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Exclu-e-s du livret de famille : les parents sans statut, se raconter au sein d'une pluriparentalité

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par Elodie Regnoult
Université de Bretagne Occidentale - Master 2 2011
  

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D'un objet de recherche à des personnes rencontrées

Les quatre premiers parents que j'ai rencontrés sont de familles homoparentales et pluriparentales56. Père et mère statutaires ne vivent pas ensemble et adoptent une résidence alternée, ou bien une résidence principale chez la mère. Le père et la mère sont en couple respectivement avec un homme et une femme, eux/elles-mêmes défini-e-s par la famille comme parents de l'enfant. C'est à partir de ces quatre premières rencontres que j'ai dans un premier temps, mesuré les limites de la démocratisation au sein de la famille57. C'est-à-dire que dans un contexte qui veut tendre vers plus d'égalité, des inégalités subsistent. Puis dans, un second temps, j'ai étudié quels étaient leurs outils et stratégies pour faire reconnaître les parentalités sans statut58 et j'ai constaté que ces familles étaient régulièrement comparées - dans le discours de mes interlocutrices et à l'échelle politique - aux familles issues de recompositions, après divorce ou séparation des parents statutaires. J'ai donc choisi dans un troisième temps d'élargir ma population à toute personne se considérant comme parent d'un enfant qui a un père et une mère reconnu-e-s par l'Etat. J'ai rencontré trois personnes conjointes d'un parent statutaire séparé et/ou divorcé de l'autre parent59. Enfin, l'un-e de ses personnes m'a parlé d'une autre parentalité construite en dehors de toute configuration familiale particulière60.

J'ai procédé à chaque fois par entretien compréhensif afin de saisir la logique des acteurs et actrices dans leur volonté de se faire reconnaître. L'entretien est un outil particulier du fait

56 Pour quelques repérages, voir « Réseaux familiaux, familles » p.23.

57 « Les limites de la démocratisation » p.25.

58 « Faire reconnaître une parentalité sans statut dans le cas d'une homoparentalité » p.54.

59 « Faire reconnaître une parentalité sans statut dans le cas de recomposition familiale » p.98

60 « L'histoire d'une parentalité sans statut en dehors de tout espace familial » p.122

qu'il est à la fois outil et objet d'étude. En effet, c'est l'interaction en contexte d'entretien qui sera analysée. Je partage alors la conclusion de Marie-Laure Deroff : « Interroger et considérer les effets interviewé-e-s/interviewer, c'est bien analyser une situation constituant une interaction sociale dans et par laquelle nous observons des processus sociaux. Ainsi ne s'agit-il pas de déplorer les éventuelles dissimulations, les tris opérés par l'interviewé-e, comme autant de biais empêchant d'accéder à une quelconque « vérité », mais bien de considérer ce qui se dit, comme ce que nous devinons d'indicible, comme étant le produit d'une interaction sociale et en cela, l'objet même de l'analyse sociologique. »61

Ces entretiens ne visaient pas à repérer des régularités comme le permettrait une enquête quantitative mais à replacer des logiques individuelles dans leurs contextes. Je pars alors du principe que ce que me dit un-e individu-e et ses propres stratégies ne sont jamais dû-e-s au hasard mais révèlent des logiques de la société dans laquelle il/elle vit. Ses représentations se sont construites comme telles parce que le contexte dans lequel se trouve l'individu-e a permis cette construction. Comme le rappelle Jacques Commaille et Claude Martin, « ce sont souvent les pratiques sociales les plus en rupture qui révèlent des mutations profondes même si elles restent quantitativement marginales : le fait qu'elles soient rendues possible n'informe pas seulement sur ce qu'elles sont à elles seules, mais sur les changements plus larges qui les rendent effectivement possibles. » 62 C'est ce qui permet par ailleurs à Harold Garfinkel de ne rencontrer qu'Agnès dans sa recherche sur les individu-e-s intersexué-e-s.

Jean-Claude Kaufmann explique que l'utilisation des entretiens est très diverses. Ils peuvent être peu nombreux mais être dotés d'une richesse résidant dans « la densité complexe de la chair biographique »63 ou bien être très nombreux et dotés d'une richesse résidant dans la « très grande diversité des réponses sur les points de détail les plus fins »64 Christophe Giraud explique que si les entretiens ne nécessitent pas d'être nombreux, ils doivent cependant recouvrir « une gamme de comportements ou de situations sociales différenciées par rapport aux objectifs de comparaison de l'enquête. »65

J'ai souhaité recouvrir différents milieux, rencontrer des hommes et des femmes, des situations de recompositions familiales et des situations homoparentales. Pour ce dernier critère, je n'ai rencontré aucun problème. En revanche, quand il s'agissait de rencontrer des

61 DEROFF Marie-Laure (2007), « L'entretien sociologique et l'intime : étude de cas », Les Cahiers de l'ARS, n°4, « Genre et identités », p.81-98.

62 Op cit. p.53

63 KAUFMANN Jean-Claude (2004), L'entretien compréhensif, Paris, Armand Colin, collection « 128 », p.15.

64 Ibid.

65 GIRAUD Christophe (2010), « Les techniques d'enquête en sociologie », in Singly François de, Giraud Christophe, Martin Olivier (dir), Nouveau manuel de sociologie, Paris, Armand Colin, p.43.

hommes dans des familles homoparentales, les choses étaient plus difficiles. De la même manière, pour les milieux sociaux, je n'ai rencontré que des personnes d'un milieu relativement bien doté. Je reviendrai plus tard sur ces difficultés, à mon sens, significatives de la réalité sociale des individu-e-s66.

Mes entretiens - quand ils étaient oraux (face à face ou téléphone) - ont duré pour chacun entre 45 min et 1h30. Quand ils étaient écrits, ils étaient en général plus longs, la personne prenant souvent soin de rédiger une réponse particulièrement développée à mes mails (pouvant aller jusqu'à une dizaine de pages avant mes relances). Les entretiens en face à face ont été enregistrés, les personnes étaient prévenues et le dictaphone était posé sur la table. Ils ont ensuite été retranscrits intégralement. A chaque fois, au fur et à mesure de ce mémoire, je préciserai les conditions des entretiens.

Afin de respecter les propos des personnes enquêtées, et ayant utilisé les styles indirect et indirect libre pour rapporter ces mêmes propos, je me suis servie des guillemets lorsqu'un terme n'était pas de moi et qu'il ne pouvait pas être correct d'un point de vue sociologique. Par exemple, et je l'expliquerai dans ce mémoire, je ne peux pas parler de « parent biologique », une relation étant socialement construite et non biologique. Cependant, il me semblait pertinent de laisser les termes « mère biologique », « père biologique » etc. quand ils révélaient les représentations de mes interlocutrices/interlocuteurs et qu'ils servaient leurs logiques. Toutefois, pour Lisa, que je présenterai plus tard, philosophe sur les questions de genre, l'entretien s'est déroulé par mail et elle utilisait les guillemets exactement de la même manière que moi. Les guillemets font donc également partie de son récit et marquent une distance probablement intellectuelle vis-à-vis des termes communs.

Les noms et dates de naissance ont volontairement été changé-e-s afin de préserver l'anonymat des personnes rencontrées. Seules les années ont été respectées afin de replacer les évènements dans leurs contextes socio-historiques. De même, je suis restée vague sur les éléments permettant inutilement d'identifier la personne. Par exemple, je n'ai pas changé les professions mais je n'indique parfois que la catégorie socioprofessionnelle.

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"Piètre disciple, qui ne surpasse pas son maitre !"   Léonard de Vinci