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Le discours religieux en Tunisie: L'exemple de la communauté juive

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par Sadek MTIMET
Faculté de droit et des sciences politiques de Tunis ( Université Al-Manar) - Master en sciences poltiques 2007
  

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Chapitre II - Le discours religieux et le pouvoir politique

La Communauté juive en Tunisie a été immanquablement affecté par l'arrivée des juifs Portugais et Livournais aux XVIII et XIX siècles. L'installation de ces collectivités juives étrangères a bouleversé la mentalité collective du judaïsme en Tunisie et a crée même des contradictions et des dissidences cultuelles et culturelles. En observant ces faits significatifs, qui attestent de l'évolution en profondeur de la judaïcité tunisienne depuis le XIX siècle, on est amené à constater, au fil des temps, une politisation de plus en plus évidente qui résulte d'expériences vécues et de transformations structurelles spécifiques qui ont déterminé des formes nouvelles d'interférence entre le religieux et le politique (1).

Le point essentiel à rappeler est le caractère minoritaire et marginal du judaïsme dans la société tunisienne . La Communauté juive en Tunisie se trouve au début du XX siècle coincée entre deux forces idéologiques : l'appartenance à la société tunisienne à majorité musulmane avec qui elle partageait une histoire millénaire coiffé par un Makhzen qui se porte garant pour la protection de cette Communauté contre les humiliations et les brimades d'une part, et le "centralisme laïque" de l'Etat républicain français protecteur avec sa conception intégrateur et anticommunautariste. Avant l'entrée sur la scène politique tunisienne du protectorat français, la judaïcité tunisienne a été toujours acculée, pendant longtemps, à une attitude générale de retrait et de méfiance à l'égard de la politique, quand ce n'était pas à une attitude de connivence passive avec le pouvoir politique en place. Il faut dire que le pacte de la dhimma offre le cadre de référence à cet état de situation dans l'inconscient collectif des juifs tunisiens. Cette attitude de méfiance caractérisait, généralement, l'ensemble de la Communauté juive et ses principales institutions (Grand-Rabbinat et Conseil de la Communauté ) . Ceci a généré, depuis l'établissement du protectorat, le "militantisme" de nombreux juifs, à titre individuel, en dehors des corps institués, ainsi que la participation, parfois passionnelle, aux grands débats politiques au début du XX siècle . Pour certains, parmi eux, l'appartenance au judaïsme et la référence à l'intérêt général de la Communauté juive étaient en eux-mêmes évoqués pour justifier ou expliquer leurs prises de position ou leurs choix politiques .

Dans l'histoire contemporaine de la Tunisie, le discours religieux juif a été contraint de sortir de sa passivité politique eu égard à la société tunisienne et de sa complicité avec l'autorité en place à deux moments de son évolution : le premier moment était juste après l'établissement

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(1) Tapia C., "Religion et politique" in Lasray J.-C. et Tapia C., Les Juifs du Maghreb :diasporas contemporains - Paris: l'Harmattan, 1989, p.210

du protectorat avec l'émergence du Mouvement National Tunisien ( Section 1er ) au début du siècle jusqu'à la fin des années 1950. Le deuxième rendez-vous est l'indépendance de la Tunisie et l'émergence de l'Etat national ( Section 2eme ). A ces deux moments, le discours religieux a réagit différemment et d'une façon inégale du fait des bouillonnements internes au sein de la Communauté juive et à cause de la différenciation du vis-à-vis politique

Pour schématiser, on constate que l'influence de l'institution religieuse juive en Tunisie auprès des pouvoirs publics était quasiment nulle, de même qu'était nul l'impact des forces politiques sur cette même institution . Le " juif religieux ( ou pratiquant ), en s'interdisant toute prise de position politique se niait politiquement , tandis que le juif laïque ( ou indifférent au culte ) en professant un militantisme fervent , se niait spirituellement et culturellement " (1) .

Section 1er - Le discours religieux et le mouvement national

D'emblée, il est important de préciser que l'engagement anticolonial dans ses diverses formes, n'a concerné qu'un nombre réduit parmi les juifs tunisiens. Les tendances politiques qui vont se partager l'élite juive en Tunisie étaient l'assimilationnisme ( au sens de l'attrait et l'adhésion à la culture française ) et le sionisme ( le retour volontaire des juifs à Sion - Terre d'Israël ).

Au début du XX siècle et malgré le décloisonnement de la Hara entamé depuis le XIX siècle et l'habitat des juifs dans la cité moderne, la séparation géographique de l'habitat était de nature à limiter le réseau des relations entre la majorité musulmane et la Communauté juive en Tunisie. L'appel à l'extension de la juridiction française aux juifs tunisiens ainsi que la naturalisation pure et simple constituaient les manifestations d'un penchant pro-occidental . Dès lors, chaque communauté ( juive et musulmane ) vivait dans la différence, attachée à son identité, à ses vérités . Mais cette séparation n'était pas étanche, des liens de convergence existaient, des débats ont été instaurés et des actions ont été entreprises . Le "choc colonial" a été ressenti différemment par les deux communautés. Pour les uns, c'est un affront à laver, pour les autres c'est un moment de l'histoire à exploiter.

Cependant , les choses n'étaient pas aussi claires au début du XX siècle . Aux "animosités traditionnelles" qui existaient auparavant entre musulmans et juifs s'ajoutaient des reproches, des "prétextes" immédiats qui furent derrière le déclenchement des tensions : les patentes de protection consulaires, les demandes d'extension de la juridiction française et la naturalisation s'ajoutaient à un évenement, survenu après la fin de la Grande Guerre

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(1) Tapia C., op cit , p.210

(1914 - 1918 ), qui a déclenché les hostilités : Les jeunes juifs tunisiens n'avaient pas eu à souffrir des effets de la guerre puisqu'ils étaient dépourvus de l'uniforme et exemptés de l'enrôlement militaire . Alors, ici et là-bas, dans les grandes villes, des saccages et des humiliations à l'encontre de la population juive se sont déroulés causant des dégâts matérielles énormes .

Dans ce contexte colonial, deux identités commençaient à se séparer où chacune d'elle développait son propre discours . Alors, pour faire face à cette conjoncture "explosive", un effort de rapprochement entre les élites, c'est-à-dire les initiateurs des discours juif et musulman , pouvait entamer la possibilité d'une autre voie à bâtir pour justement dépasser le climat d'excitation populaire . Ce souci de rapprochement, de dialogue et de collaboration était motivé surtout par les espoirs soulevés par les " Quatorze Points" du Président américain Wilson et par le Congrès de Versailles qui a ouvert, pendant un laps de temps, une possible émancipation du joug colonial et le droit des peuples à l'autodétermination (1) . Alors, de part et d'autre, des appels sont lancés pour dépasser la situation de blocage et de crise en faisant prévaloir la nécessité de rapprochement dans le but de modifier le régime du protectorat vers plus de justice et pourquoi pas à en finir .

Le discours de l'élite juive est gagné par l'adaptation aux valeurs occidentales des Lumières . Dans ce cadre, il ne peut appréhender les revendications de la majorité musulmane qu'à travers le cadre du droit de chaque peuple à l'autodétermination . Et c'est pour cette raison que le discours juif a porté , en premier lieu, un soutien critique ( § I ) aux partis nationalitaires . Puis, au fil des années et après mûrissement, il a proposé un soutien alternatif ( § II ) au mouvement national à travers les partis pluri-ethniques .

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"Un démenti, si pauvre qu'il soit, rassure les sots et déroute les incrédules"   Talleyrand