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Le pardon et la justice post conflits en Afrique. Etude comparative des dynamiques des acteurs et des institutions du dedans et du dehors (Afrique du Sud, Rwanda)

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par Alain-Roger Edou Mvelle
Université de Yaoundé 2 - DEA 2008
  

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Eléments généraux sur le sujet

La justice et le pardon sont dès lors deux modalités a priori opposées qui peuvent structurer les processus de sortie de crise dans nombre d'Etats. L'actualité de la question peut s'évaluer par un certain nombre d'indicateurs-témoins des événements marquants des relations internationales africaines. Il s'agit notamment du mandat d'arrêt lancé contre le Président Soudanais Omar el Béchir le 04 mars 2009, survenu quelques temps après l'arrestation de Rose Kabuye en Allemagne pour complicité de génocide, le 09 novembre 2008. L'inculpation de Jean Pierre Bemba11(*) et de Charles Taylor12(*) ainsi que le mandat d'arrêt lancé contre Hissène Habré13(*) témoignent de la présence de la justice internationale en Afrique. En même temps, la justice transitionnelle mise en oeuvre sous différentes formes au Rwanda, en Afrique du Sud, en République Centrafricaine ; illustre l'institutionnalisation du pardon en période post conflit.

Au vrai, le pardon apparaît comme une valeur, un principe moral, dont on ne perçoit pas dès l'abord la politisation. Une réflexion liminaire consiste donc à examiner la validité de celui-ci en tant que construit des acteurs dans un champ politique. Des questions de fonds pourront nous interpeller tout au long de notre analyse, notamment l'étendue du pardon, son opportunité, sa portée, son (ses) domaine (s), le lien entre pardon et mémoire dans les systèmes politiques africains, ses limites. Ces préoccupations sont néanmoins d'une vastitude qu'un tel projet-modeste en soi- ne saurait prétendre épuiser.

Quant à la justice, elle semble connoter une culture de responsabilité nationale et internationale, ciblée sur les individus, et forgée dès le Tribunal de Nuremberg (pour la responsabilité internationale) chargé de réprimer les criminels nazis. La justice se décline ici aux échelles nationale et internationale. Ces deux niveaux d'observation posent tous la question du lien entre la justice et le pardon. La valeur curative de cette justice pourra être évaluée à l'épreuve de la réconciliation en Afrique du Sud et au Rwanda, ainsi que l'orientation pédagogique des justices transitionnelles face aux justices ordinaires. Mais au préalable, la clarification des concepts majeurs du présent objet se révèle nécessaire.

Définition des concepts et objet de l'étude

Le pardon

Le pardon en politique « est un acte qui fait conjointement appel à la vérité morale, au refus de vengeance, à l'empathie et à la volonté de réparer des relations brisées »14(*). L'avantage de cette approche est de nous indiquer les éléments du pardon, à savoir :

- la vérité morale ;

- le refus de vengeance ;

- l'empathie ;

- le désir de réconciliation.

Toutefois, elle peut être complétée par la définition de Bole, Christiansen, et Hennemeyer : « Le pardon présuppose toujours de la part de la victime un jugement établissant qu'un tort moral lui a été objectivement infligé librement et en toute connaissance de cause, à elle-même ou à sa communauté, par un acteur responsable....le pardon implique un jugement moral quant à la réalité d'une transgression15(*). Cette dernière formulation nous informe non seulement sur les acteurs du pardon, mais également sur le caractère conscient de la douleur infligée. Une autre élaboration de ces auteurs consiste à nous dire ce que, précisément, le pardon n'est pas : « Le pardon n'est pas seulement un acte de piété personnel... le pardon n'est pas la négation de la responsabilité humaine... »16(*). Cette précision est indicative de ce qu'il y a éventuellement un pardon individuel et un pardon collectif, et que la finalité de cette action n'est pas l'impunité, mais simplement l'invite à un refus des représailles. Comme le dit d'ailleurs Baker, « le pardon n'est pas l'oubli ; c'est plutôt une certaine manière de se souvenir, c'est se souvenir sans amertume »17(*). D'où ces éléments du contre-pardon identifiés par Shriver : la vengeance, la distorsion de la mémoire, la victimisation, l'effondrement des institutions18(*). Dans les deux approches du concept (à partir de ce qu'est et ce que n'est pas le pardon), la sentimentalité est un trait marquant. Ceci traduit une certaine intimité du pardon dont l'entreprise de publicisation est loin d'être lisse.

En résumé donc, il y a une dimension éthique, politique et symbolique dans l'acte de pardonner. La rencontre entre morale, droit et politique va s'opérer au travers d'une mise en scène, d'une mise en spectacle des acteurs. Le pardon est-il opposé à la justice ?

* 11 Cinq chefs d'accusation ont en effet été retenus contre ce Sénateur et ancien vice-président de la République Démocratique du Congo le 17 juin 2009.

* 12 Ancien Président libérien dont le procès s'es ouvert à la Hayes le 4 juin 2007.

* 13 Il le fut par la Belgique en septembre 2005, en vertu de la loi de compétence universelle.

* 14 Robert T Hennemeyer, « Forgiveness in conflict resolution : Reality and Utility- The Bosnian Experience » in : Three Dimensions of Peacebuilding in Bosnia: Finding from USIP-Sponsored Research and Field Projects, Steven M. Riskin,éd, Washington, United States Institute of Peace, p.38. Ces auteurs ont en effet une conception religieuse et éthique du pardon.

* 15 William Bole, Drew Christiansen, Robert T. Hennemeyer, Le pardon en politique internationale. Un autre chemin vers la paix, Paris, Nouveaux Horizons, 2007, pp. 44-45.

* 16 Op.cit ; p.4.

* 17 Baker, in Woodstock Colloquium, Forgiveness in Conflict Resolution, Reality and Utility, The Northern Ireland Experience, P.19.

* 18 Shriver, An Ethic for Enemies: Forgiveness in Politics, New York, Oxford University Press, 1995, p.9.

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"Il faudrait pour le bonheur des états que les philosophes fussent roi ou que les rois fussent philosophes"   Platon