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Initiatives diplomatiques et occupation de l'espace africain. le cas du golfe de guinée (2001-2008). une approche de usages géostratégiques de la diplomatie

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par Théophile Mirabeau Nchare Nom
Université de Yaoundé II - DEA sciences politiques 2009
Dans la categorie: Droit et Sciences Politiques > Relations Internationales
  

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B- La sécurisation par la lutte contre le terrorisme et la piraterie maritime

Les puissances en projection dans le golfe de Guinée ne peuvent mieux y réaliser leurs politiques et stratégies de puissance si cette région n'est pas sécurisée. Or la mettre à l'abri de l'insécurité revient à endiguer sur l'ensemble du continent le trafic des narco-stupéfiants, les rebellions, les menaces terroristes et la criminalité maritime qui défient les capacités militaires et logistiques des Etats africains. C'est dans cette logique que les puissances qui ont des intérêts dans le continent ont initié des programmes de lutte et de renforcement des capacités africaines au maintien de la paix301(*). Toutefois, ces programmes ne sont pas aussi désintéressés qu'ils le paraissent puisqu'en assurant la sécurité des régions dans lesquelles elles tirent leurs ressources stratégiques, ces puissances assurent au préalable leur propre sécurité. En mars 2006 par exemple, le Général James Jones, commandant de l'US EUCOM résumait en ces termes l'intérêt croissant que les Etats-Unis portent au continent africain :

L'Afrique est un impératif stratégique mondial pour l'Amérique. Il importe donc de reconnaître que les questions de sécurité africaines pèseront de plus en plus sur la sécurité du territoire américain302(*).

Les pays de l'UE partent du même principe et la mise sur pied de l'EUFOR additionné au maintien des forces française en sont les illustrations. Dans le golfe de Guinée, les menaces terroristes au Nigéria, la montée de la criminalité maritime tout au long de l'année 2008 dans le delta du Niger, à Limbé et dans la presqu'île de Bakassi au Cameroun, au large de Libreville au Gabon, dans l'île de Bioko en Guinée équatoriale et en Angola ont mis en éveil tant les gouvernements des pays concernés que des grandes puissances303(*).

Les Etats-Unis en ont trouvé des arguments additionnels pour légitimer la GWAT et la création d'AFRICOM, la France et les pays de l'UE ont convoqué le fameux droit d'ingérence pour justifier leur présence militaire. Or l'analyse amène à voir que celui-ci n'est valable que si leurs intérêts sont menacés.

Au Cameroun par exemple, en septembre 2008, une cinquantaine d'individus cagoulés et bien armés ont débarqué à Limbé avec des embarcations rapides et pris d'assaut six banques du centre-ville ; opéré en toute quiétude leur forfait et repris le large après avoir mis sur le carreau un mort. L'affaire n'a intéressé que les autorités de la défense camerounaise. Cependant, au lendemain de l'attaque du navire français Bourbon Sagitta au large des côtes camerounaises dans la nuit du 30 au 31 octobre 2008 et de l'enlèvement de ses dix membres d'équipage (sept français, deux camerounais et un tunisien), le président Biya est revenu en catimini d'un séjour privé en Suisse et a reçu le 3 novembre l'ambassadeur français au Cameroun Georges Serre304(*). Avec le soutien français, il a négocié avec les Bakassi Freedom Fighters, libéré les dix otages et les a reçu sur fond de propagande au Palais de l'Unité305(*). Le Cameroun a par la suite donné son quitus aux gouvernements français et américain de faire de leur possible pour lutter contre ces ``assaillants''306(*). Le déploiement des forces navales étrangères dans le golfe de Guinée participe de ce fait plus à cette dynamique de sécurisation de l'exploitation pétrolière et halieutique que des Etats de la région307(*). Chaque puissance s'attache plus à assurer la sécurité de ses exploitations que des populations riveraines. La lutte contre le terrorisme et la criminalité maritime dans le golfe de Guinée relèvent donc plus des enjeux sécuritaires individuels et des moyens d'hégémonisation, d'expérimentation des stratégies de puissance que de protectorat désintéressé.

* 301 Supra, pp.49-51.

* 302 Interview paru dans defenselink.mil, «EUCOM Leader calls Africa Global Strategic Imperative», March 08, 2006, cité par Jean-Claude BESSEZ, « Africom:Mode d'emploi du nouveau cheval de Troie », op.cit., p.1.

* 303 Charles BWELE, « Golfe de Guinée : anti-piraterie ou pétrostratégie ? », op.cit., pp.1-2.

* 304 Lire Cameroon Tribune, « Prise d'otages au large de Bakassi : Paris et Yaoundé se concertent », n° 9218/5417 du mardi 4 novembre 2008, pp.1-2.

* 305 Voir l'édition de l'année 2008 de la publication de la Présidence de la République du Cameroun, L'Année du Président 2008, Stratégie Gagnante, pp.28-29.

* 306 Ibid. p.28.

* 307 Lire :

- Charles BWELE, « Golfe de Guinée : anti-piraterie ou pétrostratégie ? », op.cit., pp.1-3.

- Infos Plus Gabon, « Gabon: Les Etats-Unis protègent le Golfe de Guinée », 25 Mars 2009, http://www.infos

splusgabon.com/article.php3 ?id_article=192 consulté le 1er juillet 2009.

- Denis NKWEBO, « Pourquoi la marine américaine manoeuvre dans le golfe de Guinée ? », op.cit.

- Raphaël MVOGO, « Golfe de Guinée : Paris et Washington envoient des navires pour assurer la sécurité stratégique et énergétique », op.cit.

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