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Usages et pratiques d'internet par les étudiants au Cameroun: quels enjeux ?


par Hermann ESSOUKAN EPEE
Université Stendhal-Grenoble 3 - Master 2 2014
  

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CONCLUSION GENERALE :

Les usages et pratiques d'Internet par les étudiants au Cameroun, plus précisément de l'Université de Douala constituent un véritable intérêt en ce sens, qu'Internet bien qu'existant dans le contexte doualais depuis plus de deux décennies, continue à être un objet de curiosité à travers lequel les étudiants délèguent leurs impuissances : s'évader en navigant, briser les frontières spatio-temporelles, obtenir la sensation d'ubiquité et d'omnipotence sur la Toile, sensibiliser et faire des revendications, acquérir les connaissances, chercher du travail, communiquer avec les personnes éloignées, immigrer en toute légalité, être à la fois acteurs et spectateurs (...) pouvoir se faciliter la vie en obtenant ce qu'ils veulent en un clic.

Plus captivants encore, sont les réalités stratégiques utilisées par ces derniers pour se connecter à Internet, les usages et les pratiques qu'ils font de ce dispositif.

En rappelant le contexte d'étude, les conditions socio-économiques au Cameroun ne facilitent pas l'accès à la connexion à Internet à cause de sa cherté. Malgré le manque de moyens financiers, nous avons observé une addiction des étudiants à l'égard d'Internet. Un comportement ambivalent qui à suscité notre intérêt pour cette étude et nous a permis de situer le problème de recherche au niveau de la pertinence des usages d'Internet dans la vie pratiques des étudiants au Cameroun, face aux enjeux et défis qui leurs sont propres.

Et de ce problème est né plusieurs questionnements : Quels types d'usages les étudiants de l'Université de Douala font-ils d'Internet ? Et quelles sont les pratiques générées par ces usages ? Comment les étudiants accèdent-ils à Internet au Cameroun ? Par ailleurs, les pratiques du Net changent-elles leurs habitudes de vie ? Face aux défis financiers et au mauvais débit de connexion, comment font-ils pour s'adapter, « bricoler » et s'approprier Internet ?

Dans cette approche qualitative et significative, nous avions apporté des résultats provisoires selon lesquels :

Les étudiants au Cameroun recourent à Internet beaucoup plus pour une visée communicationnelle qu'informationnelle : premièrement pour les réseaux sociaux (...), Ensuite vient l'utilisation massive des applications et logiciels gratuits d'appels audio comme visio (...) et enfin la recherche informationnelle impulsée par la contrainte des travaux académiques à réaliser, le désir de connaître, les raisons d'immigration et les paris sur le football (...).

Comme deuxième hypothèse, les étudiants au Cameroun vont généralement dans des cybercafés, où ils doivent acheter des heures de connexion pour avoir accès à Internet. Les prix s'appliquent par endroit, mais communément il est question de près d'un euro pour deux heures et près de deux euros pour cinq heures. En plus des cybercafés, d'autres étudiants accèdent par défaut à Internet à travers leurs téléphones mobiles et tablettes grâce aux services proposés par les opérateurs de téléphonie mobile au Cameroun. Les plus nantis s'offrent des clés Internet pour pouvoir se connecter à travers un ordinateur.

Pour la troisième hypothèse, nous avons affirmé que les pratiques d'Internet changent largement leurs habitudes de vie ; car les étudiants, à travers une dépendance progressive, manifestent de plus en plus un attachement affectif envers le Net, au point de se priver du temps et des ressources disponibles pour satisfaire entre autres leurs besoins liés au numérique.

Pour étayer nos hypothèses, nous nous sommes appuyés sur un ancrage théorique mettant en oeuvre la sociologie des usages, afin d'aborder les usages et pratiques d'Internet par les étudiants de l'Université de Douala, qui s'inscrivent dans une dynamique de stratégies d'appropriation et des tactiques de « braconnage » du Net. Nous avons également énoncé au-delà du macro-social la théorie des usages et gratifications en prenant en compte la dimension micro-sociale et locale des usages d'Internet chez les étudiants, qui recourent à cette plateforme de communication dans l'optique de satisfaire leurs besoins liés au numérique et d'atteindre leurs objectifs.

En confrontant nous instruments de collecte des données au terrain doualais, l'analyse de ces différentes questions nous permet d'infirmer partiellement notre première hypothèse. Car les étudiants de master et les doctorants consultent prioritairement la messagerie électronique, ensuite ils recourent aux réseaux sociaux pour établir, maintenir et entretenir les relations sociales et en troisième ressort aux moteurs de recherches. En retour, la deuxième et la troisième hypothèse sont confirmées par les résultats.

Ainsi, la présence d'Internet au Cameroun contribue à la transformation des mentalités chez les étudiants, surtout celles de la gente féminine dont le Net représente un facteur d'émancipation et de révolution face aux questions de revendication, d'accès à la liberté d'expression, au monde extérieur, à l'éducation, à l'entrepreneuriat et à la promotion. Des motivations qui traduisent les résultats selon lesquels, à l'Université de Douala les étudiantes recourent le plus à Internet contrairement aux étudiants ; elles sont les plus actives sur la Toile et sont le plus souvent à l'initiative des formes d'hybridations culturelles et de nouvelles pratiques sociales.

Néanmoins, perdurent de nombreux obstacles qu'il faut lever : le manque d'infrastructures de pointe, les coupures intempestives du courant électrique, la cherté de la connexion à Internet par rapport au niveau de vie des Camerounais et le mauvais débit de connexion. Pourtant, le Cameroun pilier agricole de la sous-région Afrique centrale, possède la fibre optique pour un Internet ultra rapide et accessible à tous, le pays dispose également plus de cinq centrales hydroélectriques, plus de trente-deux centrales thermiques et de nombreuses centrales à gaz naturel188(*). De telles ressources une fois utilisées à bon escient, permettront certainement de réduire davantage la fracture numérique et d'accélérer le développent du pays.

Toutefois, cette étude nous ouvre d'autres pistes de réflexion notamment celles des interrelations entre les innovations technologiques sur Internet stimulées par le nouvel esprit du capitalisme et les changements sociaux chez les usagers au Cameroun, une réflexion qui permet de renouveler la problématique du changement social à partir du lien établi entre la technologie et la société. Un tel lien qui a fortement bouleversé les pratiques culturelles dans la société camerounaise et a induit de nouvelles habitudes et perceptions.

Une autre réflexion s'inscrit également sur la multiplicité identitaire des internautes Camerounais : entre toilettage social et recomposition de la sociabilité. L'identité sociale des individus se décline en identités numériques créées selon les profils voulus par les internautes qui peuvent en posséder plusieurs. Cette banalisation de la présence en ligne en fonction des actions que l'internaute souhaite mener sur la Toile est de même une piste captivante à explorer.

Autant, l'étude aurait pu être encore plus intéressante si nous avions abordé les usages d'Internet comme formes d'expression de soi, en élargissant le champ d'intervention au delà des étudiants de l'Université de Douala, mais sur les jeunes Camerounais. Tout en présentant d'une part, la microsociologie des pratiques sur Internet où les actions des internautes tendent plus à se singulariser qu'à se fédérer ; et d'autre part de mettre en exergue le web collaboratif, où les internautes à travers les usages créatifs du Web 2.0 participent au développement des industries créatives.

Ce qui nous permettra d'aborder Internet non plus à travers la vision du passage de la valeur sociale à la valeur marchande, mais de partir de cette dimension marchande pour ressortir les actes symboliques qui participent à la culturalisation des pratiques d'Internet par les usagers.

De ces nombreuses perspectives, il sera question pour nous si l'opportunité nous est donnée de continuer en thèse de doctorat, de consacrer de prime abord la première année aux lectures approfondies afin de mesurer la faisabilité du sujet, de le recadrer, de définir les objectifs, de réorienter la problématique, d'élaborer les hypothèses de travail et de mettre sur pied un cadre théorique et méthodologique qui nous permettra de collecter les données du terrain.

La deuxième année nous permettra de descendre sur le terrain, d'y confronter nos outils de collecte et de recueillir les données, les traiter, les analyser et les interpréter. La troisième année sera consacrée à la rédaction et à la présentation des résultats.

* 188 Op.cit. Essoukan Epée Hermann, Master II/DEA, Université de Douala, Douala, 2014, p.61-62

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