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Université Catholique d'Afrique
Centrale Institut Catholique de Yaoundé Faculté de
Sciences Sociales et de Gestion
Catholic University of Central Africa Catholic
Institute of Yaoundé Faculty of Social Sciences and
Management
ETHNICITE ET MANAGEMENT DES STAFFS LOCAUX DANS
LES ONG INTERNATIONALES AU BURUNDI Mémoire
présenté et soutenu en vue de
l''obtention du
diplôme de Master
de Développement et Management des
Projets
Par Monsieur Christian
MUNEZERO Licencié en Sciences Sociales Sous la
direction de Professeur Marie-Thérèse
MENGUE Sociologue Yaoundé 2008

Dédicace
A ma grande soeur Madame Philévie Delphine
NDUWAYO-HEDDEBAUT
A la mémoire de mes défunts parents Monsieur
Philippe KANZINYA, Madame Léocadie TOYI
A la mémoire de mon défunt frère Monsieur
Jean-Patrick NDUWAYO
Remerciements
Mes remerciements sont particulièrement adressés
au Père Bob ALBERTIJN s.j. pour son appui tout au long de mon cursus
académique, au Père Pierre OLRY s.j. Directeur National de
l'organisation internationale Jesuit Refugee Service-Burundi au moment
de ma descente sur le terrain à Bujumbura pour son soutien technique,
ainsi qu'à mon Directeur de mémoire le Professeur
Marie-Thérèse MENGUE qui a bien voulu me guider pour la
réalisation de ce travail.
Ma gratitude va également vers ceux qui m'ont fait
partager leurs expériences et prodigué des conseils pour la
finalisation de cette recherche, notamment les responsables des ONG
internationales regroupées au sein du RESO au Burundi, mes
collègues du Cabinet DCBC-Sarl et ceux de l'ONG CANADEL au Cameroun.
Je n'oublie pas de remercier tous mes amis camerounais et
étrangers de l'UCAC. Leur hospitalité et leur amitié
sincère m'ont aidé à traverser dignement les moments
difficiles, et à apprécier à leur juste valeur les moments
de joie de ma vie d'étudiant au Cameroun.
Sommaire
DEDICACES 1
REMERCIEMENTS 2
SOMMAIRE 3
SIGLES ET ABREVIATIONS 5
INTRODUCTION GENERALE 6
CONTEXTE 7
CHAMP D'ETUDE 11
DEFINITION DES CONCEPTS 12
REVUE DE LITTERATURE 15
PROBLEMATIQUE 25
HYPOTHESES 25
PRESENTATION DU CHAMP D'ENQUETE 26
METHODOLOGIE DE RECHERCHE 27
PRESENTATION DE L'ECHANTILLON 29
MODELES THEORIQUES D'ANALYSE 30
CHAPITRE I : LA VARIABLE ETHNIQUE DANS LE TEAM
BUILDING AU SEIN DES ONG INTERNATIONALES AU BURUNDI 31
I- 1- LES ORGANISATIONS NON GOUVERNEMENTALES
INTERNATIONALES AU BURUNDI 32
I- 2- LES TENDANCES LOURDES POUR LE TEAM
BUILDING DANS LES ONG INTERNATIONALES 35
CHAPITRE II : LES APPROCHES MANAGERIALES DES
RESPONSABLES DES ONG INTERNATIONALES FACE A LA QUESTION ETHNIQUE
41
II-1- L'APPROCHE DO NO HARM ET LE MODELE DE MANAGEMENT
CROSS-CULTUREL 42
II-2- LE PRINCIPE DE NON-INGERENCE 50
CHAPITRE III : INCIDENCE DES MODELES MANAGERIAUX SUR
LES RELATIONS PROFESSIONNELLES DANS LES ONG INTERNATIONALES
54
III-1- DE L'ACCEPTATION AFFICHEE DE L'ALTERITE DANS LES
RELATIONS PROFESSIONNELLES 55 III-2- QUAND DES ONG
INTERNATIONALES DEFENDENT LE PRINCIPE DE NON INGERENCE... 65
CHAPITRE IV : LE DESARROI DU MANAGER EXPATRIE FACE A
LA COMPLEXITE DES LOGIQUES DES EMPLOYES LOCAUX 70
IV-1- LA DIFFICILE COMPREHENSION DES ELEMENTS DU
CONTEXTE LOCAL PAR LES MANAGERS DES ONG INTERNATIONALES 71 IV- 2- LA «
SOCIALISATION ETHNIQUE » DES CADRES EXPATRIES DES ONG INTERNATIONALES 77
IV-3- LES PERSPECTIVES DE LA QUESTION ETHNIQUE DANS LE MANAGEMENT DES STAFFS
LOCAUX
81
CONCLUSION 84
ANNEXES 88
ANNEXE 1 : TABLEAU 2 : LISTE DES ONG MEMBRES DU RESO 89
ANNEXE 2 : TABLEAU 3 : ONG INTERNATIONALES PAR PROVINCE ET PAR
SECTEUR
D'INTERVENTION 90
ANNEXE 3 : GUIDE D'ENTRETIEN 92
BIBLIOGRAPHIE 95
Sigles et abréviations
CDA: The Collaborative for Development Action
CNDD-FDD : Conseil National pour la Défense de la
Démocratie - Front pour la
Défense de la Démocratie
FNL-PALIPEHUTU : Front National de Libération - Parti pour
la Libération du Peuple
Hutu
JRS : Jesuit Refugee Service
ONG: Organisation Non Gouvernementale
RESO: Rassemblement Echange et Solutions entre ONG UCAC:
Université Catholique d'Afrique Centrale
Introduction générale
Contexte
Au Burundi, treize ans de conflit armé ont vu la
diminution de la dimension de l'Etat et la réduction de son
efficacité dans plusieurs secteurs. Aussi, plusieurs organisations non
gouvernementales (ONG) locales et internationales ont-elles pris le relais pour
palier à la fin de « l'Etat providence ». Actuellement, la
richesse économique est devenue extrêmement rare, le secteur
privé anémié et la création des emplois par
celui-ci réduite presque à néant. Parallèlement, le
système éducatif continue à déverser, chaque
année, des centaines de diplômés sur le marché du
travail.
La voie la plus accessible à tous pour acquérir
les moyens de consommation semble alors résider dans l'économie
populaire, mais l'emploi y est précaire et les revenus faibles. Une
autre voie est celle de postuler aux postes de responsabilité dans les
institutions républicaines via des réseaux politiques. Mais,
devant le nombre limité de ces postes et les risques
élevés d'élimination physique liés à
l'activité politique au Burundi, la meilleure option qui s'offre au
chercheur d'emploi est de se faire embaucher par une ONG internationale.
Le secteur des organisations non gouvernementales au Burundi
est régit par la loi du 23 juin 1999 sur les ONG. Aux termes de
l'article 27 de ladite loi, les zones et les domaines d'intervention des ONG
sont déterminés de commun accord par ces organisations et les
départements ministériels concernés, en tenant compte des
priorités du Gouvernement. En principe, les ressources des ONG sont
orientées vers des programmes dont l'objectif est l'amélioration
du niveau de vie des populations. Il s'agit notamment de programmes d'adduction
d'eau et d'assainissement, de santé, d'éducation, d'agriculture
et d'élevage, des droits de l'homme, de réconciliation des
communautés ethniques, etc.
Tel que stipulé dans l'Ordonnance Ministérielle
n°660/086/92 du 17 février 1992 relative au personnel des
organisations de droit étranger, la main d'oeuvre
étrangère ne doit pas dépasser 1/5 des salariés de
l'entreprise par catégorie professionnelle. Cette loi s'applique
également aux ONG étrangères. Par ailleurs, le secteur
associatif et des organisations étrangères se
révèle être un des domaines qui créent le plus
d'emplois, à court terme. En effet, suite à la signature des
Accords d'Arusha et à
l'élection présidentielle de juin 2005, on
assiste à la multiplication des projets de développement et des
programmes humanitaires financés par les organismes internationaux. De
plus, les montants des salaires octroyés aux agents de ces organisations
sont largement supérieurs à la moyenne générale des
salaires payés dans les entreprises burundaises.
Il s'avère alors que ces organisations constituent des
partis de premier choix pour les chercheurs d'emploi. La fonction employeur y
occupe ainsi une place importante. Elles contribuent à répondre
au problème de l'emploi et servent pour beaucoup, de source
privilégiée de revenus financiers, sous forme de
rémunération du travail. En effet, une étude menée
en 2004 portant sur 33 organisations internationales réunies au sein
d'un réseau appelé RESO (Rassemblement, Échanges et
Solutions entre ONG) montre que celles-ci ont utilisé un budget de plus
de 51 millions de dollars américains au cours de la même
année. Sur l'année 2005, les prévisions faisaient
état de 60 millions de dollars américains. Ces fonds ont
notamment permis la création de 2748 emplois locaux. Le résultat
de cet état de choses est que, d'une part, la majeure partie de l'offre
de travail (diplômés à la recherche du premier emploi,
chômeurs, employés de la fonction publique, salariés des
entreprises privées) s'oriente vers ces organisations. D'autre part,
ceux qui y ont déjà un emploi élaborent des
stratégies de positionnement pour le conserver. Il s'agit alors pour ces
derniers, dans la mesure du possible, de limiter les nouvelles entrées
dans le secteur afin de ne pas perdre les privilèges acquis.
Dès lors que le travail dans le secteur des ONG
internationales devient l'objet de toutes les convoitises, il y a un risque de
déplacement ou de reproduction des scénarii conflictuels à
caractère identitaire dominant dans la société globale
burundaise.
Il est d'usage d'opposer les fonctionnaires de l'Etat aux
« gens des ONG »1 pour qualifier deux mondes
radicalement différents, avec comme distinctif principal
la qualité des ressources allouées sous forme de salaires et
d'autres avantages. Cela
1 Traduction littérale de l'expression en
kirundi : abo mu ma ONG. Elle exprime une impression de distance voire
de fossé entre les conditions de vie des salariés des ONG
internationales et celles de ceux qui ne le sont pas.

est de nature à rendre particulières les relations
professionnelles au sein de ces organisations.
Dans l'imagerie populaire, il est courant de lier promptement
les présomptions identitaires fondées sur l'ethnie aux
entreprises privées et surtout, à l'administration publique
burundaise. Ces allégations ne sont pas dénuées de tout
fondement. Effectivement, dans le souci principal de préserver les
équilibres et la paix sociale, un nombre important de postes sont
attribués, dans l'administration publique, en fonction de l'ascendance
ethnique, de l'appartenance aux partis politiques ou alors en fonctions de
régions géographiques, du genre et des religions. Mais est-ce
pour autant que les ONG internationales constituent un secteur vierge de toute
pratique à caractère ethniciste ?
A ce stade, la question qui se pose à nous est celle de
savoir si un environnement ethnicisé a une incidence réelle sur
la nature des relations professionnelles au sein des staffs locaux des ONG
internationales opérant au Burundi ?
Des pistes de réponses peuvent être
recherchées dans l'histoire du pays. Au regard de la guerre civile qu'a
connu le Burundi depuis 1993, il apparaît avec clarté que le
conflit a une coloration identitaire indéniable. En fait, le contexte
socio-politique actuel du pays est fortement marqué par le poids de
l'histoire. Nous rejoignons ici Maurice KAMTO2, dans son analyse sur
l'ethnicité en Afrique. Pour lui, même si la situation actuelle
dans beaucoup de pays africains ne peut se réduire à une simple
opposition entre des ethnies ou aux seuls effets déstructurants de la
colonisation ou de la gestion post-coloniale, elle est assurément le
produit d'une trop forte division au sein de la société. C'est le
cas de la société burundaise actuelle. Cette division trouve ses
fondements sociaux et idéologiques dans la colonisation et son
renforcement dès l'indépendance. En d'autres termes, le
repliement principalement ethnique constaté en cas de crise trouve ses
origines tant dans la construction d'une identité ethnique et sa
manipulation que dans l'entretien de ce repliement par l'élite politique
et par les communautés.
2 KAMTO Maurice, L'urgence de la
pensée, Mandara, Yaoundé, 1993
Pourtant, comme l'écrit André
GUICHAOUA3, ce serait une erreur simplificatrice que de
prétendre que le Burundi précolonial connaissait une totale
unité nationale qui aurait été détruite
progressivement à partir de l'arrivée des Européens.
« De nombreuses identités traversaient la société
burundaise, mettant en oeuvre de nombreux clivages (claniques,
régionales et ethniques). Mais en aucun cas ils ne constituaient un
facteur déstructurant dans cette société et, pour la
plupart, ne concernaient que les seules élites ». Cependant, selon
cet auteur, il semble y avoir à cette époque un potentiel de
conflit apte à se transformer en un conflit réel «
dès lors qu'une nouvelle règle se substituerait à celle de
la société coutumière et qu'en même temps se
pétrifieraient les rapports entre les ethnies »4. Cette
propension va être exploitée par le colonisateur à des fins
politiques et économiques, sous couvert d'une volonté de «
civiliser » le pays. La politique coloniale va alors structurer la
société en fonction de l'appartenance ethnique.
Cette action va cristalliser dans la conscience populaire la
différenciation essentiellement sur base ethnique. En
conséquence, cette division fondée sur des critères
idéologiques va se lester d'une charge sociale, puisque l'appartenance
ethnique va, pendant longtemps, déterminer le statut des individus dans
la société ainsi que leur accès au pouvoir. Ainsi,
dès l'indépendance du pays en 1962, « il s'est
créé un mécanisme de rétroaction entre les
stratégies sociales autochtones sous- jacentes à la colonisation
et l'édification de l'appareil étatique »5. Cela
a alors contribué à asseoir une conscience ethnique aiguë
dans les deux principales communautés ethniques du Burundi (les Hutu et
les Tutsi). Les élections présidentielle et législative de
juin 1993 n'ont fait que confirmer le phénomène. L'avortement du
processus démocratique déboucha depuis le 21 octobre 1993 sur une
guerre civile qui fit, jusqu'en 2000, entre 250 000 et 400 000 victimes, 800
000 exilés et 180 000 déplacés à l'intérieur
du pays6.
Au moment où nous avons mené cette étude,
les acteurs politiques étaient en pleine application de l' «
Accord d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi »
3 GUICHAOUA André, Les crises politiques au
Burundi et au Rwanda, Karthala, Lille, 1995
4 LEMARCHAND R., Génocide sélectif
au Burundi, Minority Rights Group, Rapport num 20, novembre 1974, p.6,
cité par GUICHAOUA André.
5 KAMTO Maurice, Idem.
6 Chiffres officiels publiés en 2000
conclu le 28 août 2000 entre les différentes
parties au conflit burundais à Arusha7. Cet accord a aboutit
à un cessez le feu signé par le principal mouvement rebelle hutu,
alors nommé CNDD-FDD, après plus de dix ans de lutte politique et
militaire. Cela a permis l'adoption d'une nouvelle Constitution par
référendum le 1er mars 2005 et la tenue peu après des
élections législative et présidentielle remportées
par l'ancienne rébellion muée quelques temps avant en parti
politique. Parmi les chantiers déjà achevés ou en cours de
réalisation, il y a la réforme de l'armée et des forces de
sécurité, en tenant compte des identités ethniques. Il
s'agit de mettre en place une armée composée de 40% de Tutsi en
majorité issus de l'ancienne armée régulière, et
60% de Hutu essentiellement issus des rangs de l'ancienne rébellion
CNDD-FDD. Le contrôle de l'armée constituait l'un des facteurs les
plus importants de la lutte militaire. Toutefois au moment de notre descente
sur le terrain, il y avait encore un mouvement rebelle, le FNL-PALIPEHUTU, qui
était encore en activité, ce qui signifie que le conflit
armé n'était pas entièrement terminé. Par ailleurs
la pacification du pays ne signifie nullement la fin du conflit qui peut
revêtir plusieurs formes.
Le contexte global reste donc un contexte de conflit latent,
parfois ouvert, mettant en scène divers acteurs. Par ailleurs, on
constate que la mobilisation de l'identité ethnique est
régulière et systématique, dans l'organisation des
différents secteurs de la vie du pays. L'identité ethnique semble
alors être au centre de la régulation sociale. C'est dans ce
contexte que sont amenés à travailler les ONG internationales
opérant au Burundi.
Champ d'étude
Notre champ d'étude est le secteur des organisations
internationales au Burundi. Ce choix a été motivé par
plusieurs raisons. En effet, le Burundi vient tout juste de sortir d'une
période de guerre civile particulièrement meurtrière et
dévastatrice. L'heure est alors à la reconstruction et à
la réconciliation. Or, l'Etat seul ne peut pas faire face à une
situation où tout sinon presque est à reconstruire. C'est en
quelques sortes un nouveau départ qu'opère actuellement le pays.
C'est ainsi que l'on trouve sur le terrain une multitude d'ONG nationales et
internationales qui appuient l'action de
7 Arusha est une ville de Tanzanie où se sont
déroulées les négociations de paix pour le Burundi.
l'Etat en matière de développement ou qui
interviennent dans des domaines où l'Etat n'agit pas encore
efficacement.
L'efficacité de l'action de ces organisations
dépend en partie du climat de travail et des pratiques en
matières de gestion des ressources humaines en vigueur en leur sein.
L'emploi étant une denrée rare dans le pays et les emplois dans
les ONG étant constamment menacés par le changement ou le terme
des projets, les manoeuvres et l'agrégation des stratégies
individuelles des acteurs visant à conforter leur situation dans
l'organisation, risquent de peser sur l'action de ces structures et de
compromettre ainsi la réalisation de leurs objectifs. En effet, dans la
société burundaise, l'élément ethnique est une
réalité dans les rapports entre les individus. Cette étude
nous permettra alors d'évaluer l'influence qu'une telle tendance lourde
peut avoir sur les approches managériales des ONG internationales, ainsi
que sur l'efficacité et l'efficience des interventions sur le
terrain.
Définition des concepts
Nous identifions l'ethnicité, l'ONG internationale, et le
management comme des concepts clés de cette étude.
Organisation non gouvernementale internationale
Suivant les termes de la loi du 23 juin 1999 sur les ONG, le
concept d'organisation non gouvernementale internationale renvoie à une
institution sans but lucratif créée par une initiative
privée à l'exclusion de tout accord intergouvernemental,
regroupant des personnes physiques ou morales, privées ou publiques, de
droit étranger et ayant son siège principal à
l'étranger, pouvant être de nationalités diverses et dont
les finalités poursuivies couvrent des domaines aussi vastes que
variés.
Les ONG ont différents modes d'actions, ce qui conduit
à les classer dans au moins deux types :

certaines, souvent dénommées ONG militantes, sont
avant tout des groupes de pression politique. Parmi celles-ci, un groupe non
négligeable d'ONG n'a pas de
but humanitaire mais des ambitions idéologiques. On y
trouve des lobbys de toute nature, en particulier des lobbys économiques
et patronaux.
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d'autres, souvent dénommées ONG humanitaires,
mettent en place des programmes d'aides, éducatives ou caritatives par
exemple. Les ONG de ce dernier type se regroupent parfois en collectif
humanitaire suivant leur domaine d'intervention ou leurs particularités.
Les ONG intervenant dans le domaine du développement sont
également logées dans cette catégorie.
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Au Burundi, parmi les ONG internationales, c'est la
deuxième catégorie qui est la plus représentée.
Toutefois, on trouve aussi des ONG appartenant à la première
catégorie parmi les organisations de droit burundais.
Ethnicité
Eric HOBSBAWN8 avance l'idée qu'on ne peut
pas définir le concept d'ethnicité « en soi ». En
effet, « l'ethnicité ne caractérise pas des groupes humains,
mais la façon dont les groupes humains sont séparés, ou se
démarquent les uns des autres ». Selon cet auteur, le sens le plus
attesté pour cerner l'ethnicité (la présomption d'une
ascendance commune et des liens de sang entre les membres du groupe) est pour
le moins arbitraire quand ce n'est pas une pure fiction.
Maurice KAMTO quant à lui l'identifie, de même
que la tribalité, « au sentiment légitime d'une
irréductible appartenance à une communauté
socio-culturelle historiquement constituée »9. On parle
souvent à ce sujet de « tribalisme primaire ou primitif »,
entendant par-là un phénomène de solidarité autour
d'un certain nombre de valeurs caractéristiques du terroir dont on est
issu.
Mais il ne faut pas confondre l'ethnicité et
l'ethnisme. Pour KAMTO, l'ethnisme ou le tribalisme naîtrait, soit d'une
volonté d'affirmation conquérante par la négation des
autres, soit d'une volonté de se sauver de l'anéantissement par
une réaction de défense qui elle-même peut se muer en une
volonté de conquête. Il est une
8 HOBSBAWN, « Qu'est ce qu'un conflit ethnique ?
», in Actes de la Recherche en Sciences Sociales, décembre
1993.
9 KAMTO, op. cit.
conscience aiguë d'une identité exaltée ou
d'une existence contestée. Comme le montre cet auteur, l'ethnisme se
manifeste généralement, à l'échelle des pays
africains, comme « la réaction d'une communauté
socio-culturelle contre l'hostilité affichée d'une autre
communauté ethnique, contre une volonté exprimée ou une
tentative manifeste d'anéantissement par un pouvoir d'obédience
ethnique ».
En réalité, avant de parler de
l'ethnicité, il aurait fallu partir de la définition de l'ethnie.
J.- W. LAPIERRE10 (1977) définit l'ethnie à partir des concepts
d'identité et de différence : « Nous entendons ici une
population qui reconnaît avoir le même système culturel
(moeurs, coutumes, croyances, connaissances, les mêmes « codes
») et considère comme différents du sien les systèmes
culturels des populations voisines ». Emmanuel KAMDEM
énumère les critères dominants à la base de
l'identification d'une communauté ethnique. Il cite, parmi ceux que l'on
rencontre le plus fréquemment selon lui, l'origine historique,
l'occupation territoriale, la tradition et les moeurs, la langue, la religion,
la morphologie, etc.
Mais dans le contexte burundais, il est difficile de
déterminer sur quelles bases se fondent les individus pour s'identifier
ethniquement car le concept d'ethnie est manipulé et dilué selon
les enjeux du moment. Les individus se créent des liens plus ou moins
artificiels qui ne sont pas forcement parentaux mais qui sont porteurs de sens,
et sont vecteurs de logiques parfois meurtrières.
Le Management
Le management est une expression utilisée pour
décrire les techniques et les compétences visant à
optimiser l'organisation, la planification, la direction et le contrôle
des structures et des activités d'une société. « Dans
la théorie du management, l'organisation revêt deux grands
aspects. Le premier se rapporte à la mise en place d'une
hiérarchie ou de niveaux de responsabilité,
concrétisée par un organigramme qui désigne le rôle
de chacun dans la structure, du président au chef de service, et qui
précise les fonctions assumées. L'autre grand aspect est relatif
à la
10 KAMDEM Emmanuel, Management et
interculturalité en Afrique : expérience camerounaise,
L'Harmattan, Paris, 2002
constitution d'un personnel de cadres qualifiés (notamment
le recrutement et la formation continue) »11.
L'étymologie du terme « management » est
riche d'enseignements. En effet, si ce mot nous est venu tout droit des
Etats-Unis, sa racine latine nous permet d'en trouver les sources en Europe.
Ainsi, dans l'Italie du XVIème siècle, le terme
désigne « celui qui dresse les chevaux » tandis qu'en France,
le « Ménager » désigne au XVIIIème
siècle « celui qui nourrit la maisonnée ». Le terme
anglais « to manage » est synonyme de « to
handle » et signifie « Tenir en main, manipuler ». Il
implique l'action de gérer à travers et à l'aide des
autres. Il est d'ailleurs très générique en Grande
Bretagne comme aux Etats-Unis puisqu'il permet de désigner aussi bien un
dirigeant qu'un gérant d'épicerie ou un concierge.
En Afrique, l'unanimité n'est pas toujours faite autour
de la signification, du contenu et des limites du Management. Certains le
considèrent plus comme un mythe à détruire qu'un concept
à développer, du fait de sa forte charge culturaliste. D'autres
en revanche, trouvent dans cette approche une possibilité de
développement d'une vision managériale susceptible de favoriser
l'enracinement des pratiques de management des sociétés
africaines. La difficulté réside surtout dans le sens et les
limites exactes que chacun trouve dans le qualificatif africain associé
au Management.
Mais l'acception de ce terme qui nous semble se rapprocher le
plus de l'entendement que nous en avons dans le cadre de ce mémoire est
celle d'Emmanuel KAMDEM. Pour lui, le Management à l'africaine peut se
définir comme « les manières de concevoir et de pratiquer
l'organisation des personnes et des biens et qui soient authentiques,
c'est-à-dire, adaptées au contexte (écologique,
historique, politique, technologique, économique et social) des
sociétés africaines. »12
Revue de littérature
Le concept d'ethnicité né de la
déconstruction et de la reconceptualisation de la notion d'ethnie a
pris son véritable sens après la seconde guerre mondiale. Ce
11 "Management." Microsoft® Encarta® 2007 [DVD].
Microsoft Corporation, 2006.
concept ne cesse de susciter une diversité
d'interprétations à telle enseigne qu'il semble être
utilisé, à tort ou à raison, comme explication à
une multiplicité de pratiques. C'est dans ce sens que WEBER13
n'a pas hésité à le qualifier de concept « fourre
tout ». L'ethnicité, thème d'un grand intérêt
chez les Anglo-saxons, est considérée comme réalité
sociale dans les milieux des chercheurs européens et surtout
français seulement au début des années quatre vingt. Ce
thème apparaît en Afrique à la faveur de l'intensification
du débat politique sur la démocratie des années
quatre-vingt-dix.
Aborder le thème de l'ethnicité en Afrique
revêt beaucoup de difficultés et nécessite, de la part du
chercheur, une attitude « d'engagement et de distanciation
»14 . Pour KAMDEM, « l'une des principales
difficultés d'approche de ce sujet réside dans la perspective
suivant laquelle il a souvent été abordé dans les
différents milieux (politique, économique, scientifique, etc.) ;
une perspective partisane et manifestement polémique qui a
malheureusement beaucoup retardé l'engagement d'un débat utile et
constructif. [... ] »15. Il faudrait donc aborder ce sujet
« en évitant autant que possible une double tentation : narcissique
(la glorification d'une ethnie quelconque) et négativiste (la
dévalorisation des autres) ». Il importe alors d'analyser
l'ethnicité comme un fait social au sens de DURKHEIM16.
L'ethnicité n'a pas une appréhension unique. Sa
compréhension et son usage reposent sur les dimensions qui sont
privilégiées dans la pratique ou l'analyse. « Le
débat sur l'ethnicité a longtemps opposé d'une part, les
tenants de la conception « primordialiste » et d'autres part, ceux
privilégiant la conception « constructiviste
»»17.
De l'avis d'Aundu MATSANZA18, la conception
primordialiste repose sur des critères objectivistes et circonscrit
l'ethnicité comme un fait naturel qui s'impose à l'individu
12 KAMDEM Emmanuel, Idem.
13 WEBER, Economie et société,
Agora, tome 2, Paris, 1995
14 NORBERT ELIAS, Engagement et
distanciation, Fayard, Paris, 1993
15 KAMDEM Emmanuel, Management et
interculturalité en Afrique : expérience camerounaise,
L'Harmattan, Paris, 2002
16DURKHEIM Emile, Les règles de la
méthode sociologique, PUF, 10ème édition,
Paris, 1999
17 KAMDEM Emmanuel, FOUDA ONGODO, « Faits et
méfaits de l'ethnicité dans les pratiques managériales au
Cameroun », Colloque du Réseau de Recherche en Sciences de Gestion
de l'Agence Universitaire Francophone, Beyrouth, 28 et29 octobre 2004.
sans qu'il soit en mesure d'y échapper, car lui
étant antérieur. Cette approche privilégie le lien de base
au sein des organisations fondé sur la parenté, les
modèles de comportements des individus en groupe, les institutions
représentant l'ascendance, etc. La conception constructiviste quant
à elle, repose sur les aspects subjectivistes tissés pendant les
relations sociales. Cette dimension s'intéresse donc aux
identités, aux modes de domination, aux attitudes, aux valeurs et aux
préjugés dans le processus de l'agir communicationnel.
A ce propos, POUTIGNAT et STREIFF-FENART19 passent
en revue les différentes théories de l'ethnicité produites
dans les sciences sociales. Ce concept y est analysé à travers
différents paradigmes renvoyant à des formes variées de
structuration et de fonctionnement du lien social. L'ethnicité est tour
à tour comprise comme une donnée primordiale, une extension de la
parenté, une revendication d'intérêts communs, un reflet
des antagonismes économiques, un système culturel et un
système d'interaction sociale.
L'ethnicité comme donné primordiale est une
approche développée par SHILS (1957) qui met l'accent sur la
prédominance de l'héritage culturel issu des ancêtres d'une
communauté et transmis aux différentes générations
successives. L'ethnicité est vécue comme une forme
d'héritage collectif à différentes personnes se
reconnaissant des liens fondamentaux visant à préserver
l'unité et la stabilité de la communauté d'origine.
Le paradigme qui considère l'ethnicité comme une
extension de la parenté l'analyse comme le prolongement de la
parenté biologique et de la consanguinité. Ici, on
considère la réalité ethnique comme un mécanisme
dominant de sélection et de reproduction sociales (VAN DEN BERGHE,
1981).
L'approche de l'ethnicité en tant que revendication
d'intérêts communs relève l'instrumentalisation de
l'ethnicité comme une ressource stratégique à mobiliser
dans une compétition pour l'accès aux ressources
économiques et la participation au pouvoir. Elle est ici utilisée
comme un moyen parmi tant d'autres d'expression d'une
18 AUNDU MATSANZA, « Taxinomie critique des
paradigmes de l'ethnicité », Université Libre de
Bruxelles, p. 1
19 POUTIGNAT, STREIFF-FENART, Théorie de
l'ethnicité, Paris, 1995
revendication dans le sens de la défense des
intérêts particuliers. Les principaux tenants de cette approche
sont N. GLAZER et D.P. MOYNIHAN.
La conception de l'ethnicité comme reflet des
antagonismes économiques se focalise, quant à elle, sur le
problème de la compétition économique entre des groupes
ethniques organisés en catégories rivales dans un champ de
compétition. D'inspiration marxiste, elle reconnaît au groupe
ethnique, à l'inverse de la précédente, la même
fonction sociale que celle attribuée aux classes sociales dans un
système capitaliste (E. BALIBAR et I. WALLRSTEIN, 1988).
Le courant qui conçoit l'ethnicité comme un
système culturel entend « restituer l'ethnicité dans un
champ culturel, tout en évitant de tomber dans le piège et les
dérives du « lien primordial » et du « culturalisme
». Pour ses tenants, l'ethnicité est la traduction vivante d'une
dynamique culturelle dont le symbolisme s'oppose radicalement à
l'orientation utilitariste et instrumentale (L. DRUMMOND, 1980).
Une dernière approche est celle qui conçoit
l'ethnicité comme un système d'interaction sociale.
Prônée notamment par F. BARTH (1969), cette approche souligne la
mobilité des frontières des groupes ethniques
considérés comme des « supports de culture » ou des
types d'organisation dont il faut identifier les frontières sociales,
les zones de distinction et d'interaction.
Beaucoup d'auteurs semblent s'accorder sur le fait qu'il y
aurait un lien direct entre la décomposition de l'Etat en Afrique et la
résurgence de l'ethnicité. A ce propos, HUGON note que «
dans les sociétés où l'Etat-Nation demeure en voie de
constitution et où les réseaux personnels et les
solidarités ethniques l'emportent sur l'institutionnalisation de l'Etat,
la crise économique a renforcé la décomposition de l'Etat
»20 . C'est cette situation d'affaiblissement de l'Etat qui fut
pour certains, avec l'instauration du multipartisme, à l'origine du
développement du secteur associatif et des ONG internationales au
Burundi.
Dans les années quatre-vingt, le
néo-libéralisme imposé par les institutions de Bretton
Woods dans le cadre des Programmes d'Ajustement Structurel (PAS) dicte la
20 HUGON Philippe, L'Économie de
l'Afrique, Éditions La Découverte, Paris, 1993.
réduction de l'intervention de l'Etat dans
l'économie, l'Etat étant « l'ennemi » du
néolibéralisme. Dans ces circonstances où, comme le dit
ELA, prévaut désormais « la mise sous tutelle de l'Etat
africain »21, on va assister à l'accroissement et au
renforcement des inégalités, à la marginalisation des
groupes sociaux et à la dégradation des conditions de vie. Le
rétrécissement du champ étatique entraîne donc
d'énormes conséquences sur le plan social et humain. Dès
lors, note ELA, «mécontentement, grèves, humiliation
marquent la vie de beaucoup d'agents du secteur public en état de
délabrement»22. C'est ainsi que, comme va le relever
DIA, «le relâchement des liens entre l'individu et l'Etat a
renforcé les liens entre l'individu, la famille et son ethnie».
Au début des années quatre-vingt-dix, certains
chercheurs pensaient que le vent de la démocratisation et la
libéralisation économique allait endiguer, sinon réduire
le phénomène ethnique et tribal en Afrique. Mais ELA soutient
que, « suite au désengagement trop prononcé de l'Etat dans
la vie économique, le processus démocratique pourrait
connaître un coup d'arrêt »23 . Dans cette
perspective et s'agissant de l'Afrique Centrale, BOUKONGOU note que les
transitions démocratiques «ont été marquées
par les clivages ethno-identitaires »24 . En
conséquence, l'ethnicité semble aujourd'hui, plus que jamais,
être au centre de la structuration de la réalité sociale,
que ce soit au niveau de la société considérée
globalement, qu'au niveau restreint des entreprises et des autres
organisations.
Selon DIA, « l'identité ethnique continue de jouer
un rôle grandissant dans la formulation des décisions
économiques au niveau des individus et des instances gouvernementales
»25 . On note avec KAMDEM26 que la culture
ethno-tribale est une dimension importante dans la gestion des organisations et
semble même constituer un des fondements de la logique du manager
africain. On peut ainsi remarquer qu'en
21 ELA Jean-Marc., «Les sciences sociales
à l'épreuve de l'Afrique : les enjeux
épistémologiques de la mondialisation», Communication
Assemblée Générale du CODESRIA, Dakar.
22 Idem
23BOUKONGOU Jean Didier, «Préface»,
«Ethnicité et Citoyenneté en Afrique Centrale», in
Cahier Africain des Droits de l'homme, Presses de l'UCAC, Yaoundé,
2002.
24 Idem.
25 DIA, «Pratiques indigènes de gestion
et développement en Afrique subsaharienne : Leçons pour les
années 90» in SERAGELDIN et TABOROFF, Culture et
développement en Afrique, BM, Washington, 1994, pp. 189-216.
26 KAMDEM Emmanuel, «Nouveau regard sur les
pratiques du management au Cameroun», in LALEYE, PAWHUYS, VERSHELST, et
ZAOUAL, (dir), Organisation économique et cultures africaines : de
l'homo oeconomicus à l'homo situs, Paris, l'Harmattan, 1996,
Chapitre 13, pp. 249-271.
Afrique plus qu'ailleurs, la loyauté vis-à-vis
de la tribu et de la famille élargie influence encore la plupart des
décisions concernant le personnel (DIA), les pratiques
managériales, ainsi que les relations professionnelles au sein des
organisations.
Lors des travaux menés dans les entreprises
ivoiriennes, HERNANDEZ va examiner l'influence des facteurs socioculturels,
surtout ethniques, dans la gestion des ressources humaines notamment sur les
variables relatives à la gestion du personnel (procédure de
recrutement, augmentation, préférence d'un collègue,
rapport avec le supérieur, favoriser un parent, rapport avec les
subordonnés, rôles des facteurs ethniques et familiaux). Il arrive
à la conclusion selon laquelle «les facteurs ethniques et familiaux
constituent une réalité au niveau des entreprises
étudiées, de leur gestion du personnel en particulier et des
relations professionnelles»27. Mais il relativise son propos en
disant que ces facteurs jouent un rôle qui doit être ramené
à une juste mesure. Ils ne constituent pas, selon lui, une
barrière infranchissable à une bonne gestion des entités
économiques et sociales et politiques.
Concernant l'influence de l'ethnicité sur les pratiques
de gestion des ressources humaines, les travaux de Emmanuel KAMDEM sont d'une
richesse particulière. Son travail28 sur les entreprises
camerounaises relève que l'observation attentive des pratiques du
terrain révèle l'influence considérable du critère
ethno-tribal, en particulier dans le recrutement et la promotion.
D'après ses observations, il va identifier trois modes de « gestion
ethno-tribale » :


Il y a d'abord le mode de gestion fondé sur le
développement de la « coalition ethno-tribale ». Il s'agit ici
de chercher à reconstituer une sorte de « village ethnique »
dans l'entreprise en donnant la priorité dans le recrutement ou dans la
promotion aux personnes originaires de la même ethnie que le promoteur ou
le dirigeant. Ce mode de gestion peut être soit, un facteur
d'échec (l'auteur cite le cas de la compagnie FROMACAM) soit un facteur
de réussite (l'auteur cite ici le cas de la PROLAL).
Ensuite, il y a le mode de gestion fondé sur la
recherche « des habiletés ethno- tribales ». Ce mode, nous
dit Kamdem, consiste pour l'entrepreneur, « à établir
27 HERNANDEZ, Le management des entreprises
africaines, les Éditions l'Harmattan, Paris, 1997.
une certaine corrélation entre l'origine ethnique d'un
employé et sa performance au poste de travail »29. Il s'agit par
exemple de l'attribution de certaines qualités managériales aux
membres de telle ou telle autre ethnie.
|
Enfin, le mode de gestion fondé sur « la
réduction de la coalition ethno-tribale ». Ce mode consiste, selon
les termes de l'auteur, à « faire abstraction, autant que possible,
de l'origine ethnique de l'individu et de ne privilégier que sa
capacité manifeste à répondre à la demande de
l'entreprise. Le prototype du dirigeant ou de l'employé qui incarne ce
mode est celui qui, tout en reconnaissant l'existence de la dynamique
ethno-tribale dans les organisations, ne cherche pas du tout à s'en
servir comme outil de gestion. C'est bien cela qui distingue ce dernier mode
des deux précédents. Ici, la tendance dominante n'est pas de
favoriser un regroupement ethnique des individus, mais bien au contraire de le
limiter en privilégiant la compétence technique et l'expertise
professionnelle »30.
|
Mais si l'ethnicité apparaît, aux yeux des
chercheurs, comme étant une réalité qu'il faut prendre en
compte car pouvant influencer négativement ou positivement les
performances des entreprises en Afrique, la recherche sociologique sur le
secteur associatif semble esquiver la question de l'ethnicité en tant
qu'élément interne à l'organisation non gouvernementale
pouvant agir sur les résultats des activités et sur les objectifs
spécifiques des projets mis en oeuvre par ce type d'organisation.
Depuis une vingtaine d'année, les ONG internationales se
professionnalisent de plus en plus et recrutent un personnel de plus en plus
spécialisé. La professionnalisation, comme le dit Jean
FREYSS31, signifie que l'ONG mobilise, dans chaque domaine
28 KAMDEM Emmanuel, op. cit.
29 Voici quelques propos d'un promoteur
relevés à ce sujet par KAMDEM Emmanuel: « Je prends par
exemple le cas des Bassa, ce sont des gars impulsifs et connaissant leur
caractère impulsif, on peut bien les utiliser. Si on les met sur une
chaîne, ils sont assez rapides quand même et cela est très
utile pour la production. Mais il y a d'autres qui sont très passifs,
qui viennent de certains coins... Si donc j'ai besoin d'un caissier, il est
plus intéressant pour moi de mettre quelqu'un de tel ou tel coin car je
pourrai avoir moins de chance de me faire voler. Si par exemple, je mets une
personne d'une certaine ethnie commerciale, ce serait... parce qu'il y a des
ethnies qui ont un caractère impulsif. Or dans le commercial, il faut
amadouer le client, le caresser dans le sens du poil, être cool, plus
calme. Donc, je ne peux pas prendre de risques de le faire ». Il conclut
en riant « dans tous les cas, je me sers un peu de cela pour attribuer
telle ou telle responsabilité ... J'ai des Béti, j'ai des Bassa
et j'ai des gars de l'Ouest », p.267
30 KAMDEM Emmanuel, op. cit.
31 LE NAËLOU Anne et FREYSS Jean, « ONG :
les pièges de la professionnalisation », in Revue du Tiers
Monde, n°180 Tome XLV, PUF, Paris, octobre - décembre 2004, p.
759.
utile pour son activité, des personnes disposant des
compétences reconnues comme constitutives d'un métier
nommément désigné. « Cette professionnalisation
consiste donc à incorporer dans l'ONG des compétences diverses,
reconnues sur le marché du travail global comme portant tous les
attributs du métier correspondant ». De l'avis de cet auteur,
« la professionnalisation des ONG implique la mobilisation dans
l'organisation les compétences techniques nécessaires à
l'efficacité de l'action». L'idée qui sous-tend cette vision
est que l'action doit être concrète, réaliste, au plus
près des personnes, rapidement efficace et visible. Cette vision
stratégique privilégie un mode de faire qui est celui de la
réalisation des « projets concrets ».
Pour FREYSS, l'un des facteurs principaux qui contribuent
à façonner le paysage professionnel des ONG, c'est la croissance
rapide des fonctions de gestion. Cela est d'abord rendu nécessaire par
l'accroissement des exigences contractuelles imposées par les bailleurs
de fonds. D'autre part, les actions conduites sur le terrain par les ONG ont
souvent pour objectifs des réalisations concrètes, dignes d'une
entreprise : construction de bâtiments, de routes ou d'hydraulique,
travaux agricoles, distributions alimentaires, etc. Ainsi, remarque l'auteur,
« à côté des métiers directement liés
à la nature des actions menées (les techniciens), les
administrateurs, logisticiens, comptables et financiers, agents
enquêteurs, gestionnaires de ressources humaines deviennent, sous la
houlette des chefs de projets, les rouages de plus en plus indispensables au
fonctionnement de beaucoup d'ONG». L'ONG n'est alors qu'un lieu, parmi
tant d'autres, combinant une gamme de métiers concourant à
l'efficacité de son action.
En conséquence, on retrouve quelques similarités
dans les pratiques managériales dans les entreprises et dans les ONG.
Ces similitudes font référence, entre autres
éléments, à « une gestion administrative performante,
des stratégies financières, une salarisation croissante et une
rotation importante de personnel, une politique de recrutement sur
définition de postes et de profils, un développement de liens
avec les médias et avec les réseaux de marketing, une
technicité pointue »32, etc. On retrouve alors
logiquement dans les deux entités des enjeux et des problèmes
proches liés à la gestion des ressources humaines.
32 LE NAËLOU Anne et FREYSS Jean, op. cit.
La nature des relations professionnelles dans les ONG
internationales opérant au Burundi est ainsi, en partie, tributaire de
la professionnalisation croissante de celles- ci et en leur sein. En effet,
cette professionnalisation effective implique l'embauche par ces organisations
d'employés compétents, qui ne partagent pas forcément les
mêmes idéaux d'impératif humanitaire, de droits de l'homme
ou autres considérations philosophiques. Ceux-ci sont dans l'ONG en tant
que salariés faisant le travail pour lequel ils sont payés. A ce
titre, il est inévitable que certains employés locaux ne
mobilisent ou non l'élément identitaire dans les relations
professionnelles car baignant dans un environnement profondément
ethnicisé comme nous l'avons montré plus haut. Cela est d'autant
vrai qu'au moment où nous faisions la collecte des donnés sur le
terrain, il ne se passait pas un mois sans que l'on parle, dans les
différents médias privés et publics, de meurtres à
forte connotation ethnique. C'est ce type d'incidents qui ravivent les passions
collectives et installent un climat de tension se répercutant dans touts
les secteurs de la société.
Un employé d'une grande ONG internationale nous a
confirmé cette présence de l'ethnicité dans les relations
professionnelles :
« L'ethnicité est présente dans la vie
professionnelle comme elle est présente dans la vie quotidienne au
Burundi. C'est une réalité qui s'observe partout tant au niveau
social qu'au niveau professionnel [...]. Il y a eu des moments de tension au
niveau national qui ont été provoqués par certaines
circonstances politiques où on a vu des collègues se lancer des
injures, ici au bureau, en disant que voilà, votre ethnie est
foncièrement mauvaise, c'est elle qui tue, etc. Il y a une crise qui est
née ; pour te dire que s'il y a quelqu'un qui te dit que ce n'est pas
une réalité qui se vit dans le milieu du travail dans les ONG,
c'est que c'est un menteur invétéré ».
Les ONG internationales opérant au Burundi sont, dans
leur grande majorité, dirigées par des cadres internationaux. Ces
derniers sont amenés à gérer ces structures dans un
contexte conflictuel dont ils ne maîtrisent pas toujours tous les
contours ou alors dont ils ne cernent que quelques éléments
diffus alimentés par des prénotions et des jugements de valeurs.
En effet, le conflit burundais a cela de particulier qu'il rentre difficilement
dans la typologie classique en termes de critères d'identification des
acteurs sociaux. Il s'agit de deux communautés qualifiées
d'ethniques qui ont en commun l'histoire, la langue, la culture, le territoire,
la religion,
le système social et politique, etc. De ce fait, elles
répondent difficilement aux critères ethnologiquement et
anthropologiquement admis pour définir une ethnie. Le seul
critère sur lequel on se base habituellement pour différencier
les deux communautés est la référence à la
morphologie. Là encore, ce critère de différenciation peut
être faussé car, de par les mélanges qui se sont produits
tout au long de l'histoire, depuis la période monarchique
précoloniale jusqu'à nos jours, il est très difficile de
déterminer avec assurance l'appartenance ethnique d'un individu. Par
ailleurs, il ne s'agit pas d'un conflit opposant deux communautés dans
leur intégralité, mais des divisions entre des individus
appartenants à ces deux communautés. Mais il ne faut nullement
banaliser l'intensité de ces divisions car elles sont suffisamment
profondes pour avoir occasionné des centaines de milliers de morts.
Aussi complexe que cela puisse paraître pour un
observateur extérieur, les Burundais savent parfaitement faire la
distinction entre un Hutu et un Tutsi. L'enjeu pour nous ici n'est pas de
savoir si les Hutu et les Tutsi constituent des ethnies ou non. À partir
du moment ou les individus s'identifient comme tels et fondent leur action et
leurs comportements en fonction de cette variable, nous en prenons acte et nous
nous limitons à l'explication de la réalité sociale telle
qu'elle se présente. Il s'agit ainsi d'analyser le
phénomène des identités ethniques dans les relations
professionnelles comme une « manière d'agir, de penser et de
sentir, extérieure à l'individu, et qui est douée d'un
pouvoir de coercition en vertu duquel elle s'impose aux acteurs
»33 (au sens de DURKHEIM). A ce propos les dires d'un
employé d'une ONG internationale nous ont édifiés :
« Au Burundi être Hutu ou Tutsi, c'est comme
être Blanc ou Noir. C'est quelque chose qui est limpide, au bureau tu
sais qui est qui, tu sais que ton collègue est ceci ou cela ; Hutu et
Tutsi, tout le monde sait qui est quoi ».
Ce type de déclarations souvent entendues au cours de
notre travail de terrain montre que, bien que l'ethnicité soit loin de
constituer le seul facteur de régulation du comportement, il y a sans
nul doute une forte présence de cette catégorie dans l'imaginaire
collectif des Burundais. Il est donc clair dans notre esprit que la convocation
de l'identité ethnique est une réalité observable dans les
relations
33 DURKHEIM Emile, Les règles de la
méthode sociologique, PUF, 10ème édition,
Paris, 1999
professionnelles au sein des ONG internationales opérant
au Burundi, tout comme dans d'autres secteurs d'activités.
La présence de l'identité ethnique dans
l'imaginaire des employés locaux est telle que les managers des ONG
internationales se trouvent dans l'obligation d'adopter une posture
managériale s'y rapportant dans la gestion quotidienne des ressources
humaines. En effet, qu'ils le veuillent ou non, cette variable identitaire
influe directement ou indirectement sur l'efficacité et l'efficience de
l'action des ONG sur le terrain.
Dans le cadre de cette étude, nous entendons par
manager, au premier degré, les coordinateurs des ONG internationales et,
au second degré, les personnes occupant les postes stratégiques
de décision au sein de ces organisations, à savoir les hauts
cadres.
Problématique
Une interrogation est au centre de cette étude :
comment les managers des ONG internationales intègrent-ils la variable
ethnique dans leurs politiques de gestion des ressources humaines ? En d'autres
termes, comment intervient la variable identitaire basée sur l'ethnie
dans le management des ONG internationales opérant au Burundi ?
Globalement, il est question d'identifier les différentes approches des
managers de ces organisations face à la question des identités
ethniques dans les pratiques de gestion du staff local, les logiques
sous-jacentes à ces approches ainsi que leur incidence sur les relations
professionnelles.
Hypothèses
Hypothèse générale
Face à la question des identités ethniques, les
managers des ONG internationales opérant au Burundi adoptent deux
approches opposées mais ayant toutes un objectif affiché de
neutralité. D'une part, on observe une prise en compte tacite des
identités ethniques se traduisant par l'absence
délibérée de toute allusion à cette variable
identitaire dans la gestion du staff local et ; d'autre part, on affiche la
prise en compte
explicite des identités ethniques se traduisant par la
volonté d'opérer la mixité ethnique du staff local par un
système de quotas à l'embauche.
Hypothèses secondaires
1) Le modèle organisationnel des ONG internationales
opérant au Burundi estompe légèrement, dans le staff
local, la convocation systématique de l'identité ethnique dans
les relations professionnelles. Néanmoins, si le travail au sein de ces
organisations favorise un début d'émergence d'une culture
organisationnelle au sens de la culture d'entreprise, il ne parvient pas
à annihiler la conscience ethnique des employés locaux.
2) Les cadres expatriés et locaux des ONG
internationales ne sont pas préparés au maniement de la donne
ethnique d'où la difficulté pour beaucoup à définir
une politique claire de management cross-culturel.
Présentation du champ d'enquête
L'enquête de terrain qui a servi de base à
l'élaboration de ce travail s'est effectuée à Bujumbura.
Ce choix a été motivé par une raison majeure. En effet,
Bujumbura est la capitale politique et économique du Burundi. A ce
titre, elle constitue le lieu d'établissement des sièges des
différentes ONG internationales opérant au Burundi. Bien que
leurs activités couvrent l'ensemble du territoire national, c'est dans
la capitale que se trouve concentrée l'intégralité des
responsables et la majeure partie des employés des ONG internationales,
comparativement aux autres villes. Nous avons ainsi pu facilement rencontrer
les enquêtés en les trouvant directement sur leurs lieux de
travail.
Par ailleurs, on rencontre à Bujumbura les
ressortissants de toutes les provinces du pays et de toutes les ethnies. Cette
dimension nous a permis de nous faire une idée sur l'impact des
représentations ethniques dominant dans le milieu de vie sur les
comportements individuels des employés des ONG internationales,
notamment en matière de relations de travail.
Notre enquête s'est déroulée en grande
partie dans la commune urbaine de Rohero et dans la partie Nord de la commune
urbaine de Kinindo, lieux où sont situés la plupart des
sièges des ONG et autres organismes internationaux. Cette partie de la
ville de Bujumbura constituait, au moment de l'enquête, la zone
située à l'intérieur de la « ceinture de
sécurité ». Il s'agissait d'une zone à
l'intérieur de laquelle les forces de sécurité de l'ONU
alors installées à Bujumbura dans le cadre de l'ONUB34
avaient mandat d'intervenir pour protéger les ressortissants
étrangers travaillant pour les organisations et organismes
internationaux. Toutefois, nous avons pu élargir notre investigation
à d'autres communes ou quartiers en fonction des besoins.
Méthodologie de recherche
Cette étude s'est effectuée sur la base d'une
enquête de terrain à Bujumbura et d'une recherche documentaire. La
descente sur le terrain s'est faite durant la période allant de juillet
à octobre 2006. Elle a été réalisée dans le
cadre d'un stage de recherche que nous avons effectué au sein de l'ONG
JRS-Burundi. Lors de ce stage, il ne s'agissait pas pour nous d'effectuer
uniquement les tâches pour l'organisation. Au moment de la
négociation du stage, nous nous étions convenus des conditions de
notre séjour au sein de l'ONG. JRS-Burundi était en
réalité notre porte d'entrée dans le milieu des ONG et des
organismes internationaux. Le directeur national de cette organisation
s'était proposé de nous faciliter le contact avec les autres
responsables d'ONG internationales et avait mis à notre disposition une
liste détaillée des adresses et contacts de ceux d'entre eux que
nous voulions rencontrer. Au sein de JRS-Burundi, vu la sensibilité de
notre sujet de recherche, nous étions, avec le Directeur, les seuls
à savoir les réelles raisons de notre séjour dans
l'organisation.
Pour rencontrer nos enquêtés, nous avons
utilisé la méthode du phoning. Cela consistait à
contacter les sujets par téléphone pour négocier un
rendez-vous en vue d'une interview, sous couvert du Directeur National de
JRS-Burundi. Cette méthode nous a permis d'entrer directement en contact
avec les personnes ressources et de « briser la glace », ce qui a
rendu les entretiens moins formels. Les interviews se déroulaient
généralement dans les bureaux des enquêtés, les
portes closes, à l'abri des oreilles indiscrètes. Les
enquêtés parlaient à voix basse comme s'ils craignaient
34 Opération des Nations Unies pour le
Burundi
d'être entendus. Nous avons utilisé un guide
d'entretien et nous enregistrions les conversations à l'aide d'un
magnétophone lorsque les sujets étaient consentants. Les
entretiens étaient semi-directifs.
Nous avons opté pour le guide d'entretien parce que
nous recherchions une information qualitative auprès de ceux qui sont
chargés de la définition et de l'application des politiques de
ressources humaines au quotidien dans les ONG internationales opérant au
Burundi. Par ailleurs, le nombre limité de notre population cible nous
permettait de faire l'usage d'un guide d'entretien tout en respectant le
critère de représentativité de l'échantillon. Il
nous était également extrêmement important d'avoir un
contact direct avec nos interlocuteurs. En effet, vu la nature sensible du
thème traité, nous avions remarqué au début de
notre enquête que, plus le climat était détendu, plus les
enquêtés s'exprimaient avec aisance, sans crispation. Ainsi, ils
nous donnaient par là des réponses moins formalisées et
avaient moins recours à la langue de bois.
Comme nous avions été recommandés par le
directeur d'une ONG internationale qui était de nationalité
française, il nous était relativement facile d'entrer en contact
avec ses collègues cadres internationaux. Par contre, il était
beaucoup moins aisé de nous entretenir avec les sujets de
nationalité burundaise sur la question des identités ethniques.
Plusieurs raisons expliquent cette difficulté. Au moment de
l'enquête, le climat politique était particulièrement
lourd. Les services de renseignement venaient d'annoncer avoir
déjoué une tentative de coup d'Etat. C'est ainsi qu'un certain
nombre d'individus avaient été arrêtés dont un
ancien président de la République et un ancien
vice-président. Certaines des personnes emprisonnées avaient
été arrêtées par des agents des services secrets se
faisant passer pour des journalistes. Il y avait alors une psychose au sein de
la population qui faisait que toute personne posant des questions inhabituelles
pouvait être assimilée à un agent des services de
renseignement. C'est dans de pareilles circonstances qu'un journaliste d'une
radio privée locale avait été roué de coups dans un
bistrot par des populations, l'accusant de vouloir les « vendre
»35 aux services de la Documentation Nationale36. Il
était donc impératif pour nous d'établir
préalablement un climat de confiance entre nous et
35 Traduction littérale du verbe en kirundi
kugurisha qui signifie littéralement « vendre » mais
qui est aussi couramment utilisé pour exprimer le fait de trahir,
à l'instar de Juda trahissant Jésus.
36 Agence nationale de renseignement du Burundi
les sujets. Nous élaborions alors des stratégies
pour nous rapprocher d'eux au maximum. Parfois nous allions jusqu'à les
inviter au snack bar après le travail et nous en profitions pour lancer
un débat sur la question qui nous intéressait sans leur mettre la
puce à l'oreille.
La recherche documentaire a consisté en une lecture
d'ouvrages, d'articles, de rapports, de déclarations et autres documents
concernant le sujet d'étude. Cette recherche s'est faite principalement
dans les bibliothèques de l'UCAC37 et dans les archives du
Ministère de l'Intérieur et de la Sécurité Publique
de la République du Burundi à Bujumbura. Nous avons
également utilisé nos propres documents ainsi que des documents
empruntés à des amis et des collègues. L'outil Internet
nous a par ailleurs été d'une grande utilité.
Présentation de l'échantillon
Notre échantillon est constitué de 43 personnes.
Cet échantillon est composé de responsables et de hauts cadres
d'ONG internationales repartis selon le tableau suivant.
Tableau 1 : distribution selon la fonction et la
nationalité
|
Fonctions
|
Personnel local
|
%
|
Personnel expatrié
|
%
|
Total
|
%
|
|
Coordonnateurs
|
5
|
23%
|
17
|
77%
|
22
|
51%
|
|
Cadres
|
11
|
69%
|
5
|
31%
|
16
|
37%
|
|
Employés
|
5
|
100%
|
0
|
0%
|
5
|
12%
|
|
Total
|
21
|
49%
|
22
|
51%
|
43
|
100%
|
Source : MUNEZERO, 2006
Parmi les 43 personnes interviewées se trouvaient 21
Burundais dont 5
directeurs/coordonnateurs, 11 cadres, et 5 salariés,
ainsi que 22 expatriés dont 17 directeurs et 5 cadres. Tous les
enquêtés appartenaient aux 33 ONG observateurs et membres du RESO.
Le RESO (Rassemblement Echanges et Solutions entre ONG) est un réseau
associatif regroupant une trentaine d'ONG internationales opérant au
Burundi. Ces organisations y ont soit un statut de membres soit celui
d'observateurs. Le choix de sélectionner nos enquêtés au
sein de ces organisations allait de soi pour
nous. En effet, l'ONG dans laquelle nous avons effectué
le stage de recherche était membre du RESO, il nous était
techniquement possible de pouvoir accéder aux enquêtés
à travers ce réseau bien constitué en tant que
collègue. Par ailleurs, la diversité de la taille de ces
organisations et de leurs domaines d'interventions a été un
facteur déterminant pour nous dans le choix opéré.
Modèles théoriques d'analyse
Cette étude a pour ambition de mettre en
évidence la manière dont les responsables des organisations non
gouvernementales internationales opérant au Burundi manipulent
rationnellement la variable ethnique pour annihiler ou minimiser les
externalités négatives qui lui sont liées au sein de
l'organisation. Elle vise également à mettre en exergue les
stratégies de « digestion » des différentes approches
de gestion des ressources humaines par le personnel local. Nous avons ainsi
fait intervenir la théorie de l'acteur stratégique
élaborée par Michel CROZIER et Erhard FRIEDBERG qui nous a permis
de cerner la façon dont les différents acteurs des ONG
internationales utilisent la marge de manoeuvre que leur confèrent les
positions et les ressources dont ils disposent.
Par ailleurs, les relations professionnelles se passent entre
acteurs interdépendants dont les actions et réactions se fondent
en fonction d'autres acteurs en présence. Aussi avons-nous eu recours
à l'interactionnisme symbolique qui nous a permis d'aborder la
réalité sociale en tant que « comportement significatif
orienté vers l'autre » (Erving GOFFMAN).
37 Université Catholique d'Afrique Centrale
Chapitre I
La variable ethnique dans le Team Building au sein
des ONG internationales au Burundi
|
Au Burundi, la variable ethnique constitue
indéniablement une des tendances lourdes influant sur la gestion des
ressources humaines dans les ONG internationales, au même titre que dans
les autres organisations. Du fait du contexte fortement marqué par
l'ethnicité, la construction des équipes se révèle
souvent être une gageure pour les managers ; les logiques et les
rationalités qui guident les comportements du personnel local sont
généralement un mélange complexe de calculs, de jeux et
parfois d'extrémisme ethnique.
Mais avant de nous engager plus loin dans l'analyse du
phénomène ethnique au sein des staffs locaux des ONG
internationales au Burundi, il est nécessaire que nous fassions au
préalable une brève présentation d'ensemble de ces
entités.
I- 1- Les organisations non gouvernementales
internationales au Burundi
Le nombre des ONG internationales menant leurs
activités au Burundi est régulièrement fluctuant du fait
du début et de la clôture des programmes et projets des unes et
des autres. Globalement, au moment de la réalisation de cette
étude, on dénombrait une quarantaine d'ONG internationales
oeuvrant dans les 16 provinces du pays. Encouragées par le gouvernement,
une trentaine d'entre elles se sont associées au sein d'une association
appelée RESO38, (Rassemblement, Echanges et Solutions entre
ONG). Le reste des ONG y ont un statut d'observateurs.
Depuis la promulgation, le 23 juin 1999, de la loi
n°1/011 qui définit le cadre de coopération avec les ONG
étrangères, le gouvernement a mené une campagne
d'explication dans deux directions. A l'intention des services gouvernementaux
d'abord afin de leur préciser les rôles et les obligations des uns
et des autres dans leurs relations avec les ONG étrangères. A
l'intention de ces dernières, ensuite, pour leur indiquer les principes
directeurs, les obligations et les engagements qui lient aussi bien les ONG que
le gouvernement dans la pratique quotidienne de leur coopération.
C'est donc, à l'issu de cette campagne d'explication de
ladite loi portant cadre général de coopération que fut
créé le RESO. Il se veut être un forum neutre
et apolitique d'organisations non gouvernementales oeuvrant au Burundi dans
tous les
domaines de l'aide humanitaire et du développement.
Cette association joue le rôle d'interlocuteur des ONG
étrangères face au gouvernement. Ce dialogue se passe à
travers le Ministère des Relations Extérieures et de la
Coopération, par l'action concertée de son Bureau National de
Coordination des activités des ONG étrangères. C'est dans
ce cadre que, depuis la fin de l'année 1999, des rencontres
d'échanges et de concertations formelles et informelles sont
organisées entre le Bureau National de Coordination des activités
des ONG étrangères et les ONG membres et observateurs du RESO.
Le RESO est administré par un Comité
Exécutif élu rotativement au sein des organisations membres pour
une durée de six mois renouvelables une fois. Il dispose d'un bureau
avec une secrétaire permanente qui assure la liaison entre la structure,
ses membres et ses observateurs. Le Comité Exécutif se
réunit tous les premiers lundi du mois.
Les objectifs initiaux du RESO tels que décrits dans ses
statuts de 1999 sont les suivantes :

promouvoir les relations entre les ONG internationales et les
autres partenaires ; donner aux membres un espace d'expression libre et
transparent de partage, de débat, d'analyse et de réponse aux
problèmes communs ;
offrir aux partenaires un interlocuteurs cohérent à
travers une structure connue et représentative.
Ces ONG internationales interviennent sur toute
l'étendue du pays39. Une grande concentration d'organisations
internationales se trouve dans les provinces de Bujumbura-Mairie (15), Gitega
(13), Muyinga (13), et Kirundo (12). Par contre, on remarque une
déconcentration dans les provinces de Bururi (2), Muramvya (3) et
Kayanza (5). Les autres provinces comptent entre 6 et 12 ONG internationales
qui interviennent dans différents secteurs. On peut également
noter que seules 10 organisations sur les 33 concernées, étendent
certaines de leurs activités sur toutes les provinces du pays.
38 Voir Annexe tableau 2 : Liste des ONG membre du
RESO
Carte du Burundi

Ces organisations sont très actives sur le terrain ;
leurs activités sont menées par des équipes
constituées d'employés expatriés et locaux. Le nombre
d'employés varie selon plusieurs facteurs, notamment la taille de
l'organisation, le volume des activités et les domaines d'intervention.
Mais dans tous les cas, la gestion du personnel local reste complexe du fait de
l'omniprésence de l'ethnicité dans l'inconscient collectif des
Burundais. La variable ethnique est ainsi un élément important
que les managers doivent savoir manier pour qu'elle n'entrave pas l'atteinte
des objectifs globaux et spécifiques des projets.
39 Voir Annexe Tableau 3 : ONG internationales par
province et par secteur d'intervention

I- 2- Les tendances lourdes pour le Team Building dans
les ONG internationales
On peut énumérer un certain nombre de tendances
lourdes qui entravent le bon

déroulement du Team Building dans ces
organisations ; il s'agit notamment de : l'offre limitée du personnel
local qualifié dans les métiers du développement et de
l'humanitaire,
l'interventionnisme de certains responsables des administrations
locales dans le recrutement du personnel,
le caractère urgent inhérent à l'action
humanitaire et
l'ethnicité.
Mais d'abord, quel contenu donner à cet anglicisme ? Le
Team Building, c'est « la construction des équipes
gagnantes »40, performantes ; c'est-à-dire « un
ensemble d'activités formalisées et destinées à
encourager les employées d'une organisation à travailler en
coopération »41 pour atteindre un/des objectif(s).
« Une équipe gagnante est celle :
qui a un objectif commun, que tous connaissent, partagent et se
sont engagés à atteindre,
qui a une communication ouverte et transparente,
qui a un climat de confiance et d'ouverture,
qui a un sentiment d'appartenance,
où la diversité est encouragée,
où la créativité et la prise de risque sont
encouragées,
qui possède la capacité de s'auto-évaluer et
de se corriger,
où les membres sont interdépendants,
où les décisions sont prises par consensus,
où le leadership est participatif.»42
Mais la construction des équipes (staffs) pe rformantes
suppose qu'il y ait eu d'abord un recrutement dans les règles de l'art.
Un bon recrutement se fait en principe en huit étapes :
40 Cabinet DCBC-Sarl, « Consultation et Gestion
du Changement », Module de formation MBA, CESAC, Dakar, 2004
41 "Team building ", Microsoft® Encarta®
2007 [DVD]. Microsoft Corporation, 2006
42 Cabinet DCBC-Sarl, Idem.
|
« la définition de poste,
la définition du profil du titulaire,
l'identification des sources de recrutement,
la mise en place des moyens de recrutement, la campagne de
recrutement,
la sélection des candidatures,
la décision d'embauche et
l'intégration. »43
|
De toutes les tendances lourdes énumérées
au début de cette section, l'ethnicité semble dominant en termes
d'impact sur le rendement du personnel local. Cela a de quoi
désarçonner car, on aurait plutôt tendance à penser
que l'offre limitée du personnel qualifié vient en
première position. Ce dernier facteur est en effet directement
lié à la qualité des prestations des employés ;
cela s'observe directement sans difficulté, quelque soit la zone
d'intervention. Mais il n'en demeure pas moins vrai que dans le cas particulier
du Burundi, l'ethnicité est un élément prégnant
dans l'atteinte ou non de certains objectifs des projets mis en oeuvre par les
organisations humanitaires ou de développement.
Il est presque indécent d'établir un quelconque
rapport entre le terme ethnicité et les ONG internationales. En effet
au Burundi, il est politiquement incorrect d'associer
l' ethnie à ces organisations de droit étranger
car elles sont sensées être un haut lieu de démocratie et
de « bonne gouvernance ». Il est vrai que dans la
société globale, la question de l'identité ethnique a
été pendant longtemps un tabou. Comme le remarque Melchior
MBONIMPA, « il y a quelques années au Burundi, désigner une
personne par son ethnie était comme une obscénité. Les
mots « hutu » et « tutsi » devaient être
chuchotés entre intimes, les portes closes, à la faveur de
l'ombre, un peu à la manière des adolescents lorsqu'ils parlent
des choses du sexe. On feignait de ne jamais en parler. Pourtant,
irrésistiblement, c'était le sujet qui occupait les conversations
les plus passionnées44 ».
43 Cabinet DCBC-Sarl, « Les huit étapes de
recrutement », Module de formation
44 MBONIMPA Melchior, Ethnicité et
démocratie en Afrique : l'homme tribal contre l'homme citoyen ? ,
Harmattan, Paris, 1994.
En conséquence, les ONG internationales étant
constituées par des individus vivant dans la société, ne
subissent-elles pas une influence directe et indirecte de la part de cette
dernière ? L'organisation est vue ici comme « le royaume des
relations de pouvoir, de l'influence, du marchandage et du calcul » et
comme « un construit humain qui n'a pas de sens en dehors des rapports de
ses membres »45. Dans un environnement où «
l'illusion identitaire »46 est profondément
ancrée dans les mentalités, ne serait-ce pas nier la
réalité sociale que de faire fi de la variable ethnique dans les
pratiques de gestion des relations professionnelles dans les organisations
internationales y opérant ?
En effet, ces organisations n'évoluent pas en vase clos
; elles sont dans un environnement fortement marqué par une
identification par soi et par autrui de type ethnique très
prononcée. Ici, l'enjeu ne serait plus forcément la lutte pour le
pouvoir politique, mais la « lutte » pour l'emploi et surtout, la
maîtrise et le contrôle des mécanismes et des circuits de
recrutement et d'évolution de carrière au sein de ces
organisations. Dans tous les cas, le travail dans les ONG internationales au
Burundi, au même titre que la détention du pouvoir politique,
apparaît comme étant synonyme d'accumulation de richesses
matérielles et symboliques. L'enjeu est d'autant plus important que le
travail dans ces organisations confère un statut social particulier.
Nous reviendrons plus longuement sur les manifestations de
l'ethnicité au sein du personnel local de ces organisations dans
d'autres chapitres. Pour l'insta nt in téressons nous au lien qui existe
entre l'ethnicité et les trois autres facteurs identifiés comme
étant des tendances lourdes à savoir : l'offre limitée du
personnel local qualifié, l'interventionnisme de certains responsables
des administrations locales et l'urgence de l'action humanitaire. De prime
abord, le sentiment qui se dégage de la lecture de ces trois facteurs
alignés dans l'ordre, c'est la difficulté d'établir un
lien entre eux et l'ethnicité. Pourtant il y'en a un. En mettant en
exergue ce lien, nous montrerons également en quoi ces
éléments constituent des tendances lourdes pour le Team
Building.
45 CROZIER Michel, FRIEDBERG Erhrad, L'Acteur et
le système. Les contraintes de l'action collective, Seuil, Paris,
1977, p.50
BAYART Jean-François, L'Etat en Afrique : la politique
du ventre, Fayard, Paris, 1990
46
Comment l'offre limitée du personnel local
qualifié constitue-t-elle une tendance lourde pour le Team Building
dans les ONG internationales ? La rareté d'employés locaux
expérimentés et qualifiés dans les métiers du
développement et de l'humanitaire a un effet direct sur les performances
des staffs. Cette situation est due en grande partie à la nature du
système éducatif universitaire national qui est plutôt
axé sur les formations généralistes plutôt que
spécialisantes ou professionnelles. Par conséquent, lorsque les
étudiants sortent des universités, ils ne sont pas
opérationnels en ce qui concerne les métiers du
développement et de l'humanitaire.
Cela implique que lorsqu'ils sont embauchés
malgré leur non opérationnalité, il leur faut du temps
pour suivre des formations et s'imprégner des outils, des processus, des
approches et des méthodes en vigueur dans le secteur des ONG
internationales. Dans ces conditions, le Team Building devient un
travail de longue haleine, ce qui ne concorde pas généralement
avec le caractère à court terme et urgent des projets
humanitaires. Dans tous les cas il est extrêmement difficile de
construire des équipes performantes avec des employés qui ont
presque tout à apprendre du savoir faire, même s'ils disposent de
capacités exceptionnelles en matière de savoirs et de savoir
être.
Ainsi, l'expérience des candidats devient un
critère hautement déterminant dans le recrute ment des ressources
humaines pour le Team Building. C'est à ce niveau que s'invite
le facteur ethnique. En effet, les différentes ethnies du Burundi
n'ayant pas toutes bénéficié des mêmes avantages du
système éducatif à certains moments de l'histoire
tourmentée de ce pays, les personnes les plus
expérimentées se retrouvent naturellement issues des ethnies qui
ont été privilégiées à une époque ou
une autre par le système éducatif national. Cela nous a
été confirmé par un responsable expatrié d'une ONG
internationale :
« Actuellement on trouve que le personnel qualifié
et expérimenté est majoritairement homogène sur le plan
ethnique du fait que, à un certain moment l'université du Burundi
était ethniquement et m ême régionalement orienté
[...] »
Cette situation crée inévitablement des
frustrations de la part de ceux qui sont tenus à l'éca rt ou en
minorité par les critères impératifs de recrutement.
Concernant l'interventionnisme de certains responsables des
administrations locales, elle se manifeste sous forme de tentatives d'influence
sur le recrutement par les ONG internationales opérant dans une
localité donnée en faveur des ressortissants de cette
dernière. Pour avoir la possibilité de mener leurs
activités, les managers se trouvent parfois contraints de faire des
compromis. Les personnes engagées dans ces conditions occupent
généralement des postes de chauffeurs, d'agents d'entretien, de
gardien, de guide, d'interprète, etc.
Cette manière de faire pose un réel
problème à la construction des équipes gagnantes. En
effet, dans la logique du Team Building, tous les membres de
l'équipe sont aussi importants les uns que les autres car le travail des
uns conditionne celui des autres (interdépendance). Il n'y a donc pas
d'employés « bouche trou » ou figurants. Or, si un manager
accepte un individu imposé par l'autorité locale, cela veut dire
qu'il n'a pas eu le luxe de suivre les huit étapes du recrutement
évoquées plus haut. Cela signifie également que
l'employé recruté ne partage pas forcement l'objectif du groupe
ni sa vision, ce qui a des répercutions directes sur les variables comme
le climat de confiance, le sentiment d'appartenance ou encore, la
cohésion du groupe.
Par ailleurs, les élus locaux ne sont pas
réputés comme étant des chantres du pluralisme ethnique
car beaucoup d'entre eux ont été élus sur des
critères essentiellement ethniques. Ainsi, il est probable que dans
leurs tentatives d'imposition du personnel à recruter, le facteur
ethnique soit des plus prédominants.
De manière générale, les managers des ONG
internationales qui refusent de se subordonner à ces directives se
voient faire l'objet de rapports hostiles destinés au Ministère
de l'Intérieur et de la Sécurité Publique. Lors de nos
recherches dans les archives de ce ministère, le constat que nous avons
fait était plutôt constant : dans tous les rapports produits par
des maires des collectivités territoriales décentralisées
sur les activités des ONG internationales opérant dans leurs
localités, rares étaient ceux qui déclaraient travailler
en bonne collaboration avec ces organisations. Au contraire, ces
dernières faisaient l'objet de critiques des plus virulentes.
L'autre tendance lourde que nous avons relevé, c'est
l'urgence de l'action humanitaire. En période de crise humanitaire,
certaines ONG sont contraint d'intervenir en urgence pour subvenir aux besoins
de base des personnes sinistrées. Les interventions humanitaires
d'urgence nécessitent parfois la disponibilité immédiate
de professionnels (souvent pour une période de courte durée)
expérimentés pour travailler dans des zones à haut risque
sécuritaire. Les organisations qui travaillent
généralement dans ces conditions n'ont pas le temps
matériel de procéder à un recrutement en bonne et due
forme. Elles sont obligées de recruter par cooptation. La cooptation est
une pratique courante dans la mise en place des équipes ; mais dans des
contextes sensibles comme celui du Burundi, elle peut constituer un terreau
fertile pour le tissage de réseaux mafieux d'accès à
l'emploi.
En effet, en faisant fi des procédures et étapes
« normales » d'un recrutement, le manager ouvre la voie au
clientélisme ethnique et aux marchandages de toutes sortes (pour ne pas
parler de corruption) de la part des collaborateurs locaux et même
expatriés.
Mais le respect des huit étapes de recrutement
évoquées plus haut n'est pas aisé comme nous veno ns de le
voir. Par ailleurs, la mise en oeuvres de ces différentes phases
nécessite des moyens logistiques et financiers qui ne sont pas toujours
prévus dans les lignes budgétaires des projets qui sont
financés par les partenaires financiers, ces derniers ne
finançant que la réalisation des activités.
Mais comment minimiser les nuisances du facteur ethnique dans la
gestion des staffs locaux ?
Chapitre II
Les approches managériales des responsables des
ONG internationales face à la question ethnique
|
La gestion d'un staff multi-ethnique dans un contexte de
conflit ou de post conflit ethnique s'avère être un exercice
extrêmement délicat pour les responsables des ONG internationales.
Du fait de la particularité du contexte burundais, les responsables de
ces organisations élaborent des stratégies afin de ne pas rester
prisonniers du climat socio-politique ambiant. Nous relevons deux postures
managériales les plus couramment utilisées dans la gestion des
ressources humaines locales : d'une part, le recours à l'approche «
Do No Harm » et au modèle du management cross-culturel (ou
management interculturel) et d'autre part, l'observation du principe de «
non-ingérence ».
II-1- L'approche Do no Harm et le Modèle de
Management cross-culturel
II-1-1- L'approche Do no Harm ou l'action humanitaire
pragmatique
L'approche Do no Harm est un outil
développé par la CDA47 (The Collaborative for
Development Action) pour maximiser l'efficience et l'efficacité de
l'action humanitaire dans les zones de conflit et de post conflit.
Littéralement, Do no Harm est un mot anglais qui signifie
« ne pas faire du mal ».
Cette approche consiste à évaluer et
modéliser la manière dont l'assistance humanitaire ou de
développement donnée dans un contexte de conflit ou de post
conflit peut être allouée sans toutefois exacerber, empirer ou
relancer le conflit. La méthode a également pour but d'aider les
populations en conflit à se désengager des combats et à
développer des mécanismes de résolution des
problèmes à l'origine des conflits qui minent leurs
sociétés.
L'approche Do no Harm part d'un constat : les pays
n'entrent pas en guerre par hasard. Les gens ne prennent pas les armes pour se
battre contre leurs voisins gratuitement. Dans la plupart des cas, ce sont les
leaders politiques qui incitent les gens à se battre contre leurs
compatriotes et réussissent à le faire. Dans un monde où
on assiste si fréquemment à des guerres civiles, il est important
d'avoir à l'esprit tous ces faits lorsque l'on démarre un projet
d'assistance humanitaire ou de développement dans une zone de conflit ou
de post conflit.
47 site web :
www.cdainc.com
A cet égard, il est nécessaire d'examiner au
préalable les liens qui existent entre l'assistance (locale et
internationale) donnée dans de tels contextes et les conflits qui ont
incité à cette assistance. En effet, l'expérience du
passé a montré que, même lorsque l'assistance est effective
en ce qui concerne la sauvegarde des vies humaines et l'allégement des
souffrances, très souvent, par inadvertance, elle nourrit, prolonge
et/ou exacerbe les conflits qui avaient suscité une réponse
humanitaire. C'est pour cette raison que cette approche préconise de
lire et d'étudier attentivement les éléments du contexte
de la zone d'intervention afin de s'assurer de l'impact positif de l'action
humanitaire ou de développement engagée.
En réalité, lorsque les programmes d'assistance
sont menés dans un contexte de conflit, l'assistance en elle-même
devient également une composante à part entière du
conflit. Bien qu'il soit clair que l'assistance ne cause ni ne résout le
conflit, et même si les ressources qu'elle mobilise sont peu importantes,
l'impact de la présence de l'assistance est significatif. L'assistance
peut avoir des effets importants sur les relations intercommunautaires ou
intergroupes ainsi que sur le déroulement des conflits intergroupes en
mettant à leur disposition des ressources nécessaires pour la
survie.
La méthode met l'accent sur les défis
posés à l'assistance humanitaire par les conflits armés
internes. De tels conflits trouvent généralement leur origine
dans des tensions à caractère fondamentalement social ou
économique, ethnique ou tribal, religieux ou idéologique. Ils
sont souvent exacerbés par le manque de représentation dans des
structures politiques, grâce à laquelle l'agitation populaire
pourrait trouver une autre forme d'expression. Ces conflits constituent cette
sorte de fragmentation politique et de démembrement interne que l'ancien
Secrétaire Général des Nations Unies Koffi Anan appelle
«micro-nationalisme».
A vrai dire, dans un contexte socio-politique que nous
qualifierions de « normal », l'approche Do No Harm n'est pas
révolutionnaire. Les règles les plus élémentaires
du management des projets préconisent la prise en compte des
éléments du contexte global avant la mise en place de tout
projet, qu'il soit humanitaire ou de développement. Il s'agit de
maîtriser autant que possible, l'incidence positive ou négative,
à court et à long terme, que peut avoir le projet sur
l'environnement
ambiant et vice versa, l'environnement étant ici pris
dans son sens le plus large, c'est-à-dire, l'environnement sociologique,
institutionnel, culturel, économique, politique, etc.
Dès lors que le contexte est conflictuel avec une
coloration ethnique très prononcée, il va de soi que l'on doive
envisager l'impact du projet sur le conflit. L'idéal serait que l'action
humanitaire puisse contribuer à annihiler les germes du conflit ; pour
autant, il n'est pas exclu qu'elle devienne un motif même d'affrontement.
C'est ce cas extrême qu'il ne faut pas ignorer sous peine de subir les
conséquences d'une telle légèreté dans la prise de
décisions stratégiques.
L'étude d'impact se fait avant la mise en oeuvre de
l'action humanitaire ou du projet de développement. Dans le cas
spécifique du contexte burundais de l'après guerre civile, il est
par exemple question pour les responsables des ONG internationales qui
appliquent la méthode Do No Harm, de maîtriser les tenants et les
aboutissants de la question ethnique au Burundi.
Lorsqu'on applique la méthode sur le management des
ressources humaines, la maîtrise totale du contexte est un facteur
déterminant dans la définition des politiques de gestion du
personnel local. Tout part de la décision d'implanter les
activités de l'ONG au Burundi. Plusieurs phases sont nécessaires
pour aboutir à la décision du démarrage des
activités.
La première phase consiste à rentrer dans
l'histoire du pays. L'objectif de cette étude historique est de cerner
les racines du conflit, son déclenchement sporadique au cours des
décennies, son évolution et son apparente dénouement.
Cette phase renseigne le manager sur la psychologie de masse en cours dans la
société ainsi que sur l'origine des représentations
sociales.
La deuxième phase est celle de l'analyse du contexte
présent. Elle vise à décortiquer les
éléments du contexte d'alors et à aller au-delà du
discours des différents acteurs du conflit. Est-ce que le conflit est
essentiellement politico-ethnique ou alors, existe-t- il d'autres
ingrédients qui l'aggravent ? Quelles sont les forces en présence
? Quels sont les protagonistes et de quels soutiens disposent-t-ils à
l'intérieur et à l'extérieurs
du pays? Quels sont les éléments culturels
sensibles susceptibles de provoquer des dissensions au sein du personnel local
? Voilà autant de questions que l'on doit se poser avant d'entreprendre
tout projet dans une société comme celle du Burundi. En d'autres
termes, il s'agit de faire l'analyse des acteurs et des facteurs, ainsi que des
relations existantes entre eux.
Toutefois, en dehors des données socio-culturelles
déstructurantes, il convient d'avoir une bonne connaissance des facteurs
socio-culturels pouvant favoriser la cohésion sociale (facteurs liants).
Cela est d'autant plus important que le manager de l'ONG trouve là des
catalyseurs autour desquels il pourrait construire l'organisation. Il est alors
question d'aller fouiller dans la culture locale, les symboles, les mots, les
proverbes, les expressions artistiques, les figures, etc., autour desquels
toutes les catégories sociales et ethniques du pays s'identifient et
qu'elles considèrent comme étant des éléments d'un
héritage commun, partagé.
La troisième étape consiste à faire une
projection de l'action humanitaire ou des activités du projet dans le
futur. Cette projection vise à prévoir, en plus des
résultats et des incidences prévisibles, les externalités
positives et surtout négatives que peut induire l'opération.
Cette phase est la plus cruciale dans le processus décisionnel, car
c'est de ses conclusions que le responsable de l'organisation prend la
décision de mettre ou non en oeuvre le projet préconisé.
Concrètement, il s'agit d'établir la balance entre les
conséquences négatives et celles positives. La décision de
mettre en oeuvre le projet est effective lorsque les effets positifs prennent
le pas sur ceux négatifs.
Mais que faire lorsque, à l'issue de l'étude
d'impact, il ressort que la mise en oeuvre du projet pourrait empirer la
situation sur le plan humanitaire ou sécuritaire ? C'est là toute
la question que pose la méthode Do No Harm. En théorie,
les responsables d'une ONG opérant dans une zone sensible, lorsqu'ils se
rendent comptent que les effets pervers de leur action sont de nature à
causer plus de torts qu'elle n'en résout, la décision qui
s'impose à eux est celle de ne pas engager l'action. Lorsque la
situation humanitaire est critique et exige à tout prix une intervention
d'urgence, ils peuvent mettre en oeuvre le projet, tout en essayant de
minimiser autant que possible ses incidences négatives.
Dans les faits, l'exercice s'avère plus
compliqué qu'on ne l'aurait cru. En effet, les réalités du
terrain exigent de la part du manager, un oeil averti et des capacités
organisationnelles et d'adaptation exceptionnelles. L'action humanitaire dans
les zones sensibles est avant tout caractérisée par la prise de
risque, l'engagement et la capacité à surmonter des situations
incongrues. Prenons le cas d'une ONG qui aurait pour projet, la
réinsertion socio-professionnelle des sinistrés de guerre dans
une province du Burundi. L'aspect qui nous intéresse
particulièrement ici est celui de la formation des équipes
locales devant mettre en exécution la programmation des activités
du projet. Le manager averti sait que le conflit ethnique qui a secoué
le pays s'est déroulé sur fond de lutte pour le contrôle
des ressources économiques. Dès lors il sait que s'il faut
recruter des employés locaux, comme la législation sur les ONG
internationales le préconise, pour éviter de doter les membres
d'une seule ethnie du pouvoir économique par le biais des salaires, la
meilleure manière est celle de recruter un personnel multi-ethnique.
Ainsi, il réduit la probabilité de la domination
économique d'une ethnie sur l'autre, ce qui aurait pu contribuer,
même de manière minime, à relancer le conflit.
Si le manager prend la décision d'ignorer le
caractère ethnique du conflit et sa portée sociale, il va
recruter sans se soucier de l'équilibre ethnique des équipes. En
cas de déséquilibre prononcée en faveur d'une ethnie, il
court alors le risque de voir les membres des staffs sur le terrain
privilégier les personnes de leur ethnie dans l'identification des
groupes cibles bénéficiaires du projet. Ce fut le cas d'une
grande ONG internationale qui, aux premières heures de la crise de 1993,
s'est retrouvée grâce au concours de plusieurs circonstances, avec
un staff local exclusivement constitué de membres d'une seule ethnie.
Après quelques mois d'activités, le responsable expatrié
de l'organisation s'est rendu compte que les équipes sur le terrain ne
donnaient l'assistance humanitaire qu'aux personnes sinistrées d'une
seule ethnie. Ce type de situation peut être de nature à renforcer
le sentiment d'injustice sociale et nourrir ainsi les germes du conflit.
L'adoption de l'approche Do No Harm appliquée
au management des ressources humaines dans les zones ethniquement sensibles
nécessite la convocation du modèle de management cross-culturel.
En effet, si l'approche Do No Harm permet au manager d'élaborer
des stratégies, le management cross-culturel lui donne les
moyens et les outils de mettre les en oeuvre dans un
environnement multiculturel ou multiethnique.
II-1-2- Le modèle de management cross-culturel ou
interculturel
La nécessité d'intégrer la notion de
culture dans le management s'est imposée avec la mondialisation
économique qui a vu la multiplication des multinationales
développant des filiales régionales, les fusions-acquisitions
d'entreprises de pays différents et l'expatriation des cadres dans des
régions aux cultures autres que les leurs. C'est ainsi que des
chercheurs en management des organisations commencèrent à s'y
intéresser.
La discipline du management interculturel s'est
développée aux États-Unis à la fin des
années 1970 sur la base du management international et du management
comparé48. L'étude empirique menée par G.
Hofstede49 sur la culture nationale et la culture d'entreprise a
fortement contribué à sa diffusion dans le domaine des sciences
de gestion. À la différence du management international (qui
prend en compte toutes les activités fonctionnelles de l'entreprise) et
du management comparé (qui compare les spécificités du
management dans des systèmes différents), le management
interculturel est centré sur le comportement organisationnel et les
ressources humaines50.
Le management interculturel s'intéresse plus
précisément à l'influence de la culture (nationale et
organisationnelle) sur les perceptions, les interprétations et les
actions des acteurs. La culture est considérée comme un
système de significations et d'orientations, propres à un groupe,
basées sur des valeurs spécifiques qui se traduisent en
comportements. Ce système a été appris durant le processus
de socialisation. Comme cette socialisation a lieu dans un contexte
spécifique, la culture qui reflète les valeurs, les
pensées et les comportements d'une société, joue un
rôle primordial. En matière de management, ce système
culturel procure aux individus des capacités cognitives et des
méthodes spécifiques pour résoudre des
problèmes.
48 HARRIS et MORAN, Managing cultural
difference, Gulf Publishing, Houston, 1993
49 HOFSTEDE, Culture's Consequences: Comparing
Values, Behaviors, Institutions and Organizations A cross Nations, Sage
Publications, London, 2001
50 ADLER, International Dimensions of
Organizational Behavior, PWS-Kent, Boston, 1991
Par conséquent, des collaborateurs issus de groupes
culturels différents sont susceptibles de trouver des solutions
différentes face à un même problème.
La recherche en management interculturel s'attache à
étudier les interactions d'acteurs venant de systèmes
différents. Elle s'intéresse aux « incidents critiques
»51 qui sont dus aux différences culturelles. Les incidents
critiques se produisent souvent dans des situations de communication et de
coopération où les attentes et comportements des acteurs
divergent et conduisent à des conflits interculturels.
Les problématiques du management cross-culturel
s'appuient sur des constats simples : selon sa culture d'appartenance, on ne
dit pas la même chose des mêmes choses. Les versions, les
explications du réel, c'est-à-dire, des situations, des
comportements, des histoires, varient selon que l'on écoute des
ressortissants d'une culture ou de l'autre. Il paraît clair que seul un
simulacre de vérité peut exister en la matière, celui que
le plus écouté impose à tort ou à raison. En effet,
en matière de cultures, les évidences se diluent et il ne reste
que des attitudes, des représentations et parfois des sympathies.
Le manager de l'interculturel peut être exposé
quotidiennement ou presque à l'expression de ce besoin. Dans une autre
culture que la leur, les acteurs de la vie économique se trouvent
démunis. Il y a bien sûr le facteur de la langue. Mais il y a
également les valeurs et les non-valeurs sociales, les usages, la
relation au temps, à l'espace, la communication non verbale, les modes
d'intégration, affectifs, les logiques guidant les conflits et les
alliances : tout semble suivre un autre cheminement, trouver d'autres
expressions, recevoir une autre signification et un autre sens. Cela rend la
vie difficile aux responsables d'agence ou de filiale expatriés. La
négociation avec les partenaires sociaux suit d'autres routes que
celles, plus facilement prévisibles, des négociations avec une
centrale syndicale d'un pays occidental. Même la gestion des salaires et
des promotions internes est rendue ardue pour l'expatrié.
51 BARMEYER, et MAYRHOFER, « Le management
interculturel : facteur de réussite des fusions- acquisitions
internationales ? », C.E. S. A. G. (Centre d'Etude des Sciences
Appliquées à la Gestion), I. E. C. S. Strasbourg,
Université Robert Schuman.
Le secteur de la coopération internationale et de
l'humanitaire étant un espace de mobilité internationale par
excellence, les cadres expatriés des organisations non gouvernementales
internationales sont encore plus confrontés à ce décalage
des perceptions culturelles que leurs collègues du secteur marchand, car
moins préparés que ces derniers.
En effet, si nombre des responsables des multinationales ont
déjà pris la mesure des problèmes qu'implique la
cohabitation des équipes multiculturelles au sein d'une même
organisation, les organisations non gouvernementales internationales sont
encore loin de cerner les implications d'un tel scénario. Pourtant elles
vivent des expériences et des incidents liés à la
multiculturalité des équipes au quotidien.
De manière générale, les approches
utilisées par le management cross-culturel sont basées, au plan
pratique, sur « la connaissance la plus précise possible des
cultures nationales concernées et, au plan conceptuel, sur des
différences culturelles et leur mise en évidence par des
méthodes intuitives ou quantifiées »52 . Ainsi,
pour les ONG qui ont choisi l'option du management cross-culturel, la
préparation à l'expatriation des cadres, la gestion des rapports
humains en milieu pluriculturel, l'animation des équipes mixtes, et les
programmes de formation qui peuvent y être associés sont autant de
préoccupations pour atteindre au mieux les objectifs des
différents projets initiés.
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