1.3. INDICATEURS D'UTILISATION DES MEDICAMENTS
Les indicateurs d'utilisation des médicaments sont des
outils simples, objectifs et standardisés qui permettent
d'évaluer les pratiques de prescription, de dispensation et
d'utilisation des médicaments dans les établissements de
santé.
Types d'indicateurs d'utilisation des
médicaments
Les indicateurs proposés par l'OMS sont
généralement regroupés en trois catégories
principales :
1. Les indicateurs de prescription Ils
permettent d'évaluer les habitudes de prescription des prescripteurs.
Ils concernent notamment le nombre moyen de médicaments prescrits par
consultation, la proportion de médicaments prescrits en nom
générique, la fréquence de prescription des antibiotiques,
encore l'utilisation des injections, et l'utilisation des médicaments
qui sont sur la liste des médicaments essentiels
2. Les indicateurs des soins aux patients Ils
évaluent la qualité des interactions entre les prestataires de
soins et les patients, notamment la durée de consultation, le temps
consacré à la délivrance des médicaments,
l'étiquetage correct des médicaments et le niveau de
compréhension du patient concernant la posologie.
3. Les indicateurs des services de
santé Ces indicateurs permettent d'évaluer la
capacité organisationnelle des établissements de santé
à assurer une bonne gestion des médicaments, notamment la
disponibilité de la liste des médicaments essentiels et la
disponibilité des médicaments essentiels dans le stock.
Structures sanitaires pouvant être
évaluées
Les indicateurs d'utilisation des médicaments peuvent
être appliqués dans différentes structures sanitaires,
notamment les centres de santé primaires, dispensaires, hôpitaux
généraux, les cliniques privées, etc.
Cependant, ces indicateurs sont principalement conçus
pour les structures de soins primaires et les services ambulatoires. Dans les
hôpitaux de dernier recours ou hôpitaux de référence
tertiaire, les cas cliniques sont souvent plus complexes et nécessitent
des traitements spécialisés. Dans ce contexte, les indicateurs
standard peuvent être moins pertinents ou moins utiles, car la
complexité des pathologies peut justifier un nombre plus
élevé de médicaments, l'utilisation plus fréquente
d'antibiotiques ou d'injections.
Objectivité des indicateurs
Les indicateurs d'utilisation des médicaments ont
été conçus pour être simples, mesurables et
reproductibles. Leur principal avantage est qu'ils permettent de produire des
données quantitatives objectives à partir d'un nombre
limité d'observations. Grâce à leur standardisation, ils
facilitent la comparaison des pratiques entre différents
établissements de santé, entre différentes régions
ou encore dans le temps au sein d'une même structure.
Ces indicateurs permettent également d'identifier
rapidement les problèmes liés à l'utilisation des
médicaments et de guider les interventions visant à
améliorer la qualité de la prescription et de la dispensation.
Profil de l'évaluateur
L'évaluation de l'utilisation des médicaments
peut être réalisée par différents professionnels de
santé, notamment : pharmaciens, médecins, infirmiers,
gestionnaires des programmes de santé, agent de santé
publique.
Limites des indicateurs d'utilisation des
médicaments
Il est important de souligner que les indicateurs
d'utilisation des médicaments ne constituent pas une évaluation
complète de la qualité des soins. Ils ne permettent pas, par
exemple :
· D'évaluer la pertinence clinique d'une
prescription dans un cas particulier ;
· D'identifier les raisons spécifiques qui ont
conduit à une prescription donnée ;
· De juger directement la compétence d'un
professionnel de santé.
· Il convient de souligner qu'il n'existe pas toujours de
normes universelles et fixes pour les indicateurs d'utilisation des
médicaments. Les valeurs de référence peuvent varier selon
le contexte sanitaire, le profil épidémiologique de la population
et les caractéristiques du système de santé. Dans
certaines situations, les responsables sanitaires peuvent être
amenés à définir des normes ou des seuils
d'évaluation adaptés aux conditions locales, afin
d'interpréter correctement les résultats obtenus et d'identifier
les problèmes éventuels liés à l'utilisation des
médicaments.
Ils fournissent plutôt une vue globale des tendances
d'utilisation des médicaments dans une structure sanitaire.
Listes des indicateurs d'utilisation des
médicaments
Le tableau suivant présente les principaux indicateurs
d'utilisation des médicaments, accompagnés de leur
définition, de leur mode de calcul, des préalables
nécessaires à leur mesure, des méthodes de collecte des
données ainsi que des normes de référence utilisées
pour leur évaluation. (WHO, 1993) (Azza El.Mahalli,
2012)
|
N°
|
Indicateur OMS
|
Définition
|
Mode de calcul
|
Préalables
|
Méthode / Technique
|
Difficultés
|
Norme OMS
|
|
Les indicateurs de prescription
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|
1
|
Nombre moyen de médicaments par consultation
|
Mesure le degré de polypharmacie dans les prescriptions
médicales.
|
Nombre total de médicaments prescrits ÷ nombre total
des consultations
|
Définir comment compter les médicaments
(associations comptées comme un médicament), Déterminer la
taille de l'échantillon de consultations, Former les enquêteurs
à l'enregistrement des prescriptions, Disposer des ordonnances ou
dossiers médicaux.
|
Revue rétrospective des ordonnances ou observation directe
des consultations.
|
Ordonnances illisibles, confusion dans les associations
médicamenteuses.
|
3
|
|
2
|
Pourcentage des médicaments prescrits en nom
générique
|
Mesure la proportion de médicaments prescrits sous leur
nom générique.
|
(Nombre de médicaments prescrits en
générique ÷ nombre total de médicaments prescrits)
×100
|
- Liste officielle des noms génériques.
Accès aux ordonnances.
|
Analyse systématique des prescriptions.
|
Confusion entre noms commerciaux et génériques.
|
100 %
|
|
3
|
Pourcentage de consultations avec antibiotiques prescrits
|
Mesure la fréquence d'utilisation des antibiotiques dans
les consultations.
|
(Consultations avec antibiotiques ÷ consultations totales)
×100
|
- Définir la liste des antibiotiques. Les
antiprotozoaires, les antihelminthiques, les antifongiques ainsi que les
antituberculeux ne sont pas considérés comme des antibiotiques
|
Analyse des ordonnances.
|
Mauvaise classification de certains anti-infectieux.
|
30%
|
|
4
|
Pourcentage de consultations avec injection prescrite
|
Mesure la fréquence de prescription des médicaments
injectables.
|
(Consultations avec injection ÷ consultations totales)
×100
|
- Définir les médicaments injectables, Exclure les
vaccinations. Accès aux prescriptions.
|
Analyse des prescriptions.
|
Mauvaise documentation de la voie d'administration.
|
10%
|
|
5
|
Pourcentage de médicaments prescrits figurant sur la liste
des médicaments essentiels
|
Mesure la conformité des prescriptions avec la liste
nationale des médicaments essentiels.
|
(Médicaments prescrits de la liste ÷ total des
médicaments prescrits) ×100
|
Disposer de la liste nationale des médicaments essentiels.
Former les enquêteurs à comparer prescriptions et liste des
médicaments essentiels. Accès aux ordonnances.
|
Comparaison des prescriptions avec la liste officielle.
|
Différences entre noms commerciaux et
génériques.
|
100 %
|
|
Les indicateurs des soins aux patients
|
|
6
|
Durée moyenne de consultation
|
Temps moyen consacré par le personnel de santé
à chaque patient.
|
Temps total des consultations ÷ nombre de consultations
|
- Définir le début et la fin de la consultation.
Déterminer le nombre de consultations à observer. Disposer d'un
chronomètre et de fiches d'observation.
|
Observation directe et chronométrage.
|
Influence de l'observateur sur le personnel.
|
= 10 minutes
|
|
7
|
Durée moyenne de délivrance des
médicaments
|
Temps consacré à la remise des médicaments
au patient à la pharmacie.
|
Temps total de délivrance ÷ nombre de patients
|
Définir les étapes du processus de
délivrance. Observer plusieurs délivrances. Disposer d'un
chronomètre.
|
Observation directe et chronométrage.
|
Variabilité du flux de patients.
|
= 90 secondes
|
|
8
|
Pourcentage de médicaments effectivement
délivrés
|
Mesure la proportion de médicaments prescrits
réellement fournis au patient.
|
(Médicaments délivrés ÷
médicaments prescrits) ×100
|
Comparer les prescriptions avec les médicaments remis.
Accès aux ordonnances et à la pharmacie.
|
Analyse des prescriptions et observation de la
délivrance.
|
Ruptures de stock.
|
100 %
|
|
9
|
Pourcentage des médicaments correctement
étiquetés
|
Mesure si les médicaments délivrés
comportent les informations nécessaires (nom, dose,
fréquence).
|
(Médicaments correctement étiquetés ÷
total des médicaments délivrés) ×100
|
- Définir les critères d'étiquetage correct.
Examiner les emballages des médicaments délivrés.
|
Observation directe des étiquettes.
|
Étiquettes absentes ou illisibles.
|
100 %
|
|
10
|
Pourcentage de patients connaissant la posologie correcte
|
Mesure la compréhension du patient sur la manière
d'utiliser son traitement.
|
(Patients connaissant la posologie ÷ patients
interrogés) ×100
|
Interroger les patients à la sortie du service. Consulter
l'ordonnance pour vérifier la réponse. Former les
enquêteurs à l'entretien.
|
Interview des patients.
|
Faible niveau d'instruction des patients.
|
100 %
|
|
Les indicateurs des services de
santé
|
|
11
|
Existence de la liste des médicaments essentiels
|
Vérifie si l'établissement possède une liste
officielle de médicaments essentiels.
|
Oui / Non
|
- Vérifier la présence de la liste dans
l'établissement. Confirmer qu'elle est accessible au personnel.
|
Observation et vérification documentaire.
|
Liste absente ou non mise à jour.
|
Oui
|
|
12
|
Disponibilité des médicaments essentiels
|
Mesure la disponibilité des médicaments essentiels
dans le stock du centre de santé.
|
(Médicaments essentiels disponibles ÷ total des
médicaments essentiels) ×100
|
- Définir une liste de 10 à 15 médicaments
traceurs. Vérifier leur présence dans le stock. Examiner les
registres de pharmacie.
|
Inspection physique du stock et vérification des
registres.
|
Ruptures d'approvisionnement.
|
100 %
|
Les indicateurs
complémentaires
Ces indicateurs complémentaires représentent des
mesures qui peuvent être utilisées en plus des indicateurs
fondamentaux selon les conditions locales. Ces indicateurs sont tout aussi
importants que les indicateurs fondamentaux, mais les données
nécessaires pour les mesurer sont souvent plus difficiles à
obtenir ou leur interprétation peut être très sensible au
contexte local. Parmi ces indicateurs, nous pouvons citer :
· Pourcentage de malades traités sans
médicaments
· Coût moyen des médicaments par
consultation
· Pourcentage des dépenses pharmaceutiques
consacrées aux antibiotiques
· Pourcentage des dépenses pharmaceutiques
consacrées aux injections
· Prescription conforme aux directives
thérapeutiques
· Pourcentage de malades satisfaits des soins qui leurs sont
prodigués
· Pourcentage de services de santé ayant accès
à des informations pharmaceutiques impartiales
Résultats d'études antérieures sur
l'utilisation des médicaments
Plusieurs études ont été
réalisées dans différents pays afin d'évaluer les
pratiques d'utilisation des médicaments à l'aide des indicateurs
proposés par l'Organisation mondiale de la Santé ou d'indicateurs
similaires. Les premières enquêtes menées dans ce domaine
concernaient généralement un nombre limité de structures
sanitaires et utilisaient un nombre restreint d'indicateurs. Les
résultats de ces études sont présentés de
manière synthétique dans l'annexe correspondante.
L'analyse de ces données permet d'apprécier la
diversité des pratiques d'utilisation des médicaments selon les
contextes nationaux. Dans la majorité des pays étudiés, le
nombre moyen de médicaments prescrits par consultation se situait entre
1,3 et 2,2, à l'exception de deux pays où les valeurs
observées étaient plus élevées. Au Yémen,
une étude a tenté d'estimer une valeur de référence
nationale en tenant compte des profils de morbidité et des directives
thérapeutiques en vigueur. Dans ce contexte, le nombre moyen de
médicaments prescrits par consultation a été estimé
à 1,4.
Concernant la prescription d'antibiotiques, les
résultats observés dans la plupart des pays se situaient entre 29
% et 43 %, à l'exception de quelques valeurs plus élevées.
Au Yémen, le besoin théorique en antibiotiques a
été estimé à 22,7 %, ce qui illustre l'écart
possible entre les pratiques observées et les besoins
thérapeutiques réels.
En ce qui concerne l'utilisation des injections, les
variations entre les pays sont particulièrement importantes, les
proportions observées allant de 0,2 % à 48 %. Lors d'essais
réalisés au Nigéria et en Indonésie, il a
été constaté que le pourcentage d'injections était
plus faible lorsque les données étaient collectées de
manière prospective plutôt que rétrospective. Cette
observation suggère que les prestataires de soins pourraient modifier
leurs pratiques lorsqu'ils savent qu'elles sont observées. Au
Yémen, la proportion considérée comme idéale pour
les injections a été estimée à 17,2 %.
Les résultats relatifs à la prescription en nom
générique sont relativement encourageants, certains pays ayant
enregistré des proportions élevées, atteignant 82 %
à 94 %. Ces résultats montrent qu'un recours important aux
médicaments génériques est réalisable et peut
servir d'exemple pour les pays où ces taux restent faibles.
Par ailleurs, la durée moyenne des consultations
observée dans plusieurs pays se situait généralement entre
2,3 et 3,5 minutes, ce qui est relativement court pour permettre une
interaction clinique adéquate entre le prestataire de soins et le
patient. En ce qui concerne la disponibilité des médicaments, les
études ont également mis en évidence des ruptures de stock
importantes dans plusieurs établissements de santé.
Certaines études ont également cherché
à évaluer l'impact d'interventions visant à
améliorer l'utilisation des médicaments. Par exemple, au
Yémen, trois indicateurs ont été utilisés pour
comparer une zone bénéficiant d'un projet d'amélioration
à une zone témoin. Dans la zone d'intervention, le nombre moyen
de médicaments prescrits par consultation était de 1,5, contre
2,4 dans la zone témoin ; le pourcentage de prescriptions
d'antibiotiques était de 46 % contre 67 %, et celui des injections de 22
% contre 45 %.
De même, en Ouganda, une étude a
évalué l'impact d'activités de formation sur les pratiques
d'utilisation des médicaments. Les résultats ont montré
une diminution du recours aux injections (de 50,1 % à 41,3 %), une
augmentation de l'utilisation des solutions de réhydratation orale (SRO)
en cas de diarrhée (de 52,4 % à 89,1 %) et une réduction
de l'utilisation des médicaments antidiarrhéiques (de 60,4 %
à 38,5 %). Ces résultats illustrent l'intérêt des
interventions éducatives pour améliorer les pratiques de
prescription et d'utilisation des médicaments (WHO, 1993).
Lorsque l'on compare les valeurs de ces indicateurs avec les
résultats obtenus dans d'autres pays ou à l'issue d'études
locales antérieures, il est possible de mesurer l'impact d'une
intervention et de mieux cerner les problèmes à
résoudre.
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