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Dedollarisation : enjeux, regard et perspectives


par Espoir KAHENGA KALEMBO BUTALELE
Université de Lubumbashi - Licence 2014
  

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III.2. ENJEUX DE LA DOLLARISATION ET DE LA DEDOLLARISATION CONGOLAISE

Le processus de dollarisation constitue une réalité dans de nombreux pays en voie de développement lorsque la monnaie nationale perd une ou plusieurs de ses fonctions. Le dollar (ou une autre devise) sert de plus en plus comme réserve de valeur, unité de compte et comme moyende paiement dans une certaine mesure.

En règle générale, le recours aux devises s'accentue du fait de l'inflation et de l'inconvertibilité de la monnaie nationale. Les transactions en devises se développent dès lors en rapport avec la progression des circuits parallèles des changes. 

En RDC, le dollar était d'abord utilisé comme intermédiaire des échanges dans le trafic des matières premières, dans les transactions immobilières et dans les opérations d'achat des véhicules. 

Cependant, l'usage cette devise s'est généralisée par la suite du fait de la persistance de l'inflation et de la dépréciation de la monnaie nationale. En effet, l'accumulation des devises étrangères a tendance à augmenter pour des besoins internes, mais aussi pour alimenter la fuite des capitaux lorsque l'instabilité économique ou politique s'aggrave. Par ailleurs, le recours aux maxi-dévaluations en présence d'un marché parallèle des changes présente des limites. La pénurie des devises dans les instances officielles assure généralement la suprématie du taux de change parallèle qui favorise les tendances à l'hyperinflation et à la dépression. 

Cette dynamique catastrophique a abouti au chaos social dans de nombreux pays d'Amérique latine, notamment en Argentine, au Mexique et en Bolivie dans la décennie 80. On a observé une situation similaire en RDC au début de des années 90, dans laquelle la baisse du pouvoir d'achat des individus exacerbe le conflit distributif dans un contexte de démocratisation conflictuelle.

Le désordre politique accentue dès lors la crise financière. Le développement vertigineux des circuits parallèles des changes constitue une conséquence dramatique de l'évolution de l'économie congolaise. Par conséquent, le recours au marché parallèle des devises s'est généralisé et les phénomènes de substitution monétaire traduisent dans une certaine mesure le rejet de l'autorité étatique. Le mouvement erratique du taux de change parallèle manifeste la défiance des opérateurs économiques dans l'engrenage de la dollarisation. 

Le marasme économique observé dans les années 80 a favorisé la contraction des activités productives tout en assurant le recul de la croissance. Dans ces conditions, le PIB en prix constants a baissé de 20 % dans la décennie 80. Par conséquent, le rétrécissement des revenus des ménages demeure dès lors une réalité flagrante comme en témoigne le maintien du revenu annuel par habitant à 99 dollars et de l'espérance de vie moyenne à 45 ans.65(*) 

La stagnation du PIB annuel moyen par habitant reste perceptible à l'aune du taux de croissance négatif de l'ordre de -6,6 % affiché en 1990 alors qu'il représente -4,6 % au cours de la période allant de 1980 à 1984% selon la Banque Centrale du Congo. L'engrenage de l'hyperinflation et la persistance des taux de croissance négatifs notamment dans les années 90 constituent des ressorts substantiels dans la descente aux enfers de la monnaie congolaise dont la baisse vertigineuse du pouvoir d'achat aux niveaux interne et externe constitue désormais une réalité incontournable dans le cadre de la dollarisation de l'économie congolaise. 

La pénurie constante de devises, au sein des instances officielles, et les exportations frauduleuses des produits de base (or, diamant, café, coltan, cassitérite) ont favorisé le développement frénétique du marché parallèle des changes en RDC. De même, l'amplification de la crise économique et l'immigration d'une part croissante de la population congolaise en Occident vont permettre des transferts de fonds interfamiliaux, alimentant essentiellement l'offre au niveau des circuits parallèles des changes. La dollarisation observée au Congo demeure également le fait de l'expansion des pratiques de surfacturation des importations et de sous facturation des exportations. Le développement des mécanismes de double facturation constitue dès lors une pratique courante dans ce cadre. 

La falsification des factures lors des transactions commerciales est souvent l'occasion d'acquérir des devises qui peuvent demeurer à l'extérieur du pays d'origine. Ce dernier cas de figure se réalise facilement par le jeu des écritures, entre les filiales et la société-mère, au sein d'une société multinationale. La fuite de capitaux a donc un impact négatif sur les comptes courants car il y a une perte au niveau des recettes d'exportation enregistrées, et les statistiques officielles sont dès lors biaisées. 

* 65NoelK. TSHIANI, Vision pour une monnaie forte, P. 72. 

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