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Les enfants en situation de rue à  Katmandou : étude comparative de la représentation sociale de la vie dans la rue des enfants en situation de rue et des travailleurs sociaux népalais

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par Marion SERE
Université Toulouse - Le Mirail - Master Premiere Année, Psychologie mention clinique interculturelle 2013
  

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1.2/ L'enfant en situation de rue : acteur, déviant ou victime ?

Qui est-il ? Un agent social actif

Si l'on considère que des facteurs microscopiques interviennent dans le parcours de l'enfant vers la rue, il en va de même lorsqu'il se trouve dans la rue : l'enfant en situation de rue devient alors un acteur social, et non plus, seulement, un objet d'attention passif (Aptekar & Stoecklin, 1997 ; Lucchini, 1993, 1998 ; Panter-Brick, 2002). On peut supposer que cette conception de l'enfant s'appuie sur la Convention Internationale des droits de l'enfant dont les articles 4 et 12 à 17 évoquent un enfant devenu sujet et son droit de participation, soit le droit d'exprimer des opinions et d'être entendu, le droit à l'information et la liberté d'association (Unicef, n.d). Ainsi, connaître l'expérience subjective de l'enfant et le sens qu'il y attache et examiner les relations entre enfants en situation de rue et avec la société sont indispensables pour comprendre ce phénomène et créer des programmes d'aide adaptés (Aptekar & Stoecklin, 1997 ; Lucchini, 1993, 1998 ; Martinez, 2010 ; Panter-Brick, 2002). Il s'agit aussi de rechercher la participation de l'enfant, car on ne travaille plus pour eux, mais avec eux (Panter-Brick, 2002).

Comment est-il perçu ? L'enfant victime ou l'enfant déviant

Cette représentation de l'enfant en situation de rue, acteur social, coexiste avec l'image répandue de l'enfant de la rue, notamment au niveau institutionnel (Rivard, 2004). Aptekar et Stoecklin (1997) parlent d'une vision culturelle monolithique («monolithic cultural view», p. 392) qui place l'enfant en situation de rue en position soit de victime, soit de déviant. Panter-Brick (2001) confirme la prédominance de cette représentation et explique l'existence de cette vision tranchée de manière identique à Aptekar et Stoecklin, c'est-à-dire principalement par la façon dont est défini culturellement le comportement approprié d'un enfant.

Mis en place majoritairement par les ONG, les programmes d'intervention se basent sur une vision d'un enfant en situation de rue vulnérable, victime ou déviant et ciblent leurs actions en conséquence, de façon à «sauver» les enfants, en les plaçant en institution ou en les ramenant dans leur famille (Panter-Brick, 2001). Il y a alors le risque de ne pas prendre en compte le réseau social et les stratégies d'adaptation développés par les enfants, et par-là de ne pas parvenir à des solutions qui s'inscriraient dans la durée. Ces images de l'enfant victime et de l'enfant asocial sont très présentes et réductrices : c'est le discours institutionnel conformiste (Lucchini, 1996). Ce discours légitime l'intervention «sur» l'enfant puisqu'il s'agit d'aider une victime innocente ou de protéger la société contre la menace d'un délinquant. Dans ces travaux, Lucchini conclut que les travailleurs sociaux appréhendent l'expérience subjective de l'enfant mais ils ne semblent pas l'assimiler à leur représentation. De plus, les ONG, à la recherche de fonds, utilisent des images fortes pour répondre aux attentes du public qui préfèrent lire les pires situations ou des cas inhabituels d'ingéniosité plutôt que les cas typiques. Cela contribue à maintenir les tendances existantes concernant la représentation des enfants en situation de rue (Aptekar & Stoecklin, 1997 ; Lucchini, 1998). D'après Paiva (1998), l'enjeu pour les ONG est d'arriver à prendre la distance nécessaire des contraintes imposées par les logiques financières pour pouvoir mieux penser leurs pratiques.

Cette représentation de l'enfant en situation de rue, victime ou déviant, appelle à s'interroger sur la représentation de la rue, notamment sur sa violence et dangerosité. Baubet (2003) estime que les enfants en situation d'exclusion sont un groupe à haut risque au niveau de la santé somatique et mentale et devant faire face à la souffrance liée à l'exclusion. Pour Aptekar et Stoecklin (1997), la violence rencontrée dans la rue viendrait plus des réactions de la société envers les enfants que des conditions de vie dans la rue. Toutefois, Panter-Brick (2002) rappelle le besoin de comparer les caractéristiques des enfants en situation de rue avec celles d'enfants du même pays, et non pas avec des enfants issus de la classe moyenne occidentale. Ainsi, contrairement à nombre d'idées reçues, les enfants en situation de rue feraient preuve de caractéristiques positives telles qu'une bonne santé mentale et d'efficaces stratégies d'adaptation et ne seraient pas parmi les groupes les plus à risque quand on considère les aspects de la santé physique (Aptekar & Stoecklin, 1997 ; Panter-Brick, 2002 ; Worthman & Panter-Brick, 2008).

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