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Dedollarisation : enjeux, regard et perspectives


par Espoir KAHENGA KALEMBO BUTALELE
Université de Lubumbashi - Licence 2014
  

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III.1.1. CONSÉQUENCES DE LA DOLLARISATION ET RÉACTIONS DES AUTORITÉS POLITIQUES

La dollarisation de l'économie congolaise trouve ses racines immédiates dans l'inflation et la dépréciation de la monnaie domestique. Cependant, sans pour autant s'attaquer à ses racines, les autorités politiques ont livré à certains moments une bataille sans merci contre la dollarisation au motif de combattre ses effets nocifs sur l'économie.

Il est indéniable que la dollarisation pourrait exercer des effets négatifs sur l'économie domestique. Sur le plan des finances publiques par exemple, la dollarisation aggrave le problème budgétaire car elle entraîne une diminution du revenu de la création monétaire. En substituant la monnaie étrangère à la monnaie nationale, les agents réduisent la demande d'encaisses réelles domestiques qui constitue la base de la taxe d'inflation. Pour un niveau donné de la taxe d'inflation, il en résulte une réduction du revenu de la création monétaire. Par conséquent, un gouvernement qui souhaite maintenir constant son revenu du seigneuriage, n'a d'autre choix que d'augmenter le taux de la taxe d'inflation, car la base s'amoindrit au fur et à mesure que les agents substituent les devises à la monnaie nationale. C'est pourquoi la dollarisation peut amplifier les pressions inflationnistes dont elle est pourtant la cause immédiate.60(*)

Au cas où l'économie devient complètement dollarisée, le gouvernement perd totalement son revenu du seigneuriage au profit des autorités émettrices des devises.61(*)

La dollarisation complique également la gestion de la politique monétaire et de la politique de change. La mise en oeuvre de la politique monétaire est rendue difficile puisque la dollarisation introduit une composante étrangère dans le stock des moyens de paiement de l'économie. Cette composante n'est malheureusement pas contrôlée par les autorités monétaires : c'est le public qui décide du montant des devises qu'il détient.62(*)

Diverses études ont montré que la volatilité du taux de change s'accroît avec le degré de dollarisation de l'économie. Dans une économie dollarisée, la demande de monnaie domestique est très sensible aux variations de son coût d'opportunité. En d'autres termes, l'élasticité de la demande au coût relatif d'opportunité devient plus importante lorsque la substitution monétaire est très forte. Cette élasticité particulièrement élevée entraîne des surréactions du taux de change.63(*)

La dollarisation pourrait aussi accroître la fragilité du système financier. Les banques peuvent devenir vulnérables face à l'accroissement des transactions en devises. Puisque la banque centrale domestique ne crée pas de devises, le système bancaire devient plus vulnérable en cas de défaillance ou d'incapacité d'une banque donnée à honorer ses engagements en devises. Une crise de liquidité individuelle peut ainsi se généraliser à l'ensemble du système bancaire dans la mesure où la banque centrale domestique ne peut pas jouer un rôle de prêteur des devises en dernier ressort (suite par exemple à l'insuffisance des réserves de change). Lorsque l'économie est complètement dollarisée, la banque centrale domestique perd totalement son rôle de prêteur en dernier ressort au profit de la banque centrale émettrice de la monnaie de référence (La FED dans le cas du dollar).

Compte tenu de ces effets négatifs de la dollarisation, les autorités peuvent être tentées de bannir de manière forcée l'usage des devises dans les transactions domestiques. La dédollarisation forcée est souvent justifiée par la nécessité politique de préserver la souveraineté monétaire et de limiter, sur le plan économique, les effets de la dollarisation sur le seigneuriage. Les mesures dedédollarisation forcée de l'économie ont déjà été appliquées dans certains pays d'Amérique Latine comme en Bolivie en 1982. Mais les autorités ont limité ladédollarisation à la conversion forcée des dépôts en devises en monnaie locale. De même, au Congo, les autorités avaient déjà appliqué une forme de dédollarisationforcée en rachetant, en 1983, tous les avoirs en devises inscrits dans les comptes bancaires des résidents. A l'époque, ces mesures avaient crée une méfiance généralisée vis-à-vis du système bancaire domestique et une fuite des capitaux à l'étranger.

Suite aux effets néfastes induits par la conversion forcée des dépôts en devise en monnaie locale en 1983, les autorités congolaises avaient supprimé les mesures de contrôle de change jusqu'en janvier 1999. Par la suite, une dédollarisation forcée de l'économie congolaise a été décrétée par le gouvernement. Tout en évitant d'imposer explicitement à une conversion forcée des dépôts en devises, les autorités ont tenté, en janvier 1999, d'éradiquer la dollarisation de l'économie. Dans un premier temps, le gouvernement a interdit l'usage du dollar dans les transactions intérieures. Ensuite, il s'est engagé dans une chasse aux cambistes de rue. Les bureaux de change agréés ont été supprimés et leurs propriétaires déferrés devant les cours et tribunaux. Tout en interdisant l'usage du dollar comme monnaie parallèle, les autorités ont imposé un taux de change irréaliste. En novembre 1999, un dollar s'échangeait contre 15 FC, restauré les mesures de contrôle de capitaux ainsi que les licences d'importation et d'exportation.

Dans l'esprit des autorités, ces mesures de bannissement des devises dans les échanges intérieurs visaient, notamment, à :

· maximiser le revenu du seigneuriage en limitant le processus de substitution monétaire ;

· limiter les fluctuations trop importantes du taux de change, et leurs effets sur l'inflation ;

· réduire la taille trop importante du secteur informel au profit du secteur formel ;

· disposer d'une grande partie des devises en circulation dans l'économie informelle, afin de financer les dépenses de guerre, jugées prioritaires.

Ces mesures se sont finalement avérées contre productives pour l'économie. En effet, même si la dollarisation a des effets pervers sur l'économie, elle constitue un mal nécessaire dans un contexte d'inflation galopante. Tout en permettant de préserver le pouvoir d'achat des agents privés, la dollarisation limite la démonétisation de l'économie qui pourrait freiner les échanges intérieurs et donc occasionner une contraction de la production.

Dans la littérature, la relation entre l'output et la dollarisation ne fait pas l'objet d'une analyse approfondie. Cependant, des auteurs tels que CLAASSEN et MARTINEZ ont clairement montré les avantages de la dollarisation dans une économie inflationniste, en insistant sur le fait qu'elle favorise le maintien d'un degré élevé de monétisation de l'économie, permettant ainsi d'éviter les pertes de production.64(*)

En outre, la dollarisation peut servir de catalyseur pour l'intermédiation financière dans un environnement hyperinflationniste. Par ailleurs, dans les pays pauvres, elle offre une alternative efficiente de placements dans un contexte de sous-développement et de faible intégration des marchés financiers domestiques avec l'économie mondiale.

Les mesures de dédollarisation forcée se sont avérées contre productives parce qu'elles ont occasionné plusieurs effets pervers sur l'économie congolaise. Tout d'abord, l'économie a été profondément asphyxiée pendant toute la durée de ces mesures. L'activité économique s'était ralentie de manière très significative. Les entreprises, ne sachant plus renouveler leurs stocks importés puisque les banques ne pouvaient leur fournir les devises nécessaires, au taux de change officiel jugé irréaliste, ont été obligées de licencier en masse leur personnel.

En outre, l'offre des biens et services s'était sensiblement réduite, suite à la rétention des marchandises par les agents économiques. Il en a résulté une hausse plus sensible des prix sur les marchés domestiques. Le secteur minier, qui contribue largement au PIB, illustre mieux les effets pervers de la dédollarisation forcée. Les négociants des matières précieuses refusaient les transactions en monnaie locale en préférant délocaliser leurs activités dans les pays voisins. La contrebande s'était donc intensifiée. Ainsi, dans le secteur de production artisanale de diamant, en imposant les transactions en une monnaie nationale instable, le gouvernement avait perdu ses recettes fiscales. En effet, dix mois après l'annonce du décret interdisant toute transaction en devises, les recettes du diamant avaient chuté de 43% d'après le Centre National d'Expertise. Le second effet occasionné par la dédollarisation forcée est sans doute l'amplification de l'économie souterraine. Les cambistes, bien que fortement recherchés par la police, avaient continué à opérer dans la clandestinité. Les transactions en devises se déroulaient normalement au marché noir. Contrairement à l'objectif initial qui consistait à amoindrir la taille du marché parallèle, c'est donc l'effet inverse qui s'est produit.

Sur la période 1999-2000, la lutte intense contre la dollarisation de l'économie congolaise a produit des effets très néfastes sur l'économie. C'est une lutte moins efficace car malgré sa volonté de protéger le pouvoir d'achat de la monnaie locale, en adoptant des mesures inadéquates, le gouvernement a fini paradoxalement par favoriser la récession économique et l'inflation. Ces effets néfastes, conjugués aux pressions des institutions financières internationales, ont poussé le gouvernement à adopter des mesures de libéralisation du marché de change en 2001.

* 60A. MINDA, La dollarisation intégrale : une option monétaire de dernier ressort pour l'Amérique Latine ?, Ed. De Boeck, 2005, P. 188.

* 61Idem, P. 192.

* 62Idem, P.194.

* 63Idem, P. 203.

* 64A. MINDA, Op. Cit., P.17.

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