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Eléments pour une clinique différentielle de l'anorexie à travers le stade du miroir

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par Serafino Malaguarnera
Université Libre de Bruxelles - DEA en Sciences Psychologiques et de l'Education 2006
  

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4.4. L'anorexie au regard des psychoses

Pendant les années trente, des psychanalystes reconnaissent que les recherches basées exclusivement sur le refoulement de la pulsion orale ne peuvent rendre compte de la complexité de l'anorexie, et remarquent la présence d'états psychiques plus proches de la psychose. Par exemple, G. Nicolle54(*) pose en 1938 une distinction entre l'anorexie mentale et le refus de nourriture symptomatique de l'hystérie pour envisager l'anorexie comme une affection mentale grave plus proche d'un état pré-psychotique. A partir des années quarante, le centre des recherches se déplace sur des états psychiques plus proche de la psychose, tels que les déformations du moi. En 1944, H. Meng55(*) observe des formes de régression au cours de l'anorexie mentale qui seraient beaucoup plus proches d'un cadre psychotique que névrotique. Dans la névrose, les symptômes faisant suite à la régression sont l'expression de conflits qui laissent presque intact le moi. En revanche, dans la psychose, le moi est atteint dans sa structure primaire. D'importantes déformations du moi observées chez les anorexiques portent cet auteur à placer au centre de l'anorexie la problématique du moi et, de ce fait, à la rapprocher au domaine de la psychose.

En se basant en partie sur les travaux de M. Klein et Fairbairn, M. Selvini-Palazzoli56(*) considère l'anorexie mentale comme une forme de « psychose mono-symptomatique » qualifiée de « paranoïa intrapersonnelle ». Dans cette forme particulière de psychose, se situant à mi-chemin entre les positions schizoparanoide et dépressive,  l'image du corps serait vécue comme un persécuteur. En ayant observé une persistance de la faim chez l'anorexique jusqu'à la phase terminale, cet auteur souligne que la notion de peur de la nourriture ne serait pas au premier plan et ce qui prédominerait serait plutôt le sentiment que le corps nourri soit menaçant. Ainsi, S. Palazzoli met au centre de cette pathologie la nécessité de contrôler le corps vécu comme dangereux.

4.5. L'anorexie envisagée comme une conduite addictive

Selon Corcos57(*), la plupart des différents apports faisant suite au Symposium de Göttingen de 1965 aurait placé la problématique de l'identité au centre de l'anorexie mentale. Cette vulnérabilité de l'identité sera développée d'une manière spécifique par Ph. Jeammet58(*) dans les années nonante. Cet auteur considère l'anorexie comme une conduite défensive qui protègerait le « Moi » d'un risque de désorganisation et d'un effondrement de ses assises narcissiques. Il aborde les troubles du comportement alimentaire à travers ce qu'il appelle les aménagements de la dépendance. Il décrit la dépendance comme un jeu dialectique d'investissement et de contre-investissement entre la réalité psychique interne et la réalité externe du monde perceptivo-moteur. Elle devient problématique lorsqu'elle s'impose comme une modalité prévalente et durable au détriment d'autres modalités. Il y aurait alors un sur-investissement de la réalité perceptivo-motrice visant à protéger une réalité psychique défaillante ou menaçante sur laquelle le sujet dépendant ne peut s'appuyer. Le sujet dépendant ne disposerait pas, pour des raisons qui pourraient être diverses, d'une base suffisamment sécurisante au niveau de sa réalité interne. Cette modalité prévalente peut concerner différentes structures et organisations psychiques, et apparaître ou disparaître en fonction des variations entre la réalité psychique et externe envers laquelle l'anorexique est extrêmement sensible.

En mettant en avant la dimension addictive chez les anorexiques, Ph. Jeammet et al.59(*) ont intégré l'anorexie dans le vaste champ des toxicomanies. Ces auteurs regroupent dans la catégorie des addictions différentes conduites tels que l'alcoolisme, le tabagisme, le jeu pathologique, les troubles des conduites alimentaires (anorexie, boulimie), les surconsommations médicamenteuses, en particulier de psychotropes, mais aussi certaines conduites suicidaires et/ou de prise de risque. Ce regroupement repose sur les mêmes constatations cliniques suivantes: début à l'adolescence avec réactivation d'événements infantiles ; compulsivité avec obsessions idéatives concernant l'objet et la conduite addictive ; sentiment de manque ou de vide et impulsivité précédent le recours à l'objet addictif ; substitution d'une dépendance à l'objet humain par une dépendance à un objet externe inanimé, disponible et manipulable, etc. L'ensemble de ces conduites addictives partage la mise en oeuvre d'actes visant à détruire le corps propre, les liens et la propre capacité de penser. Le choix de l'objet addictif dépendrait à fois de l'offre, notamment les conditions socio-économiques et culturelles, et de la structure psychique du sujet. L'objet toxique n'aurait pas le même effet et il ne lui sera pas accordé la même fonction selon les différentes structures. Bien que les données cliniques des conduites addictives traduisent une problématique narcissique commune comportant des points similaires tels que des failles narcissiques et des mécanismes neurobiologiques de dépendances, ceux-ci peuvent se manifester à partir de structures psychiques différentes. Celles-ci donneront une teinte différente à la fonction accordée à l'objet toxique.

* 54 Nicolle G. «  Prepsychotic anorexia ». Proc. Roy. Soc. Med., 1938, 3, p. 1-15.

* 55 Meng H.  Psyche und Hormon. Berne : Hans Huber, 1944.

* 56 S. Palazzoli propose cette élaboration en 1963 en s'appuyant sur les travaux de M. Klein et Fairbairn. Elle maintient cette position lorsqu'elle s'oriente vers les thérapies familiales systémiques : Selvini-Palazzoli M. « La famille de l'anorexique et la famille du schizophrène. Une étude transactionnelle ». Actualité psychiatrique, 1982, 12, p. 15-25.

* 57 Corcos M. Le corps insoumis. Psychopathologie des troubles des conduits alimentaires. Paris : Dunod, 2005, p.14.

* 58 Jeammet Ph., « Vers une clinique de la dépendance. Approche psychanalytique » in Padieu U. et al. Dépendance et conduite de consommation. Questions en santé pyblique, Inercomissions Inserm. Paris : Les Editions Inserm, 1997, pp. 33-56 ; Jeammet Ph., Corcos M., Evolution des problématiques adolescentes. La dépendance et ses aménagements. Paris : Doin, 1999.

* 59 Jeammet Ph. « Vers une clinique de la dépendance. Approche psychanalytique ». in Padieu R. et al. Dépendance et conduites de consommation. Questions en santé publique. Intercomissions Inserm. Paris : Les Editions Inserm, 1997.

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"Ceux qui rêvent de jour ont conscience de bien des choses qui échappent à ceux qui rêvent de nuit"   Edgar Allan Poe