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Les déplacés allemands après la seconde guerre mondiale

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par Fortis Matthieu Copin Raphaël
Paris-Est Marne-la-Vallée - Licence Histoire 2013
  

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VII. Les expulsés dans les relations internationales

Comme nous avons pu le constater précédemment, les expulsés allemands sont au centre de débats à travers l'Europe. Dans un premier temps, cela concerne les pays expulseurs puis les Alliés. Leur destin ne dépend pas d'eux-mêmes mais donc de puissances qui leur sont supérieures. Cela se traduit tout d'abord au travers d'une querelle sur les chiffres. En effet, face au nombre d'Allemands à expulser, les Alliés ont fini par s'accorder sur le nombre que chaque pays aurait à accueillir, même si dix millions finiront en Allemagne. Il ne s'agît pas de faire un relevé fastidieux des chiffres des expulsés mais de voir ce qu'il en ressort. Et cela nous amène à constater que l'accueil des expulsés dans les pays Alliés était assimilé à une punition. Des négociations acharnées eurent lieu afin de fixer des quotas à respecter et chacun développa une stratégie orientée pour modifier les chiffres. Par exemple, l'URSS était la proie d'un scepticisme17(*) et des calculs britanniques visaient à montrer la falsification de leurs chiffres. Des prétextes étaient avancés par les États-Unis et l'Angleterre afin de refuser l'arrivée de nouveaux convois comme le non respect de certaines clauses du Traité de Potsdam sur la façon dont était menée les expulsions alors que parallèlement, les expulsés étaient envoyés dans des camps où les conditions de vie étaient particulièrement mauvaises. Enfin, certains pays comptaient les Allemands ayant fui vers leur pays et avançaient des données théoriques qu'ils comptaient parmi les chiffres des expulsés. On constate donc que les pays expulseurs et les Alliés s'accordaient sur une expulsion massive mais étaient loin d'être unanimes concernant le nombre à accueillir. Les expulsés ne pouvaient qu'attendre qu'on leur dise où se rendre. De plus, cet usage du « on » est assez significatif pour montrer la façon dont percevaient les expulsés les entités qui géraient leur avenir.

Il est intéressant de se pencher sur la réaction de la communauté internationale. Les expulsés allemands agitaient les relations internationales. Au lendemain de la guerre, les Allemands jouissaient d'une mauvaise image à cause de la politique nazie. Un amalgame se fit, les habitants des puissances occidentales se mirent à assimiler la population allemande y compris les expulsés à des nazis. C'était cette population qui était considérée comme responsable de la guerre et des maux qui en ont suivi sur le Vieux Continent. Des sondages effectués en Angleterre et aux États-Unis révélèrent que la moitié de la population anglaise faisait l'amalgame entre Allemands et nazis et jugeait la communauté internationale comme trop indulgente à leur égard. Les expulsions semblaient justifiées et les conditions d'expulsion ne la choquaient pas la communauté internationale qui d'ailleurs en était peu informée. De plus, cela était caché aux individus. Cet aveuglement concernant la population allemande allait jusqu'à remettre en question l'objectivité des propos d'individus ayant des origines allemandes. L'exemple de Wenzel Jaksch, journaliste anglais d'origine germano-polonaise, est le plus flagrant18(*). Une vendetta intellectuelle fut lancée à son encontre afin de démontrer qu'il n'était pas objectif lorsqu'il écrivait à propos de la politique étrangère. Cette imagine négative portée à l'encontre des Allemands et donc des expulsés influence le comportement de la communauté internationale vis-à-vis de ces derniers. Il y avait une unanimité sur la responsabilité des Allemands et des pays expulseurs sur les souffrances découlant des expulsions. La guerre était imputée aux Allemands ainsi que les conséquences de cette dernière.

Ainsi, les gouvernements n'accordaient aucune faveur ou aucun droit aux expulsés allemands. Douglas explique qu'ils possédaient un statut inférieur aux membres nazis protégés par la Convention de Genève de 1949. En plus d'avoir un statut juridique quasiment inexistant, les expulsés ne pouvaient pas recevoir d'aides des agences ou organisations humanitaires gouvernementales et non gouvernementales comme La Croix-Rouge, l'Administration des Nations-Unies pour le secours ou l'Organisation Internationale des réfugiés. Les politiciens des différents pays soutenaient cette version officielle selon laquelleles pays expulseurs étaient les victimes et qu'il fallait éloigner les Allemands de leurs terres. Pourtant quelques observateurs de la communauté internationale émirent des critiques mettant en parallèle le comportement des Alliés avec celui du régime nazi. Bertrand Russel19(*)écrivit une lettre au Times dans laquelle il expliquait que la déportation fut une des accusations portées contre les nazis. D'autres revinrent sur la notion de responsabilité collective des Allemands concernant la guerre et expliquèrent qu'en suivant cette logique, les habitants des pays Alliés et expulseurs portaient la même responsabilité que leurs dirigeants. Un mouvement composé de politiciens de gauche et de droite émergea aux États-Unis avec la création du Comité contre les expulsions massives (CAME). Il tenta de faire entendre au peuple américain ce qui se passait réellement en Europe mais la pression politique affaiblit le mouvement. Toutes ces critiques eurent peu d'écho dans la presse et furent, le plus souvent, étouffées par la propagande des Alliés et des pays expulseurs. En effet, la presse servait d'outil de propagande afin de justifier auprès de la population européenne et américaine les expulsions. Dans certains pays comme la Tchécoslovaquie ou la Pologne, cela s'avéra inutile eu égard à leur lourd passif.

Les expulsés allemands furent également pris dans le combat idéologique livré entre le bloc sous influence américaine et le bloc sous influence soviétique. Le bloc occidental changea de discours dans les années 1950 envers les expulsés quand ils constatèrent le rayonnement de l'URSS. Dans l'imaginaire occidental, le régime soviétique avait remplacé le régime nazi et les dirigeants du bloc de l'Ouest en jouaient énormément en alimentant la propagande. Lorsque certains expulsés se plaignaient d'être envoyés en Autriche ou en Angleterre, les autorités leur répondaient qu'ils pouvaient être envoyés vers l'Union soviétique ce qui avait tendance à calmer les velléités de remise en question. Les années 50 furent marquées par l'autorisation d'émigrer des expulsés allemands qu'ils soient dans des pays alliés ou en Allemagne. Les Alliés ne voulaient plus se montrer sévèrescraignant que les expulsés se tournent vers l'URSS. Suivant cette logique, le terme d' « expulsé » se fit plus rare et cela au profit de « réfugié politique », alors qu'en aucun cas ils ne furent traités tels quels durant les expulsions par les Alliés. La conjoncture économique joua également un rôle important dans ces pays.

En effet, la reprise économique et la perspective d'un nouvel élan suite à la reconstruction nationale entraînaient un besoin de main d'oeuvre. Les expulsés devinrent une main d'oeuvre convoitée et notamment par la France et le gouvernement Bidault. D'autres pays se mirent à suivre la France comme la Suède. Face au bloc occidental, les pays expulseurs sous influence soviétique virent, dans les expulsions, la possibilité de faire des Territoires Reconquis une vitrine du socialisme. Ils étaient évidemment pour les expulsions comme nous avons pu l'expliquer précédemment mais pensaient à la possibilité d'être une alternative au communisme soviétique. Ce projet se solda par un échec et ces pays devinrent des Etats satellites de l'URSS. Face aux quelques critiques émises concernant le traitement réservé aux expulsés par l'Angleterre, les journalistes polonais d'obédience marxiste avançaient la théorie suivante :l'Angleterre et les autres pays capitalistes étaient ravis d'avoir une nouvelle clientèle en la personne des Allemands arrivés vers le Bloc occidental. Ainsi, ces critiques seraient plus dues à une peur de perdre des consommateurs potentiels plutôt qu'à une réelle inquiétude pour la santé de ces personnes.

* 17R. M. Douglas, Les Expulsés, p. 225

* 18R. M. Douglas, Les Expulsés, p. 324

* 19R. M. Douglas, Les Expulsés, p. 312

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