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Usages et pratiques d'internet par les étudiants au Cameroun: quels enjeux ?


par Hermann ESSOUKAN EPEE
Université Stendhal-Grenoble 3 - Master 2 2014
  

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II- OBJECTIFS DE LA RECHERCHE :

1) Objectif général :

- Présenter les usages d'Internet par les étudiants de l'Université de Douala et les pratiques qui découlent de ces usages.

2) Objectifs spécifiques :

- Comprendre les logiques et les motivations liées aux usages et pratiques d'Internet ;

- Décrire les enjeux et défis qui sont au coeur des usages d'Internet.

III- PROBLEMATIQUE :

III-1. REVUE DE LA LITTERATURE:

Ici, nous comptons présenter de manière non exhaustive les travaux qui précèdent le nôtre sur la question des usages et pratiques d'Internet. Aussi, nous nous inscrivons dans un héritage scientifique.

Dans l'enquête du pôle européen de Nancy en 1999 menée sur les usages d'Internet chez les étudiants, les loisirs arrivaient en tête (76%), suivis des études (55%), puis des motivations professionnelles (22%). Dans l'enquête de la salle micro 1 de Lyon 3 en 1999, chez les non-utilisateurs de la salle, 36% utilisaient Internet pour leur usage personnel, 8% pour des cours, et 5% pour un usage professionnel. Selon l'enquête de 2000 de l'IEPE, plus large, les pratiques d'Internet sont plus équilibrées : 36,5% l'utilisent pour leurs études, 26,5% pour leurs loisirs. Cette même enquête, la seule disponible sur le sujet, nous renseigne sur l'achat en ligne chez les étudiants : 90% des étudiants n'ont jamais acheté sur Internet ou n'ont pas l'intention de le faire20(*).

Selon les auteurs, l'utilisation majoritaire d'Internet comme outil de loisirs chez les étudiants est liée au contexte de son utilisation. En effet, 35% des usagers du pôle européen utilisent Internet dans le cadre familial, 17% dans le cadre amical. 86% de ces personnes ont appris à surfer dans ces cadres là, d'où l'association de la notion de plaisir à l'utilisation d'Internet.

Moisy Magali et Albero Brigitte affirment dans leur étude menée en 2006 que, 26% des étudiants déclarent avoir développé des relations "virtuelles" sur Internet. 54% ont établi une ou deux relations de ce type, tandis que 41 % déclarent avoir expérimenté entre trois et dix relations qui restent virtuelles à cause de la distance géographique. 20% des étudiants ont rencontré une personne qu'ils ont connue grâce à Internet. Ceci est arrivé une seule fois pour 42% d'entre eux, deux fois pour 19%, entre trois et six fois pour 21% et entre dix et quinze fois pour 14%. Pour 59% des répondants, la curiosité a été la motivation première, suivi par l'envie de consolider cette relation (40%), voire de développer une relation amoureuse (38%). Le devenir de ce type de relation est aussi divers que dans le monde analogique : les amitiés s'enrichissent (40%), se transforment en relation amoureuse (35%), s'appauvrissent (38%) ou s'arrêtent d'elles-mêmes (59%)21(*).

Isabelle Faurie, Brigitte Almudever et Violette Hajjar, quant-à elles, ont choisi mener leur étude sur les étudiants ayant une ancienneté d'usage d'Internet qui se situe entre deux (2) et quatre (4) ans, relativement expérimentés. Pour ces dernières, leur temps de connexion, qui atteint pour une majorité d'entre eux de deux (2) à cinq (5) heures par semaine, est supérieur à celui des internautes français (en moyenne 3 heures par semaine, source Nielson/NetRatings), bien qu'il existe une grande variabilité interindividuelle. S'ils utilisent en moyenne trois applications (la navigation, le mail et le transfert/téléchargement de données), leurs taux de pratique des différentes applications se révèlent néanmoins très disparates et justifient de distinguer trois catégories :

Les applications dites « dominantes », utilisées par plus de 85 % des étudiants interrogés : le mail et la navigation ; les applications « intermédiaires », utilisées par 30 à 55 % des étudiants : le transfert/téléchargement de données, le chat et l'utilisation des messageries instantanées, l'abonnement à des listes de diffusion ; les applications plus « marginales », avec moins de 15 % d'utilisateurs : la participation à des forums de discussion, les jeux en réseau et la création d'un site et/ou d'une page web22(*).

Cette répartition montre une utilisation plus intense des pratiques « intermédiaires » et « marginales », en particulier du chat et des messageries instantanées, chez les étudiants par rapport à l'ensemble de la population des internautes et confirme d'autres résultats de recherche en ce domaine (Beaudouin, 2002).

Avec Émilie Vayre et al23(*), la population étudiante en France représente une marge non négligeable dans les usages d'Internet, elle fait 19% des internautes français (Ipsos Média, 2006). Une enquête réalisée en 2004 par l'Observatoire de la vie étudiante (OVE)24(*) indique que 98% des étudiants disposent d'un accès à Internet sur leur lieu d'enseignement. Cependant, seulement 68% y ont accès hors lieu d'enseignement. Une enquête plus récente (2007)25(*) rapporte que les étudiants utilisent principalement Internet pour la messagerie électronique (92%) et les recherches liées aux études (86%) mais aussi pour télécharger (34%) et échanger (chat - forum, 33%).

Par ailleurs, les résultats issus du Baromètre de la Délégation aux usages d'Internet (2006)26(*) indiquent que 25,1% des étudiants ont accès à un bureau virtuel ou un Environnement Numérique de Travail (ENT) et 59,7% à des ressources pédagogiques en ligne. La majorité de ces derniers (64,5%) déclare consacrer moins de deux (2) heures par semaine à l'utilisation de ces ressources.

A travers les travaux énumérés plus haut, nous constatons que les usages et pratiques d'Internet chez les étudiants évoluent et se différencient au fil du temps. Ces derniers ont plus recourt à Internet pour les besoins personnels

Ainsi, l'arrivée des réseaux sociaux et du Web 2.0 (ou Web social) dans l'Internet aura contribué, sans nul doute, à l'émergence de nouvelles pratiques démocratiques. Ces dernières iront donc au-delà de la gouvernance étatique (gouvernement et parti politique), puisqu'elles investissent désormais les différents lieux de participation sociale : associations de tous genres, groupes de discussion, forum d'échanges, blogues personnels ou professionnels, etc. Ainsi, grâce à Internet, l'espace public devient un lieu de socialisation virtuel à partir duquel les citoyens-usagers pourront agir directement sur leur milieu par l'entremise d'un réseautage social formel ou informel : en débattant, en effectuant des choix, en votant27(*).

Au Cameroun, les étudiants sont plus que jamais fascinés par ces réseaux qui rentrent subrepticement dans les habitudes des populations des cités capitales Douala et Yaoundé, car « si on ne veut pas faire vieux jeu, il faut maintenant passer par HI5, Twitter, Facebook, Netlog, etc. »28(*). La preuve, les termes nés et utilisés sur ces plateformes numériques, sont rentrés dans leur langage quotidien, notamment « Buzz », «LOL », « MDR », « Taggés », « ton mur », « je t'ai fait une demande d'ami », « j'ai vu ton profil »... Tout cela, ajouté à la dénomination « Facebook » d'un des bars environnants l'Université de Douala et la gratuité de ce réseau social octroyé par les operateurs de téléphonie mobile, traduit l'usage effectif des réseaux sociaux par la communauté d'étudiants à Douala29(*).

Avec Éric George, « Les services d'Internet peuvent en effet être considérés comme des catalyseurs de l'action collective. Dans certains cas, le rôle d'Internet peut même être structurant. Ainsi, l'investissement humain est considérable dans le cas des actions de traduction, mais sans Internet, il serait sans doute impossible de mener à bien cette opération [mobilisation]. » Pour l'auteur, les réseaux sociaux joueront un rôle primordial auprès de l'opinion publique, cherchant la mobilisation et prônant l'activisme30(*).

La première limite d'un tel système de règles est le risque de bureaucratie. La seconde, plus forte encore, est l'inégalité a posteriori. Car comme l'explique Dominique Cardon, on est tous égaux a priori, mais la différence se creuse ensuite dans la mesure de nos actes, entre ceux qui agissent et ceux qui n'agissent pas. Internet donne une prime incroyable à ceux qui font. Et du coup, il peut y avoir une tyrannie des agissants.

Selon les mécanismes de la e-réputation, l'internaute prend d'autant plus de poids qu'il partage, discute, écrit et commente beaucoup. Que ce soit sur Wikipédia, parmi ses «followers» actuels et potentiels sur Twitter ou au sein de son réseau d'«amis» sur Facebook, le plus agissant est systématiquement plus respecté, plus écouté, donc plus puissant a posteriori que le simple visiteur contemplatif ou le débutant qui commence à peine à se construire une audience parmi ses pairs sur Wikipédia, Twitter, Facebook ou toute autre communauté de la Toile.

Ainsi, les travaux cités précédemment présentent Internet dans une dynamique optimiste, d'innovation et de démocratisation des pratiques sociales. Or les usages du Net s'inscrivent dans d'autres pratiques sociales que celle de la démocratisation de la société.

Cela étant dit, le Net est un espace composite, devenu central dans notre vie sociale et vital pour nos économies. Ses registres «démocratiques» sont donc par essence pluriels et très variables. Les applications qui par exemple s'imposent sur les Smartphones et les tablettes, explique Dominique Cardon, « peuvent facilement enfermer l'utilisateur dans des usages spécifiques, dans des territoires volontairement limités, au contenus contrôlés et avec des publicités personnalisées. On n'entre plus dans un Internet qui est une sorte de texte commun fonctionnant sur la logique de cette circulation ouverte que favorisait le lien hypertexte, mais dans des enclos structurés par des applications » 31(*).

Faut-il pour autant verser dans le pessimisme ? Non, répond Cardon, car ces applications qui favorisent par ailleurs le développement d'Internet ne correspondront jamais qu'à une part de nos usages numériques. Très confortables, elles s'ajoutent sans pour autant nuire à ces pratiques du Net qu'il qualifie de plus «démocratiques», surtout si les communautés d'internautes restent vigilantes à certaines dérives (...)32(*)

Avec Guy Lacroix, l'Internet s'insère dans un vaste dessein à dimension utopique : celui de la transformation des rapports entre les hommes et les sociétés, grâce aux vertus du développement des technologies de l'information et des communications (TIC). Relier les hommes les uns aux autres par ordinateur interposé, grâce au développement d'autoroutes d'information (en fait des câbles en fibre optique à haut débit et des myriades de satellites), est censé redonner un souffle nouveau à la croissance économique, améliorer le sort de l'humanité, renforcer la démocratie et apporter la paix. L'auteur dans son argumentaire, présente le projet prophétique d'Internet dans sa vocation à devenir des autoroutes de l'information33(*).

Pour ce dernier, Internet apparait comme un messianisme technologique, qui bien que comportant une « technologie mégalomaniaque », (le projet de relier les uns aux autres tous les individus de la planète par le biais d'une sorte de système nerveux artificiel) reste séduisant, et certains le prennent très au sérieux, qui en rajoutent dans la présentation angélique. Pourtant cette ritournelle « des lendemains qui chantent par la grâce des nouvelles technologies » n'est pas récente ; périodiquement on nous interprète de nouvelles orchestrations. Chaque tournant technologique en informatique est « promotionné » par une débauche de discours optimistes34(*). Nous comprenons avec l'auteur que le projet d'Internet pour la planète n'est qu'un mirage fabriqué par des discours prophétiques.

Mahama Salomon nous rappelles les usages et pratiques pervers d'Internet avec l'arnaque, la prostitution, l'exposition des mineurs à des rencontres à risques et aux contenus portant atteinte aux bonnes moeurs, le détournement des mineurs (nantis) qui y passent un temps important, négligeant alors les études. Pour ce dernier, sur le plan juridique, s'il fallait comparer le Cameroun à la France qui est dotée du CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés), nous dirons simplement que nous vivons une situation de vide juridique. En effet nous notons : l'absence de lois appropriées pour lutter contre les délits informatiques et cybernétiques, pour protéger et sécuriser les données, pour assurer la liberté d'accès à l'information et protéger contre les intrusions non autorisées. La principale loi portant réglementation des télécommunications ne fait pas d'allusion à l'accès à l'Internet; l'inexistence d'une législation relative au commerce en ligne ou à l'échange de données informatisées (EDI). Cette législation devrait pourtant donner une reconnaissance juridique à la signature électronique et favoriser la mise en place des transactions en ligne35(*).

Ainsi, les travaux énumérés plus haut par nos prédécesseurs sur la question d'Internet, ses usages et ses pratiques, présentent plusieurs points essentiels pour notre étude. Toutefois, nous établissons une sérieuse démarcation, dans la mesure où, la majeure partie de ces travaux sont des tapuscrits préconisant qui s'inscrivent dans la dimension fonctionnaliste du Net, son caractère prophétique et utopique, ses services et ses dérives.

Or, comme nous l'avons dit dans nos propos liminaires, nous nous attelons à présenter le décalage entre les usages et les pratiques d'Internet propres au terrain camerounais, à ressortir les stratégies socio-économiques et culturelles des acteurs, en mettant l'accent sur les relations construites non pas seulement à travers la communication de masse, également par la communication interpersonnelle à partir des logiques d'action des individus.

Il est également question pour nous, d'analyser à la fois les usages et les pratiques spécifiques du Net dans la communauté estudiantine de l'Université de Douala, tout en incluant les actions d'adaptation, de bricolage et de détournement lors de l'appropriation du dispositif par ces derniers. Et de porter un regard analytique sur le contexte de manque de ressources pour aller sur Internet, les choix de navigation lorsqu'ils ont la possibilité de s'offrir quelques heures de connexion, y compris celle de la question de l'identité numérique face aux problèmes économiques qui peuvent empêcher ces derniers de se poser des questions essentielles sur les données qu'ils mettent en ligne, et enfin sur les « digitals natives » au Cameroun ; une question sur les générations qui n'a pas encore été confrontée au terrain camerounais.

* 20 Emmanuelle Beauville Berger, Claire Nguyen, Virginie Rose. Les usages d'Internet chez les étudiants de l'Ecole Normale Supérieure-Lettres et Sciences Humaines de Lyon. domainshs.info.docu. 2005. <mem00000367>

* 21 Moisy Magali, Albero Brigitte ; Les étudiants internautes, Université Rennes 2-CREAD1, Maison des Sciences de l'Homme, Programme e-pathie, Paris, N°54, disponible sur www.inrp.fr/biennale/8biennale/contrib/longue/54.pdf

* 22 Isabelle Faurie, Brigitte Almudever and Violette Hajjar ; Les usages d'internet des étudiants : facteurs affectant l'intensité, l'orientation et la signification des pratiques, L'orientation scolaire et professionnelle [Online], 33/3 | 2004, Online since 28 September 2009, connection on 25 March 2015. URL : http://osp.revues.org/712 ; DOI : 10.4000/osp.712

* 23 Vayre Émilie, Croity-Belz Sandrine, Dupuy Raymond ; Usages d'Internet chez les étudiants à l'université: effets des dispositifs de formation en ligne et rôle du soutien social. L'orientation scolaire et professionnelle [Online], 38/2 | 2009, Online since 15 June 2012, connection on 25 March 2015. URL : http://osp.revues.org/1918 ; DOI : 10.4000/osp.1918

* 24 Enquête «Conditions de vie 2003», http://www.ove-national.education.fr.

* 25 Enquête «Conditions de vie 2006», http://www.ove-national.education.fr.

* 26 http://www.delegation.internet.gouv.fr/actuas/html/G200612.htm.

* 27 Godin Richard, Réseaux sociaux et nouveaux espaces démocratiques, disponible www.ameriquefrancaise.org

* 28 Essono Louis-Martin ; Les réseaux sociaux prennent leur envol au Cameroun, disponible sur www.cursus.edu/fiche-usager, Mis à jour le vendredi 3 juin 2011, consulté le 23 Avril 2015

* 29 Deffo Foungou L. M. ; Usages et appropriations des réseaux sociaux numériques par les étudiants de Douala, Mémoire de DEA/Master II en communication des organisations, Université de Douala, Douala, 2013, p.8

* 30 Op.cit. Godin Richard

* 31 Cardon Dominique ; La démocratie Internet. Comment et pourquoi la Toile invente un autre type de démocratie, disponible sur www.culturemobile.net

* 32 Ibid. Cardon D.

* 33 Lacroix Guy ; Le mirage Internet. Enjeux économiques et sociaux, Paris, Editions Vigot, 1997, p. 5

* 34 Ibid. Lacroix Guy, p. 14

* 35 Mahama Salomon, Point sur l'internet et la téléphonie mobile au Cameroun, DEA Informatique, Université de Yaoundé I, 2008, mémoire en ligne disponible sur www.memoireonline.com

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