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Dépénalisation des délits de presse en République Démocratique du Congo : analyse de l'action de journaliste en danger (JED). Approche sociologique du droit de l'information.

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par Innocent OLENGA LUMBAHEE
IFASIC - Licence 2010
  

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III.2.1. Du profil du journaliste congolais au regard de la pratique du métier

Les prescrits de la loi en matière de recrutement des professionnels de la presse à l'article 7 de l'ordonnance-loi n° 81-012 portant statut des journalistes oeuvrant en RDC, sont rarement respectés. Selon cet article, le recrutement s'effectue sur concours. Il peut toutefois se faire sur titre en faveur des journalistes professionnels et des candidats diplômés d'une école de journalisme. Mais dans le concret, des critères subjectifs orientent bon nombre d'éditeurs et directeurs des radios et télévisions dans le recrutement des journalistes. Les relations personnelles de fraternité ou d'amitié, les recommandations ou la capacité de rapporter des fonds et non l'information sont autant des critères qui guident les propriétaires dans le recrutement des journalistes.

L'on note ainsi un engouement de beaucoup de personnes de formations diverses pour le métier de journaliste. Pour être embauché, il suffit de garantir au propriétaire de la radio ou de la télévision la rentabilité de l'émission grâce à son carnet d'adresses. D'autres candidats à l'embauche s'engagent même à ne pas exiger une rémunération, sans que l'on sache quelles seront leurs sources de revenus et quels dangers une telle pratique représente pour la profession. A l'arrivée, on se retrouve avec des animateurs transformés en gourous et contre lesquels les propriétaires des chaînes ne peuvent rien au nom de la loi de l'argent, en dépit d'une pratique professionnelle à la limite du tolérable.

D'autres personnes entrent dans la profession par le sang. Non pas qu'elles ont la vocation professionnelle du père journaliste ou qu'elles ont suivi la formation en la matière, mais s'y lancent sans formation juste pour continuer à vendre le nom de papa. Ce journalisme héréditaire est lourd de conséquences sur la mauvaise prestation de la profession. Des journaux entiers sont animés à Kinshasa par ce genre de journalistes héréditaires et non formés qui ne se soucient même pas d'améliorer leur prestation par une formation ou un recyclage.

Ces journalistes, tout comme bien d'autres formés sur les tas, constituent une menace tant pour la profession qui perd de plus de son crédit que pour la liberté de la presse, étant donné qu'ils pratiquent le métier sans connaissance des techniques journalistiques, ni de la déontologie et de l'éthique du journaliste, ni des différentes lois qui régissent la presse. C'est pratiquement dans ce lot que l'on retrouve les journalistes qui se vendent aux hommes politiques et aux opérateurs économiques. Il y a en qui vont jusqu'aux chantages ou menaces de produire des articles contre ceux qui n'accèdent pas à leurs demandes. D'autres encore confondent leur métier avec celui de policier.

D'ailleurs, de tous les cas d'arrestations dénoncés par JED dans ses différents rapports annuels, plus de 90% concernent les journalistes de petits journaux sans aucun critère d'entreprise de presse, qui se livrent à coeur joie à la diffamation, aux injures et à la calomnie.

Au-delà du manque d'une formation journalistique adaptée et suffisante, ces journalistes que JED qualifie « d'intervention rapide » ou « Teme-Teme59(*) » baignent dans la pauvreté. Ils parcourent la ville à la recherche d'évènements de toute sorte et susceptibles de leur procurer un peu d'argent appelé pudiquement « coupage » ou « transport ». Ils sont dans toutes les manifestations mais ne publient rien de tout cela parce que, justement, ils ne sont reconnus par aucune rédaction. Mais pour ceux qui les publient, parce qu'employés par certaines rédactions, ils se font payer là où ils vont. L'information ainsi monnayée est teintée de beaucoup d'éloges et ne peut comporter aucune critique objective.

Cette indigence au quotidien, non seulement, fait de beaucoup de journalistes congolais sujet à la manipulation et de mercenariat, mais aussi les place dans une instabilité professionnelle et sociale entraînant le ballottage de conscience. Cet état de choses a donné lieu à un nouveau phénomène qui consiste à chaque journaliste d'avoir son ministre et chaque ministre son journaliste. Et souvent, ces « mariages » d'intérêts se font sur des bases ethniques. Le drame est que ces journalistes des principaux médias de Kinshasa sont, la journée, aux cabinets des ministres et le soir à leurs rédactions respectives où ils veillent au grain pour que rien de négatif ne passe. Tous les ministres ont des journalistes actifs comme attachés de presse ou conseiller en communication.

D'où la première garantie pour une dépénalisation responsable devra découler de l'amélioration du statut du journaliste (autonomie financière, recrutement adéquat, meilleures conditions de travail...) à l'instar des journalistes de Radio Okapi60(*).

* 59 Du nom d'un « journaliste » sans rédaction mais visible dans toutes les manifestations dans la ville de Kinshasa qu'il couvre sans les publier. Son grand problème c'est de bénéficier des frais de transport, généralement appelé « coupage » que les organisateurs desdites manifestations remettent aux journalistes.

* 60 Radio Okapi est née depuis 2002 d'un partenariat entre les Nations unies et la Fondation Hirondelle. Elle emploi près de deux cents journalistes travaillant sur l'ensemble du territoire congolais. Ces journalistes sont bien rémunérés, il leur est interdit formellement de prendre des présents dans le cadre de l'exercice de leur métier offerts par n'importe qui. C'est qui fonde l'impartialité, l'objectivité et le professionnalisme dans le traitement des informations à cette radio. Ses journalistes méritent du respect dans le milieu politique et économique congolais grâce à leur indépendance totale.

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"Enrichissons-nous de nos différences mutuelles "   Paul Valery