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Théorie de la Reconstruction Rationnelle. Programmes de Recherche et Continuité en sciences

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par Julien NTENDO BIASALAMBELE SJ
Faculté de Philosophie St Pierre Canisius, KInshasa - Licence en philosophie 2007
  

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II.3.1.2. L'interprétation lakatosienne de l'expérience de Michelson

D'après Lakatos, cette expérience est pertinente pour la méthodologie de programme de recherches en ce sens que l'expérience permet de mieux cerner l'essence d'une expérience cruciale. Notre auteur affirme le but visé par Michelson était de mettre en épreuve les théories contradictoires de Fresnel et de Stokes sur l'influence du mouvement de la terre sur l'éther :

« Selon la théorie de Fresnel, la Terre se meut à travers un éther au repos, mais l'éther intérieur à l'espace terrestre est pareillement emporté par elle dans son mouvement; cela implique donc que la vitesse relative par rapport à la Terre de l'éther extérieur est positive (Il existe donc un vent d'éther). Selon la théorie de Stokes, l'éther est entraîné par la Terre et, juste à a surface terrestre, Terre et éther ont la même vitesse; la vitesse relative de l'éther est donc nulle »177(*).

Bien que contradictoires, ces deux théories paraissent similaires du point de vue de l'observation, en vertu de leur incapacité à rendre compte de la propagation de la lumière. L'effort de Michelson consiste, non seulement d'avoir départagé ces deux théories, mais surtout d'avoir fourni une expérience cruciale corroborant la théorie de Stokes. Ceci, parce que la vitesse de la terre par rapport à l'éther est bien plus faible que ne le veut la théorie de Fresnel. Cette conclusion conduit à infirmer l'hypothèse de l'inexistence de l'éther. L'hypothèse de Michelson fut contestée par Lorentz qui n'y voyait pas une réfutation de la théorie de Fresnel. Pour Lorentz, la théorie de Stokes et, par conséquent l'hypothèse de l'inexistence de l'éther stationnaire, sont erronées.

La collaboration de Michelson et Morley leva le défi lancé par Lorentz. Et dans un de ses articles, Michelson aboutit à cette conclusion qu'il existe bel et bien un mouvement de la Terre par rapport à l'éther. Ce mouvement, quoique faible, suffit pour détruire la thèse de Fresnel178(*). Dans cet article, et face aux critiques d'autres chercheurs, Michelson ne se prononce plus sur l'inexistence de l'éther. Devant la résistance de Lorentz qui réussit à formuler un déplacement progressif de Fresnel, et découragé par son propre échec à prouver l'inexistence de l'éther que prédisait la théorie de Stokes, Michelson conclut en la fausseté de ses propres calculs et se résolut d'accorder son crédit à la théorie de Fresnel179(*). Il s'avoua vaincu par les défenseurs de l'éther.

Il a fallu Einstein pour mettre au point un programme nouveau qui, finalement reconnut la pertinence de Michelson, programme dont Einstein ignorait même les travaux. Son programme qui prédisait l'expérience de Michelson et plusieurs autres faits qui n'étaient pas prédits avant, des faits qui furent corroborés de manière spectaculaire. L'important, souligne Lakatos,

« C'est alors seulement, après vingt-cinq ans, que l'expérience de Michelson en vint à être considérée comme "la plus grande expérience cruciale négative de l'histoire des sciences" »180(*).

Cette expérience révèle clairement l'utopie d'une rationalité immédiate entendue comme une expérience qui réfute un programme de recherche. D'abord parce que les déplacements progressifs peuvent apparaître ou être reconnus comme tels avec un grand recul. Ensuite, parce que les défenseurs d'un programme de recherche peuvent, à la longue, développer des variantes satisfaisantes d'un même programme, transformant ainsi les éléments de contre-preuve en éléments de corroboration du programme dégénéré. Ils transformeraient ainsi les éléments corroborants du programme vainqueur en éléments de sa défaite.

Fort malheureusement, les théories justificationnistes181(*) se basent sur l'exigence d'une rationalité immédiate. Pour Lakatos, toutes ces théories ont échoué, car en science, la rationalité opère beaucoup plus lentement, et elle est une rationalité faillible, qui reste encore ouverte à la critique et à la discussion rationnelle. La rationalité n'est jamais dogmatique182(*). Ce qui importe, c'est l'exigence de continuité, la ténacité des théories. La rationalité scientifique ne peut dès lors s'expliquer que si la science est interprétée comme un vaste champ de bataille où s'affrontent des programmes de recherche, et non pas des théories isolées. Il faut alors sortir les théories de leur isolement. Car on ne peut dire d'une théorie qui s'isole qu'elle est rationnelle.

L'analyse lakatosienne implique un nouveau critère de démarcation, en termes de science mature et science immature. La science encore immature procède par essais-erreurs, alors que la science mature consiste en programme de recherche et se distingue par la richesse de son pouvoir heuristique. L'heuristique positive esquisse les modalités de construction du glacis protecteur ; elle assure l'autonomie de la science théorique.

Les grandes articulations de la méthodologie de programme de recherche se présentent donc ainsi. Eu demeurant, à titre illustratif, pouvons-nous nous demander en quoi le programme de Copernic a-t-il supplanté celui de Ptolémée. Cette question implique une relecture historico-critique de la révolution copernicienne à la lumière de la méthodologie de programme de recherche.

* 177 Lakatos, Histoire et Méthodologie des sciences. Programmes de recherche et reconstruction rationnelle, pp. 102-103.

* 178 Idem, p. 104.

* 179 Cfr. Idem, pp. 105-106.

* 180 Idem, pp. 106-107.

* 181 Cette catégorie comprend les empiristes qui fondent la rationalité sur l'évidence de la preuve, les probabilistes qui recherchent le degré de prouvabilité d'une théorie en fonction des éléments de preuve dont on dispose, et le falsificationniste naïf qui milite en faveur de l'élimination immédiate des théories, en face du verdict de l'expérience.

* 182 Idem, p. 124.

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"En amour, en art, en politique, il faut nous arranger pour que notre légèreté pèse lourd dans la balance."   Sacha Guitry