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Evaluation des pratiques de prescription médicamenteuses dans les formations sanitaires de la zone de santé de Katwa


par Salomon KASEREKA POSOMBILI
Université Saint Joseph de Goma - Licence LMD 2025
  

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1.2. HISTORIQUE DE L'EVALUATION DE L'UTILISATION DES MEDICAMENTS

Dès le XIX? siècle, les premières industries de fabrication de médicaments modernes apparaissent, marquant le début d'une production pharmaceutique standardisée. Cependant, c'est surtout au XX? siècle que l'industrie pharmaceutique connaît un véritable essor, porté par de nombreux changements scientifiques, industriels, politiques et sociaux. Sur le plan scientifique et médical, la découverte des antibiotiques, des vaccins et des médicaments synthétiques, ainsi que le développement de la médecine fondée sur les évidences, de l'expérimentation clinique et de la validation scientifique des traitements, ont profondément transformé les pratiques de soins. Du côté industriel, la fabrication de masse de médicaments standardisés et plus sûrs, ainsi que la capacité d'innovation dans les laboratoires pharmaceutiques, ont permis une production efficace à grande échelle. Les politiques et régulations internationales ont également joué un rôle structurant : la création de l'OMS en 1948, la définition même de la santé au sens actuel, la mise en place du Règlement sanitaire international et d'initiatives globales telles que le concept «?Santé pour tous?» (Alma-Ata, 1978) ont encadré la production, la qualité et l'accès aux médicaments (Sophie Chauveau, 1998). Enfin, les changements sociaux et économiques, avec l'augmentation de l'espérance de vie, la croissance des systèmes de santé publics et privés et l'accessibilité accrue aux médicaments dans les pays industrialisés et émergents, ont consolidé cette transformation, rendant nécessaire une évaluation systématique de l'utilisation des médicaments pour garantir leur rationalité et leurefficacité.

Les efforts visant à améliorer l'utilisation des médicaments dans les services de santé ont pris de l'importance à partir des années 1980. En 1985, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a organisé à Nairobi une conférence internationale consacrée à l'usage rationnel des médicaments. Cette conférence a marqué une étape importante dans la promotion des pratiques appropriées de prescription et d'utilisation des produits pharmaceutiques.

Depuis cette conférence, plusieurs initiatives ont été entreprises pour améliorer les pratiques relatives à l'utilisation des médicaments. Cependant, l'un des problèmes majeurs était l'absence de méthodes objectives permettant de mesurer les pratiques de prescription et d'utilisation des médicaments dans les services de santé.

Pour répondre à ce besoin, l'OMS et le réseau international pour l'usage rationnel des médicaments ont développé un ensemble d'indicateurs destinés à décrire les schémas d'utilisation des médicaments. Ces indicateurs permettent aux planificateurs, gestionnaires et chercheurs en santé de comparer les pratiques entre différents services ou à différents moments.

Les premiers travaux sur ces indicateurs ont été réalisés dans plusieurs pays, notamment au Yémen et en Ouganda, afin d'évaluer l'impact des programmes de médicaments essentiels. Par la suite, la méthodologie a été testée dans plusieurs autres pays comme l'Indonésie, le Bangladesh et le Népal. D'autres tests ont également été réalisés au Soudan, en Ouganda, au Malawi, au Nigéria et en Tanzanie afin d'améliorer et de valider ces indicateurs.

À la suite de ces expériences, un ensemble limité d'indicateurs fondamentaux a été retenu afin de permettre l'évaluation rapide et standardisée de l'utilisation des médicaments dans les services de santé.

Le Réseau international pour l'usage rationnel des médicaments

Créé en 1989, le Réseau international pour l'usage rationnel des médicaments (INRUD) est un réseau de groupes multi-institutionnels dont l'objectif est de promouvoir un usage sûr, efficace et efficient des médicaments, particulièrement dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Initialement composé de dix groupes provenant d'Afrique et d'Asie, le réseau s'est progressivement élargi pour inclure aujourd'hui plusieurs groupes répartis dans différentes régions du monde.

L'INRUD se caractérise par une approche multidisciplinaire de l'utilisation des médicaments, combinant les sciences cliniques et les sciences sociales. Il met l'accent sur la mesure de l'utilisation des médicaments à l'aide d'indicateurs standardisés, ainsi que sur l'analyse des facteurs comportementaux influençant les pratiques des professionnels de santé et des patients, afin de concevoir et d'évaluer des interventions visant à améliorer l'usage des médicaments.

Les activités de recherche, de formation et de plaidoyer menées par l'INRUD sont réalisées en collaboration avec plusieurs institutions internationales, notamment l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Management Sciences for Health (MSH), l'Institut Karolinska, ainsi que le groupe de recherche sur les politiques pharmaceutiques de la faculté de médecine de Harvard. Le réseau bénéficie également du soutien de partenaires et bailleurs internationaux tels que le Pew Charitable Trust, DANIDA, USAID (actuellement démantelé) et l'Agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida) (John Chalker, 2012).

Pourquoi étudier l'utilisation des médicaments

L'étude de l'utilisation des médicaments sert à promouvoir l'usage rationnel des médicaments. Elle est essentielle pour améliorer la qualité des soins et l'efficacité du système de santé. Elle permet notamment de :

· Identifier les pratiques de prescription inappropriées.

· Réduire le risque de résistance aux médicaments.

· Optimiser les ressources financières et matérielles du système de santé.

· Améliorer la sécurité et la qualité des soins pour les patients.

Champs d'application des études sur l'utilisation des médicaments

· Niveau national ou régional : suivi des politiques pharmaceutiques et évaluation des programmes nationaux de santé.

· Établissements de santé : hôpitaux, centres de santé, dispensaires, etc.

· Thématiques spécifiques : utilisation des antibiotiques, antipaludiques, analgésiques, vaccins, etc.

· Population ciblée : enfants, femmes enceintes, patients chroniques, etc.

Conséquences des prescriptions irrationnelles

Les prescriptions irrationnelles de médicaments peuvent avoir des effets négatifs importants sur la santé des patients ainsi que sur le fonctionnement du système de santé. Elles peuvent entraîner plusieurs conséquences, parmi lesquelles:

· Développement de résistance aux antibiotiques et autres médicaments.

· Augmentation des effets indésirables et complications pour les patients.

· Gaspillage de ressources et coût élevé pour le système de santé.

· Allongement de la durée des maladies et aggravation de l'état de santé.

· Augmentation de la morbidité et de la mortalité

Facteurs influençant l'utilisation des médicaments

L'usage irrationnel des médicaments peut être lié à plusieurs facteurs. Parmi les principales causes figurent le manque de connaissances, de compétences ou d'informations indépendantes chez les prescripteurs, la surcharge de travail du personnel de santé, l'insuffisance de réglementation sur la disponibilité des médicaments, ainsi que la promotion inappropriée des produits pharmaceutiques et les motivations lucratives liées à leur vente (OMS, 2002).

D'autres facteurs peuvent également influencer l'utilisation des médicaments, notamment les attentes et croyances des patients, leur niveau d'adhésion au traitement, les habitudes locales de prescription, la disponibilité des médicaments dans les structures de santé, l'existence de protocoles thérapeutiques et les contraintes économiques ou socioculturelles telles que le coût des médicaments, les traditions et le niveau d'éducation de la population.

Interventions clés pour promouvoir une utilisation rationnelle des médicaments

L'OMS préconise 12 interventions clés pour promouvoir une utilisation plus rationnelle :

1. Un organisme national multidisciplinaire chargé de coordonner les politiques pharmaceutiques : Il permet de coordonner les actions liées à l'usage des médicaments entre les autorités sanitaires, les professionnels de santé, les universités et les organisations concernées.

2. L'élaboration de directives thérapeutiques standardisées : Ces directives aident les prescripteurs à choisir les traitements appropriés pour chaque maladie sur la base de preuves scientifiques.

3. L'existence d'une liste nationale de médicaments essentiels : Cette liste permet de sélectionner les médicaments les plus efficaces, sûrs et nécessaires pour répondre aux besoins prioritaires de la population.

4. La mise en place de comités pharmaceutiques et thérapeutiques dans les hôpitaux et districts : Ces comités supervisent la sélection et l'utilisation appropriée des médicaments dans les établissements de santé.

5. La formation en pharmacothérapie basée sur les problèmes dans les programmes universitaires : Cette approche permet de former les futurs professionnels de santé à prescrire de manière rationnelle.

6. La formation médicale continue pour les professionnels de santé : Elle permet de mettre à jour les connaissances et d'améliorer les pratiques de prescription.

7. L'encadrement, l'audit et le retour d'information sur les prescriptions : L'analyse régulière des prescriptions aide à identifier les erreurs et à améliorer les pratiques des prescripteurs.

8. La disponibilité d'une information indépendante sur les médicaments : Les professionnels de santé doivent disposer d'informations fiables et objectives, indépendantes de la promotion pharmaceutique.

9. L'éducation du public sur l'usage des médicaments : Informer les patients contribue à réduire l'automédication inappropriée et à améliorer l'adhésion au traitement.

10. L'élimination des incitations financières inappropriées : Certaines pratiques financières peuvent encourager la sur prescription ou la vente excessive de médicaments.

11. Une réglementation appropriée de la production, de la distribution et de la promotion des médicaments : Une réglementation efficace permet d'assurer la qualité des médicaments et de contrôler leur promotion.

12. Un financement suffisant du système de santé pour garantir la disponibilité des médicaments et du personnel qualifié : Des ressources adéquates sont nécessaires pour assurer l'accès aux médicaments essentiels et soutenir les programmes de promotion de leur usage rationnel (OMS, 2002).

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