.) Pouvoir & Politique, Yaoundé, fondation Friedrich Ebert Stiftung 1997, p. 3

* 71 Les données figurant dans l'analyse ci-dessus ont été calculées grâce aux archives fournies par le service de la documentation du Secrétariat Général du Gouvernement Adjoint (SASGGA)

* 72 Compte tenu des difficultés d'accès aux archives de la Commission Electorale Nationale Indépendante, nous ne sommes pas à mesure de donner avec exactitude le nombre de femmes candidates aux législatures.

* 73 Expression qui désigne la poule dans le parlé Ngambay, utilisé ici pour désigner des femmes aux moeurs légères qu'on offre aux visiteurs.

* 74 Nom issu des langues du groupe Sar, utilisé ici pour désigner les femmes libres.






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