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Usages et pratiques d'internet par les étudiants au Cameroun: quels enjeux ?


par Hermann ESSOUKAN EPEE
Université Stendhal-Grenoble 3 - Master 2 2014
  

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Section 2 : Dimensions économiques et formes de sociabilités de la « Toile »

2-1. Les concepts de « connectivity » et « connectedness » : entre sociabilité, commercialisation et info-marchandisation des données numériques :

En parlant de « connectivity » et « connectedness » nous mettons en exergue l'interactivité et les interactions des usagers, en pareil occurrence des étudiants de l'Université de Douala avec les outils techniques qui permettent d'assurer la connexion et l'accès à Internet, y compris les différentes actions et contacts réalisés au sein du cyberespace.

Le concept de « connectivity » renvoie dans notre étude à la dimension technique de la connexion, c'est la liaison entre deux périphéries informatiques. La connectivité dans ce sens est la possibilité pour un usager de se connecter à Internet, par le biais des dispositifs techniques tels que : l'ordinateur, les téléphones mobiles et les tablettes numériques, que se soit par fil, wifi ou par la puce d'un opérateur de téléphonie mobile.

Le concept de « connectedness » dans ce travail se rapporte à la connexité sur Internet, qui est le fait d'être toujours connecté. Elle établit sur Internet une présence et une liaison continuelle, sans rupture dans cet espace virtuel ; c'est l'exemple typique des réseaux sociaux (Facebook) où l'internaute est sur la Toile, même si physiquement il est absent et n'est pas actif devant son écran. Ce concept se rapporte à la dimension sociale et marchande du Net, octroyant la possibilité aux individualités et collectivités de communiquer.

Nous nous attarderons sur le « connectedness » qui constitue aujourd'hui un enjeu majeur de la sociabilité sur Internet, la commercialisation et l'info-marchandisation des données numériques des usagers. Car à côté de nombreux avantages et satisfactions que produit le Net tels que naviguer sur la Toile, créer des profils sur les réseaux sociaux, faire des achats et des transactions en ligne, bénéficier des offres et de la gratuité de certains services (...) il existe des contraintes qui constituent des menaces pour la vie privée des étudiants de l'Université de Douala, y compris celle de la quasi-totalité des internautes de la planète.

A l'heure de l'économie numérique, la marchandisation des données personnelles sur Internet est qu'on le veuille ou non, devenue une réalité. La collecte d'informations nominatives est un principe obligatoire de fonctionnement pour tout site commercial, social, professionnel voire académique. Elle s'accompagne souvent d'une revente de tout ou d'une partie de ces données, afin de garantir la rentabilité de son activité on-line. Pour certains sites c'est même devenu la seule raison d'être161(*). Lorsque les internautes font usages d'Internet, il s'effectue une sorte de récolte de données personnelles à travers la traçabilité des informations qu'ils donnent parfois sans le savoir.

De plus cette récolte des données est obligatoire lorsqu'il s'agit de connaître le nom et les coordonnées d'un client pour lui faire parvenir sa commande ; elle est nécessaire lorsqu'il s'agit d'engager une démarche de personnalisation. Et en demandant à l'internaute de fournir au site des informations sur ses centres d'intérêts, il devient de ce fait possible de lui proposer des produits et des services adaptés162(*). Malheureusement ces centres d'intérêts, goût et points de vue issus le plus souvent des relations sociales sont utilisés et vendus par les acteurs institutionnels du Web (sites de recherche, de rencontre, de sociabilité, sites professionnels, d'entreprises) comme des info-marchandises. Cela à partir de la géolocalisation, les échanges de fichiers des usagers, le profiling, le publipostage, l'algorithme (...) qui constituent un fichage organisé et géré par les professionnels et structure une part considérable des activités de l'économie numérique.

Ces actions sont le fruit de l'application des méthodes du marketing de masse et de proximité sur Internet qui ont fondé un système de récolte des données pour garantir la rentabilité des entreprises Web. Parmi ces méthodes nous pouvons énumérer163(*) :

Le marketing one to one qui permet d'établir une relation personnalisée entre l'entreprise et l'internaute. A travers cette relation, l'entreprise propose des offres et services en rapport avec les centres d'intérêts de l'internaute, dans l'optique de le faire passer du statut de prospect ou d'acheteur occasionnel, à celui de fidèle client.

Le permissible marketing qui consiste à obtenir l'autorisation de l'internaute pour établir une communication et entretenir la relation en envoyant des offres commerciales pertinentes.

La gratuité sur Internet qui se rapporte aux services gratuits pour permettre l'adoption en masse du service par les internautes, dans le but d'acquérir une audience importante à vendre aux annonceurs. En même temps transformer progressivement le service gratuit en service payant.

La marchandisation des données personnelles par les internautes aux structures telles que : EasyPanel, mysurvey, panelopinea, Maximiles (...) qui gagnent de l'argent grâce aux annonceurs à qui elles revendent les informations qu'elles détiennent sur les internautes. Toutefois, ces informations sont recueillies directement auprès des internautes qui échangent les informations sur leur vie contre des points, avec lesquels il est possible de bénéficier des produits, des biens et de services dans les magasins, boutiques et supermarchés.

A ce titre, le public (audience anonyme) est une cible, une image, un contact, un prospect (potentiel client) que les acteurs institutionnels du Web vendent d'une part aux annonceurs pour faire monter les prix des publicités diffusées sur leurs pages web, soit qu'ils vendent d'autre part à certaines industries créatives qui ont besoin d'adapter leurs produits et de les proposer directement aux usagers en fonctions de leurs profils virtuels. Ces actions menées permettent de comprendre avec plus de clarté que derrière la sensation de la gratuité des services d'Internet, se trouve une commercialisation identitaire. Si les internautes ne paient pas financièrement pour bénéficier de certains services sur Internet, c'est parce qu'il y'a une sorte de paie tacite compensatoire : celle de la vente des informations sur leurs identités164(*).

2-2. Internet comme démocratie paradoxale : Surveillance sur la « Toile », contrôle social et géolocalisation

De nombreux étudiants considèrent Internet comme un espace de liberté et de gratuité et d'autres comme une entreprise à but lucratif et un centre commercial sous-contrôle. Sans toutefois exclure les actions de liberté régulièrement converties en libertinage (injures et pratiques perverses sur les réseaux sociaux), les actions de promotion et de fichage présentées dans la gratuité (exemple : pour accéder à nos services gratuits veuillez permettre à l'application d'avoir accès à vos données personnelles), les cookies, la surveillance, le contrôle social et la géolocalisation (exemple : nouvelle connexion établie à partir de...) sur Internet tendent à consolider la deuxième thèse qui englobe nécessairement la première, c'est-à-dire : celle d'une liberté surveillée.

Toutefois comme le souligne Richard Godin, il faut reconnaitre d'une part le Net comme un espace de délibération virtuel et de pratiques démocratiques à travers lequel ont émergé : cyberactivisme, cybercitoyenneté, cybermobilisation, cyberprotestation165(*). Avec Jean-Rémi Gratadour, le succès d'Internet réside dans le fait qu'il permet aux166(*) usagers qui sont à la fois spectateurs et acteurs d'être actifs là où les autres médias les rendent passifs167(*). Dans ce sillage, le Net favorise le développement des industries créatives en mettant l'accent sur l'intermédiation c'est-à-dire, permet de démocratiser l'accès à la culture et à l'information, de valoriser les contenus sur le long terme, et de stimuler la création.

C'est d'ailleurs sur ce point de vue philanthropique connu de tous, que nous nous appuyons pour mettre sous les projecteurs d'autres pratiques contraignantes qui érigent aujourd'hui Internet comme une démocratie paradoxale.

Garnier Franck nous rappelle que la nature même d'Internet rend inévitable la collecte d'informations sur les utilisateurs. En effet, comme il ne peut y avoir de contact direct avec les clients potentiels, il est indispensable d'obtenir des informations sur eux168(*). Par conséquent, collecte de données sur les internautes, référencement des données personnelles dans les moteurs de recherches, géolocalisation en continu des usagers d'applications mobiles et numériques présentent une unitransparence. Car, les internautes sont transparents envers le système, mais le système ne l'est pas pour eux ; dans cette dimension relationnelle moins démocratique, l'internaute est contrôlé mais ne peut pas contrôler le contrôleur.

Plusieurs mécanismes consolident la notion de « discipline » sur Internet. Pour illustration, le code Internet Protocol (IP) permet d'identifier, de reconnaitre celui qui s'est connecté et de retracer toutes ses actions dans le réseau, certains usagers soucieux de naviguer en tout anonymat se voient dans l'obligation de télécharger sur Internet en toute légalité les logiciels tels que Tor, Tuxler, IP Hide (...) qui permettent de brouiller le traçage et la localisation pendant la navigation. En outre, lorsque un internaute veut se connecter à un site web, être membre d'une communauté, ou faire usage de certains logiciels et applications, il lui est présenté une politique de confidentialité qu'il est obligé de respecter pour bénéficier du service ou y adhérer.

Ainsi, nous abordons les relations de pouvoir sur Internet non pas au sens de Karl Marx pour qui le pouvoir est une question de propriété, de classes sociales169(*). Mais au sens de Michel Foucault170(*) à travers une dimension plurielle : celle de la relation de pouvoir entre les Hommes sur Internet et celle de la relation de pouvoir entre les Hommes et les dispositifs contraignants qui sont les institutions du Web.

Au sein du réseau, le pouvoir moderne est fondé sur la visibilité du citoyen et est constitué par trois éléments : les sujets (sites de recherches, sites de sociabilité, les industriels et le public), les outils (textes, vidéos, sons, images) et un objet (l'esprit de l'internaute, agir sur son comportement, ses affects et le pousser à l'adhésion, à l'action) 171(*).

Les étudiants de l'Université de Douala faisant déjà face à d'autres difficultés telles que les problèmes financiers pour aller sur Internet, la mauvaise qualité du débit de connexion et les coupures intempestives du courant électrique, n'ont pas la possibilité de se poser certaines questions ou de faire face aux effets contraignant du Net. Une fois connectés sur Internet, ces derniers ne se préoccupent qu'à satisfaire leurs besoins immédiats peut importe les conditions d'accès, d'adhésion ou de fidélisation.

* 161 Garnier Franck ; Enjeux économiques et risques sociaux de la marchandisation des données personnelles sur Internet, dossier réalisé en février 2002, mise à jour le 24 octobre 2002, disponible sur http://www.econovateur.com/rubriques/anticiper/ethsociete010202.shtml

* 162 Op.cit. Garnier Franck

* 163 Op.cit. Garnier Franck

* 164 Séminaire sur la communication internationale (Chaire UNESCO). Organisé à l'Université Stendhal-Grenoble 3 par le GRESEC (Groupe de Recherches sur les Enjeux de la Communication), du 19 Janvier au 15 Mars 2015, avec pour invité le Pr Fausto Colombo

* 165Godin Richard ; Réseaux sociaux et nouveaux espaces démocratiques, disponible sur http://www.ameriquefrancaise.org

* 166Godin Richard ; Réseaux sociaux et nouveaux espaces démocratiques, disponible sur http://www.ameriquefrancaise.org

* 167 Médiation, les nouveaux cahiers de l'irepp ; Internet et nous. Le commerce et les échanges : la fin des intermédiations ? irepp n° 20, Paris, 1997, p.19

* 168 Op.cit. Garnier Franck ; Enjeux économiques et risques sociaux de la marchandisation des données personnelles sur Internet

* 169 Voltzenlogel   Thomas ; Lutte de classes. Théories et pratiques, disponible sur http://quefaire.lautre.net/Lutte-de-classes

* 170 Foucault Michel ; Une microphysique du pouvoir, par Clément Lefranc, disponible sur http://www.cairn.info/magazine-les-grands-dossiers-des-sciences-humaines-2013-3-p-29.htm

* 171 Séminaire sur la communication internationale (Chaire UNESCO). Organisé à l'Université Stendhal-Grenoble 3 par le GRESEC (Groupe de Recherches sur les Enjeux de la Communication), du 19 Janvier au 15 Mars 2015, avec pour invité le Pr Fausto Colombo

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