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Les conditions d'accès à  l'emploi des jeunes diplômés bac plus deux et plus des zones urbaines sensibles de l'agglomération nantaise

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par Jean-Baptiste DROUET
UFR de Sociologie de Nantes - DESS 2005
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Sociologie
  

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UNIVERSITE DE NANTES

UFR de Sociologie

DESS Expertise et Diagnostic Social

Les conditions d'accès à l'

emploi des jeunes

diplômés bac plus deux et plus des Zones

l'

Urbaines Sensibles de agglomération nantaise

Présenté par : Jean-Baptiste DROUET
Directeur de mémoire : Monsieur Stéphane BEAUD

Année universitaire
2004-2005

Mes remerciements s'adressent :

A toute l'equipe du cabinet AURES, pour m'avoir accueilli durant mon stage et
m'avoir fait beneficier de leur enseignement tout au long de cette etude.

A mon responsable de memoire, Monsieur Stephane BEAUD pour ses
conseils lors de la realisation de mon enquete.

Aux personnes rencontrees au près des dispositifs publics, et notamment
Catherine Barbier pour l'association « Un Parrain, un Emploi ».

Je remercie tout particulièrement tous les diplômés qui ont accepté de
réaliser un entretien, et qui en me parlant de leur parcours ont permis cette
etude.

Introduction 6

Présentation d'AURES : 6

Objet de l'étude et objectifs de la mission : 7

Problématique : 8

Première partie : Contextualisation de l'étude, Les caractéristiques des zones urbaines sensibles et la situation des jeunes diplômés. 10

1.1. Les caractéristiques des ZUS 10

1.2. Quelques données sur les Pays de La Loire. 13

1.2.1. Une population en baisse : 13

1.2.3. Trois habitants sur dix ont moins de 20 ans : 13

1.2.4. Un chômage massif et des emplois précaires : 13

1.3. La situation des jeunes diplômés : quartier, immigration, discrimination, emploi

14

1.3.1. L'école, un vecteur de l'assimilation : 14

1.3.2. Scolarité et éducation : 16

1.3.3. Le chômage des jeunes diplômés : 17

1.3.4. L'échec scolaire frappe lourdement les enfants issus de l'immigration : 20

1.3.5. Les discriminations et la perte du sentiment d'appartenance à la République : 21

1.3.6. Emploi et insertion professionnel : Interaction entre le quartier et l'origine ethnique : 22 Deuxième partie : La méthodologie et les difficultés de l'enquête 22

2.1. Les premiers temps de l'étude, le choix méthodologique et ses difficultés 22

2.1.1. Les principes méthodologiques : 22

2.1.2. Les difficultés des choix méthodologiques : 24

2.2 Les Résultats quantitatifs des jeunes diplômés ZUS et Hors ZUS 25

2.2.1. Le schéma de la méthodologie : 25

2.2.2. Les données chiffrées des 20 / 30 ans diplômés bac + 2 vivants dans les ZUS et hors
ZUS :
26

2.3. Les difficultés de l'identification des jeunes diplômés et les premiers constats sur l'accessibilitédifférentielle à l'emploi. 29

2.3.1. La méthode d'identification : 29

2.3.2. L'échantillon et l'objectif des entretiens : 30

2.3.3 Les difficultés rencontrées dans la progression de l'étude et lors de l'enquête qualitative :

32

2.3.4. La grille d'entretien et les difficultés liées aux entretiens : 34

Troisième partie : L'enquête qualitative au près des acteurs des dispositifs publics et des jeunes diplômés 37

3.1. Les entretiens auprès des dispositifs publics 37

3.1.1. L'association « un parrain, un emploi » : 37

3.1.2. La Mission Locale : 42

3.1.3. L'Observatoire de La Vie Etudiante : 45

3.1.4. Entretien « Challenge Emploi ». Mme DROUET et Mr MARAIS 48

Cadre de l'action : 48

3.1.5. Entretien réalisé au lycée Albert Camus avec monsieur Le Grand coordinateur du lycée

Albert Camus: 50

3.2. L'enquête qualitative au près des jeunes diplômés 52

3.2.1. Capital social, logiques de distinction et d'identités, logiques de la discrimination et de

l'employabilité : 53

3.2.2. L'hypothèse d'un idéal type : 56

3.2.3. La perception des jeunes diplômés vis-à-vis du marché du travail : un frein pour tous : 56

- La conjoncture du marché vu comme un frein : 56

- Le manque d'expérience : 57

- La perception négative sur les dispositifs publics : 58

- L'utilisation des ressources externes 60

- Les stratégies de recherche 62

3.2.4. La filière d'étude structure le jeune diplômé : 62

- Le choix du parcours universitaire comme moyen d'émancipation pour les filles issue de

l'immigration 62

- Le choix des études, la distinction entre le BTS et l'université 65

- L'employabilité, la valeur et l'utilisation du diplôme 66

- Un moyen de rompre avec la logique du quartier et la stigmatisation (famille, groupe de pairs, et

crise identitaire). 68

3.2.5. L'environnement familial et l'environnement quartier : 71

- Le rapport à la famille : un soutien ou un frein ? L'incidence sur l'autonomie et la mobilité 71

- La sociabilité et le rapport aux autres (la famille, les amis). 73

- Un milieu social familial modeste en ZUS ; le diplôme, la fierté des parents, un moyen de ne pas
reproduire le même schéma et de sortir de la précarité. 75

- Le profil psychologique et les trajectoires de vie : des profils plus fragiles en ZUS 76

3.2.6. La question de la discrimination : 81

- Des éléments objectifs à travers les discours 81

- La discrimination et la question du quartier, l'incidence du groupe de pairs. 82

- La distinction entre les filles et les garçons : combativité et victimisation, contournement ou « faire avec » 83

- Les pays étrangers européens vus comme une solution face à la discrimination pour les garçons issus
de l'immigration. 84

- La discrimination et la logique de distinction sociale 85

Quatrième partie ; retranscription d'entretiens 86

Conclusion 115

Bibliographie 118

Introduction

Présentation d'AURES :

AURES est un cabinet d'études en Sciences Sociales qui intervient comme conseil en conduite des politiques publiques. Cette coopérative est au service des Collectivités Locales et Territoriales, de l'Etat ; des établissements publics ou parapublics (CAF, organismes HLM) et des organismes d'utilité publique (fondations, associations).

Elle mène des activités de recherche et d'évaluation, avec une implication dans les dispositifs opérationnels.

Son approche est à la fois transversale afin de répondre aux exigences de cohérence de l'action publique tant en regard des politiques thématiques que sectorielles, territoriale afin de permettre une articulation des échelles d'analyse et d'intervention par l'adaptation territoriale des politiques nationales et la territorialisation des politiques publiques locales, productive de changement en réalisant les adaptations nécessaires à l'évolution des contextes sociaux, politiques et économiques et en s'appuyant sur une lecture de la réalité et une analyse de la pertinence des systèmes, l'articulation entre l'amont et l'aval des processus de décision.

Elle effectue des études diagnostic pour comprendre une situation, analyser un problème et appréhender sous ses différentes facettes une réalité complexe. Elle aide à la décision et à la mise en oeuvre des projets par le conseil à la maîtrise d'ouvrage, à l'évaluation en dégageant le sens des politiques menées et en infléchissant ses orientations dans une perspective d'amélioration de l'action publique.

Son domaine d'intervention couvre différents types de politiques :

Les politiques urbaines, plus particulièrement au travers de l'analyse de la cohésion sociale. Les politiques de l'habitat et du logement, plus particulièrement au travers de leur volet social. Les politiques de la Ville et du développement social urbain.

Les politiques sociales.

Les politiques de développement et de gestion territoriale, plus particulièrement sur l'approche transversale.

Les politiques publiques en matière d'implication citoyenne et de démocratie locale.

Objet de l'étude et objectifs de la mission :

La préfecture de Loire-Atlantique confie à la coopérative conseil AURES, une étude sur « les conditions d'accès à l'emploi des jeunes diplômés bac plus deux et plus, résidant des Zones Urbaines Sensibles de l'agglomération nantaise ». L'objectif est de mieux appréhender la situation des jeunes diplômés de l'enseignement supérieur de ces quartiers prioritaires vis-à-vis de l'emploi, pour pouvoir, d'une part, améliorer leur insertion professionnelle, et d'autre part lutter contre les discriminations (géographique, raciale, sexiste) auxquelles cette population peut se trouver confrontée.

Cette étude doit également permettre, grâce à une mobilisation des acteurs du service public de l'emploi au niveau local, l'élaboration de réponses adaptées aux problèmes posés, en développant de nouvelles pratiques partenariales et en mettant en oeuvre des actions spécifiques en direction de ces jeunes diplômés des Zones Urbaines Sensibles.

La coopérative conseil «AURES» s'engage à mener une étude sur les conditions d'accès à l'emploi des jeunes diplômés bac + 2 et plus des zones urbaines sensibles de l'agglomération nantaise, à partir de l'analyse de leur situation vis-à-vis de l'emploi.

Dans un premier temps, il s'agit d'élaborer un cadrage statistique de l'étude. Cette première phase concerne l'analyse statistique des données disponibles ayant trait au sujet de l'étude auprès de diverses sources d'informations permettant de cerner le contexte de la mission et le phénomène des ZUS, (L'INSEE, L'Observatoire National des ZUS...). Ainsi que l'utilisation des résultats d'études ou de données existantes déjà exploitées par ailleurs (l'enquête Génération 98 du CEREQ, le Rectorat, le Plan Local pour l'Emploi ...). Il s'agit aussi de déterminer les filières pour lesquelles on pourra faire l'échantillonnage et l'enquête qualitative. Le choix de filières distinctes est fait avec la préoccupation du respect de l'équilibre entre les sexes au sein des filières elles même ou entre les filières retenues.

La deuxième phase de l'étude consiste à analyser les phénomènes de discrimination à partir d'un croisement d'information. Entre une analyse générale du contexte local sur la question de l'accès à l'emploi (comparaison de la situation des ZUS au plan local par rapport à ce que l'on observe à l'échelle nationale), une analyse quantitative à l'échelle de trois filières significatives de formation qui cherchera à établir la réalité des écarts produits quant à l'accès à l'emploi entre les jeunes résidents des ZUS et les autres, une analyse qualitative qui croisera trois sources d'information distinctes (jeunes/acteurs du service public de l'emploi / entreprises). Ceci afin de comprendre les leviers et les freins au processus de discrimination à l'oeuvre dans l'accès au marché du travail pour les jeunes diplômés des ZUS.

Cette seconde phase se résume donc en trois étapes principales :

Le diagnostic quantitatif (la recherche et l'identification d'un échantillonnage de jeunes sur chaque filière diplômante).

L'enquête qualitative auprès des jeunes diplômés avec la réalisation d'une soixantaine d'entretiens.

L'étude, au-delà de ce mémoire doit se poursuivre par une enquête auprès des acteurs du service public de l'emploi et des entreprises (une vingtaine d'entretiens individuels ou collectifs).

Les entretiens réalisés auprès de ces trois groupes (jeunes diplômés / acteurs du service public de l'emploi / entreprises) seront mis en perspective entre eux.

L'étude pourra déboucher sur une mise en débat des résultats et des préconisations au cours d'un séminaire où se retrouveront des acteurs du service public de l'emploi afin de contribuer à la construction d'une culture commune sur la question des discriminations.

Problématique :

Les effets de la ségrégation socio-spatiale sur l'accès à l'emploi ne sont plus à démontrer. C'est ainsi que les éléments-statistiques produits à l'échelle des ZUS et agrégés par l'observatoire créé au sein de la DIV mettent en exergue le fait que 20 % de la population des ZUS soit au chômage, soit le double du taux de chômage national, constat en partie redondant avec le fait que le taux de chômage ait été l'un des critères de détermination de ce zonage.

La surdétermination du lieu d'habitat est patente en ce qui concerne les jeunes de 15 à 29 ans que le chômage touche 1,6 fois plus que dans les autres unités urbaines.

Mais l'hypothèse sous jacente de la commande d'étude est que le facteur territorial, matérialisé par le lieu de résidence, a une incidence effective sur l'accès à l'emploi des jeunes diplômés bien que ceux-ci soient moins soumis à priori aux effets de localisation que l'ensemble des jeunes. « L'effet de discrimination » continuerait ainsi à jouer au détriment de « l'effet de signalement », pour reprendre les termes de Silbermann et Fournier, cette discrimination ayant un impact sur l'ensemble de la chaîne éducative, notamment au travers des représentations que les jeunes peuvent se faire d'accéder à un emploi qualifié.

Ce facteur territorial ne peut évidemment pas être isolé des autres caractéristiques des publics concernés qu'il s'agisse du statut socio professionnel des parents, de la nationalité ou du sexe. Comme le montre l'enquête « Génération 98 » du CEREQ, « le fait d'entrer sur le marché du travail avec un diplôme de l'enseignement supérieur reste fortement corrélé à l'origine sociale. Ainsi, 66 % des jeunes diplômés d'une école de commerce sont issus d'une famille dont au moins un des parents est cadre... contre 6 % pour les jeunes sortant du milieu scolaire sans aucune qualification. De même, si les jeunes nés à l'étranger ou ayant au moins leur père né à l'étranger représentent 21 % de l'échantillon, ils ne sont que 11 % à avoir un diplôme bac+2 »1.

1 Voir l'enquête du CEREQ, « Génération 98 ».

Comment, dès lors, s'articulent les déterminants territoriaux avec l'ensemble des autres déterminants ? Comment s'agencent-ils pour produire des différenciations qui peuvent prendre un caractère plus ou moins discriminatoire ? La façon à la fois la plus fondée théoriquement et la plus opératoire d'aborder la question posée par l'étude n'est pas de la réduire au repérage et à la stigmatisation des comportements individuels et collectifs mais de considérer la discrimination comme le résultat de processus au sein duquel s'agencent, sur fond de contraintes objectives, les représentations et les pratiques des acteurs.

Le premier de ces agencements est celui qui peut être représenté par la triangulation entre la personne, jeune diplômé, concernée, l'employeur et les intermédiaires (professionnels du service public de l'emploi dont l'importance est caractéristique du système français et agences privées). L'attitude de l'employeur est influencée à la fois par un certain nombre d'a priori, de stéréotypes, par les contraintes que représentent les réactions des clients ou du personnel en place, par la méconnaissance des compétences ou encore par la recherche de l'efficience. La tentation du recruteur de céder à la discrimination ne vient pas d'un goût pour celle-ci, comme le supposait Becker, mais plutôt de son souci d'économiser le temps et l'énergie que peut requérir une décision pleinement informée, et prise au regard de critères pertinents.

D'un autre côté, l'attitude des intermédiaires, fortement mobilisés par les jeunes qui disposent le moins de ressources familiales, est influencée par l'anticipation vis-à-vis des critères de recrutement.

Enfin, du troisième coté, l'attitude du jeune est marquée par l'intériorisation du fait discriminatoire et la dévalorisation de son capital social.

C'est au sein de cet agencement que les origines sociales et géographiques vont pouvoir interagir pour générer des effets de différenciation d'accès à l'emploi entre jeunes plus ou moins importants.

Un deuxième agencement est lié au territoire, non appréhendé comme une simple localisation mais comme un lieu d'inscription de réseaux sociaux que les individus mobilisent de façons différenciées : « l'effet de territoire ne tiendrait pas seulement à des facteurs économiques ou géographiques mais aussi au fonctionnement de la société locale, dans lequel, pour reprendre le terme de la Sociologie des réseaux (Granovetter 1973), « les liens forts » (familiaux) et « les liens faibles » (scolaires, amicaux, professionnels) se combinent pour apporter aux jeunes une plus ou moins bonne connaissance du marché du travail (offres existantes et modalité d'accès à celles ci, exigences et attentes des employeurs) et, donc, une plus ou moins forte capacité de construction d'une image de soi et d'élaboration d'une stratégie de recherche d'emploi. Réciproquement, ces réseaux sociaux fonctionnent pour les employeurs comme des systèmes plus ou moins efficients, sinon de recommandation, tout au moins de « signalement » ; le réseau social est alors un mode de réduction du coût de recherche d'information qui apporte aux employeurs une information fiable sur les compétences disponibles ». Cet agencement relie le milieu familial, les relations extra familiales et

l'établissement scolaire, lieu de la formation supérieure. Chacun de ces pôles peut représenter une ressource ou un handicap vis-à-vis de l'accès à l'emploi et être plus ou moins mobilisé ou supportés par les jeunes diplômés.

C'est à partir de l'analyse de ces agencements et de leur plus ou moins grande imbrication ou synergie que nous pourrons déterminer les éléments sur lesquels il est possible de jouer pour réduire les phénomènes de discrimination, essayer de trouver les réponses adaptées aux phénomènes posés.

Une telle analyse nécessite une approche très qualitative des processus qui peuvent amener un jeune diplômé à accéder à l'emploi et à réussir son insertion professionnelle ou, au contraire, à se replier, décrocher ou se déqualifier. L'analyse statistique, déjà utilisée dans de nombreux sites a montré ses limites et ne peut répondre aux objectifs suffisamment ambitieux de la commande.

Pour cette raison, la méthodologie doit garantir une efficacité démonstrative et un aboutissement opérationnel.

Il s'agit en effet de travailler sur une même base de population pour conduire une analyse à la fois quantitative et qualitative, cette base étant déterminée à partir de filières de formation qualifiantes.

Les entretiens réalisés auprès des jeunes diplômés seront mis en perspective, par la suite, avec ceux réalisés auprès des employeurs et des intermédiaires de façon à dégager, d'une part les processus différenciés d'accès à l'emploi, d'autre part les systèmes locaux au sein desquels ils se mettent en oeuvre et qui les influencent directement.

C'est à partir de cette analyse contextuée que pourront être dégagées des pistes d'intervention adaptées aux différents types de discrimination et aux systèmes d'acteurs qui les génèrent ou les rendent possibles.

Première partie : Contextualisation de l'étude, Les
caractéristiques des zones urbaines sensibles et la situation des jeunes diplômés.

1.1. Les caractéristiques des ZUS

Pour comprendre la problématique de l'étude, la méthodologie et les hypothèses qui seront soulevée lors de l'enquête qualitative ; il faut se pencher sur la contextualisation de l'étude et comprendre ce que sont les zones urbaines sensibles. On appelle ZUS les zones urbaines sensibles, les caractéristiques des ZUS sont liées au national et au dynamisme de leur agglomération. La ZUS en tant que « territoire marginalisé » doit être comprise en fonction de l'environnement social, économique et urbain. Il existe

un lien entre « un territoire en difficulté » et l'unité urbaine dont il dépend. Pour comprendre certains phénomènes à l'échelle d'une agglomération, il faut établir une distinction entre ce qui est local et ce qui relève de tendances lourdes, et comprendre au niveau national les écarts de développement social, économique et urbain des ZUS par rapport au monde urbain.

Par exemple, 56 % des ZUS sont dans les villes de banlieue, mais le reste dans des villes centre ; c'est le cas des ZUS de la ville de Nantes (Dervallières, Bellevue, Château Mahaudières...). Il faut comprendre la réalité urbaine des différentes régions et l'impact de la répartition des ZUS sur le territoire national. En France métropolitaine, on dénombre 4 462 851 habitants en ZUS, répartis en 751 quartiers, soit 8 % de la population nationale, 10,2 % de la population nationale urbaine. La population moyenne par ZUS est de 6224 habitants. La population varie d'une ZUS à l'autre, de 333 habitants à 50 553 habitants (Centre Nord Marseille). La population en ZUS est plus jeune que la tendance nationale, même si l'écart a tendance à diminuer. Si on remarque une baisse de la population étrangère, elle reste sur représentée. On compte en 1999, environ 820 000 immigrés (personnes vivant en France nées étrangères à l'étranger) en ZUS, soit 19 % de la population immigrée vivant en France et 18,3 % de la population des ZUS. (Algérie : 21,5 % ; Maroc : 20,1 %). Il ne faut pas penser que les quartiers sont tous également touchés par le chômage. En 1999, le taux de chômage varie largement d'une ZUS à l'autre autour du taux moyen de 25,4 %. Les études de quartier sur les couches populaires et immigrées témoignent d'une crise d'identité. En France, l'attention pour les quartiers d'habitat social a été renouvelée depuis une vingtaine d'années par le repérage par les pouvoirs publics de « quartiers difficiles » nécessitant une présence plus forte des services publics : chômage important, fort taux de population étrangère et de jeunes.

François DUBET et Claude LAPEYRONNIE, dans leur ouvrage, « les quartiers d'exil » (1992) pensent que ces quartiers correspondent à une société décomposée, liée au déclin du mouvement ouvrier et à la fin des solidarités de classes Ils associent ce type d'espace urbain à un sentiment d'exclusion : ces quartiers relégués deviennent des zones de non-droit ; (thèse fortement discutée). D'autres auteurs ne constatent pas de situation d'anomie. Selon eux, l'écart de normes entre générations provient surtout de la désintégration du monde et de la culture « ouvrière » dans la mesure où cette culture se trouve dans l'impossibilité d'imposer ses valeurs et d'en rétribuer la conformité.

En définitive, la notion même de « quartiers difficiles », si elle exprime le sentiment de relégation des couches populaires, est à manier avec précaution. Même si des souffrances réelles existent dans ces espaces, les variables statistiques définissant ces secteurs (pourcentage de jeunes, de chômeurs, d'étrangers, de familles monoparentales...) renvoient à des critères qui effraient plus les responsables publics que les populations qui y vivent.

2

ZUS

Ensemble des agglomérations

comprenant une ZUS

Part des familles monoparentales.

18,6 %

12,4 %

Part des ménages de 6 personnes ou plus.

7,5 %

3,1%

Part des Moins de 25 ans.

43 %

34,7 %

Part des ménages dont la personne de

référence est de nationalité étrangère.

15,8 %

8,1 %

Part des ménages dont la personne de

référence est de nationalité ouvrier-employé.

50,6 %

33,2 %

Part des 15-24 ans poursuivant leurs études.

52,8 %

60,9 %

Part des non-diplômés parmi les 15-24 ans ayant achevé leurs études.

36,7 %

27,3 %

Taux de chômage.

18,9 %

11,6 %

Part de logements HLM.

62 %

22 %

Certaines caractéristiques se retrouvent pratiquement dans toutes les ZUS3 . La population est relativement jeune, le taux de chômage est élevé, et on remarque une présence plus importante de familles immigrées ainsi que de nombreuses familles monoparentales.

Concernant la scolarité et l'emploi, les ZUS sont marquées par un faible niveau de formation, et une basse qualification professionnelle.

Généralement les quartiers ZUS ont un aspect physique dégradé, des immeubles que l'on nomme aussi « barres ». Cela Joue sur un effet de « marquage » de l'ensemble du quartier, et une « spirale stigmatisante » : absence d'emploi, image dégradée du quartier, mise à l'écart des jeunes de ce quartier quand des possibilités d'emplois apparaissent.

L'implantation dans le quartier est plutôt ancienne, la majorité des familles habitent le quartier depuis plus de dix ans. Ce point sera abordé lors des entretiens avec les jeunes des quartiers nantais pour comprendre les logiques d'attachement au quartier et l'identité au quartier. Les jeunes dont le père est étranger sont encore plus enracinés au quartier. Paradoxalement, une majorité de personnes est

2 M F Golberger, Ph Choffel, JC Letoqueux. Les ZUS, INSEE Première, avril 98.

3 Étude : insertion professionnelle et effets de quartier. CREDOC. Patrick DUBECHOT, Isabelle GROC. Département « Evaluation des politiques Sociales ».

satisfaite de son quartier : Le cadre de vie apparaît satisfaisant du fait notamment de la sociabilité, on reste attaché au quartier et on ne veut pas le quitter parce qu'on connaît tout le monde. Le quartier opère un côté rassurant parce qu'il favorise la reconnaissance sociale.

1.2. Quelques données sur les Pays de La Loire. 4

1.2.1. Une population en baisse :

En 1999, on dénombre 29 ZUS en Pays de La Loire, soit 161000 habitants. Si la population de ces quartiers a diminué, le chômage a augmenté et concerne plus d'un actif sur quatre. La précarité progresse également : près de trois habitants sur dix vivent dans un ménage pauvre. La diminution du nombre des quartiers sensibles est conséquente : 6 % en neuf ans alors que la population des unités urbaines a augmenté de près de 5 %. Les départs nets d'habitants traduisent les difficultés que connaissent ces quartiers défavorisés. Ce phénomène est général, la population de l'ensemble des ZUS de la France métropolitaine a diminué de 5 %. L'ampleur des départs est variable selon les ZUS.

1.2.3. Trois habitants sur dix ont moins de 20 ans :

La population des quartiers sensibles est relativement jeune, 3 habitants sur 10 ont moins de 20 ans contre un quart pour les agglomérations concernées5. En 1990, les proportions étaient respectivement de 33 % et de 27 %. Dans certaines ZUS, les Dervallières ou Malakoff à Nantes, la proportion de jeunes dépasse 35 %. Inversement, la part de la population âgée de 60 ans ou plus (16 %) est plus faible que la moyenne des agglomérations (20 %). La population des ZUS vieillit, moins rapidement toutefois, que celle des agglomérations ou des Pays de La Loire. La part élevée de personnes d'origine étrangère est également une caractéristique de ces quartiers. Un habitant sur 12 est étranger, trois fois plus que dans l'ensemble des agglomérations. Cette proportion est en diminution par rapport à 1990 (10 %), mais les Français par acquisition sont plus nombreux. La concentration de la population étrangère dans les ZUS continue d'être d'actualité.

1.2.4. Un chômage massif et des emplois précaires :

Des études récentes ont largement mis en évidence les difficultés rencontrées en France par les jeunes
issus de l'immigration et en particulier maghrébine, à l'entrée sur le marché du travail (Dayan et alii,
1996 ; Viprey et Deroche, 2000 ; Silberman et Fournier, 1999). Il ressort en particulier de ces travaux

4 INSEE, Pays de La Loire, référence n°34, juin 2001.

5 Les huit agglomérations concernées : Nantes, St Nazaire, Angers, Le Mans, La Roche-sur-Yon, Laval, Cholet, Saumur.

une exposition au chômage et à la précarité de l'emploi pour ces jeunes plus importante que pour les autres, à attributs scolaires et sociodémographiques comparables. Les ZUS se caractérisent également par un chômage massif. En 1999, plus d'un actif sur quatre (27 % exactement)6 se déclarait au chômage, proportion double de celle des huit agglomérations concernées en Pays de La Loire. En 1990, les taux de chômage dans les ZUS étaient déjà deux fois supérieurs à la moyenne des agglomérations. En 9 ans, le nombre d'actifs a diminué de 5 % et celui des chômeurs a augmenté de 14 %. Le taux de chômage des femmes dépasse 30 % voire 40 % aux Dervallières ou à Malakoff. Quatre jeunes actifs sur dix sont au chômage, contre trois sur 10 en 90.

Le risque de chômage pour les jeunes est lié à la faiblesse des diplômes. Parmi les jeunes de moins de 25 ans qui ont quitté le système scolaire, 30 % n'ont aucun diplôme et moins d'un quart ont le Bac (pour la moitié d'entre eux un Bac professionnel).

Un quart seulement des 20-24 ans poursuit ses études (contre 55 % pour l'ensemble des 20-24 ans des agglomérations).

L'autre indice d'une situation défavorable sur le marché du travail est l'importance des emplois peu stables. Un salarié sur quatre travaille sous contrat à durée limitée (intérim ou CDD), ou occupe un emploi aidé. Cette proportion est de 17 % pour les salariés résidants dans les huit agglomérations concernées. Cette précarité de l'emploi induit une insuffisance de ressources monétaires et les prestations sociales sont nécessaires pour vivre.

Durant la décennie 1990, la précarité n'a pas diminué dans les ZUS des Pays de La Loire ; elle aurait même progressé dans certains quartiers. La population a certes baissé, mais le chômage a augmenté, entraînant une croissance de la pauvreté.

Un indicateur important à prendre peut être pris en compte : la comparaison du taux de chômage d'une ZUS (regarder le taux de chômage à Bellevue, ou aux Dervallières) avec le taux de chômage de l'agglomération qui englobe la ZUS (le taux de chômage à Nantes). Une liaison significative peut ainsi être mise en évidence.

1.3. La situation des jeunes diplômés : quartier, immigration, discrimination, emploi

1.3.1. L'école, un vecteur de l'assimilation :

La formation générale est susceptible de modifier la relation au marché du travail des jeunes issus d
l'immigration, vis-à-vis de la génération antérieure. L'école s'avère un vecteur essentiel de
l'assimilation, en tant qu'instrument de diffusion de la culture du groupe dominant, de différenciation

6 Le taux de chômage des ZUS au niveau national est très proche (25,4 %), même si celui-ci varie largement d'une ZUS à l'autre.

et de hiérarchisation des cultures. Elle contribue, du moins, à rapprocher les chances de réussite entre les filles et les garçons. Les filles en tire souvent un bénéfice plus important, dans la mesure où elles y voient la seule issue possible à une condition qui les assigne par avance à la sphère domestique. Toutefois, l'analyse des trajectoires professionnelles révèle que les conditions d'entrée dans la vie active diffèrent fortement selon le sexe, y compris à niveau de diplôme identique.

L'école contribue, en tout cas, à apporter des représentations différentes de celles qui sont véhiculées au sein de la famille. Elle contribue largement à la construction de modèle d'identification.

Mais le décalage est en réalité important entre le milieu social des enseignants et celui des parents. Les connaissances distribuées (qui privilégient les domaines abstraits) sont souvent éloignées de celles qui peuvent être utiles dans la vie courante.

Par ailleurs, en contribuant à dénier la culture des parents, l'école peut mener à un échec des projets individuels. De plus, étant donné l'insuffisance des classes d'accueil ou de transition (permettant notamment le passage d'une filière vers une autre), nombreux sont les élèves qui ont atteint un niveau d'études dans l'enseignement général sans avoir les pré requis pour suivre dans certaines disciplines. L'accès à la formation est toutefois susceptible de modifier le rapport à l'emploi. L'appropriation de technologies nouvelles est ainsi devenue un enjeu pour la construction des identités professionnelles, aussi bien dans les métiers de l'industrie que dans ceux du tertiaire marqués par l'introduction de la bureautique ou de l'informatique.

Cette question est au coeur d'une transformation des rapports sociaux et ses relations avec les segmentations se révèlent complexes.

« Le fait d'être né en France ou à l'étranger, ainsi que l'âge, d'arrivée en France, semblent tout aussi importants que la provenance. Une arrivée en France tardive implique généralement une orientation peu valorisante et une durée globale des études courte. Les taux d'activité à la sortie des études sont plus homogènes parmi les jeunes nés en France. La situation est très défavorable pour les femmes arrivées en France à un âge tardif (plus de dix ans), et pour lesquelles les familles n'ont souvent manifesté aucune aspiration professionnelle. Les variables discriminantes pour l'accès à l'emploi, établies au travers de différentes enquêtes, sont le fait d'être diplômés ou non (quel que soit le type de diplôme) ; le fait d'être diplômé d'une filière professionnelle ou d'une filière d `enseignement général et le fait d'être bachelier ou non7. »

La massification de l'accès aux études survenue pendant les années1980, a par ailleurs continué à
accentuer la dérive en matière d'exigence de diplômes de la part des employeurs. La prolongation de
la scolarité dans les filières d'enseignement professionnelle n'est pas toujours le signe d'une réussite,

7 Odile MERCKLING. « Emploi, migration et genre » Des années 1950 aux années 1990 ». Logiques sociales. L `Harmattan. P 206 à 209.

car son efficacité dépend fortement des spécialités et des régions. Les jeunes issus de l'immigration restent marqués par une orientation massive vers ces filières, compte tenu de leur prolongement vers le baccalauréat professionnel. Ils connaissent une faible motivation qui résulte d'une orientation souvent non choisie, d'une inadéquation fréquente entre les formations et les emplois qu'on leur propose. Les formations qu'ils détiennent montrent cependant un déplacement par rapport aux métiers qui étaient exercés par leurs parents, même si ceux-ci constituent encore une référence : profession de la mécanique et de la maintenance industrielle, de la réparation automobile, des transports, du second oeuvre du BTP... »

Les choix professionnels sont influencés à la fois par une image sociale dévalorisée du père et la volonté de s'en démarquer, ainsi que par des mécanismes de relégation souvent liés à une localisation dans des zones urbaines défavorisées. Les difficultés d'accès aux emplois administratifs des secteurs public ou privé seraient liées à une méconnaissance des usages à adopter. L'orientation privilégiée des filles vers des secteurs liés à l'enfance ou à la santé (aides-soignantes, puéricultrices, infirmières...), ou bien vers ceux liés à l'esthétique, à la couture et à la coiffure s'appuie en revanche largement sur des pratiques développées au sein du milieu familial.

Les conditions de scolarisation se révèlent en tout cas peut articulées avec la position sur le marché du travail. Par exemple, la position des femmes algériennes sur le marché du travail est très défavorable, alors que leur position vis-à-vis de la détention de diplômes apparaît favorable. L'effet des diplômes en matière d'accès à l'emploi est nettement différencié selon le sexe enquête FQP, Formation Qualification Professionnelle, menée par l'INSEE8.

1.3.2. Scolarité et éducation :

Les indicateurs et les données chiffrées spécifiques aux jeunes issus de l'immigration sont peu nombreux ; la statistique publique est stigmatisante, voir discriminatoire pour des jeunes dont la plupart sont nés en France. Pourtant, on doit considérer le fait que même si ils sont français, ils ne sont pas à l'abri des difficultés et des discriminations liées à leurs origines.

Effectivement, il existe une combinaison de l'origine ethnique et de l'habitation en ZUS qui peut expliquer en partie les difficultés rencontrées par la population des jeunes diplômés, issus de l'immigration vivant en ZUS.

Face à la démocratisation scolaire lancée en 85, on assiste à une augmentation des jeunes vivant en ZUS à l'accès au Bac, on passe de 14,2 % en 90 à 19,6 % en 99. Cette augmentation est moins rapide que l'échelle nationale. Cependant, la prolongation des études au-delà de la scolarité obligatoire s'étend plus rapidement dans les ZUS qu'ailleurs.

8 Différentes enquêtes Formation Qualification Professionnelle ont été menées par l'INSEE en 1977, 1985, 1993, la dernière ayant porté sur un échantillon plus restreint.

La part des 15-24 ans résidant en ZUS et titulaires d'un bac ou d'un diplôme supérieur a doublé, (12,5 % en 90 à 24,6 % en 99) ; de même pour la métropole (18,8 % en 90 à 36,8 % en 99). En conséquence, l'écart s'accroît.

Les diplômés vivant en ZUS et titulaires d'un diplôme de l'enseignement supérieur constituent une minorité.

Les élèves des établissements situés en ZUS viennent en moyenne de milieux plus modestes que ceux des établissements situés hors ZUS.

Suite à la baisse moins rapide des diplômés des ZUS par rapport à l'échelle nationale et face à la remise en cause du principe d'égalité à l'école ; on assiste à un découpage géographique des « quartiers prioritaires » avec en 1981 la création des ZEP (zones d'éducation prioritaire) et en 1996, un zonage plus précis : les ZUS, ZFU, ZRU...

Involontairement se tisse un lien entre la ZUS et la ZEP, le quartier et l'école (80 % des écoles et des collèges des ZUS sont classés en ZEP). En 1990, le nombre des sans diplômés est 1,5 fois élevé dans les ZUS que dans l'ensemble des villes et en 1999, 1,8 fois plus élevé.

Même si le poids des non-diplômés à l'intérieur des ZUS diminue, 1jeune sur 4 non diplômé en 90 contre 1 jeune sur 3 en 99 ; cela s'explique par une augmentation de la population dans l'accession aux diplômes.

Il existe un croisement de l'effet « habitat en ZUS, le manque de qualification, et l'origine ethnique ». Les statistiques montrent une sur représentation du chômage et du travail précaire et sous-qualifié et un développement du chômage des jeunes diplômés issus de l'immigration.

L'espace scolaire reproduit, en les amplifiant, les principaux contrastes observés dans l'espace résidentiel.

L'espace scolaire est plus fortement structuré et ségrégé que l'espace résidentiel (il existe des discontinuités socio spatiales plus fortes, et des espaces de mixité plus rares).

En ce qui concerne les logiques d'évitement et de ségrégation, il ne faut pas oublier l'incidence de la question scolaire sur les stratégies résidentielles. Il existe une micro ségrégation interne, des différences notables entre les ZUS et les autres territoires de leur agglomération).

On constate une faible présence d'acteurs éducatifs dans l'environnement des enfants et des jeunes.

1.3.3. Le chômage des jeunes diplômés :

Il faut considérer le chômage comme un problème social. Le fait de ne pas pouvoir rentrer sur le marché du travail avec un certain niveau de diplôme peut nourrir un certain nombre de sentiments, de l'ordre du mal-être, de la déception, de l'injustice, de la colère...

Comment comprendre et analyser les trajectoires de ces jeunes diplômés ?

Ont-ils uniquement connu le chômage à la sortie du diplôme ? Il faut aussi s'intéresser aux trajectoires, c'est à travers les trajectoires que l'on peut comprendre les logiques, les processus...Qui nourrissent peut-être des formes de résistance.

Selon l'enquête « Génération 98 » du CEREQ, on dénombre, en 1998, 370 000 sorties de l'enseignement du supérieur. Sur ces sorties, 17 500 sont originaires par leurs parents du Maghreb et 16 500 d'Europe du Sud. En regardant les sorties sans diplôme au niveau du premier cycle supérieur :

46 % des jeunes ont des parents qui proviennent du Maghreb.

29 % des jeunes ont des parents qui proviennent d'Europe du Sud. 23 % des jeunes ont des parents français.

Et concernant les Etudes Supérieures :

60 % des sortants Bac+5, dont les parents sont originaires du Maghreb sont des filles contre 44 % des sortants Français « de souche ».

46,3 % des originaires du Maghreb arrêtent leurs études 1an après le Bac (validée ou non), contre 23,2 % pour les Français.

Parmi les sortants Bac+5, originaires du Maghreb, 21,3 % ont un père ouvrier contre 4,3 % pour les sortants Français.

Quand est-il de la transition des études à la vie professionnelle et des inégalités de devenir en fonction des origines ?

La détention d'un titre de l'enseignement supérieur renforce-il « l'effet de signalement » au détriment de « l'effet de discrimination ?»9.

Les diplômés vivant en ZUS, et titulaires d'un diplôme de l'enseignement supérieur constituent une minorité.

En termes de constat, plus de la moitié des jeunes originaires des pays du Maghreb inscrits dans un établissement d'enseignement supérieur n'ont jamais pu franchir le cap de la première année d'étude, alors que seulement un quart des jeunes issus de parents nés en France sont dans le même cas.

Concernant les caractéristiques sociodémographiques des étudiants de l'enseignement supérieur, les jeunes originaires du Maghreb notamment Algérie, Maroc, Tunisie, ne ressemblent pas à ceux dont les parents sont nés en France. Ils viennent de milieux sociaux plus populaires et ouvriers ; les parents sont plus affectés par une marginalisation du travail (chômage, retraite, inactivité), et les mères natives

9 R Silberman ; I Fournier, « quelle insertion pour les enfants d'immigrés » Problèmes économiques. 2631. 1999.

des pays du Maghreb connaissent une forte inactivité professionnelle (un grand nombre n'a jamais travaillé professionnellement).

Certains organismes peuvent renseigner sur l'insertion professionnelle des jeunes, sur l'emploi sous contrats aidés et sur le réseau d'accueil des jeunes10. Ainsi, l'équipe « Emploi-Insertion » à Nantes, s'occupe de renforcer l'accès à l'emploi et l'insertion professionnelle des jeunes et peut donner des informations sur les outils qui permettent de suivre l'évolution du chômage et des besoins en entreprise.

Plusieurs dispositifs publics d'insertion par le travail ont été mis en place favorisant l'arrivée en entreprise des personnes cumulant de grandes difficultés sociales.

En 2002, on assiste à une dégradation de l'emploi et à une augmentation des demandeurs d'emploi de 4,8 % en 1an, et de 6,2 % chez les moins de 25ans. C'est à partir de cette période que « les dispositifs d'accompagnement à l'emploi » se sont renforcés : le Trajet d'accès à l'emploi (TRACE).a pour objectif l'insertion durable des jeunes (il s'adresse aux jeunes les plus en difficulté), on voit se développer les permanences d'accueil, d'information et d'orientation. (PAIO), les annexes de l'ANPE, les Centre d'information et de Documentation jeunesse...

La Charte nationale des missions locales et PAIO adoptée le 12 décembre 1990, et le protocole 2000 des missions locales, signé le 20 avril 2000 ; aident les jeunes de 16 à 25ans à surmonter les difficultés qui font obstacle à leur insertion (professionnelle et sociale), il s'agit de garantir à tous un accès égal aux droits sociaux et à l'emploi en faisant reculer les pratiques discriminatoires.

D'autres organismes se créent : L'EREF (les espaces ruraux pour l'emploi et la formation), cadre des territoires ruraux de développement prioritaire et favorise l'égalité d'accès au service public, des chances en matière d'emploi et de formation, des services de proximité pour l'accueil, et une orientation en matière d'emploi et de formation. La MGI (Mission générale d'insertion de l'Education nationale) accompagne des diplômés ou non dés leur sortie du système éducatif.

Pour les jeunes, le fait d'être issu de l'immigration influe sur les possibilités de mise en oeuvre d'un projet professionnel, les difficultés d'accès au marché du travail peuvent être interprétées de plusieurs manières.

Par des données culturelles ou un éloignement des réalités de la société Française.

Par l'existence de discriminations ou bien de dispositifs spécifiques comprenant plusieurs échelons (formateurs, responsables d'associations ou d'entreprises intermédiaires, qui sont d'ailleurs souvent eux-mêmes dans la précarité).

10 ASH. Supplément au n°2303 des ASH du 21 mars 2003.

Par la configuration de réseaux sociaux et le fonctionnement de marchés locaux.

Dans la réalité, leurs ressources sont souvent faibles, qu'il s'agisse de ressources matérielles ou d'un capital social. On peut estimer que 80 % des personnes issues de l'immigration sont fils ou filles d'ouvriers au lieu de 30 % des Français par filiation ; et que 80 % ont eu des pères totalement dépourvus de diplômes au lieu de 38%11.

De plus, près des deux tiers des personnes issues de l'immigration ont eu des mères inactives, au lieu de 35 % des Français par filiation, et le nombre moyen par famille est beaucoup plus élevé.

Ainsi, par exemple, selon les données de l'enquête MGIS, les jeunes de milieux algériens vivaient dans des familles qui comprenaient en moyenne 7,6 enfants au lieu de 4,4 pour ceux de milieux portugais, de 3,9 pour ceux de milieux espagnols et de moins de deux pour les français par filiation.

1.3.4. L'échec scolaire frappe lourdement les enfants issus de l'immigration12 :

Le fractionnement social de l'espace urbain et périurbain n'est pas un phénomène nouveau. Il est aujourd'hui un facteur de profondes inégalités et de discriminations parce qu'il fait obstacle à la mobilité sociale et géographique.

Dans un document de contribution au débat sur l'éducation en date du 1er octobre 2003, le Conseil national des villes (CNV) analyse certains aspects des blocages de la politique éducative. Sous l'effet de la « captivité territoriale », et de l'isolement des quartiers, les inégalités entre territoires continueraient de s'accroître. Certains établissements scolaires se trouvent ainsi « spécialisés » sur une base souvent sociale ou ethnique, renforcée par les stratégies d'évitement des familles qui en ont la possibilité. De surcroît, l'investissement en matière éducative (modernisation des infrastructures, accompagnement extrascolaire) varie fortement d'une collectivité à une autre et dépend du niveau des ressources des communes. Le CNV voit dans l'échec scolaire, qui se traduit par le départ chaque année du système scolaire sans diplôme ni qualification de 160 000 élèves, une des causes de la violence à la fois physique et verbale qui a fait irruption à l'école.

Dans un récent rapport, le Conseil d'analyse économique (CAE) démontre que l'égalité d'accès à l'éducation et à la formation est gravement remise en cause par « le système ségrégatif urbain ». Un premier constat est rappelé : les zones d'éducation prioritaires (ZEP) coïncident à 95,5 % avec les zones urbaines sensibles (ZUS) caractérisées, notamment, par un habitat dégradé, un taux de chômage et de jeunes ayant quitté le système scolaire sans diplôme élevé et une sur représentation des familles immigrées. Le second constat est que 10 % des établissements scolaires accueillent 90 % des élèves

11 Odile MERCKLING. « Emploi, migration et genre » Des années 1950 aux années 1990 ». Logiques sociales. L `Harmattan.

12 Rapport sur la mission d'information de l'Assemblée Nationale française sur la question du port des signes religieux à l'école, « le repli communautaire : une présentation pour les jeunes en difficultés ».

issus de l'immigration. Ces derniers sont majoritaires dans les sections d'enseignement général et professionnel (SEGPA) et dans les filières d'enseignement professionnel du secondaire.

Selon le CAE, il en résulte de grandes déceptions, alors que les familles immigrées ont des attentes fortes vis-à-vis de l'enseignement. Ces déceptions peuvent conduire à divers types de réaction de la part des élèves : absentéisme, décrochage, perte d'estime de soi, perte de confiance dans la société, voire obsession identitaire.

La probabilité de sortir du système scolaire sans qualification est très liée à l'origine sociale et nationale des parents des élèves. Elle s'échelonne de 1,9 à 30,8 % entre les parents appartenant au corps enseignant et les parents inactifs en passant par 15,6 % pour les ouvriers non qualifiés. Elle est de 8,7 % pour les élèves français et de 15,1 % pour les élèves étrangers avec des variations importantes suivant les nationalités des familles, 14,8 % pour les familles originaires d'Algérie et 12,5 % pour celles originaires du Maroc, par exemple.

1.3.5. Les discriminations et la perte du sentiment d'appartenance à la République :

Ce sentiment d'exclusion est aggravé par le fait que les discriminations touchent également les jeunes d'origine maghrébine qui ont réussi leurs études.

L'intégration des jeunes Français d'origine maghrébine est en difficulté et le taux de chômage, à diplôme égal, est anormalement plus élevé parmi eux, ce qui nourrit évidemment beaucoup de frustration. En mars 2000, une étude du ministère de l'emploi révélait que le taux de chômage des actifs les plus diplômés se situait à 5 % chez les Français d'origine, à 11 % chez les Français de parents étrangers et à 20 % chez les étrangers d'origine maghrébine.

On peut citer à ce propos M. Michel Tubiana, président de la Ligue des droits de l'homme : « On peut enseigner toutes les valeurs que l'on souhaite à l'école, mais lorsqu'à sa sortie, l'on est systématiquement refusé dans les entreprises parce que votre nom n'est pas de consonance berrichonne ou autre, que cette mésaventure se reproduit au quotidien, pour trouver un appartement ou dans les rapports aux autorités publiques, vous pouvez enseigner toutes les valeurs que vous voulez à l'école, vous n'avez aucune légitimité à les enseigner, tout simplement parce qu'elles sont violées chaque jour à l'extérieur ». Selon lui la vraie question est donc celle de l'intégration.

Mme Aline Sylla, membre du Haut Conseil à l'intégration, a fait allusion au monde difficile de l'entreprise « où l'on se prend la discrimination en pleine face (...) plus ce choc est tardif, plus il est mal ressenti : on le voit avec les jeunes diplômés qui, au prix de grands efforts, sont parvenus à entrer dans le système et qui se heurtent à la discrimination quand ils se mettent à chercher du travail »

1.3.6. Emploi et insertion professionnel : Interaction entre le quartier et l'origine ethnique :

Entre l'école et l'insertion dans l'emploi, l'inactivité ou le chômage concernent une frange relativement marginale de jeunes de la tranche d'âge 15-19 ans, puis nettement plus importante à partir de 20 ans.

Un tiers de la population 20-29 ans habitant en ZUS est inactif ou au chômage, soit 12 % des effectifs se trouvant dans la même situation dans l'ensemble de la France métropolitaine.

Pour tous les niveaux de formation, allant du BEPC au BAC ou équivalent, les taux de chômage sont environ deux fois plus élevés dans les ZUS qu'au niveau national. À partir du niveau BAC+2, le handicap semble se réduire sensiblement.

Il apparaît que le rôle du niveau de formation, qui paraît similaire pour les hommes et pour les femmes dans les quartiers urbains situés hors ZUS, est en fait très différent dans les ZUS. Pour les hommes, un capital scolaire important protège moins du chômage ceux qui résident en ZUS que les habitants des autres quartiers. L'effet contraire prévaut pour les femmes.

La ZUS confère un handicap qui augmente de près de 10 % en moyenne le temps nécessaire à la sortie du chômage, par rapport à un demandeur d'emploi n'habitant pas en ZUS et présentant les mêmes caractéristiques. L'effet ZUS apparaît comme significatif.

Deuxième partie : La méthodologie et les difficultés de l'enquête

2.1. Les premiers temps de l'étude, le choix méthodologique et ses difficultés

2.1.1. Les principes méthodologiques :

La problématique de la discrimination des jeunes diplômés des ZUS sur le marché du travail pose des difficultés méthodologiques certaines.

Parmi ces difficultés, on pourra retenir :

Celle technique du repérage des jeunes concernés.

Celle plus méthodologique de la comparaison des situations entre les jeunes concernés issus de ces quartiers et ceux non originaires de la géographie prioritaire.

Celle plus systémique de la compréhension des processus même de discrimination dont ils peuvent faire l'objet.

Enfin celle plus sociologique de la détermination singulière des territoires de la géographie prioritaire dans ces processus.

Elle nous oblige par conséquent à préciser le questionnement et à faire un choix méthodologique clair qui nous permette tout à la fois d'esquisser la mesure du phénomène et d'en comprendre les principaux facteurs dynamiques.

Il y a par conséquent nécessité pour répondre le plus justement à la commande de trouver un équilibre entre une approche quantitative du phénomène et une approche qualitative, entre une représentation photographique à un temps T0 et ce qui détermine une nouvelles photographie à un temps T+1, entre le constat brut et factuel des situations repérées et identifiées et l'analyse d'un processus dont on a pu faire l'hypothèse que celui-ci est la résultante d'un système d'acteurs où chacun a sa part de responsabilité dans la situation créée. On pense en particulier :

Au public lui même qui, s'il est souvent victime de la discrimination peut également en être l'un des acteurs,

Les professionnels intervenant au titre du service public de l'emploi dont le rôle de passeur entre la formation et le marché du travail constitue un maillon important de la chaîne d'accessibilité à l'offre et ont ainsi tant en terme de diagnostic que de stratégie à l'égard de ces publics et des entreprises une implication essentielle dans les perspectives d'insertion proposées.

Et bien entendu les entreprises elles mêmes qui restent les ultimes décideurs d'un processus qui tient à la fois à leurs critères d'embauches et donc à l'existence ou non d'a priori plus ou moins fortement marqués à l'égard des sites de la géographie prioritaire, mais bien sûr aussi aux processus amonts de construction et d'élaboration de la demande d'emploi à leur égard et à la manière dont se négocie la relation aux entreprises.

La méthodologie privilégiera l'approche qualitative sur les processus de discrimination plutôt que de chercher à saisir plus quantitativement les phénomènes et ainsi tracer la photographie d'un constat sur les écarts de situation, qui en soit ne nous dira rien sur leurs fondements et les mécanismes qui les produisent.

Il apparaît plutôt nécessaire de substituer à la simple image d'un tel constat une analyse qualitative des processus mis en cause dans les phénomènes de discrimination.

Seule cette approche qualitative permettra d'identifier les facteurs de risque ou au contraire les facteurs de résistance à ces phénomènes.

C'est à partir d'une telle approche que nous serons en mesure d'identifier les marges de manoeuvre sur
lesquelles l'action publique pourrait infléchir certaines tendances. C'est par conséquent sur la base de

cette analyse qualitative que des pistes de réflexion et d'action pourront être proposée et qui, à l'avenir, faciliteront l'élaboration de réponses adaptées aux problèmes posés.

La démarche consiste sur le plan méthodologique à entrer par la voix de filières diversifiées de formations diplômantes et professionnalisantes qui soient significatives d'un risque limité des difficultés d'accès au marché de l'emploi.

On peut faire effectivement l'hypothèse que plus on réduira les facteurs parasites de l'accès à l'emploi, plus on aura de chance de faire apparaître et rendre lisible les facteurs de discrimination. Dés lors à partir de ces filières de formation initiale, il faut interroger aussi bien des jeunes des quartiers de la géographie prioritaire que des jeunes non originaires de ces quartiers afin de connaître, de manière comparative, leurs perceptions et représentations des difficultés relatives à leur insertion par l'emploi. Par ailleurs, il faut interroger dans un deuxième temps les autres éléments du système local (professionnels en lien avec le service public de l'emploi) et les entreprises.

C'est la confrontation de ces discours qui permettra in fine d'identifier les principaux noeuds des difficultés d'accès à l'emploi pour les publics concernés (ceux des ZUS) et les leviers sur lesquels l'action publique pourrait améliorer son dispositif d'intervention tant à l'égard des publics eux mêmes, qu'à l'égard des entreprises ou encore du service public en charge d'établir en quelque sorte une médiation entre la formation et l'emploi.

2.1.2. Les difficultés des choix méthodologiques :

Pour répondre aux impératifs de la méthodologie, il semblait judicieux de faire le choix de trois filières emblématiques de formations qualifiantes qui devaient être choisies selon deux éléments essentiels :

1. la place des jeunes originaires des ZUS parmi les diplômés.

2. le niveau performatif de telles filières dans l'accessibilité à l'emploi.

Le choix de trois filières bien distinctes devaient permettre d'identifier ce qui est commun ou au contraire ce qui est spécifique à chacune des filières dans le registre de la discrimination à l'emploi. Pour chacune de ces filières, il s'agissait de porter un regard exhaustif sur une promotion de diplômés (niveau 3 ou niveau 4) à l'échelle d'une année sur l'ensemble du territoire nantais.

Il faut porter une attention particulière à ce que le choix de ces filières permette de respecter un équilibre entre les sexes soit au sein des filières elles mêmes (mixité des diplômés), soit entre les filières retenues (équilibre à trouver entre elles au vue de leur spécialisation et donc de leur caractérisation sexuelle).

2.2 Les Résultats quantitatifs des jeunes diplômés ZUS et Hors ZUS

2.2.1. Le schéma de la méthodologie :

Pour répondre aux besoins de contextualisation des jeunes diplômés et afin d'établir l'échantillon, il a été fait une demande auprès de l'INSEE pour une exploitation de données statistiques. La demande portait uniquement sur l'échelle de Nantes Métropole. La population à prendre en considération est les 20 / 30 ans diplômés bac + 2 vivants dans les ZUS et hors ZUS (Niveau I - Ref schéma).

Les 4 critères socio-économiques à prendre en compte pour définir les deux sous populations (sous population 1 : les 20-30 ans diplômés bac + 2 vivant dans les ZUS ; sous population 2 : les 20-30 ans diplômés bac + 2 vivant hors ZUS) sont : Sexe / Nationalité détaillée / Mode de cohabitation / Emploi (Niveau II - Ref schéma).

Puis, les 4 critères socio-économiques seront à croiser par 2, ce qui équivaut à 6 croisements : Sexe / Emploi, Sexe / Mode de cohabitation, Sexe / Nationalités, Emploi / Mode de cohabitation, Emploi / Nationalité, Mode de cohabitation / Nationalité (Niveau III - Ref schéma).

II. ZUS

Population des 20 à 30

ans, diplômés bac +2.

I. HORS ZUS

Emploi

 

Nationalité

25

 
 
 

Base Population NIVEAU I

NIVEAU II

Sexe

Emploi

Nationalité

Mode de cohabitation

NIVEAU III 6 croisements Sexe / Emploi

Sexe / Mode de cohabitation

Sexe / Nationalités

Emploi / Mode de cohabitation

Emploi / Nationalité

Mode de cohabitation / Nationalité

Sexe

Nationalité détaillée Mode de cohabitation Emploi

Sexe

 
 
 
 
 

2.2.2. Les données chiffrées des 20 / 30 ans diplômés bac + 2 vivants dans les ZUS et hors ZUS :

Croisements Emploi/ sexe

 

Sexe Masculin

ZUS

Hors ZUS

Actif ayant un emploi

341

54%

8841

55%

Chômeur

93

15%

1111

7%

Militaire du contingent

12

2%

416

3%

Elève, étudiant, stagiaire non rémunéré

170

27%

5574

35%

Autre inactif

16

3%

188

1%

TOTAL

632

100%

16130

100%

 

Sexe Féminin

ZUS

Hors ZUS

Actif ayant un emploi

423

52%

10539

53%

Chômeur

124

15%

1957

10%

Elève, étudiant, stagiaire non rémunéré

237

29%

6872

35%

Autre inactif

24

3%

351

2%

TOTAL

808

100%

19719

100%

NATIONALITÉS

ZUS

Hors ZUS

Français de naissance

1288

89,44%

34552

96,38%

Europe

28

1,94%

500

1,39%

Maghreb

62

4,31%

233

0,65%

Afrique

29

2,01%

151

0,42%

Asie

33

2,29%

248

0,69%

Amérique

0

0,00%

161

0,45%

Océanie

0

0,00%

4

0,01%

Total

1440

100,00%

 

35849

100,00%

 
 
 
 
 
 

EMPLOI

ZUS

Hors ZUS

Actif ayant un emploi

764

53,06%

19380

54,06%

Chômeur

217

15,07%

3068

8,56%

Militaire du contingent

12

0,83%

416

1,16%

Elève, étudiant, stagiaire non rémunéré

407

28,26%

12446

34,72%

Autre inactif

40

2,78%

539

1,50%

Total

1440

100,00%

35849

100,00%

MODE DE COHABITATION

ZUS

Hors ZUS

enfant d'un couple

262

18,19%

5704

15,91%

enfant d'une famille monoparentale

121

8,40%

1133

3,16%

adulte d'un couple sans enfant

455

31,60%

9913

27,65%

adulte d'un couple avec enfant(s)

133

9,24%

3831

10,69%

adulte d'une famille monoparentale

28

1,94%

161

0,45%

personne vivant hors famille dans un ménage de plusieurs personnes

112

7,78%

2131

5,94%

personne vivant seule

329

22,85%

11887

33,16%

personne vivant hors ménage

0

0,00%

1089

3,04%

Total

1440

100,00%

35849

100,00%

Rappel de la population étudiée pour les ZUS et Hors ZUS: Personnes entre 20-30 ans ayant un niveau d'études équivalent ou supérieur à bac +213

NATIONALITES

Les ZUS sont davantage marquées par la diversité des nationalités, la part des étrangers est de 11% : Maghreb (4,3%), Asie (2,29%), Afrique (2,01%) et Europe (1,94%) Le pourcentage des Asiatiques semble sur représenté comparé à leur part dans la population totale (A vérifier). Par contre, leurs effectifs sont très faibles (entre 28 et 62).

Dans les territoires hors ZUS, les étrangers ne représentent que de 4% de la population étudiée et la majorité d'entre eux sont des européens (alors que dans les ZUS, ils sont minoritaires).

EMPLOI

La part des actifs ayant un emploi est quasiment la même sur les 2 territoires (53,06% en ZUS et
54,06% en Hors Zus). Par contre, le pourcentage des chômeurs en ZUS (15,07%) est presque deux fois

13. Notes statistiques INSE, RPG 1999.

plus important que celui Hors ZUS (8,56%). Les « Autres inactifs » sont, également, légèrement sur représentés.

Les personnes Hors ZUS ont tendance a davantage prolonger leurs études, puisque la part des étudiant stagiaire est de 35% (contre 28% en ZUS).

Parmi l'ensemble des critères, la classe « Chômeur » marque le plus grand écart entre ZUS et Hors ZUS, au profit des ZUS.

MODE DE COHABITATION

L'autonomie au niveau du mode d'habiter des personnes hors ZUS est plus répandue que pour les personnes en ZUS. Effectivement, plus d'un quart des personnes en ZUS (27%) vivent au domicile de leurs parents, tandis qu'ils ne sont que 19% Hors ZUS. La part des familles monoparentales est au moins deux fois plus importante en ZUS.

Le pourcentage des personnes vivant en couple sans enfant est légèrement supérieur en ZUS (31,6% contre 27,6%), tandis que celui des couples avec enfants est sensiblement le même pour les deux territoires. Le critère « Famille monoparentale» est là aussi source de différences : cette composition familiale est 4 fois plus représentée dans les ZUS (1,94% contre 0,45%).

Un tiers des personnes Hors ZUS vit seul tandis qu'en ZUS ils sont à peine 1/4 (23%).

SEXE

D'une part, sur les 2 territoires, le nombre de femmes est supérieur à celui des hommes et d'autre part la proportion entre les sexes est sensiblement la même. Les ZUS comptent 1 point de pourcentage en plus pour les femmes (56% en ZUS contre 55%).

CROISSEMENT AVEC « L'EMPLOI » SEXE

Aussi bien en ZUS qu'Hors ZUS, le pourcentage des hommes actifs ayant un emploi est légèrement supérieur.

En ZUS, le pourcentage de chômeur est le même pour les hommes que pour les femmes (15%). Par contre Hors ZUS, le pourcentage des femmes au chômage est plus élevé que celui des hommes (10% contre 7%).

Les personnes la moins touchées par le chômage sont donc les hommes vivant hors ZUS. Au niveau du chômage, la différence ZUS/Hors ZUS est plus marquée pour les hommes que pour les femmes.

Hors ZUS, le pourcentage des personnes en études est le même pour les hommes et les femmes (35%). Par contre, en ZUS, les femmes ont davantage tendance à continuer leurs études que les hommes (29% contre 27%).

NATIONALITES

Effectifs très faibles (entre 28 et 62) pour les autres nationalités en ZUS.

Pour toutes les nationalités, le taux de chômage est plus élevé en ZUS (excepté pour les Africains) ainsi que le pourcentage des « Autres inactifs » (excepté pour les Maghrébins).

Par contre, les actifs ayant un emploi sont en proportion plus nombreux en ZUS (excepté pour les Français).

Que ce soit en ZUS ou en Hors ZUS, le pourcentage des Français de naissance étant étudiants ou stagiaires non rémunérés est plus faible que pour les autres nationalités.

Hypothèse : La population étudiée étrangère semble être en France pour principalement effectuer des études. Cela est d'autant plus marqué Hors ZUS.

MODE DE COHABITATION (EN ZUS)

La majorité des actifs ayant un emploi (53%) et des autres inactifs (50%) vivent en couples (avec ou sans enfants).

Un quart des actifs ayant un emploi et des étudiants vivent seuls.

La plupart des chômeurs et étudiants (40%) vivent au domicile parental.

CROISSEMENT « MODE DE COHABITATION / SEXE »

Sur les 2 territoires, les hommes sont en proportion plus nombreux que les femmes à vivre chez leurs parents. Cette tendance est plus marquée pour les hommes des ZUS (1/3 est concerné par cette situation). Et les femmes sont plus nombreuses à vivre en couple (avec ou sans enfants).

Les pourcentages des femmes et des hommes vivant seul sont relativement proches que ce soit en ZUS ou Hors ZUS. Pour les 2 territoires, la proportion d'hommes est légèrement plus élevée.

3. Les difficultés de l'identification des jeunes diplômés et les premiers constats sur l'accessibilité différentielle à l'emploi.

2.3.1. La méthode d'identification :

L'identification s'est faite à partir des listes fournies par les établissements en charge des formations initiales, sous condition que l'accessibilité aux données soit fournie par les administrations concernées et l'Education Nationale en particulier, le rectorat, mais aussi des associations comme « Un parrain, un emploi », « Challenge emploi » ou encore « la Mission Locale de l'antenne Campus ».

Ceci a permis d'obtenir les listes des personnes qui, sur les « filières cibles », ont obtenu leurs diplômes pour les années 2002 et 2003. Dans un premier temps la principale information à obtenir était le nom et l'adresse des jeunes diplômés qui permettait par conséquent de produire une première approche statistique (traitement de données par tris à plat et par tris croisés) dont le tableau ci-dessous fait le récapitulatif des éléments à disposition.

Analyse sur chaque filière diplômante

Critères statistitiques

Jeunes ayant obtenus leur diplôme

Lieu de résidence

Jeunes originaires des Zus

Jeunes issus d'autres

quartiers, d'autres villles

Sexe

Jeunes garçons

Jeunes Filles

Origine (identification pragmatique à partir du nom)

Jeunes issus de

l'immigration

Autres jeunes français non issus de l'immigration

Cette analyse statistique par filière devait être, dans la mesure du possible, comparée sur les mêmes critères à l'analyse produite par les établissements du profil de leur population globale d'élèves et d'étudiants la même année. On pouvait ainsi mieux interpréter l'analyse statistique initiale par une telle mise en regard, ne serait ce que pour pouvoir ainsi identifier ce qui relève plus d'un effet de la proximité territoriale ou d'un effet d'une réputation plus large de l'établissement dans son aire de recrutement des jeunes en formation diplômante14.

2.3.2. L'échantillon et l'objectif des entretiens :

A partir de cette base de données, l'échantillon devait être établit selon les critères suivants :

1. Une vingtaine de jeunes pour chaque filière retenue

2. Un équilibre à préserver selon nos trois critères de base (origine ZUS ou non, sexe, jeunes issus ou non de l'immigration)

L'enquête visait plus spécifiquement des jeunes issus de deux grands quartiers nantais à l'intérieur desquels on peut trouver des sites de la géographie prioritaire. Saint Donatien-Malakoff et le quartier des Dervallières-Contrie.

14 Voir l'entretien avec Monsieur Le Grand, coordinateur au Lycée Albert CAMUS à Bellevue. P 54

Il s'agissait ensuite d'établir un repérage des numéros de téléphone et d'obtenir des informations qui pouvaient être communiquées tant par les établissements de formation, des associations, ou des dispositifs d'aide à l'emploi comme la mission locale.

L'enquête auprès des jeunes s'est faite sous la forme d'entretiens en face à face qui duraient une heure en moyenne. L'entretien prenait appui principalement sur les registres suivants :

1. Les motivations des jeunes à l'égard de leur formation et leurs perceptions et représentations des atouts que celle-ci représente à leurs yeux

2. L'expérience antérieure au regard de l'emploi

3. Les motivations (existence ou non d'un projet professionnel) et moyens mobilisés à la recherche d'un emploi en privilégiant un regard sur les démarches concrètes réalisées (CV, petites annonces, mobilisation de réseaux personnels, contact direct aux entreprises, relation au service public de l'emploi,...)

4. Les stratégies utilisées pour y arriver (ex : stratégie ciblée sur des emplois déterminés ou stratégie tout azimut ; stratégie ciblée sur un marché de l'emploi local ou étendu à une géographie plus large...)

5. Les ressources mobilisées dans l'environnement proche pour accompagner cette démarche (hébergement, soutien moral et financier...)

6. Les risques perçus de leur identité et de leur environnement quant au handicap renforcé ou non d'un possible accès à l'emploi

7. Les difficultés rencontrées dans la relation au service public de l'emploi dans la démarche d'accompagnement, si tant est que cette relation ait existé (connaissance, relation et sollicitation de la mission locale, des équipes de terrain travaillant sur l'insertion, des conseillers ANPE...)

8. La nature des difficultés rencontrées dans l'abord et la relation aux entreprises dans divers registres qui se situent entre les représentations initiales sur l'entreprise et la confrontation à sa réalité (le premier contact, la présentation de soi, le discours sur la valeur travail, sur les motivations à l'emploi et le projet personnel, la tenue vestimentaire, le rapport que l'on entend tenir à l'égard de la règle, de la hiérarchie, du temps de présence et du rythme de travail...)

9. Les signes identifiés d'éventuelles marques de discrimination au-delà d'une perception et représentation plus générale des risques de discrimination que leur origine résidentielle, leur sexe ou leurs origines familiales font peser dans la posture qui est la leur à l'égard de l'emploi.

10. Les ruses et stratégies mises en oeuvre pour contourner ces risques de discrimination.

L'entretien doit ainsi permettre d'identifier à partir de leurs perceptions et représentations les principaux risques auxquels doivent faire face les jeunes sur la question des discriminations.

L'ensemble de ces perceptions et représentations nous donnera à voir les facteurs qui pourront apparaître discriminants dans l'analyse ainsi proposée par les jeunes eux-mêmes des risques qu'ils encourent en terme de discrimination.

Sur la base de ces entretiens qualitatifs et des écarts significatifs dans les trajectoires, les discours et les expériences vécues de recherche et d'accès à l'emploi, on pourra identifier les facteurs premiers ou seconds des phénomènes observés. Ainsi si la question territoriale apparaît essentielle, en quoi celle-ci est-elle effectivement déterminante, voir prédominante et en soi porteuse de germes discriminatoires ? Ou alors contrairement aux hypothèses de la commande, la discrimination relèverait plutôt d'autres critères, mais des critères que le territoire surdéterminerait ? Ou encore, la discrimination ne trouverait pas son essence à partir de facteurs simples, mais plutôt d'un processus plus complexe d'interaction entre le territoire et les dispositifs d'accès au marché de l'emploi.

Ces résultats permettront de caractériser les processus repérés à l'échelle locale et pourront ainsi mettre en exergue leur nature et les effets induits sur les publics tels que par exemple :

La « discrimination intégrée » par les publics eux-mêmes qui peut générer des attitudes et une posture personnelle ou collective contribuant aux freins systématiques à l'accès à l'emploi (ex : rapport tendu dans les relations préalables aux entreprises par peur d'exclusion arbitraire).

La « discrimination induite» par certains employeurs qui useraient de nombreux artifices pour la mettre en oeuvre et formeraient ainsi des barrières qui, bien que peu lisibles, constitueraient des freins réels à un possible accès au marché du travail pour certains publics.

La « discrimination inconsciente et partagée» qui peut être portée par l'ensemble du système d'acteurs (public, environnement proche, services publics, intermédiaires et entreprises) sur la base d'une « culture partagée » mais inconsciente du handicap projeté sur certains publics.

L'objectif est de déboucher in fine sur la construction d'une typologie qui cherche à mettre en évidence la nature des processus à l'oeuvre en terme de discrimination et la place des acteurs du système dans ces processus. Cette typologie doit permettre de mettre en exergue tout autant les points forts et les points faibles du système d'acteurs qui cherche aujourd'hui à agir sur ces phénomènes.

2.3.3 Les difficultés rencontrées dans la progression de l'étude et lors de l'enquête qualitative :

La grande difficulté de cette étude a été de définir l'échantillon des jeunes diplômés qui devait amener à la prise de contact et aux entretiens. Comme il a été expliqué plus haut, le choix méthodologique était de s'intéresser à trois filières BTS, qui marquaient un taux d'entrée sur le marché du travail important. Il a d'abord été fait le choix de s'intéresser aux diplômés de l'année 2003, en supposant qu'ils avaient connu une période de recherche d'emploi et une possible entrée sur le monde du travail.

La liste de l'Education Nationale montrait que 600 jeunes étaient sortis diplômés des filières BTS en 2003 sur les agglomérations de Nantes, Saint-Herblain et Rezé. Concernant Nantes, les diplômés issus des ZUS étaient au nombre de 68, plus trois autres sur Rezé, et deux autres sur Bellevue SaintHerblain.

Le nombre des diplômés BTS en 2003 issus des ZUS n'était que de 73, ce qui représente un chiffre très limité pour, non seulement produire des statistiques mais surtout un trop faible nombre pour la réalisation de quarante entretiens en avec des jeunes issus des ZUS.

Par la suite, les années ont été doublées, on s'intéressait aux diplômés des années 2002 et 2003, soit environ 150 jeunes diplômés issus des ZUS. Il s'agissait d'augmenter les possibilités d'obtenir un échantillon cohérent, et pour cela mettre en place un réseau qui nous permettrait d'obtenir des noms. Ce réseau s'appuyait sur la Mission Locale et des associations comme « Un parrain, un emploi », ou encore « Challenge Emploi ». Nous avons rencontré ces structures, pour mener un entretien avec elles et obtenir les adresses de ceux qui étaient en ZUS et pour le même nombre, des adresses de ceux qui étaient Hors ZUS.

Il s'agissait au départ de respecter le % par filière, d'obtenir l'effectif des personnes sur chaque filière BTS, le nombre des personnes issus des ZUS et le même nombre pour les personnes Hors ZUS, mais les difficultés rencontrées nous ont fait comprendre qu'il serait difficile de mener quarante entretiens auprès des jeunes issus des ZUS

L'entrée par le choix des BTS a aussi été remise en question, du fait qu'on laissait de côté des filières diplômantes Bac+3 et plus comme les DESS. Alors qu'il semblait aussi important pour l'étude de rencontrer des jeunes Bac+5, résidants en quartier, avec un véritable projet professionnel, une trajectoire longue du parcours scolaire. J'ai pu rencontrer quelques diplômés Bac+5, notamment par l'intermédiaire de l' « Association Un parrain, un emploi ».

Après avoir rencontré l'association « Un parrain, un emploi » et suite aux difficultés rencontrées, le choix de l'échantillon ne se limitait plus à la filière BTS mais également à des niveaux d'études plus élevé comme les filières DESS ou les écoles d'ingénieurs. Par ailleurs, le réseau a réellement bien fonctionné, les personnes de ces structures nous donnaient une liste des personnes résidant en ZUS, les appelaient pour leur expliquer l'étude, et leur demandaient s'ils acceptaient de passer un entretien. Ce rôle d'intermédiaire nous a permis de rentrer en contact avec les jeunes beaucoup plus facilement.

Pour compléter le dispositif nous avons envoyé un courrier aux adresses pour lesquelles nous ne disposions pas d'un numéro de téléphone en motivant notre recherche afin de solliciter les jeunes à nous appeler.

En dernier recours, nous avons utilisé le porte à porte pour finaliser l'échantillon.

La grosse difficulté s'est davantage posée avec le listing de l'Éducation Nationale, qui a communiqué les noms des parents des diplômés BTS des années 2002 et 2003. Il fallait ensuite rechercher les numéros de téléphone des parents par l'annuaire et les appeler pour rentrer en contact avec leur fille ou leur fils. Les blocages ont été multiples...le manque de disponibilités des gens, les résistances à communiquer le contact de leur enfant, la difficulté à faire comprendre l'étude et son intérêt qui nourrit parfois la méfiance de certains. Concernant les filles issues de l'immigration, le choix a été fait de laisser la prise de contact à Yasmine (qui travaille au cabinet), pensant que les parents laisseraient plus facilement une fille rencontrer leur fille pour un entretien. Pour ma part, concernant les filles issues de l'immigration, j'ai connu quelques blocages... « C'est qui ce type ? C'est pourquoi cette étude ? Ma fille n'est pas joignable...

Du fait des contraintes imposées par le recueil des sources statistiques et par la constitution effective de l'échantillon, notamment les difficultés à contacter les jeunes diplômés issus des ZUS, les phases prévues dans la proposition d'étude n'ont pas pu être respectées.

2.3.4. La grille d'entretien et les difficultés liées aux entretiens :

La grille d'entretien

Nom de l'enquêteur: N°.....

Sexe :

Age :

Nationalité :

Adresse, Quartier :

1. Quel est votre dernier diplôme obtenu et en quelle année?

2. Quel a été votre parcours scolaire et les établissements fréquentés ? Quel est votre avis sur cette scolarité?

3. Pour quelles raisons avez-vous choisi cette filière ? Est ce un choix personnel ou influencé et par qui ?

4. Avant l'obtention de votre diplôme quelles étaient vos expériences dans le monde du travail (stage, emploi...) ? Quelle a été la durée de ces contrats ?

5. Avant l'obtention du diplôme : Quelles étaient vos ressources financières ?

6. Avant l'obtention du diplôme : Où viviez-vous ? Avec qui ? Depuis quand ? (Trajectoire résidentielle de la personne depuis qu'elle ne vit plus chez ses parents)

7. Cet environnement vous convenait-il ? Pourquoi ?

8. Quelle est la profession des parents ?

Père :

Mère :

9. Quelle est l'origine géographique des parents ?

Père : Mère :

10. Quelle était votre activité juste après l'obtention du diplôme ?

11. Quelle était votre vision du marché de l'emploi ? Et, comment vous vous positionnez ?

12. Quelles ont été vos sources d'informations et les personnes qui vous ont aidés dans votre recherche d'emploi?

Des personnes vous ont elles conseillé, soutenu (aide à la réalisation du CV, informations, « tuyau »...) ? Lesquels (amis, famille...)

Avez-vous sollicité des réseaux de connaissance ? Lesquels (amis, famille, collègue de classe de stage...)

Quelles étaient vos sources d'information (ANPE, Mission locale, Internet, Presse, Colloque, Salon...) ? Relation avec le quartier ?

Avez-vous suivi des ateliers de recherche d'emploi (CV, lettre, entretien...) à l'ANPE, Mission locale ? Avis sur les aides apportées par les SP

13. Aviez-vous, ou pas, des exigences par rapport à l'emploi que vous recherchiez (salaire, cohérence par rapport au diplôme, situation géographique, type d'entreprise, privé - public, domaine d'intervention...)

14. Quelle stratégie avez-vous mis en place ? (Candidature spontanée lettre ou présentation / Relance, Sur quelle cible, Réponse à des annonces, Photo sur CV...Actions à développer ou à éviter)

15. Suite à ces démarches, quels ont été les retours et les entretiens d'embauche ?

16. Combien avez-vous passé d'entretiens et comment se sont-ils passés? Par quel biais aviez-vous eu contacts avec ces entreprises ?

17. Si les entretiens ont abouti à une embauche, quels sont, selon vous, les critères qui ont incité l'entreprise à vous choisir ?

18. Si les réponses ont été négatives, d'après vous pour quelles raisons ?

19. Les personnes de votre promotion ont-elles rencontré les mêmes situations ? Et, les personnes de votre quartier ?

20. Quel a été l'aboutissement de ses recherches : embauche (quel type de contrat), Spécialisation, Réorientation, Autre travail ne correspondant pas à la formation.

21. Combien de temps a duré cette période de recherche d'emploi ?

22. Quelle était votre situation pendant cette période et après l'éventuelle embauche (familiale, ressource financière, logement, mode de cohabitation...) ?

23. Aujourd'hui, comment vivez vous votre situation professionnelle ? Quels sont vos objectifs et les perspectives d'évolution ?

24. Quelle est aujourd'hui, votre vision du marché de l'emploi et comment vous vous situez ?

Avant de rencontrer les jeunes diplômés, il s'agissait de bien comprendre comment nous allions réaliser les entretiens, dans le meilleur contexte possible, afin de favoriser la parole de l'interviewé et d'éviter les blocages.

On savait que pour chaque entretien, le temps était limité (environ 1 heure, 1heure 30). Il ne faut pas perdre l'objectif de l'entretien et éviter de se faire emmener par l'enquêter dans des histoires qui n'ont rien à voir avec le sujet. Nous avons réalisé une série d'entretiens tests, entre nous, pour mieux comprendre la posture à aborder et ce qu'il fallait éviter. Le ton abordé ne doit pas être trop sec, les expressions de la personne peuvent être reprises afin de marquer une certaine empathie, je reprenais de temps en temps ce que la personne me disait pour pouvoir la relancer. L'utilisation des mots a son importance, il faut éviter les termes techniques pour ne pas créer de décalages et utiliser des mots plus proches de l'émotion lorsque des sujets délicats sont abordés.

J'ai appris à ne pas nécessairement revenir sur des questions où il y avait des blocages, surtout si cela n'éclaire pas sur le sujet, et davantage parler du présent si le fait de parler du passé risquait de bloquer l'entretien. Il faut surtout faire la différence entre ce qui peut intéresser et ce qui intéresse. De nombreuses personnes ont essayé de chercher un refuge à travers leur parcours scolaire pour moins parler de leur histoire personnelle. Il faut chercher à approfondir certains points, comprendre des évènement qui ont pu marquer et avoir un impact sur la trajectoire, mais sans heurter la personne. Il s'agit avant tout d'instaurer une confiance, qui n'existe pas au départ. La plupart des entretiens se sont bien passés, je pouvais au bout de trois quarts d'heure aborder des questions plus délicates comme les ressources financières ou l'environnement familial.

Troisième partie : L'enquête qualitative au près des acteurs des dispositifs publics et des jeunes diplômés

3.1. Les entretiens auprès des dispositifs publics

Les entretiens menés au près des dispositifs publics ont trois objectifs : Connaître le fonctionnement du dispositif.

Obtenir leur aide pour pouvoir rentrer en contact avec les jeunes diplômés.

Connaître leur point de vue quant à la situation des jeunes diplômés résidants en ZUS et leur rapport au marché du travail.

3.1.1. L'association « un parrain, un emploi » :

Extrait d'entretien avec Catherine BARBIER (C B) de l'Association « Un parrain, un emploi ».

L'idée de l'association a émergé en 1994, à partir du concept « Un jeune, un parrain, un emploi », idée de JB Bouyer. C'était une initiative de la « Jeune Chambre Economique de Nantes » (volonté de s'investir dans des projets sociaux). À la base, c'était un projet national qui a été repris par l'ensemble des « Jeunes Chambres » dans chaque département.

À Nantes, la première opération de parrainage ne concernait que les Bacs+2 et s'adressait à une cinquantaine de jeunes, il s'agissait de proposer une attention nouvelle à un public qu'on n'aidait pas.

JB Bouyer avait fait une demande de subvention en 1994 auprès de l'ANPE qui a été acceptée en 1996 (deux ans après).

L'association a donc été crée en 1996, avec pour principal partenaire l'ANPE. Elle travaille sur l'ensemble des départements de Loire-Atlantique, et ne s'adresse plus seulement aux diplômés Bacs+2, mais à l'ensemble des diplômés post Bac, de 20 à 30 ans.

Les autres partenaires sont aujourd'hui quelques antennes de missions locales (mission locale du Campus) et de Saint-Nazaire, CAP Emploi, Tourmaline...

L'ANPE est prestataire depuis 2002. L'association organise des réunions d'informations, un correspondant pour l'association est chargé d'organiser la réunion au près des jeunes préalablement sélectionnés. Les réunions s'organisent autour de groupe allant de 20 à 30 jeunes.

Les jeunes sont sélectionnés sur plusieurs critères :
Ils doivent avoir moins de trente ans.

Ils doivent avoir le Bac minimum.

Ils doivent être inscrits à l'ANPE depuis au moins 6 mois (L'association est relativement stricte sur cette condition, malgré une marche de main d'oeuvre puisque le « cas par cas reste très important »).

Ils ne doivent avoir aucune expérience professionnelle dans leur secteur de recherche car il s'agit avant tout de leur faire découvrir le monde du travail et de les aider à faire valoir leurs qualifications et leur diplôme.

Une fois que la personne est rentrée sur le marché du travail, il n'y a plus de suivi, sauf si la personne le désire, ce qui est rare ; « l'objectif est atteint ».

La durée du parrainage s'étend en général sur trois quatre mois pour la plupart des jeunes ; il ne peut pas dépasser les six mois. Si la personne n'est pas rentrée sur le marché du travail au bout de ces six mois, « c'est qu'il existe de réelles difficultés, et qu'elles se prolongent ». Ces personnes qui n'accèdent pas à l'emploi par le parrainage représentent environ 30 % de l'ensemble des parrainés, « il s'agit aussi pour un grand nombre d'entre eux d'un manque de motivation ».

70 % des parrainés accèdent au marché du travail, soit en CDI, en CDD, ou en formation. Concernant les jeunes résidants en quartier, 60 % accèdent à l'emploi et à la formation.

« Le parrainage doit être utile, les 6 mois d'inscription à l'ANPE permettent au jeune de valider un certain nombre de choses seul, il ne s'agit pas de faire de l'assistanat, on n'intervient pas à sa place ».

Les diplômés ont en général un niveau de diplôme élevé, concernant l'âge, c'est assez aléatoire, 1 personne sur 2 à plus de 26 ans.

En 2004, l'association avait parrainé 22 jeunes habitant en quartier.

Extraits de la discussion

C B : « Je pense que c'est important de s'intéresser au DESS, Bac+5, ils sont relativement nombreux, se sont pour la plupart des jeunes réellement motivés pour rentrer sur la vie active et qui ont préparé un véritable projet professionnel, ce n'est pas toujours le cas pour des jeunes issus du BTS, qui habitent en quartier. Le niveau des Bac+5 est élevé dans les quartiers, c'est important de voir qu'il y une population jeune qui va au-delà du Bac+5, même par rapport au quartier, à la famille15.

Concernant la discrimination, elle peut être liée à l'aspect culturel ou ethnique. Beaucoup de jeunes
me disent qu'ils ont ressenti la discrimination et qu'ils sont victimes de la discrimination. Il faut aussi

15 Voir les difficultés méthodologiques et l'évolution de l'enquête. P35

faire attention à ne pas les stigmatiser, c'est aujourd'hui difficile pour beaucoup de jeunes qu'ils soient en quartier ou pas, issus de l'immigration ou non, les jeunes diplômés sont victimes de la conjoncture économique et beaucoup se découragent. Les entreprises deviennent sélectives car il y a matière à sélectionner.

Je ne suis pas sûr que le quartier joue, il n'y a pas vraiment de discrimination de la part des entreprises au niveau du quartier, par contre ceux qui sont issus de l'immigration paient certainement plus le prix.

Pour certains jeunes, il y a des difficultés liées aux attitudes et à l'héritage culturel ; ça ne correspond pas. J'ai un jeune, ça ne va pas pendant l'entretien d'embauche. Il ne se comporte pas de la bonne façon.

L'action parrainage ne séduit pas dans les quartiers, il y a des difficultés à toucher les jeunes. De plus, les structures dans les quartiers ne sont pas « partie prenante ». « Pour ces jeunes, l'entreprise paraît inaccessible.

Le but du parrainage, c'est de donner l'idée qu'il existe quelque chose de concret, mais la plupart des structures : aide à l'emploi, assos de quartier, mission locale...ne sont pas coopérantes.

Beaucoup de jeunes de quartier n'ont pas de motivation, ils utilisent l'argument des Assedic, et pensent que ça ne sert pas à grand chose de travailler puisqu'ils ont les Assedic. On a parrainé certains jeunes qui se sont évaporés dans la nature au bout de quelque temps, ils ne donnent plus signe de vie, ne voient plus leur parrain. L'année 2003 n'a pas été brillante au niveau des suivis.

Pour l'asso, on a environ 180 jeunes par an, l'objectif est de s'occuper de 40 jeunes en quartier, mais réellement, on en a à peu près 20 ».

Parmi les jeunes dont on s'occupe qui habitent en quartier, 60 % sont issus de l'immigration.

Je ne crois pas que ces jeunes soient stigmatisés du fait du quartier, il faut faire attention aux représentations qu'on se fait de ces jeunes par ce qu'ils habitent un quartier.

Il faut vraiment voir les situations personnelles, au cas par cas, j'ai eu un jeune diplômé d'origine étrangère qui ne maîtrisait pas bien la langue, et ça n'allait pas au niveau de son comportement, il n'arrivait pas à se concentrer, il y avait un problème de comportement.

J'ai aussi eu une jeune femme mexicaine, qui avait une maîtrise LEA, de nationalité étrangère avec un patronyme étranger, mais elle était sur motivée, elle a connu la discrimination. Et elle a trouvé un bon travail, pour elle, ce qui serait un plus dans la recherche d'emploi, ce serait des structures qui s'occupent des jeunes des quartiers et de l'immigration, des dispositifs qui soient vigilants.

A la Géraudière, on a fait une réunion à la maison de quartier pour présenter le parrainage aux jeunes diplômés, les jeunes avaient un discours facile, « on est victimes de...la discrimination. Ma

collègue qui est d'origine maghrébine, son discours passait mieux, elle arrivait plus à leur expliquer, mais moi, je représentais l'institution. Et il y a un barrage avec l'institution, même l'association parrainage, ça ne passe pas trop.

Même dans les locaux de l'ANPE, on est dans les structures du quartier, il y a un effet de groupe, c'est la loi du plus fort, celui qui a le plus d'influence s'approprie le groupe. J'ai fait une réunion comme ça, c'était n'importe quoi. Certains influencent tous les autres.

Pour un entretien, c'est plus intéressant de les faire venir car dans le quartier, ça peut être l'enfer. Les acteurs sociaux sont laxistes, ils laissent faire, les jeunes ne sont pas respectueux de la personne qui vient présenter. Ils sont assez méfiants.

C'est mieux de faire un entretien en face à face, pour vous, en dehors du quartier, au café par exemple.

Sur la liste des parrainés, la plupart sont mobiles, ils sont près à quitter le quartier, même partir à l'autre bout du pays. Ceux qui veulent rester dans le quartier n'ont pas envie, de toute façon, de se faire parrainer, et parmi ceux-là, certains ne sont même plus inscrits à l'ANPE.

La famille, c'est vrai que ça peut être important. J'ai eu une jeune femme super motivée, avec des diplômes. Puis un jour, elle était injoignable, son parrain n'avait plus de nouvelles d'elle. En fait ; ses parents lui interdisaient à moitié de sortir, quand je l'avais au téléphone, elle parlait tout bas. Elle m'a dit que ses parents lui avaient demandé qui était ce monsieur, ce parrain. Ils ne voulaient plus qu'elle le voit. Ses parents étaient musulmans, il devait y avoir un problème de génération l'idée du parrainage qu'ils ne comprenaient pas et un problème culturel. Maintenant, j'ai appris qu'elle travaillait chez Mc Do, c'est dommage.

Il y a aussi les jeunes qui ont du mal à se projeter, un projet sur six mois, c'est difficile à tenir.

En fait, dans les quartiers, la demande de parrainage n'existe pas vraiment, il faut démarcher pour se faire connaître.

Pour le suivi et par rapport à vos entretiens, se sera plutôt des jeunes qui sont sortis du parrainage il n'y a pas longtemps. Certains ne travaillent pas forcément dans la région.

L'adresse que l'on a du jeune, c'est au moment de l'entrée dans le parrainage.

Il ressort de cet entretien des choses très intéressantes. Il faut bien sûr prendre du recul par rapport au discours de Catherine qui à un regard de l'intérieur sur le fonctionnement de son association. Cela dit, ses observations quant aux interventions dans les maisons de quartier, la façon dont elle fait une distinction entre des BTS en quartier et des BTS hors quartier et aussi entre les niveaux de diplômes BTS et DESS,...toutes ces remarques peuvent et doivent être mis en lien avec le travail des hypothèses.

La discussion avec Catherine m'a permis dans un premier temps de mettre l'accent sur un point important qui était déjà soulevé dans le travail d'entretiens : la question du cas par cas, et l'effort à réaliser pour ne pas faire de généralités sur les jeunes diplômés des quartiers. Effectivement, il semble que les situations soient multiples, dues à des trajectoires personnelles, des histoires de vie différentes, des façons de concevoir le monde du travail et son devenir professionnel qui sont parfois totalement à l'opposer.

Ce qui reste très important, et la question qui se pose ici, et d'ailleurs pour l'étude en tant que telle ; c'est de savoir si il existe des similitudes dans les comportements, les discours, les actions des jeunes diplômés et leur mode de vie (la famille, le quartier, les amis...)

Concernant les entretiens à mener, Catherine me fait part de ses craintes quant à mener des entretiens au près des jeunes diplômés BTS dans les quartiers.

Par rapport au stage, nous avions fait l'hypothèse qu'un grand nombre de Bac+2 seraient enthousiastes de parler de leur trajectoire, de leur devenir professionnel et peut être de leurs difficultés d'accès au marché du travail. Pour Catherine, il ne faut pas croire que c'est parce qu'on a à faire à des jeunes diplômés que cela fasse tomber les barrières, qu'elles soient sociales ou institutionnelles.

La condition de diplômés Bac+2 ne suffirait pas à assurer une confiance en soi, à mettre en place une trajectoire qui serait hors quartier, hors des amis du quartier, et davantage une construction pour soi, plus personnelle. Au contraire, lors des réunions dans les quartiers, ces jeunes diplômés BTS ont tendance à maintenir un discours commun sur le monde de l'entreprise et du travail, ils forment avant tout un groupe dans le quartier. La plupart vont adopter le discours de celui qui parle le plus. Il s'agit avant tout de faire lien, de faire exister le groupe face à des personnes vues avant tout comme les représentants de l'institution.

Ce qui pose question, c'est cette mise en relation : jeune diplômé et jeune de quartier. Face au groupe à l'intérieur du quartier, le jeune diplômé doit tenir un type de discours qui est celui qui sera accepté par le plus grand nombre, et qui en général, comme le dit Catherine, est un discours qui met à distance l'entreprise et le monde du travail.

Cette tendance ne serait plus la même si on s'intéresse à des niveaux de diplômes plus élevés, les Bac+5 DESS. Ces personnes ont davantage fabriqué leur projet professionnel, ils ont une réelle motivation, et une trajectoire d'études universitaires. Ce qui est très important car cela signifie qu'ils ont déjà appris à travailler seuls, à se « débrouiller » dans le monde de l'Université.

Les diplômés DESS dans les quartiers sont aussi davantage des filles. L'accès au DESS est aussi un moyen pour ces filles de mettre la famille à distance, de quitter un peu le quartier, et pourquoi pas un moyen de s'émanciper.

Concernant les parrainés, Catherine insiste sur le fait que ceux qui ont une réelle motivation sont largement près à quitter le quartier pour travailler n'importe où en France.

Ce qui ressort de cet entretien, c'est qu'il existe bien une corrélation entre le quartier et les discours sur le monde professionnel, et de surcroît, les démarches mises en place, les postures adoptées dans la recherche de travail.

L'attachement au quartier et le discours de groupe peut se voir de deux façons. Les jeunes se replient sur eux parce qu'ils ne parviennent pas à trouver du travail, le fait de rester dans le quartier et de partager le même discours est une manière de créer du lien, de tenir une posture solide, un moyen de se rassurer et de dénoncer de façon collective les institutions, et le monde des entreprises. L'échec face à leur devenir professionnel aurait pour conséquence le repli sur le quartier et le renforcement du groupe de pairs.

A l'inverse, on peut penser que ces postures et ses comportements ne favorisent pas la recherche d'un emploi. Ces jeunes diplômés se mettraient d'office en retrait en refusant le parrainage. Ce qui compte avant tout, c'est le groupe d'amis et la vie dans le quartier.

Est ce l'échec professionnel qui accentue l'ancrage dans le quartier ou est ce que l'attachement au quartier créer des situations d'échec ?

Ces jeunes diplômés BTS que l'association essaie de convaincre par le biais des réunions d'observations dans les quartiers fonctionnent de façon collective, et sont davantage des garçons.

A l'inverse, une jeune femme titulaire d'un DESS, ne connaît pas le même attachement au quartier. Selon Catherine, beaucoup de jeunes femmes titulaires d'un DESS sont mobiles et recherchent une certaine indépendance.

3.1.2. La Mission Locale :

Personne rencontrée : Piveteau Thierry, assistant coordination des antennes

Mr Piveteau est chargé de la coordination entre les missions locales de l'ouest et du nord de l'agglomération.

L'antenne du campus accueille des jeunes avec un niveau IV et plus. Au début, elle était expérimentale puis elle a été maintenue. Les problématiques rencontrées sont différentes des publics habituels qui ont un plus faible niveau.

En 1999, la question s'est posée de créer une entité avec des partenaires pour pouvoir mieux répondre aux problématiques spécifiques de ces jeunes diplômés qui étaient de plus en plus nombreux à solliciter la mission locale.

T P « On a décidé de créer en 1999 une antenne spécifique pour les jeunes ayant un bac et ayant été inscrits en études supérieures d'un trimestre à 3 -4 ans. Il y a peu de solutions professionnelles quand on n'a pas suivi un cycle universitaire entier. Le gros du fichier est de bac + 1 à bac + 3. Nous ne recevons pas les étudiants, les personnes doivent être sorties du cursus.

C'est la seule antenne qui ne soit pas territoriale. Dès lors que les jeunes ont suivi un cursus universitaire, ils sont orientés à l'antenne du campus. Ils sont orientés par les autres antennes territoriales de la ML, les CMS, l'ANPE et le bouche à oreille. On ne fait pas de publicité, cela n'a pas de sens.

On reçoit 1600 jeunes par an, la moitié d'entre eux constitue de nouvelles inscriptions. Le renouvellement est plus important que sur les autres antennes de la ML (1/3 de renouvellement par an).

Personnel de la ML antenne campus : 2 conseillères en insertion, 1 secrétaire, 1 animatrice de l'espace documentaire.

L'ANPE des jeunes diplômés est accessible seulement pendant 1 an après l'obtention du diplôme. Après 1 an, les possibilités de suivi des jeunes diplômés sont plus limitées.

A l'origine, on recevait principalement des personnes ayant suivi des filières universitaires classiques (droit, LEA, Littérature...). Depuis quelques années, on voit davantage de filières courtes (BTS). C'est un fait marquant. Ce sont de nouveaux publics qui rencontrent des difficultés pour l'accès à l'emploi.

Les personnes qui sollicitent l'antenne ont un point commun : ils connaissent une vraie fragilité par rapport à l'insertion sociale, professionnelle. Le fait d'avoir fait des études n'est plus un gage d'insertion. Les parents, généralement issus d'un milieu modeste, ont investi dans les études de leurs enfants et ne comprennent pas pourquoi ils ne trouvent pas de travail. La notion d'échec vécu par ces jeunes est d'autant plus rude, d'où leur fragilité. Pour certains, ils sont plus fragilisés que ceux qui ont fait des niveaux V et IV.

Ces jeunes pour la plupart sont titulaires d'une bourse. Beaucoup échouent la première année d'études et ils ne touchent plus de bourse. De ce fait, ils cherchent un petit boulot pour pouvoir continuer leurs études. Mais, le temps passer à travailler dépasse le temps passé à étudier.

Ils arrivent à se maintenir dans leur logement avec leur petit boulot. Ils finissent par arrêter leurs études. Dans les années 90', le délai moyen entre la fin des études et la demande de suivi à la ML était de 3 ans, aujourd'hui ce délai n'est plus que d'un an et demi du fait que l'information arrive plus rapidement. On peut leur proposer une aide financière pour leur permettre de rester dans leur logement.

Ces personnes doivent abandonner leur projet professionnel initial. Ils ont besoin de reconstruire un projet professionnel ainsi que de retrouver confiance en eux pour trouver un emploi ou une formation. On retrouve cette problématique auprès du public des autres antennes.

On a souvent coutume à penser que les jeunes avec bac + ont davantage de facilité, hors ce public n'est pas apte à aller directement à l'emploi.

Les difficultés psychologiques et les problèmes de santé sont importants. La ML fait des prestations autour de la question de la santé.

Le public de l'antenne-campus ayant une compréhension plus rapide que ceux des autres antennes, on aborde beaucoup de questions dans un cadre collectif (beaucoup d'atelier d'informations sur l'emploi et la formation). Par contre, le coeur de la relation se fait avec un conseiller, pour une question de confiance.

La session de recherche d'emploi est de 4 semaines, dont une semaine en collectif. Après cette session, le jeune peut venir tant qu'il veut, la porte est ouverte. On fait des permanences sans rendez-vous pour les adhérents déjà inscrits. La ML prend en charge les frais postaux, fax, Internet, téléphone. Si, on n'a pas de nouvelles pendant trois mois, on fait une relance par courrier. Mais en général, on n'a une bonne connaissance (90% emploi ou formation).

On propose aussi un système de parrainage pour les personnes ayant un niveau inférieur à bac. Pour ceux qui ont bac +, on les oriente vers « un parrain, un emploi ». Mais, ce n'est pas toujours évident car quand ils ont déjà une relation privilégiée avec une conseillère, ils doivent re créer une relation de confiance avec un parrain. Quand la personne adhère, c'est intéressant.

On travaille avec le PLE, mais on n'a pas de bilan car c'est une coopération récente. On y oriente les jeunes des ZUS.

On oriente aussi vers Challenges Emploi. On est aussi en relation avec les organismes de formation qui propose des contrats en alternance (assistance de direction, métier de l'assistanat, industrie...)

Certaines entreprises nous donnent des offres d'emplois, mais ce n'est pas notre métier, ni notre objectif. On essaye plutôt qu'il y ait une meilleure connaissance entre les jeunes diplômés et les entreprises. On demande aux employeurs de venir présenter leur entreprise et leurs techniques de recrutement.

Dans le discours, les jeunes de Bellevue font davantage référence à la discrimination. Mais quelle est la part du mythe ? On n'a pas de réelle conscience.

Il y a quelques années, les employeurs disaient très clairement qu'ils ne voulaient pas de tel type de personne. Aujourd'hui, on ne rencontre plus ce discours, mais on n'a une communication officieuse entre professionnels, comme une liste noire des employeurs que les professionnels de l'insertion ont intégré ».

Personne rencontrée : Person Bérengère, Conseillère :

« La ML reçoit des personnes ayant un niveau maximum à bac + 3, on ne peut pas recevoir tout le monde.

Ils viennent souvent pour définir une orientation, pour beaucoup la faculté ne leur a pas convenu. 53 % ont un logement autonome, ils sont déjà partis de chez leurs parents et ils veulent garder leur logement.

On en a beaucoup en rupture familiale.

La ML finance un fond d'aide aux jeunes, à hauteur de 930 euros par an.

Le public, c'est de la crème. Il n'y a jamais de violence. C'est un public autonome.

Pour beaucoup, il faudrait travailler sur la mobilité. On remarque qu'ils veulent rester à Nantes et dés fois, ils ont des réticences à se déplacer à l'autre bout de la ville : une jeune qui vit à St Herblain a refusé un CDI à St Sébastien du fait de la distance, une autre devait avoir 3 mois de formation à Montaigu pour un CDI dans le secteur bancaire, elle a également refusé du fait de la distance entre Montaigu et Nantes.

Dès fois, on constate des problèmes de comportement. On souhaite mettre en place des tables rondes sur le savoir être. Les jeunes ne savent pas saisir les opportunités : lorsque les entreprises viennent pour les journées d'information, aucun ne laisse un CV. Il y en a qui ont peur de faire des démarches, de se confronter aux employeurs. Certains ne sont pas à l'aise pour décrocher le téléphone, ils sont assez timides, ils ont un peu peur. Ils ont besoin d'entendre qu'ils ne sont pas nuls ».

3.1.3. L'Observatoire de La Vie Etudiante :

M. Pierre Cam est professeur de sociologie à l'université de Nantes et directeur d'études de l' « observatoire de la vie des étudiants ».

Il a un avis transversal sur les conditions d'insertions professionnelles des jeunes issus de l'immigration. Mais son avis est aussi et surtout axé sur le parcours universitaire des étudiants.

Selon M. Cam, l'échec des étudiants d'origine étrangère tout comme les étudiants d'origine française, s'explique d'abord par leur parcours universitaire. En effet, si les études supérieures sont considérées aujourd'hui comme l'une des conditions favorables pour l'insertion professionnelle, elles ne sont pas acquises par qui veut. Ceci dit, « près d'un quart (1/4) des étudiants aujourd'hui s'arrête au niveau maîtrise » d'après Monsieur Cam. Alors que l'enquête du CEREQ « génération 2001 » montre bien que les étudiants ayant effectué des études supérieures de troisième cycle ont plus de chance sur le marché d'emploi que ceux qui n'ont que le diplôme de premier et de deuxième cycle.

Le taux de chômage des jeunes de moins de 30 ans est presque deux fois supérieur dans la région pays de la Loire qu'à la moyenne nationale16. L'explication de Pierre Cam témoigne ce chiffre :

Selon Monsieur CAM, « il y a assez d'emploi professionnel avec les diplômes des IUT et des DUT qu'en BTS sur la région ».

D'autres parts « la région pays de la Loire n'est pas très favorable aux jeunes débutants, parce qu'il y a pas de grandes entreprises ici ». Il estime également que « cette région est plutôt agroalimentaire » ce qui explique une forte augmentation du taux de chômage dans la région notamment chez les jeunes ayant des diplômes pour les domaines tertiaires ».

Existe t-il une discrimination territoriale ?

À propos de la discrimination, « un Nantais à 10 fois plus de chances sur le marché d'emploi qu'un étranger quel que soit son origine ».

La marginalisation des quartiers sensibles et la discrimination des jeunes issus de ces quartiers ne passent plus inaperçus, même les chercheurs qui ne font pas de ce phénomène un objet d'étude spécifique le reconnaissent. Ainsi, selon M. CAM, « les recruteurs font ou faisaient attention à l'adresse des candidats ».

En effet, l'autonomie financière s'annonce déterminante dans la candidature pour un emploi, « l'objectif est de comprendre le mode de vie de la personne, les conditions d'accès au marché du travail est aussi défini par son mode de logement ».

Comment se positionnent les jeunes issus de l'immigration par rapport au marché de l'emploi ?

En ce qui concerne la discrimination par rapport aux « jeunes issus de l'immigration », elle est plutôt contre carrée par les jeunes eux-mêmes et parfois par des stratégies « d'anticipation » et de « réseaux ».

La discrimination est d'abord « sexiste », c'est-à-dire que ce sont les jeunes filles qui sont les plus discriminées

« Les jeunes issus de l'immigration ayant plus ou moins une perception du marché de l'emploi notamment par rapport à la discrimination, adoptent des stratégies. En effet, après la sortie du système scolaire, avec un diplôme d'étude supérieure de troisième cycle ou deuxième cycle, les jeunes issus de l'immigration, « généralement les filles d'origines maghrébines » cherchent du travail dans le public pour échapper à la discrimination ». Le secteur public est considéré comme un levier « ces jeunes pensent qu'il y a moins de discrimination dans le public», ce qui signifie que ces jeunes ne se reconnaissent pas employables dans les entreprises.

16 D'après l'édition régionale de France3 du 12 avril 2005.

Quant aux jeunes garçons, ils mettent en place un réseau de relation depuis le lycée, d'autre part ils optent pour le déplacement sur la région parisienne ou d'autres grandes villes. Ce phénomène de déplacement est surtout remarquable chez les jeunes sortant des IUT, DUT, BTS. Dans cette optique, nous dirons que les jeunes construisent et utilisent le capital social d'ou le réseau amical, mais également, qu'ils ont parfois des projets professionnels. Ils font ces formations professionnelles dans la région ici pour aller à Paris après la formation».

La question de la discrimination à l'emploi a servit à beaucoup de réflexions et de recherches. Mais les fondements ou les raisons de ce phénomène restent encore mystérieux.

La crise identitaire : À travers leur identité et leur comportement culturel, les jeunes issus de l'immigration sont parfois discriminés. Le fait que les jeunes filles soient les premières et les plus nombreuses à êtres discriminés s'explique par le « contrôle social » qu'elles subissent de la part de leur famille ou de leur mari,» un « exemple de ce problème culturel est le port des foulards », mais aussi par le « système communautaire » que ces populations mettent en place qui « les coupe du monde du travail ».

L'origine géographique : les garçons peuvent également être victime de discrimination par leur origine

Enfin, le comportement des clients d'entreprises : monsieur Cam estime que « certaines entreprises sont réticentes aux jeunes d'origines africaines par clientélisme ». Cette forme de discrimination est surtout présent dans « les banques et dans l'immobilier ».

En somme, pour éviter ces types de discrimination, les jeunes préfèrent aller à « Paris où il y a moins de discrimination, parce que les entreprises de là-bas sont habituées à ces étrangers ».

Lorsque nous résumons cet entretien avec M. Pierre CAM, nous retenons trois idées essentielles.

Le rapport au savoir : il faut d'abord expliqué l'échec des jeunes par leur échec scolaire et universitaire. Cet échec s'explique par l'âge, des jeunes qui pensent qu'ils sont en retard, par les conditions socio-économiques, mais également par l'orientation universitaire après le bac.

La crise identitaire: les jeunes par la pression des parents et de leur communauté n'arrivent pas à renoncer à certains éléments de leur culture qui constituent des handicaps pour l'emploi.

La présence d'un capital social (réseau amical), d'une stratégie de recherche d'emploi (l'anticipation par déplacement de la région), et la question de l'employabilité ».

3.1.4. Entretien « Challenge Emploi ». Mme DROUET et Mr MARAIS Cadre de l'action :

Challenge Emploi » s'adresse à des publics de formation supérieure sans qualification professionnelle. Les diplômés sont issus de formation de type généraliste. La mission est double : il s'agit de clarifier l'orientation professionnelle et d'aider à la recherche d'emploi.

Une partie du public est bénéficiaire du RMI, et certains résident en ZUS. Les diplômés effectuent un travail pour eux et pour tout le groupe. Ils effectuent un stage d'observation dés la deuxième semaine. Les travaux se font en groupe à la suite du stage. Au bout de quatre semaines, ils font un second stage (pratique) en entreprise, avec un objectif d'emploi. Au bout de trois mois, il y a un suivi et des entretiens individuels.

Challenge Emploi » travaille avec le CCAS, l'ANPE, certains organismes de formation, la Mission Locale (antenne campus), le PLI.

En 2004, la proportion des diplômés résidants en quartier était relativement forte. En 2005, les diplômés sont davantage des bénéficiaires du RMI et résident moins en quartier.

Concernant les profils et les trajectoires :

« Pour les quartiers prioritaires, le public, en 2005, est davantage constitué par des jeunes de moins de 26ans, avec une origine hors communauté européenne. Les diplômes vont de Bac+1 à Bac+3, ils sont un peu plus diplômés que les bénéficiaires du RMI. La durée de chômage est plus importante que les personnes hors quartier. En 2004, Sur 18 personnes issues des quartiers et hors RMI, 16 ont connu plus d'un an de chômage.

Concernant les trajectoires, le fait de ne pas avoir de qualification professionnelle est un véritable frein. Beaucoup de jeunes ont des préjugés sur l'emploi et ne savent pas vers quoi se diriger. Ils ont pour la plupart une capacité de réflexion ; ils ont une capacité d'analyse, de communication et d'adaptation plus développée que ceux qui n'ont pas fait d'étude.

La personnalité représente également un frein, ils ont un profil psychologique plus fragile. Beaucoup ont connu des ruptures familiales, « certains ont été trop couvés », ils restent dans une position entretenue par l'environnement familial, et qui se répercutent sur leurs exigences quant à trouver un certain type de poste. « Certains se sentent bien chez eux et cela joue sur leur devenir professionnel.

L'origine étrangère est sans doute un frein à l'emploi. En quartier, le taux de chômage est plus
important, les jeunes sont entretenus dans une culture du chômage ; certaines personnes n'ont jamais

connu leurs parents travailler, et l'entourage des parents, les voisins...travaillent peu. On ne développe pas la culture du travail17.

Concernant les idées politiques locales, l'idée est de dire que ces diplômés peuvent être moteur dans les quartiers et que si ils ne trouvent pas de travail, on doit se demander quel impact cela aura sur les quartiers. Le devenir professionnel de ceux qui ont fait des études, et qui ne trouvent pas de travail est encore plus important en quartier que hors quartier.

La durée de chômage est plus élevée pour les personnes en quartier, si cette durée devient importante, cela devient un frein en soi.

Au niveau de la situation familiale, on retrouve beaucoup de femmes seules avec des enfants.

Concernant les employeurs, le fait d'être d'origine étrangère n'aide pas, c'est visible, la discrimination est visible. Pour certains jeunes, en France, on est raciste, ou les personnes l'expriment davantage. Le ressenti est négatif.

Il existe un effet « se sentir victime », beaucoup ressentent une appréhension dans leur recherche d'emploi, disent que ce n'est « pas la peine », il y a une sorte de « fatalisme ».

En entreprise, le fait d'habiter un quartier ne représente pas un frein, ce n'est pas l'adresse en elle même. En quartier, les liens sociaux sont plus forts, les gens sont plus nombreux à être dans la même situation.

L'hypothèse serait de dire que le gens qui ont trouvé une situation stable quittent le quartier et sont remplacés par des gens qui n'ont pas de travaille.

Pour les femmes issues de l'immigration, notamment maghrébine, la question de la famille est importante, on reproduit la vie vécue pendant l'enfance et l'adolescence. On se marie très jeune avec quelqu'un qui vient du pays, il est difficile d'accéder à un emploi car il y a d'autres priorités. Concernant les attitudes, c'est souvent plus facile avec les hommes qu'avec les femmes, les garçons sont plus facilement ancrés dans la logique de la victimisation. Il y a davantage de Bac+2 chez les hommes et davantage de Bac+5 chez les filles. Pour les garçons, le discours que l'on entend souvent, c'est « ça s'est pas bien passé...il m'a pas entendu...ça ne vient pas de moi... ». Ils ont du mal à se projeter, plus que les femmes qui se remettent davantage en question. Cela est peut-être du à la logique de l'honneur.

Les publics accueillis par l'association sont également moins mobiles.

C'est certainement dans un premier temps la conjoncture qui joue et une sorte d'accumulation, le nom et la discrimination, la condition sociale, la vie matérielle et économique, les ressources...la culture, la famille, le quartier et les amis, les discours...une sorte d'acculturation...et le sexe, la distinction entre les filles et les garçons.

17 Voir « des profils psychologiques plus fragiles en ZUS », P 54.

Tout cela joue comme un processus, un mécanisme dans l'embauche, également le fait de se sentir victime ou pas.

Il y a des difficultés à élargir le projet, le secteur recherché, des postes différents ».

3.1.5. Entretien réalisé au lycée Albert Camus avec monsieur Le Grand coordinateur du lycée Albert Camus:

La valeur d'un diplôme professionnel est aujourd'hui liée en partie à l'établissement. C'est une des raisons pour laquelle les établissements de formation professionnels rétrécissent leur nombre d'admission pour donner des formations plus efficaces aux élèves et plus adaptées aux entreprises.

Ainsi, selon monsieur Le Grand, « le lycée Albert camus est un lycée réputé aujourd'hui. Cela s'explique par la dure sélection établit pendant la période d'admission des candidats par rapport au nombre de candidatures qu'ils reçoivent ». À cet effet, pour 35 places, ils ont reçu 850 candidatures en 2004. La sélection se fait par des critères presque semblables à ceux des employeurs :

-L'adresse du candidat et celle de ses parents,

-La profession des parents (avec précision s'il s'agit d'un emploi commercial), -Le parcours scolaire (lycée, bac et série du bac, lieu et date d'obtention), -Scolarité post bac,

-Les raisons de motivation pour cette candidature.

En revanche, cette dure sélection « n'exclut pas totalement les élèves issus des quartiers sensibles, comme Malakoff, les établissements de formation professionnelle, ont connu une évolution dans le recrutement de ces jeunes, d'ailleurs, notre établissement fait une concurrence avec d'autres établissement pour le recrutement des jeunes issus des quartiers sensibles » nous confie un professeur du lycée Albert Camus, qui enseigne depuis 12 ans dans l'établissement.

Afin d'honorer cette qualité de formation, le « lycée Camus met à la charge des élèves d'énormes travaux scolaires donc une dure formation. Cette charge n'est pas supportable par tous les élèves, certains se désistent avant la fin de l'année. La résistance à cette charge fait la différence entre les élèves de formations différentes à la base, notamment entre les élèves de la STT et ceux du bac pro ».

Bourdieu disait que certains élèves de « parents non professionnels » dont la réussite scolaire n'était « statiquement » pas prévue arrivent à s'échapper. Mais cette réussite des jeunes issus des quartiers sensibles en milieu scolaire ne définit pas toujours leur réussite dans la vie active. Celle ci se complique pour certain depuis le stage de professionnalisation qui n'est pas toujours acquis. Comme dans les entreprises de recrutement pour emploi, le lieu de stage devient un obstacle pour des jeunes

issus de ces quartiers dits en difficulté aux près des entreprises, cette difficulté s'explique parfois par le comportement de ces jeunes « nous-nous engageons aux près des entreprises pour chercher un stage, mais parfois on a du mal ». « Une fois j'ai contacté une entreprise qui avait déjà reçu des élèves de ce lycée pour le stage, elle me répond qu'elle ne veut pas avoir un sac au dos » disait monsieur Le Grand pour témoigner des difficultés des jeunes mais aussi mettre la lumière sur l'image qui est donnée à ce lycée à l'extérieur et celle que l'on attribue aux jeunes issus des quartier sensibles.

Selon monsieur Le Grand, la difficulté d'insertion des jeunes issus de ces quartiers est plus complexe qu'on le croit. Elle s'explique d'abord par des raisons « culturelles, en particulier, certains jeunes sont confrontés au problème de la langue, ce qui rend difficile leur communication et donc leur insertion ».

« Le second problème que l'on remarque chez les jeunes aujourd'hui en général est celui du projet personnel ou professionnel ». Ce qui veut dire que plusieurs jeunes sans exception d'origine ou de lieu de résidence font ces études de professionnalisation sans au préalable avoir une idée de ce qu'ils veulent faire après l'obtention du diplôme.

« Ce manque de projet professionnel chez les jeunes est surtout remarquable chez les garçons. Nous ne connaissons pas la proportion entre les deux genres sur la question... Mais tout de même il faut noter que les jeunes filles sont plus soucieuses et cherchent plus de renseignements sur le marché de l'emploi avant d'entrer dans cette formation. En effet, il a été remarqué que les banques et les assurances sont les entreprises qui recrutent les plus parmi les sortants de ces formations, cela s'explique d'une part par le secteur d'activité, mais aussi par le coût de la main d'oeuvre. Quant aux intérims, ils recrutent moins par rapport à tous les autres secteurs d'activité relevant ces formations. Cela se comprend, c'est un secteur d'intermédiaire qui a une prestation en ressources humaines à rendre. Alors les jeunes sortants n'ont pas assez de chance par rapport à leur expériences actuellement il été ressenti un manque ou il y a une demande de garçon plus forte dans ces secteurs mais ces jeunes garçons ne sont pas ou sont très peux organisé pour répondre à cette demande ».

Au delà des expériences et des problèmes de projets professionnels « se trouve la question de la discrimination. Elle est très complexe, parmi les jeunes qui ont un projet professionnel, les jeunes issus de l'immigration sont les moins représentés. Monsieur Le Grand n'a pas manqué de signaler la question du territoire. Ainsi, « le lycée Albert Camus, même si les choses ont changé, garde son ancienne image » ce qui veut dire que le lycée est situé dans quartier chaud, donc fréquenté par des élèves moins désirables sur le plan professionnel. « Plusieurs personnes continuent à appeler le lycée Camus le lycée Bellevue ».

En résumé les idées essentielles de cet entretien sont les suivantes :

Une évolution dans le recrutement dans le lycée A. Camus notamment pour les jeunes issus des ZUS, Une difficulté pour les jeunes en général et en particulier les jeunes garçons à se projeter dans l'avenir,

Des problèmes culturels qui s'imposent aux jeunes issus de l'immigration dans la construction d'un projet clair en fonction de la réalité du marché d'emploi,

Une réticence des entreprises, donc une discrimination par rapport aux jeunes issus de ce lycée qui souffre de l'image du quartier Bellevue.

3.2. L'enquête qualitative au près des jeunes diplômés

Notre hypothèse englobante est qu'il existe un lien entre la dynamique culturelle de la famille et du quartier et la représentation des jeunes, ainsi, les sociologues de l'école de Chicago disaient ceci : « les bandes ou plus simplement les groupes de jeunes ne sont qu'un phénomène consacré et ordinaire au regard des cultures populaires et/ou au regard des cultures de minorités ethniques. D'une façon générale, leur intégration s'effectue graduellement par l'éducation des parents et l'éducation scolaire 18». Cette dynamique culturelle se traduit d'une part, par une rupture avec le réseau relationnel à l'extérieur du territoire, en reprenant les termes de la sociologie des réseaux (Granovetter)». Les liens forts » (familiaux) et « les liens faibles » (scolaires, amicaux, professionnels) se combinent pour apporter aux jeunes une plus ou moins bonne connaissance du marché du travail ». Et d'autre part s'exprime en terme de dépendance comme le logement (le fait d'habiter chez ses parents), professionnelle (le chômage, l'emploi précaire...), matrimonial (célibataire sans enfant).

Ce qui détermine le choix du travail sur les jeunes est que le facteur territorial ne peut évidemment pas être isolé des autres caractéristiques de la population concernée qu'il s'agisse du statut socioprofessionnel des parents, de la nationalité. Comme le montre l'enquête « génération 98 » du CEREQ, « le fait d'entrer sur le marché du travail avec un diplôme de l'enseignement supérieur reste fortement corrélé à l'origine sociale. Ainsi, 66 % des jeunes diplômés d'une école de commerce sont issus d'une famille dont au moins un des parents est cadre contre 6 % pour les jeunes sortant du milieu scolaire sans aucune qualification ». D'un autre coté, l'attitude des intermédiaires (mission locale, ANPE, associations...) fortement mobilisés par les jeunes qui disposent moins de capital social, est influencée par l'anticipation vis-à-vis des critères de recrutement. À ceci s'ajoute l'attitude des jeunes qui est marqué par l'intériorisation du fait discriminatoire et la dévalorisation de son capital social.

Autres indicateurs : l'habitat est corrélateur de l'accès à des sources culturelles ou linguistiques, sociales, économiques, juridiques...

Les ZUS signifient une « concentration et une ségrégation » de l'habitat des populations, et de ce fait, une précarité des ressources et de l'environnement de ces populations.

18 Extrait de « la crise des banlieues » de J.M STEBE, PUF 1999

Il existe un paradoxe entre la difficulté de créer des relations en dehors du quartier, l'environnement des amis, les réseaux sont plutôt restreints... et l'existence du lien social à l'intérieur du quartier, les liens de proximité et de solidarité, les liens communautaires. Est-ce seulement un paradoxe ou est-ce que l'existence de ces liens à l'intérieur du quartier limite la création de liens à l'extérieur ? Les jeunes diplômés qui habitent en ZUS ont peut-être moins de contacts pour trouver du travail correspondant à leur diplôme. Leur réseau lié au marché du travail est peut-être plus restreint.

Il s'agit de mettre en évidence le mécanisme existant entre ces logiques, la perception des jeunes diplômés et leur condition d'accès au marché du travail. Pour cela, il faut dégager des constantes, faire apparaître les différences et réussir à construire des familles de cas de façon thématique.

J'ai fait le choix de partir de ce qui se dégageait de façon globale, pour ensuite mettre en évidence les spécificités quant aux situations diverses et variées.

Les similitudes dans les discours tenus par les jeunes diplômés, qu'ils soient issus de l'immigration ou non, résidants en ZUS ou non, se retrouvent surtout dans leur perception du marché du travail. Le rapport à établir est celui d'un jeune diplômé et de son accès à un emploi. La majorité partage le même discours quand à la situation du marché du travail, les difficultés liées à la conjoncture, le manque d'expérience, et également leur regard sur les dispositifs publics. Je ne pense pas qu'on puisse opérer une problématique ZUS et Hors ZUS à partir de ces éléments. Cependant il est important de souligner que les formes de discours sont similaires quand à la vision du marché du travail.

Par ailleurs, il me semble judicieux de partir de ces thèmes (conjoncture, marché, difficulté à l'embauche), pour comprendre ce qui se cache derrière. Si à partir de ces thèmes, les perceptions sont similaires, il en va autrement dans la façon d'aborder les difficultés, de mettre en place les stratégies pour trouver un emploi. La question du marché du travail est ramifiée à une multitude de questions, qui font apparaître les distinctions dans le rapport à l'emploi entre le fait d'être en quartier ou non, d'être issu de l'immigration ou non, d'être une fille ou un garçon...Le principe de l'entretien est d'ailleurs posé comme tel, partir de la situation du diplômé et de sa recherche d'emploi pour aborder des questions plus personnelles, des trajectoires de vie, des évènements marquants, et faire apparaître des profils parfois fragiles, mais aussi pour comprendre ce qui fait levier et ce qui fait frein.

3.2.1. Capital social, logiques de distinction et d'identités, logiques de la discrimination et de l'employabilité :

Les hypothèses sur la question des jeunes diplômés et de leurs conditions d'accéder au marché de l'emploi doivent également reposer sur une analyse et un travail qui s'attachent à comprendre les ressentis, les comportements, les logiques de réception, les attitudes face à leur situation et à l'accès au marché du travail.

Pour cela, nous nous sommes appuyés sur un certain nombre de questions élaborées à partir des hypothèses soulevées. Pour que le travail d'entretiens soit le plus significatif possible, afin de rendre compte de la diversité des situations, et comprendre les processus entre les jeunes et leur rapport à l'emploi, les hypothèses sont élaborées à partir de trois pôles centraux et des jeux d'interaction entre ces pôles.

Il faut s'intéresser à la sphère du capital social, c'est-à-dire la mobilisation des ressources qui peuvent faciliter l'accès au marché du travail ; la sphère des logiques de distinction et d'identités ; et enfin la sphère même des logiques de la discrimination et de l'employabilité.

Il s'agit de comprendre le mécanisme entre ces 3 pôles, les mécanismes d'interaction entre les sphères. Par exemple, les situations d'attente, les stratégies, les résistances.

Une seule et même hypothèse n'est pas attachée à un seul et même pôle, elle se construit à partir de l'interaction entre les trois pôles.

En ce qui concerne les questions de la grille d'entretiens, on va s'intéresser à développer chaque thème (amis, famille, quartier, entreprise, services publics...) du point de vue de chaque pôle.

Les hypothèses les plus concrètes et les questions les plus factuelles sont attachées au pôle du capital social et au pôle de la logique de la discrimination et de l'employabilité. Le troisième pôle, celui de la question de l'identité joue un mécanisme ou processus d'interaction entre les deux premiers pôles. Il est en quelque sorte la clef de voûte pour comprendre la relation entre le capital social et l'accès à l'emploi, c'est par lui que s'élaborent les types de discours, les sentiments, les façons d'être, ...une production d'éléments qui peuvent nous aider à comprendre une situation donnée dans les difficultés à accéder à l'emploi.

Du fait du jeu des interactions entre les sphères, certains éléments peuvent constituer un frein ou un moteur selon la manière dont ils sont vécus, perçus et parfois utiliser en terme de capital, de revendication, ou de stratégie.

Bien sûr, il faut faire attention aux prises de décisions et aux choix qui peuvent être faits de façon consciente ou non consciente. Les hypothèses soulevées comme la proposition des « pôles » ne fonctionnent pas indépendamment les unes des autres. Une hypothèse peut se vérifier dans un cas et s'infirmer dans l'autre, les processus ne peuvent se comprendre qu'à travers l'analyse des différents éléments, liés entre eux. Un changement de situation par rapport à la famille pourra entraîner un changement dans le rapport aux amis, au quartier et peut être dans la façon de concevoir le monde du travail.

C'est l'ensemble des réponses données par le jeune qui nous permettront de dégager une cohérence au travers de la trajectoire, du discours, du comportement, et donc d'expliquer telle ou telle situation quant à l'accès à l'emploi.

Il existe une corrélation et un rapport de cause à effet entre le fait de quitter la cellule familiale, avoir moins de relations avec les amis du quartier, et davantage avec l'extérieur, d'une mobilisation plus importante des outils et des services d'informations quant à l'accès au travail, d'un dynamisme et d'une motivation plus soutenus, de discours et de perceptions abordés avec plus de quiétude quant au marché du travail...

L'application d'un de ces éléments n'entraîne pas l'application des autres de manière systématique ; le jeune diplômé peut avoir son propre logement, ses amis dans le quartier et vivre de petits boulots...mais la jonction entre ces éléments, la prise de décisions dans ce sens, font preuve d'une certaine cohérence et font naître une situation qui semble plus appropriée et plus profitable à la recherche d'un emploi.

Reste à savoir si un de ces éléments a plus d'impact sur les autres, et s'il peut exister « un effet boule de neige », lequel de ces éléments serait alors « prioritaire » ?

Pôle logique de discrimination : la question de l'employabilité.

-Les patrons, les entreprises

-Les calculs faits par un patron, les injonctions -La discrimination raciale

-La valeur du diplôme et de la formation sur le marché du travail

Pôle logique identitaire, (les effets de distinction).

-Discours tenus sur le quartier.

-Discours tenus sur l'avenir, la société, le monde de l'entreprise, la discrimination, l'intégration.

-Le rapport aux amis et les discours tenus par les amis. -Le rapport à la famille, à la tradition, à la religion.

-La question des ressentis, des sentiments quant à la recherche d'un emploi, lors d'un entretien d'embauche.

Interaction

Pôle logique du capital social : les ressources et les mobilisations.

-La famille

-Le quartier

-Les amis

-Les ressources financières

-Les conditions matérielles de vie -Les trajectoires

-Les contrats de travail

Interaction

Il s'agit de comprendre le mécanisme entre ces 3 pôles, les mécanismes d'interaction entre les sphères. Par exemple, les situations d'attente, les stratégies, les résistances.

Aucune

participation à la vie du quartier

Relations hors quartier

Eloigné de la

famille

3.2.2. L'hypothèse d'un idéal type :

Discours sur la

discrimination : combatif, revendicatif

Discours sur la discrimination : consensuel

Vie participative au quartier

Attachement fort à la famille

Relations dans le

1/ Exemple (su

ype) : Personne très attachée à la famille, participation associative

quartier

dans le quartier, les amis sont uniquement dans le quartier, il n'y a pas de connaissance en dehors du

quartier, le discours tenu à propos de la discrimination est plutôt de type « revendicatif » et « combatif ».

2/ Exemple (sur la base d'un idéal type) : La personne est peu attachée à la famille, elle n'a pas ou peu d'amis dans le quartier (mais à l'extérieur), elle n'a aucune vie participative au quartier, le discours tenu sur la discrimination est plutôt de type» consensuel ».

3/ Exemple. La question de l'entre deux : la personne a des amis à l'intérieur et à l'extérieur du quartier, elle est active dans le quartier et à l'extérieur du quartier. Attachée aux valeurs familiales, et traditionnelles mais ouverte aux autres cultures...

Quel type semble être le plus à même d'accéder au marché du travail ; le schéma permet peut-être d'expliquer les résistances, les mobilisations, l'attitude, les formes de caractère, certains sentiments exprimés, des postures quant à la recherche et l'accès au travail.

Comment identifier les freins et les moteurs ? En terme de capital social, les amis et la famille constituent-ils un frein ou un moteur ?

3.2.3. La perception des jeunes diplômés vis-à-vis du marché du travail : un frein pour

tous :

La conjoncture du marché vu comme un frein :

Les jeunes diplômés qui ont obtenu leur diplôme en 2002-2003 ont subi une situation économique
dégradée. A chaque niveau de formation, ils ont au bout de trois années de vie active, un taux de

chômage supérieur à celui de leurs pairs de la génération 1998, qui avaient bénéficiés d'une conjoncture porteuse.

Karim (garçon, issu immigration, ZUS). « En Maîtrise, j'ai eu un CDI en entreprise, j'ai démissionné à l'obtention du diplôme. Pour la recherche d'emploi, je suis passé par l'ANPE, par les sites Internet et les offres des quotidiens. J'ai passé beaucoup d'entretiens, j'ai eu aucun poste en CDI...c'étaient des CDD, des missions avec l'Intérim. Ca ne correspondait pas à ce que je voulais, j'envisageais pas ça comme ça. J'ai été complètement surpris, je pensais qu'il y allait avoir plus d'offres, je ne pensais pas avoir de difficultés à trouver. Les profs, au niveau du BTS, ils étaient très très vagues, en entreprise, on était susceptible d'être embauché. Mais aujourd'hui, il y a beaucoup de gens avec un BTS, le marché est saturé ».

Si la vison du marché du travail est similaire entre les diplômés ZUS et hors ZUS, les garçons issus de l'immigration et résidants en ZUS vont plus facilement suggérer la discrimination (par rapport aux filles issues de l'immigration). Les diplômés non issus des ZUS insistent davantage sur le fait d'être trop jeune et de manquer de qualification.

Les filles issues de l'immigration insistent davantage sur leur personnalité, contrairement aux garçons, et plus particulièrement les garçons issus de l'immigration qui vont plus mettre l'accent sur un cumul de ce qui fait frein : la conjoncture, le manque d'expérience et la discrimination. Ce sont les trois freins qui ressortent le plus chez les garçons issus de l'immigration. Ces freins sont vus d'une façon globale, comme un ensemble. Les filles issues de l'immigration vont détailler ces freins, parler de leur manque d'expérience, de la conjoncture et minimiser le facteur discriminatoire pour mettre l'accent sur leur personnalité et la persévérance.

Le manque d'expérience :

Les jeunes diplômés ont dans l'ensemble des difficultés importantes à rentrer sur le marché du travail, qu'ils soient issus d'un quartier ou non, issus immigration ou non. Les principaux freins énoncés sont relatifs au manque d'expérience, au fait d'être trop jeune ou trop qualifié.

Cécile (fille, hors ZUS) :« En BTS, on avait des profs et des professionnels, des responsables d'agences d'intérim venaient nous parler. On a eu deux stages de quatre semaines, c'était en formation continue, maintenant, je me dis que j'aurais préféré une formation en alternance, avec l'alternance, je me dis que les entreprises doutent moins de nos compétences. J'ai fait des missions sur trois quatre semaines, mais ça n'englobait pas le poste. J'ai eu des difficultés, l'expérience et la jeunesse, c'était surtout ça les difficultés, on me disait que j'avais une bonne présentation mais que je n'avais pas assez d'expérience. Je suis allée de petites missions en petites missions ».

Lilia. (fille, issue immigration, ZUS) : « Je crois que le problème aussi, c'est que je n'ai pas assez d'expérience...j'ai fait des stages au Crédit Agricole...Je crois qu'il faut laisser leur chance à ceux qui n'ont pas d'expérience. Maintenant, on demande deux ans d'expérience au minimum ».

Cécile : « J'ai eu beaucoup d'entretiens dans l'immobilier, je présentais bien, mais eux me disaient que j'étais trop jeune et que je manquais d'expérience. J'ai abandonné. Je voulais essayer dans la Communication et la Publicité, c'est un travail qui me plaisait. Je voulais tenter une approche dans ce secteur en tant qu'assistante. J'ai pas eu l'occasion. Ce qui revient beaucoup, c'est le manque d'expérience et qu'on est trop jeune. Ils voulaient quelqu'un qui connaisse bien. J'ai une amie qui est assistante de direction, elle n'arrive pas à s'installer. Elle a 23 ans, et si on regarde son CV, on pense qu'elle en a trente avec tout ce qu'elle a fait, aux entretiens, on lui, dit...on pensait voir quelqu'un de plus âgé. Ils font plus confiance à quelqu'un qui a la trentaine que quelqu'un qui a 23ans. Ils recherchent un type précis, ils ont leur critère de sélection ».

Karim : « On me dit souvent dans les entretiens d'embauche que c'est le manque d'expérience...il y a peut être d'autres raisons. La discrimination existe...j'ai un ami, on lui a dit clairement ».

Ici aussi, les garçons parlent plus facilement du facteur discriminatoire et font le lien entre la discrimination et le manque d'expérience. L'hypothèse sous jacente est de dire que d'une façon globale, les garçons issus de l'immigration subissent davantage la discrimination que les filles. Cela a une incidence sur la perception du marché du travail, et le positionnement quand à la recherche d'emploi. Ce sentiment est corrélé à d'autres mécanismes (abordés plus loin), les garçons sont moins autonomes par rapport à leurs parents, au groupe de pairs et au quartier, ils parlent moins de leur personnalité et sont davantage dans un discours de `victimisation'. Cela dit, leur discours permet aussi d'identifier des faits discriminatoires de façon objective alors que les filles vont hésiter de parler de la discrimination car elles ont davantage conscience que le fait de se constituer comme victime est déjà un frein dans la recherche d'emploi.

La perception négative sur les dispositifs publics :

D'une façon globale, les diplômés ont une vision très négative des dispositifs publics et tout particulièrement de l'ANPE. Ils semblent qu'il existe un problème de communication entre ces dispositifs et les jeunes qui ne comprennent pas le fonctionnement et les objectifs de ces services.

Marina, (fille, issue immigration) : « La Mission Locale, ça me fait un petit peu peur, je vois des gens qui y vont, ce sont des cas sociaux. A L'ANPE Bellevue, c'est des gens qui veulent pas s'en sortir, quand on va la bas, c'est différent, c'est pas le même milieu. J'ai du mal avec les gens `cas sociaux', c'est au détriment de tout un quartier. Ces gens là ne vont pas m'apporter grand-chose ».

Abdel (garçon, issu immigration ,ZUS): « Par rapport à l'emploi, la Mission Locale, c'est le pire, y a rien, c'est des emplois fictifs...la Mission Locale, ça sert à rien. A l'ANPE, c'est pareil, ça sert à rien, il n'y a jamais d'offres. Je me suis inscrit à l'ANPE de La Bottière, mais les conseillés, ils font rien ; tu t'inscris et voilà, c'est tout. Moi, je faisais mes recherches d'emploi par Internet ou avec la Presse : Ouest-France et l'Expresse...l'Expresse, y a des trucs.

Karim : « Les dispositifs d'aide à l'emploi, l'ANPE, ce qu'il propose...je suis capable de le faire par moi même, de faire mes propres recherches...j'ai eu des entretiens, des réunions. Mais j'avais pas vraiment besoin d'eux...pour moi...c'est non...c'est plus une formalité administrative. J'allais sur le site de l'ANPE sinon pour avoir des offres...mais les CV, les lettres de motivation...j'ai pas besoin. Ce qu'il me faut dans la recherche d'emploi, c'est la dernière touche. Je privilégie les offres ».

Lilia : « J'ai Internet chez moi, sinon, je suis passé par l'ANPE, la mission locale. La mission locale, c'était l'antenne Campus...c'est pas une aide...c'est une perte de temps. Sinon, je passe par des annonces, par des candidatures. Je suis aussi allée à l'ANPE quartier nord, ils conseillent...c'est plus libre ».

Nasser : Pour l'ANPE, quand je me suis inscrit, j'ai eu un entretien individuel, j'ai été, ça s'est très bien passé ; et après c'est vrai que eux, ils nous proposent rien, après l'entretien individuel, vous avez des annonces qui sont à l'ANPE, vous avez Internet, vous les consultez, puis c'est ou, point final, dons au début, ça m'a pas trop gêné mais c'est vrai qu'après au niveau du regard vers l'ANPE, je pense...ils nous aident sans plus, ils font leur travail, point final. Il n'y a vraiment aucune aide, c'est pour vous dire que moi depuis le mois de septembre...parce qu'au début j'étais inscrit à l'ANPE de Jules Verne, en fait eux, ils devaient m'orienter vers l'ANPE de Saint-Herblain qui s'occupe de mon domaine, tout ce qui est industrie, qualité ; ce qu'ils n'ont pas fais depuis septembre octobre jusqu'au mois de mars, ils m'ont laissé à l'ANPE de Jules Verne, donc mon dossier, il est passé à la trappe. Et au mois de mars, quand ils m'ont contacté pour un autre entretien individuel, ben là ils se sont aperçus...non monsieur Benhali, on s'est trompé, votre dossier, il est passé à la trappe ; vous devez pas être à l'ANPE Jules Verne, parce que maintenant l'ANPE c'est sectorisé, pour l'industrie, c'est l'ANPE de Saint Herblain, ils m'ont dit ben vous êtes passé à la trappe, on s'est trompé...Au bout de six mois, ben vous êtes à la mauvaise agence, on est désolé, excusez nous, ben après comment on peut avoir une bonne image...c'est l'administration ANPE qu'ont fait une erreur grossière comme ça. Depuis le temps, je les contacte plus, je me gère tout seul ».

Une perception fausse du marché de l'emploi à la sortie du diplôme : la recherche d'emploi et la confrontation à la réalité

Les personnes issues de l'immigration sont plus nombreuses à trouver un travail qui ne correspond pas à leur formation initiale. Elles connaissent plus facilement le « décrochage » et le « découragement », des situations qui doivent être mises en lien avec un environnement plus fragile et des réseaux de connaissance avec le travail plus faibles.

Cécile : « Ma vision pendant le BTS, je pensais que ça irait, je me disais que je verrais bien par la suite si il y a un secteur qui me plaît plus. J'ai eu mon diplôme en juin 2003, et en octobre, je n'avais toujours rien ».

L'utilisation des ressources externes

Abdel: « Dans mon domaine, dans le Commerce, j'ai pas de réseau, j'ai des amis un peu partout, mais pas dans ma branche. J'ai un ami du BTS qu'est parti en Allemagne. Au BTS, la prof a trouvé du boulot pour dix personnes, mais pas pour moi...je lui avait demandé de l'aide pour le rapport de stage, mais elle m'a pas aidé, elle avait ses chou choux ; pourtant, j'avais de bons résultats...mais c'était toujours...y'a ça qui va pas...mais heureusement, il y avait un soutien des autres élèves ».

Concernant les associations d'aide à la recherche d'emploi, il n'y a pas de parcours type, la façon dont les personnes sont orientées est très variable et elles mêmes n'ont pas une vision d'ensemble. Les diplômés vont chercher les informations à droite à gauche, par connaissance, des amis, l'ANPE...

Nasser : L'association, c'est par connaissance. Mais étant donné que normalement, un parrain un emploi, c'est des prestataires de l'ANPE, c'est chose qu'ils n'ont pas faite l'ANPE, c'est-à-dire de me présenter au début, ben...un parrain un emploi, ça ils ne l'ont pas fait. Ils m'ont jamais parlé de ça. Pourtant j'étais inscrit chez eux depuis sept huit mois. Donc chose que un parrain un emploi n'a pas compris, ils m'ont dit normalement au bout de cinq six mois, ils auraient dû vous contacter, nous on travaille avec eux, on est une association qui vous aide dans votre démarche de recherche d'emploi. Chose que l'ANPE n'a pas faite, donc, encore un deuxième point négatif. Normalement, c'est leur rôle, mais c'est moi-même qui aie pris l'initiative de contacter l'ANPE pour savoir si ils pouvaient m'inscrire à l'association, parce qu'il faut être inscrit à l'ANPE pour bénéficier des prestations de l'association ».

Ceci met aussi l'accent sur un problème de communication entre les services publics et les diplômés, qui semble-t-il, n'ont pas toutes les informations nécessaires dans leur accompagnement à la recherche d'emploi.

Les assos sont aussi vues comme une aide psychologique.

Frédéric (garçon, français et camerounais) : « La Mission Locale, je ne peux pas cracher dessus, ils
m'ont beaucoup aider, c'est grâce à elle que j'ai pu me retrouver à Challenge. Elle a fait un boulot
énorme, si tu montres qu t'en as envie, elle te lâche pas. L'ANPE...il faut de l'expérience, j'avoue que

là en ce moment, c'est eux, c'est en train de me faire chier ! Le poste, même si t'as le profil, il faut 2

ou 3 ans d'expérience, y a pas de suivi ».

Cécile : « Je suis à un point où je sais plus trop où j'en suis. Je vais aller voir la Mission Locale, je suis dans mes démarches, je vais faire une sorte de bilan de compétences avec eux. Je cherche soit une formation, ...mais aussi quelqu'un pour me recadrer. J'aimerais pouvoir m'installer dans un poste. Par rapport à ma formation, ça peut être lié, j'aimerais bien...mais pourquoi pas tout autre...je ne sais pas ». Pour la Mission Locale, c'est ma soeur qui m'en a parlé...elle me disait...si tu veux te faire de l'expérience...je suis à l'ANPE de jules Verne et je vais allé à la Mission Locale de La Halluchère. Maintenant, j'ai pris un peu confiance. Mon père et mon ami, ils me boustent. Ils disent que je suis une personne gentille, travailleuse...je sais que j'ai du mal à me mettre en valeur. Par rapport à un employeur aussi. Avec la Mission Locale, j'y vais aussi parce que je veux savoir si j'ai des qualités. Je dois faire un travail sur moi même, et allier ça avec le professionnel, tout est lier ».

Abdel : « Et sinon, il y a eu l'asso, le parrain, là c'était bien ; le parrain, il me laissait pas tomber, à l'asso, ils te soutiennent, il y a un suivi. Ils m'ont motivé, et autrement, les sites Internet ».

Cécile : « À l'ANPE, j'ai eu un entretien pour mon inscription, et c'est tout. C'est à moi de venir les voir si j'en ai besoin. Je fais la démarche d'aller les voir. A l'ANPE, j'y étais de juillet 2003 à début mai 2004, j'ai eu deux annonces. Sinon, je vais aller à la Mission Locale, je regarde les sites Internet...Ouest emploi, Ouest job. ...tous les sites...ça marche, il y a des retours, mais ces des retours négatifs ».

On voit ici de quelle façon les diplômés opèrent une distinction entre les associations et les services publics comme « Challenge emploi, Un Parrain, un Emploi... », cela montre aussi une certaine confusion par rapport à ce qu'ils attendent de ces services. Le discours sur les associations est très positif parce qu'il offre un accompagnement, un soutien psychologique et un rapport plus individualisé et moins abstrait que l'ANPE. Cela a des conséquences sur la vision qu'ils se font de l'ANPE, très négative, parce qu'ils ne font pas nécessairement une distinction dans les missions attribuées à ces services.

En terme de préconisation, il s'agit de travailler sur les liens entre la perception du marché du travail à la sortie des études, le regard sur les dispositifs publics et l'utilisation des ressources externes. On sent qu'il manque un fil conducteur pour ces diplômés, ils vont se renseigner à droite à gauche sans vraiment comprendre le fonctionnement du service public et son rôle. D'où la nécessité de la mise en débat entre les différents acteurs (scolaire, éducatif, professionnel et service public) au-delà du frein liée à la discrimination, mais simplement pour que les diplômés sortent du système scolaire avec une vision plus objective du marché du travail et des outils qu'ils seront amenés à utiliser dans leur recherche.

Les stratégies de recherche

Cécile : « En gros, j'ai dû avoir une quinzaine d'entretiens d'embauche. Le plus, c'était pour l'immobilier, et aussi les banques. Ces entretiens je les eus, c'était surtout par les candidatures spontanées, j'envoyais une lettre de motivation, un CV, et ma photo. Avec les offres ANPE, j'ai toujours eu des réponses négatives. Je n'essayais pas vraiment de trop cibler. Je ne personnalisais pas l'entreprise dans même, les lettres de motivation, c'était plutôt des lettres types. Pour les candidatures spontanées, j'ai du en envoyer trente par secteur, ça fait une centaine, plus l'ANPE. Si je n'avais pas de réponse, je rappelais ».

Karim : « J'essaie de cibler là où je suis le plus compétent, mais on essaie d'élargir...parce que ça marchait pas. J'essaie de mettre des mots clefs dans mes lettres de motivation, des accroches. Pour les entretiens, j'essaie de faire comprendre que je n'accepterais pas le poste dans n'importe quelle condition. Mais les offres que j'ai, c'est des contrats pour deux trois mois, pas plus. Je suis mobile, j'ai fait beaucoup d'entretiens en dehors de Nantes...à Paris, à Orléans...j'essaie d'élargir, d'être plus mobile. Je suis en recherche d'emploi depuis septembre 2004. Je travaille beaucoup par Internet, j'ai envoyé plus de 500 CV et lettres de motivation, juste une vingtaine par écrit. Je travaille beaucoup informatiquement, surtout quand j'ai pas d'emploi, je vais consulter 4, 5 sites régulièrement, matin, après midi et soir. Mais si je décroche un travail, même précaire, je le fais, je prends du coup moins de temps pour ma recherche ».

3.2.4. La filière d'étude structure le jeune diplômé :

Le choix du parcours universitaire comme moyen d'émancipation pour les filles issue de l'immigration

Malika : « Je suis contente d'avoir fait ce parcours long...la Fac n'était pas une contrainte, je n'avais pas de pression, pas d'objectifs à atteindre. Cela m'a permis de me construire...quand on est issu de l'immigration, et qu'on habite dans un quartier populaire...y a un facteur économique qui joue, les revenus sont assez bas. Il y a un décalage économique avec les amis au lycée ou à la Fac...Moi, je pouvais pas avoir d'argent de poche...et je dis merci à mes parents, ça m'a amené à travailler très tôt, à me débrouiller par moi même. Si j'avais pas fait le parcours universitaire, je serais peut être mariée avec trois gosses à l'heure qu'il est. J'ai des amies et aussi des cousines rebeu, beaucoup se sont mariées. Pour moi y plusieurs croisements, y a aussi la notion de classes sociales...Pour une nana aussi, si elle n'a aucune perspective professionnelle, plus à côté de ça la dimension économique et plus la dimension culturelle, ben elle va trouver son salut ou sa légitimité à travers le mariage. A un moment, après 25 ans, ça craint de pas être mariée, ça c'est ce que je pensais quand j'étais à

Bellevue. Mais j'avais pas de pression familiale, c'est aussi la question sociale de pas être mariée à 25 ans. Pour moi, la Socio, c'est aussi l'apport d'une grande liberté, ça m'a permis de casser avec les jugements de valeurs. Moi, j'ai vraiment connu la contrainte économique, mes parents valorisaient les études...Quand j'ai connu mes amis à la Fac, je me suis un peu éloignée de la famille et du quartier...il y avait un décalage, je voyais moins mes amis du quartier...il y a avait un écart significatif. La troisième phase, j'ai voulu revenir, maintenant, j'ai repris contact avec des copines...je me retrouve dans des soirées complètement différentes...je suis à l'aise avec moi même...sur le plan identitaire. Je ne renie plus mes origines. Avant, j'osais pas dire que j'habitais Bellevue, la cage d'escaliers était très crade...et puis j'avais l'image d'une copine qui était au lycée Guist'Hau. C'était une période superficielle, la génération ado. En fait, j'ai amorcé ma trajectoire sur trois routes, l'identité, la trajectoire scolaire et la trajectoire professionnelle...J'ai pu avancer, et plus j'avançais...les études...c'était la route centrale pour moi. La Sociologie, ça m'a armé dans la vie, je ne suis plus dans un e démarche sociologique, je me suis réconcilié avec mon environnement ».

La trajectoire de Malika doit se comprendre à travers sa famille, son quartier et son milieu social. Elle est née au Maroc, est venue en France avec ses parents pour habiter à Bellevue. Elle vient d'un milieu modeste, ses parents n'ont pas beaucoup d'argent et ont six enfants, leur mode de vie est plutôt celui d'une famille traditionnelle maghrébine.

Malgré son début de parcours scolaire moyen, elle a un véritable désir de regagner la filière générale, et de poursuivre ses études. Il y a une sorte de complexe d'appartenir à une famille modeste, avec six frères et soeurs, elle comprend rapidement que c'est par l'école qu'elle va pouvoir se construire personnellement. Plus qu'un complexe, elle dit avoir eu moitié honte d'avoir six frères et soeurs. Cumulé à la situation familiale, il y avait aussi la peur d'appartenir au quartier Bellevue, qu'elle voyait `crade' et qui constitue un facteur de `la déchéance'.

Arrivée à la Fac, la transition avec les études supérieures ne se fait pas aussi facilement, le décalage existe, elle commence à se faire des amis, mais reste deux ans sans avoir le DEUG. Puis, l'intérêt qu `elle porte à la Sociologie se traduit par une réussite aux examens. Le fossé se creuse avec ses amis du quartier, la famille...d'une part parce qu'elle fréquente de plus en plus des gens de l'Université, et d'autre part, la Sociologie en tant que discipline scientifique l'a fait réfléchir sur sa condition de fille habitant à Bellevue dans une famille maghrébine.

Le choix de la filière universitaire n'a pas été fait par rapport à un choix professionnel qui n'est pas encore bien dessiné, même à la fin de l'université, mais davantage pour lui permettre de connaître autre chose, de se construire, moins par rapport à une pression familiale (il n'y a pas de pression familiale) que pour comprendre les décalages économiques et culturels qu'elle a connus pendant sa trajectoire. Comme elle le dit, la Sociologie lui a `donné des armes', les études, c'était `sa route centrale'.

Le projet professionnel s'est fait tardivement, parce qu'il n'était pas réalisable avant. Il fallait qu'elle comprenne dans un premier temps sa condition, son milieu, l'accepter, et accepter le décalage, mais également comprendre qu'il fallait rompre avec le quartier qui est perçu comme un danger... Il faut pour se construire rompre avec la famille et le quartier. Une fois cette étape franchie, elle s'est construite professionnellement.

Hadia (fille, issue immigration, ZUS) : « Avec les autres du quartier, on n'a pas gardé contact, il y a un fossé et un décalage qui se créent. T'as une personne qui part pour la Fac et parallèlement une personne qui part pour l'usine ou qui va se marier. Par rapport au cercle d'amis que j'avais au lycée, le jour où on part...Il y a un fossé qui s'est creusé...Ça diminue comme la peau de chagrin. Après, j'avais plutôt des amis de la Fac. C'est un choix que j'ai pu faire, les échanges sont plus intéressants, même si les personnes ne connaissent pas ton domaine, elles s'intéressent. J'ai un ami qui était en études d'ingénieur, j'y connais rien, mais je m'intéresse. Ce contact-là, j'en ai besoin...Car outre ma famille, c'est les seules personnes avec qui j'ai gardé contact...C'est un lien fort, essentiel. Quand on vient d'un milieu populaire, quand on a accès aux études supérieures, on est partagé entre deux mondes : un monde où la culture intellectuelle est valorisée et un monde où cette culture n'es pas connue. On se rapproche des personnes qui viennent du même milieu et qui en sont au même point. En Sociologie, j'ai pu rencontrer des personnes qui venaient du même milieu social que le mien, et même des personnes qui étaient en école de Commerce. J'avais envie de réussir, j'avais envie d'évoluer, après...par quel chemin... ? C'était au coup par coup ».

On voit qu'elle a eu un parcours actif. Elle n'est jamais restée sans rien faire. Il y avait une réelle motivation de faire des études. Comme pour Malika, les deux points forts sont de nouveaux la famille et le quartier. Il semble très difficile de jongler entre deux milieux, la position d'entre deux est délicate...le décalage et le fossé se creusent inévitablement. Non seulement, le fossé se creuse avec les anciens amis qui n'ont pas fait d'étude...mais également avec la famille. Le décalage est aussi culturel, `moi, je fais des études et mon ancienne amie travaille à l'usine ou est mariée', elle insiste sur la faible alternative qu'offre le quartier pour les jeunes issus immigration si ils ne partent pas. Encore une fois, il y a un désir de partir, presque de s'évader, rencontrer d'autres personnes, et petit à petit, une envie de découvrir un milieu plus cultivé et plus intellectuel, (sans prétention)...ce qui renforce et accentue la distance avec la famille et le quartier. Mais cela lui permet aussi de se construire, d'affiner son projet professionnel, qui là aussi, comme pour Naima, a été tardif. Il faut encore une fois construire un autre parcours, différent que celui qui est implicitement imposé par le quartier, la famille, décider de rompre et accepter que la distance se mette en place pour pouvoir enfin se construire dans le relationnel, le culturel et le professionnel. Il y a une idée forte de s'émanciper, de découvrir, de partager...

Le choix des études, la distinction entre le BTS et l'université

La socialisation induit une incorporation de normes et de valeurs collectives, mais c'est aussi la façon dont les individus sont perçus par les autres. Ceci peut procéder d'acteurs collectifs et institutionnels avec des contraintes plus ou moins fortes. On peut s'intéresser à la fréquence des contacts comme indicateurs : (avec l'école, les lieux de travail, les structures sportives, la vie associative, les services éducatifs et sociaux, les services municipaux...).

La confrontation à l'autre induit une pluralité hiérarchisée de normes ; Dans l'analyse des discours des structures, du système éducatif et des groupes de pairs. D'un côté, il existe une socialisation, mais il existe également des discours qui se leurrent et qui leurrent en poussant par exemple à une scolarisation longue, « une démocratisation scolaire ségrégative ».

On doit faire le parallèle entre la socialisation grâce au système éducatif et les conséquences de la politique de démocratisation du Bac sur les discours tenus par les instances, les acteurs collectifs et les conséquences sur les jeunes. Pour faire valoir son « capital social, culturel ou symbolique », la personne doit se trouver dans un environnement qui permette l'épanouissement de ses capitaux. Sinon il n'y a pas d'intérêt à cultiver les différentes formes de capitaux. (Avoir des diplômes mais ne pas trouver de travail).

Cécile : « Au lycée, j'étais à Blanche de Castille, c'est pas loin de La Beaujoire, vers La Halluchère. Je voulais faire des études courtes, j'avais envie que ça se termine. C'était un choix personnel. Le BTS, c'était un peu le hasard, j'avais pas d'idées précises, je me disais que j'aurais le choix de me spécialiser par la suite. Je voulais faire le BTS parce que pour moi, c'était le diplôme le plus facile d'accès et qui permettait d'arriver sur le marché du travail ».

Certains des jeunes rencontrés mettent l'accent sur les difficultés qu'ils ont rencontrées lorsqu'ils sont arrivés à un niveau d'études supérieures, c'est notamment le cas pour les jeunes issus des ZUS qui sont se sont inscrits à l'Université et qui se retrouvent rapidement dans une situation d'échec. Cet échec est du en partie au manque de repères et à l'absence de lien social que représente l'Université pour ces jeunes.

Constance (fille, 22ans,issue immigration,ZUS) : « J'ai été déçue par les étudiants, je sais pas comment c'est après, mais en première année, ils trichent beaucoup. Ma deuxième Licence, c'était en 2004 et 2005. Je sais que je déteste le piston ; j'avais 13 matières à passer, et j'ai été absente à une matière, ça m'empêchait d'avoir l'année, c'était une absence que j'avais pas justifiée, mais sinon, j'ai tout eu, sauf une pour mon absence. Ils ont rien voulu entendre. D'autres l'ont eu alors qu'ils avaient de moins bonnes notes. La prof pouvait me reprendre la note du premier semestre, j'avais eu

9, ce serait passé. Je crois qu'il y a du piston, les profs relèvent les notes de certains, un petit peu, pour que ça passe. Moi, y avait rein à faire. Il y a l'environnement familial qui joue, au niveau financier, j'avais peut être pas les mêmes aides que d'autres. Je n'avais pas confiance en les études, je me disais ça sert à quoi ? Sortie du BTS, j'avais beaucoup de déceptions, qui m'avaient cassées, amoureuse, financière, familiale, c'était pas la peine, et puis je me disais, j'ai pas envie d'arrêter maintenant. Le BTS, ça me permettait de me cadrer, si tu me laisses trop faire, je fais plus rien. A la Fac, le niveau n'était pas trop élevé, du coup je bossais pas trop, mais en licence, j'ai eu une claque, j'arrivais pas à m'intégrer...les profs, les étudiants. J'avais des choses à repasser du DEUG 2, au bout d'un mois, avec les exams de deuxième année, je pouvais pas allier les deux. Il n'y avait pas de coordination, j'ai été obligée de changer d'orientation, en Commerce international. A la Fac, les profs ont leurs têtes. Il faut des amis, je n'avais pas beaucoup d'amis ; je me suis fait une amie ou deux, mais elles avaient leur groupe, j'avais deux trois connaissances. Au BTS, on était beaucoup moins nombreux, c'est plus facile de se faire des amis ».

-Si on observe les quartiers HLM, on remarque une coupure croissante des habitants avec l'extérieur ; une puissance de contrainte du groupe local, une division sexuelle de l'espace, un enfermement dans l'espace local qui constitue à la fois une ressource et un piège.

-Entrer à l'Université et entrer sur le marché du travail signifie affronter des situations sociales qui sont hors de leur contexte. Les ZUS ou quartiers HLM représentent une forte densité de relations sociales, l'Université et le marché du travail induisent des difficultés à faire le deuil de cette vie sociale riche.

Il y a un lien entre le fait d'habiter en quartier, le choix de la filière universitaire et la volonté de rentrer sur le marché du travail, les personnes qui ont vécu en ZUS et qui ont fait l'expérience de l'université ont deux types de discours :

Soit l'Université est vue comme un épanouissement, un moyen de rompre avec leur univers, ces personnes ont alors une réalité objective du marché du travail et une conscience des difficultés à y entrer19.

Soit la personne n'a pas pu trouver ses repères à l'Université, s'est sentie perdue, elle est alors incertaine dans son discours vis-à-vis de l'emploi.

L'employabilité, la valeur et l'utilisation du diplôme

La détention de diplômes ne semble pas prémunir contre le chômage ; faute de réseaux sociaux sur lesquels s'appuyer pour la recherche d'emplois qualifiés.

De l'autre côté, cela produit une impossibilité d'un projet de vie reproduisant le modèle des parents.

19 Voir l'entretien avec Malika. P 90.

Qu'en est-il des situations d'entre deux, incertaines. Les personnes qui ont moins de repères, qui connaissent les situations conflictuelles, les conflits de génération mais aussi le décalage dans les attentes, dans les perceptions entre le père ouvrier et le fils d'ouvrier diplômé.

Aussi, l'insertion professionnelle est un moyen pour les femmes de quitter le quartier et la cellule familiale ; non seulement une possibilité d'échapper à un rôle traditionnel mais aussi souvent à un milieu social déstructuré et marqué par le chômage des hommes.

Il faut s'intéresser aux conditions d'accès au travail et à la stigmatisation des individus qui sont proches de ceux qui se sentent menacés et qui s'inscrivent dans un processus de légitimation et d'institutionnalisation.

La stigmatisation prend appui sur une instabilité des relations sociales et sur « une utilisation des problèmes personnels » d'autrui.

Les mécanismes de sélection sont fondés sur l'acquisition de normes sociales.

Les jeunes issus de l'immigration rechercheraient plus souvent un emploi par le biais de relations personnelles car les « filières de recrutement anonyme » font jouer la sélection à leur détriment.

Plus souvent, les jeunes issus de l'immigration ont des attitudes différenciées vis-à-vis des tâches inhérentes à chaque emploi. Par rapport à l'ambiance de travail, à la qualité des relations. Il s'agit aussi d'éviter les situations dévalorisantes. Ces exigences entraînent des comportements d'attente.

Il faut faire le parallèle avec la situation de leur père souvent défavorable qui ne leur fournit pas de références positives, et les incite, peut être, à une certaine méfiance. (Notamment vis-à-vis de l'institution).

L'inactivité des jeunes est une source de tensions à l'intérieur des familles. Les familles peuvent être marquées par l'urgence, ou par les évènements marquants de leurs trajectoires personnelles (souvent touchées par le chômage, la maladie, ou le décès d'un des parents par exemple).

Les jeunes issus de l'immigration algérienne ont des parcours très chaotiques et la plupart de ceux qui ont un emploi stable ont connu plusieurs statuts intermédiaires avant d'y parvenir.

Les femmes connaîtraient pour la plupart une longue période d'inactivité à l'issu de leurs études.

Il faut s'intéresser aux types de contrats, il peut par exemple y avoir un fort pourcentage de CDD, des mesures d'aide à l'emploi, des contrats d'intérim...

Quel type de travail trouvent-ils ? Correspond-t-il au diplôme ?

Pour les jeunes diplômés du supérieur issus de l'immigration, les emplois les plus courants seraient ceux de formateurs, d'éducateurs spécialisés et pour les femmes, la santé et le secrétariat. Il y a un déclassement vis-à-vis de la population des jeunes diplômés.

Abdel: « Là sur mon parcours scolaire, je suis déçu quand même, des fois je me dis que j'aurais mieux fait de faire un BEP...plutôt que de se prendre la tête avec les diplômes...ça sert pas forcément. Là, si j'ai repris les études avec la licence, c'est surtout pour les langues, pour améliorer le niveau en langues. Sinon, je vais faire ma vie...j'ai des amis, ils ont Bac+2 ou +3 et ils font de l'Intérim ».

Un moyen de rompre avec la logique du quartier et la stigmatisation (famille, groupe de pairs, et crise identitaire).

Derrière ces éléments, c'est l'élément de territorialité et d'appartenance au quartier qui prédomine, avec tout ce qu'il implique, et tout ce que cela peut créer comme freins. Les éléments d'hypothèses cités ci-dessus trouvent leur cohérence entre eux parce qu'ils sont déterminés et définis dans un espace géographique déterminé. C'est pour cela qu'on ne peut pas séparer la famille, les amis, les aides à l'emploi, les services publics ou plutôt leurs annexes, le système de réseau et de connaissances...on le voit tous les jours, quand on parle des incivilités urbaines, des violences à l'école, des problèmes de chômage, de précarité des familles20. Ces maux sont avant tout les conséquences d'une logique territoriale qui stigmatise un espace donné.

À propos de la « discrimination positive socio-économique » cela privilégie le principe de l'équité ; des traitements différenciés sont fondés sur des critères socio-économiques. Cela existe déjà : les ZEP, mises en place en 1981, les zones franches...

Le problème est que cette logique est fondée sur un ciblage territorial, elle repose uniquement sur le quartier et risque de renforcer les stigmates du quartier, et continuer ainsi à nourrir le mécanisme de l'enfermement.

On continue à vouloir apporter des solutions fondées sur la logique spatiale, géographique, alors que des solutions ne pourraient fonctionner que si on rompt avec cet espace déterminé, socialement et économiquement.

Il faut s'intéresser aux conséquences de cette discrimination positive, à l'impact sur les personnes, et aux réceptions des habitants sur ces mesures ? Cela concrétise l'idée du mal-être, de la dépendance sociale et économique, et la vulnérabilité (la leur et celle du quartier).

Du fait du déficit des services publics dans les quartiers sensibles, faut-il conclure à une implantation systématique d'équipements de proximité comme remède aux maux des banlieues ?

La proximité n'est pas perçue de manière univoque par les habitants d'un même quartier. Certains
veulent affirmer une volonté de distinction vis-à-vis de ce quartier dans lequel ils ne se reconnaissent
pas. L'utilisation des services de proximité est alors vécue comme stigmatisante. On chercherait moins

20 Se référer à la partie sur « les caractéristiques des ZUS ».

a proximité qu'une certaine normalité qui permettrait de se distinguer de ceux du quartier à qui sont destinés les services spécifiques.

Il existerait deux mouvements simultanés sur le territoire du quartier :

-Le maintien d'un certain brassage social.

-La différenciation sociale par la fuite des ménages les plus stables et les plus solvables.

Bien entendu, quand on est diplômé du supérieur, les possibilités de s'extraire de cette logique sont plus grandes mais loin d'être évidentes. Tout d'abord parce que les freins ou les handicaps que suscite le fait d'habiter dans un quartier sont généralement vécus comme non conscients. Le jeune qui décide de quitter le quartier a généralement pris conscience d'un processus qui s'est mis en place lentement avec le temps.

En effet, ces freins sont difficilement révélés ou révélables par les jeunes, puisqu'ils font partie de leur socialisation, ils existent dans le rapport aux autres depuis longtemps, ils sont de l'ordre d'un certain « habitus ». Comment qualifier comme handicapants des éléments qui sont à la base de la construction sociale de la personne ? C'est quelque part accepter que l'on ait soi même un handicap en habitant un quartier. C'est aussi « dénoncer » ce qui a constitué son apprentissage, son acculturation (la famille, les amis...).

C'est aussi pour cela, que le quartier représente une contrainte forte. Il existe quelque chose qui est de l'ordre de l'inconscient et de la construction de soi avec lequel il faut rompre.

Dans quel cas de figure se situent ces jeunes par rapport à ces questions d'attachement, de fuite, d'identification, au quartier. S'inscrivent-ils de manière active dans le quartier (en participant à la vie du quartier...) ? Ou font-ils tout pour être le moins possible dans le quartier, font-ils des choses pour mettre le quartier à distance ?

Est ce que ces jeunes font jouer leurs réseaux (amis, connaissance), ce réseau est-il à l'intérieur ou à l'extérieur du quartier ?

Qu'en est-il des formes de résistances, ont-ils un réseau, mais refusent-ils de le faire fonctionner pensant que la détention du diplôme doit leur permettre de passer par une voix plus institutionnelle ? (On s'interdirait « le piston » plus qu'ailleurs quand on est diplômé dans un quartier). Il y a l'idée de légitimer son parcours et de croire à la réussite par le mérite, au-delà d'une réussite scolaire, une réussite « en société ».

Quelles sont les aspirations professionnelles et les exigences ?

-Le fait de vouloir rester attaché au quartier et d'avoir un réseau dans le quartier peut être un moyen
d'accéder à une connaissance des logiques de discrimination et de mettre en place des stratégies
d'évitement. La personne fait marcher son réseau (les amis), il choisit par exemple de ne pas postuler

pour tel ou tel emploi car il faut donner son CV ou son nom. Dans ce cas, trouver un travail est fortement corrélé au cercle des amis, au groupe de pairs. Le champ du travail est restreint du fait de ces stratégies d'évitement.

-La personne peut s'être fixé comme objectif de quitter le foyer familial et l'univers social du quartier. L'institution scolaire représente alors un moyen d'atteindre cet objectif, le regard sur la scolarité est alors très positif, elle peut apporter les outils qui lui permettront de quitter son milieu social. La personne souhaite réussir un « parcours d'intégration » sans faute, elle veut être considérée comme « intégrée », voir « désethnicisée ».

Vincent (garçon, ZUS). « Mais le BTS, ça s'est très bien passé, ça été le déclic, je m'entendais très bien. Il y avait une super ambiance de classe, on faisait des visites d'entreprises. Ca été vraiment le déclic. J'ai aussi eu mon BTS avec mention. Après, j'ai fait une Licence, j'ai eu une mention Bien ; je voulais un Bac+3, pour l'homogénéisation des diplômes. J'avais hésité avec l'école d'ingénieurs quand j'étais en deuxième année de BTS...J'ai vraiment hésité de passer l'école d'ingé, finalement j'ai fait la Licence à Bordeaux, à l'Université, c'était des cours magistraux, des cours qui correspondaient à la fois à la deuxième année d'école d'ingé et des cours de Master. Je sais que les patrons regardent les stages. En Licence, j'ai eu un patron qui connaissait mon ancien patron...Tout le monde se connaissait. Les cours et les entreprises...C'était lié ; les profs s'investissaient. Là, dans ma branche, il y a pas mal de départ ne retraite, oui...Beaucoup de personnes qui partent en retraite...Et on trouve personne. Il y a plus de demandes que d'offres...Alors que j'ai des amis dans le Commerce qui trouvent pas. Mes amis de BTS ou de Licence, ils ont tous trouvé du travail. En BTS, on avait fait des portes ouvertes sur notre filière, mais ça attire peu de monde...Peut-être qu'il y a un manque d'informations. Au lycée, au départ, je n'envisageais même pas d'avoir mon Bac. En Terminal, ça ne m'intéressait pas, j'avais des notes pas terribles...Mais ça m'a laissé de bonnes bases. J'ai révisé pendant deux semaines, et j'ai eu 12 de moyenne, y a une part de chance aussi. Je suis retourné voir les profs de BTS au mois de juin, je suis invité à manger chez l'un de mes profs, avec toute la promo...Je les revois le mois prochain. En BTS, on a eu 100 % de réussite, c'est tous des amis. Déjà en BTS, on discutait du professionnel, ça pas toujours été ce qu'on voulait faire par la suite...J'ai un ami, à Saint Etienne, il a fait une école d'ingénieur, il s'est planté...Là...Il est au chômage, c'est pas bon sur le CV un échec...C'est pas uniquement le diplôme qui compte. Avec les patrons, ça s'est toujours très bien passé, à la fin du stage, ils étaient contents de mon travail. Y a pas longtemps, j'ai un patron que j'avais eu en stage, il m'a envoyé une offre, ils cherchaient un gars pour un poste. Dans ma filière, c'est hallucinant...Tous les jobs qu'il y a !...Par contre, les employeurs sont un peu radins. Mon choix, c'est pas par rapport au salaire, mais c'est plus géographique, je veux rester dans la région de Nantes. Bellevue, je m'y suis très bien senti. C'était une bonne expérience...Ça m'a appris à me démerder dans la vie de tous les jours. J'avais pas de ressources, ça m'a donné encore plus de gnak. Quand je suis arrivé en Licence, j'étais avec des gens qui étaient plus

aisés, mais ça...Je n'avais pas de barrière. La vie à Bellevue, c'était pas tous les jours facile, en BTS, c'est assez sélectif. J'ai eu pas mal de relations qui sont aujourd'hui en prison. Moi, je gérais mon truc de mon côté, et sinon, je les fréquentais dans la vie de tous les jours. Quand je fais le bilan, c'est une fierté...j'aurais pu mal virer, mais j'avais mon père sur le dos, j'avais pas de bonnes fréquentations. Ce qui m'a permis de m'épanouir, c'est de rencontrer de nouvelles personnes hors de Bellevue, de me faire de nouvelles relations. Au lycée, tu te fais influencer. Déjà, quand j'étais petit, j'étais un bon élève, mais j'étais pas toujours sérieux. Des fois, ça allait loin, genre les voitures...Je traînais pas mal dans mon quartier...Mais y a pas que des malfrats. On avait tous les mêmes fréquentations, j'avais aussi des amis dans le centre ville. J'avais tendance à pas dévoiler mes amitiés, je voulais pas mélanger mes amis, je les voyais séparément. Ca été ma force de m'insérer dans tous les milieux. C'est aussi grâce à mon père que j'ai réussi à aller au BTS...Il connaissait les gens que je fréquentais, il savait pas quels individus ils étaient, y en a, c'est de très bons amis...Même actuellement, ils connaissent mes parents, mon frère. Avec d'autres, j'ai coupé les ponts...On avait plus rien en commun. L'endroit où tu vis, ça influe sur ta façon d'être. Même par rapport aux patrons, j'avais un côté rebelle, j'en faisais qu'à ma tête...Mais j'ai mis de l'eau dans mon vin, j'essayais d'être le plus simple possible. Les premiers entretiens, c'était sur le physique, j'avais une tendance...J'y allais en survêtement, style `caëra'. Aujourd'hui, je me dis, heureusement que j'ai eu mes parents. Mon père, il m'appelle régulièrement, il influe dans ma vie de tous les jours...Il suffit de trouver le truc. Je comprends que des gens s'en sortent pas. J'ai une copine, elle a fait le choix école de Commerce, elle se demande toujours comment elle va gérer sa vie professionnelle. J'ai croisé un ami que j'avais pas vu depuis trois ans, il en revenait pas ».

3.2.5. L'environnement familial et l'environnement quartier :

Le rapport à la famille : un soutien ou un frein ? L'incidence sur l'autonomie et la mobilité

Par exemple, le fait d'habiter chez ses parents permet d'avoir moins d'inquiétudes quant à l'aspect financier, le jeune diplômé n'a peut-être pas besoin de trouver un « job » qui occasionnerait une perte de temps par rapport à sa recherche d'emploi, il ressent peut-être moins la pression du temps, et peut alors davantage affiner sa recherche, se renseigner, faire jouer son réseau, mettre en place des outils plus solides pour trouver un emploi, il a plus de disponibilités grâce à l'absence de contraintes financières. Cela dit, le fait de ne pas pouvoir quitter le milieu familial peut être un frein dans l'accès à l'emploi, notamment au niveau de la mobilité, mais aussi parce que quelque part la personne ne se sent pas prête à couper le cordon familial et à travailler si cela correspond pour elle à un sacrifice. On retrouve davantage ce genre de situation dans les familles mono parentales (une mère et ses enfants), en ZUS, ou le rapport entre mère et fille est très fort. Le lien familial est corrélé à la situation

financière, au mode de vie. La personne peut se sentir redevable envers des sacrifices faits pour qu'elle fasse des études.

Marina, (fille, issue immigration) : « J'aimerais rester sur le secteur de Nantes, je veux pas me détacher de Nantes, je veux rester avec ma mère et ma soeur. J'aurais du mal à les quitter, on est très lié. Ma mère, elle veut nous avoir à ses côtés. Pour moi, ma mère, c'est un exemple, elle est issue d'un milieu modeste, elle veut que je réussisse à l'école. Souvent, je me lève à sept heures et je commence mes démarches. Je sais que je manque de confiance en moi, j'ai vu un psy, ça va un peu mieux. Pour la recherche de travail, je suis motivée, en entretien, je suis déstabilisée. Je veux tout faire pour rester sur Nantes. C'est grâce à ma mère que je m'en suis sortie, elle n'était pas stricte mais attentionnée, c'est quelqu'un qui a tout fait pour nous, pour moi et ma soeur. Elle ne parle pas bien le français, elle nous a toujours payé des cours de soutien, elle bosse à 5 heures du mat et rentre à 19 heures, on se voit le soir. On a toujours tout eu, c'est pour ça, au niveau du travail, il faut que je trouve J'ai une famille très liée, on parle beaucoup, ça aide de communiquer, on s'est où on met les pieds. Plus tard, j'ai aimerais avoir un bon boulot et pouvoir acheter une maison pour ma mère, pour ma soeur et moi, sur le même terrain, c'est mon rêve ».

À l'inverse, si le jeune diplômé prend son autonomie, son propre logement ; il sera alors plus facilement contraint de travailler pour payer son loyer, pressé par le temps, il devra accepter un travail qui ne correspond pas forcément à son diplôme, peut être même un « petit boulot ». La pression financière, le besoin de ressources passe au premier plan au détriment de la valorisation du diplôme, de la recherche d'un travail légitime.

On peut aussi considérer que le fait de partir du logement familial et donc de s'éloigner de ses parents est une condition nécessaire pour démarrer sa vie de façon indépendante. Le jeune diplômé peut peutêtre créer plus facilement un réseau de connaissance, de surcroît, à l'extérieur du quartier, il acquiert une expérience, une motivation, et une assurance qu'il n'aurait sans doute pas en restant au sein de la famille. Le besoin financier peut aussi être un déclencheur, un moteur pour se vendre (avec combativité) sur le marché du travail. On peut faire l'hypothèse que le jeune qui a décidé de partir de chez lui, a pris cette décision en même temps que celle de faire valoir son diplôme, de mobiliser le maximum de ressources, et de trouver un travail correspondant à ses compétences.

Lilia : « Je suis née en Tunisie, je suis arrivée en France à même pas trois mois...sur le CV, je mets tout. Mes parents, ils me mettent la pression...il faut se lever tôt...ils voudraient que je devienne médecin ou avocat. Ma mère est femme de ménage et mon père a été professeur en France pendant un temps pour enseigner l'arabe, maintenant, il est ouvrier. Je crois que le rôle des parents, c'est important...et ce qu'ils font aussi...si mon père était médecin par exemple, je serais plus entourée...c'est plus tracé pour les riches. Mais à l'école, j'étais une bonne élève, mes parents m'ont

toujours poussé à bien travailler. Ce que je veux, c'est être indépendante, je refuse que mes parents financent mon permis ».

Constance : (fille, 22ans, issue immigration, ZUS). « Les études ça me prenaient la tête, ça ...je suis une feignasse. Je voulais être indépendante, aussi de mes parents. Pendant que j'étais à la Fac, je vivais à Pin Sec, pendant quelques mois. Il fallait que je parte, on était six avec ma mère. Je partageais ma chambre avec ma soeur. Ca joue sur le mental, faut avoir une sérénité. Chez moi, j'avais pas envie de travailler, au niveau de l'environnement déjà et aussi parce que j'avais pas envie. Au niveau de l'environnement, j'avais des pressions. Au collège, j'étais une tête, c'était génial. Ma mère n'a pas fait d'études, et il fallait que j'aide mes petits frères, et après je me disais, il fallait que je parte de la maison, je suis partie ».

La sociabilité et le rapport aux autres (la famille, les amis).

Il faut s'intéresser à la relation aux amis et au groupe de pairs. À l'aspect positif ou négatif que constitue le groupe. Le sentiment collectif du dépit, de la rancoeur, de l'amertume face au système institutionnel et au marché de l'emploi, voir aussi le discours sur le parallèle entre l'attachement au « modèle d'intégration français » et la perception de la société française et de son fonctionnement.

Le discours du groupe de pairs peut décourager, provoquer ou faire naître des sentiments d'amertume. Si le jeune diplômé ne parvient pas à trouver du travail, il va chercher les explications ou les justifications dans son environnement social. Quelle est la fonction, le rôle, la posture que tient le groupe de pairs ou des amis ? La question du sentiment collectif existe-t-il ? Retrouve t-on les mêmes types de discours selon des situations similaires ? Quel est le rapport aux amis et notamment aux amis du quartier qui n'ont pas fait d'études. Quel type de discours tiennent-ils ? Le groupe de pairs représente-t-il une contrainte, une pression ? Voir les différences hommes et femmes. Ex : les femmes sont peut-être plus nombreuses à fréquenter des personnes habitant hors de la ZUS. Le fait d'être confronté à d'autres milieux sociaux et d'avoir accès à un autre univers de référence crée-t-il un effet déstabilisant ?

Abdel : « Les gens que j'ai envie de voir, c'est surtout les gens qui travaillent, c'est eux qui peuvent t'aider. Je veux pas voir les pessimistes, ça sert à rien...après, si je pense à ça...j'avance pas. Je crois que c'est une question de temps. Ca fait que j'ai cherché du travail pendant sept mois...quand j'étais au Mans, c'était surtout des amis du BTS, ou des copains de copains. A la Bottière, c'est des amis de longue date...mais même si je pars, je garderais contact, c'est pas une rupture, il y a le téléphone.

Karim : « Je discute beaucoup avec des gens issus de l'immigration, pour beaucoup, les diplômes, ça
sert à rien, ils ont raison quelque part...ils disent...t'as fait des études, mais tu galères. Y'en a, ils ont
arrêté par la force des choses. Aujourd'hui, on ne peut pas dire faites des études et vous aurez un

meilleur salaire. Beaucoup de gens ont arrêté tôt, et il y a ceux qui sont en Intérim toute l'année, ou qui montent leurs affaires...ils se débrouillent très bien...plus les emplois non déclarés.

Si je faisais un retour en arrière, je me serais arrêté après le BTS, j'ai fait ce que je pouvais, ça ne vient plus de moi. J'ai essayé de continuer pour me différencier...mais ça ne sert à rien...enfin si...pour les connaissances...pour la culture générale, ça me sert, c'est enrichissant ».

Il faut derrière les données statistiques et les rapports rendants compte de la situation des ZUS et de l'immigration, s'intéresser à la manière dont les destins sociaux sont fabriqués, dont les histoires (familiale, scolaire, résidentielle, etc...) de chaque individu révèle que le champ des possibles scolaires et sociaux est étroitement délimité.

-On doit s'intéresser au sentiment collectif et à l'idée d'une trajectoire collective pour ces diplômés issus de l'immigration (notamment par rapport à la démocratisation scolaire). Le « nous » peut parfois être employé par ces jeunes des milieux populaires21.

-Il faut faire l'analyse du rapport à la culture et du rapport au quartier. Concernant le quartier, on ne peut pas échapper, ou très difficilement au lieu et à ses affiliations obligées. Les enfants vont à l'école du quartier, au collège du quartier et parfois même au lycée du quartier. Ils fréquentent les mêmes amis du quartier tout au long de leur parcours scolaire.

-En accédant aux études supérieures, il s'agit de faire des compromis qui permettent de continuer à être accepté par ceux qui n'ont pas continué leur scolarité, mais sans entrer directement dans leur jeu pour que cela ne nuise pas aux études. Comment et quand couper les liens avec les copains du quartier ?

-Il faut faire le parallèle entre les trajectoires et les attitudes scolaires et les formes d'enracinement dans le quartier.

Nasser (garçon, issu immigration, ZUS) : « Les amis dans le quartier, c'est pas du tout ça, c'est discours...euh...t'as vu, t'as fait des études et t'es rendu au même point que nous, voilà...à la limite tu t'es cassé la tête, alors que nous on est sorti en BEP et moi je travaille à l'usine, j'ai ma paye, toi t'as fait des études et t'es rendu toujours au même point. C'est dur à entendre, mais en voyant les personnes qui disent ça, je prends du recul quand même, ça rentre par la et ça ressort de l'autre côté, je préfère écouter ma conscience...ils sont un peu foutistes, ouais ils sont un peu foutistes on va dire. Les gens qui ont fait des études ils comprennent en fait, en fait on est sur la même longueur d'ondes, mais sur les gens qui n'ont pas fait d'étude, par rapport à la conjoncture, eux ils voient par rapport au chômage, qu'il n'y a pas de travail ; mais c'est vrai que je suis plus en accord avec des gens qui ont fait des études, on va dire qui ont fait un minimum d'études et qui savent ce que c'est, il faut passer par là, il faut galérer. Ça peut être un sujet de débat mais c'est ce que je leur dis, je leur dis moi j'ai rien perdu, au contraire j'ai tout à gagner en faisant des études, et un jour on verra, je leur donne

21 Voir l'entretien avec Catherine Barbier. Association « Un parrain un emploi ». p 42

comme exemple...on va dire on va rentrer dans une entreprise, on va dire par exemple comme agent de fabrication, après on te donne la possibilité d'évoluer donc entre une personne qui a un diplôme et une personne qui n'en a pas, c'est sûr que la personne qui a un diplôme elle va évoluer, elle va évoluer beaucoup plus vite qu'une personne qui n'a pas de diplôme et les diplômes sont là, donc forcément on a une culture...on a une culture technique et générale et avec les diplômes derrière donc forcément on va évoluer un peu plus. Oui ça crée un enrichissement, sur la culture ».

Lilia : « Mes amis, je les vois plutôt en dehors du quartier, et même en dehors de Nantes. Ma meilleure amie, elle est à Montaigu. J'aime pas trop le centre, genre Commerce, j'ai l'impression que tout le monde regarde. Mon amie qui habite à Montaigu, elle est plus aisée...moi ça va ...mais il me faut juste un boulot. Je crois que le rôle des parents, c'est important...et ce qu'ils font aussi...si mon père était médecin par exemple, je serais plus entourée...c'est plus tracé pour les riches. Mais à l'école, j'étais une bonne élève, mes parents m'ont toujours poussé à bien travailler ».

Un milieu social familial modeste en ZUS ; le diplôme, la fierté des parents, un moyen de ne pas reproduire le même schéma et de sortir de la précarité.

-Qu'en est-il de la mobilité sociale ? Il existe une volonté pour ces jeunes de quitter une position sociale (qui leur à été imposée plus ou moins implicitement) de fait par celle des parents, notamment du père, souvent assigné à un statut peu valorisant, nombreux sont les pères d'enfants issus de l'immigration qui sont ouvriers spécialisés.

Abdel: « Mon père est ouvrier et ma mère est sans emploi. Mon père, il a galéré 36ans à l'usine, c'est pour ça, ils voulaient que ces enfants fassent des études pour pas faire le même boulot. Mais de toute façon, on galère quand même...quand ils sont arrivés, ils ont galéré, ça change pas trop. Même à l'usine, il y a de la discrimination, c'est partout. Mes parents, ils sont marocains. Sinon mon frère, il est ingénieur, et mes soeurs, elles sont à Rennes, il y en a une qui est infirmière ».

Karim : « Mon père, il pense que les jeunes ne veulent pas travailler assez, c'est l'inverse de mon raisonnement. Pour lui, si il y a un travail, il faut le prendre, moi, je fonctionne à l'inverse. Pour moi maintenant, c'est inconcevable de travailler à l'usine, je vais pas me dévaloriser par rapport à ce que je sais faire. Pour mon père, je comprends qu'il pense ça, ils ont eu un passé plus difficile, son discours est contraint, moi j'ai pu accéder aux études et pas lui. Aujourd'hui, il est sans profession, il approche de la retraite, avant il était ouvrier agricole ».

Quelles sont les conditions matérielles d'existence et les conditions de vie ? On doit s'attacher à
connaître l'atmosphère du lieu de résidence ainsi que le rapport entre la sphère privée, la sphère

familiale et la sphère plus privée liée directement à la personne, la sphère intime. Ces questions sont aussi liées aux questions de précarisation des conditions de vie.

Pour le quartier, tous ceux qui habitent un quartier, ils veulent partir, tout le monde veut partir, on veut tous un environnement plus agréable, un meilleur cadre de vie, mais là aussi, il y a la discrimination au logement. Moi aussi, j'aimerais partir.

Le profil psychologique et les trajectoires de vie : des profils plus fragiles en ZUS

Cécile « En ce moment, je suis en pleine période de remise en question. Plus les jours passent, et plus je suis dans le flou. Je veux savoir ce que les autres pensent. Je doute beaucoup, au niveau de l'assurance, et du caractère, j'ai l'air comme ça, très sociable, souriante et tout...en entretien, j'arrive à avoir un bon contact. Mais à Phone Régi, au mois de mai, c'était terrible, je stressais pour l'entretien. Mais lors de l'entretien, on le voit pas. Sur certaines offres d'emploi, je ne réponds même pas, je ne suis pas sûre de moi, je pense que j'y arriverais pas, que c'est trop pour moi...je sais que je me pénalise dés le départ Je sais pas où je vais, je crois que je ne me connais pas trop en fait ».

Il faut derrière les données statistiques et les rapports rendants compte de la situation des ZUS et de l'immigration, s'intéresser à la manière dont les destins sociaux sont fabriqués, dont les histoires (familiale, scolaire, résidentielle, etc....) de chaque individu révèle que le champ des possibles scolaires et sociaux est étroitement délimité.

-Afin de comprendre les processus, il faut se pencher sur l'héritage culturel et économique, faire l'analyse du passé et de l'histoire.

-« Contre les discours actuels, que l'on entend régulièrement, à la télé ou à la radio, qui célèbrent abstraitement la République et en appellent à un retour à l'autorité, l'analyse des conditions d'existence, des scolarités, du mode d'insertion professionnelle des jeunes de milieu populaire déplace le regard en attirant l'attention sur la manière dont le passé de la « crise » des années 1980-1990 (précarisation des emplois, déqualification des ouvriers, recul du syndicalisme, moindre cohésion sociale et des modes de représentation populaire...) ne cesse de peser sur le présent, on le ressent fortement aujourd'hui. Cela imprègne les comportements de la plupart de ces jeunes de banlieue »22

Qu'est ce que signifie aujourd'hui « avoir grandi dans une cité » durant ces années de « crise » ? Peutêtre la première question à se poser pour réaliser cette étude.

On voit aujourd'hui que toutes les formes de discours qui visaient à expliquer les attitudes et à les situer dans un contexte économique et social, il faut le dire, discours plutôt de gauche, ces discours sont de plus en plus assimilés à des « façades » qui serviraient à cacher ou à rendre sourdes les violences urbaines et incivilités. On veut désormais des solutions concrètes, de préférence à court

22 Stéphane Beaud, « 80 % au Bac et après...les enfants de la démocratisation scolaire ».

terme, les discours de gauche ne sont plus crédibles, et on croît aux solutions proposées par certains politiques du gouvernement actuel.

C'est ici que la Sociologie peut intervenir, en rendant compte de la complexité de la réalité sociale, et aussi, en apportant « un alibi » à la conduite déviante des jeunes, ce qui peut rendre la recherche dans ces quartiers suspecte.

Avant de porter des jugements sur les « jeunes de banlieue », il faut insister sur l'hétérogénéité de cette population, entre ceux qui s'en sortent très bien par la réussite scolaire ou par le côté artistique, ceux qui plongent dans la délinquance, trafics, drogue, et ceux qui sont entre les deux.

Pour en revenir à qu'est ce qu' « avoir grandi dans une cité », (il ne s'agit pas de mettre tous les aspects positifs du quartier de côté :lien social, groupe d'amis, culture Hip Hop, break, arts comme le graff..., ou dire qu'ils n'existent pas, mais juste peut être de lever une toile de fond), ça veut peut-être dire aussi « connaître des privations matérielles et une angoisse des lendemains, fréquenter des écoles et collèges ZEP qui résistent comme ils peuvent à l'anomie environnante, avoir un horizon géographique qui s'est de plus en plus limité au seul quartier, assister à la déchéance des frères aînés et à la délinquance des plus petits, éprouver le racisme et les diverses formes de discrimination...c'est, en Sociologie, ce qu'on appelle la socialisation ; et quelque part, qu' on le veuille ou non, tous ces éléments font partie de cette socialisation. Il faut bien considérer pour notre étude, que tous ces éléments constituent un handicap de départ considérable dans la compétition scolaire et dans la course à l'emploi stable.

On peut aussi parler de l'insécurité économique et de la grande vulnérabilité des familles, de la précarisation des conditions de vie, de la ségrégation spatiale, de l'assombrissement de l'avenir objectif, de la détérioration des services publics, de la crise des organismes de loisirs, de l'enfermement progressif dans le quartier, de la domination et l'attrait pour la « culture de rue », de l'essor de l'économie souterraine, la pression du groupe de pairs, la violence des rapports de sexe, la faiblesse des rapports amoureux et affectifs, l'absence de représentation politique...Tous ces éléments entrent dans la socialisation, socialisation établie à l'échelle d'un quartier, et qui touche aussi la population qui nous concerne pour l'étude. Ces éléments peuvent aussi nous aider à comprendre les échecs de ces jeunes au niveau du supérieur et les difficultés d'accéder à l'emploi. »23

Il faut s'intéresser aux effets de paupérisation du groupe social. Ces effets ne produisent pas que de l'anomie sociale ou de « la désorganisation sociale », moins encore « des bandes de copains, des groupes de jeunes, des organisations aux frontières de la criminalité, des gangs » (La France n'est pas sur le même modèle qu'aux Etats-unis, on ne peut pas parler d'abandon des politiques de la ville, et donc de Ghettos ou de phénomène de Gangs) selon les termes de F. Thrasher24. Ils peuvent aussi

23 BEAUD Stéphane. « 80 % au Bac et après...les enfants de la démocratisation scolaire ».

24 F. Thrasher, the gang, Chicago, university of Chicago press 1936

produire des effets sur la fiscalité ou encore la sécurité sociale. Le processus de marginalisation sociale, que S. Paugam nomme plutôt « disqualification sociale » se déroule en trois phases : la première est celle de la fragilité. Les emplois précaires, occasionnels, les stages d'insertion, le chômage, sont autant d'épreuves douloureuses ; Les personnes qui font ce type d'expérience peuvent se considérer comme déclassées, c'est-à-dire placées dans une situation socialement inférieure. Surtout si elle se répète chez les plus jeunes, elle peut aboutir à la perte d'espoir d'accéder à un « vrai » emploi. Le déclassement professionnel et donc social est vécu comme une épreuve psychiquement humiliante qui incite au repli sur soi. À la fragilité succède» la dépendance », c'est le recouru aux services d'action sociale, donc la personne se voit dans l'obligation d'accepter le statut d'assisté, la troisième phase est la « rupture », qui peut se traduire par l'éloignement de la famille, et même de la société25.

Le réseau des amis peut être un aspect négatif ou un aspect positif. Si ces amis sont dans une situation de recherche d'emploi, il peut se mettre en place un sentiment de motivation collective, un esprit d'entraide et de soutien, un réseau se crée autour de l'accès à l'information, aux offres d'emploi, cela signifie aussi un réseau de connaissances plus large et donc plus de possibilités. Il y a aussi un soutien de la part du groupe de pairs dans les situations d'échec, on est moins seul et peut être plus solide.

À l'inverse, le groupe de pairs peut renforcer le sentiment de désillusion, de perte de confiance en soi, envers « le système institutionnel » et « le pacte républicain », il peut générer ou catalyser des facteurs qui vont petit à petit marginaliser le jeune diplômé dans son rapport au marché du travail. Du fait notamment des formes de discours qui peuvent le toucher au quotidien.

-On doit se demander s'il existe des formes de résistance dues à la déception de ne pas trouver de travail. Il faut faire le parallèle entre l'école et le monde de l'entreprise. L'institution scolaire est perçue comme le moyen d'obtenir des outils et d'être suffisamment armé pour intégrer le marché du travail dans les meilleures conditions. Pourtant, le décalage entre les perceptions que l'on se fait du monde de l'entreprise quand on est étudiant et quand on est à la recherche d'un emploi est parfois grand. Il faut faire l'analyse du regard et des perceptions du jeune diplômé sur le monde du travail et de l'entreprise ; comprendre le jeu entre les logiques de discrimination, le racisme existant et la perception du monde du travail.

-On peut rencontrer le cas où la personne est attachée à la culture et à la religion de ses parents, et en amont à son origine sociale. Cette personne est fière de son origine ethnique, de sa culture, elle est revendicatrice. On parle alors de « discrimination structurante », la personne construit son parcours grâce à elle. Elle perçoit ce parcours comme un chemin d'obstacles de la part des institutions. Il y a quelque part l'idée de se battre contre la « discrimination institutionnelle ». La personne se nourrit de la confrontation aux autres et à l'institution.

25 S. Paugam et al.., précarité et risque d'exclusion en France, paris la documentation française, coll ; « Document du CERC » N°109, 1993.

-Il faut opérer une distinction entre le jeune diplômé issu de l'immigration, socialisé et scolarisé en France et le jeune travailleur immigré diplômé, arrivé à l'âge adulte qui se rattache davantage à une migration de compétences.

-L'image, les perceptions de la discrimination et du racisme sont aussi fonction du rang social. Le rang social déterminerait la perception que l'on a du racisme, il faut prendre en compte la distance sociale. Les logiques racistes et de discrimination ainsi que les discours appuyés sur eux sont selon les cas, des moyens de se mettre à distance, de se distinguer, de s'éloigner d'une appartenance culturelle, d'une origine ethnique, sociale, et culturelle. Pour d'autres, cela constitue un moyen de résister et de mettre en place des mobilisations, de se justifier, d'expliquer des parcours.

-Il existe donc deux angles d'approche en fonction du statut social de prime à bord, il faut comprendre et faire l'analyse de la « logique de distinction sociale ». Des personnes veulent être « intégrées » comme elles sont, elles réaffirment leur origine ethnique, à l'inverse, d'autres personnes sont dans une logique de « désethnicisation » et appellent au principe de « l'universalisation ».

Il faut s'intéresser à l'aspect positif ou négatif que constitue le groupe. Le sentiment collectif du dépit, de la rancoeur, de l'amertume face au système institutionnel et au marché de l'emploi, et voir aussi le discours sur le parallèle entre l'attachement au « modèle d'intégration français » et la perception de la société française et de son fonctionnement.

Le discours du groupe de pairs peut décourager, provoquer ou faire naître des sentiments d'amertume. Si le jeune diplômé ne parvient pas à trouver du travail, il va chercher les explications ou les justifications dans son environnement social. Quelle est la fonction, le rôle, la posture que tient le groupe de pairs ou des amis ?

La question du sentiment collectif existe-t-il ? Retrouve t-on les mêmes types de discours selon des situations similaires ?

Quel est le rapport aux amis et notamment aux amis du quartier qui n'ont pas fait d'études. Quel type de discours tiennent-ils ?

Le groupe de pairs représente-t-il une contrainte, une pression ?

Il faut s'intéresser aux spécificités culturelles, sociales et morales et soulever les questions qui pourront mettre en rapport les conditions objectives d'accès à l'emploi avec les spécificités culturelles d'une part, et d'autre part avec les conditions urbaines et sociales.

Certains ressentis peuvent constituer des freins :

Qu'en est-il de l'estime de soi et de la confiance en soi, ou de la perte de cette estime et de cette confiance ?

La perte de confiance dans la société peut expliquer des formes d'évitement, de résistance.

Les « enfants de la démocratisation sont le produit d'une histoire sociale particulière marquée, au cours des années 1975-1995, par la dégradation des conditions de vie des classes populaires et plus particulièrement des quartiers d'habitat social. C'est dans cette conjoncture particulière qu'ils se sont lancés dans une course aux diplômes qui a bien souvent pris pour eux la forme d'une fuite en avant.

Il faut aussi penser le « décalage générationnel » entre les parents et les enfants. Là où les parents de CSP majoritairement ouvrier avaient une force sociale, des armes symboliques et un esprit de contestation (aujourd'hui déclinantes), ils voient leurs enfants « précarisés », « surexploités », ils semblent atomisés, dispersés, sans force sociale. Ils apparaissent comme terriblement résignés, ne voulant plus reprendre les mots utilisés par leurs parents pour « lutter » ou penser leur condition »26.

Concernant cette question de la crise des identités et du repli sur soi il faut aussi s'interroger sur l'intégration des étrangers et les conséquences face aux traductions multiples de la crise : la rupture du lien social, l'exclusion, la désaffiliation, la nouvelle pauvreté, etc... À la crise économique ferait écho une crise des identités. On peut s'interroger sur la sociabilité et la vie sociale, la façon dont les individus sont perçus par les autres.

Malika : « les mecs connaissent encore davantage la discrimination...du coup, ils adoptent des comportements auto-défensifs, ils peuvent avoir le regard noir. Le climat est encore pire. En plus de cette connotation, en plus d'avoir des parents qui peuvent moins aider...avant, le statut d'immigré, c'était vu comme une force de travail. Mais maintenant, il y a une connotation religieuse qu'on ressent, on n'est plus immigrés, on est musulmans. Ca a un impact sur le marché du travail, la manière dont c'est illustré...il faut sans cesse se justifier, rassurer l'autre. La socio m'a permis d'avancer sur la facette identitaire. La discrimination, c'est une réalité. A Saumur, j'ai recensé 10 faits discriminatoires. Il faut aussi apprendre à se comporter de telle ou telle manière pour un entretien. J'ai une amie, elle n'est pas à l'aise, elle n'a pas les mots, elle est tout le temps sur la défensive. Moi, j'étais pas sûre de moi, j'étais agressive...la socio m'a permis d'être dans l'empathie. Au quotidien, on te renvoie toujours à ton quartier...par exemple, les pratiques sexuelles dans les quartiers, les violences...le garçon rebeu est vu comme un terroriste,...l'image qu'on donne des jeunes des quartiers...parfois, on les présente comme des barbares. Tu en prends un coup par rapport à l'estime de soi, `tu peux être bien cassé' ».

Face à la logique de la démocratisation scolaire et de la volonté des politiques et de l'Education Nationale d'amener « 80 % d'une génération au Bac » en 1985, quelles sont les illusions et les désillusions de ces « enfants de la démocratisation scolaire », engagés dans la voix incertaine des études longues.

26 Cf : Stéphane BEAUD. « 80 % au Bac et après..., Les enfants de la démocratisation scolaire ».

La difficulté de la question identitaire (les différents modes d'articulation ; le sentiment d'appartenance...). Ces problématiques sont spatiales et temporelles (la mémoire, l'héritage, les effets de racine...).

-Qu'en est-il des éléments d'identité et des crises identitaires ?

-Quel est le lien, l'équilibre entre « la participation active à la société nationale d'éléments variés et différents » et la subsistance de spécificités culturelles, sociales, morales ?

-Qu'en est-il de la subsistance des spécificités culturelles, sociales, morales ; de la combinaison entre les conditions objectives d'accès à l'emploi et les attributs culturels. Il faut aussi prendre en compte les conditions urbaines et sociales qui déterminent objectivement le processus.

Face à un échec, existe-t-il une remise en question des instances à l'origine de la mise en place et d'une volonté du processus d'intégration (les instances qui sont censées donner accès à l'enseignement, le diplôme, la formation, l'emploi...) ?

On a de plus en plus de mal à croire aux discours et aux injonctions sur l'intégration par l'effort et le mérite. Existe-t-il une « brèche dans le pacte républicain ? »

Concernant la question de l'apprentissage et des identités, le développement et les modes d'articulation sociale : il existe une relation de cause à effet entre le développement social et la « performance économique » ; mais on ne peut pas le démonter. La difficulté de la question identitaire. Les différents modes d'articulation, le sentiment d' appartenance27. cf. : Les indicateurs doivent provenir d'une combinaison entre les conditions objectives (emploi, revenu, mode de vie, logement...) et les attributs culturels.

Il faut voir du côté du « culturel » et du « social ». Les choix culturels peuvent être des non-choix qui déterminent et influent sur un parcours.

3.2.6. La question de la discrimination :

Des éléments objectifs à travers les discours

Abdel: « Sinon, je vais peut être passer des concours dans la fonction publique. A oui, aussi j'ai postulé pour un poste dans une boîte de transport, près de l'aéroport...là le gars, c'était le patron...il a été direct avec moi...il m'a dit pour bosser dans les bureaux, y a pas de problèmes...mais par rapport aux contacts avec la clientèle, je veux pas trop, il m'a dit...c'est pas pour être méchant, mais avec les clients, c'est pas facile...parce que je suis d'origine arabe, alors...mais c'est son choix, au moins, il a été honnête, il voulait me voir pour me dire ça en face, pas par courrier ».

27 Les éléments culturels. :S.BEAUD, « 80 % au Bac... »P 113

Saadia (fille, issue immigration, Hors ZUS) : « Les entretiens où ça été négatif, pour le nom, je sais pas...mais pour certains entretiens, ça a joué...j'y allait en tant que personne. A l'ANPE, j'ai fait une formation `ACCOMPLIR', j'ai eu un conseillé qui m'aidait à rédiger le CV et les lettres de motivation. Je postulais à des offres de l'ANPE, ou sur Ouest Job...le bilan du conseillé, c'est qu'il avait rempli sa mission. Mon bilan, c'est que mon nom est un frein à ma recherche d'emploi, mais on ne me l'a pas fait ressentir ».

Selon le CEREQ, près d'un jeune sur huit se déclare avoir été victime de la discrimination à l'embauche durant son parcours d'insertion. Pour les hommes, la discrimination paraît plus souvent liée à leur origine culturelle.

La discrimination et la question du quartier, l'incidence du groupe de pairs.

Abdel : « J'ai toujours vécu à La Bottière, mes amis...beaucoup j'étais à la maternelle avec eux. C'est surtout des gens d'origine étrangère...et au BTS, on parlait de ça...de l'embauche. Par rapport à la discrimination, pour certains, ça n'existe pas...c'est parce que...ce sont ceux qui sont français...ils disent que nous voyons le mal partout...mais bon, chacun sa position. Ce qui est pas mal, c'est un pays comme l'Angleterre, là on regarde vraiment les compétences, en France, c'est chaud, en Angleterre, on joue pas sur les provenances ».

Karim : « J'ai toujours habité à la Boissière. Dans mon quartier, il y a énormément de gens qui ont fait le même diplôme, et qui ne trouvent pas...ça ne vient pas que de moi. Il y a aussi la conjoncture, le chômage, et ajouté à ça...le secteur géographique, la discrimination. Plus le manque d'expérience. Il y a de la discrimination positive, c'est que la discrimination existe. La filière, je l'ai choisie parce qu'il y a des offres, le Commerce, c'est large, y a quand même beaucoup d'offres. Mais c'est le manque d'expérience aussi. La discrimination plus la conjoncture. On est tombé au mauvais moment. Le problème pour les jeunes, il est général, et si on descend, si on segmente, c'est encore plus difficile pour ceux qui sont issus de l'immigration ou qui habitent en quartier. C'est plus la discrimination que le quartier, par exemple tu peux être `français de souche'... (j'aime pas trop cette expression) et être dans un quartier ; la personne, elle trouvera peut être plus facilement. Pour le quartier, tous ceux qui habitent un quartier, ils veulent partir, tout le monde veut partir, on veut tous un environnement plus agréable, un meilleur cadre de vie, mais là aussi, il y a la discrimination au logement. Moi aussi, j'aimerais partir ».

La question du quartier par rapport à la discrimination ne joue pas réellement, il s'agit davantage de la
question du milieu populaire et de résider dans un environnement où le taux de chômage est important,

les ressources économiques faibles, avec des conditions de vie matérielles dégradées et des profils psychologiques fragiles28.

La distinction entre les filles et les garçons : combativité et victimisation, contournement ou « faire avec »

Abdel : « Sur le CV, j'inscris pas le quartier. Déjà, ils regardent le nom et après, ils regardent le quartier. Mais c'est d'abord le nom...moi mon nom, ça va encore, mais c'est mon prénom. Par contre, je mets toujours une photo. Alors ils regardent le nom et après la photo ».

Karim : « Sur mon CV, je mets mon nom et ma photo. Avec tous les entretiens que j'ai passé...en prenant du recul, je pense qu'on peut être victime de ça. Je cherchais dans le commercial, puis dans le secteur bancaire, et la Vente-Distribution ; au début je ciblais...puis je me suis rendu compte que c'était saturé...j'ai essayé d'élargir pour optimiser me chances ».

La discrimination raciale est davantage évoquée pour les personnes issues d'une ZUS (pour ceux qui sont issus de l'immigration). Mais là encore les discours diffèrent quand à la façon d'aborder la discrimination, certains essaient de la contourner en mettant en place des stratégies, d'autres ont largement pris conscience des principes discriminatoires et tentent de construire leur personnalité et leur parcours professionnel en renversant d'une certaine manière la situation.

Les filles issues de l'immigration maghrébine qui ont accéder à un niveau de diplôme dans le supérieur (Bac+5), insistent sur le fait que le parcours universitaire leur a permis de rompre avec un environnement, et de découvrir un univers qui leur était totalement étranger. Les études sont alors un moyen d'émancipation. Elles se détachent des valeurs familiales, et au-delà de la logique du quartier.

Malika: « Quand j'ai connu mes amis à la Fac, je me suis un peu éloignée de la famille et du quartier...il y avait un décalage, je voyais moins mes amis du quartier...il y a avait un écart significatif. La troisième phase, j'ai voulu revenir, maintenant, j'ai repris contact avec des copines...je me retrouve dans des soirées complètement différentes...je suis à l'aise avec moi même...sur le plan identitaire. Je ne renie plus mes origines. Avant, j'osais pas dire que j'habitais Bellevue, la cage d'escaliers était très crade...et puis j'avais l'image d'une copine qui était au lycée Guist'Hau. C'était une période superficielle, la génération ado. En fait, j'ai amorcé ma trajectoire sur trois routes, l'identité, la trajectoire scolaire et la trajectoire professionnelle...J'ai pu avancer, et plus j'avançais...les études...c'était la route centrale pour moi. Quand on vit dans un quartier où c'est pas facile...il y a une richesse...il y a des choses positives et il y a des moments difficiles. Et il ne faut pas oublier, ce sont d'abord les gens du quartier qui subissent les difficultés. La déchéance, je me disais, je veux pas finir comme ça...et je veux pas que l'un de mes frères finisse comme ça...je me disais, j'ai

28 Voir les entretiens au près de la Mission Locale et de « Challenge Emploi ». P. 49, 53, 54.

intérêt à avoir un taf. Ca m'a permis d'être moins chochotte, ça a construit une personnalité. Il faut s'imposer, trouver des modes de communication ».

Il y a un lien entre le parcours scolaire, la rupture avec le quartier et la famille, et par la suite la construction du projet professionnel, et la perception de la discrimination.

Les garçons issus de l'immigration résidants en ZUS sont peu nombreux à avoir un niveau de diplôme supérieur au Bac+2. Ils sont plus centrés sur le quartier et se posent davantage comme victime de la discrimination.

L'entretien montrait les difficultés d'accès à l'emploi lié à la conjoncture. Elle a un bon CV, de nombreux stages, dont certains à l'étranger. Elle fait preuve d'une réelle motivation et d'une grande ambition. Par rapport à son nom de famille, elle pense que ça a pu jouer, mais elle n'insiste pas sur le fait qu'elle ait des origines arabes, ou sur son nom. Elle ne veut pas se porter comme victime, au contraire. C'est une jeune femme, avec des origines arabes, mais elle veut faire preuve de combativité quand à sa recherche d'emploi. Cela est peut être due à son éducation, et à son milieu social : classe moyenne sup, établissements de centre ville, a toujours vécu hors quartier, elle est autonome, prend la décision de faire un emprunt...Même si il y a eu des périodes de découragement quand à sa recherche, elle ne cherche pas les réponses par rapport à son identité, elle remet au contraire sa personnalité en question, ses démarches, cherche de nouvelles stratégies...

Les pays étrangers européens vus comme une solution face à la discrimination pour les garçons issus de l'immigration.

Abdel : « L'année prochaine, je vais aller travailler à l'étranger, en Espagne, à Barcelone ; pour être commercial, la bas...c'est plus facile. Je connais des amis qui sont arabes ou noirs et qui travaillent la bas, c'est plus facile. J'ai plein d'amis qui sont parti la bas...on regarde plus les compétences ». « J'ai toujours vécu à La Bottière, mes amis...beaucoup j'étais à la maternelle avec eux. C'est surtout des gens d'origine étrangère...et au BTS, on parlait de ça...de l'embauche. Par rapport à la discrimination, pour certains, ça n'existe pas...c'est parce que...ce sont ceux qui sont français...ils disent que nous voyons le mal partout...mais bon, chacun sa position. Ce qui est pas mal, c'est un pays comme l'Angleterre, là on regarde vraiment les compétences, en France, c'est chaud, en Angleterre, on joue pas sur les provenances. Ca fait que j'ai cherché du travail pendant sept mois.... A la Bottière, c'est des amis de longue date...mais même si je pars, je garderais contact, c'est pas une rupture, il y a le téléphone. En Espagne, il y a moins de discrimination, on ne regarde pas les origines ou la provenance. C'est sur, on a des handicaps...et tout ce qui se passe ailleurs, on nous le reproche...ce qui se passe dans le monde. Déjà quand j'étais petit, les adultes, ils me disaient de retourner dans mon pays. Mais là, depuis le 11 septembre, ça s'est renforcé...et puis, faut regarder les dernières élections...pour moi, ça changera pas...y a pas de solution, et c'est partout, pas que pour le

travail...les Boîtes de nuit...partout, et les jeunes aussi. Nos parents, dès qu'ils sont arrivés, ils étaient victimes du racisme, mais c'était encore caché. Maintenant, ça devient normal d'être racistes, et la télé, ça légitime le racisme ».

Karim : « Y a plein de gens qui ont les compétences, mais y a de la discrimination, j'ai beaucoup d'amis qui sont issus de l'immigration, ils ont des faciès maghrébins ou africains...c'est ça...y a beaucoup de cas comme ça. Le manque d'expérience, parfois, c'est un faux prétexte. On me l'a déjà dit en entretien...à Auchan, pour un poste de manager opérationnel, on m'a demandé si le fait de venir d'un autre pays, ça pouvais poser un problème...je sais plus trop comment ils me l'ont demandé...ou pour moi, quel problème j'avais rencontré en étant issu de l'immigration maghrébine. J'ai d'autres copains qui ont eu les mêmes réflexions...pour être commercial...'vous avez un faciès qui risque de jouer sur les résultats'. Ma mère voulait que je fasse une année de plus. Mon frère, il a arrêté en BEP ; il s'est mis à son compte. Même moi, parfois j'y pense, me mettre à mon compte, monter mon entreprise dans les services. Ou sinon, l'autre issue, ce serait de partir à l'étranger, l'international...soit être indépendant, soit s'aventurer à l'étranger...dans des pays qui regardent plus les compétences...l'Angleterre ou le Canada...il y a beaucoup de Pakistanais là-bas par exemple ».

La discrimination et la logique de distinction sociale

-Manifestement acquise

-Affronter dans de bonnes conditions
subjectives la discrimination

1

 

1

-Adhésion au « modèle français
d'intégration »

-1.Intégration -2.Discrimination

85

-Discrimination -Intégration

-Savoir faire avec
-Combatif
-Stratégies

2

2

1/ On tente d'adopter un « modèle d'intégration » pour affronter les logiques de discrimination ou pour les rencontrer le moins possible. On essaye alors de « mettre à distance (le quartier, la famille), logique de « désethnicisation », mécanisme d'éloignement et de distinction, volonté de quitter le quartier et la cellule familiale, s'armer socialement pour affronter une discrimination.

2/ On utilise la logique de la discrimination en faisant face. On tente de s'intégrer soit en acceptant la discrimination (« on fait avec »), soit par la construction de soi (en luttant contre la discrimination). S'il y a un échec, le mécanisme excuse, justifie. Réaffirmation de l'origine ethnique, faire face aux discriminations perçues dans les Institutions, construction de soi dans les rapports conflictuels avec les autres (entreprises) et les institutions, la personne essaye de résister, met en place des résistances, se mobilise.

Quatrième partie ; retranscription d'entretiens

Entretien Vincent. Source : « Education Nationale ». 24 ans. BTS Productique Bois, option B. Bellevue.

Cet entretien est révélateur de la logique du quartier comme il a été dit plus haut, non pas par rapport à la discrimination, mais parce qu'il induit un certains nombres de déterminants sociaux qui sont des freins en tant que tels dans le parcours scolaire et la recherche d'emploi. L'entretien met en évidence l'importance de la filière par rapport à la trajectoire d'un garçon non issu de l'immigration et habitant en quartier.

« J'ai fait un BTS Bois et ameublement ; puis j'ai fait l'école supérieure du Bois, avec une Licence pro, c'était à l'IUT de Bordeaux. Au collège, je n'avais pas d'idée fixe ».

« Mon père est artisan menuisier, il y a un bureau, un atelier chez mes parents, j'avais l'habitude de travailler le bois avec lui. Naturellement, je me suis dirigé vers le bois. Mais ce qui m'intéressait, c'était plutôt la gestion des ateliers, la production, pas trop la productique. À l'IUT de Bordeaux, j'ai fait des stages et à la suite d'un stage, je suis rentré dans un cabinet d'études qui travaille sur la charpente, il y a un atelier de 25 personnes et un bureau de 5, 6 personnes, c'est chez GUILLET, en Vendée, pas loin de Montaigu ».

« Je suis originaire des Sables d'Olonne, mes parents sont arrivés à Nantes il y a dix ans. Je suis arrivé, j'étais en sixième, c'était à Notre Dame de l'Abbaye. J'ai redoublé ma seconde. Ensuite, j'ai fait une seconde STI au lycée Monge. J'ai passé un Bac STI, géni Mécanique, j'ai obtenu le Bac STI à Monge. Les profs disaient que je n'avais pas les capacités d'aller en BTS, ils pensaient que je n'aurais pas le Bac...Et je l'ai eu avec mention. Pour le choix de l'orientation, ils étaient défavorables pour le BTS ».

« Mais le BTS, ça s'est très bien passé, ça été le déclic, je m'entendais très bien. Il y avait une super ambiance de classe, on faisait des visites d'entreprises. Ca été vraiment le déclic. J'ai aussi eu mon BTS avec mention. Après, j'ai fait une Licence, j'ai eu une mention Bien ; je voulais un Bac+3, pour l'homogénéisation des diplômes. J'avais hésité avec l'école d'ingénieurs quand j'étais en deuxième année de BTS...J'ai vraiment hésité de passer l'école d'ingé, finalement j'ai fait la Licence à Bordeaux, à l'Université, c'était des cours magistraux, des cours qui correspondaient à la fois à la deuxième année d'école d'ingé et des cours de Master ».

« Les profs au BTS, ils s'investissaient beaucoup plus...Au lycée, les profs, ils étaient juste là pour faire leurs heures...C'était totalement différent, au BTS, ils nous donnaient des conseils, des informations, des documents ; même maintenant, les profs m'envoient toujours des offres. On était en relation avec les élèves des années précédentes, les anciennes promos. Les profs, ils avaient déjà eu des expériences professionnelles, ils connaissaient le monde de l'entreprise, et en plus il y avait des consultants qui étaient des professionnels, certains étaient chercheurs. Dans ma promo, on était 12, il n'y a pas beaucoup de promo en France, les profs qui venaient nous donner des cours nous donnaient aussi des projets ».

« On avait six mois de cours, et six mois de stage. J'ai fait six mois de stage dans un cabinet d'études, et à la suite du stage, j'ai été embauché. La Licence, ça m'a permis de découvrir la vie active. Mon formateur, c'était un chercheur réputé, j'avais le choix de partir dans d'autres villes ou de rester à Nantes, ce que j'ai fait ».

« Les entretiens pour les stages, c `était pas toujours de bonnes expériences...J'ai eu à faire à pas mal de patrons l'année dernière. Le stage le plus difficile, c'était la première année de BTS, je n'avais pas beaucoup d'expérience donc, j'ai trouvé un stage par piston, par mon père...Par rapport à ce qu'on me proposait comme travail, les gens de l'entreprise, les tâches à effectuer, c'était du travail d'opérateur, c'est pas ce que je voulais. Ensuite, j'ai fait pas mal de recherche, j'ai fait un stage dans un bureau d'études, Jeannot', c'est un fabricant de bateaux. En deuxième année de BTS, j'avais fait un stage en menuiserie. Trois stages, c'est important ».

« Moi, ça me plaît complètement, ça va faire un an que je suis dans l'entreprise, je suis toujours en relation avec des amis qui sont un peu partout en France. Mon désir, se serait de partir à l'étranger, c'est ma première motivation, pour apprendre une langue étrangère ».

« Je sais que les patrons regardent les stages. En Licence, j'ai eu un patron qui connaissait mon ancien patron...Tout le monde se connaissait. Les cours et les entreprises...C'était lié ; les profs s'investissaient. Là, dans ma branche, il y a pas mal de départ ne retraite, oui...Beaucoup de personnes qui partent en retraite...Et

on trouve personne. Il y a plus de demandes que d'offres...Alors que j'ai des amis dans le Commerce qui trouvent pas. Mes amis de BTS ou de Licence, ils ont tous trouvé du travail. En BTS, on avait fait des portes ouvertes sur notre filière, mais ça attire peu de monde...Peut-être qu'il y a un manque d'informations ».

« Au lycée, au départ, je n'envisageais même pas d'avoir mon Bac. En Terminal, ça ne m'intéressait pas, j'avais des notes pas terribles...Mais ça m'a laissé de bonnes bases. J'ai révisé pendant deux semaines, et j'ai eu 12 de moyenne, y a une part de chance aussi ».

« Je suis retourné voir les profs de BTS au mois de juin, je suis invité à manger chez l'un de mes profs, avec toute la promo...Je les revois le mois prochain. En BTS, on a eu 100 % de réussite, c'est tous des amis. Déjà en BTS, on discutait du professionnel, ça pas toujours été ce qu'on voulait faire par la suite...J'ai un ami, à Saint Etienne, il a fait une école d'ingénieur, il s'est planté...Là...Il est au chômage, c'est pas bon sur le CV un échec...C'est pas uniquement le diplôme qui compte ».

« Avec les patrons, ça s'est toujours très bien passé, à la fin du stage, ils étaient contents de mon travail. Y a pas longtemps, j'ai un patron que j'avais eu en stage, il m'a envoyé une offre, ils cherchaient un gars pour un poste ».

« Dans ma filière, c'est hallucinant...Tous les jobs qu'il y a !...Par contre, les employeurs sont un peu radins. Mon choix, c'est pas par rapport au salaire, mais c'est plus géographique, je veux rester dans la région de Nantes ».

« Le stage, en troisième année, je m'étais investi. J'ai été embauché et par la suite, j'ai intégré le bureau d'études. Au départ, il ne faut pas s'attendre à avoir un poste en or...Ce que je constate, c'est que les stagiaires veulent directement travailler, alors qu'il faut en passer par le manuel, faut d'abord faire les chantiers, les ateliers, faut apprendre...On va pas les mettre direct au bureau, c'est pas possible...Faut pas hésiter à rentrer dedans. Il y a 1 mois, on a eu un stagiaire qui connaissait pas grand-chose, et il voulait aller directement au bureau, c'est impossible. Moi, j'ai travaillé sur tous les postes, ateliers, chantiers, pendant deux ou trois mois...Le soir, j'avais pas d'heures...Je finissais des fois à 19h00, des fois à 22h00...Et ensuite le bureau. J'en ai vraiment bavé avant de rentrer au bureau, ils ne me faisaient pas de cadeaux...Je n'avais pas le droit à l'erreur, c'était des chantiers importants, j'ai des responsabilités qui sont arrivées rapidement. Mon travail, c'est la planification, la construction, les calculs par rapport au bois...Il y a des sommes importantes. Ils me donnaient des dossiers parfois, je ne savais pas si j'étais capable...Moralement, j'avais peur de pas savoir gérer. De rester ou pas, ça m'était égal, je savais que je pouvais trouver ailleurs, c'était plus par passion. Ils m'ont bien exploité quand même...20 % Du SMIG.

« Les ressources, ça été le plus dur, c'est pour ça que j'ai arrêté en Licence. À la fin de mon stage, mon maître a reçu une lettre de l'école, il fallait qu'il signe pour valider le stage, l'appréciation, à ce moment, il m'a parlé d'embauche. Au niveau financier, les années d'études ont été dures. Mon père qui est artisan, il ne gagne pas beaucoup, et ma mère, elle est au chômage. Mon unique apport, c'était les jobs d'été, j'avais jamais de vacances, je bossais avec mon père...Sinon, j'ai travaillé dans une boucherie, j'ai fait chauffeur livreur, j'ai travaillé dans la fonderie...Il fallait que je finance mes études...Les études, ça s'achète avant tout. J'avais le droit à une bourse, ça m'a permis d'avoir une petite voiture à Bordeaux, c'est un investissement important. Mes parents, ils avaient déjà du mal...Mon petit frère aussi fait des études, il habite chez mes parents, il est en BTS.

En Licence, à Bordeaux, j'étais en collocation, mais c'était beaucoup de frais, ça été dur. Mes parents, ils sont près de Bellevue boulevard Jean Moulin, mais avant, ils étaient à Bellevue, j'ai vécu à Bellevue de la sixième à la fin BTS ».

« Bellevue, je m'y suis très bien senti. C'était une bonne expérience...Ça m'a appris à me démerder dans la vie de tous les jours. J'avais pas de ressources, ça m'a donné encore plus de gnak. Quand je suis arrivé en Licence, j'étais avec des gens qui étaient plus aisés, mais ça...J'avais pas de barrière. La vie à Bellevue, c'était pas tous les jours facile, en BTS, c'est assez sélectif. J'ai eu pas mal de relations qui sont aujourd'hui en prison. Moi, je gérais mon truc de mon côté, et sinon, je les fréquentais dans la vie de tous les jours. Quand je fais le bilan, c'est une fierté...j'aurais pu mal virer, mais j'avais mon père sur le dos, j'avais pas de bonnes fréquentations ».

« Ce qui m'a permis e m'épanouir, c'est de rencontrer de nouvelles personnes hors de Bellevue, de me faire de nouvelles relations. Au lycée, tu te fais influencer. Déjà, quand j'étais petit, j'étais un bon élève, mais j'étais pas toujours sérieux. Des fois, ça allait loin, genre les voitures...Je traînais pas mal dans mon quartier...Mais y a pas que des malfrats. On avait tous les mêmes fréquentations, j'avais aussi des amis dans le centre ville. J'avais tendance à pas dévoiler mes amitiés, je voulais pas mélanger mes amis, je les voyais séparément ».

« Ca été ma force de m'insérer dans tous les milieux. C'est aussi grâce à mon père que j'ai réussi à aller au BTS...Il connaissait les gens que je fréquentais, il savait pas quels individus ils étaient, y en a, c'est de très bons amis...Même actuellement, ils connaissent mes parents, mon frère. Avec d'autres, j'ai coupé les ponts...On avait plus rien en commun. L'endroit où tu vis, ça influe sur ta façon d'être ».

« Même par rapport aux patrons, j'avais un côté rebelle, j'en faisais qu'à ma tête...Mais j'ai mis de l'eau dans mon vin, j'essayais d'être le plus simple possible. Les premiers entretiens, c'était sur le physique, j'avais une tendance...J'y allais en survêtement, style `caëra' ».

« Aujourd'hui, je me dis, heureusement que j'ai eu mes parents. Mon père, il m'appelle régulièrement, il influe dans ma vie de tous les jours...Il suffit de trouver le truc. Je comprends que des gens s'en sortent pas. J'ai une copine, elle a fait le choix école de Commerce, elle se demande toujours comment elle va gérer sa vie professionnelle. J'ai croisé un ami que j'avais pas vu depuis trois ans, il en revenait pas ».

« J'ai toujours des amis blacks ou rebeux...Ils ont beaucoup de difficultés à trouver du boulot. Genre là où je travaille, à Montaigu, c'est ingérable...Ces mecs, c'est des gros fachos, les seules relations qu'on a, c'est pour le boulot. À ma boîte, ils regardent la couleur, l'origine, une fois, il y avait un chinois, il est resté une aprèsmidi, il s'en est pris plein la tête. Parfois, ils refusent des formations au dernier moment, quand ils voient que la personne est black. J'ai gardé contact avec Bellevue, j'ai des amis zaïrois, portugais, grecs... »

Entretien Malika. Source : « Un parrain, un emploi ». 29ans. DESS enquête, expertise et diagnostic social. Bellevue.

La trajectoire de Malika doit se comprendre à travers sa famille, son quartier et son milieu social. Elle est née au Maroc, est venue en France avec ses parents pour habiter à Bellevue. Elle vient d'un milieu modeste, ses parents n'ont pas beaucoup d'argent et ont six enfants, leur mode de vie est plutôt celui d'une famille traditionnelle maghrébine.

Malgré son début de parcours scolaire moyen, elle a un véritable désir de regagner la filière générale, et de poursuivre ses études. Il y a une sorte de complexe d'appartenir à une famille modeste, avec six frères et soeurs, elle comprend rapidement que c'est par l'école qu'elle va pouvoir se construire personnellement. Plus qu'un complexe, elle dit avoir eu moitié honte d'avoir six frères et soeurs. Cumulé à la situation familiale, il y avait aussi la peur d'appartenir au quartier Bellevue, qu'elle voyait `crade' et qui constitue un facteur de `la déchéance'.

Arrivée à la Fac, la transition avec les études supérieures ne se fait pas aussi facilement, le décalage existe, elle commence à se faire des amis, mais reste deux ans sans avoir le DEUG. Puis, l'intérêt qu `elle porte à la Sociologie se traduit par une réussite aux examens. Le fossé se creuse avec ses amis du quartier, la famille...d'une part parce qu'elle fréquente de plus en plus des gens de l'Université, et d'autre part, la Sociologie en tant que discipline scientifique l'a fait réfléchir sur sa condition de fille habitant à Bellevue dans une famille maghrébine.

Le choix de la filière universitaire n'a pas été fait par rapport à un choix professionnel qui n'est pas encore bien dessiné, même à la fin de l'université, mais davantage pour lui permettre de connaître autre chose, de se construire, moins par rapport à une pression familiale (il n'y a pas de pression familiale) que pour comprendre les décalages économiques et culturels qu'elle a connus pendant sa trajectoire.

Comme elle le dit, la Sociologie lui a `donné des armes', les études, c'était `sa route centrale'.

Le projet professionnel s'est fait tardivement, parce qu'il n'était pas réalisable avant. Il fallait qu'elle comprenne dans un premier temps sa condition, son milieu, l'accepter, et accepter le décalage, mais également comprendre qu'il fallait rompre avec le quartier qui est perçu comme un danger... Il faut pour se construire rompre avec la famille et le quartier. Une fois cette étape franchie, elle s'est construite professionnellement.

M : « Peux tu me parler de ta trajectoire... »

Na : « Je suis arrivée en France à l'âge de six ans. Je suis marocaine, née à Oran. Mon parcours scolaire, c'était un parcours plutôt moyen. Je suis passée tranquillement jusqu'en cinquième, j'avais du soutien scolaire à la maison. Puis j'ai redoublé ma cinquième ; quand je suis arrivée en quatrième, j'avais deux ans de retard. A cette époque, c'était la politique des Bacs Pro. Du coup, j'ai été orientée sur un BEP, mais ma volonté, c'était de faire une seconde, mais mon niveau était trop moyen. On m'a refusé pour la seconde, je voyais ça comme une punition, c'était pas mon choix le BEP, je l'ai vécu de manière dévalorisante, avec la connotation négative du BEP. On est six enfants, et je suis la troisième sur six. Au BEP, j'avis surtout un copain et une copine avec moi, j'avais de bons résultats. Le BEP, c'était un BEP Compta Administration, c'était à Croix Bonnault, à Bellevue. Il y avait de la dactylo, j'aimais pas ça, j'avais du mal avec la prof. En deuxième année BEP, j'ai eu un bon contact avec un prof, il me disait `mais qu'est ce que tu fais là ?'. Au conseil de classe, je voulais reprendre une première, il m'a soutenue. J'ai obtenu le BEP avec mention ; puis j'ai été prise en première adaptation à CAMUS, ça s'est très bien passé, puis j'ai passé un Bac STT. Mon parcours, je l'ai plutôt mal vécu, surtout le BEP, à ce moment là, c'était la politique des 80% au Bac, et ceux qui allaient en BEP, c'était ceux qui étaient pas bons. J'ais deux visions de mon parcours; au collège, en troisième, j'avais 16ans, je me suis dit `ça va pas le faire', mais en BEP sur la question de l'âge, ça allait mieux...mais pas sur la représentation du BEP. J'ai eu le

Bac du premier coup, je suis retourné voir un de mes profs de BEP qui m'avait refusé l'accès en première, le prof de compta ».

M : « Mais sinon, tu as toujours vécu à Bellevue ? »

Na : « Oui, dés que je suis arrivée en France, j'ai vécu à Bellevue. Mes parents ont aujourd'hui déménagé, ils sont à la limite de Bellevue. Avec le passage du Bac, j'ai pris de l'assurance, j'ai désacralisé le Bac...j'avais désacralisé CAMUS avant, j'avais des copines qui y étaient, je les voyaient comme des intellos. On en prend un coup au niveau de l'estime de soi. Mais mon parcours, c'est aussi des bonnes rencontres, j'ai eu des coups de bol...pour rejoindre le général. J'étais bonne en français, j'ai eu un bon prof de français qui avait une bonne vision de la pédagogie. Pour moi, à la base, les études, c'était pas pour moi, je ne maîtrisais pas le système scolaire, et mes parents, c'est pareil ».

M : « Mais tes parents, ils disaient quoi... »

Na : « Pour mon père, la parole du prof, c'est sacré...mais c'est ma soeur qui m'a poussée à faire un dossier pour un IUT. Le Bac, c'est le diplôme qui m'a fait le plus plaisir, j'étais plus dans cette sphère du complexe par rapport à la différence d'âge. Mais j'avais pas de stratégies...pas d'idées au niveau du professionnel, c'était très généraliste...je connaissais pas la psycho, ni la socio...puis s'est posée la question de l'orientation, j'ai fait mon orientation par élimination. J'avais lu des bouquins...Lévy Strauss, en Ethno, en Anthropo...et j'aimais bien la philo. En fait, je me suis inscrit en IUT, j'ai pas été prise parce que mes notes au Bac STT étaient moyennes, et aussi pour un BTS, j'étais sous liste d'attente ».

M : « Et donc, tu es rentrée à la Fac... »

Na : « Je me suis inscrite...je vais être vache...mais ça m'a permis d'avoir les bourses. Le niveau économique de ma famille était très bas, on avait aucun loisir, on allait jamais au cinéma...des fois, on partait un peu en vacances, c'était déjà pas mal. Donc, avec des copains, on s'est tous inscrits en Fac de Socio, mais on allait au café, au resto universitaire. Je faisais des gardes d'enfants et j'avais la bourse...ça m'a permis de faire un voyage ! En première année, j'ai pas passé les exams. L'année d'après, je me suis réinscrite, j'allais au cours en amphi, surtout au cours de psycho sociale, puis j'ai lâché, car en même temps, j'avais un boulot dans une banque et je continuais à garder des enfants...là, j'avais plus de bourse. Donc, j'ai décroché, je me suis rétamée à certains exams et je suis pas allée aux autres. La troisième année, je n'avais plus de garde d'enfants, j'avais que l'agence, la banque. J'ai eu ma première année, sans trop bosser, je lisais des bouquins. J'avais pas trop eu cette culture au lycée, la culture...j'étais assez limitée...j'avais pas d'approche universitaire ».

M : « Donc, tu bossais en même temps que tes études... »

Na : « Oui, j'ai aussi fait un remplacement pour un congé de maternité, je travaillais pendant le parcours universitaire. Quand j'ai lu Bourdieu, `ça m'a mit une claque', et aussi Passeron, `ça m'a renvoyé à ma condition'. J'ai fait un mémoire avec Stéphane Beaud sur l'immigration cambodgienne...les questions sur l'immigration, ça m'a beaucoup attiré...par contre j'étais pas prête à travailler sur l'immigration maghrébine, ni pour parler de moi ».

M : « Mais par rapport à la banque, tu pouvais travailler la bas... »

Na : « Oui mais plus je découvrais l'univers de la Socio, moins je me sentais concernée par l'univers de la banque. Et il y a eu la maîtrise, il y avait un intérêt à se professionnaliser. Pendant mon DESS, j'ai arrêté mon boulot à la banque, je faisais juste des gardes d'enfants. Et après le DESS, la banque m'a reprise pour un contrat de six mois, puis il y a eu une autre mission que j'ai refusée ».

M : « Et tu t'es mise à chercher du travail... »

Na : « Je me suis inscrite à l'ANPE, j'ai eu des missions, j'ai travaillé à l'OREF, en fonction animation...en maison de retraite aussi...sur trois mois. J'ai connu six mois de chômage, à la suite de la mission, j'ai fait un atelier avec un cabinet de conseil...pour aider à la recherche d'emploi. Quand je suis arrivée à l'asso `un parrain, un emploi', mon CV n'était pas cohérent...du coup, on a orienté mon profil sur l'organisation du travail en banque...puis on a retravaillé sur mon profil...c'était pas évident, et on a élaboré comme ça deux trois profils différents...avec des CV différents pour chaque profil. J'ai eu des réponses à des offres d'emploi...j'avais un profil `chargé d'études', un profil `chargé de mission en emploi-formation' et un profil `conseil-consultant junior'. Mon premier choix, c'était chargé d'études, mais il fallait aussi chercher ailleurs, savoir optimiser, avoir le maximum de chances, mettre en place des stratèges. Le poste que j'occupe actuellement, c'est avec une association qui est partenaire de l'ANPE, autours du diagnostic territorial, j'ai répondu à une lettre de l'ANPE, j'ai eu un entretien d'embauche. Je travaille sur l'insertion professionnelle et sur le développement économique, la mise en place de stratégies pour des demandeurs d'emploi. L'entretien s'est passé à Saumur avec le Directeur de l'association, on travaille avec l'ANPE, et sur le PLI. Je connaissais aussi une amie qui a une amie qui bossait à l'ANPE de Saumur ».

M : « Et comment tu analyses ton parcours alors... »

Na : « Je suis contente d'avoir fait ce parcours long...la Fac n'était pas une contrainte, je n'avais pas de pression, pas d'objectifs à atteindre. Cela m'a permis de me construire...quand on est issu de l'immigration, et qu'on habite dans un quartier populaire...y a un facteur économique qui joue, les revenus sont assez bas. Il y a un décalage économique avec les amis au lycée ou à la Fac...Moi, je pouvais pas avoir d'argent de poche...et je dis merci à mes parents, ça m'a amené à travailler très tôt, à me débrouiller par moi même. Si j'avais pas fait le parcours universitaire, je serais peut être mariée avec trois gosses à l'heure qu'il est ».

M : « Mais tu connaissais des personnes, des amis à Bellevue... »

Na : « J'ai des amies et aussi des cousines rebeu, beaucoup se sont mariées. Pour moi y plusieurs croisements, y a aussi la notion de classes sociales...Pour une nana aussi, si elle n'a aucune perspective professionnelle, plus à côté de ça la dimension économique et plus la dimension culturelle, ben elle va trouver son salut ou sa légitimité à travers le mariage. A un moment, après 25 ans, ça craint de pas être mariée, ça c'est ce que je pensais quand j'étais à Bellevue. Mais j'avais pas de pression familiale, c'est aussi la question sociale de pas être mariée à 25 ans. Pour moi, la Socio, c'est aussi l'apport d'une grande liberté, ça m'a permis de casser avec les jugements de valeurs. Moi, j'ai vraiment connu la contrainte économique, mes parents valorisaient les études... »

M : « Je peux te demander ce que faisait tes parents »

Na : « Mon père était chef d'équipe à Oran, il était préparateur de commandes, il gagnait bien sa vie, mais le
climat était tendu, il y avait des formes de racisme...ma mère faisait des ménages chez des particuliers. Ils sont
arrivés en France, mon père est devenu maçon, ma mère, elle a une certaine frustration, elle a connu l'école, et

pas mon père...elle aurait voulu faire des études...aussi, elle voulait que ses enfants fassent des études. Mon père, c'était plus le travail de la terre, il n'a pas trop la notion des études...mais il est fier de mon parcours. A l'école, si on avait pas de bonnes notes, on se faisait allumer. Même si ils n'avaient pas trop d'argent, Ils se sont donnés les moyens de nous payer des cours particuliers. Le Bac, déjà, c'était royal, c'était comme pour un mariage avec la famille, les amis...mon frère par contre n'a pas fait d'études, il est arrivé tard en France, il avait 35ans, aujourd'hui, il est toujours complexé ».

M : « Et par rapport à ton parcours professionnel, tu as connu certaines difficultés ? »

Na : « Le secteur bancaire, c'est un secteur très discriminatoire, il n'y a quasiment pas de nanas. C'est grâce à une amie que j'ai pu passer des stades...la discrimination existe. En entretien, on m'a demandé de quelle origine étaient mes parents...dans ces cas là, j'ai pas envie de répondre. Au boulot, on peut avoir des réflexions par tout le monde...les collègues, les demandeurs d'emploi... »

M : « Tu crois que c'est plus difficile pour les filles... »

Na : « De manière générale, c'est plus facile pour les filles à 200%. Au niveau de la réussite scolaire,à diplôme identique, pour les garçons, c'est à double tranchant, par exemple, ils seront plus rarement pris pour des postes de cadres. La religion, ça joue aussi, quand j'étais à mon boulot, une fois, il y avait un repas avec des collaborateurs...on m'a proposé un verre d'alcool...j'ai toujours besoin de me justifier, c'est trop compliqué, faut tout le temps rassuré...et de là part tout un débat. Parfois j'accepte le verre et je le laisse de côté, c'est plus simple ».

M : « Et par rapport à tes amis, tes connaissances... »

Na : « En 2003, avec le DESS, je me suis fait pas mal d'amis. Les français que je connaissais avent la Fac, c'était plutôt des bourrins, des bouzeux...et dans le quartier, il y en a beaucoup qui tiennent des propos racistes à la con. A la Fac, j'ai découvert d'autres facettes de personnes, d'individus, qui n'étaient pas dans le jugement de valeurs des immigrés et des banlieusards...c'était plutôt des intellos mais pas élitistes. En fait, j'ai connu une phase où j'étais à fond dans le quartier et une phase où j'avais moitié honte d'avoir 6 frères et soeurs. On a une dévalorisation de ce qu'on est. En fait, dans le quartier, tu ne te construit pas en tant qu'individu, tu te construit de manière collective...avec la famille, ma soeur, elle s'est cassée, elle savait que pour réussir, il fallait qu'elle se casse. Tu n'existes pas pour toi même, tu ne te poses pas de questions individualistes ».

«M : « Et avec la Fac... »

Na : « Quand j'ai connu mes amis à la Fac, je me suis un peu éloignée de la famille et du quartier...il y avait un décalage, je voyais moins mes amis du quartier...il y a avait un écart significatif. La troisième phase, j'ai voulu revenir, maintenant, j'ai repris contact avec des copines...je me retrouve dans des soirées complètement différentes...je suis à l'aise avec moi même...sur le plan identitaire. Je ne renie plus mes origines. Avant, j'osais pas dire que j'habitais Bellevue, la cage d'escaliers était très crade...et puis j'avais l'image d'une copine qui était au lycée Guist'Hau. C'était une période superficielle, la génération ado. En fait, j'ai amorcé ma trajectoire sur trois routes, l'identité, la trajectoire scolaire et la trajectoire professionnelle...J'ai pu avancer, et plus

j'avançais...les études...c'était la route centrale pour moi. La Sociologie, ça m'a armé dans la vie, je ne suis plus dans un e démarche sociologique, je me suis réconcilié avec mon environnement ».

M : « Donc le quartier, ça a joué pour beaucoup aussi... »

Na : « Quand on vit dans un quartier où c'est pas facile...il y a une richesse...il y a des choses positives et il y a des moments difficiles. Et il ne faut pas oublier, ce sont d'abord les gens du quartier qui subissent les difficultés. La déchéance, je me disais, je veux pas finir comme ça...et je veux pas que l'un de mes frères finisse comme ça...je me disais, j'ai intérêt à avoir un taf. Ca m'a permis d'être moins chochotte, ça a construit une personnalité. Il faut s'imposer, trouver des modes de communication ».

M : « Tu as toujours été active...tu as faits plusieurs boulots... »

Na : « Oui, j'ai fait plein de petits boulots après le DESS. Je me suis inscrite à l'ANPE, j'ai vendu des canards à Auchan, j'ai fait passer des questionnaires à 50 otages, J'ai aussi travaillé dans la grande distribution, là c'était horrible...le responsable faisait des blagues, des réflexions...style `nous, chez les arabes...Je me suis fritée, je suis partie. Ce parcours, ça m'a permis de m'affirmer, de construire mes convictions. Mon frère a subit la discrimination au quotidien, les mecs connaissent encore davantage la discrimination...du coup, ils adoptent des comportements auto-défensifs, ils peuvent avoir le regard noir. Le climat est encore pire. En plus de cette connotation, en plus d'avoir des parents qui peuvent moins aider...avant, le statut d'immigré, c'était vu comme une force de travail. Mais maintenant, il y a une connotation religieuse qu'on ressent, on n'est plus immigrés, on est musulmans. Ca a un impact sur le marché du travail, la manière dont c'est illustré...il faut sans cesse se justifier, rassurer l'autre. La socio m'a permis d'avancer sur la facette identitaire. La discrimination, c'est une réalité. A Saumur, j'ai recensé 10 faits discriminatoires. Il faut aussi apprendre à se comporter de telle ou telle manière pour un entretien. J'ai une amie, elle n'est pas à l'aise, elle n'a pas les mots, elle est tout le temps sur la défensive. Moi, j'étais pas sûre de moi, j'étais agressive...la socio m'a permis d'être dans l'empathie. Au quotidien, on te renvoie toujours à ton quartier...par exemple, les pratiques sexuelles dans les quartiers, les violences...le garçon rebeu est vu comme un terroriste,...l'image qu'on donne des jeunes des quartiers...parfois, on les présente comme des barbares. Tu en prends un coup par rapport à l'estime de soi, `tu peux être bien cassé' ».

Entretien Hadia. Source : « Un parrain, un emploi ». 25ans. DESS enquête, expertise et diagnostic social.

On voit qu'elle a eu un parcours actif. Elle n'est jamais restée sans rien faire. Il y avait une réelle motivation de faire des études. Comme pour Malika, les deux points forts sont de nouveaux la famille et le quartier. Il semble très difficile de jongler entre deux milieux, la position d'entre deux est délicate...le décalage et le fossé se creusent inévitablement. Non seulement, le fossé se creuse avec les anciens amis qui n'ont pas fait d'étude...mais également avec la famille. Le décalage est aussi culturel, `moi, je fais des études et mon ancienne amie travaille à l'usine ou est mariée', elle insiste sur la faible alternative qu'offre le quartier pour les jeunes issus immigration si ils ne partent pas. Encore une fois, il y a un désir de partir, presque de s'évader, rencontrer d'autres personnes, et petit à petit, une envie de découvrir un milieu plus cultivé et plus intellectuel, (sans prétention)...ce qui renforce et accentue la distance avec la famille et le quartier. Mais cela lui permet aussi de se

construire, d'affiner son projet professionnel, qui là aussi, comme pour Naima, a été tardif. Il faut encore une fois construire un autre parcours, différent que celui qui est implicitement imposé par le quartier, la famille, décider de rompre et accepter que la distance se mette en place pour pouvoir enfin se construire dans le relationnel, le culturel et le professionnel. Il y a une idée forte de s'émanciper, de découvrir, de partager...

« J'ai eu mon DESS en juillet 2002. Après le lycée, j'ai fait un Bac STT : technologie tertiaire option Administration, puis j'ai poursuivi sur un BTS Secrétariat. Mon projet professionnel, c'était de devenir éducatrice spécialisée, mais j'ai pas eu le concours ; du coup, je me suis inscrite à la Fac en Sociologie, ça s'est un peu imposé comme ça. Entre temps, mon projet professionnel a évolué, j'ai eu le concours entre temps, en Deug, j'ai eu une réussite à l'entrée dans l'école du concours d'éducateur. Mais c'était une période de remise en question, je ne savais plus si c'était vraiment ce que je voulais faire, je n'étais plus vraiment sûre de vouloir faire ça toute ma vie...donc j'ai fait de la socio, le Deug, la Licence et la Maîtrise...puis le DESS où j'ai élaboré un projet professionnel, un stage, autour de l'insertion professionnelle. À l'Université, je n'avais aucune visibilité sur le monde du travail... je me suis dit... travailler sur l'emploi... pourquoi pas. Le côté RH dans le DESS, quand tu es issu de ce DESS, tu es orientée vers les Ressources Humaines, mais ça s'est pas fait comme ça. Ma situation actuelle, elle est un peu due au hasard, à des rencontres. Pour le DESS, j'avais fait un stage au conseil régional, c'était une mission d'étude ; mais la piste vers laquelle je me tournais, c'était plutôt la piste des Ressources Humaines, on avait eu des intervenants pendant le DESS. Je n'excluais pas les autres opportunités, je faisais des candidatures spontanées. Ça a payé, car en retour, j'ai eu le coup de fil d'une personne, une dame qui venait d'ouvrir son cabinet, et qui voulait me de son projet en psychologie du travail, le développement de son activité, enquêtes... je pense que l'expérience au Conseil régional a payé. Clairement, pour ce cabinet, il n'y avait pas de poste, mais c'était un partenariat, il s'agissait de développer l'activité, mais il n'y avait pas de rémunération. Une amie m'avait dit `tu es folle, c'est de l'exploitation', et je me suis dit, bon, je vais peut-être apprendre des choses... la prospection, répondre à des appels d'offre ; pendant deux trois mois, j'ai travaillé sur la méthodologie, c'était une façon pour elle de me tester, de voir si j'avais des choses à développer. Et puis elle m'a proposée de travailler avec elle, elle m'a amenée en entreprise, sur le terrain, en observation... ça a duré un moment, finalement, j'ai eu un statut de consultante indépendante, parallèlement, j'étais toujours en recherche d'emploi. Puis j'ai fait le parrainage avec l'asso en décembre 2002, janvier 2003, mon projet, c'était de travailler en cabinet RH. Mon parrain était un gérant de cabinet RH. Deux mois après, en mars, j'ai postulé pour le poste offert par l'asso, en emploi jeune. J'ai été recrutée début avril 2003. Je suis restée deux ans à l'asso. Début avril 2005, c'était le départ de l'asso. Avec l'asso, c'était la découverte de l'entreprise, j'ai appris à faire un bon CV, affiner mes méthodes de recherche, j'avais commencé mes recherches de travail deux trois mois avant de quitter l'asso... j'avais envie de rebondir sur autre chose. Ça m'a donné goût à la relation en entreprise. J'ai démissionné, et puis maintenant, je suis chargé de relation en entreprise, je m'occupe de la taxe professionnelle pour les entreprises... avec l'OCAREG, c'est une mission de collecte de la contribution et de conseil sur le plan de formation. J'ai trouvé ce poste par Internet, sur le site ANPE... une personne était en déplacement sur Nantes, je l'avais appris par quelqu'un, je suis allée la voir, j'ai eu un entretien... puis ensuite, j'ai eu un deuxième entretien à Paris.

J'ai d'abord vécu à Cholet en Maine et Loire, j'ai déménagé sur Nantes au moment de la Fac. La première année, j'étais en cité universitaire, j'avais les bourses. J'ai travaillé pendant tout le cursus, j'ai été pionne... c'était mon premier poste, ça, c'etait en début Licence, en Maîtrise, et en DESS... et après, c'était une année de recherche d'emploi. J'ai toujours été pionne. L'été, j'étais animatrice, et je faisais des petits boulots pendant les vacances... la bourse ne suffit pas. Le fait d'être à la Fac, on a plus de souplesse... mes parents n'avaient pas les moyens de m'aider financièrement, au début, ils m'aidaient à hauteur de ce qu'ils pouvaient. J'avais pas envie de les embêter avec ça...Je voulais une autonomie financière. J'ai été en cité U pendant 1an, dans 9m2 , ensuite, j'étais en résidence universitaire, j'avais un studio T1 bis. À Cholet, j'étais en appartement jusqu'en Terminal.

Par rapport à la recherche d'emploi, j'avais plutôt tendance à parler avec ceux qui étaient en recherche d'empli, ceux qui étaient dans la même situation que moi. Avec la promo du DESS, il y avait beaucoup de soutien entre nous. On échangeait les informations, on savait qu'il fallait entretenir un réseau. J'ai gardé des contacts avec des amis de la Fac, surtout du DESS. On était pas tous constant au niveau du moral ; ça peut remotiver ou à l'inverse faire baisser le moral. Parfois on était en concurrence pour les mêmes postes...On était plus sur la recherche d'emploi dans le domaine de l'insertion professionnelle, c'est plus ça ce DESS, on était plus ou moins dans cette niche là.

Pour les postes, postes, on était tous au courant, de ce qui marchait le mieux...On allait sur les sites Internet, l'ANPE. Certaines personnes du DESS faisaient de la rétention d'informations...Au bout de quelques mois de recherche d'emplois, on avait moins envie de partager. Sinon, c'était un réseau classique. Avec l'asso, j'ai travaillé avec un professionnel de la mobilité...On a commencé par recentrer le projet...Faire des CV adaptés à chaque poste. On avait déterminé trois postes : -chargé d'études -conseil recrutement -insertion professionnelle. Chaque candidature, chaque CV et lettre de motivation était approprié pour chaque poste.

Deux rencontres ont été importantes dans cette asso, des personnes qui m'ont donné des conseils, qui ont ciblé ma recherche. J'étais au centre, on a réfléchi ensemble à ma situation, ça m'a donné les armes...

Je suis issu de l'immigration, mais concernant ma recherche d'emploi, j'avais pas envie de me positionner en tant que victime et me dire que j'y arriverais pas. Mais au bout d'un moment, c'est ce que j'ai commencé à penser...Que j'y arriverais pas. La personne du cabinet m'avait dit quand on s'est rencontrée : « Je pense que ça doit pas être facile pour vous...Pour les missions que je vais te proposer, je vais te positionner sur des entreprises où je sais que ça va passer... » Quand elle m'a dit ça...C'était un peu drôle, mais elle me faisait confiance...On est devenue amie après.

À Cholet, j'habitais à Bonnevai, c'est un quartier qui va être réhabilité.

Par la suite, ...Il y avait des personnes qui obtenaient un entretien, et moi pas. Là, à ce moment, je me suis posé la question, est ce que le nom influence ? Est ce que ça a un impact ? J'ai failli changer mon nom sur les CV, lettre de motiv...Mais je l'ai jamais fait...Mais non...J'avais envie d'être honnête, y'en a qui le font. Je me disais, si je suis prise, c'était pour ce que j'étais...Et sinon t'en pis pour eux. Dans le secteur de l'insertion professionnelle, les gens sont peut-être plus ouverts. Moi, personnellement, je n'ai jamais eu de réflexions. Mais

c'est pas le cas de tout le monde. Dans mon ancien quartier, à Cholet...les gens qui habitent là-bas...il y a eu un gros dégraissage, plein d personnes n'habitent plus là-bas. Mes parents ont fait construire une maison. J'ai gardé deux contacts, on s'est suivi dans nos parcours, on a fait toutes les trois des études supérieures, elles ont fait des études aussi. Avec les autres, on n'a pas gardé contact, il y a un fossé et un décalage qui se créent. T'as une personne qui part pour la Fac et parallèlement une personne qui part pour l'usine ou qui va se marier.

Mon père est ouvrier retraité, il travaillait à Michelin, et ma mère est sans activité. Dans ma famille, je suis la première personne à avoir fait des études supérieures...Quand j'ai eu mon Bac, c'était quelque chose. J'étais assez douée pour les études, j'avais l'expérience de mes aînés. Mes frères et mes soeurs sont restés à Cholet, ils ont arrêté après la troisième, ils n'avaient pas l'envie...Aujourd'hui, ils le regrettent. Moi, j'avais pas envie d'arrêter, les perspectives à courts termes ne me plaisaient pas...Je me disais, si tu as envie, vas y...

Pour mes parents, pour eux, l'ambition qu'ils avaient pour moi, c'était le BEP, ma mère voulait que je fasse un BEP couture. Mes parents sont analphabètes, déjà le BEP, pour eux, c'était déjà beaucoup. Pour eux, le DESS, ça leur parle pas. Ils étaient fiers, mais il y avait un décalage entre les études et ma famille...C'est quoi la Socio ? Comment l'expliquer à des parents qui n'ont pas les clefs ? Ils me disaient :» tu fais des études, ça te plaît...Continue ».

Par rapport au cercle d'amis que j'avais au lycée, le jour où on part...Il y a un fossé qui s'est creusé...Ça diminue comme la peau de chagrin. Après, j'avais plutôt des amis de la Fac. C'est un choix que j'ai pu faire, les échanges sont plus intéressants, même si les personnes ne connaissent pas ton domaine, elles s'intéressent. J'ai un ami qui était en études d'ingénieur, j'y connais rien, mais je m'intéresse. Ce contact-là, j'en ai besoin...Car outre ma famille, c'est les seules personnes avec qui j'ai gardé contact...C'est un lien fort, essentiel.

Quand on vient d'un milieu populaire, quand on a accès aux études supérieures, on est partagé entre deux mondes : un monde où la culture intellectuelle est valorisée et un monde où cette culture n'es pas connue. On se rapproche des personnes qui viennent du même milieu et qui en sont au même point. En Sociologie, j'ai pu rencontrer des personnes qui venaient du même milieu social que le mien, et même des personnes qui étaient en école de Commerce.

J'avais envie de réussir, j'avais envie d'évoluer, après...par quel chemin... ? C'était au coup par coup.

Entretien Karim. Source : Éducation Nationale. BTS Action Commerciale, 2002. 26ans.

Mon parcours scolaire, j'ai fait une quatrième techno, puis une troisième techno. Et ensuite, un BEP Vente Action Marchande. Après, un Bac pro Commerce à Bougainville à Chantenay. Je suis allé à la Fac, pour une première année en Eco Gestion. Et après, j'ai fait le BTS puis une Licence et une Maîtrise en alternance avec le CNAM. C'était une maîtrise en marketing.

J'ai eu le BTS en 2002, la Licence en 2003, et la Maîtrise en 2004. Le BTS, c'était avec la Chambre de Commerce et d'Industrie.

En Maîtrise, j'ai eu un CDI en entreprise, j'ai démissionné à l'obtention du diplôme. Pour la recherche
d'emploi, je suis passé par l'ANPE, par les sites Internet et les offres des quotidiens. J'ai passé beaucoup
d'entretiens, j'ai eu aucun poste en CDI...c'étaient des CDD, des missions avec l'Intérim. Ca ne correspondait

pas à ce que je voulais, j'envisageais pas ça comme ça. J'ai été complètement surpris, je pensais qu'il y allait avoir plus d'offres, je ne pensais pas avoir de difficultés à trouver. On me dit souvent dans les entretiens d'embauche que c'est le manque d'expérience...il y a peut être d'autres raisons. La discrimination existe...j'ai un ami, on lui a dit clairement.

Sur mon CV, je mets mon nom et ma photo. Avec tous les entretiens que j'ai passé...en prenant du recul, je pense qu'on peut être victime de ça. Je cherchais dans le commercial, puis dans le secteur bancaire, et la VenteDistribution ; au début je ciblais...puis je me suis rendu compte que c'était saturé...j'ai essayé d'élargir pour optimiser me chances.

Les dispositifs d'aide à l'emploi, l'ANPE, ce qu'il propose...je suis capable de le faire par moi même, de faire mes propres recherches...j'ai eu des entretiens, des réunions. Mais j'avais pas vraiment besoin d'eux...pour moi...c'est non...c'est plus une formalité administrative. J'allais sur le site de l'ANPE sinon pour avoir des offres...mais les CV, les lettres de motivation...j'ai pas besoin. Ce qu'il me faut dans la recherche d'emploi, c'est la dernière touche. Je privilégie les offres.

Sinon, je fais fonctionner le bouche à oreille, des relations...un petit peu de tout.

J'ai toujours habité à la Boissière. Dans mon quartier, il y a énormément de gens qui ont fait le même diplôme, et qui ne trouvent pas...ça ne vient pas que de moi. Il y a aussi la conjoncture, le chômage, et ajouté à ça...le secteur géographique, la discrimination. Plus le manque d'expérience. Il y a de la discrimination positive, c'est que la discrimination existe.

J'ai fait des stages, j'ai fait deux ans en alternance chez Décathlon, j'étais en cours et en fin de semaine en entreprise, c'était enrichissant. Puis j'ai fait deux ans en CDI à mi temps comme vendeur à Décathlon. J'ai fait le BTS et deux en plus.

Les profs, au niveau du BTS, ils étaient très très vague, en entreprise, on était susceptible d'être embauché. Mais aujourd'hui, il y beaucoup de gens avec un BTS, le marché est saturé.

J'essaie de cibler là où je suis le plus compétent, mais on essaie d'élargir...parce que ça marchait pas. J'essaie de mettre des mots clefs dans mes lettres de motivation, des accroches. Pour les entretiens, j'essaie de faire comprendre que je n'accepterais pas le poste dans n'importe quelle condition. Mais les offres que j'ai, c'est des contrats pour deux trois mois, pas plus. Je suis mobile, j'ai fait beaucoup d'entretiens en dehors de Nantes...à Paris, à Orléans...j'essaie d'élargir, d'être plus mobile.

Je suis en recherche d'emploi depuis septembre 2004. Je travaille beaucoup par Internet, j'ai envoyé plus de 500 CV et lettres de motivation, juste une vingtaine par écrit. Je travaille beaucoup informatiquement, surtout quand j'ai pas d'emploi, je vais consulter 4, 5 sites régulièrement, matin, après midi et soir. Mais si je décroche un travail, même précaire, je le fais, je prends du coup moins de temps pour ma recherche.

Un CDD, c'est un bon moyen pour intégrer une entreprise, on m'a proposé une fois un CDI mais j'ai refusé, c'était mal payé, il y a un minimum de reconnaissance, au niveau de la valorisation de l'individu, j'ai pas envie de travailler au salaire minimum. Une deuxième fois aussi, ils étaient intéressés par mon profil, là j'attends une réponse.

J'ai très peu de contacts avec les gens de mes promos, ils sont beaucoup en dehors de Nantes, des fois, juste quelques mails. Dans le quartier, j'ai pas mal d'amis qui ont fait le BTS Action Co, certains travaillent en Intérim, ou à l'usine. Ou en aggro aussi, c'est pareil, ils sont sans emploi, au chômage ou au RMI. Y a plein de gens qui ont les compétences, mais y a de la discrimination, j'ai beaucoup d'amis qui sont issus de

l'immigration, ils ont des faciès maghrébins ou africains...c'est ça...y a beaucoup de cas comme ça. Le manque d'expérience, parfois, c'est un faux prétexte. On me l'a déjà dit en entretien...à Auchan, pour un poste de manager opérationnel, on m'a demandé si le fait de venir d'un autre pays, ça pouvais poser un problème...je sais plus trop comment ils me l'ont demandé...ou pour moi, quel problème j'avais rencontré en étant issu de l'immigration maghrébine. J'ai d'autres copains qui ont eu les mêmes réflexions...pour être commercial...'vous avez un faciès qui risque de jouer sur les résultats'.

Ma mère voulait que je fasse une année de plus. Mon frère, il a arrêté en BEP ; il s'est mis à son compte. Même moi, parfois j'y pense, me mettre à mon compte, monter mon entreprise dans les services. Ou sinon, l'autre issu, ce serait de partir à l'étranger, l'international...soit être indépendant, soit s'aventurer à l'étranger...dans des pays qui regardent plus les compétences...l'Angleterre ou le Canada...il y a beaucoup de Pakistanais là-bas par exemple.

Puis l'Angleterre, c'est à côté et c'est très ouvert, ils n'ont que 5% de taux de chômage. Si j'ai une opportunité, je la saisirais.

Pour les ressources financières, j'ai toujours vécu chez mes parents, là je vis toujours chez eux, ils m'aidaient un peu, et j'avais de l'argent de côté aussi, plus les missions à gauche, à droite. Mais les études, c'est un coût, pour la Licence, c'était 2000 euros la première année et 2000 euros pour la Maîtrise. Si je veux monter un projet, je suis en incapacité financière, j'ai investi dans les études, j'attends de rentabiliser. La famille, c'est plus un soutien, j'ai moins de pression. J'ai un frère et deux soeurs qui vont continuer leurs études, on vit tous ensemble. Mon père, il pense que les jeunes ne veulent pas travailler assez, c'est l'inverse de mon raisonnement. Pour lui, si il y a un travail, il faut le prendre, moi, je fonctionne à l'inverse. Pour moi maintenant, c'est inconcevable de travailler à l'usine, je vais pas me dévaloriser par rapport à ce que je sais faire. Pour mon père, je comprends qu'il pense ça, ils ont eu un passé plus difficile, son discours est contraint, moi j'ai pu accéder aux études et pas lui. Aujourd'hui, il est sans profession, il approche de la retraite, avant il était ouvrier agricole.

Pour la filière, j'ai toujours été libre, j'ai toujours fait mes propres choix, j'ai jamais été influencé. Mon père m'a toujours laissé faire. Il était content mais sans plus, il attendait que je sois plus tôt sur le marché du travail. Ma mère m'a encouragé à poursuivre mes études, elle voulait que je me cultive davantage, pour aussi acquérir un travail plus intéressant. Mes soeurs aussi vont continuer les études, elles veulent avoir des postes à responsabilité.

Je discute beaucoup avec des gens issus de l'immigration, pour beaucoup, les diplômes, ça sert à rien, ils ont raison quelque part...ils disent...t'as fait des études, mais tu galères. Y'en a, ils ont arrêté par la force des choses. Aujourd'hui, on ne peut pas dire faites des études et vous aurez un meilleur salaire. Beaucoup de gens ont arrêté tôt, et il y a ceux qui sont en Intérim toute l'année, ou qui montent leurs affaires...ils se débrouillent très bien...plus les emplois non déclarés.

Si je faisais un retour en arrière, je me serais arrêté après le BTS, j'ai fait ce que je pouvais, ça ne vient plus de moi. J'ai essayé de continuer pour me différencier...mais ça ne sert à rien...enfin si...pour les connaissances...pour la culture générale, ça me sert, c'est enrichissant.

Pour beaucoup d'entreprises, ils demandent juste un Bac+2, ils demandent que ça. Des fois, je suis trop qualifié. Pour une entreprise, j'ai dit que j'étais OK pour le poste Bac+2, mais ils veulent pas, moi je suis d'accord pour être payé à Bac+2. Parfois, j'ai pensé à enlever sur le CV la Licence et la Maîtrise, et mettre que BTS. Mais c'est un peu stupide, je vais pas tricher, j'ai ces diplômes, alors...

J'ai été convoqué pour plusieurs entretiens, je mets toujours mon CV et ma photo sur les CV.

La filière, je l'ai choisie parce qu'il y a des offres, le Commerce, c'est large, y a quand même beaucoup d'offres. Mais c'est le manque d'expérience aussi. La discrimination plus la conjoncture. On est tombé au mauvais moment. Le problème pour les jeunes, il est général, et si on descend, si on segmente, c'est encore plus difficile pour ceux qui sont issus de l'immigration ou qui habitent en quartier.

C'est plus la discrimination que le quartier, par exemple tu peux être `français de souche'... (j'aime pas trop cette expression) et être dans un quartier ; la personne, elle trouvera peut être plus facilement.

Pour le quartier, tous ceux qui habitent un quartier, ils veulent partir, tout le monde veut partir, on veut tous un environnement plus agréable, un meilleur cadre de vie, mais là aussi, il y a la discrimination au logement. Moi aussi, j'aimerais partir.

Pour les entretiens d'embauche, on me dit que mon profil ne correspond pas au poste recherché, ou que je manque d'expérience. On ne me propose pas de CDI en ce moment. J'ai eu des entretiens avec pleins d'entreprises...BNP, Supersport, Auchan, Konika, La MAFF...

Pour la MAFF, ils m'ont fait passer des tests, et une simulation de vente, je fais la démarche et j'ai été arrêté sur un point...en dix minutes, on m'a dit de pas revenir l'après midi parce que j'avais raté sur ce point là. Je voulais faire une vente complète, j'ai pas insisté. Pour ce détail, je correspondais pas au profil. Je n'avais pas assez insisté sur les services. Je trouve ça bidon, je suis sur qu'elle savait moins bien vendre que moi. Il faut aussi regarder les compétences des recruteurs. Ca on peut le savoir en regardant les turn-over au niveau des salariés, si il y a beaucoup de turn-over, c'est qu'il y a un problème au niveau du recrutement. C'est comme les tests, ça ne veut rien dire. J'ai vu des entretiens bidon, où il y avait des réunions, et il fallait s'imposer par rapport aux autre, en collectif, chacun veut être plus fort que l'autre, ça finit en foire. Je crois qu'il y a aussi un manque de qualité dans la façon de faire passer les entretiens.

Mon père, ça fait 35 ans qu'il est en France, moi je suis né au Maroc, je suis venu en France, j'avais six ans, on a rejoint mon père avec le regroupement familial.

Entretien Saadia. Source : « Education National ».24ans. BTS .Vente et Production touristique.

L'entretien montre ici les difficultés d'accès à l'emploi lié à la conjoncture. Elle a un bon CV, de nombreux stages, dont certains à l'étranger. Elle fait preuve d'une réelle motivation et d'une grande ambition.

Par rapport à son nom de famille, elle pense que ça a pu jouer, mais elle n'insiste pas sur le fait qu'elle ait des origines arabes, ou sur son nom. Elle ne veut pas se porter comme victime, au contraire. C'est une jeune femme, avec des origines arabes, mais elle veut faire preuve de combativité quand à sa recherche d'emploi. Cela est peut être due à son éducation, et à son milieu social : classe moyenne sup, établissements de centre ville, a toujours vécu hors quartier, elle est autonome, prend la décision de faire un emprunt...

Même si il y a eu des périodes de découragement quand à sa recherche, elle ne cherche pas les réponses par rapport à son identité, elle remet au contraire sa personnalité en question, ses démarches, cherche de nouvelles stratégies...

« J'étais au lycée Jules Verne, j'ai passé un Bac L, option européenne, Histoire et Anglais ; je voulais avoir la
mention européenne. Ensuite, j'ai fait une première année de Fac de Droit, pour apprendre l'Histoire et le

Droit...ça m'a pas trop plus. J'ai cherché un type d'études autour du BTS tourisme. Je suis allé à l'école Pigier, c'est une école privée, qui faisait un BTS Vente et Productions touristiques. Je voulais travailler en agence de voyage, ou en Tour Opérator...vendre les brochures aux agences ».

« J'ai fait deux stages à Nantes en agence. En 2003, j'ai eu mon BTS Tourisme, je voulais pas rentrer directement sur le marché du travail. C'est un BTS très complet, après la formation, c'était déjà vu, je me suis dirigée vers le Commerce International, car le tourisme, c'est bouché. J'ai fait un TS+, en faisant une Licence Commerce International, option Bois, c'est plus sécurisant de se spécialiser dans ce domaine. J'avais quatre mois de cours et six mois de stage. Pendant mon stage, j'ai organisé des salons sur La Roche. J'ai aussi fait un stage à Miami chez un exportateur, je faisais du marketing, reporting ; puis j'ai fait un mois en Belgique, sur une création de maquette. J'ai eu ma Licence professionnelle en octobre 2004 ».

« Pour ma recherche d'emploi, je recherche dans le Tourisme et dans le Commerce International. Au bout de deux mois, je me suis rendu compte que c'était pas facile de trouver quand on est jeune diplômé ; les professionnels ne nous prennent pas au sérieux, ils n'ont pas envie de nous faire confiance. J'ai cherché du travail dans tous les domaines. Je veux m'installer à Nantes, mais j'ai pas 25 ans, je n'ai pas le droit au RMI ».

« Les entretiens d'embauche, j'en ai fait une bonne dizaine en six mois, ça s'est pas très bien passé...je ne répondais pas bien aux questions...mais de me planter comme ça...ça m' a appris. J'ai essayé dans différents domaines, la banque, la télécommunication, l'info-comm. Je me suis inscrite à l'ANPE, où il y avait beaucoup d'annonces, et je me suis inscrite dans une agence Intérim, et aussi dans une agence d'hôtesses. J'ai pas mal d'expérience dans le Tourisme et le Commerce International. Pour eux, c'est pas très clair, pour moi, je trouve ça cohérent...les langues, le tourisme, le Commerce International. J'aime tout ce qu'est Commerce. Mon stage en Belgique, j'etais assistante commerciale, ils voulaient ouvrir un nouveau marché dans le sud. J'ai eu trois stages avec des responsabilités.

A La Roche, j'ai animé des salons que j'ai menés du début jusqu'à la fin, j'avais une certaine autonomie ».

« Par rapport aux entretiens d'embauche, on me parle de manque d'expérience. Dans le bois, c'est un milieu assez misogyne, quand tu es une femme, ça passe pas, ils parlent d'une histoire de risque, non seulement je suis une femme et en plus je suis jeune. Il faut savoir se faire respecter, savoir ce qu'on veut ...J'ai eu un entretien avec l'entreprise HERTZ, je n'ai pas eu de nouvelles, ils m'ont fait passer des tests psychotechniques, et m'ont posé des questions basiques, ils me disaient qu'ils leur fallait des gens dynamiques mais ça n'a pas marché, la réponse n'était pas claire ».

« Les entretiens où ça été négatif, pour le nom, je sais pas...mais pour certains entretiens, ça a joué...j'y allait en tant que personne. A l'ANPE, j'ai fait une formation `ACCOMPLIR', j'ai eu un conseillé qui m'aidait à rédiger le CV et les lettres de motivation. Je postulais à des offres de l'ANPE, ou sur Ouest Job...le bilan du conseillé, c'est qu'il avait rempli sa mission. Mon bilan, c'est que mon nom est un frein à ma recherche d'emploi, mais on ne me l'a pas fait ressentir ».

« Au collège, j'étais à Saint Jean-Baptiste de La Salle. J'ai vécu en Centre Ville. Actuellement je suis avec mon mari au pont de la Tortière ».

« Mes parents m'ont aidé financièrement, ils m'ont financé l'école privée. Pour la Licence, j'ai fait un emprunt, j'ai des échéances, ça pousse aussi à trouver du boulot. Ma mère est secrétaire de Direction dans un banque et mon père est grutier dans le bâtiment ».

« J'ai eu un entretien avec Bouygues, j'ai eu un refus, je ne correspondais pas au profil, je me suis dit...si je ne suis même pas prise pour répondre au téléphone. On se remet tout le temps en question...qu'est ce qu'il faut que je change ?...on finit par tourner en rond. J'en parlais avec la famille, mon mari...beaucoup de personnes...ils me disaient tu iras loin, tu as du charisme...on s'inquiète pas pour toi...on finit par se dire comment c'est possible, pourquoi je trouve pas de travail ? ».

« J'ai trois bonnes amies avec qui j'ai gardé contact, elles sont parties trois mois à Miami, pour la langue, pas pour un boulot fixe. On s'échange des infos, on s'appelle, on s'échange des offres, on est toutes dans la même galère ».

« Mes parents, ils sont déçus par la situation. J'ai pas envie de tomber dans une paranoïa...ça existe, mais si je me mets à penser à ça, j'ai pas finit. Si on leur prouve nos qualités...les entreprises, elles pensent à leur business, à leurs clients. Tout est une question de risque. Je suis autant française, je suis née à Nantes, et j'ai du sang arabe. J'ai pas à justifier ça. Mon père est d'origine algérienne, ça fait plus de quarante ans qu'il est en France ».

« Mon petit frère est en première année de Bac Pro, mes parents...ils m'ont pas obligé après le Bac, je voulais continuer. Si je ne m'étais pas mariée, j'aurais continué. Avec le mariage, il fallait bien travailler, je me suis arrêtée au Bac+3, sinon, je serais partie à l'étranger, j'aurais fait un Master en France et à l'étranger ».

« Actuellement, j'ai eu deux entretiens il y a deux semaines, Phone Régi, ils recherchaient une hôtesse d'accueil. Et là, je travaille à la banque populaire, comme hôtesse d'accueil. J'ai une collègue qui est enceinte, il y aura peut-être un remplacement, j'attends la réponse. C'est un CDD de quatre mois pour être conseillère banque à distance, il y a des contacts avec les clients, il faut gérer les plaintes, les dossiers ».

« J'ai des exigences, financièrement, j'ai un emprunt...faut que je puisse vivre. Je vois sur le long terme...je suis assez ambitieuse. Je me vois responsable d'agence dans cinq ou dix ans, il faut voir les perspectives. Géographiquement, j'ai une contrainte pendant quinze mois, mon mari est en formation. On bougera tous les deux ».

« Pour le BTS tourisme, les profs nous disaient qu'on allait être mal payé, qu'il fallait qu'on soit sédentaires. Les discours n'étaient pas très positifs. Après, ça dépend des opportunités qu'on a ».

« Ma mère est née à Nantes ».

« J'ai eu ma licence en 2004. J'ai fait la Fac de Droit en 2000 2001. La Licence, c'était rue Crébillon, à L'ENACOM ».

« Le stage à Miami, ça a duré un mois et demi. C'était des stages de deux mois en moyenne. Mon mari, ça fait dix ans qu'il est dans le bâtiment. Sa formation a commencé en juillet, il fait attention. Je me suis débrouillée pour trouver des petits boulots, dans la distribution...comme démonstratrice ».

« Je suis confiante, ce que je souhaite, c'est une réponse positive à la caisse d'épargne, même si c'est un CDD de quatre mois comme hôtesse d'accueil ».

« Aujourd'hui, je regarde les offres, j'ai lâché du lest. Là, je suis hôtesse d'accueil, j'ai moins de temps, je souffle un peu ».

« Je me disais, c'est bon, cool, le mois prochain je travaille...j'ai vite déchantée. On se remet en question, j'étais trop sûre de moi. Je sais ce que je veux. Je lâche pas du tout ».

« Mes recherches, c'était par l'ANPE, des recherches par Internet, les agences Intérim...ils m'ont proposé trois missions, je pouvais pas ».

« En octobre, décembre 2004, il n'y avait rien, peut-être que je prospectais mal. J'ai postulé pour un emploi pour l'ancienne école, ils ont préféré prendre quelqu'un de l'école concurrente ».

« Pour l'ANPE, c'est une amie à moi qui m'a parlé de `ACCOMPLIR'. Mais c'est moi qui suis obligée de les démarcher, c'est un système défaillant. Les offres ANPE, il faut y répondre via l'ANPE, si il y a un truc qui ne correspond pas sur le CV, ils n'envoient pas la candidature. Je trouve que c'est une barrière...vous n'avez pas ce diplôme, ce n'est pas possible...Quand il s'agit d'étude, on ne sait jamais ! »

« J'utilise mon réseau de connaissance, je ne mets pas `stages' sur le CV ».

« Les écoles, à Saint Jean-Baptiste, c'était des classes moyennes, mais à Jules Verne, c'était plutôt des classes sup de centre ville. Je suis contente d'avoir fait ces deux établissements, j'ai un recul sur les deux classes. J'ai passé du temps avec des gens riches et du temps avec des gens plus populaires. C'est bien pour l'avenir, il faut savoir s'adapter, je suis plutôt de classe moyenne supérieure, je suis même plutôt dans la classe aisée, je me trouve dans la moyenne. Ca m'a permis de faire des études, j'ai eu de la chance que mes parents me payent mes études. Ca permet aussi de n'avoir aucun préjugé envers les différents milieux, mes amis viennent d'un peu tous les milieux ».

« Les personnes que je côtoie, elles ont arrêté les études assez tôt. Les personnes de la prépa, au lycée, elles ont toutes fait des études, mais si je voie quelqu'un du collège, il n'y a pas de barrière, il n'y a pas que l'intellect ».

« Je vais peut-être faire le concours de la fonction publique, j'ai regardé le calendrier, mais là, je ne suis pas prête ».

« Pour le tourisme, je fais des candidatures spontanées, mais j'ai très peu de retour. J'ai eu trois, quatre réponses sur trente. Il y peut-être une réponse positive, j'aurais la réponse en octobre 2005. Sur le CV, je mets ma photo, je ne cible pas trop. Il faut connaître un minimum les entreprises, faire marcher le bouche à oreille...'j'avais entendu dire...ou tient, ils prennent un vacataire'...par quelqu'un que je connais ou de la famille ».

Pour les entretiens, au niveau des lettres de motivation, il y a eu un changement, j'ai fait des lettres de motivation qui faisaient plus pro...il ne faut pas faire de fausse modestie, il faut trouver le juste milieu. Montrer plus sa personnalité et ses expériences ».

« En octobre et décembre 2004, c'était assez aléatoire. Mes parents étaient au rond-point de Paris. Depuis février 2004, je suis partie de chez mes parents ; je me suis mariée en mai 2004, avant mon mari était à La Roche ».

« J'ai passé deux tests de `performance'. La personnalité du travail, c'est les gros traits de la personnalité : `pouvoir, combativité, extraversion'...quelqu'un qui aime bien diriger, autonome, qui ne veut pas être sous des ordres ».

« J'ai le même caractère que mon père, ma mère est plus souple (elle n'est pas très directive, plus douce), moi, je dis un peu trop ce que je pense...mais je suis plus proche de ma mère. Mon père, il va me parler d'emplois qui ne m'intéressent pas ».

Entretien Abdel. Source : « Un parrain, un emploi ».BTS : Commerce International. 23ans. La Bottière.

Il semble relativement déçu par sa trajectoire, il se demande si ça valait le coup d'avoir fait des études, d'avoir fait un BTS, parce qu'il connaît plusieurs réponses négatives à la suite de demande ou d'entretiens. Son regard est plutôt pessimiste. Ce n'est pas un pessimisme vis-à-vis de lui-même ou par rapport à son avenir, il a plutôt confiance en lui. C'est davantage un regard pessimiste sur la France, la société française où selon lui, les gens deviennent de plus en plus racistes...et qu'il est de plus en plus difficile de trouver du travail pour quelqu'un issue de l'immigration ou avec un nom à consonance étrangère. Selon lui, la situation ne peut que se dégrader, et il vaut mieux partir à l'étranger ou les mentalités seraient différentes. Il a un regard sur l'histoire, le passé, `ses parents qui ont tous le temps galéré, et se demande pourquoi ça changerait pour les nouvelles générations...au contraire, `le racisme se banalise'. Quelle que part, il admet cette situation, il faut mieux partir ailleurs, `je trouverais, j'ai plein d'amis qui travaillent là-bas...Quand dans l'entreprise de transport, on lui dit qu'au niveau des clients, ce n'est pas possible...il accepte, `le gars a été honnête avec lui', au moins, il n'y a pas eu d'hypocrisie. Et c'est davantage ça qu'il n'admet pas, ce qui est caché, hypocrite, pas dit; pour lui, les réponses qu'on lui a données dans le secteur bancaire n'étaient pas fondées...'c'est louche, c'est bizarre'. Il ne parle pas du manque d'expérience ou d'autres raisons qui ont pu amener des réponses négatives, il ne dit pas non plus franchement que c'est de la discrimination mais il le suggère.

En fait, il est relativement fataliste, pour lui ça ne changera pas, donc ça ne sert pas à grand chose d'en parler, `autant mener sa barque et voir ailleurs si c'est mieux'. Quand je lui précise l'étude, il pense que ça ne sert pas à grand chose, que de toute façon, il n'y pas de solutions.

M : « Quel a été ton parcours scolaire jusqu'au diplôme... »

A : « Au collège, j'ai fait une filière générale, j'ai choisi une première ES ; avec comme spécialité l'anglais renforcé. En terminale, j'ai passé le Bac et je suis allé en Fac de Droit, mais ça ne m'a pas plus ; j'ai préféré ensuite faire un BTS Commerce International ; parce que je voulais perfectionner les langues, et il y avait une nouvelle matière : compta commerce. J'ai passé le BTS en 2003, là je fais une licence-maîtrise avec le CNAM en Commerce International ».

M : « Quand t'es rentré à l'asso, c'était après le BTS... »

A : « Je suis rentré à l'asso en 2004 ; j'étais en recherche d'emploi. Je recherchais en secteur bancaire. J'ai eu quelques entretiens. La licence que je fais, c'est une licence LEA, à la Fac de Nantes, pour maîtriser les langues. L'année prochaine je veux partir en Espagne. Au collège, j'étais à la Noé Lambert, et au lycée, à La Colinière. En première année de Droit, j'étais à la Fac de Nantes et la première année BTS, j'étais au Mans ; la deuxième année BTS, j'étais à Carcouet ».

M : « Dés le lycée, tu avais fait le choix de ta filière... »

A : « En terminal, j'avais déjà fait le choix du BTS, mais c'était trop tard. La première année de Droit, ça me plaisait pas trop, le BTS, c'était un choix personnel...mes frères et mes soeurs, ils ont plus été dans le scientifique...j'ai une soeur à la Fac et l'autre en BTS ».

M : « Tu as toujours été dans le même quartier ? »

A : « Je suis nantais, né à Nantes, et j'ai toujours vécu à la Bottière. Quand je suis sorti du BTS, je voulais continuer les études. Je voulais faire une licence pour pouvoir avoir un niveau de diplôme plus élevé et un meilleur salaire ».

M : « Et dans ta recherche de travail, tu as eu des entretiens d'embauche, comment ça s'est passé ? »

A : « J'ai eu plusieurs entretiens d'embauche, j'ai eu un entretien à Angers pour Groupama ; ils m'ont dit que mon niveau scolaire et mon niveau de qualification étaient trop élevés...j'ai trouvé ça un peu louche. Il y avait trois personnes, ils m'ont fait passer des tests avec des courbes. Autrement, il y eu la BNP, où j'ai rempli un dossier, pareil, pour le poste, mon niveau était trop élevé...le dossier a été renvoyé à Paris mais il n'y avait pas de poste ; ils m'ont dit qu'ils gardaient mon CV sous la main. Je comprends pas trop, c'est leur choix, je veux dire...ils peuvent prendre quelqu'un même si le diplôme est au dessus, ça peut être dans leur intérêt...c'est bizarre ».

M : « Et t'en a eu d'autres...des réponses négatives ? »

A : « Y a eu le Crédit Agricole, là c'est le pire, j'ai envoyé quatre fois mon CV et une lettre de motivation, ils m'ont répondu qu'à la quatrième fois parce qu'ils devaient en avoir marre. J'ai une amie qu'était en BTS avec moi, elle a été prise direct au Crédit Agricole, moi, c'est au bout de quatre mois que j'ai eu une réponse négative...alors que elle, elle était moins bonne en plus ».

M : « Et pendant ta scolarité, ou pendant le BTS, tu avais déjà eu une expérience professionnelle ? »

A : « En BTS, j'ai fait des stages ; j'ai fait un stage à la Société Générale. Je suis aussi allé à un congrès organisé par la Société Générale, à Paris, c'était pour une rencontre avec les jeunes...ils voulaient embaucher...il y avait pas mal de postes. Moi j'ai écrit...mais pareil, niveau trop élevé pour être conseillé...alors que j'avais fait un stage chez eux, pourtant, ils demandaient une formation Bac+2 Commerce ; c'est ce que j'ai, et la demande, c'était juste après le diplôme ».

M : « Et après cette année, tu recommences à chercher du travail ? »

A : « L'année prochaine, je vais aller travailler à l'étranger, en Espagne, à Barcelone ; pour être commercial, la bas...c'est plus facile. Je connais des amis qui sont arabes ou noirs et qui travaillent la bas, c'est plus facile. J'ai plein d'amis qui sont parti la bas...on regarde plus les compétences ».

M : « Donc tu veux pas rester en France... »

A : « Sinon, je vais peut être passer des concours dans la fonction publique. A oui, aussi j'ai postulé pour un poste dans une boîte de transport, près de l'aéroport...là le gars, c'était le patron...il a été direct avec moi...il m'a dit pour bosser dans les bureaux, y a pas de problèmes...mais par rapport aux contacts avec la clientèle, je veux pas trop, il m'a dit...c'est pas pour être méchant, mais avec les clients, c'est pas facile...parce que je suis d'origine arabe, alors...mais c'est son choix, au moins, il a été honnête, il voulait me voir pour me dire ça en face, pas par courrier ».

M « Par rapport aux gens que tu connais, dans ton entourage, la famille ou les amis, tu parles de ta recherche de travail... »

A : « J'ai toujours vécu à La Bottière, mes amis...beaucoup j'étais à la maternelle avec eux. C'est surtout des gens d'origine étrangère...et au BTS, on parlait de ça...de l'embauche. Par rapport à la discrimination, pour certains, ça n'existe pas...c'est parce que...ce sont ceux qui sont français...ils disent que nous voyons le mal partout...mais bon, chacun sa position. Ce qui est pas mal, c'est un pays comme l'Angleterre, là on regarde vraiment les compétences, en France, c'est chaud, en Angleterre, on joue pas sur les provenances ».

M : « Et quand tu postules à une entreprise, tu mets tout...l'adresse, le quartier... »

A : « Sur le CV, j'inscris pas le quartier. Déjà, ils regardent le nom et après, ils regardent le quartier. Mais c'est d'abord le nom...moi mon nom, ça va encore, mais c'est mon prénom. Par contre, je mets toujours une photo. Alors ils regardent le nom et après la photo ».

M : « Et tu as des contraintes par rapport à l'emploi, le secteur géographique par exemple... »

A : « Je suis prêt à bouger à l'étranger, j'ai beaucoup de mobilité, j'ai plein d'amis qui travaillent à l'étranger ».

M : « Mais le métier que tu recherches, tu veux que ça corresponde à ton diplôme... »

A : « Là sur mon parcours scolaire, je suis déçu quand même, des fois je me dis que j'aurais mieux fait de faire un BEP...plutôt que de se prendre la tête avec les diplômes...ça sert pas forcément. Là, si j'ai repris les études avec la licence, c'est surtout pour les langues, pour améliorer le niveau en langues. Sinon, je vais faire ma vie...j'ai des amis, ils ont Bac+2 ou +3 et ils font de l'Intérim ».

M : « Et tes parents, tu en parles avec eux de tes recherches...ou des réponses négatives .»

A : « Mon père est ouvrier et ma mère est sans emploi. Mon père, il a galéré 36ans à l'usine, c'est pour ça, ils voulaient que ces enfants fassent des études pour pas faire le même boulot. Mais de toute façon, on galère quand même...quand ils sont arrivés, ils ont galéré, ça change pas trop. Même à l'usine, il y a de la discrimination, c'est partout. Mes parents, ils sont marocains. Sinon mon frère, il est ingénieur, et mes soeurs, elles sont à Rennes, il y en a une qui est infirmière ».

A : « Moi, je vais partir à Barcelone au mois d'août. Pour les études, j'étais boursier, là aussi, je suis boursier ».

M : « Et dans tes recherches, tu te servais des dispositifs d'aide à l'emploi...l'ANPE, La Mission Locale... »

A : « Par rapport à l'emploi, la Mission Locale, c'est le pire, y a rien, c'est des emplois fictifs...la Mission Locale, ça sert à rien. A l'ANPE, c'est pareil, ça sert à rien, il n'y a jamais d'offres. Je me suis inscrit à l'ANPE de La Bottière, mais les conseillés, ils font rien ; tu t'inscris et voilà, c'est tout. Moi, je faisais mes recherches d'emploi par Internet ou avec la Presse : Ouest-France et l'Expresse...l'Expresse, y a des trucs.

Et sinon, il y a eu l'asso, le parrain, là c'était bien ; le parrain, il me laissait pas tomber, à l'asso, ils te soutiennent, il y a un suivi. Ils m'ont motivé, et autrement, les sites Internet ».

M : « Et par rapport à des gens que tu connais, ça constitue un réseau pour trouver des informations, des possibilités d'embauche, l'entourage, des amis...par connaissance »

A : « Dans mon domaine, dans le Commerce, j'ai pas de réseau, j'ai des amis un peu partout, mais pas dans ma branche. J'ai un ami du BTS qu'est parti en Allemagne. Au BTS, la prof a trouvé du boulot pour dix personnes, mais pas pour moi...je lui avait demandé de l'aide pour le rapport de stage, mais elle m'a pas aidé, elle avait ses chou choux ; pourtant, j'avais de bons résultats...mais c'était toujours...y'a ça qui va pas...mais heureusement, il y avait un soutien des autres élèves ».

A : « Le parrain à l'asso, il m'a aidé à refaire la lettre de motivation, le CV, ça changeait pour les différentes offres, c'était béton après ».

M : « Tu as gardé contact avec certaines personnes du BTS... »

A : « Les gens que j'ai envie de voir, c'est surtout les gens qui travaillent, c'est eux qui peuvent t'aider. Je veux pas voir les pessimistes, ça sert à rien...après, si je pense à ça...j'avance pas. Je crois que c'est une question de temps, mes frères et soeurs ont réussi...alors...à Barcelone, dans le Commerce...ma recherche d'emploi, elle est ciblée. Ma soeur, une fois, elle avait mis sur son CV : nationalité française...normal...et on lui a demandé sa nationalité. Moi je comprends pas...si on est né en France, on est français ».

A : « Ca fait que j'ai cherché du travail pendant sept mois...quand j'étais au Mans, c'était surtout des amis du BTS, ou des copains de copains. A la Bottière, c'est des amis de longue date...mais même si je pars, je garderais contact, c'est pas une rupture, il y a le téléphone. En Espagne, il y a moins de discrimination, on ne regarde pas les origines ou la provenance ».

A : « C'est sur, on a des handicaps...et tout ce qui se passe ailleurs, on nous le reproche...ce qui se passe dans le monde. Déjà quand j'étais petit, les adultes, ils me disaient de retourner dans mon pays. Mais là, depuis le 11 septembre, ça s'est renforcé...et puis, faut regarder les dernières élections...pour moi, ça changera pas...y a pas de solution, et c'est partout, pas que pour le travail...les Boîtes de nuit...partout, et les jeunes aussi. Nos parents, dès qu'ils sont arrivés, ils étaient victimes du racisme, mais c'était encore caché. Maintenant, ça devient normal d'être racistes, et la télé, ça légitime le racisme ».

Entretien Nasser. BTS assistant ingénieur (Génie industriel) 2003 + Licence pro IUT de Nantes en 2004. La Bottière.

Cet entretien montre objectivement la discrimination et les difficultés de faire valoir son diplôme et sa formation quand on porte un nom et un prénom maghrébin.

Je suis sorti de troisième générale, le Conseil d'orientation m'a orienté vers un BEP, en fait un BEP CAP en maintenance automobile. Par la suite après le BEP, j'ai fait un Bac Pro, toujours dans le domaine de la maintenance automobile. Après le Bac Pro, j'ai vu qu'il n'y avait pas la possibilité d'intégrer un BTS ; ce qui fait que j'ai rétrogradé, j'ai refait un Bac STI en Génie Mécanique, donc ce qui fait que j'ai eu de bons résultats et donc par la suite, j'ai fait un BTS. Assistant Technique Ingénieur, ATI, et après le BTS, par l'intermédiaire de plusieurs stages en BTS, je voulais me spécialiser et là, j'ai choisi une Licence Pro en Génie Industriel, en QSE, qualité sécurité environnement.

Voilà, je suis sorti en septembre 2004. Et là depuis septembre 2004, je suis sur le marché du travail. Et c'est dur, dur. Je m'aperçois que depuis le mois de septembre, j'ai eu qu'un seul entretien, bon, c'était cette semaine, on était une quinzaine de personnes sur le poste, c'était un poste quand même de technicien qualité, agent de maîtrise qualité, en qualité sécurité environnement. Globalement, ça s'est bien passé, mais après je sais pas ce qui va se passer.

En neuf mois, un seul entretien, c'est vrai que ça fait pas...ça fait peu. J'ai même pas eu l'occasion d'avoir des entretiens donc...J'envoie mon CV, lettre de motivation...rien n'y fait. Là, j'aurais une réponse début juillet. Là pour moi, j'ai été à l'aise, ça s'est bien passé, après c'est vrai, ça peut jouer...mon défaut, je pense que ça peut être l'expérience. Étant donné que je suis jeune diplômé, peut-être qu'il y aura des gens qui seront suffisamment diplômés ; jeune diplômé en plus de l'expérience, c'est ça qui va jouer je pense.

Par rapport à l'expérience, je leur ai parlé de mes stages que j'avais faits en BTS, mes stages sur deux trois mois. Et ensuite, après le BTS, en Licence, j'avais fait trois mois de stage. Ils considéraient ça eux comme une expérience, donc après faudra voir.

Mon dernier diplôme, c'est un Bac+3, Licence Pro, voilà.

Les établissements, en BTS, c'était un lycée, lycée Jean PERRIN, à Rezé. La Licence Pro c'était l'IUT de Nantes en partenariat avec la Fac de Sciences.

Mon parcours scolaire, je n'ai eu aucun problème, en BEP, j'ai eu de très bons résultats, après, Bac Pro, j'ai eu une mention A BIEN, en Bac STI, j'ai eu la mention bien, en BTS j'ai eu la mention A Bien, et la Licence Pro, j'ai raté la mention A Bien de peu. Donc la scolarité, nickelle, vraiment aucun souci, et les stages très satisfaisants. Les stages, c'était vraiment spécialisé, c'était sur les normes, et au niveau ISO 9000, qualité. C'est des entreprises qui sont certifiées ISO, ISO 9000 et norme environnement 14000, et donc avec le responsable qualité, on participe à la vie de la qualité en entreprise.

Tous les stages, c'était sur le même thème, en BTS et en Licence. C'étaient des entreprises privées.

Au niveau de l'ambiance scolaire, avec les profs, ça s'est toujours bien passé aussi. Après le BTS, j'ai décidé de me spécialiser plus en qualité. En fait, c'est vraiment ce que je voulais faire moi, une spécialité donc...et j'ai toujours eu un bon relationnel avec les profs. Je suis quelqu'un disons, qu'est assez social quoi, qui parle bien, donc, y a vraiment pas de problème de ce côté-là. Je fais pas de blocage ou...

J'ai gardé contact avec certains profs, un prof de lycée et un prof de Fac. Ils m'ont donné des pistes, après, c'est
vrai que après c'est à moi-même de postuler, mais c'est vrai que j'ai fait beaucoup de recherche moi-même,
les...comment on appelle ça...les candidatures spontanées, j'ai postulé par Internet, des offres par Internet, les

offres ANPE, j'ai vraiment utilisé toutes les voix possibles pour trouver du travail. Je suis inscrit aussi au plan local pour l'emploi, je suis inscrit aussi à l'Association Un Parrain un Emploi. Donc, je suis vraiment sur tous les plans. L'association, je suis inscrit depuis 1 mois. J'ai rencontré la personne qui me suit, on appelle ça une marraine, je l'ai rencontré la semaine dernière moi, parce qu'elle était occupée.

Pour l'ANPE, quand je me suis inscrit, j'ai eu un entretien individuel, j'ai été, ça s'est très bien passé ; et après c'est vrai que eux, ils nous proposent rien, après l'entretien individuel, vous avez des annonces qui sont à l'ANPE, vous avez Internet, vous les consultez, puis c'est ou, point final, dons au début, ça m'a pas trop gêné mais c'est vrai qu'après au niveau du regard vers l'ANPE, je pense...ils nous aident sans plus, ils font leur travail, point final. Il n'y a vraiment aucune aide, c'est pour vous dire que moi depuis le mois de septembre...parce qu'au début j'étais inscrit à l'ANPE de Jules Verne, en fait eux, ils devaient m'orienter vers l'ANPE de Saint-Herblain qui s'occupe de mon domaine, tout ce qui est industrie, qualité ; ce qu'ils n'ont pas fais depuis septembre octobre jusqu'au mois de mars, ils m'ont laissé à l'ANPE de Jules Verne, donc mon dossier, il est passé à la trappe. Et au mois de mars, quand ils m'ont contacté pour un autre entretien individuel, ben là ils se sont aperçus...non monsieur on s'est trompé, votre dossier, il est passé à la trappe ; vous devez pas être à l'ANPE Jules Verne, parce que maintenant l'ANPE c'est sectorisé, pour l'industrie, c'est l'ANPE de Saint Herblain, ils m'ont dit ben vous êtes passé à la trappe, on s'est trompé...Au bout de six mois, ben vous êtes à la mauvaise agence, on est désolé, excusez nous, ben après comment on peut avoir une bonne image...c'est l'administration ANPE qu'ont fait une erreur grossière comme ça. Depuis le temps, je les contacte plus, je me gère tout seul. Tout ce qui est offre, par Internet ANPE, les agences d'intérim, l'Internet, et euh...vraiment tout...les associations. L'association, c'était une amie de mon père, qui avait parler de moi comme quoi j'étais en recherche d'emploi, et elle m'a dit...ben écoutez moi je fais partie de l'association Un Parrain Un Emploi, à la Direction, elle m'a dit ben je vais vous donner le numéro de Catherine BARBIER, j'ai participé à une réunion d'information à Rezé, à l'ANPE de Rezé, un parrain un emploi, ils m'ont inscrit, du coup je me suis inscrit làbas et après, avec Catherine BARBIER, on a eu un entretien, elle m'a trouvé une marraine et puis voilà.

C'est par connaissance. Mais étant donné que normalement, un parrain un emploi, c'est des prestataires de l'ANPE, c'est chose qu'ils n'ont pas faite l'ANPE, c'est-à-dire de me présenter au début, ben...un parrain un emploi, ça ils ne l'ont pas fait. Ils m'ont jamais parlé de ça. Pourtant j'étais inscrit chez eux depuis sept huit mois. Donc chose que un parrain un emploi n'a pas compris, ils m'ont dit normalement au bout de cinq six mois, ils auraient dû vous contacter, nous on travaille avec eux, on est une association qui vous aide dans votre démarche de recherche d'emploi. Chose que l'ANPE n'a pas faite, donc, encore un deuxième point négatif. Normalement, c'est leur rôle, mais c'est moi-même qui aie pris l'initiative de contacter l'ANPE pour savoir si ils pouvaient m'inscrire à l'association, parce qu'il faut être inscrit à l'ANPE pour bénéficier des prestations de l'association.

Dans la promo, je suis en contact avec une dizaine de personnes, des gens que j'ai fréquentés durant ma Licence et allez on va dire 80% d'entre eux ils ont trouvé, un CDD ou un CDI. En plus on est dans une région qui est assez attractive, on a pas mal de PME, on a pas mal de zones d'activité dans la région nantaise, c'est un métier qui est assez...on est en plein boom je pense. Tout ce qui est qualité, ISO...en qualité, on est vraiment en recherche, donc normalement il devrait pas y avoir de problème. Et là je m'aperçois qu'il y a un problème de ce côté-là, est ce que c'est moi qui m'y prends mal je pense pas, j'ai utilisé tous les moyens possibles pour

rechercher du travail. Après est ce que c'est peut-être la discrimination, je pense que ça joue aussi, le manque d'expérience et la discrimination aussi. Étant donné que...j'étais le seul maghrébin dans la promo donc...après je me dis peut-être que ça joue aussi, j'en sais rien. Avec le temps en fait, on se pose des questions, au début, je voulais pas penser à ça et avec le temps je commence à me poser des questions.

Pour les candidatures spontanées, j'envoie mon CV. Pour les annonces, ben je réponds avec une lettre de motivation, Internet, je mets mon CV en ligne sur tous les sites de recherche d'emploi et les candidatures par Internet, je leur envoie mon CV et ma lettre de motivation. Ensuite, ben, y a l'ANPE, je postule, ben, j'envoie toujours mon CV et ma lettre de motivation. J'ai des réponses mais que des réponses négatives. J'ai pas eu encore une seule demande d'entretien, soit votre formation ne correspond pas au poste, ça, ça me l'a fait deux trois fois...pour les candidatures spontanées, on a rien pour vous en ce moment mais on garde votre CV pendant six mois, sinon, c'est l'expérience qui joue. Il y a une fois, même, ça m'a étonné même, parce que c'était par l'intermédiaire de l'ANPE des herbiers, j'étais à l'ANPE de Nantes et c'était l'ANPE des Herbiers qui s'occupait de cette offre et ils recherchaient un technicien qualité avec un niveau Bac +2, dons je rentrais exactement dans les critères en fait, niveau Bac +2, Bac +3 en qualité ; un an d'expérience souhaitée , je rentrais dans le critère étant donné que j'avais fait cinq six mois de stage, et j'envoie mon CV, ma lettre de motivation à l'ANPE des Herbiers, ils font suivre à l'entreprise concernée, en retour, deux semaines après, je reçois une réponse de l'ANPE comme quoi ma formation ne correspondait pas au poste, ça m'a plutôt quand même choqué, je leur ai téléphoné, on m'a dit, ben oui, mais c'est l'entreprise qui nous a dit ça. Je leur ai dit attendez, j'ai un BTS assistant ingénieur, en plus c'était une entreprise qui était spécialisée dans le domaine de la mécanique générale, qui fabriquait des pièces dans l'automobile, en plus je me suis spécialisé en Licence Pro en qualité sécurité environnement, ça rentrait vraiment...j'ai dit vous me dites...y a un problème, il faut les contacter...comment ça se fait qu'ils refusent ma candidature comme ça. Elle m'a dit ben écoutez, c'est l'entreprise qui décide. Moi, je connaissais pas le nom de l'entreprise, l'ANPE, ils peuvent, ils disent pas en fait le nom de la société. Si ils le disent, on va les contacter directement et on va plus passer par l'intermédiaire de l'ANPE, donc eux, ça leur pose un problème.

J'ai un copain, dés le mois de septembre, il a trouvé un CDD, un CDD de sept mois, après une agence d'intérim l'a contacté pour lui dire, monsieur, est ce que vous êtes disponible en ce moment, on a un poste à vous proposer, pouvez vous faire un entretien avec cette entreprise, il leur a dit ben écoutez moi je peux pas par ce que je suis déjà sur un poste mais je peux vous proposer une personne, j'ai un très bon ami, il est sérieux, il a fait le même parcours scolaire que moi, il est sorti de Licence, il correspond aux critères étant donné qu'il a fait les mêmes études que moi. Ils ont dit on veut bien, donnez nous son nom, son prénom...Benhali Nasser. Il me donne leur numéro de téléphone, il m'a dit rappelle les, je les rappelle, je leur dis bonjour, Benhali.Nasser, j'appelle de la part de...une certaine personne, voilà, donc vous avez un poste à proposer en technicien qualité, j'aurais voulu savoir...je me permets de postuler à ce poste. Il me dit ben, comment vous vous appelez, ben, Benhali Nasser, deuxième question vous êtes libre ? Je dis bien sûr. Troisième question, est ce que vous êtes prêt à aller à une distance de trente kilomètres, je dis bien sûr...donc pour l'instant je rentre dans le cadre de l'annonce. Et autre question, je sais pas si on devrait la poser...est ce que votre voiture est fiable ? On me pose cette question-là, est ce que votre voiture est fiable ? Est ce que c'est mon nom qui l'a dérangé quand je lui ai dit que je m'appelais Benhali Nasser...mais logiquement dans un entretien, je sais pas si ils peuvent vous demander est ce que votre voiture est fiable, il faut que ça roule, point final. Et après, c'est quel type de véhicule, elle est

de quelle année ? Ils m'ont posé cette question-là, j'ai dit écoutez...si vous voulez me mettre des barrières, ditesle-moi maintenant. Elle m'a dit non non Monsieur Benhali, c'est parce que c'est un poste qui va durer entre 12 et 18 mois, c'est pour savoir si vous êtes vraiment fiable pour ce poste. J'ai dit, attendez...je pense pas que vous posez ces questions-là à tout le monde comme ça, dite moi...est ce que je corresponds pas ou est ce que c'est mon nom qui...Donc j'ai dit, ben attendez, je vais venir à l'agence et on va parler de ça. Elle m'a dit passez à l'agence, on va vous prendre votre CV, on va vous le faxer. Ils m'ont pris mon CV, ils l'ont faxer, pendant trois semaines, j'ai jamais eu de réponse, je suis allé voir à l'agence, je leur dit, ben écoutez, apparemment, c'est un poste assez urgent, comment ça se fait, ils m'ont dit écoutez, on a pas eu de nouvelles de l'entreprise, j'ai dit, la moindre des choses, normalement, vous devez suivre des affaires, vous devez téléphoner à vos intérimaires comme quoi l'offre est en cours d'entretien, ou elle est pas encore prise, ou elle est prise et elle est pourvue, donc moi, je passe à une autre annonce. Elle me dit non, non, ils ne nous ont pas donné de réponse. J'y croyais pas donc...c'est bizarre parce que l'entreprise, elle était pressée pour avoir un intérimaire, deux semaines à suivre et là ça faisait trois semaines, ils avaient encore pris personne. Ca me paraissait assez ambiguë, c'est peut-être mon, pas directement l'agence d'intérim, mais l'entreprise, mon nom les a gênés je pense. Pas de nouvelle, pas de nouvelle...je leur ai dit si vous avez d'autres offres...je les appelle constamment. C'était Abalone intérim. De toute façon, si l'agence intérim impose quelqu'un, je pense que ça se passe comme ça...si elle impose, l'entreprise dit non, il y a rupture de contrat et ils vont travailler avec une autre agence d'intérim, Manpower ou une autre, je dis Abalone comme Manpower ou Adecco. Adecco, ils ont été en procès, je crois y a deux ou trois ans, pour discrimination raciale, avec des codes, ils notaient si c'était un blanc, un noir, ou un maghrébin, ou une personne âgée. Ils savent très bien entre eux comment ça marche. Ils veulent pas perdre de clients, sinon ils iraient voir une autre agence d'intérim ; le marché, à ce niveau-là, il est assez ouvert.

Y a des choses qui sont vraiment assez bizarres. On n'a même pas la chance d'aller à un entretien. Quand j'entends le gouvernement qui dit dans un CV maintenant on va plus mette le nom ni le prénom, juste les coordonnées, à la limite l'adresse...j'y crois pas beaucoup parce que le jour de l'entretien où je vais me présenter...bonjour, je m'appelle Benhali Nasser...il va me recevoir, y a pas de problème...bon, ben on vous rappellera. Moi, je pense que c'est que reculer le problème d'un cran, à mon avis. On peut pas forcer une entreprise à prendre quelqu'un de maghrébin si elle le souhaite pas, et à la limite, pour un maghrébin ou un africain, intégrer une entreprise où aux premiers abords ils étaient réticents, je ne pense pas que déjà on serait bien intégré et on pourrait s'épanouir dans son travail. Moi à mon avis.

Je me dis peut-être qu'on a plus de faciliter à trouver sur la région parisienne, forcément, il y a plus un mélange, les gens se côtoient un peu plus. J'ai tenté, j'ai eu un entretien sur Paris, j'ai tenté une entreprise sur Paris, j'ai eu un entretien, c'était à la RATP, c'était pour être technicien en qualité, j'ai eu un premier entretien, après, j'ai été accepté, j'ai eu un deuxième entretien, et j'ai été pris pour un troisième entretien, et ce qui a joué en fait, c'était mon expérience, c'est tout, mais globalement, j'avais passé de très bons entretiens.

Pour l'instant, je préfère rester sur la région, c'est un secteur assez ouvert, et il y a de la demande, beaucoup de PME sue la région nantaise. Je me dis il n'y a pas de raison que je déménage ailleurs. Il n'y a vraiment pas de raison particulière étant donné qu'il y a un marché.

J'en parle, oui, oui, j'en parle, c'est clair que il y a de la discrimination le dedans. J'en parle et ils le disent, ils
le font bien savoir, même avec le recruteur que j'ai eu la semaine dernière concernant mon entretien, il m'a dit,

par ce qu'il a vu que depuis neuf mois j'ai pas eu d'entretien...il m'a dit, est ce que vous pensez que c'est audelà de l'expérience, au-delà du fait que vous soyez jeune diplômé...il m'a dit, on exclut pas ce problème, je sais qu'il existe Monsieur Benhali, mais concernant mon avis, ma décision ne se portera pas du tout là-dessus, ce sera vraiment l'expérience par rapport aux autres candidats, je vous rassure de ce côté-là, il n'y aura vraiment pas de problème...et ben, j'espère parce que c'était un Africain qui était en face de moi...(rires). Donc je sais pas, on verra.

L'ANPE, elle m'a dit franchement la dame à l'entretien individuel, elle m'a dit Monsieur Benhali, elle m'a dit, elle m'a dit normalement je devrais pas vous le dire, elle m'a dit, elle m'a dit, mais normalement je devrais pas vous le dire, mais vous pensez que c'est votre nom ou votre prénom qui peut jouer à un certain moment. Elle m'a dit pour certains boulots, c'est vrai, on demande pas si il est arabe ou africain, par contre dés qu'on atteint un certain niveau Bac+2 ou Bac+5, on commence à faire attention aux critères. Je pense que plus on est diplômé, et à la base d'origine africaine, arabe ou autre, plus il y a des barrières, parce que je l'ai vu, il y avait un ami à une copine à moi, il avait un Bac+5 et il est parti sur la région parisienne pour trouver du travail, et ils lui ont mis des barrières et à la finale, il a réussi à trouver du travail à Marseille par l'intermédiaire d'une personne dans son domaine. Ben moi, j'ai l'impression personnellement que plus on est diplômé et d'origine étrangère, plus les barrières sont difficiles à passer. Je pense que les garçons d'origine étrangère, ils ont plus de difficultés à trouver que leurs soeurs, les filles elles ont plus de facilité à s'adapter mais après, comme on disait, ça dépend du diplôme, dans le Commerce, il n `y aura pas de problème, la fille elle va être prise, mais après, pour d'autres diplômes je pense pas, ça dépend du secteur d'activité, mais après je sais que les garçons en général, ils ont plus de mal à trouver que...un garçon issue de l'immigration a plus de mal à trouver qu'une fille.

Je pense qu'il y a peut-être moins de discrimination en Angleterre qu'en France, parce que tous les gens que je connais qui ont été en Angleterre pour l'année ou pour travailler là-bas, ils m'ont dit, on trouve du travail dans les dix semaines à venir. En France on est encore assez sur...on est issu de quelle immigration et je pense qu'en France...on va dire que l'immigration asiatique a plus de facilité à s'intégrer que l'immigration maghrébine et ça j'en suis convaincu parce que c'est vrai qu'on entend beaucoup moins parler des asiatiques que des maghrébins, je pense qu'il y a encore des barrières vis-à-vis de la population maghrébine. Ou peut-être que c'est le personnel ou les gens qui travaillent en entreprise qui ont du mal à accepter qu'un maghrébin...je veux dire les...les manage. Un patron avant d'embaucher, il s'est posé la question de savoir si il prenait une personne d'origine maghrébine ou africaine, comment le verrait son personnel, est ce qu'il vont se soumettre à ses ordres et à ses directives. Il dit moi personnellement je pense rien là-dessus mais est ce que eux ils vont accepter, si on se pose ces questions là, on rentre dans un vice, dans un cercle vicieux, et à ce moment-là on exclut certaines populations. C'est comme là j'étais au chômage parce que j'avais travaillé comme assistant d'éducation pendant un an dans un lycée, je faisais ça en parallèle avec ma Licence, assistant d'éducation, je l'ai fait pendant un an, j'ai eu le droit pendant six sept mois, donc là j'ai recherché du travail, le travail que j'ai trouvé, c'est comme je vous disais agent de fabrication...ou ils ont besoin peut-être de main d'oeuvre, ils font pas de différence ; par contre ça correspond pas, faire un travail de manutentionnaire alors que j'ai un Bac+3.

Les exigences, pour l'instant c'est la région, mais si je trouve en dehors de la région, je suis prêt à...je suis
mobile. J'ai rien qui me retient sur Nantes. Mon salaire, je suis pas exigent, on est jeune diplômé, on a besoin de
se faire une expérience, le salaire, faut d'abord se faire une expérience, et là on veut...Peut-être un poste à

responsabilité ; là pour le début, il faut pas non plus...je veux dire, comment on appelle ça...se désavantager ou se sous estimer avec l'employeur qui va vous embaucher, il va dire tient lui il a pas l'air...comment dire...il en veut pas assez ou il se sous estime. Non non, comme moi je dis à l'employeur, j'ai pas de prétentions particulières, étant donné que j'ai un Bac+2, après j'ai eu un Bac+3, donc, je veux être payé selon mon diplôme, après le salaire il va se négocier au fur et à mesure de l'expérience et du travail et du contrat à faire, puis après une augmentation. Je fais pas un blocage la dessus on va dire.

En fait chez moi on est une famille de six enfants, il n'y a que mon père qui travaille, il est employé de maintenance, ouvrier de maintenance on va dire, donc durant mes études supérieures, on va dire ça comme ça, BTS et Licence, j'étais échelon 5 en bourse, donc en fait je m'en sortais par rapport à mes bourses. Et après je faisais des petits boulots en intérim, durant toutes les vacances, que se soient les petites ou les grandes vacances, j'ai toujours travaillé, on va dire pour subvenir à mes besoins. Etant donné qu'en BTS, on quand même 30, 35 heures de cours, ça fait dur pour travailler, j'ai réussi une fois de travailler de nuit mais c'était vraiment dur dur, et le week-end aussi j'avais essayé, mais comme c'est un régime, en BTS, assez poussé quand même, 35 heures plus pas mal de boulot derrière quand même. En Licence, j'avais 25 heures de cours donc là, je me suis dit...j'ai réussi à trouver comme poste d'assistant d'éducation, donc là j'ai réussi à bien gérer mais...c'était maître d'internat le soir et la journée de 8 heure à 16 heure, j'allais en cours, et à partir de 18 heure, je travaillais jusqu'à huit heure du matin, je mixais les deux, des fois c'était dur, mais bon.

Ben oui, et là je suis encore chez mes parents étant donné que j'ai pas encore trouvé un emploi stable. Ma mère elle est au foyer, la recherche d'emploi, j'en parle avec eux bien sûr. Ils savent très bien qu'on est jeune diplômé, qu'on arrive sur le marché du travail, après ils savent très bien, ils se rendent compte qu'il y a une part de discrimination. Ils le savent très bien. J'ai pas de frères, j'ai que des soeurs, j'ai une soeur qui a fait un apprentissage et elle a été embauchée par la suite, j'ai une autre soeur qui fait un contrat de formation, et les autres, y en a une elle est plus à Nantes, et j'ai une petite soeur qui est dans un lycée en fait. C'est moi qui ait vraiment poussé le plus loin.

C'est vraiment moi qui voulait faire des études, par la suite, je voulais avoir des ambitions dans mon parcours professionnel par la suite.

Là, j'habite dans un quartier en fait, dans l'agglomération nantaise, c'est le quartier de La Bottière. Dans le quartier, j'ai un ami qui a fait une école de Commerce, il est sorti dans les cinq premiers de sa promotion et il est toujours à la recherche d'un emploi, depuis le mois de septembre ; il est d'origine marocaine, lui, le nom de famille qui joue il est en est persuadé, parce que lui, il a fait une école de Commerce donc, c'est encore plus important, j'ai un copain aussi, il est devenu prof de maths dans un lycée, mais lui il a passé les concours étant donné que c'est dans le domaine public, il n'y a pas de problème de discrimination la dessus, si tu réussis ton concours, tu travailles donc...Sinon, les autres, j'ai des copains qui ont des BTS mais qui travaillent ailleurs, à l'usine, ils ont vraiment pas trouvé dans leur domaine, ou ils sont...ils étaient fatigués aussi de trouver dans leur domaine, et à ce moment là, ils se sont orientés vers l'usine. Après, on va dire que par lassitude, on finit par plus chercher dans ce boulot là et donc ils sont restés...en travaillant trop vite dans l'usine et puis voilà...et sinon il y a pas mal de gens qui sont au chômage...qui n'ont pas fait d'études, ou qui ont fait un BEP, et qui ont arrêté et puis voilà, ils sont au chômage depuis deux trois ans.

Le quartier, j'espère que ça joue pas...mais je pense que quand on vous dis vous venez de quel quartier, et que vous venez de Malakoff ou Bellevue, déjà c'est un point négatif je pense, je pense que la situation géographique là où on réside, je pense que dans certaine situation ça joue. Quand on vous demande d'où vous venez si la personne elle a déjà des préjugés sur des quartiers comme Malakoff, La Bottière, Bellevue ou Les Dervallières, il va dire a ben non, je vais pas prendre un gars de cité, je pense que ça doit gêner mais pas dans

Je pense que de nos jours il faut savoir être mobile donc, j'ai toute ma famille sur Nantes mais après je me dis, à la limite accepter le premier emploi et se faire une première expérience et revenir plus tard dans la région, c'est ce que je me dis, non, ça me dérange pas. Là, maintenant, étant donné que je suis jeune, je suis pas marié, j'ai pas d'enfants, ben ça me dérange pas mais peut-être que plus tard je voudrais être sur la région pour fonder une vie de famille.

Le dernier diplôme c'était la Licence Pro, c'était en 2004, je suis en recherche d'emploi depuis septembre 2004.

En fait, moi j'aimais bien tout ce qui était mécanique et le domaine de l'industrie, c'était plus par vocation qu'autre chose, j'ai commencé par des diplômes professionnels tels que le BEP Bac Pro, après j'ai voulu, j'ai voulu, comment dire, on va dire peaufiner mes diplômes, me spécialiser vraiment vers un BTS, et un diplôme un peu plus pointu, la Licence Pro en qualité sécurité environnement, dans le domaine industriel.

J'ai toujours vécu à Nantes, mais en fait moi je suis né en Algérie et je suis venu en France à l'âge de huit ans, et depuis j'ai toujours vécu sur Nantes. Mon père il était déjà en France depuis 69, après il y avait que mon père qui était en France, et après, depuis 1987, il a ramené toute la famille en France. Moi j'étais assez jeune, j'avais huit ans donc ça me dérangeait pas trop, peut-être que pour ma mère il y a eu un changement étant donné que elle parle pas français, c'est vrai que c'est un changement radical, vivre la bas et venir en France, oui, je pense que ça doit la changer elle, elle a beaucoup de mal à parler français, étant donné que c'est une mère au foyer, elle reste à la maison, donc...on va dire qu'il y a eu une coupure sociale entre.......elle le vit bien, je pense pas, après, c'est vrai que c'est dur dur pour elle quand même, je me mets à sa place, je pense que c'est dur.

Mon père il n'a pas fait d'études, mon père il est fier des études que j'ai faites, il est content que je sois allé aussi loin. Mes parents, c'est vrai qu'il m'ont toujours soutenu dans mes études, y a pas de problème de ce côté de là, ils m'ont dit si tu veux faire des études, tu fais, y a pas de souci, donc chose qui a été faite, y a vraiment pas eu de problème de ce côté de là. C'était assez cool chez moi, après plus tard, ils m'ont dit si tu veux faire des études vas y, on te forcera pas, si tu veux pas évoluer. Après c'était vraiment moi qui ait voulu faire des études.

Pendant mes études je me suis dit le jour où je vais être sur le marché du travail, je savais que j'allais galérer pendant, on va dire deux trois mois mais je pensais pas que ça allait durer un an, inconsciemment, je me suis jamais posé cette question là. Je m'étais dit étant donné que le diplôme que j'avais préparé une Licence Pro, pour le marché du travail, avec le diplôme professionnel que j'ai et le BTS que j'ai, normalement je devrais trouver rapidement, il y a un temps de recherche toujours, mais...mais du coup je m'aperçois qu'il y a vraiment un blocage de ce côté là, la situation où je suis on va dire, je m'imaginais vraiment pas du tout, je me suis pas du tout posé cette question là.

Au début on est très motivé, on sort des études, on est à fond dedans, on veut trouver du travail, même si on
travaille pas, on se lève à huit heure du matin pour essayer d'aller voir sur Internet et voir sur les agences

d'intérim, aller prospecter les agences d'intérim, aller voir l'ANPE...mais c'est vrai que les mois passent et à un moment donné on se dit qu'il y à un problème. Et à un moment donné oui, je me suis posé la question au bout de quatre cinq mois de recherche, je me suis dit...il y a des fois je me levais pas. Je laissais tomber. Après je me suis dit non, il faut pas réagir comme ça.

Mes parents étaient là, ouais mes parents...et des gens dans mon entourage. Les amis dans le quartier, c'est pas du tout ça, c'est discours...euh...t'as vu, t'as fait des études et t'es rendu au même point que nous, voilà...à la limite tu t'es cassé la tête, alors que nous on est sorti en BEP et moi je travaille à l'usine, j'ai ma paye, toi t'as fait des études et t'es rendu toujours au même point. C'est dur à entendre, mais envoyant les personnes qui disent ça, je prends du recul quand même, ça rentre par la et ça ressort de l'autre côté, je préfère écouter ma conscience...ils sont un peu foutistes, ouais ils sont un peu foutistes on va dire.

Les gens qui ont fait des études ils comprennent en fait, en fait on est sur la même longueur d'ondes, mais sur les gens qui n'ont pas fait d'étude, par rapport à la conjoncture, eux ils voient par rapport au chômage, qu'il n'y a pas de travail ; mais c'est vrai que je suis plus en accord avec des gens qui ont fait des études, on va dire qui ont fait un minimum d'études et qui savent ce que c'est, il faut passer par là, il faut galérer.

Ça peut être un sujet de débat mais c'est ce que je leur dis, je leur dis moi j'ai rien perdu, au contraire j'ai tout à gagner en faisant des études, et un jour on verra, je leur donne comme exemple...on va dire on va rentrer dans une entreprise, on va dire par exemple comme agent de fabrication, après on te donne la possibilité d'évoluer donc entre une personne qui a un diplôme et une personne qui n'en a pas, c'est sûr que la personne qui a un diplôme elle va évoluer, elle va évoluer beaucoup plus vite qu'une personne qui n'a pas de diplôme et les diplômes sont là, don,c forcément on a une culture...on a une culture technique et générale et avec les diplômes derrière donc forcément on va évoluer un peu plus. Oui ça crée un enrichissement, sur la culture, sur...Vous avez fini...d'accord.

Conclusion

En guise de conclusion, je voudrais souligner les difficultés que représentait cette étude.

Bien évidemment, les difficultés se sont d'abord posées par rapport aux choix méthodologiques, mais sur plusieurs aspects. Il n'a pas été facile de trouver une méthodologie qui réponde le plus objectivement possible à la problématique posée. Cela a été une longue période de questionnement et de remise en cause, nécessaire pour mettre en place les outils d'investigation et affiner l'enquête de terrain.

L'autre difficulté méthodologique concernait l'enquête qualitative et la façon de rentrer en contact avec les diplômés, sans dévoiler la question de la discrimination.

Ces mêmes difficultés sont aussi liées au fait que les diplômés Bac+2 et plus résidant en ZUS sont peu nombreux, mais cela constituait un premier résultat qui était déterminant pour la suite de l'étude.

Concernant les résultats de cette étude, et tout particulièrement la question de la discrimination, la discrimination liée aux territoires prioritaires n'est pas en tant que telle un frein à l'emploi. Je ne pense pas que l'on ait plus de difficultés à accéder au marché du travail quand on est diplômé Bac+2, habitant de Bellevue.

Cela dit, pour comprendre ce décalage ou du moins dépasser ce constat, il s'agit d'examiner les relations entre les différents usages des ZUS et l'organisation spatiale de la précarité sociale. Plus globalement, la dimension spatiale de la précarité joue un rôle dans la pertinence du principe du quartier prioritaire. Des indicateurs témoignent de la fragilité de l'insertion professionnelle des populations résidentes : taux de chômage, part des différents types d'emplois, précaires ou atypiques (CDD, Intérim, emplois aidés, temps partiel), part des non-diplômés. L'étude met aussi en évidence les fragilités qui peuvent être induites par la structure familiale : la part des ménages de plus de 6 personnes. On doit rendre compte des caractéristiques démographiques, l'insertion de certaines populations étant plus fragile du fait de leur âge (part des moins de 25 ans) et de leur nationalité ( part des étrangers hors UE). Des catégories socio-professionnelles sont plus susceptibles d'être touchées par des situations de précarité : part des ouvriers et part des employés.

L'ensemble des conditions sociales du quartier déterminent la trajectoire du diplômé et ses perceptions par rapport au marché du travail.

Les stratégies mises en place et les décisions prises par le diplômés sont directement en lien avec son parcours au sein du quartier. Dans la totalité des entretiens, les diplômés issus d'une ZUS, font part des conditions de vie matérielle, de l'environnement familial, de la valeur du diplôme par rapport à leur parent...et de ce qu'ils attendent de ce diplôme. Les déceptions sont encore plus grandes quand on est issu de l'immigration, que les parents sont ouvriers, et que soit même, en possédant un diplôme, on ne trouve pas de travail.

Derrière ces constats d'ensemble, il faut s'intéresser aux trajectoires individuelles, on remarque alors des divergences dans les perceptions et les façons de se construire. Les filles issues de l'immigration misent en partie sur le diplôme pour rompre avec une condition sociale et familiale qui leur a été assignée, les garçons sont davantage dans une logique de l'honneur qui nourrit un sentiment de victimisation...

Cette étude nous apprend à dépasser la simple logique de la discrimination, qu'elle soit sexiste, raciale, ou territoriale, (dans le rapport diplômé-employé) pour comprendre ce qui se cache derrière, les perceptions, les sentiments, les stratégies mises en place...les manières de se positionner face à ce qui fait frein ont été déterminées tout au long d'un parcours, de surcroît un parcours vécu en quartier prioritaire.

C'est aussi sur ces aspects que doivent travailler les acteurs éducatifs et les dispositifs publics. Ouverture de la mission :

L'objectif de cette étude était de faire en partie l'analyse des phénomènes de discrimination, elle peut amener à mise en débat des résultats avec les acteurs du service public de l'emploi, les établissements et les diplômés, pour pouvoir aussi travailler sur des préconisations.

Cette mise en débat qui concernera plus spécifiquement les acteurs du service public de l'emploi doit contribuer à la construction d'une « culture commune » sur la question des discriminations. La réalisation d'un séminaire d'acteurs sur ce thème pourrait être une forme adaptée de communication et de capitalisation des résultats d'une telle démarche.

Ce séminaire pourrait également contribuer à l'élaboration de préconisations opérationnelles sur ces questions.

A l'issue de cette mise en débat, la démarche de conseil auprès de la maîtrise d'ouvrage s'appuiera sur quatre approches privilégiées qui pourraient être débattues lors du séminaire :

L'analyse des facteurs de risques d'un renforcement des discriminations

La compréhension des forces et faiblesses du dispositif de lutte contre les discriminations à l'échelle de l'agglomération et notamment le rôle particulier joué par le service public de l'emploi

Le repérage des ressources locales pour faire face à ces divers enjeux Les axes d'intervention qu'il s'agirait de prioriser

Elle débouchera également sur des préconisations qui concerneront par exemple:

La construction et l'élaboration d'une véritable stratégie de lutte contre les discriminations à partir du service public de l'emploi (ex : développement des fonctions de médiation, de tutorat, de contractualisation avec les entreprises...)

L'opportunité ou non de constituer un système de veille sur ces questions à l'échelle locale et d'envisager les formes et les moyens que celui-ci pourrait prendre

Le montage d'actions de communication et de mobilisation en direction des jeunes

L'amélioration des pratiques d'accompagnement (ex : formation des acteurs à l'échelle territoriale) Les points d'accroche d'une possible mobilisation des entreprises

Les conditions d'un suivi et d'une évaluation du dispositif local

Les démarches possibles de capitalisation de résultats obtenus localement ou sur d'autres sites (regard sur les expériences menées par ailleurs et qui pourraient apporter un véritable éclairage aux questionnements particuliers qui se posent sur l'agglomération nantaise).

Bibliographie

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Les effets de la ségrégation socio-spatiale sur l'accés a l'emploi ne sont plus a démontrer. Les éléments-statistiques produits a l'échelle des ZUS mettent en exergue le fait que 2 0 % de la population des ZUS soit au chomage, soit le double du taux de chomage national, La surdétermination du lieu d'habitat est patente en ce qui concerne les jeunes de 15 a 29 ans que le chomage touche 1,6 fois plus que dans les autres unités urbaines. Le facteur territorial a une incidence sur l'accés a l'emploi des jeunes diplômés bien que ceux-ci soient moins soumis a priori aux effets de localisation que l'ensemble des jeunes. « L'effet de discrimination » continuerait ainsi a jouer au détriment de « l'effet de signalement », pour reprendre les termes de Silbermann et Fournier, cette discrimination ayant un impact sur l'ensemble de la chaîne éducative, notamment au travers des représentations que les jeunes peuvent se faire d'accéder a un emploi qualifié. Ce facteur territorial ne peut évidemment pas étre isolé des autres caractéristiques des publics concernés qu'il s'agisse du statut socio professionnel des parents, de la nationalité ou du sexe. Comment, dés lors, s'articulent les déterminants territoriaux avec l'ensemble des autres déterminants ? Comment s'agencent-ils pour produire des différenciations qui peuvent prendre un caractére plus ou moins discriminatoire ? La façon a la fois la plus fondée théoriquement et la plus opératoire d'aborder la question posée par l'étude n'est pas de la réduire au repérage et a la stigmatisation des comportements individuels et collectifs mais de considérer la discrimination comme le résultat de processus au sein duquel s'agencent, sur fond de contraintes objectives, les représentations et les pratiques des acteurs. Le premier de ces agencements est celui qui peut étre représenté par la triangulation entre la personne, jeune diplômé, concernée, l'employeur et les intermédiaires (professionnels du service public de l'emploi dont l'importance est caractéristique du systéme français et agences privées). L'attitude du jeune est marquée par l'intériorisation du fait discriminatoire et la dévalorisation de son capital social. Les origines sociales et géographiques peuvent interagir pour générer des effets de différenciation d'accés a l'emploi entre jeunes plus ou moins importants. Cet agencement relie le milieu familial, les relations extra familiales et l'établissement scolaire. Chacun de ces poles peut représenter une ressource ou un handicap vis-à-vis de l'accés a l'emploi. C'est a partir de l'analyse de ces agencements que nous pourrons déterminer les éléments sur lesquels il est possible de jouer pour réduire les phénoménes de discrimination.