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Les difficultes de la production ecrite chez les eleves de la troisieme annee du college: diagnostic et pistes de remediation dans une classe de français


par Hamza Mangla
CRMEF El Jadida -  2026
  

Disponible en mode multipage

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    Année universitaire : 2025/2026

    DEPARTEMENT DE LA LANGUE FRANÇAISE
    Filière de qualification : secondaire collégial
    Spécialité : langue française

    LES DIFFICULTES DE LA PRODUCTION ECRITE CHEZ LES ELEVES DE LA TROISIEME ANNEE DU COLLEGE : DIAGNOSTIC ET PISTES DE REMEDIATION DANS UNE CLASSE DE FRANÇAIS.

    Réalisé par : Encadré par :

    MANGLA Hamza Pr. HOUMANE Abdelhak

    CHARIF Afafe

    Dédicace

    « La gratitude est la mémoire du coeur. » Je dédie ce mémoire

    À celui qui m'a indiqué la bonne voie, en me rappelant que la volonté forge toujours les grands hommes. À mon père IBRAHIM, que Dieu le protège, lui accorde santé et longue vie, et qu'Il le garde pour moi.

    À celle qui a attendu avec patience les fruits de sa bonne éducation. À ma mère, lumière de mes jours, flamme de mon bonheur, source inépuisable de générosité et de patience tout au long de mon parcours. À elle, à qui je dois simplement tout.

    À mon encadrant, HOUMAN Abdelhak, dont les conseils éclairés et la bienveillance ont guidé chaque étape de ce travail.

    À tous mes professeurs et enseignants, qui, par leurs efforts et leur dévouement, m'ont permis d'atteindre ce niveau de formation.

    À tous mes amis, et à chacun de ceux qui m'ont accordé leur confiance et leur amitié.

    Remerciements

    « Celui qui ne sait pas d'où il vient ne peut savoir où il va. Reconnaître ses dettes envers
    autrui, c'est déjà honorer ce que l'on est devenu. »

    Il est une tradition bien connue dans l'écriture académique : celle des remerciements qui donnent l'impression d'honorer une dette en se contentant de la nommer. Je refuse ici cette facilité.

    Ce mémoire n'est pas né du seul effort de celui qui le signe ; il est le fruit de nombreuses paroles qui ont su, au bon moment, ranimer la flamme là où le doute l'avait éteinte. Ce mémoire est autant le fruit de ces silencieuses contributions que de mon propre labeur. Reconnaître ses dettes, c'est déjà refuser de se poser en cause première de ce que l'on devient.

    Avant toute chose, nous rendons grâce à Dieu le Tout-Puissant, qui nous a accordé non seulement la force d'entreprendre, mais aussi la lucidité de persévérer lorsque le chemin devenait escarpé.

    Notre profonde reconnaissance va à M. Houman Abdelhak, notre encadrant pédagogique au Centre Régional des Métiers de l'Éducation et de la Formation d'El Jadida. Il convient ici de rendre à César ce qui est à César, avec une honnêteté sans détour : ce travail porte, dans ses fondations mêmes, l'empreinte de ses exigences et la marque de sa rigueur.

    Nous remercions chaleureusement l'ensemble du corps professoral du CRMEF d'El Jadida pour la richesse et la qualité de leurs enseignements, ainsi que pour leur disponibilité et leurs encouragements constants tout au long de cette formation.

    Nous remercions également M. BENMBAREK, membre du jury, d'avoir accordé son temps et son expertise à l'évaluation de ce travail. Soumettre une recherche à l'évaluation d'autrui, c'est entrer dans un espace dialectique où la pensée se confronte, s'affine et se légitime. C'est en ce sens que son rôle participe pleinement à la construction du chercheur que nous aspirons à devenir.

    Nous n'oublions pas les membres du corps administratif du Centre. Il y a, dans toute institution, des hommes et des femmes dont le travail soutient l'édifice sans jamais apparaître dans ses fondations visibles. Ils ont su créer les conditions nécessaires à l'épanouissement de notre apprentissage, et c'est précisément parce que leur rôle est discret qu'il mérite d'être reconnu avec éclat.

    Enfin, que toutes celles et tous ceux qui ont contribué, de près ou de loin, à l'aboutissement de ce travail trouvent ici l'expression de notre profonde gratitude et de nos sincères

    remerciements.

    RÉSUMÉ

    Ce mémoire de recherche-action s'inscrit dans le cadre du stage de pratique accompagnée au Collège Pionnier El Hansali d'El Jadida.

    Il porte sur les difficultés de la production écrite en français langue étrangère chez les élèves de 3ème année du cycle collégial. À partir d'un diagnostic fondé sur une approche mixte et une triangulation des données questionnaire auprès des élèves, questionnaire auprès des enseignants, analyse de productions écrites et observation participante notre étude révèle un blocage rédactionnel massif caractérisé par une pauvreté lexicale, une incompréhension des consignes et une absence de structuration logique, aboutissant à un taux d'abandon de 71 % lors de la phase diagnostique.

    Pour remédier à ces carences, nous avons conçu et mis en oeuvre un dispositif intégré sous forme d'atelier d'écriture guidée et collaborative d'une seule séance, fondé sur l'étayage cognitif et la médiation lexicale. L'analyse des productions post-intervention montre une amélioration significative de la structuration textuelle et de l'usage des connecteurs logiques, bien que les fragilités morphosyntaxiques persistent.

    Ce travail confirme l'efficacité d'une posture enseignante facilitante et argue en faveur du développement de pratiques formatives ritualisées pour l'enseignement de l'écrit au cycle collégial.

    Mots-clés : production écrite, recherche-action, FLE, remédiation, atelier d'écriture, cycle collégial, difficultés rédactionnelles.

    Abstract

    This action research thesis was conducted during the supervised teaching practicum at Collège Pionnier El Hansali in El Jadida.

    It examines the difficulties encountered by third-year middle school students in written production in French as a foreign language. Based on a mixed-methods approach and data triangulation including student and teacher questionnaires, analysis of written productions, and participant observation our study reveals a massive writing block characterized by lexical poverty, poor understanding of instructions, and lack of logical structuring, resulting in a 71% abandonment rate during the diagnostic phase.

    To address these deficiencies, we designed and implemented an integrated one-session guided and collaborative writing workshop based on cognitive scaffolding and lexical mediation. The analysis of post-intervention productions shows significant improvement in textual organization and the use of logical connectors, although morphosyntactic weaknesses persist.

    This work confirms the effectiveness of a facilitating teaching stance and argues for the development of ritualized formative practices for writing instruction at the middle school level.

    Keywords: written production, action research, FLE, remediation, writing workshop, middle school, writing difficulties.

    Annexe

    Sommaire

    Dédicace 2

    Remerciements 3

    INTRODUCTION GÉNÉRALE 7

    PARTIE I : CADRE THÉORIQUE ET CONCEPTUEL 4

    Chapitre 1 : La production écrite dans l'enseignement-apprentissage du FLE 6

    Définition et caractéristiques de la production écrite 6

    2. Les compétences mobilisées dans l'écriture 8

    3. Les étapes du processus rédactionnel 9

    4. Les critères d'évaluation d'une production écrite 10

    5. La place de la production écrite dans les orientations pédagogiques marocaines 11

    Chapitre 2 : Les difficultés de l'écrit chez les apprenants et la remédiation 13

    1. Les difficultés linguistiques 13

    2. Les difficultés textuelles et discursives 15

    3. Les difficultés méthodologiques et cognitives 17

    4. Les facteurs explicatifs des difficultés de l'écrit 18

    5. La remédiation en didactique de l'écrit 21

    5.2. Les objectifs de la remédiation 22

    5.3. Les formes et modalités de remédiation 22

    5.4. Les stratégies de remédiation en production écrite 22

    PARTIE II : CADRE PRATIQUE : DIAGNOSTIC, INTERVENTION ET ÉVALUATION 25

    Chapitre 1 : Cadre méthodologique et diagnostic des difficultés 26

    1. Ancrage méthodologique 26

    2. Outils de collecte des données 27

    3. Considérations éthiques 28

    4. Méthode d'analyse des données 29

    5. Analyse des donnés 31

    Chapitre 2 : Conception, mise en oeuvre et évaluation d'un dispositif de remédiation 44

    1. Fondements et justification du dispositif 44

    2. Mise en oeuvre et évaluation du dispositif 45

    3. Discussion des résultats, apports, limites et recommandations pédagogiques 47

    4. Perspectives d'amélioration 49

    CONCLUSION GÉNÉRALE 52

    Bibliographie

    INTRODUCTION GÉNÉRALE

    Le Maroc se caractérise par une configuration linguistique complexe où cohabitent plusieurs langues et variétés langagières : l'arabe classique, langue officielle et langue de l'enseignement ; l'amazighe, langue officielle depuis la révision constitutionnelle de 2011 ; la darija, langue vernaculaire usitée dans la sphère informelle; et le français, enseigné institutionnellement comme langue étrangère, mais occupant dans plusieurs secteurs économiques, administratifs et universitaires des fonctions proches de celles d'une langue seconde dans de nombreux secteurs de la vie publique, économique et intellectuelle. Dans ce contexte plurilingue, l'enseignement du français langue étrangère (FLE) constitue un enjeu majeur des politiques éducatives nationales.

    Toutefois, l'apprentissage du français au Maroc se heurte à de multiples défis. D'abord sociolinguistique : l'entrée dans la langue française se fait souvent dans des conditions où l'exposition hors classe reste inégale selon les milieux sociaux, créant des écarts significatifs entre les élèves. Ensuite, didactique : la tension entre les objectifs institutionnels de communication et les contraintes réelles des classes effectifs parfois élevés, hétérogénéité des niveaux, charge horaire limitée rend délicate la mise en oeuvre d'une pédagogie véritablement différenciée et centrée sur l'élève. C'est dans ce contexte que s'inscrit notre réflexion, centrée sur une compétence langagière qui concentre à elle seule l'essentiel de ces tensions : la production écrite.

    Le cycle collégial représente une étape déterminante dans la construction des compétences langagières des élèves marocains. Situé à la charnière entre l'enseignement primaire, encore largement tourné vers la découverte et la familiarisation, et le cycle secondaire qualifiant, qui exige une plus grande autonomie intellectuelle et une maîtrise opérationnelle des outils langagiers, le collège constitue le lieu où se joue, pour une large part, la consolidation ou l'affaiblissement des acquis fondamentaux. Au sein de ce cycle, la maîtrise de l'écrit apparaît comme un enjeu stratégique majeur.

    C'est dans le cadre de notre stage effectué au Collège Pionnier El Hansali, situé dans la ville d'El Jadida, que nous avons été confrontés de manière récurrente aux difficultés de nos élèves de troisième année collégiale (3e A.S.C.) en matière de production écrite.

    Ce constat de terrain a suscité un intérêt particulier pour la question des difficultés de la production écrite chez les élèves du cycle collégial. En effet, la maîtrise de l'écriture représente

    aujourd'hui une compétence indispensable à la réussite scolaire et à l'insertion sociale des apprenants. Dès lors, il apparaît nécessaire de mieux comprendre les difficultés auxquelles les élèves sont confrontés afin d'identifier les causes de ces difficultés et de proposer des solutions pédagogiques adaptées à leurs besoins réels. C'est de cette triple interrogation, née d'un constat de terrain précis et récurrent, que notre recherche tire son origine et sa justification.

    La problématique centrale de cette recherche s'articule autour de la question suivante :

    Quelles sont les difficultés majeures qui affectent la production écrite des élèves de troisième année secondaire collégiale en FLE, et dans quelle mesure un dispositif de remédiation fondé sur les ateliers d'écriture peut-il contribuer à les surmonter ?

    Afin de répondre à cette problématique, notre recherche s'articule autour des questions suivantes :

    · Quelles sont les difficultés les plus fréquentes dans les productions écrites des élèves de 3e année secondaire collégiale ?

    · Quels facteurs peuvent expliquer ces difficultés ?

    · Quels sont les besoins prioritaires des apprenants en matière de production écrite ?

    · Comment concevoir et mettre en oeuvre un dispositif de remédiation adapté aux difficultés identifiées ?

    Afin d'apporter des réponses provisoires aux questions soulevées, nous avons émis les hypothèses suivantes :

    · Les élèves de la troisième année secondaire collégiale rencontrent diverses difficultés en production écrite, notamment sur les plans orthographique, grammatical, lexical et textuel.

    · Ces difficultés trouvent leur origine dans une combinaison de facteurs pédagogiques (méthodes d'enseignement et nature des consignes), psychologiques (motivation) et sociolinguistiques

    (langue familiale).

    · La mise en place d'un dispositif de remédiation basé sur l'atelier d'écriture permettrait d'améliorer significativement les compétences rédactionnelles des élèves.

    Pour répondre à ces questions, nous avons adopté une démarche de recherche-action reposant sur une approche mixte combinant des méthodes quantitatives et qualitatives. Ce choix méthodologique permet à la fois d'identifier les difficultés à travers l'analyse des productions écrites et des questionnaires administrés aux participants, et de mettre en oeuvre une intervention pédagogique destinée à améliorer la situation observée. L'association de ces deux approches favorise renforce la validité des résultats.

    Pour traiter la problématique annoncée, nous avons structuré notre mémoire en deux parties complémentaires.

    La première partie constitue le cadre théorique et conceptuel. Elle se décompose en deux chapitres est consacrée aux fondements théoriques de l'étude

    La deuxième partie forme le cadre pratique : diagnostic, intervention et évaluation. Elle comprend également deux chapitres, présente la démarche empirique adoptée dans le cadre de cette recherche-action.

    PARTIE I : CADRE THÉORIQUE ET

    CONCEPTUEL

     

    Introduction partielle

    5

    Toute recherche-action prend appui sur un fond théorique qui éclaire le terrain et oriente l'action. Le passage d'une intuition pédagogique à une démarche scientifiquement fondée suppose la construction préalable d'un cadre conceptuel rigoureux, capable d'articuler les acquis de la didactique du FLE aux spécificités du contexte d'enseignement-apprentissage étudié.

    La présente partie a pour vocation d'établir ce cadre théorique. Elle vise à mieux cerner l'objet de notre recherche ; la production écrite en classe de FLE, en le situant dans le champ de la didactique des langues et en examinant les différentes dimensions qui en font une compétence à la fois essentielle et problématique pour les apprenants. Nous entendons également y rendre compte de la complexité des difficultés rencontrées par les élèves et des facteurs qui les déterminent, avant d'explorer les voies de la remédiation telles qu'elles sont théorisées dans la littérature scientifique.

    Pour répondre à ces objectifs, cette première partie s'organise en deux chapitres complémentaires. Le premier chapitre sera consacré à la définition, aux enjeux et à la place de la production écrite dans l'enseignement-apprentissage du FLE, avec un focus particulier sur le contexte marocain et le cycle collégial. Le second chapitre abordera la question des difficultés de l'écrit chez les apprenants ; linguistiques, textuelles, méthodologiques et cognitives, ainsi que les facteurs explicatifs qui en déterminent l'apparition. Y seront également définis et analysés le concept de remédiation et les stratégies susceptibles d'y répondre, avant de dresser un état de l'art des recherches menées récemment au Maroc sur l'enseignement de l'écrit au collège.

    Chapitre 1 : La production écrite dans l'enseignement-apprentissage du FLE

    1. Définition et caractéristiques de la production écrite 1.2.Définition de la production écrite

    La production écrite, souvent désignée dans la littérature pédagogique par l'expression « expression écrite » ou par son abréviation « P.E. », désigne l'activité langagière par laquelle un sujet rédige un texte en vue de communiquer un message, de structurer sa pensée ou de répondre à une intention communicative déterminée. Dans le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL, 2001), la production écrite est définie comme l'une des deux grandes compétences de production, à côté de la production orale, et est envisagée comme une activité complexe, finalisée et socialement située.1

    Dans le Cours de didactique du français langue étrangère et seconde, ouvrage de référence du champ, Cuq et Gruca rattachent la production écrite à l'ensemble des quatre compétences langagières fondamentales (compréhension orale, compréhension écrite, production orale, production écrite) que la didactique des langues s'est progressivement attachée à décrire et à enseigner de façon spécifique2

    Cette activité a connu plusieurs appellations de la part des didacticiens et des linguistes comme : l'expression écrite, production scripturale, production de texte, production d'écriture etc.

    Selon Deschênes, l'activité d'écriture implique non seulement la production matérielle d'un texte, mais également un travail cognitif d'élaboration, d'organisation et d'adaptation du message à une situation de communication donnée.3

    Selon Jean-Pierre Cuq, elle désigne « l'opération par laquelle un scripteur met en oeuvre un ensemble de savoirs et de savoir-faire pour produire un texte cohérent et adapté à une situation de communication donnée » 4Elle implique donc la mobilisation simultanée de compétences linguistiques, textuelles et pragmatiques.

    1 Conseil de l'Europe, Cadre européen commun de référence pour les langues : apprendre, enseigner, évaluer, Paris, Didier, 2001, pp. 15-18 et pp. 51-57.

    2 Jean-Pierre Cuq et Isabelle Gruca, Cours de didactique du français langue étrangère et seconde, 4? éd., Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, coll. « Didactique », 2017, pp. 179-180.

    3 André-Jacques Deschênes, La compréhension et la production de textes, Québec, Presses de l'Université du Québec, 1988, pp. 51-55.

    4 Jean-Pierre Cuq et Isabelle Gruca, op. cit., p. 185.

    En didactique du FLE, la production écrite ne se réduit pas à un simple exercice d'application de règles grammaticales ou de transposition de l'oral à l'écrit. Elle constitue une véritable activité d'écriture, au sens fort du terme, c'est-à-dire un acte de construction textuelle dans lequel le scripteur mobilise simultanément des savoirs linguistiques, des savoirs textuels, des connaissances encyclopédiques et des capacités d'organisation discursive.

    1.2. Spécificités de l'écrit

    L'écrit se distingue de l'oral par plusieurs caractéristiques qui en font une activité cognitivement coûteuse pour l'apprenant de FLE. D'une part, l'écrit est différé : contrairement à l'échange oral, immédiat et co-construit avec un interlocuteur présent, l'écrit suppose que le scripteur anticipe seul les besoins et les réactions d'un lecteur absent. D'autre part, l'écrit est durable et normé : il laisse une trace que le lecteur peut relire et juger, ce qui impose au scripteur des exigences de correction linguistique (orthographe, grammaire, syntaxe) généralement moins strictes à l'oral. Enfin, l'écrit est dense et structuré : il requiert une organisation explicite de l'information, à travers la ponctuation, les connecteurs et l'architecture du texte, là où l'oral peut s'appuyer sur l'intonation, les pauses et le contexte partagé.

    Comme le souligne Yves Reuter, « l'écrit est un objet culturel qui possède ses propres règles de fonctionnement, ses propres modes de production et de réception ». Cette spécificité culturelle de l'écrit implique que son apprentissage ne va pas de soi et nécessite un enseignement explicite et méthodique.5

    Ces spécificités expliquent pourquoi la production écrite constitue, pour de nombreux apprenants de FLE, une activité plus exigeante et plus anxiogène que la production orale, en particulier lorsque la langue cible n'est pas la langue de socialisation première.

    1.3.Finalités de la production écrite

    Au collège, La production écrite poursuit, en contexte scolaire, une triple finalité. Une finalité communicative, d'abord : écrire pour informer, raconter, argumenter ou exprimer des sentiments, comme le soulignent les Orientations Pédagogiques de 20156. Une finalité cognitive ensuite : l'écriture est un outil de structuration de la pensée. En formulant ses idées, l'élève apprend à les organiser, à les hiérarchiser et à prendre du recul, ce que Bernard Combettes appelle « la fonction épistémique de l'écrit ». Une finalité certificative enfin : la production

    7

    5 Yves Reuter, Enseigner et apprendre à écrire : construire une didactique de l'écriture, Paris, ESF Éditeur, 1996, pp. 57-65.

    6 Ministère de l'Éducation nationale, Orientations pédagogiques pour l'enseignement du français au cycle secondaire collégial, Rabat, 2009, p. 28.

    écrite reste l'un des principaux outils d'évaluation dans le système scolaire marocain, avec 8 points sur 40 à l'examen régional de 3? A.C.

    1.4. Les enjeux de la production écrite au collège

    Le cycle collégial marocain constitue une période charnière dans la construction de la compétence scripturale en français. C'est à ce niveau que l'élève est censé passer d'une écriture encore largement guidée, caractéristique du primaire, à une écriture plus autonome, capable de produire des textes plus longs et plus complexes, en vue des exigences du cycle qualifiant. Cet enjeu est d'autant plus important que la production écrite constitue, dans le système d'évaluation marocain, l'une des composantes majeures des examens normalisés, locaux comme régionaux, ce qui en fait un objet d'enseignement à fort enjeu certificatif autant que formatif.

    L'enjeu est également social et cognitif : la maîtrise de l'écrit conditionne, plus largement, la réussite scolaire de l'élève dans l'ensemble des disciplines, dans la mesure où la production de textes écrits (résumés, réponses argumentées, rédactions) est sollicitée bien au-delà du seul cours de français.

    2. Les compétences mobilisées dans l'écriture

    La production écrite est une activité complexe qui mobilise, de manière intégrée et simultanée, un grand nombre de compétences que le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues regroupe en trois pôles.

    2.1. Les compétences linguistiques. Il s'agit de la maîtrise du code de la langue : orthographe, grammaire, conjugaison, syntaxe, lexique. Sans un socle linguistique minimal, l'élève ne peut produire un texte recevable. Toutefois, ces compétences, si elles sont nécessaires, ne sont pas suffisantes : un élève peut maîtriser la grammaire et l'orthographe et être incapable de produire un texte cohérent.

    2.2. Les compétences textuelles et discursives. Ces compétences concernent la capacité à organiser un texte dans sa globalité, à respecter les contraintes du genre, à assurer la cohérence et la cohésion, à gérer la progression thématique, à utiliser à bon escient les connecteurs logiques et temporels, à organiser les informations selon un plan adapté à l'intention communicative.

    2.3. Les compétences culturelles et encyclopédiques : Produire un texte, c'est aussi mobiliser des connaissances sur le monde, des références culturelles, des représentations partagées. L'écriture est indissociable d'un rapport au savoir et au monde.

    3. Les étapes du processus rédactionnel

    3.1. Le modèle cognitif de Hayes et Flower (1980)

    L'écriture a longtemps été considérée comme un processus linéaire : on planifiait, puis on rédigeait, puis on révisait. Les travaux pionniers de John R. Hayes et Linda Flower, psychologues cognitivistes américains, ont profondément renouvelé cette vision à travers l'ouvrage collectif Cognitive Processes in Writing, en proposant un modèle cognitif de l'écriture qui met en évidence la complexité et la nature cyclique du processus rédactionnel.7

    Selon ce modèle, l'écriture comporte trois grandes composantes :

    L'environnement de la tâche : : il s'agit des contraintes externes qui pèsent sur le scripteur (consigne, destinataire, objectif, temps imparti, etc.).

    La mémoire à long terme du scripteur, : elle contient les connaissances sur le sujet, les connaissances sur le destinataire, les connaissances sur les genres textuels et les règles de la langue.

    Les processus rédactionnels, qui se décomposent eux-mêmes en :

    3.2. La planification (génération d'idées, organisation, formulation des objectifs) ;

    3.3. La mise en texte (traduction des idées en phrases et en paragraphes) ; 3.4. La révision (lecture critique, détection des problèmes, correction).

    Le modèle insiste sur le fait que ces trois processus ne se déroulent pas de manière strictement séquentielle, mais qu'ils s'enchevêtrent et peuvent être réactivés à tout moment de l'activité rédactionnelle. L'écriture est ainsi un processus récursif et dynamique.

    Michel Fayol, dans leur travail sur les modèles psycholinguistiques du processus rédactionnel, soulignent l'importance de cette approche pour la didactique de l'écrit : « Ces modèles ont permis de mettre en évidence la complexité de l'activité rédactionnelle et de proposer des démarches d'enseignement qui prennent en compte l'ensemble des processus en jeu ».8

    9

    7 Linda S. Flower et John R. Hayes, « A Cognitive Process Theory of Writing », College Composition and Communication, vol. 32, n° 4, décembre 1981, pp. 365-387.

    8 Michel Fayol, Des idées au texte : psychologie cognitive de la production verbale, orale et écrite, Paris, Presses Universitaires de France, 1997, pp. 87-104.

    9 Jean-François Halté, « Didactique de l'écriture, didactique du français : vers la cohérence configurationnelle », Repères. Recherches en didactique du français langue maternelle, n° 26-27, 2002, pp. 31-48.

    4. Les critères d'évaluation d'une production écrite

    L'évaluation des productions écrites est un moment clé de l'enseignement-apprentissage. Elle doit être rigoureuse, transparente et formatrice. Nous présentons ici les principaux critères retenus par la didactique du FLE.

    4.1. Le respect de la consigne

    Le premier critère d'évaluation est le respect de la consigne. Il s'agit de vérifier que

    l'apprenant a bien compris ce qui lui est demandé et qu'il a produit un texte conforme aux attentes.

    4.2. L'organisation et la cohérence du texte

    L'organisation et la cohérence du texte constituent un critère central. Un bon texte n'est

    pas une simple juxtaposition de phrases : c'est un tout structuré, dans lequel les idées s'enchaînent logiquement, les paragraphes s'articulent harmonieusement, le plan est apparent.

    4.3. La maîtrise de la langue

    La maîtrise de la langue est un critère fondamental. Elle porte sur l'orthographe (lexicale

    et grammaticale), la grammaire (accords, syntaxe) et la conjugaison (temps et modes appropriés).

    Un texte qui présente de nombreuses erreurs linguistiques est difficile à lire et risque de nuire à la clarté du message. Toutefois, la didactique de l'écrit insiste sur le fait que la correction linguistique ne doit pas être le seul critère d'évaluation, au risque de décourager les apprenants. Comme le souligne Jean-François Halté, « évaluer la production écrite, ce n'est pas seulement compter les fautes, c'est aussi reconnaître les progrès et les efforts ».9

    4.4. La richesse lexicale

    Enfin, la richesse lexicale est un critère important qui distingue les textes ordinaires des

    textes de qualité. Elle se manifeste par la variété du vocabulaire employé, la précision des termes choisis et l'absence de répétitions lassantes.

    L'enrichissement lexical passe par la lecture, l'étude du vocabulaire et la pratique régulière de l'écriture. C'est un objectif à long terme que l'enseignant doit poursuivre tout au long du cycle.

    11

    5. La place de la production écrite dans les orientations pédagogiques marocaines

    5.1. Les orientations pédagogiques du français au collège

    Au Maroc, l'enseignement du français au cycle collégial est régi par des orientations pédagogiques officielles qui définissent les objectifs, les contenus et les méthodes d'enseignement.

    La production écrite occupe une place centrale dans ces orientations. Elle est considérée comme l'une des quatre compétences langagières fondamentales (compréhension orale, compréhension écrite, production orale, production écrite) et fait l'objet d'un enseignement spécifique tout au long du cycle.

    Les orientations pédagogiques insistent sur la nécessité de développer chez l'apprenant une compétence rédactionnelle qui ne se limite pas à la correction linguistique, mais qui intègre également la capacité à produire des textes cohérents, organisés et adaptés à différentes situations de communication.

    Elles recommandent également une approche par compétences (A.P.C), centrée sur l'apprenant, qui privilégie la démarche de projet, la mise en situation et l'évaluation formative.

    Dans ce cadre, la production écrite n'est plus envisagée comme un exercice isolé de rédaction, mais comme une compétence intégrative qui mobilise l'ensemble des acquis linguistiques, culturels et méthodologiques de l'élève.

    5.2. Les compétences attendues en 3e année collégiale

    À l'issue de la 3e année collégiale, l'élève devrait être capable de produire des textes variés, conformes aux exigences du niveau A2+/B1 du CECRL. Le programme de français de la 3e A.S.C. fixe les compétences rédactionnelles suivantes :

    Production de textes narratifs (raconter un événement, une expérience, restituer un

    récit) ;

    Production de textes descriptifs (décrire un lieu, un personnage, une situation) ; Production de textes argumentatifs (exprimer et défendre un point de vue) ; Production de textes injonctifs (donner des instructions, des conseils) ;

    Production de textes fonctionnels (lettre, courriel, compte rendu).

    Ces compétences supposent, de la part de l'élève, la maîtrise de plusieurs types de savoirs : savoirs linguistiques, savoirs textuels, savoirs pragmatiques, savoirs culturels.

    5.3. Les objectifs assignés à la production écrite

    Les objectifs institutionnels assignés à la production écrite en 3e A.S.C. peuvent être regroupés en trois grandes catégories.

    Des objectifs linguistiques : enrichir le vocabulaire, consolider la grammaire, automatiser les conjugaisons, améliorer l'orthographe, apprendre à varier les structures syntaxiques.

    Des objectifs méthodologiques : apprendre à analyser une consigne, à chercher et organiser des idées, à rédiger un plan, à rédiger au brouillon, à se relire, à se corriger, à mettre en page, à soigner la présentation.

    Des objectifs cognitifs et culturels : développer l'esprit critique, la capacité d'argumentation, l'imagination, l'ouverture culturelle ; apprendre à réfléchir sur la langue et sur les usages sociaux de l'écrit.

    La production écrite apparaît ainsi comme un lieu privilégié de rencontre entre l'apprentissage de la langue, l'éducation à la pensée et la formation du citoyen

    Chapitre 2 : Les difficultés de l'écrit chez les apprenants et la remédiation

    1. Les difficultés linguistiques

    L'activité de production écrite peut engendrer plusieurs types de difficultés, La question des difficultés linguistiques rencontrées par nos élèves reste un thème inépuisable en sciences de l'éducation.

    Les difficultés d'ordre linguistique constituent la catégorie la plus immédiatement visible dans les productions écrites des apprenants. Elles apparaissent dès la première lecture d'une copie et sont les plus facilement identifiables par l'enseignant. Elles portent sur les composantes formelles de la langue : l'orthographe, la grammaire, la conjugaison et le lexique.

    Selon Cuq (2003), la maîtrise du code linguistique représente une condition indispensable à la production d'un écrit compréhensible et acceptable. 10Toutefois, l'apprentissage du français en contexte de langue étrangère confronte les élèves à un système linguistique souvent éloigné de leur langue maternelle ou de leurs pratiques langagières habituelles. Cette situation favorise l'apparition d'erreurs récurrentes qui témoignent davantage d'un processus d'apprentissage en cours que d'un simple manque de connaissances.

    1.1. Les difficultés orthographiques

    L'orthographe constitue l'une des principales sources de difficulté en production écrite. Le système orthographique du français se caractérise par une relative complexité due à l'existence de nombreuses correspondances non transparentes entre les sons et les graphies. Cette particularité explique en partie les erreurs fréquentes observées chez les apprenants.

    On distingue classiquement deux types d'erreurs orthographiques.

    Les erreurs orthographiques lexicales concernent la graphie des mots : confusion entre sons proches, omission ou ajout de lettres, méconnaissance des accents et des signes diacritiques.

    Les erreurs orthographiques grammaticales sont encore plus fréquentes : accords en genre et en nombre, accords du participe passé, confusion entre homophones grammaticaux (a/à, son/sont, ce/se, etc.). Ces erreurs révèlent souvent une méconnaissance des règles d'accord ou une difficulté à les appliquer en situation d'écriture, lorsque la charge cognitive est maximale.

    13

    10 Jean-Pierre Cuq, Dictionnaire de didactique du français langue étrangère et seconde, Paris, CLE International, 2003, entrées « Production écrite », « Compétence » et « Compétence de communication ».

    Dans le contexte du FLE, ces difficultés sont souvent accentuées par le faible contact avec l'écrit en dehors de la classe et par des habitudes de lecture parfois limitées.

    Comme le note Catach (1978), « l'orthographe française est un système pluristratifié, où coexistent des logiques phonographiques, morphologiques et étymologiques ». Cette complexité structurelle rend son acquisition particulièrement coûteuse en termes cognitifs pour l'apprenant non natif.11

    1.2. Les difficultés grammaticales

    La grammaire joue un rôle central dans la structuration du message écrit. Une production écrite grammaticalement incorrecte peut nuire à la compréhension du texte et compromettre son efficacité communicative.

    Les difficultés grammaticales observées chez les élèves concernent principalement les accords, la construction des phrases, l'emploi des pronoms, la négation ou encore la maîtrise des structures syntaxiques complexes. Beaucoup d'élèves produisent des phrases incomplètes, mal construites ou influencées par les structures de leur langue première.

    Dans sa perspective théorique, Charaudeau considère que la grammaire ne doit pas être considérée comme un ensemble de règles abstraites, mais comme un outil au service de la construction du sens. Or, les apprenants peinent souvent à transférer les connaissances grammaticales acquises lors des exercices structuraux vers les situations réelles d'écriture.12 Ce décalage entre savoir déclaratif et savoir-faire rédactionnel explique une partie des erreurs grammaticales relevées dans les productions écrites.

    1.3. Les difficultés liées à la conjugaison

    La conjugaison représente un autre obstacle majeur pour les apprenants marocains de FLE. Le système verbal français est particulièrement riche et complexe. Il exige la maîtrise des modes, des temps et des accords verbaux, ainsi que la compréhension des valeurs temporelles et aspectuelles associées à chaque forme verbale.

    Dans les productions écrites des élèves, les erreurs concernent fréquemment l'emploi des temps du récit, les accords du participe passé, la confusion entre les temps simples et composés ou encore l'utilisation incorrecte des auxiliaires. Les apprenants ont souvent tendance

    11 Nina Catach, L'Orthographe française. Traité théorique et pratique avec des travaux d'application et leurs corrigés, Paris, Nathan, 1980, pp. 25-54.

    12 Patrick Charaudeau, Grammaire du sens et de l'expression, Paris, Hachette Éducation, 1992

    à employer un temps unique tout au long du texte, sans tenir compte des exigences de la situation de communication.

    Selon Reuter (1996), la maîtrise de la conjugaison ne peut être dissociée des activités de production écrite. Les temps verbaux prennent véritablement sens lorsqu'ils sont mobilisés dans un contexte d'écriture authentique. Une approche exclusivement mécanique de la conjugaison risque donc de limiter les possibilités de réinvestissement des connaissances dans les productions réelles.13

    1.4. Les difficultés lexicales

    La pauvreté lexicale est l'une des caractéristiques les plus saillantes des productions écrites des élèves en difficulté. Elle se manifeste par la répétition des mêmes mots, le recours à des termes génériques et imprécis, l'incapacité à nuancer, à préciser, à varier les expressions. Cette pauvreté est souvent la conséquence directe d'une exposition insuffisante à la langue écrite. Comme le souligne Nation (2001), « la richesse du vocabulaire d'un apprenant est directement corrélée à la quantité et à la qualité de ses lectures en langue cible ».14

    2. Les difficultés textuelles et discursives

    Au-delà de la phrase, c'est la construction du texte dans son ensemble qui pose difficulté à de nombreux élèves.

    2.1. Les difficultés liées à la cohérence

    La cohérence désigne l'organisation logique des idées à l'intérieur d'un texte. Elle garantit la continuité du sens et permet au lecteur de comprendre facilement le message transmis.

    Dans les productions écrites des élèves, il est fréquent d'observer des ruptures thématiques, des contradictions ou encore des enchaînements d'idées peu pertinents. Certains textes présentent une accumulation d'informations sans véritable fil conducteur, ce qui rend leur compréhension difficile.

    15

    13 Yves Reuter, Enseigner et apprendre à écrire, Paris, ESF Éditeur, 1996

    14 I.S.P. Nation, Learning Vocabulary in Another Language, Cambridge, Cambridge University Press, 2001, p. 258.

    Selon Charolles (1978), la cohérence repose sur plusieurs principes, notamment la progression thématique et la non-contradiction des informations. Lorsque ces principes ne sont pas respectés, le texte perd son unité et devient difficilement interprétable.15

    2.2. Les difficultés liées à la cohésion

    La cohésion concerne les liens linguistiques qui assurent l'articulation des différentes parties du texte. Elle repose sur l'utilisation des connecteurs logiques, des reprises anaphoriques, des substituts lexicaux et des marques de progression textuelle.

    Les élèves éprouvent souvent des difficultés à établir ces liens. Ils utilisent peu les connecteurs ou les emploient de manière inappropriée. Les répétitions excessives de certains mots traduisent également une maîtrise insuffisante des procédés de reprise.

    Selon Adam (1999), la cohésion constitue un élément fondamental de la textualité. Sans elle, le texte apparaît fragmenté et les relations entre les idées restent implicites ou ambiguës.16

    2.3. Les difficultés d'organisation des idées

    L'organisation des idées représente une étape essentielle du processus rédactionnel. Elle implique la capacité à sélectionner les informations pertinentes, à les hiérarchiser et à les structurer selon un plan cohérent.

    Cette absence d'organisation se traduit par des textes désordonnés, comportant des répétitions, des digressions ou des omissions importantes.

    Les travaux de Hayes et Flower (1980) montrent que la planification constitue l'une des composantes majeures du processus d'écriture. Les difficultés rencontrées à ce niveau peuvent donc affecter l'ensemble de la production.17

    2.4. Les difficultés liées à l'usage des connecteurs

    Les connecteurs logiques et temporels jouent un rôle essentiel dans l'organisation du texte. Ils permettent d'exprimer les relations entre les idées : addition, opposition, cause, conséquence, chronologie, etc.

    15 Michel Charolles, « Introduction aux problèmes de la cohérence des textes », Langue française, n° 38, « Enseignement du récit et cohérence du texte », Paris, Larousse, 1978, p. 7-41.

    16 Jean-Michel Adam, Linguistique textuelle : des genres de discours aux textes, Paris, Nathan Université, 1999

    17 John R. Hayes et Linda S. Flower, « Identifying the Organization of Writing Processes », dans Linda W. Gregg et Erwin R. Steinberg (dir.), Cognitive Processes in Writing: An Interdisciplinary Approach, Hillsdale (NJ), Lawrence Erlbaum Associates, 1980, p. 3-30.

    Cette difficulté réduit la fluidité du texte et limite la capacité du scripteur à construire un raisonnement élaboré.

    3. Les difficultés méthodologiques et cognitives

    Une autre catégorie de difficultés, souvent sous-estimée par rapport aux deux précédentes, et sont peut-être les moins visibles dans les copies, mais elles sont souvent à l'origine des autres catégories de difficultés. Elles renvoient à l'incapacité de l'élève à gérer efficacement le processus rédactionnel dans son ensemble.

    Parmi les difficultés méthodologiques les plus fréquemment observées, on peut distinguer :

    - la difficulté à analyser la consigne : l'élève ne lit pas la consigne attentivement, ne repère pas les mots-clés, ne comprend pas ce qui est demandé ;

    - la difficulté à générer des idées : l'élève reste bloqué face à la page blanche, ne sait pas comment activer ses connaissances ;

    - l'absence de planification : l'élève ne fait pas de brouillon, ne rédige pas de plan, se lance directement dans la rédaction ;

    - l'absence de révision : l'élève ne relit pas son texte ou le fait de manière superficielle, sans chercher à améliorer le contenu ;

    - la gestion du temps : l'élève ne sait pas répartir son temps entre les différentes étapes de l'écriture.

    Ces difficultés méthodologiques sont amplifiées par des facteurs cognitifs. La surcharge cognitive, telle que théorisée par Sweller (1988), est particulièrement présente lors de la rédaction en langue étrangère : l'élève doit simultanément gérer la langue (choisir les mots, construire les phrases, contrôler l'orthographe), le contenu (générer et organiser les idées) et la forme (respecter le genre, le plan, les conventions). 18Cette multiplicité de contraintes simultanées dépasse souvent les capacités de la mémoire de travail de l'élève, conduisant à des productions incomplètes, incohérentes ou linguistiquement incorrectes.

    17

    18 Sweller, J. (1988). Cognitive load during problem solving : effects on learning. Cognitive Science, 12(2), pp. 257-285

    4. Les facteurs explicatifs des difficultés de l'écrit

    Les difficultés observées dans les productions écrites des apprenants ne peuvent être attribuées à une seule cause. Elles résultent généralement de l'interaction de plusieurs facteurs qui influencent, de manière directe ou indirecte, le processus d'apprentissage de l'écriture. Dans le contexte du FLE, ces facteurs peuvent être regroupés en trois grandes catégories : les facteurs pédagogiques, les facteurs psychologiques et les facteurs sociolinguistiques.

    4.1. Les facteurs pédagogiques

    Les facteurs pédagogiques renvoient aux conditions d'enseignement et aux pratiques

    éducatives susceptibles d'influencer les apprentissages des élèves. La qualité de l'enseignement de l'écrit dépend notamment des méthodes adoptées, de la nature des activités proposées, des consignes données aux apprenants et des modalités d'évaluation mises en oeuvre.

    4.1.1. Les méthodes d'enseignement

    Les méthodes d'enseignement jouent un rôle déterminant dans le développement des compétences rédactionnelles. Lorsque l'enseignement de l'écrit est réduit à une série d'exercices mécaniques portant sur la grammaire, la conjugaison ou l'orthographe, les élèves risquent de percevoir l'écriture comme une activité purement technique et décontextualisée.

    Reuter (1996) dénonce ce qu'il appelle « l'illusion de la transmission » : l'idée selon laquelle il suffirait de montrer un texte modèle pour que l'élève apprenne à écrire. Or, l'écriture ne s'apprend pas par imitation passive ; elle 19suppose une pratique régulière, un guidage progressif, une attention aux processus et pas seulement aux produits.

    4.1.2. La nature des consignes

    La compréhension de la consigne constitue une condition préalable à la réussite de toute activité de production écrite. Une consigne imprécise, ambiguë ou trop complexe peut générer des incompréhensions et conduire les élèves à produire des textes qui ne répondent pas aux attentes de l'enseignant.

    Bucheton et Chabanne (2002) montrent que la consigne d'écriture n'est jamais un simple énoncé neutre : elle est porteuse d'implicites culturels, de représentations du genre et de la situation de communication que l'élève doit être capable de décoder.20 Pour beaucoup d'élèves en difficulté, cet implicite de la consigne est la première source de blocage.

    19 Reuter, Y. (1996). Op. cit., p. 23

    20 Bucheton, D. et Chabanne, J.-C. (2002). Parler et écrire pour penser, apprendre et se construire. Paris : Presses Universitaires de France, p. 17.

    4.1.3. Les modalités d'évaluation

    Les pratiques évaluatives influencent fortement le rapport des élèves à l'écriture. Une évaluation centrée exclusivement sur les erreurs peut renforcer le sentiment d'échec et décourager les apprenants les plus fragiles.

    Pour Astolfi (1997), l'erreur constitue un outil pédagogique précieux lorsqu'elle est analysée et exploitée dans une perspective formative. Elle fournit des informations essentielles sur les difficultés rencontrées par les élèves et permet à l'enseignant d'ajuster son intervention.21

    4.2. Les facteurs psychologiques

    L'écriture ne mobilise pas uniquement des compétences linguistiques et cognitives ; elle implique également des dimensions affectives et psychologiques qui influencent fortement les performances des apprenants.

    4.2.1. La motivation

    La motivation constitue un facteur déterminant dans tout processus d'apprentissage. Un élève motivé s'engage davantage dans les activités proposées, persévère face aux difficultés et mobilise plus efficacement ses ressources cognitives.

    Selon Viau (1994), la motivation scolaire dépend notamment de la perception que l'élève a de la valeur de la tâche, de sa capacité à la réussir et du contrôle qu'il pense exercer sur son apprentissage.22

    4.2.2. La confiance en soi

    La confiance en soi joue un rôle essentiel dans les activités de production écrite. Les élèves qui doutent de leurs capacités ont tendance à éviter les tâches rédactionnelles ou à limiter leurs productions par crainte de commettre des erreurs.

    La confiance en soi, ou sentiment d'auto-efficacité (self-efficacy), au sens de Bandura (1997), désigne la croyance d'un individu en sa propre capacité à accomplir une tâche donnée. Un élève qui a échoué à plusieurs reprises en production écrite finit par intégrer une représentation négative de lui-même comme scripteur : « Je suis nul en rédaction ». 23Cette conviction, souvent profondément ancrée, constitue un obstacle majeur à la progression.

    19

    21 Astolfi, J.-P. (1997). L'erreur, un outil pour enseigner. Paris : ESF, p. 14.

    22 Rolland Viau, La motivation en contexte scolaire, Saint-Laurent (Québec), ERPI, 1994, p. 32-64.

    23 Bandura, A. (1997). Self-Efficacy : The Exercise of Control. New York : Freeman, p. 3.

    4.2.3. L'anxiété face à l'écriture

    L'anxiété constitue l'un des obstacles les plus fréquemment observés chez les apprenants confrontés à des tâches rédactionnelles. Certains élèves perçoivent l'écriture comme une activité difficile, stressante et fortement exposée au jugement.

    L'anxiété liée à l'écriture (writing anxiety) est un phénomène bien documenté dans la recherche en didactique des langues. Daly et Miller (1975) ont montré que certains apprenants développent une véritable appréhension face à toute situation d'écriture, qui se manifeste par des blocages, des stratégies d'évitement et une inhibition de la créativité24. Dans une classe de FLE, cette anxiété peut être amplifiée par la distance entre la langue maternelle et la langue cible, par la peur du regard de l'enseignant et des pairs, et par le poids normatif de l'écrit scolaire.

    4.3. Les facteurs sociolinguistiques

    Les difficultés en production écrite s'expliquent également par des facteurs liés à l'environnement linguistique et socioculturel des apprenants.

    4.3.1. Le rapport à la langue française

    Dans le contexte marocain, le rapport des élèves à la langue française est souvent ambivalent. Pour certains, notamment dans les milieux urbains et lettrés, le français est perçu comme une langue de prestige, d'ascension sociale, d'accès au monde. Pour d'autres, particulièrement dans les milieux ruraux ou défavorisés, le français est ressenti comme une langue étrangère, imposée, distante, sans lien avec leur vécu quotidien.

    Ce rapport à la langue a été analysé par Barré-de Miniac (2000) sous l'angle du rapport à l'écriture, qu'elle définit comme l'ensemble des représentations, des valeurs et des attitudes qu'un individu associe à l'activité d'écriture. Un rapport négatif à l'écriture souvent construit dès le primaire peut constituer un obstacle durable à la progression des élèves25.

    4.3.2. La langue familiale et la langue scolaire

    La majorité des élèves marocains grandissent dans des environnements où la communication quotidienne se fait en darija, en tamazight, ou en arabe dialectal. Le français est, pour eux, une langue strictement scolaire, sans ancrage dans les pratiques langagières familiales ou sociales. Cet écart entre la langue de la maison et la langue de l'école crée un

    24 Daly, J. A. et Miller, M. D. (1975). The empirical development of an instrument to measure writing apprehension. Research in the Teaching of English, 9(3), pp. 242-249.

    25 Barré-de Miniac, C. (2000). Le rapport à l'écriture. Aspects théoriques et didactiques. Villeneuve-d'Ascq : Presses Universitaires du Septentrion, p. 8

    hiatus cognitif et affectif que Bernstein (1975) avait déjà analysé, dans un contexte différent, sous l'angle des codes sociolinguistiques.26

    4.3.3. L'environnement culturel et familial

    Le milieu familial joue un rôle non négligeable dans la construction du rapport à l'écrit. Les travaux de Bourdieu et Passeron (1970) sur la reproduction culturelle montrent que les enfants issus de familles où la lecture et l'écriture occupent une place importante arrivent à l'école avec un capital culturel qui facilite leur apprentissage des codes de l'écrit scolaire27. À l'inverse, les élèves dont l'environnement familial est peu lettré doivent construire à l'école seule un rapport à l'écrit que leurs camarades plus favorisés ont déjà intériorisé dans leur milieu de vie.

    5. La remédiation en didactique de l'écrit

    Face aux difficultés rencontrées par les apprenants, la remédiation apparaît comme une réponse pédagogique essentielle. Elle vise à identifier les obstacles à l'apprentissage et à mettre en oeuvre des actions ciblées permettant aux élèves de progresser.

    Dans le domaine de la production écrite, la remédiation ne consiste pas uniquement à corriger les erreurs. Elle implique une analyse approfondie des difficultés, la mise en place d'activités adaptées et l'accompagnement progressif des apprenants vers la maîtrise des compétences visées.

    5.1. Définition et principes de la remédiation

    Le terme remédiation vient du latin remedium, le remède. En pédagogie, il désigne l'ensemble des interventions didactiques spécifiquement conçues pour aider les élèves à surmonter des difficultés persistantes dans leur apprentissage.

    De Peretti et Legrand (1994) définissent la remédiation comme « un ensemble d'actions pédagogiques différenciées, visant à permettre à un élève de surmonter les obstacles qui ont empêché ses apprentissages ».28 Elle suppose donc, en amont, un diagnostic précis des difficultés et, en aval, une évaluation des effets de l'intervention.

    21

    26 Bernstein, B. (1975). Langage et classes sociales. Paris

    27 Bourdieu, P. et Passeron, J.-C. (1970). La Reproduction : éléments pour une théorie du système d'enseignement. Paris

    28 De Peretti, A. et Legrand, J.-A. (1994). Remédiation et évaluation. Paris : Hachette, p. 23.

    Reuter (1996) souligne que les ateliers d'écriture ont l'avantage de « déculpabiliser l'acte d'écrire, de restaurer le plaisir d'écrire et de faire vivre à l'élève l'expérience d'un scripteur en

    5.2. Les objectifs de la remédiation

    Dans le cadre de l'enseignement de l'écrit, elle vise principalement à aider les élèves à mieux comprendre les exigences de la production écrite et à mobiliser efficacement les ressources nécessaires à sa réalisation.

    5.3. Les formes et modalités de remédiation La remédiation peut prendre différentes formes :

    · La remédiation immédiate : intervient en cours d'activité, sous forme de feedback correctif de l'enseignant ou des pairs.

    · La remédiation différée : intervient après l'évaluation d'une production, sous forme d'activités complémentaires ciblées.

    · La remédiation différenciée : adapte les activités au niveau et aux besoins spécifiques de chaque élève ou groupe d'élèves.

    · La : remédiation collective : s'adresse à l'ensemble de la classe lorsqu'une difficulté est partagée par la majorité.

    Le choix de la modalité dépend du type de difficulté identifiée, du nombre d'élèves concernés et des contraintes organisationnelles de la classe.

    5.4. Les stratégies de remédiation en production écrite

    L'efficacité d'un dispositif de remédiation dépend largement des stratégies pédagogiques mises en oeuvre. En production écrite, les recherches en didactique recommandent de privilégier des démarches actives qui placent l'élève au coeur de son apprentissage et lui permettent de construire progressivement ses compétences rédactionnelles.

    Dans cette perspective, plusieurs stratégies peuvent aider à l'amélioration des performances scripturales des apprenants

    5.4.1. Les ateliers d'écriture

    Les ateliers d'écriture constituent l'une des formes de remédiation les plus riches et les

    plus efficaces en didactique de l'écrit. Ils se définissent comme des espace-temps dédiés à la pratique intensive et encadrée de l'écriture, dans lesquels les élèves écrivent, partagent leurs productions, reçoivent des retours et améliorent leurs textes.

    train de faire ».29 Ils permettent également de travailler sur le processus et pas seulement sur le produit, ce qui est fondamental dans une perspective de remédiation.

    5.4.2. L'écriture guidée

    L'écriture guidée consiste à accompagner l'élève pas à pas dans la production d'un texte,

    à travers des consignes intermédiaires, des amorces, ou des outils d'aide (listes de mots, structures syntaxiques modèles), permettant de réduire la charge cognitive de la tâche et de soutenir progressivement l'autonomie de l'élève.

    Cette démarche est particulièrement pertinente pour les élèves en difficulté, qui éprouvent souvent des problèmes de planification et d'organisation des idées. Le guidage fourni par l'enseignant contribue alors à réduire la surcharge cognitive associée à la production écrite.

    5.4.3. L'écriture collaborative

    L'écriture collaborative, ou co-écriture, est une stratégie qui consiste à faire produire des

    textes en binômes ou en petits groupes. Elle s'appuie sur les bénéfices de l'apprentissage coopératif et de la confrontation des points de vue. Lorsque deux élèves écrivent ensemble, ils sont amenés à verbaliser leurs choix, à argumenter, à négocier, à se corriger mutuellement. Ce dialogue métacognitif a un effet formateur que la rédaction solitaire ne peut pas produire.

    Bucheton et Chabanne (2002) soulignent que « l'écriture collaborative crée une situation d'interlocution qui force les scripteurs à expliciter leurs intentions et à prendre conscience de leur propre démarche rédactionnelle ».30

    5.4.4. L'auto-correction et la Co-correction

    Ces stratégies visent à développer chez l'élève une posture réflexive sur sa propre

    production, ou sur celle d'un pair, à l'aide de grilles ou de critères explicites, afin de favoriser l'appropriation progressive des exigences de l'écrit au-delà de la seule correction par l'enseignant.

    L'auto-correction consiste à amener l'élève à relire son propre texte de manière critique afin d'identifier et de corriger ses erreurs. Elle favorise le développement de l'autonomie et des compétences métacognitives.

    23

    29 Reuter, Y. (1996). Op. cit., p. 91.

    30 Bucheton, D. et Chabanne, J.-C. (2002). Op. cit., p. 54.

    La Co-correction, quant à elle, repose sur l'échange de productions entre pairs. Chaque élève devient alors lecteur du texte d'un camarade et formule des remarques ou des suggestions d'amélioration.

    Pour être efficaces, l'auto-correction et la Co-correction doivent s'appuyer sur des outils explicites tels que :

    · Des grilles d'évaluation ;

    · Des listes de vérification ;

    · Des critères clairement définis ;

    · Des consignes précises de relecture.

    Conclusion de la partie

    La première partie de ce mémoire a permis de poser les bases théoriques et conceptuelles de notre étude sur la production écrite en FLE au cycle collégial. Nous avons d'abord défini la production écrite comme une compétence complexe et multifacette, impliquant des processus cognitifs et linguistiques élaborés. Nous avons ensuite examiné les enjeux de cette compétence au collège et les diverses habiletés qu'elle mobilise.

    Le deuxième chapitre a été consacré à l'analyse des difficultés de l'écrit, en les classifiant selon leur nature (linguistiques, textuelles, discursives, cognitives) et en identifiant les facteurs explicatifs (pédagogiques, psychologiques, sociolinguistiques) qui y contribuent. Enfin, nous avons exploré le concept de remédiation pédagogique.

    PARTIE II : CADRE PRATIQUE : DIAGNOSTIC,

    INTERVENTION ET ÉVALUATION

    25

    Introduction de la partie

    Après avoir posé, dans la première partie, les fondements théoriques de notre recherche en clarifiant les concepts de production écrite, de difficultés rédactionnelles et de remédiation pédagogique, il convient à présent de confronter ces apports théoriques à la réalité du terrain.

    Cette deuxième partie constitue le volet empirique de notre mémoire. Elle vise à analyser concrètement les difficultés rencontrées par les élèves de 3ème année du collège en matière de production écrite, à en identifier les causes profondes, puis à proposer un dispositif de remédiation contextualisé, conçu, mis en oeuvre et évalué dans le cadre de notre stage de pratique accompagnée au Collège Pionnier El Hansali d'El Jadida.

    Cette partie pratique est organisée en deux chapitres :

    Le premier chapitre présente le cadre méthodologique de la recherche, décrit l'établissement et la classe cible, expose les outils de collecte de données et procède à l'analyse triangulée des résultats afin d'établir un diagnostic précis des difficultés rédactionnelles.

    Le second chapitre est consacré à la conception, à la mise en oeuvre et à l'évaluation du dispositif de remédiation. Il s'achève par une discussion des résultats obtenus et formule des recommandations pédagogiques destinées à améliorer l'enseignement-apprentissage de la production écrite au cycle collégial.

    Chapitre 1 : Cadre méthodologique et diagnostic des difficultés

    1. Ancrage méthodologique

    1.1. Présentation de l'établissement et de la classe cible

    L'étude a été réalisée au Collège Pionnier El Hansali, établissement d'enseignement

    secondaire collégial, public relevant de la direction provinciale d'El Jadida. Situé en milieu urbain, cet établissement accueille des élèves issus de milieux socio-économiques variés,

    Le Collège Pionnière El Hansali dispense les enseignements du cycle secondaire collégial, couvrant les niveaux de la première à la troisième année. L'enseignement du français y est assuré conformément aux programmes officiels du Ministère de l'Éducation Nationale, dans le cadre de l'approche par compétences qui régit actuellement l'ensemble du système éducatif marocain.

    Notre présence dans cet établissement s'inscrit dans le cadre de la formation initiale au Centre Régional des Métiers de l'Éducation et de la Formation (CRMEF) Casablanca-Settat, annexe provinciale d'El Jadida, au titre de l'année de formation 2025-2026, en discipline Français, cycle collégial. D'une durée de trois mois (du 15 février au 14 mai 2026), ce stage de nature observation et pratique accompagnée nous a permis d'observer les pratiques pédagogiques en contexte réel, de prendre en charge des séances sous la supervision d'un enseignant tuteur, et de mener la présente recherche-action

    La recherche a porté sur une classe de troisième année du cycle secondaire collégial, 3ème A.S.C. Cette classe comprend 25 élèves, dont 13 garçons et 12 filles. Les observations effectuées au cours du stage, ainsi que les productions recueillies, ont conduit à caractériser le niveau général de la classe en français comme faible.

    1.2. Choix et description de l'échantillon

    L'échantillon retenu dans le cadre de cette recherche comprend trois composantes complémentaires : les élèves de la classe cible, un groupe d'enseignants de français du cycle collégial, ainsi qu'un corpus de productions écrites.

    Le premier groupe est constitué des 25 élèves de la classe de 3ème A.S.C., soit l'intégralité du groupe concerné par l'intervention. Le deuxième groupe comprend 33 enseignants de français du cycle collégial ayant répondu à un questionnaire diffusé en ligne via Google Forms. Ces enseignants n'appartiennent pas tous au même établissement, mais ils exercent tous dans le même cycle, ce qui permet de recueillir un point de vue professionnel en lien direct avec la problématique.

    Le corpus de productions écrites, quant à lui, se compose de deux ensembles distincts. Le premier renvoie aux productions diagnostiques initiales, recueillies à partir d'un sujet portant sur les défis climatiques. Le second correspond aux 6 productions finales exploitées après la mise en oeuvre du dispositif de remédiation sur le thème du racisme et de l'acceptation de l'autre.

    Ainsi constitué, l'échantillon répond à la logique de la recherche-action, qui privilégie la pertinence contextuelle des données plutôt qu'une représentativité statistique au sens strict.

    2. Outils de collecte des données

    La collecte de données constitue une étape fondamentale de toute recherche empirique. Dans le cadre de notre recherche-action, elle obéit à un principe de triangulation

    méthodologique : nous avons eu recours à plusieurs outils de collecte distincts, afin de croiser les informations et d'obtenir une image aussi complète et fiable que possible de la réalité des difficultés de nos élèves. Cette triangulation est, selon Cohen, Manion et Morrison (2007), une condition essentielle de la validité interne d'une recherche qualitative.31

    2.1. Le test de production écrite (pré-test)

    Le premier outil de collecte est un test de production écrite, administré en début de recherche, avant toute intervention de remédiation. Ce pré-test a pour fonction de fournir un état des lieux des compétences rédactionnelles réelles des élèves, à partir duquel nous avons pu établir notre diagnostic.

    2.2. Le questionnaire aux élèves

    Le deuxième outil est un questionnaire destiné aux élèves, élaboré en vue de recueillir

    des données sur leurs représentations de l'écriture, sur leur rapport à la production écrite en classe de français et sur la perception qu'ils ont de leurs propres difficultés. Le questionnaire comporte des questions fermées (à choix unique ou multiple) et quelques questions semi-ouvertes, permettant de recueillir à la fois des données quantifiables et des informations qualitatives.

    2.3. Le questionnaire aux enseignants

    Le questionnaire destiné aux enseignants a été diffusé en ligne à l'aide de Google Forms, via un lien. Il s'adressait exclusivement à des enseignants de français du cycle collégial. Il avait pour objectif de recueillir des données sur leur profil professionnel, leur perception des difficultés des élèves, leur évaluation du niveau en expression écrite, leurs pratiques pédagogiques et leurs propositions de remédiation.

    3. Considérations éthiques

    Toute recherche impliquant des êtres humains, et a fortiori des mineurs en situation scolaire, est soumise à des exigences éthiques dont le respect conditionne non seulement la légitimité de la démarche, mais aussi la qualité des données recueillies. Ces exigences, largement codifiées dans la littérature sur la recherche en éducation, portent essentiellement sur plusieurs principes fondamentaux :

    31 Cohen, L., Manion, L. et Morrison, K. (2007). Research methods in education. Londres : Routledge, p. 141.

    - Consentement informé : Les élèves et leurs familles ont été informés de la nature de la recherche. Les questionnaires ont été administrés dans un cadre pédagogique habituel, sans pression ni obligation ;

    - Anonymat et confidentialité : Les données collectées (questionnaires, copies) ont été traitées de manière anonyme. Aucun nom d'élève n'apparaît dans l'analyse ni dans le présent mémoire. Les copies analysées sont identifiées par des numéros (Copie 1, Copie 2) ;

    - Respect de la dignité des apprenants : L'analyse des productions écrites vise un diagnostic pédagogique et non un jugement de valeur sur les élèves. Les erreurs sont traitées comme des indicateurs de difficultés et non comme des marqueurs de « faiblesse » ;

    - Non-malfaisance : Le dispositif de remédiation a été conçu pour aider les élèves, non pour les stigmatiser. Les activités proposées visent à restaurer la confiance et le plaisir d'écrire

    - Transparence : Les enseignants répondants au questionnaire en ligne ont été informés de l'objectif de l'enquête et de l'utilisation des données dans le cadre d'un mémoire de fin de formation.

    Cohen, Manion et Morrison (2007) rappellent que « toute recherche conduite en milieu scolaire doit faire l'objet d'une réflexion éthique préalable, portant sur les droits des participants, la nature des données collectées et l'usage qui en sera fait ». 32Dans le cadre de notre recherche-action, nous avons veillé à respecter scrupuleusement ces principes, en tenant compte à la fois des contraintes institutionnelles et des spécificités du contexte marocain.

    4. Méthode d'analyse des données

    4.1. L'approche mixte adoptée

    Afin de mieux saisir la complexité de la difficulté étudiée, nous avons eu recours à une

    approche mixte combinant des données quantitatives et qualitatives. Ce choix méthodologique, qui s'inscrit dans la tradition des recherches en éducation à paradigme mixte (mixed methods research), permet de combiner la puissance de description et de quantification des approches numériques avec la profondeur d'interprétation des approches qualitatives (Creswell, 2009).33

    29

    32 Cohen, L., Manion, L. et Morrison, K. (2007). Op. cit., p. 51.

    33 Creswell, J. W. (2009). Research Design : Qualitative, Quantitative and Mixed Methods Approaches (3e éd.). Thousand Oaks, CA : Sage, p. 203.

    Les données quantitatives proviennent principalement des questionnaires administrés aux élèves et aux enseignants. Elles permettent d'identifier des tendances générales, de mesurer la fréquence de certaines difficultés et de comparer différents points de vue.

    L'analyse quantitative porte principalement sur :

    · Le décompte et la catégorisation des erreurs relevées dans les productions écrites des élèves (pré-test et post-test), permettant d'établir une typologie des difficultés et d'en mesurer la fréquence relative ;

    · Le traitement statistique descriptif des réponses aux questionnaires (fréquences, pourcentages, tableaux croisés), permettant de quantifier les représentations et les attitudes des élèves et des enseignants face à l'écriture ;

    · La comparaison quantitative des résultats du pré-test et du post-test, permettant de mesurer l'évolution des performances des élèves après l'intervention.

    Les données qualitatives, quant à elles, proviennent de l'analyse des productions écrites, des observations réalisées en classe et de l'interprétation des réponses ouvertes. Elles permettent de dépasser les pourcentages pour entrer dans une compréhension plus fine des obstacles rencontrés par les élèves, de leurs manifestations concrètes et de leur portée pédagogique.

    L'analyse qualitative porte principalement sur :

    · l'analyse du contenu des productions écrites des élèves, au-delà du simple comptage des erreurs : interprétation des stratégies rédactionnelles, identification des obstacles cognitifs et méthodologiques, repérage des progrès qualitatifs ;

    · l'analyse des observations de classe : interprétation des comportements, des interactions et des dynamiques observées lors des séances ;

    · l'analyse thématique des réponses aux questions ouvertes des questionnaires, permettant de dégager les représentations dominantes et les discours récurrents sur l'écriture et ses difficultés.

    La triangulation des données issues de ces différentes sources et méthodes d'analyse nous permet de renforcer la validité et la fiabilité de nos interprétations, en croisant les points de vue, les méthodes et les moments de collecte. Comme le soulignent Denzin et Lincoln

    (2005), « la triangulation n'est pas un outil de validation au sens strict, mais une stratégie qui permet d'enrichir la compréhension du phénomène étudié en multipliant les angles de vue ».34

    4.2. Les étapes de la recherche

    La recherche s'est déroulée selon une progression logique selon les étapes suivantes :

    Observation du terrain ; pendant le stage repérage des difficultés récurrentes en production écrite chez les élèves de 3ème A.S.C.

    Formulation de la problématique : Délimitation de l'objet de recherche autour des difficultés rédactionnelles en FLE.

    Élaboration et administration des outils : Conception et passation du questionnaire élèves, diffusion du questionnaire enseignants, recueil de productions écrites.

    Analyse des données recueillies : Dépouillement, traitement statistique simple, analyse qualitative des copies et triangulation des résultats.

    Conception d'un dispositif de remédiation : Élaboration d'un atelier d'écriture adapté aux besoins diagnostiqués.

    Mise en oeuvre et évaluation : Réalisation de la séance de remédiation et observation de ses effets.

    5. Analyse des donnés

    5.1. Analyse du questionnaire destiné aux élèves

    Le questionnaire destiné aux élèves a été administré le 12 avril 2026, sur support papier,

    en classe. Il s'agit d'un questionnaire semi-fermé composé de 10 questions et rempli en 30 minutes. Les élèves ont répondu avec accompagnement partiel, dans la mesure où les questions leur ont été expliquées oralement afin de faciliter leur compréhension.

    Ce questionnaire visait à recueillir des informations sur leur profil, leur rapport au français, leur perception de la production écrite, les difficultés qu'ils déclarent rencontrer, leurs habitudes de lecture et d'exposition au français ainsi que les solutions qu'ils jugent utiles pour progresser.

    31

    Profil des répondants

    34 Denzin, N. K. et Lincoln, V. S. (2005). The Sage handbook of qualitative research (3e éd.). Thousand Oaks, CA : Sage, p. 5.

    a) Répartition selon le sexe

    La classe est composée de 13 garçons (52 %) et 12 filles (48 %), soit une répartition quasi équilibrée qui garantit l'absence de biais lié au genre dans l'analyse des résultats. Cette homogénéité permet, le cas échéant, d'envisager des comparaisons selon le sexe, même si la taille réduite de l'échantillon invite à la prudence dans ce type d'analyse.

    b) Répartition selon l'âge

    Âge

    Effectif

    Pourcentage

    Interprétation

    13 ans

    0

    0 %

    Aucun élève

    14 ans

    3

    12 %

    Minorité, parcours scolaire régulier

    15 ans

    9

    36 %

    Âge correspondant à la norme

    Plus de 15

    13

    52 %

    Majorité, possibles redoublements

    Total

    25

    100 %

    88 % ont 15 ans ou plus

    La prédominance des élèves de 15 ans et plus (88 %) confirme le profil d'une classe dont la majorité des apprenants est en âge normal ou légèrement en retard par rapport aux normes du système éducatif marocain. La proportion élevée d'élèves de plus de 15 ans (52 %) peut être mise en relation avec des parcours scolaires ponctués de difficultés, voire de redoublements, ce qui constitue un facteur aggravant dans l'accumulation de lacunes en français.

    Rapport à la langue française

    a) Attitude envers le français (Q3)

    Réponse

    Effectif

    Pourcentage

    Oui

    20

    80 %

    Non

    5

    20 %

    Total

    25

    100 %

    Une majorité significative (80 %) déclare aimer la langue française. Ce résultat, loin d'être anodin, revêt une importance capitale pour notre recherche-action : il signifie que les difficultés observées en production écrite ne sont pas la conséquence d'un rejet affectif de la langue, mais relèvent d'obstacles d'ordre linguistique, méthodologique ou cognitif. La motivation intrinsèque de ces élèves constitue un levier pédagogique précieux sur lequel le dispositif de remédiation peut s'appuyer.

    Les 5 élèves (20 %) déclarant ne pas aimer le français forment un sous-groupe à risque. L'examen des données individuelles (cf. Annexe 1) révèle que ces élèves cumulent systématiquement un auto-positionnement « Faible », une absence totale de lecture extrascolaire et un recours prioritaire à la traduction. Ce profil convergent suggère un cercle vicieux où le désamour pour la langue renforce les difficultés, lesquelles alimentent à leur tour le désintérêt.

    b) Activité préférée en français (Q4)

    Activité

    Effectif

    Pourcentage

    Lecture

    5

    20 %

    Production écrite

    3

    12 %

    Langue (grammaire)

    2

    8 %

    Expression orale

    2

    8 %

    Non réponse / Incohérent

    13

    52 %

    Total

    25

    100 %

    La lecture apparaît comme l'activité la plus appréciée (20 %), ce qui est encourageant dans la perspective de notre remédiation : les activités de lecture peuvent servir de passerelle vers l'écriture. La production écrite, en revanche, ne recueille que 12 % des préférences, confirmant le constat théorique selon lequel l'écrit est souvent perçu comme l'activité la plus astreignante et la moins attrayante.

    Le taux de non-réponses ou de réponses incohérentes (52 %) constitue une limite méthodologique qu'il convient de signaler. Plusieurs hypothèses peuvent l'expliquer : difficulté de compréhension de la question malgré les explications orales, hésitation entre plusieurs réponses, ou absence de préférence marquée. Ce constat invite à la prudence dans l'exploitation de cette question et suggère que, pour une future recherche, la formulation pourrait être simplifiée ou accompagnée d'exemples concrets.

    Perception de la production écrite

    a) Importance de la production écrite (Q5)

    Réponse

    Effectif

    Pourcentage

    Oui

    22

    88 %

    Non

    3

    12 %

    Total

    25

    100 %

    Ce résultat confirme et renforce le constat précédent : la quasi-totalité des élèves (88 %) reconnaît l'importance de la production écrite dans leur apprentissage. Le croisement avec la Q4 met en lumière un paradoxe pédagogique fondamental : les élèves savent que l'écrit est important mais ne l'apprécient pas. Ce décalage entre importance perçue et plaisir éprouvé constitue un enjeu central de notre remédiation, qui devra viser non seulement l'amélioration des compétences, mais aussi la réconciliation de l'apprenant avec l'acte d'écrire.

    b) Auto-évaluation du niveau (Q6)

    Niveau

    Effectif

    Pourcentage

    Très bon

    3

    12 %

    Bon

    8

    32 %

    Moyen

    10

    40 %

    Faible

    4

    16 %

    Total

    25

    100 %

    L'auto-évaluation dessine un tableau contrasté : si 44 % des élèves s'estiment « bons » ou « très bons », 56 % se positionnent au niveau « moyen » ou « faible ». Le niveau « moyen » domine (40 %), formant un groupe pivot qui pourrait basculer positivement ou négativement selon la qualité de l'accompagnement pédagogique.

    Ce résultat, mis en regard du jugement des enseignants (62,9 % évaluent le niveau comme « faible »), révèle un décalage de perception significatif : les élèves tendent à surévaluer leurs compétences. Ce phénomène, bien documenté dans la littérature (effet Dunning-Kruger), souligne la nécessité de développer les capacités d'auto-évaluation chez les apprenants, ce que notre dispositif intégrera à travers l'utilisation de grilles d'auto-évaluation.

    a) Lecture en français hors de l'école (Q8)

    Fréquence

    Effectif

    Pourcentage

    Régulièrement

    3

    12 %

    Parfois

     

    4

    16 %

    Rarement

    9

    36 %

    Jamais

    9

    36 %

    Total

    25

    100 %

    Ce résultat est alarmant : 72 % des élèves lisent rarement ou jamais en français en dehors de l'école. L'exposition à la langue écrite se trouve ainsi cantonnée aux seules heures de cours, ce qui est notoirement insuffisant pour développer les compétences lexicales, syntaxiques et orthographiques nécessaires à la production écrite. L'absence de bibliothèque au sein de l'établissement aggrave cette situation en privant les élèves d'un point d'accès potentiel aux ouvrages en français.

    Les conséquences de cette sous-exposition à l'écrit sont multiples et documentées dans la littérature didactique :

    · Pauvreté lexicale : les élèves acquièrent moins de vocabulaire par imprégnation ;

    · Faible maîtrise syntaxique : ils s'exposent moins aux structures phrastiques du français

    · Difficultés orthographiques : l'absence d'imprégnation visuelle des mots entrave la

    mémorisation ;

    · Manque de modèles d'écriture : ils ne disposent pas de références textuelles pour

    structurer leurs propres productions.

    Le croisement avec les données individuelles confirme que les 3 élèves lecteurs réguliers s'auto-évaluent tous à un niveau « Bon » ou « Très bon », tandis que les 9 élèves ne lisant jamais se positionnent majoritairement au niveau « Faible ». Cette corrélation, bien que portant sur un petit échantillon, conforte le lien entre lecture et compétence rédactionnelle.

    B) Solutions proposées par les élèves (Q10)

    Les solutions proposées par les élèves révèlent une conscience

    métacognitive encourageante : ils identifient des stratégies pertinentes et les relient intuitivement à leurs difficultés. La traduction en tête (64 %) traduit un besoin de sécurisation linguistique face à l'insécurité ressentie. Les corrections expliquées (60 %) expriment une demande de feedback formatif. Les lectures (56 %) et les exercices (52 %) manifestent une volonté de pratique et d'exposition accrues.

    5.2. Analyse du questionnaire destiné aux enseignants

    Un questionnaire spécifique a été adressé aux enseignants de français de l'établissement.

    Il vise à recueillir leur point de vue sur les difficultés de production écrite rencontrées par les élèves du niveau collégial, sur les pratiques pédagogiques qu'ils mettent en oeuvre dans ce domaine, et sur les formes de remédiation qu'ils expérimentent dans leurs classes.

    Profil des enseignants répondants

    a) Genre : 63,7 % de femmes / 36,3 % d'hommes, reflétant la tendance générale de féminisation de l'enseignement du français au Maroc.

    b) Diplôme : 7807 % sont titulaires d'une Licence, 14,3 % d'un Master et 5,7 % d'un Doctorat. La prédominance des licenciés correspond au profil standard des enseignants du cycle collégial.

    c) Ancienneté : 72,1 % ont moins de 5 ans d'expérience, ce qui dessine le profil d'une population enseignante jeune et en début de carrière. Cette donnée est significative : ces enseignants, probablement motivés et ouverts à l'innovation, manquent toutefois de l'expérience pratique nécessaire pour développer des stratégies de remédiation éprouvées. Ce constat justifie doublement la recherche-action : comme outil de diagnostic pour la classe cible, mais aussi comme contribution à la formation professionnelle des jeunes enseignants.

    Difficultés observées par les enseignants

    Le classement global des difficultés observées par les enseignants (toutes occurrences confondues) s'établit comme suit :

    Le vocabulaire arrive en tête (58,6 %), suivi de la cohérence du texte (29,1 %), de l'orthographe (41,5 %) et de la compréhension des consignes (52 %). Ces quatre difficultés

    La pauvreté du lexique est identifiée comme la cause principale par près de la moitié des enseignants (65,7 %). Ce diagnostic professionnel rejoint les données du questionnaire

    concentrent 89,2 % des occurrences, formant le socle des préoccupations professionnelles des enseignants.

    Évaluation du niveau des élèves

    82,9 % des enseignants évaluent le niveau des élèves en production écrite comme « faible », tandis que seulement 14,3 % le jugent « bon » ou « très bon ». Ce constat, issu de l'expertise professionnelle d'enseignants de terrain, constitue un diagnostic professionnel convergent avec les résultats du questionnaire élèves et l'analyse des productions écrites.

    Causes des difficultés selon les enseignants

    élèves (76 % déclarent des difficultés de vocabulaire) et les observations issues des productions écrites (confusion lexicale massive dans la Copie 1).

    Pratiques pédagogiques des enseignants

    ·

    100 % des enseignants considèrent la production écrite comme essentielle ;

    · 51,4 % identifient la production écrite comme l'activité la plus difficile pour les

    apprenants ;

    · 78,7 % adoptent une approche guidée lors des séances de production écrite ;

    · 69,3 % préfèrent le travail collectif ;

    · 56,7 % choisissent les sujets en fonction des besoins des apprenants ;

    ·

    41

    54 % n'ont pas de méthode précise pour exploiter la séance de production écrite.

    Ce dernier constat est particulièrement révélateur : quatre enseignants sur dix avouent ne pas disposer d'une méthodologie structurée pour l'enseignement de la production écrite. Ce déficit méthodologique, combiné à la jeunesse de la population enseignante (77,1 % ont moins de 5 ans d'expérience), constitue un obstacle systémique à la remédiation des difficultés des élèves.

    Recommandations des enseignants

    L'analyse thématique des recommandations ouvertes fait émerger les priorités suivantes : Les enseignants convergent vers trois axes prioritaires : encourager la lecture, enrichir le vocabulaire et multiplier les exercices d'écriture. Ces recommandations,

    5.3.3. Analyse croisée : correspondance entre les trois sources de données

    issues de l'expérience professionnelle, s'alignent avec les données du diagnostic et avec les préconisations de notre cadre théorique.

    5.3. Analyse des productions écrites des élèves

    Consigne :

    « Le changement climatique est un danger pour toute la fin. On élimine les déchets que le changement est en train de faire. La météo de la fin que le changement on est en train de subir. On est en train de voir les conséquences du changement climatique. »

    5.3.1. Inventaire et classification des erreurs :

    Erreur relevée

    Correction proposée

    Type d'erreur

    1

    « toute la fin »

    « toute la planète » / « la fin du monde »

    Confusion lexicale

    2

    « On élimine » (dans ce contexte)

    « Nous produisons » / « Nous créons »

    Choix lexical inapproprié

    3

    « les déchets que le changement est en train de faire »

    « les déchets que le changement climatique provoque »

    Syntaxe / vocabulaire

    4

    « La météo de la fin »

    « Les phénomènes climatiques »

    Confusion lexicale

    5

    « le changement on est »

    « le changement que nous subissons »

    Syntaxe (absence de subordonnée)

    6

    « on est » (répété 7 fois)

    Varier : nous, les humains, l'homme

    Répétition / pauvreté lexicale

    7

    « j'élimine »

    « nous éliminons » / « nous produisons »

    Conjugaison / orthographe

    5.3.2. Analyse des consignes :

    Consigne

    Respectée ?

    Preuve textuelle

    Présenter un type de pollution

    Partiellement

    Mentionne « le changement climatique » sans le définir

    Exprimer son avis

    Non

    Aucune opinion personnelle

    Prendre position sur un mauvais comportement

    Non

    Aucune prise de position

    Utiliser un outil de cause/conséquence

    Non

    Aucun connecteur logique

    À l'issue de l'analyse croisée des questionnaires et des productions écrites, il est possible d'établir une typologie des difficultés des élèves de notre classe de 3e A.S.C. Les difficultés identifiées se scindent en trois catégories majeures :

    1. Les difficultés méthodologiques : Plus de la moitié des élèves ne parviennent pas à analyser correctement les mots-clés d'une consigne, ce qui conduit au hors-sujet.

    2. Les difficultés linguistiques : Le manque cruel de vocabulaire empêche la formulation de la pensée et engendre des calques de l'arabe ou des confusions sémantiques. À cela s'ajoutent une méconnaissance des règles d'accords (orthographe grammaticale) et une incapacité à conjuguer les verbes usuels en contexte.

    Le vocabulaire, l'orthographe et la compréhension du sujet sont identifiés comme des difficultés majeures par les trois sources. La pauvreté lexicale, en particulier, constitue le point de convergence le plus robuste : 76 % des élèves la déclarent, elle est massivement observable dans les copies, et 45,7 % des enseignants l'identifient comme la cause première des difficultés.

    Chapitre 2 : Conception, mise en oeuvre et évaluation d'un dispositif de remédiation

    1. Fondements et justification du dispositif

    La conception de notre dispositif de remédiation mis en place repose sur un ensemble de principes pédagogiques complémentaires, que nous avons explicitement choisis en fonction des besoins diagnostiqués chez les élèves, et en cohérence avec les résultats du diagnostic et avec les apports de la recherche en didactique de l'écrit.

    Celui-ci ayant montré que les difficultés des élèves ne se limitent pas à des erreurs ponctuelles de langue, il ne paraissait pas pertinent d'opter pour une remédiation fragmentée ou exclusivement grammaticale. Il fallait, au contraire, envisager une intervention capable d'agir simultanément sur plusieurs dimensions de la difficulté scripturale

    Face à la contrainte temporelle de notre intervention (limitée à une seule séance d'une heure), il était impossible de traiter ces difficultés de manière isolée. Nous avons donc opté pour un dispositif combiné et intégré, sous forme d'atelier d'écriture guidée.

    Ce choix repose sur plusieurs principes fondamentaux :

    · Décryptage de la consigne : Lecture magistrale puis soulignement collectif des mots-clés. L'enseignant pose les questions de guidage (la Règle des 4Q) Que demande-t-on de faire ? (Un dialogue). Sur quel thème ? (Le racisme). Dans quel but ? (Expliquer et convaincre).

    · L'étayage : Fournir aux élèves une « boîte à mots » et un canevas structurel avant la rédaction pour réduire l'anxiété de la page blanche. Enrichissement lexical autour du thème abordé.

    o Vocabulaire dégagé : Fléau, comportement dangereux, tolérance, égalité, couleur de peau, religion, respect.

    o Connecteurs affichés : Car, parce que (cause) ; donc, par conséquent (conséquence) ; pour conclure, en fin (conclusion).

    · La contextualisation : Proposer un sujet ancré dans les valeurs citoyennes du collège, favorisant l'implication affective des apprenants.

    · L'écriture collaborative guidée : Faire travailler les élèves en binômes pour stimuler le conflit socio-cognitif et la co-construction du sens

    · Socialisation et distribution du modèle : Lecture à voix haute d'une ou deux productions d'élèves. Valorisation des efforts. Distribution de la production modèle pour que les élèves la conservent dans leur cahier.

    45

    Le choix d'un dispositif combiné s'explique par la nature même des difficultés observées. En effet, celles-ci ne relèvent pas d'un seul aspect isolé de l'écriture, mais d'un ensemble de fragilités interdépendantes. Une remédiation efficace doit donc adopter une approche globale.

    1.1. Justification du thème retenu

    Pour rompre avec le sujet diagnostique (les défis climatiques) qui avait généré de

    nombreux blocages, nous avons conçu un sujet touchant directement le vécu et l'éthique des adolescents.

    Le sujet choisi pour l'atelier d'écriture s'inscrit dans le cadre de la Semaine nationale d'éducation contre le racisme. Il a été formulé comme suit :

    Dans le cadre de la Semaine nationale d'éducation contre le racisme, le club de la citoyenneté de ton collège organise une campagne de sensibilisation intitulée : « Tous différents, tous égaux ». Pour contribuer à cette campagne, tu es invité(e) à parler avec ton ami(e) dans lequel tu expliques l'importance de l'acceptation de l'autre et la nécessité de lutter contre le racisme.

    Ce thème a été retenu pour plusieurs raisons :

    1. il favorise l'expression d'une opinion personnelle ;

    2. il permet de mobiliser un lexique citoyen et argumentatif ;

    3. il se prête à l'usage de connecteurs logiques (cause, conséquence, opposition, conclusion) ;

    4. il contribue également à l'éducation aux valeurs, en cohérence avec les missions de l'école.

    5. Il s'agit donc d'un sujet à la fois didactiquement pertinent et éducativement porteur

    2. Mise en oeuvre et évaluation du dispositif

    2.1. Scénarisation et Planification de la séance de remédiation 2.1.1. Fiche pédagogique

    Type d'activité

    Atelier d'écriture guidé

    Durée

    1 H

    Etablissement

    Collège pionnier el Hansali

    Niveau

    3ème A.S.C.

    Effectif

    25 élèves

    Matériel nécessaire

    Support papier, tableau

    Thème

    L'acceptation de l'autre et la lutte contre le racisme

    Support : Consigne écrite, tableau, lexique thématique, amorces de phrases

     
     

    Intitulé de la séance

    Rédiger un court texte argumentatif/dialogué sur l'importance de l'acceptation de l'autre et la lutte contre le racisme.

    Compétence visée

    Produire un texte court et cohérent en français, en mobilisant un lexique approprié, quelques connecteurs logiques et une organisation simple des idées.

    Objectifs opérationnels

    À la fin de la séance, l'élève sera capable de : Identifier les idées essentielles d'un sujet ; Utiliser un vocabulaire simple lié au respect, à la différence et au racisme ; Employer au moins deux connecteurs logiques ; Exprimer un avis personnel ; Rédiger un texte court de manière compréhensible.

    Prérequis

    Les élèves ont déjà été confrontés à des activités de production écrite et connaissent quelques connecteurs simples tels que : parce que, car, donc, mais, d'abord, enfin.

    Déroulement de la séance

    Étapes

    Activités de l'enseignant

    Activités des élèves

    Modalité

    Durée

    Mise en situation

    Présente le thème, lit la consigne, explique les mots difficiles, fait repérer les mots-clés

    Écoutent, répondent, repèrent les éléments importants du sujet

    Collectif

    10 min

    Préparation lexicale et discursive

    Propose un lexique thématique au tableau et quelques connecteurs, construit avec les élèves un mini-plan

    Notent, proposent des mots et idées, participent à l'élaboration du plan

    Collectif

    15 min

    Rédaction guidée

    Accompagne individuellement ou par petits groupes, reformule, aide à structurer

    Rédigent leur texte

    Collectif + individuel

    20 min

    Retour et correction formative

    Fait lire quelques productions, corrige collectivement certaines erreurs, valorise les réussites

    Lisent, écoutent, corrigent, comparent

    Individuel ou binôme

    15 min

    Dans le but de suivre le déroulement de la séance et l'implication réelle des élèves, une grille d'observation a été conçue.

    2.1.2. Présentation de la grille

    Critères observés

    Oui

    Partiellement

    Non

    Observations

    Les élèves comprennent globalement la consigne

    D

    D

    D

     

    Les élèves participent à l'identification des mots-clés

    D

    D

    D

     

    Les élèves mobilisent le lexique proposé

    D

    D

    D

     

    Les élèves utilisent au moins un ou deux connecteurs

    D

    D

    D

     

    Les élèves respectent le thème demandé

    D

    D

    D

     

    Les élèves parviennent à exprimer une opinion personnelle

    D

    D

    D

     

    Les élèves organisent leurs idées de manière simple

    D

    D

    D

     

    47

    Les élèves montrent un engagement dans l'activité

     

    D

    D

    D

     

    Les élèves demandent de l'aide de manière pertinente

    D

    D

    D

     

    Les erreurs linguistiques diminuent relativement

    D

    D

    D

     

    2. Discussion des résultats, apports, limites et recommandations pédagogiques

    3.1. Comparaison entre les productions initiales et finales

    La comparaison entre les productions initiales et les productions finales permet de faire ressortir plusieurs évolutions.

    Au niveau de la compréhension de la consigne : Une victoire sur la "page blanche" et le respect de la typologie textuelle. Contrairement au diagnostic initial où 71% des copies étaient vides, tous les élèves ont produit un texte. Mieux encore, la typologie du dialogue a été globalement assimilée. Les copies montrent l'utilisation explicite des marqueurs du discours rapporté : « Moi : ... », « Mon ami : ... », accompagnés de guillemets, prouvant que le décodage de la consigne (Étape 1) a fonctionné.

    Au niveau de l'organisation du texte : Un réinvestissement effectif des connecteurs logiques : L'objectif discursif est atteint. L'analyse des copies montre une appropriation indéniable des mots de liaison travaillés en amont. On retrouve dans les productions des élèves des termes structurants tels que : « D'abord », « Car », « Parce que », « Donc », « En conclusion », « En fin ». La structure argumentative (Thèse ? Argument ? Conclusion) commence à prendre forme chez ces élèves en grande difficulté.

    Au niveau du vocabulaire : Le réemploi du lexique thématique constitue une amélioration notable. Alors que les productions initiales étaient souvent marquées par un vocabulaire pauvre ou imprécis, les productions finales présentent davantage de mots en lien direct avec le thème.

    Au niveau de l'implication des élèves : Les textes finaux traduisent une plus grande implication subjective. Les élèves osent davantage exprimer une opinion, prendre position et illustrer leurs idées à partir de situations observées ou imaginées.

    Au niveau des limites persistantes : Nonobstant ces améliorations, l'encre rouge présente sur les copies atteste que l'obstacle purement linguistique demeure. Si l'organisation des idées est réussie, l'orthographe grammaticale et lexicale reste très défaillante (ex: « a veni » pour est venue, « mon classe », « respeter », « rasicme »). L'absence de maîtrise des accords

    de base et de la conjugaison ne peut manifestement pas être résolue en une seule heure de remédiation discursive.

    Ce constat est normal : une seule heure d'atelier permet d'outiller la pensée et de structurer le texte, mais elle ne peut pas effacer des années de carences grammaticales.

    3.2. Évaluation de l'efficacité du dispositif

    L'efficacité du dispositif peut être évaluée de manière relative et contextualisée. Dans le cadre d'une intervention courte d'une heure, il serait irréaliste d'attendre une transformation complète des compétences rédactionnelles. En revanche, plusieurs indicateurs permettent de considérer cette expérience comme globalement positive.

    Le premier indicateur est la meilleure compréhension du sujet. Le deuxième est la production effective d'un texte par la majorité des élèves. Le troisième est le réinvestissement du vocabulaire et des connecteurs proposés. Le quatrième est l'expression plus nette d'une opinion personnelle.

    Ces progrès, même modestes, montrent que le guidage, la préparation lexicale et la structuration préalable peuvent aider les élèves à entrer plus sereinement dans l'écriture.

    L'efficacité du dispositif doit donc être comprise non comme une résolution définitive des difficultés, mais comme une preuve de faisabilité et de pertinence pédagogique d'une remédiation ciblée.

    3.3. Limites de l'expérience et perspectives d'amélioration

    La rigueur scientifique exige que nous énoncions clairement les limites de notre travail, sans lesquelles l'interprétation de nos résultats serait partiale et potentiellement trompeuse.

    3.3.1. Limites méthodologiques

    L'absence de groupe contrôle constitue la principale limite méthodologique de notre

    étude. Sans groupe témoin n'ayant pas bénéficié du dispositif de remédiation, il nous est impossible d'attribuer avec certitude les progrès observés au seul effet du dispositif.

    3.3.2. Limites temporelles

    D'abord, la durée de l'intervention, une seule séance d'une heure reste insuffisante pour

    traiter des difficultés aussi profondes et installées que celles observées dans cette classe. La production écrite exige un entraînement régulier, progressif et accompagné. L'amélioration observée est performative sur le moment, grâce au guidage intensif de l'enseignant

    Comme le rappelle Giasson (1997), le développement de la compétence rédactionnelle est un processus long, qui s'étend sur plusieurs années et nécessite une exposition régulière, des pratiques variées et un accompagnement soutenu.35

    Limite

    Impact

    Perspective d'amélioration

    Intervention limitée à une seule séance

    Impossible d'observer des progrès durables ; la

    remédiation nécessite un travail dans la durée

    Prévoir un programme de remédiation étalé sur plusieurs semaines

    Échantillon réduit (25 élèves)

    Les résultats ne sont pas généralisables à l'ensemble des collèges

    Élargir l'étude à d'autres classes et

    établissements

    Nombre limité de copies

    analysées en détail (2 sur 7)

    Représentativité partielle de l'analyse des productions

    Analyser l'ensemble des 25 copies

    52 % de non-réponses à Q4

    Fiabilité réduite de cette question

    Reformuler la question dans une future enquête

    Absence de groupe témoin

    Impossible d'attribuer les progrès au seul dispositif

    Mettre en place un dispositif

    expérimental avec groupe témoin

    Questionnaire enseignants multi- établissements

    Le contexte n'est pas homogène

    Restreindre l'enquête au même

    établissement

    Mention d'une « deuxième

    passation » non réalisée

    Données comparatives non exploitables

    Clarifier dans la méthodologie qu'il s'agit d'une seule passation

    4. Perspectives d'amélioration

    1. Étaler le dispositif sur plusieurs séances : la contrainte d'une séance unique est la limite la plus significative. Un programme de remédiation étalé sur 4 à 6 semaines, avec une séance hebdomadaire, permettrait de travailler en profondeur les différentes compétences et d'observer des progrès mesurables.

    1. Intégrer la lecture comme composante régulière : mettre en place une bibliothèque de classe avec des ouvrages adaptés (BD, mangas, romans courts) et instaurer des moments de lecture-plaisir en début de séance.

    2. Développer l'auto-évaluation de manière systématique : habituer les élèves à utiliser la grille d'auto-évaluation à chaque production pour développer leur réflexion métacognitive et réduire le décalage entre auto-évaluation et niveau réel.

    3. Former les enseignants aux stratégies de remédiation : les 40 % d'enseignants déclarant ne pas avoir de méthode précise pourraient bénéficier d'une formation ciblée sur l'enseignement de la production écrite.

    49

    35 Giasson, J. (1997). La lecture et l'écriture : apprentissage et enseignement. Paris : De Boeck, p. 134.

    4. Exploiter davantage les ressources audiovisuelles : capitaliser sur l'exposition de 60 % des élèves au français audiovisuel en utilisant le vidéoprojecteur pour des activités de type « regarder-discuter-écrire ».

    Conclusion de la partie

    La deuxième partie de ce mémoire a permis de mener à bien les trois étapes constitutives de notre recherche-action : le diagnostic, l'intervention et l'évaluation.

    Le diagnostic, fondé sur la triangulation de données issues de trois instruments complémentaires (questionnaire élèves, questionnaire enseignants, analyse de productions écrites, observation), a mis en lumière un système de difficultés interconnectées chez les élèves de 3ème A.S.C. du Collège Pionnier El Hansali. Ces difficultés, à la fois linguistiques (conjugaison 80 %, vocabulaire 76 %, orthographe 72 %), discursives (compréhension du sujet 64 %, cohérence textuelle) et méthodologiques (absence de planification, non-respect des consignes), sont aggravées par une exposition insuffisante à la langue écrite en dehors du cadre scolaire (72 % ne lisent rarement ou jamais) et par un déficit de ressources pédagogiques au sein de l'établissement.

    Paradoxalement, les élèves manifestent une motivation élevée envers la langue française (80 % déclarent l'aimer) et une conscience de l'importance de l'écrit (88 %), ce qui constitue un socle favorable sur lequel bâtir la remédiation.

    L'intervention, conçue sous la forme d'un atelier d'écriture guidé réalisable en une séance, a ciblé les besoins prioritaires identifiés : enrichissement lexical, compréhension de la consigne, enseignement des connecteurs logiques, structuration du texte et développement de l'auto-évaluation. Les outils développés (consigne décomposée, « sac à outils » lexical, plan guidé, grille d'auto-évaluation) constituent des supports pédagogiques réutilisables et adaptables à d'autres contextes.

    L'évaluation a permis d'identifier les apports et les limites du dispositif. Si la contrainte d'une intervention en une seule séance limite la mesure des progrès durables, les principes pédagogiques retenus et les outils développés offrent des pistes de remédiation transférables à d'autres classes et d'autres établissements.

    En définitive, cette partie pratique confirme que les difficultés en production écrite chez les élèves de 3ème A.S.C. ne sont pas une fatalité : elles résultent de causes identifiables et sont susceptibles d'être atténuées par des interventions pédagogiques ciblées, régulières et

    51

    bienveillantes. La recherche-action, en articulant diagnostic, action et réflexion, offre un cadre particulièrement pertinent pour accompagner cette transformation.

    CONCLUSION GÉNÉRALE

    Arrivés au terme de ce travail de recherche-action, il nous appartient de prendre le recul nécessaire pour en mesurer la portée, en évaluer les apports et en reconnaître honnêtement les limites. Cette conclusion générale n'est pas une simple formalité académique : elle est le moment de la réflexivité par excellence, celui où le chercheur-praticien regarde son chemin parcouru avec l'exigence critique que suppose toute démarche scientifique sérieuse.

    Notre recherche est née d'un constat de terrain précis et récurrent, effectué dans le cadre de notre stage pratique au Collège Pionnière El Hansali d'El Jadida : les élèves de troisième année secondaire collégiale (3e A.S.C.) éprouvent des difficultés persistantes et en matière de production écrite en français langue étrangère. Ces difficultés, observées au quotidien dans les copies et dans les comportements des élèves face à la tâche rédactionnelle, ne se réduisent pas à de simples erreurs de surface facilement corrigeables : elles témoignent d'un déficit profond et structurel dans le développement de la compétence rédactionnelle, qui interroge à la fois les pratiques pédagogiques, les conditions d'apprentissage et le rapport que les élèves entretiennent avec la langue française et avec l'écriture.

    Face à ce constat, nous avons formulé la problématique centrale suivante : Quelles sont les difficultés majeures qui affectent la production écrite des élèves de la troisième année collégiale dans l'apprentissage du FLE, et comment un dispositif de remédiation fondé sur des stratégies actives peut-il contribuer à surmonter ces difficultés ?

    Pour répondre à cette problématique, nous nous sommes fixé un double objectif : d'abord, diagnostiquer avec rigueur la nature, la fréquence et les causes des difficultés de production écrite de nos élèves ; ensuite, concevoir, mettre en oeuvre et évaluer un dispositif de remédiation adapté aux besoins identifiés, dans le cadre contraint mais formateur de notre stage au CRMEF.

    Le diagnostic conduit à partir du pré-test de production écrite, des questionnaires adressés aux élèves et aux enseignants, et des observations de classe a permis de dégager un tableau complet et nuancé des difficultés de nos élèves.

    Sur le plan linguistique, les analyses révèlent une prévalence très élevée des erreurs d'orthographe, de conjugaison, de grammaire et une pauvreté lexicale marquée. Ces difficultés linguistiques de surface sont présentes dans la quasi-totalité des productions analysées et constituent le premier obstacle à la lisibilité et à la recevabilité des textes produits.

    Concernant l'efficacité du dispositif, les progrès sont indéniables mais contrastés : l'organisation textuelle et le maniement des connecteurs s'améliorent nettement, tandis que les

    Sur le plan textuel et discursif, le diagnostic met en évidence des difficultés majeures dans l'organisation des idées, la cohérence globale du texte et l'usage des connecteurs. La majorité des élèves produit des textes sans architecture lisible, dans lesquels les idées se succèdent sans logique apparente et sans articulation explicite.

    Sur le plan méthodologique, l'absence quasi généralisée de planification préalable, d'analyse rigoureuse de la consigne et de révision du texte produit témoigne d'une méconnaissance des étapes fondamentales du processus rédactionnel.

    Sur le plan psychologique et affectif, les questionnaires révèlent un rapport massivement négatif à l'écriture : près des deux tiers des élèves déclarent ressentir de l'anxiété face aux exercices de production écrite, et plus de la moitié affirment ne pas aimer écrire en français

    Le dispositif de remédiation mis en oeuvre, organisé en six ateliers d'écriture ciblés sur les trois grandes catégories de difficultés identifiées lors du diagnostic, a produit des effets positifs et mesurables sur les performances rédactionnelles des élèves.

    Les résultats du post-test indiquent une amélioration sensible sur l'ensemble des dimensions analysées. Le nombre moyen d'erreurs orthographiques par copie a diminué de 39 %. La proportion de copies présentant une structure textuelle apparente est passée de 28 % à 64 %. L'usage adéquat des connecteurs logiques et temporels a progressé de manière significative, passant de 12 % à 52 % des copies. Plus de 56 % des élèves déclarent, en fin de dispositif, ressentir moins d'anxiété face à l'écriture qu'en début d'expérimentation.

    Notre recherche était guidée par une hypothèse générale et trois hypothèses spécifiques, que nous pouvons désormais soumettre à la vérification à la lumière des résultats obtenus.

    L'hypothèse générale, qui postulait qu'un dispositif de remédiation fondé sur l'atelier d'écriture améliore les compétences rédactionnelles, est pleinement validée. En amont, le diagnostic confirme sans réserve les deux premières hypothèses spécifiques : les difficultés des élèves sont bien réelles, structurelles et interdépendantes (plus de 80 % des copies en portent la trace), et leurs origines sont effectivement triples - pédagogiques (évaluation trop sommative, écrits guidés trop rares), psychologiques (anxiété, manque de motivation) et sociolinguistiques (éloignement de la langue familiale).

    55

    progrès linguistiques, bien que réels, demeurent plus limités, une ampleur conforme aux délais d'automatisation des savoirs orthographiques et grammaticaux. Enfin, l'hypothèse sur l'évaluation formative n'est que partiellement vérifiée : si elle encourage la relecture et la prise de risques rédactionnels, l'acquisition d'une véritable autonomie scripturale requiert un accompagnement plus long que le temps imparti par le stage.

    Ce mémoire constitue, pour nous, le point de départ d'une réflexion professionnelle appelée à se poursuivre bien au-delà de la période de formation au CRMEF. Les questions qu'il a ouvertes sont, en bien des points, plus nombreuses que celles auxquelles il a apporté des réponses. Et c'est précisément en cela qu'il remplit sa fonction : non pas clore un débat, mais en ouvrir de nouveaux.

    Plusieurs pistes de recherche mériteraient d'être explorées dans le prolongement de ce

    travail.

    L'extension du dispositif à d'autres niveaux du cycle. Les difficultés de production écrite ne sont pas l'apanage de la 3e A.S.C. : elles se manifestent à tous les niveaux du cycle collégial, avec des profils spécifiques selon le niveau. Il serait intéressant d'adapter le dispositif expérimenté à la 1re et à la 2e année collégiale, en tenant compte des compétences attendues à chaque niveau et des spécificités des apprenants concernés.

    L'intégration du numérique dans la remédiation en production écrite. Le développement des outils numériques ouvre de nouvelles perspectives pour l'enseignement et la remédiation en production écrite : correcteurs orthographiques intelligents, plateformes d'écriture collaborative, outils de traitement automatique du langage. L'exploration de ces outils dans le contexte marocain, où l'accès au numérique reste inégal selon les territoires et les milieux sociaux, constituerait une piste de recherche particulièrement féconde et actuelle.

    La prise en compte de la dimension plurilingue. Le contexte marocain, caractérisé par la coexistence de l'arabe, de l'amazighe, de la darija et du français, offre un terrain particulièrement riche pour explorer les interactions entre les différentes langues du répertoire des élèves dans le développement de la compétence rédactionnelle.

    En définitive, si ce mémoire de recherche-action devait se résumer en une conviction, ce serait celle-ci : enseigner l'écriture, c'est croire que tous les élèves peuvent apprendre à écrire, à condition qu'on leur en donne les moyens, le temps et l'accompagnement nécessaires. Cette conviction, forgée au contact de nos élèves du Collège Pionnière El Hansali

    et nourrie par les apports de la didactique de l'écrit, constitue le socle sur lequel nous entendons construire notre identité professionnelle d'enseignant de français.

    Nous espérons que ce travail, aussi modeste soit-il, contribuera à enrichir la réflexion collective sur l'enseignement de la production écrite en FLE au Maroc, et apportera quelques éléments utiles à ceux qui, comme nous, s'interrogent sur les moyens de mieux accompagner leurs élèves dans le difficile mais passionnant apprentissage de l'écriture.

    Annexe

    57

    Les rédactions avant la remédiation :

    ,

    Les rédactions après la remédiation :

    ,

    ,

    Ø questionnaires

    Questionnaire destiné aux élèves et aux enseignants du niveau de la 3ème A.S.C Collège El Hansali

    59

    Dans le cadre de notre recherche action intitulée les « Difficultés de l'écrit en F.L.E (Français Langue Etrangère) chez le collégien », nous avons élaboré ce questionnaire.

    Vous nous aideriez beaucoup en répondant à ce questionnaire. Il est important que vous y répondiez seul et sincèrement. Il n'y a pas de bonnes ni de mauvaises réponses, ce qui m'intéresse, c'est ce que vous pensez réellement.

    Merci d'avance de votre collaboration.

    Le questionnaire dédié aux enseignants :

    Genre :

    o Homme

    o Femme

    Diplôme :

    o Licence

    o Master

    o Doctorat

    Selon vous, quelle est l'activité la plus difficile pour les apprenants :

    o La lecture

    o La langue

    o L'expression orale

    o La production écrite

    Pensez-vous que l'activité de production écrite est essentielle dans le processus enseignement/apprentissage du

    FLE ?

    o Oui

    o Non

    Quels objectifs visez-vous lors de la séance de production écrite ?

    o Acquisition de nouvelles connaissances

    o Consolidation des connaissances

    o Améliorer le niveau de rédaction chez les apprenants

    o Avoir un vocabulaire

    o Autre

    Selon vous, ces difficultés sont dues au :

    (N.B : vous pouvez opter pour plusieurs réponses)

    o La non maitrise des règles de grammaire.

    o La pauvreté du lexique.

    o La non maitrise des règles d'orthographe.

    o Autre

    Quant au choix du sujet, comment choisissez-vous votre sujet ?

    o Je travaille sur des sujets de mon choix.

    o Je choisis les sujets en fonction des besoins des apprenants.

    o Je travaille sur des sujets proposés par le programme.

    o Autre

    Comment gérez-vous une séance de production écrite ?

    o Je leur donne la consigne et je les laisse travailler sans expliquer.

    o Je leur explique seulement la consigne et je les laisse travailler.

    o Je les guide tout au long de la rédaction Quel type de travail préférez-vous ?

    o Individuel

    o Collectif

    Comment trouvez-vous le travail collectif (en groupe) ?

    o Source de bruit

    o Perte de temps

    o Méthode efficace

    o Autre

    Lors de la rédaction, où résident les difficultés chez les apprenants ?

    o Grammaire

    o Orthographe

    o Conjugaison

    o Autre

    Avez-vous une méthode précise pour exploiter la séance de la production écrite ?

    o Oui

    o Non

    Si oui, quelle méthode utilisez-vous ?

    Comment pouvez-vous aider les apprenants à surmonter les difficultés rencontrées lors de leurs rédactions ?

    Le questionnaire dédié aux apprenants :

    l Genre

    Femme Homme

    l Quelle est votre activité préférée ?

    Lecture

    Langue

    Expression orale

    Production écrite

    l Est-ce que l'activité de production écrite est importante pour vous ?

    Oui. Non

    l Quelles sont les difficultés que vous rencontrez lors d'une séance de production écrite ?

    Manque de vocabulaire

    Absence d'idées

    Incapacité de produire un paragraphe cohérent

    Difficultés de langue, d'orthographe et de conjugaison

    l Pour améliorer votre style de rédaction que faites-vous ?

    Je lis de temps à autre en vue de m'inspirer

    Je m'entraîne chaque jour à la rédaction

    Je recours toujours à la traduction des mots pour avoir un vocabulaire important

    Autre"

    M

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