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D'Orphée et des poètes noirs de l'Anthologie ou les raisons d'une comparaison imagologique

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par Mor Anta Kandji
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Maà®trise 2006
  

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Chapitre I

La descente aux Enfers - sources

I.1. Par l'acte révolutionnaire

Il ne s'agit pas, dans cette partie de la recherche, de revenir sur les considérations qui ont permis à Jean-Paul Sartre de relever le caractère révolutionnaire de la poésie noire. Cela est perceptible tout au début du texte de sa préface où le philosophe français a pris le soin d'indiquer au lecteur européen ce qu'il est en droit d'attendre de cette poésie.

« Qu'est-ce que donc vous espériez, quand vous ôtiez le bâillon qui fermait ces bouches noires ? Qu'elles allaient entonner vos louanges ? Ces têtes que nos pères avaient courbées jusqu'à terre par la force, pensiez-vous, quand elles se relèveraient, lire l'adoration dans leurs yeux ? Voici des hommes debout qui nous regardent et je vous souhaite de ressentir comme moi le saisissement d'être vu. Car le blanc a joui trois mille ans du privilège de voir sans qu'on ne le voie (...) (Il) éclairait la création comme une torche, dévoilait l'essence secrète et blanche des êtres. Aujourd'hui ces hommes noirs nous regardent et notre regard rentre dans nos yeux ; des torches noires, à leur tour, éclairent le monde... »3.

En effet, pour pouvoir manifester leur présence dans le monde, les poètes noirs ont d'abord volé « les armes miraculeuses »4 au Blanc, des armes miraculeuses dont ils se sont servi pour dénoncer et critiquer l'Europe et sa vision du monde.

1 L'expression est de Lilyan Kesteloot, Négritude et situation coloniale, op.cit., p.11

2 Kesteloot (Lilyan), Négritude et situation coloniale, op.cit., p.48

3 Sartre (J.P.), « Orphée noir », p.IX, in Anthologie de L.S Senghor, op.cit.

4 Titre d'un recueil de poèmes de Aimé Césaire.

A travers cette expression, on peut comprendre tous les moyens, linguistiques en particulier, que l'éducation occidentale a su mettre à la disposition des gens qui ont choisi d'être « la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche » (Cahier d'un retour au pays natal, 1939)

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En fait les poètes de l'Anthologie luttent, comme l'a montré Jean-Pierre Makouta Mboukou, pour « la libération totale de l'homme noir dans son milieu d'origine, ou "exilé", libération du corps, de l'âme, de la conscience et de son intelligence »1.

Leur poésie est une poésie de combat ; elle développe un discours qui se veut une condamnation de la colonisation, de la politique de l'administration coloniale, donc une volonté, comme dit Jean-Paul Sartre, de « briser les murailles de la culture- prison »2.

Pour ce faire, les auteurs, comme Orphée allant réclamer Eurydice à

Pluton3, opèrent une descente aux Sources, mais aussi une descente en eux-

mêmes, en exprimant, « en chantant, écrit Sartre, (leurs) colères, (leurs) regrets

ou (leurs) détestations, en exhibant (leurs) plaies »4. Autant de misères de

l'histoire que nos poètes noirs ne pardonnent pas à ceux qui ont favorisé une

telle situation. Jacques Roumain, d'ailleurs, s'en fait l'écho dans son recueil,

Bois d'ébène :

« Nous ne leur pardonnerons pas, car ils savent ce qu'ils font

Ils ont lynché John qui organisait le syndicat

Ils l'ont chassé comme un loup hagard avec des chiens à travers bois

Ils l'ont pendu en riant au tronc du vieux sycomore

Non, frères, camarades

Nous ne prierons plus

Notre révolte s'élève comme le cri de l'oiseau de tempête, au dessus du

clapotement pourri des marécages

Nous ne chanterons plus les tristes spirituals désespérés

Un autre chant jaillit de nos gorges

Nous déployons nos rouges drapeaux

Tachés du sang de nos justes

1 Mboukou (J-P. Makouta), Les Grands traits de la poésie négro-africaine, op. cit. , p.55

2 Sartre (J.P.), « Orphée noir », in Anthologie de L.S Senghor, op. cit. , p.XVII

3 Il s'agit du même dieu, appelé Pluton par les Latins et Hadès par les Grecs

4 Sartre (J.P.), « Orphée noir », in Anthologie de L.S Senghor, op. cit. , p.XVII

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Sous ce signe nous marchons Debout les damnés de la terre Debout les forçats de la faim. »1

Cet appel à la révolte est très présent dans Coups de pilon2 de David Diop. L'auteur, dans un poème intitulé « Défi à la force », interpelle un frère de race, à qui il demande de refuser la situation qui lui est imposée.

«Toi qui meurs un jour comme ça sans savoir pourquoi

Toi qui luttes qui veilles pour le repos de l'autre

Relève-toi et crie : Non ! »3.

En fait la révolte, dans les oeuvres de nos poètes, est perçue comme un

passage obligé pour les Noirs qui posent le problème de la colonisation.

Décisive pour leur avenir, cette révolte scelle le rejet de l'Occident et de ses

valeurs. Elle va se manifester, promet Léon-Gontran Damas, le jour où :

« Alors je vous mettrai les pieds dans le plat

ou bien tout simplement la main au collet

de tout ce qui m'emmerde

en gros caractères

colonisation

civilisation

assimilation et la suite

En attendant vous m'entendrez souvent

claquer la porte »4.

Il s'agit d'une remise en cause systématique de l'ordre colonial, et pour parler comme Sartre, d'une entreprise de dénonciation de tout ce qui concourt à ternir l'image de l'Afrique, à compromettre la dignité des Nègres, donc d'une entreprise de démolition de tout ce qui fait obstacle à leur liberté.

1 Roumain (Jacques), Bois d'ébène, 1945, « Nouveau sermon nègre », in Anthologie de L. S. Senghor, op. cit, p.120

2 Diop (David), Coups de pilon, Paris, Présence Africaine, 1956

3 Diop (David), Coups de pilon, 1956, « Défi à la force », poème cité par J.P Makouta Mboukou, Les Grands traits de traits de la poésie négro-africaine, op. cit. p.33

4 Damas (L.-G), Pigments, 1937, « Pour sûr », poème cité in Anthologie de L.S. Senghor, op.cit, p-12

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« ... cette démolition en esprit, écrit Jean-Paul Sartre, symbolise la grande prise d'armes future par quoi les noirs détruiront leurs chaînes »1.

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"La première panacée d'une nation mal gouvernée est l'inflation monétaire, la seconde, c'est la guerre. Tous deux apportent une prospérité temporaire, tous deux apportent une ruine permanente. Mais tous deux sont le refuge des opportunistes politiques et économiques"   Hemingway