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L'ONU et la résolution des crises en Afrique centrale: le cas de la crise socio-politique centrafricaine de 2013par Alban Paul GAZELE LEMBY Université de Dschang - Master 2020 |
B- L'influence française en République CentrafricaineLa France ne peut plus prétendre à la place de grande puissance occupée solidement par les Etats-Unis. Même au plan économique, elle est largement distancée par d'autres pays notamment le Japon, l'Allemagne et la Chine. Pour Paris, l'Afrique francophone constitue, comme l'explique bien Pascal CHAIGNEAU, le prolongement géopolitique109(*) de la France en termes de clientélisme au sein de l'ONU aujourd'hui. Avant d'aborder la question de l'activisme français dans les conflits armés en République Centrafricaine, il est préalablement nécessaire d'avoir au moins l'idée générale sur la politique étrangère française. En effet, les principaux objectifs de la politique étrangère de la France établis par le général Charles de Gaulle furent entre autres le maintien de son statut de grande puissance, la défense de son indépendance nationale ainsi que la préservation d'une zone d'influence en Afrique Subsaharienne. A cet effet, les grandes lignes de sa politique ont été maintenues par ses successeurs, car ils ont voulu et veulent jusque-là préserver l'indépendance de la France en refusant l'hégémonie des superpuissances et en renforçant les liens avec ses anciennes colonies, ceci afin de disposer d'une zone d'influence lui permettant de maintenir son statut de grande puissance110(*). Par rapport aux conflits armés en République Centrafricaine, il faudrait reconnaitre qu'en dehors de la crise de 2013, la France adopte dans les autres conflits centrafricains, une stratégie consistant à rationaliser ses objectifs latents en sollicitant constamment l'action de l'ONU comme un rempart face aux convoitises des autres puissances. Ce changement de comportement se caractérise par le renoncement aux interventions armées décidées sur une base bilatérale, sans un appui diplomatique et même militaire négocié dans une arène multilatérale, principalement le Conseil de Sécurité de l'ONU. Ainsi lors du renversement de l'empereur Jean Bedel Bokassa en 1979, la France apporta son soutien divers à DAKO. Elle était l'Etat le plus engagé en faveur d'une intervention militaire en République Centrafricaine. Elle sera encore plus active lors des mutineries de 1996 et 1998. Car elle a fortement encouragé l'implication progressive des Nations Unies, de l'Union Européenne, et des acteurs africains dans les Grands Lacs et en particulier en RCA. La France devient en quelque sorte une puissance protectrice défendant les intérêts de la République Centrafricaine aux Nations Unies. Elle a initié et a pesé au Conseil de Sécurité, surtout au Comité des sanctions des Nations Unies pour condamner tous les acteurs de la crise centrafricaine. La France a tout aussi influencé la résolution sollicitant l'envoi des troupes onusiennes de la MINUSCA en Centrafrique. Cependant, il faudrait reconnaitre ces diverses actions louables de la France en vue d'éviter la violation de l'intégrité et de la souveraineté de la RCA, ne sont pas exemptes d'enjeux latents même s'ils sont presque nuls d'autant plus que dans la conception réaliste des relations internationales, seuls les intérêts motivent toute action politique. Suivant cette même conception, Albrecht Schnabel mentionne que la théorie réaliste soutient l'idée que la participation d'un pays à une opération de maintien de la paix s'effectue en fonction de ses intérêts géostratégiques et de ses préoccupations particulières en matière de politique étrangère. Les calculs des coûts et des avantages liés aux missions de paix s'effectuent par rapport à l'impact qu'elles ont sur les opinions publiques, sur le positionnement de l'Etat sur la scène internationale et ainsi qu'au prestige qu'elles rapportent. Par conséquent, plusieurs enjeux doivent être pris en compte pour comprendre l'attitude de la France face à la situation en République Centrafricaine. D'abord sur le plan géopolitique, la RCA est importante pour la construction d'un espace régional africain. La France s'articule dans un contexte régional, car cela lui offre l'opportunité de continuer d'exercer son emprise sur une région du monde qu'elle considère toujours comme sa sphère d'influence111(*). Ensuite, l'enjeu économique n'est pas non plus à négliger. La France, à travers ces actions, visent également à élargir son marché et surtout avec ses entreprises minières. Les actions françaises ont également un enjeu symbolique en tant que grande puissance qui vise, à travers sa participation aux opérations de maintien de la paix, obtenir une grande crédibilité dans le système international, mais aussi acquérir davantage d'influence au sein de l'ONU112(*). Le dernier enjeu est culturel à travers la promotion de la langue française. La France vise à sécuriser la République Centrafricaine qui est souvent combattu par les anglo-saxons pour éviter tout basculement. Ce comportement des grandes puissances au sein de l'ONU nous place au coeur de la théorie réaliste des relations internationales selon laquelle « la poursuite de l'intérêt national détermine l'action des Etats dans les organisations internationales113(*) ». C'est dans ce sens que P. De Senarclens affirme que : « les grandes puissances utilisent l'organisation en suivant leurs propres intérêts, et ne concèdent rien aux exigences de la Charte lorsque cette dernière est contrarie leurs ambitions politiques ». Cette confrontation des grandes puissances bloque le bon fonctionnement du système de sécurité collective y compris dans le contexte centrafricain. En somme, par leurs interventions aux conflits armés dans le monde et plus particulièrement en République Centrafricaine, les grandes puissances ne cherchent pas à trouver des solutions aux vrais problèmes ; mais visent particulièrement leurs intérêts respectifs. * 109 Pascal CHAIGNEAU, « La France et l'Afrique », Défense nationale, janvier 2005, p.12. * 110 Louis-Philippe DESILETS, La gestion des conflits armés en Afrique depuis la Somalie (1993-2003) jusqu'à l'opération Artémis : étude comparative des politiques canadiennes et françaises de renforcement des capacités africaines de maintien de la paix, Mémoire présenté à l'Université de Québec (Montréal), Avril 2006, p.88. * 111 Louis-Philippe DESILETS, Op.cit., p.28. * 112 Bertrand BADIE, Quand le multilatéralisme s'impose, Paris, L'arroseur arrosé, 1997, p.212. * 113 Marie-Claude SMOUTS, Les organisations internationales, Paris, A Colin, 1995, p.23. |
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