WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Les enfants en situation de rue à  Katmandou : étude comparative de la représentation sociale de la vie dans la rue des enfants en situation de rue et des travailleurs sociaux népalais

( Télécharger le fichier original )
par Marion SERE
Université Toulouse - Le Mirail - Master Premiere Année, Psychologie mention clinique interculturelle 2013
  

précédent sommaire suivant

Conclusion 64

Bibliographie 65

Annexes 70

Annexe I - Informations sur les participants 71

Annexe II - Guide d'entretien pour les enfants en situation de rue 73

Annexe III - Guide d'entretien pour les travailleurs sociaux 76

Annexe IV - Analyse de contenu thématique des entretiens avec les enfants 78

Annexe V - Analyse de contenu thématique des entretiens avec les travailleurs sociaux 84

Annexe VI - Entretiens avec les enfants en situation de rue 89

Annexe VII - Extraits des entretiens avec les travailleurs sociaux 139

Les enfants de la rue, ça vient de nous. On n'a pas pris soin d'eux.

Un travailleur social népalais

Introduction

En 2008, une expérience de bénévolat dans une association népalaise à Katmandou, la capitale nationale, nous sensibilisait au phénomène des enfants en situation de rue, qui est présent sur tous les continents, y compris en Amérique du Nord (Baubet, 2003 ; Coward Bucher, 2008 ; Holdaway & Ray, 1992 ; Karabanow, 2006 ; Kidd & Shahar, 2008 ; Le Roux, 1996 ; Panter-Brick, 2001 ; Taylor, Lydon, Bougie & Johannesen, 2004 ; Usborne, Lydon & Taylor, 2009) et d'une grande ampleur. Des enfants, dès 5 ans, peuvent quitter leur domicile familial, pour des périodes plus ou moins longues, et vivre dans la rue. En même temps que nous découvrions leur existence, est venue la rencontre avec le monde de l'aide humanitaire et des Organisations Non Gouvernementales (ONG). Leur présence à Katmandou est importante. Malgré cela, nous avons pu constater que nombre d'enfants, s'ils fréquentaient les refuges ouverts par ces organisations, n'en continuaient pas moins à vivre dans la rue, de manière autonome. Avec la représentation que nous avons de l'enfance et de l'univers de la rue, il nous était difficile d'imaginer les deux réunis! Pourquoi les enfants restaient-ils dans cette rue, pouvant être synonyme de violences et de nombreux problèmes alors qu'on leur offrait un toit, des repas, une éducation... ? Ce questionnement et la volonté de comprendre ne nous ont pas quittée et constituent le point de départ de cette recherche.

D'autres études (Holdaway & Ray, 1992 ; Martinez, 2010) ont eu le même questionnement et ont apporté des éléments de réponses, chacune développant un angle de réflexion différent. Notre approche est issue de la psychologie sociale, courant qui, avec la sociologie, a largement contribué à une meilleure connaissance et compréhension de ce phénomène. Il y a un besoin certain pour une approche clinique mais la quasi-absence de travaux dans ce secteur aurait rendu délicat un travail de cette nature. Avec la psychologie sociale, et plus précisément l'étude des représentations sociales des différents groupes en présence (enfants et adultes), nous avons vu là un moyen pertinent pour interroger ce qui met en échec l'aide proposée aux enfants.

Notre étude est une analyse comparative entre la représentation sociale de la vie dans la rue des enfants en situation de rue et des travailleurs sociaux népalais, pour évaluer l'existence ou non d'un décalage entre ces représentations. Elle prend ainsi en compte le vécu de l'enfant.

La revue de la littérature effectuée permet de délimiter le phénomène des enfants en situation de rue et de cerner l'utilité des représentations sociales dans l'étude des problèmes d'exclusion. La partie empirique présente la méthodologie adoptée dans cette étude. Les résultats présentés sont ensuite discutés en fonction d'éléments théoriques et méthodologiques.

PROBLÉMATISATION ET PARTIE THÉORIQUE

1 - Des enfants et des rues

1.1/ Quels enfants dans quelles rues ? Présentation d'un phénomène mondial

Terminologie

La dénomination «enfants de la rue», street children en anglais, adoptée dans les années 1980, s'est largement imposée, bien qu'elle soit remise en cause par de nombreux chercheurs (Panter-Brick, 2001). Son usage est jugé stigmatisant et discriminant car l'enfant se trouve alors réduit à son appartenance à la rue et aux comportements déviants, sans qu'on prenne en compte son expérience ; elle ne permet pas non plus de révéler la pluralité des situations et met seulement en lumière les conditions de travail et de vie dans la rue, sans faire référence aux caractéristiques sociales et personnelles de l'enfant (Invernizzi, 2000 ; Lucchini, 1993 ; Panter-Brick, 2001, 2002). Pour pallier à ce problème, Baubet (2003) utilise comme terminologie «enfants en situation d'exclusion» incluant ainsi l'ensemble des situations pouvant être rencontrées : dans la rue, en institution, en prison. Lucchini, en 2001, emploie indifféremment «enfant de la rue» et «enfant en situation de rue». C'est cette deuxième dénomination qui sera employée ici car cette étude se centre sur les enfants dont le lieu de vie principal est la rue et, comme le souligne Stoecklin (2000), elle entraîne un regard qui permet de mieux appréhender la diversité des situations.

Typologie

Les enfants en situation de rue sont fréquemment définis selon deux axes : le temps passé dans la rue et l'absence d'adultes responsables (Aptekar & Stoecklin, 1997). Pourtant, il existe une hétérogénéité de situations. Lucchini (1998) suggère d'aborder ce phénomène en termes de relation à la rue, plutôt que d'appartenance à la rue. Dans le cas sud-américain, l'auteur identifie neuf dimensions qui permettent de rendre compte de la complexité de ce qu'il nomme le «système enfant-rue». On trouve donc les dimensions spatiale et temporelle, la dimension de l'opposition entre la rue et la famille et les images respectives qu'en a l'enfant, les dimensions de la sociabilité et de la socialisation, soit l'organisation entre les enfants en situation de rue, le fonctionnement du groupe et la sous-culture de la rue, la dimension des activités dans la rue, plurielles et variant selon les endroits, les dimensions identitaire et du genre, et enfin la dimension motivationnelle, c'est-à-dire les raisons poussant à se rendre ou à rester dans la rue. Tous ces éléments définissent le phénomène des enfants en situation de rue et varient fortement d'un contexte à l'autre.

Un phénomène complexe, des causes multiples

Communément, les causes de départ dans la rue citées par les enfants et que l'on retrouve dans la littérature (Baubet, 2003 ; Le Roux, 1996 ; Martinez, 2010) sont les violences familiales, l'alcoolisme parental et la pauvreté. Souvent reprise, la classification de Lucchini (1993) permet d'envisager l'origine complexe du départ à la rue en offrant une classification à trois niveaux :

- les facteurs macroscopiques impliquent les phénomènes socio-économiques au niveau de l'État tels que la gestion du budget, la dette nationale, les crises économiques ;

- les facteurs mésoscopiques ou intermédiaires concernent les éléments présents dans l'environnement immédiat de l'enfant mais sur lesquels il n'a pas de prise directe. Ce sont, par exemple, le chômage, l'urbanisation accélérée, l'absence de formations professionnelles. Ces facteurs peuvent placer l'enfant en situation de vulnérabilité sociale (Baubet, 2003).

- les facteurs microscopiques font référence à une réalité qui engage directement l'acteur social que représente l'enfant.

Cette dernière catégorie indique que les conditions externes ne suffisent pas à expliquer un départ dans la rue. Les composantes psychologique et individuelle sont à prendre en compte ; pour des conditions de vie semblables, les réponses ne sont pas identiques et seule une minorité d'enfants s'éloignera de son domicile, définitivement ou pas (Lucchini, 1998).

précédent sommaire suivant