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L'habitat informel dans les villes d'Afrique subsaharienne francophone à  travers l'exemple de Niamey (Niger )


par Hamadou ISSAKA
Université de Pau et des pays de l'Adour - Master 2 de géographie 2007
Dans la categorie: Géographie
   
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8.2 Quel avenir, quelles solutions pour l'habitat informel à Niamey ?

Dans l'évolution sociopolitique actuelle, beaucoup d'indicateurs sont réunis pour dire que la question de l'habitat doit être une préoccupation majeure pour les autorités municipales si elles ont envie de gérer la ville selon les normes de l'urbanisme en vigueur. La solution à l'habitat informel s'inscrira dans une logique de résolution de problème de l'habitat d'une manière générale. Or, sur ce plan subsistent beaucoup de problèmes auxquels il va falloir trouver des réponses appropriées.

8.2.1 Une politique de l'échec et du paradoxe guidée par les intérêts des nantis

La gestion urbaine est caractérisée par un paradoxe. Alors que les citadins vivent dans des conditions économiques difficiles avec un SMIC à 18 500 F CFA (28,2 €), les textes réglementant l'urbanisme sont des copies d'un urbanisme des pays développés en l'occurrence la France dont les réalités sont très différentes de celles du Niger. En effet, il n'y a jamais eu une véritable politique de l'habitat pour le plus grand nombre au Niger. Les quelques rares habitats à loyer modéré construits au cours des années 60 par la SONUCI ont été mis à la disposition des cadres de l'administration. Dans bien de secteurs des indemnités de logement sont accordés aux agents de l'Etat pour supporter le coût du loyer. La majorité de la population est laissée à elle-même d'où le recours à l'habitat informel. Contrairement à l'Europe où les dirigeants des entreprises avaient contribué à lutter contre l'habitat informel en construisant des logements pour les ouvriers non loin des usines, à Niamey, c'est lors de l'installation des premières unités industrielles que le squattage a commencé à prendre de l'ampleur avec la création du quartier informel de Talladjé non loin de la zone industrielle. Or, les insuffisances de la promotion immobilière sont décriées même dans les documents officiels. A titre d'exemple, la loi 98-54 du 29 décembre 1998 portant adoption d'une politique nationale en matière d'habitat note qu'en 24 ans (1974 à 1998), l'Etat et ses démembrements n'auraient pu produire qu'un millier de logements soit près de 42 logements par an alors que les besoins sont estimés à 5 000 par an. Il faut noter aussi l'inefficience de certains instruments de la politique de l'habitat tels que le Crédit du Niger et la SONUCI.

Face à cette incapacité de l'Etat à faire face au problème de logement, des acteurs privés se sont lancés dans la production de logements destinés à la location. Contrairement aux autres villes d'Afrique subsaharienne, le loyer semble bon marché à Niamey. Pour le célibatorium (une maison à une pièce plus véranda) en dur, le prix moyen mensuel est de 15 000 F CFA, alors que pour le banco, il varie entre 7 500 et 10 000 F CFA. A la périphérie de la ville, les prix sont encore un peu plus bas et y habiter procure un peu d'économie. Pour réglementer les relations entre ces bailleurs privés et les locataires, l'Etat a initié à travers le ministère de l'urbanisme un code de baux à loyer à travers l'ordonnance n°96-016 du 18 avril 1996. Cette ordonnance abroge le décret n°52-764 du 30 juin 1952 portant réglementation des loyers des locaux d'habitation en Afrique occidentale. C'est dire que la base juridique existe bien avant les indépendances et que comme dans beaucoup de domaines, le suivi a fait défaut.

D'ailleurs les dispositions pratiques de cette ordonnance notamment la Commission nationale et les commissions locales de tarification du loyer attendent encore d'être mises en place. Bailleurs et locataires continuent avec leurs contrats verbaux et c'est toujours l'Etat qui perd car les bailleurs s'entendent avec les locataires pour faire une fausse déclaration du montant du loyer dont 12% devrait revenir à l'Etat sous forme de taxe sur les revenus de la location. L'offre en logement est tellement limitée qu'aujourd'hui le locataire est contraint d'être le complice du bailleur. Avant de quitter sa maison pour raison d'affectation ou autres, il remet la clef à une connaissance en prenant le soin de se porter caution morale auprès du bailleur. Depuis le gel des avoirs du Crédit du Niger au trésor national pour arriérés d'impôt, les salariés qui pouvaient prétendre à ce crédit pour l'habitat sont bloqués dans leur tentative d'avoir un logement. En outre, les voiries et réseaux divers ne sont plus assurés dans les lotissements depuis que la Caisse de Prêt aux Collectivités Territoriales (CPCT) créée par la loi n°70-7 du 17 mars 1970, a vu ses fonds bloqués au trésor national en 1993 pour arriérés d'impôt. Or, cet établissement public avait pour mission de soutenir financièrement les efforts d'équipement des collectivités territoriales qui sont tenues à ce titre de verser le produit de la vente de parcelles sous forme de dépôt en avoir dont l'usage est strictement réservé à la production de terrains à bâtir et à l'équipement des centres urbains.

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