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Les conflits armés en Afrique subsaharienne, un défi pour la communauté internationale

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par Simplice FEIKOUMO
Centre d'études diplomatiques et stratégiques de Paris - Master d'études diplomatiques supérieures 2012
  

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DEUXIEME PARTIE :

LA MUTATION POLITIQUE ET LES CONFLIT ARMES EN AFRIQUE

Chapitre III : L'Afrique subsaharienne, entre démocratie et conflits armés.

Avril 1885, juin 1990, voici cent cinq ans, cent ans plus cinq que l'Afrique a subi la colonisation, l'indépendance sous toutes ses formes et la guerre froide. Après plus d'un siècle de « domination » par l'occident, le continent s'ouvre à la démocratisation. La conférence France-Afrique de 1990, donne le ton qui rompt avec le lien organique entre la France et ses colonies, longtemps vécues dans trois dimensions principales des sociétés subsahariennes : celles des lignes historiques de l'inégalité sociale, des répertoires culturels autochtones du politique, et de l'économie politique de l'Etat postcolonial.74

.

Au lieu d'en assurer la prospérité des pays africains, l'avènement de la démocratie qui « est l'art du compromis, un compromis obtenu par la médiation. Le compromis permet d'avoir la paix, de partager, d'éviter l'exclusion et en somme de créer les conditions d'un débat sain, nécessaire à la prise de conscience.»75, semble donner un coup d'accélérateur à des conflits particulièrement internes, violents, lesquels ont entamé la vie socio-politico-économique des la majorité des pays qui y sont soumis.

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74- La problématique de la démocratie en Afrique Noire. « La Baule, et puis après »

www.politique-africaine.com/numero/pdf/043005.pdf

75- Professeur Georges Burdeau, Cité par Fousseyni Samaké In : Le Soleil en ligne. Cahier & Spéciaux : Le Comité Afrique de l'Internationale Socialiste. http://www.primature.sn/le soleil/interso.htm/.

Le discours de circonstance prononcé par le Président François Mitterrand jette la base d'une Afrique qui voit sa structure être refondue et réorganisée : « Si l'on veut redonner confiance dans les chances de l'Afrique, ce sera par une stabilité retrouvée, avec des administrations en bon état de marche, avec une gestion scrupuleuse et un certain nombre de dispositifs, soit anciens, soit nouveaux....... » 76. Dès lors, le « vent d'Est », c'est à dire les vagues de bouleversements sociopolitiques, survenues dans les pays d'Europe de l'Est et d'Europe centrale au cours de la même période, vont atteindre les pays d'Afrique subsaharienne avec leurs corollaires, des crises marquées par de vives manifestations populaires, revendiquant la fin des pouvoirs autocratiques et néocoloniaux, et la mise en place des systèmes démocratiques, multipartites . Peut-on dire comme Gérard Conac, que c'est « le réveil du Constitutionnalisme en Afrique » ?77 Partant de ce contexte, la quasi-totalité des Etats d'Afrique subsaharienne francophone entre dans un processus de transition démocratique. Les élites politiques africaines vont tenter d'élaborer des stratégies politiques et géopolitiques diverses qui ont pour but la naissance d'un Etat de droit ; il s'agit d'un processus de reproduction des savoirs pour assurer à la collectivité son implication et sa marche vers une réelle émancipation. Cette phase qui est la conjonction des facteurs tant externes qu'internes, vont entrainer de nouvelles formes de structures sociales et, favoriser l'expression d'une liberté tant pacifique que violente.

Aux frustrations de domination politique, économique et sociale, certaines catégories de populations qui vivent sous l'emprise d'un régime, se saisissent de la démocratie pour se soulever en décriant l'injustice sociale, la persécution des minorités ou du groupe ethnique défavorisé. La lutte porte le nom de la libération et la revendication s'articule autour d'une demande d'autonomie vis à vis du pouvoir central. Le phénomène culturel qui vient se greffer à ce type de revendication donne l'occasion aux religieux de confronter leur expression à celle des politiques qu'ils ne jugent plus crédibles, décriant leur manque de vision divine à « paître les troupeaux de Dieu » ; d'où nécessité pour les églises de s'exprimer et prendre le flambeau de la liberté. Dès lors, la religion n'apparaît plus comme moyen d'unité mais source de division et de tension.

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76- La Baule 1990 - Discours du Président François Mitterrand.

77- Gérard CONAC (éd.), L'Afrique en transitions vers le pluralisme politique, Paris, Economica, 1993.

3.1. Les Conférences nationales souveraines.

3.1.1. Rompre avec le passé

L'expérience vécue en France par l'organisation des Etats généraux78 vers le XIVe siècle et ayant permis au XVIIIème siècle la révolution de 1789, l'abolition des privilèges et le renforcement de l'égalité dans un Etat de droit, où tous les citoyens jouissent des droits et devoirs, a guidé la démarche des dirigeants africains dans la quête de la démocratie.

Comme le souligne l'Acte n°1 de la conférence Nationale souveraine du Togo, « Pour jeter les bases du Togo démocratique, il est important de rétablir le peuple togolais dans la plénitude de ses attributs de souveraineté. »79

Cette assise nationale est considérée par les africains comme l'arbre à palabre. Au regard de la culture africaine, c'est le lieu où chacun doit s'extérioriser et « percer l'abcès pour que l'on respire ». Parler entre soi, apporte la paix et tout le monde doit être présent. Aux discussions qui s'enchainent et se nourrissent, chacun doit faire son mea culpa ; les fautes ou les défauts sont relevés, la confession est publique et le pardon est réciproque. Cette démarche rétablit à la fois le coupable et la victime, chacun dans ses droits. Mais au-delà d'un arbre à palabre africain, la conférence nationale se veut également être une structure institutionnelle génératrice de nouveaux pouvoirs qui entend initier les valeurs démocratiques.

C'est d'ailleurs pour mener à bien cette seconde mission que la quasi-totalité d'entre elles, va entraîner de profonds bouleversements sociaux, d'où l'expression de Conférence nationale Souveraine (CNS).

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78- De 1302 à 1789, les états généraux se tiennent sur convocation du roi, lorsqu'il y a les crises les plus graves qui touchent la vie nationale française : guerres, troubles religieux..., Etats généraux, France, http : // www.universalis.fr

79- Bangoura, Dominique, « Etat et sécurité en Afrique » In : Politique africaine, n°61, mars 1996, pp.39-53 - Journal officiel de la République Togolaise, 17 décembre 1991.

Mécanisme innovant pour l'Afrique, les CNS constituent pour bon nombre d'africains, une plateforme qui permet au continent de défricher de nouvelles pistes de gestion et de gouvernance pour des pays considérablement fragmentés, affaiblis avec perte de cohésion. Pendant cette période, pour certains analystes, la cohésion dans les pays africains, ne passe pas nécessairement par des dynamiques économiques mais plutôt par des rapports constructifs entre le pouvoir et la population ; c'est lorsqu'il y a confiance retrouvée, que l'on peut développer des structures économiques. Instrument de réussite pour la transition démocratique, pour les uns, facteur important et incontournable pour la stabilité de l'Afrique pour les autres, les CNS ne sont pas organisées dans l'ensemble des pays d'Afrique. Certains pays anglophones et francophones ont fait le choix de n'appliquer que de réformes constitutionnelles. Cependant, près d'une dizaine des pays tels, le Bénin, le Congo, le Gabon, le Mali, le Niger le Tchad, le Togo et le Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo) ont accédé aux revendications populaires80.

Par cette expérience les revendications de la société civile sont institutionnalisées, et désormais, cette classe populaire pèse dans les décisions que comptent prendre les pays. A l'issue de ces assises, toutes les parties prenantes, qu'elles soient au pouvoir ou de l'opinion populaire, se démarquent de toutes formes barbares pour régler les différends. Les CNS apparaissent comme un moment de rupture avec de vieilles méthodes pour conduire les affaires de l'Etat. Ce sont les seuls moyens de redéfinir l'ordre de l'État et sa valeur juridique du droit

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80- Fabien EBOUSSI BOULAGA, Les conférences nationales en Afrique noire. Une affaire à suivre, Paris, Karthala, p. 154.

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