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La difficile percée d'une modèle alternatif dans les rapports Nord-Sud: Le cas de Songha

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par Sophie Lavigne
Université du Québec à Montréal - Maîtrise 2005
Dans la categorie: Economie et Finance
  

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7.2 Des rapports de force entre le Nord et le Sud

L'histoire entre le Nord et le Sud est caractérisée par des rapports de force et d'assistance humanitaire. Le plan Marshall a développé une pensée sur l'aide aux pays sous-développés qui en favorisait l'assistance plutôt que le partenariat. De plus, le travail de théorisation du processus de développement des Nations Unies qui a misé sur le rôle primordial de l'économie, et du fait même des bailleurs de fonds, a fait des pays sous-développés des pays assistés.

Hier, les échanges étaient fortement caractérisés par des rapports de force tendant à reléguer au rang d'assistés, les pays dits pauvres. La révolution industrielle ayant favorisé un essor économique des pays de l'Europe occidentale et plus tard, des États-Unis d'Amérique, il s'est créé une division artificielle du monde en pays industrialisés ou développés et pays en voie de développement, géographiquement concentrés dans la partie sud de la planète. Dans ce contexte, les relations internationales sont dictées par des formules et des considérations visant à drainer vers les pays pauvres, les capitaux et les technologies ayant fait leurs preuves ailleurs, dans le but de les aider à rattraper leur retard. Nous connaissons aujourd'hui le résultat... Plusieurs décennies n'ont pas suffi à cette démarche pour résoudre le problème de mal développement. De plus, le partenariat signifiait avant tout, aide au développement ou à la croissance économique, ce qui évidemment signifiait que le partenaire possédant la force financière était maître du jeu et était censé dicter la conduite à tenir, d'où des rapports parfois tendus par-ci par-là, ne laissant aucun espace de créativité et d'affirmation des partenaires dits pauvres (L'Aigle de Songhaï, développement, 2000, no 40-41).

Cette tendance doit composer avec de nouvelles réalités comme la souveraineté des pays jadis colonisés et les échecs des programmes de développement et d'ajustement structurel. L'information plus accessible à l'ensemble du monde et la mobilisation des sociétés civiles ont aussi concouru à une nouvelle conjoncture. À partir de ces événements, des initiatives locales se sont mises sur pied pour contrer les manques en matière de travail, de santé, d'éducation que les approches sectorielles des ajustements structurels avaient concouru à dégrader. Les modèles alternatifs comme Songhaï ont transformé la façon de faire des partenariats entre le Nord et le Sud, en partant d'une base civile, des besoins de la population. Ils jouent maintenant un rôle important dans la façon de faire le développement des pays du Sud.

Malheureusement, le système de coopération internationale attire toujours des organisations qui veulent aussi avoir leur «part du gâteau». Les programmes sectoriels ont entraîné des effets pervers : le développement par programme ne prend pas en compte toutes les facettes d'une société donnée et cela favorise un développement anarchique, non planifié. Le développement par programme a aussi attiré des O.N.G. du Sud qui ont modifié leur mission pour obtenir des fonds. Ensuite, même lorsqu'une approche sectorielle est favorisée, planifiée et gérée par le gouvernement du pays, les programmes du FMI et de la Banque Mondiale qui sont imposés n'ont pu relancer les économies du Sud. Les intérêts inavoués des uns et des autres causent des écueils dans les stratégies du modèle dominant ainsi que dans celles du modèle alternatif, car ils viennent interférer dans le développement

Malheureusement, l'affluence massive des organisations et associations vers des réseaux est en grande partie dictée par le souci d'y puiser quelque chose pour bâtir sa propre structure. On se préoccupe très peu de ce que l'on est en devoir d'apporter aux autres. Lorsque l'on ne reçoit plus à un moment donné, c'est la « fin » de la participation. Cette situation se complique par l'opinion selon laquelle les réseaux dont font partie les institutions du Nord sont les mieux indiqués. Justement parce que ces dernières sont considérées comme des vaches à lait. La participation aux réseaux s'apparente alors à un pâturage incontrôlé où l'on abandonne le pré dès lors que l'herbe se raréfie (L'Aigle de Songhaï, développement, 2000, no 40-41).

Ce rapport ambigu qu'entretiennent les bailleurs de fonds du Nord et les gouvernements ainsi que les O.N.G. du Sud, n'est pas le seul possible pour le développement du Sud.

7.2.1 Partenariats Sud-Sud, une alternative

Certains mouvements comme Songhaï ont décidé de promouvoir aussi les partenariats Sud-Sud parce qu'ils semblent plus adaptés aux réalités du Sud, aux développements locaux et favorisent les économies continentales ou transcontinentales des pays pauvres.

Songer davantage à des réseaux favorisant les échanges Sud-Sud serait la bienvenue pour les pays africains. Cela permet de découvrir et d'utiliser les compétences locales, moins onéreuses et mieux adaptées aux réalités de nos pays. C'est par exemple le cas d'ASFODEVH (Association pour la Formation en Développement Humain) au sein de laquelle Songhaï milite activement. Au Bénin particulièrement, ASFODEVH a permis à Songhaï de tisser des relations très fructueuses avec plusieurs institutions partageant les mêmes valeurs et les mêmes champs de combat contre le mal développement (L'Aigle de Songhaï, développement, 2000, no 40-41).

Le point de vue de certains bailleurs de fonds du Nord, tel que OXFAM-Québec, ajoute que les rapports Nord-Sud sont toujours unilatéraux et qu'il n'existe pas encore d'initiatives Sud-Nord. Cette idée renvoie au fait que le Sud a peu à apporter au Nord, qu'il est en position de recevoir ou d'assistance. Pourtant, les initiatives d'économie sociale au Sud sont des exemples intéressants de renouvellement des pratiques sociales et économiques. Songhaï est un exemple de développement harmonieux grâce à la vision holistique qu'elle emprunte, et elle pourrait nourrir plusieurs réflexions sur le développement des régions dans les pays du Nord. Des régions qui sont souvent aux prises avec de forts taux de chômage, l'exode des jeunes vers les villes et l'appauvrissement des populations. Le Sud doit donc interpeller le Nord afin de redéfinir le partenariat et d'échanger sur des bases plus égalitaires.

Il y a beaucoup de travail à faire, énormément de travail à faire. D'ailleurs, on dit toujours relation Nord-Sud, on dit jamais Sud-Nord. C'est donc très orienté et je pense qu'on gagnerait beaucoup dans le Sud-Sud et Sud-Nord. Mais jusqu'à maintenant on n'a pas trouvé les moyens de favoriser, ces échanges-là, sur un plan plus égalitaire et équitable, car je pense qu'on a beaucoup à apprendre des relations Sud-Sud et Sud-Nord. C'est une question qu'il y avait eue il y a deux ans où trois ans, le CCCI (Conseil Canadien sur la Coopération Internationale) Canada qui avait lancé un sondage questionnaire auprès des membres des O.N.G. canadiennes avec beaucoup de questions et l'une de ces questions était exactement « Que pensez-vous de la coopération internationale Nord-Sud ? » Donc, on avait eu un grand débat sur cette question là. J'étais au Burkina Fasso à cette époque. Mais effectivement, il y a énormément de travail à faire et moi je ne suis pas du tout pour le sens unique, la flèche verticale qui a été construite Nord-Sud (Entrevue OXFAM-Québec, 2004).

Toutefois, le rapport entre les États du Nord et ceux du Sud est remis en cause avec l'échec des politiques d'ajustements structurels et par les approches sectorielles des bailleurs de fonds internationaux comme la Banque Mondiale et le FMI. Ensuite, les O.N.G. du Sud tentent de trouver des alternatives qui favoriseraient leur développement en créant des partenariats dans d'autres pays du Sud.

Un modèle alternatif de développement comme Songhaï doit composer avec, non seulement les rapports de force économique Nord-Sud, mais aussi avec le rapport de force idéologique qui consiste à dire que le Nord est comme le « grand frère » qui doit montrer le chemin parce qu'il a réussi dans son développement. Pourtant, les économies et les systèmes sociaux du Nord sont en implosion avec la montée du chômage et la perte des acquis sociaux. Le libéralisme économique a aussi ses conséquences sur le Nord avec le déplacement de ses industries dans des zones franches du Sud afin d'économiser sur les salaires pour optimiser les ventes. Le développement n'est pas que l'affaire du Sud ; le Nord est concerné, non seulement parce qu'il doit partager ses richesses, mais parce que bientôt il sera face à des problèmes qui seront comparables à ceux du Sud au niveau du désengagement de l'État dans le service aux populations. Le Nord et le Sud sont des pôles indissociables, il faudra donc trouver un terrain d'entente pour harmoniser leur développement.

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