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Militer pour la décroissance. Enquête sur la genèse d'un "mouvement politique" de la décroissance en France

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par Mathieu ARNAUDET
Université Rennes 1 - Master 1 Science Politique 2009
  

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ARNAUDET Mathieu

Master 1 de Science Politique Faculté de droit et de science politique de l'université de Rennes 1

Militer pour la décroissance

Enquête sur la genèse d'un « mouvement politique » de la décroissance en France

Mémoire réalisé sous la direction de Christine Guionnet

Remerciements

Je tiens à remercier tous les militants qui m'ont accordé un entretien, à savoir Anne, Mathilde, Thierry et particulièrement Stéphane avec qui j'ai pu, à la suite, échangé via Internet et grâce auquel j'ai eu accès à de nombreux documents.

Je remercie aussi les adhérents du PPLD qui ont bien voulu que j'assiste à leur AG et que j'enregistre leurs propos.

Je remercie aussi ma directrice de mémoire Christine Guionnet pour ses remarques concernant la méthodologie et son soutien durant ce travail.

Table des matières

Introduction p 6

Partie 1 : La politique comme levier supplémentaire à une nécessaire révolution idéologique p14

Section 1 : Une utopie agissante : un projet de société revendiqué dans le champ politique

p14

I) Du capital idéologique à la construction d'une communauté idéologique p15

A) Des supports intellectuels de lutte : les penseurs de la décroissance. p15

B) Un vocabulaire alternatif partagé. p17

II) Une volonté de différenciation visible dans l'espace public. p20

A) Un vecteur de différenciation : Le journal La Décroissance. p21

B) La politique comme lieu de visibilité du nous identitaire. p23

Section 2 : La politique : une modalité du répertoire d'action militant. p27

I) La filiation de la décroissance à la mouvance de l'anti-consommation et de l'alter-consommation. p28

A) L'intégration de la décroissance dans un mouvement social plus vaste. p28

B) Le registre d'action de l'anti-consommation : l'action collective individualisée.

p31

II) La politique comme « moyen supplémentaire » pour amener la nécessaire révolution culturelle. p32

A) Une ambition : atteindre une majorité culturelle et non seulement prendre le pouvoir. p32

B) La politique : un levier en plus de l'action contestataire p34

Partie 2 : Exister en politique autrement : quelle organisation pour l'instauration d'un « mouvement politique » ? p37

Section 1 : Envisager une autre manière de faire de la politique : seul moyen de créer un « mouvement politique ».

p37

I) Etre dans le champ politique sans faire de politique. p38

A) Contre l'organisation politique traditionnelle : de parti, n'en avoir que le nom p38

B) Contre la politique politicienne : une suspicion à l'égard de la volonté de pouvoir

p42

II) Réhabiliter la politique pour créer un « mouvement politique » de la décroissance. p46

A) Un projet de société se doublant d'un projet citoyen p46

B) Un enjeu : créer un « mouvement politique » p48

Section 2 : Ambitions d'une organisation « décroissante » et premières limites à l'instauration d'un « mouvement politique » p50

I) La création d'une organisation reflet : l'association aux multiples niveaux d'action. p51

A) L'esprit de l'AdOC : devenir la « maison commune » p51

B) L'association comme instrument du « mouvement politique » p55

II) La politique comme moyen supplémentaire : les difficultés à amener un « mouvement politique ». p57

A) Les difficultés à maintenir un lien politique p58

B) Les effets du champ politique : le risque d'autonomisation des participants p60

Conclusion p62

Bibliographie p65 Annexes p70

Introduction

Le 29 mai 2009, un escargot traversa très lentement les écrans TV des français, faisant cesser brusquement des sonorités qui se voulaient agressives. Pendant que l'animal avançait, quelques phrases courtes apparaissaient et apostrophaient les téléspectateurs avec quelques interrogations comme : « Une croissance infinie dans un monde fini ? », question qui se retrouve souvent comme slogan ou du moins revient comme leitmotiv sur les sites Internet, les documents diffusés ou dans la bouche même des militants de la décroissance ou « objecteurs de croissance ». On pouvait y voir aussi : « développement durable, croissance verte... Solution ou alibi ?», marquant ainsi leur différence avec les « écologistes tartufes »1(*) pour qui « polluer moins équivaut à pouvoir polluer plus longtemps »2(*) Cette petite vidéo constituait le spot de campagne3(*) d'Europe Décroissance. C'est la première fois que le thème de la décroissance était amené sur le devant de la scène politique nationale. Jusqu'ici, et depuis la création du premier instrument politique des militants de la décroissance - le Parti pour la Décroissance en 2005 -, n'avaient été envisagées et tentées, que des participations à des élections locales4(*).

M'intéressant distraitement aux idées de la décroissance, notamment via Le journal La Décroissance, la percée politique grâce à cette fenêtre d'opportunité que sont les élections européennes a attiré mon attention et m'a surtout donné l'envie d'étudier la décroissance non pas à travers le champ des idées politiques, mais à travers sa traduction politique. Je me suis vite aperçu que ces versants étaient indissociablement liés : en effet, peut être que des penseurs de la décroissance existent et nous verrons que la théorie est force pour le combat politique, mais que le passage au politique nécessite, outre de s'approprier les idées, de se créer sa propre identité pour intervenir dans un « champ politique » qui fonctionne avec ses propres règles. Ainsi, si « nous vivons immergés dans la politique »5(*) , il est nécessaire, si l'on veut l'étudier avec distanciation et prétendre à l'objectivité, en délimiter son objet. C'est ce que Pierre Bourdieu a essayé de faire dans la fin de sa carrière en appliquant au politique (le politique) son concept de « champ ». Il n'est bien sûr pas le seul à avoir voulu analyser le processus d'autonomisation de cette sphère6(*), mais c'est lui qui, peut être, a essayé de circonscrire le plus possible cet objet pour lui permettre d'être analysé sociologiquement. Ainsi, il définit le champ politique comme un « microcosme » dans le « macrocosme social » qui est « le lieu où s'engendrent, dans la concurrence entre les agents qui s'y trouvent, engagés, des produits politiques, problèmes, programmes, analyses, commentaires, concepts, événements, entre lesquels les citoyens ordinaires réduits au statut de « consommateurs », doivent choisir, avec des chances de malentendu d'autant plus grandes qu'ils sont plus éloignés du lieu de production »7(*). Cette analogie dans le vocabulaire entre la sphère économique et la sphère politique (« consommateur », mais aussi « entrepreneur politique » qui n'est pas cité ici8(*)) a connu un grand succès tant au niveau de la recherche scientifique qu'au niveau du commentaire journalistique. Ce vocabulaire participe à la production d'une coupure ou du moins d'un « éloignement » du lieu de la décision d'avec le lieu de la vie citoyenne. La représentation déposséderait la majorité de la population des moyens de production politique mais pire, obéirait à des règles - celui du champ donc - qui lui seraient propres et qui contraindraient fortement la liberté d'entreprendre dans ce champ comme empêcheraient l'innovation : « les intérêts n'ont de chance d'être problématisés comme politiques que s'ils épousent les intérêts spécifiques des professionnels de la politique et se coulent dans les formes qu'autorise le jeu propre des mandataires »9(*) En d'autres termes, la politique comme système représentatif étant la possession des mandataires, elle déposséderait les profanes de la compétence légitime et forcerait les nouveaux entrants à se contraindre aux règles légitimes en vigueur. C'est, au départ, dans cette optique que je voulais me placer : postulant le champ politique comme un champ de contraintes, j'avais l'intention d'analyser le passage au politique du « mouvement » de la décroissance comme un rapport de force entre des règles qui font injonctions et un nouvel acteur neuf ayant ses références de comportements dans la société civile. Ces dernières années, des travaux ont ainsi montré la difficulté à tenir un discours prônant une façon d'agir dans le champ politique qui serait différente de celle que les partis politiques tiendraient ordinairement. Ainsi, hormis les travaux historiques de Michel Offerlé sur la tentative de subversion des règles du jeu de la représentation par les partis ouvriers10(*), d'autres ont montré plus récemment les limites d'une entreprise qui voulait « faire de la politique autrement »11(*). Ces analyses pointent du doigt les deux conséquences d'une telle position : soit elle débouche sur une progressive institutionnalisation, soit sur une marginalisation qui est souvent fatale aux mouvements en question. L'institutionnalisation peut être symbolisée par le parti des Verts qui, pendant longtemps a voulu rester aux marges de la politique en adoptant des procédures et une organisation qui tranchaient avec celles appliquées dans les autres partis. Se voulant non électoralistes, revendiquant une philosophie autogestionnaire dans leur pratique de la politique, transcendant le clivage gauche / droite, les Verts se sont peu à peu intégrés au jeu politique traditionnel12(*) comme dans la « démocratie du public »13(*). Le mouvement poujadiste, quant à lui, a également voulu subvertir les règles mais il n'a fait que « reproduire les règles de sélection en son sein »14(*). Pour les poujadistes, comme pour le Parti Communiste, l'enjeu était de faire entrer dans le champ politique des acteurs qui, socialement, n'étaient pas destinés, au regard des normes sociales (capitaux culturels élevés notamment) en vigueur dans le champ de la représentation politique, à y prendre place. Les poujadistes ont reproduit les mêmes structures de distinction en leur sein et n'ont pas réussi à s'adapter aux règles en vigueur à l'Assemblée Nationale, ce qui a conduit à leur « échec en politique »15(*). La marginalisation peut, elle, être symbolisée par le mouvement des Motivés. Ceux-ci, refusant la « politique politicienne », conséquence de la représentation, voulaient que les citoyens reprennent, par eux même, les moyens de se gouverner. Cette revendication, essentiellement oppositionnelle, s'est manifestée dans différentes élections locales (à Toulouse notamment mais aussi à Rennes). Elle s'est heurtée à la force de l'injonction à se positionner sur l'échiquier politique (l'identité était trop faible pour faire totalement sens aux militants) et aux principes représentatifs (dont la « remise de soi » de certains à d'autres apparaissant comme plus compétents)16(*). Ce paradoxe, pour un mouvement qui entendait lutter justement contre la corruption du lien représentatif, a finit par avoir raison de son existence puisqu'en quelques mois, on a assisté à la « démotivation des Motivés »17(*) Pour paraphraser l'hypothèse de Simon Luck pour l'étude du mouvement contestataire « Arrg ! », ce sont bien souvent les aspects mêmes qui font la singularité d'un mouvement qui expliquent le plus souvent sa marginalisation ou sa disparition18(*).

Ce dernier travail comme ceux sur les Motivés ou les travaux plus anciens sur le Parti Communiste ou les poujadistes se sont effectués a posteriori, c'est-à-dire dont les objets d'études étaient morts ou agonisants lors de l'enquête. Il m'est apparu dès le premier entretien et dès les premières lectures des écrits des partisans de la décroissance qu'il était, en effet, trop tôt pour pouvoir analyser le processus de conformation aux règles prescrites par le champ politique. Certes, elles existent et les militants entrant en politique doivent en tenir rigueur, mais il manque de recule pour pouvoir mesurer la force avec laquelle elles vont s'exercer sur les acteurs du mouvement. Le Parti pour la Décroissance (PPLD) est né en avril 2006 et le mot « décroissance » n'avait été porté auparavant que par deux candidats (Yves Scaviner et Bruno Clementin) aux élections cantonales de 200419(*). Même si la naissance date donc de cinq ans, il n'a pas eu d'activités en continu pendant toute cette période. En effet, des tensions qui existaient déjà avant la création du parti, notamment lors des « Etats Généraux de la décroissance équitable » (sur la personne la mieux à même de représenter les idées de la décroissance aux élections présidentielles de 2007), sont réapparues par la suite, ce qui a poussé les créateurs du parti à le quitter (on pense notamment à Vincent Cheynet). Le parti sera relancé en hiver 2008 par une poignée de personnes n'ayant pas connues les débuts du parti : « Donc, il (JG) relance quand même, il propose qu'on se réunisse. Donc, en octobre on se réunit dans un squat, complètement fou, dans un squat parisien, il caillait... On avait froid, on se demandait ce qu'on foutait là, on était 10 ! Des fous furieux ! »20(*). C'est donc avec l'ambition de repartir sur de nouvelles bases que ces « 10 » reprennent le parti. A cette époque, le PPLD est toujours la seule organisation politique militant pour la décroissance. Depuis, on le verra, de nouvelles entités sont apparues mais le PPLD existe toujours. Sa nouvelle existence n'a donc qu'un an et demi. Cette deuxième vie n'efface pas la première - et d'ailleurs, lors de l'Assemblée Générale à laquelle j'ai assisté, l'historique du parti a essayé d'être esquissé de la façon la plus objective possible... -, mais néanmoins, ce sont de nouveaux militants qui ont pris les rênes de l'organisation. Avec l'un d'entre eux j'ai fait un entretien, et ce sont certains de ces « 10 » que j'ai observé pendant l'AG du 31 janvier 2010. De par le fait de cette brève existence, de son processus de création tout juste entamée, il aurait été difficile de déconstruire cet objet en train de se faire. Il m'a paru plus judicieux, à ce stade de développement du mouvement, d'analyser plutôt la construction du mouvement de la décroissance, et donc de prendre en considération que mon objet était en mouvement. Il n'y a pas de développement d'une organisation humaine - qui plus est à visée politique - sans interaction avec son environnement et sans que celui-ci ne garde son emprise. Néanmoins, il m'est apparu que dans cette première phase de construction les acteurs étaient assez libres. L'élection européenne favorisa d'ailleurs la libre entreprise puisque les coûts à l'entrée sont beaucoup plus faibles, et permet à des groupes n'ayant pas de légitimité particulière dans le champ politique de s'engager dans l'élection. Je me suis plus focalisé sur la construction de l'identité et de l'organisation politique que sur précisément les contraintes que fait peser le domaine du politique à cette dernière, même si, et c'est in fine ce que l'on remarquera, l'analyse de l'une ne va pas sans l'analyse de l'autre dans la mesure où il n'y a pas d'élément émergé.

L'entrée de la thématique de la décroissance dans le champ politique étant relativement récente, peu d'études se sont intéressées à son existence propre. Ainsi, dans La France Rebelle21(*), deux pages sont consacrées aux thèmes et aux acteurs de la décroissance. Mais ces pages sont insérées dans une partie ayant trait au militantisme de l'anti-consommation. Le PPLD était, à l'époque, tout juste né et donc la décroissance comme entité politique ne pouvait encore être observée et analysée. Ces lignes consacrées à la décroissance sont d'autant plus limitées qu'elles ont été écrites par un chercheur partisan de la décroissance et convaincu du nécessaire passage au politique22(*). Même si la « neutralité axiologique » de Max Weber reste un idéal-type jamais réalisable dans la réalité (surtout dans le domaine des idées politiques), on peut quand même douter de l'objectivité de ses propos. Je me permets ainsi de souligner que - en ne doutant pas, encore une fois, de sa volonté de neutralité - son propos tendait - au regard de ses autres écrits -, à faire passer le « je » sous un « ils » déguisé. Quoi qu'il en soit, ces lignes se contentaient de décrire le début du militantisme de la décroissance sans les incorporer dans une problématique particulière. Néanmoins, cette idée que le thème de la décroissance rentrait dans la catégorie des luttes « consuméristes » ou contre la consommation, se retrouve dans un article traitant justement du militantisme des acteurs de l' « anti consommation »23(*). Le mouvement de la décroissance y est indiqué comme acteur participant - de façon la plus poussée - à la critique de la consommation24(*). Les auteurs se sont appliqués à émettre une définition de la théorie de la décroissance : « La théorie de la décroissance est un concept d'économie politique, repris par des associations militantes, qui défend l'idée que la croissance économique n'est pas compatible avec la durabilité de l'écosystème terrestre ; elle prône au contraire la réduction tangible des modes de production et de consommation »25(*) Ensuite, ils indiquent quelques mouvements qui s'en réclament et citent notamment le PPLD pour la France, le mouvement de la Simplicité Volontaire au Québec, le Downshifting Movement aux Etats-Unis et le Slow Movement en Grande Bretagne. Les deux auteurs interrogent le type de militantisme que contribue à créer la protestation anti-publicitaire. Ainsi, ils estiment que ce type de protestation concrète, se réalisant dans l'action et par l'action, participe au développement d'un militantisme qu'ils qualifient - à la suite de Michelle Micheletti26(*)- de militantisme collectif individualisé: cela exprime à la fois l'idée que « le mouvement anti-publicitaire, au sein de la contestation sociale, joue alors ce rôle très particulier de caisse de résonance permettant à certains militants (environnementalistes, féministes, altermondialistes) de trouver dans l'action anti-publicitaire un cadre concret pour exprimer une critique contre le marché »27(*). Mais aussi qu' « elle fournit un cadre collectif pour des engagements individuels »28(*). Le PPLD est né de l'initiative des créateurs de Casseurs de Pub, appartenant donc pleinement à cette mouvance de la protestation anti-publicitaire. Il est donc en quelque sorte logique qu'un des seuls travaux, à notre connaissance29(*), portant exclusivement sur la « nébuleuse décroissante »30(*) se soit inscrit dans la perspective d'appliquer cette notion d'action collective individualisée : la décroissance se vivant de façon individuelle, la participation au champ politique ne serait donc qu'un répertoire d'action en plus disponible pour les militants, qui l'exerceraient encore une fois de façon individuelle et autonome. L'auteur conclut ainsi : « on peut aussi interpréter leur investissement du champ politique comme une autre forme d'action collective individualisée : un engagement ponctuel, au même titre que d'autres, fait en tant qu'individu militant mais non au nom d'une organisation, réalisé soit seul en cas d'élection uninominale majoritaire soit au sein d'un groupe informel et éphémère en cas de scrutin de liste »31(*). Mais l'auteur n'avait effectué que deux entretiens avec des militants de Lyon et s'était contenté d'analyser le profile des militants des débuts du PPLD.

A la croisée des chemins entre les travaux étudiant « les récurrences et les réinventions de la politique autrement »32(*) et les limites d'une telle entreprise, et l'analyse des formes de militantisme, nous nous sommes demandé dans quelle mesure il est possible de construire un mouvement politique qui puisse intégrer et transcender cette protestation individuelle. L'hypothèse retenue ici est que, même disposant d'un capital idéologique incitant à l'action, cette construction se heurte à une défiance des militants vis-à-vis du champ politique. Pour tester celle-ci nous nous sommes appuyés sur des entretiens semi-directifs33(*), une observation « participante » (dans la mesure où j'ai vécu avec les militants pendant un week end, non pas parce que j'ai pris part aux votes) de l'Assemblée Générale du PPLD, et l'envoi d'un questionnaire à réponses plus ou moins ouvertes. Malheureusement, ce dernier outil se révélera peu utile dans la mesure où très peu d'exemplaires me sont revenus (un peu plus d'une dizaine sur une cinquantaine d'envois) à cause notamment de tensions au sein du « mouvement »34(*).

Deux parties essayeront d'expliquer l'idée que même disposant d'un capital idéologique original, les militants de la décroissance entendent avant tout faire de la politique autrement, c'est-à-dire créer une organisation qui « colle » à leur façon d'être - une protestation hétérogène - mais que celle-ci se heurte aux limites imposées par le champ politique qui tend à autonomiser ses participants. Pour expliciter ceci nous verrons dans une première partie que l'entrée en politique apparaît comme la transformation d'un capital idéologique en identité visible et revendiquée ; cette idéologie allant de pair avec un rapport au politique particulier où cette dernière n'est qu'une modalité en plus dans le répertoire d'action des militants. Dans la seconde partie, nous analyserons la construction d'une organisation politique qui réponde à cette identité et nous esquisserons les limites de cette entreprise qui, si elle entend amener les militants à s'engager dans le champ politique, risque plutôt de créer une répartition des tâches en laissant à une petite partie le soin de s'occuper du politique.

Partie 1 : La politique comme levier supplémentaire à une nécessaire révolution idéologique.

Une philosophie, si elle veut exister réellement doit pouvoir être incarnée par des individus. Un des moyens pour faire vivre une pensée est la politique, en ce que celle-ci peut être le lieu d'épanouissement et d'accomplissement de visions du monde. La pensée de la décroissance existe dans le domaine des idées et certains veulent l'appliquer dans le domaine matériel. C'est ce passage au politique que je voudrais examiner ici. Ce passage ne va pas sans une vision de ce qu'est cette politique. Ainsi, ce premier chapitre voudra montrer le processus de création de l'identité décroissante notamment via la politique, celle-ci apparaissant pourtant pour les militants seulement comme un moyen supplémentaire de faire avancer ses idées.

Section 1 : Une utopie agissante : un projet de société revendiqué dans le champ politique.

Dans cette première section nous verrons que la décroissance comme pensée structurée est une création récente. Les sources restant multiples, quelques intellectuels ont néanmoins voulu uniformiser une pensée se voulant alternative à ce qui est présenté aujourd'hui dans l'offre politique. C'est la visibilité, due au passage dans le champ politique qui ouvre la possibilité de créer une identité décroissante, existant jusque là sous des formes latentes de contestations individuelles ou collectives n'ayant pas de lien entre elles. La décroissance apparaît comme une revendication positive au sens où elle prône un changement de société, mais c'est également une revendication qui va à l'encontre d'autres courants, ceci afin d'entreprendre une stratégie de distinction propre à clarifier une identité naissante.

I) Du capital idéologique à la construction d'une communauté idéologique.

La pensée de la décroissance telle qu'elle est reprise par les militants politiques aujourd'hui s'enracine dans bon nombres d'ouvrages d'intellectuels dits alternatifs, qui se sont élevés contre l'emprise de la technique sur nos consciences, tel Jacques Ellul ou contre la société de consommation. La « décroissance » comme pensée revendiquée s'est vue théorisée depuis la fin du 20ème siècle par des auteurs qui s'inspirent de ces penseurs. Pensée théorisée, la décroissance se matérialise par des notions, concepts ou plus simplement un vocabulaire spécifique que l'on retrouve chez beaucoup de militants qui s'en réclament et la revendiquent politiquement.

II) Des supports intellectuels de lutte : les penseurs de la décroissance.

Un courant de pensée est tributaire de pères fondateurs ou en tout cas de précurseurs. En ce qui concerne la pensée de la décroissance, la généalogie s'avère être une entreprise difficile en ce qu'elle incorpore des textes et des idéaux disparates, empruntant par exemple à la critique de la société de consommation, à celle de la technicisation de nos sociétés35(*). Néanmoins, le terme « décroissance » provient de la traduction du titre du livre de Nicholas Georgescu-Roegen intitulé en anglais : The Entropy Law and the Economic Process36(*). Ce livre a, en effet, été intitulé en français tout simplement La Décroissance37(*). L'auteur y construisait une nouvelle économie qu'il appelait « bioéconomie »38(*). Celle-ci a pour but de rappeler que l'économie ne doit pas être déconnectée du réel, c'est-à-dire des ressources planétaires. Pour lui, l'économie doit de nouveau prendre comme étalons les ressources planétaires disponibles. Ces dernières étant de moins en moins nombreuses, il prône « la décroissance comme une conséquence inévitable des limites imposées par les lois de la nature »39(*). De nouveau enracinée dans la réalité, l'économie peut envisager l'avenir non pas comme une « récession subie mais comme une décroissance choisie »40(*). Cette critique économique de l' « économicisme » (l'économie comme scientisme) est le socle savant d'une pensée qui se nourrie de nombreux autres penseurs (Jacques Ellul, Ivan Illich qui a mis au premier plan de sa pensée le thème de la convivialité contre « le mode de production industrielle »41(*)) Ces derniers, populaires notamment dans les années soixante-dix, ont été intégrés dans la tentative contemporaine de théorisation d'une pensée décroissante. Cette entreprise est le fruit notamment de la revue Entropia qui, depuis l'automne 2006 a publié huit numéros. Elle se définit comme une « revue théorique et politique de la décroissance » qui « s'inscrit dans la longue tradition de la revue d'idées et d'engagement, lieu d'expression privilégié d'une pensée collective naissante et qui s'élabore au fil du temps. Une pensée sur la crête des interrogations fondamentales de notre époque, pour l'amplification de la prise de conscience d'une situation de la condition humaine sans précédent, pour l'enrichissement de l'imaginaire théorique, poétique et politique de l'après-développement »42(*). Dans cette revue, on retrouve les auteurs qui ont le plus publiés sur le thème de la décroissance : outre Paul Ariès que l'on a déjà cité, on peut évoquer les noms de Serge Latouche, Yves Cochet, Fabrice Flipo43(*). S'ajoutent à ces derniers de nombreuses autres signatures, scientifiques, politiques, militantes. Les sujets abordés par les contributeurs à la revue sont nombreux, néanmoins, on peut noter que le premier numéro fut consacré à Décroissance et Politique44(*) et accueillait en son sein un article en forme de manifeste, écrit par Latouche qui s'intitulait : « La décroissance : un projet politique ». Les fondateurs de la revue ont été dès l'origine convaincue par la nécessité de porter le thème de la décroissance sur le terrain politique. Ainsi, dans le préambule du premier numéro on peut lire que la décroissance, « fondée sur une autre représentation du monde, son objectif relève néanmoins du politique, en tant que projet global d'inscription des hommes dans la vie »45(*). Il n'est pas étonnant alors de voir apparaître dans les noms figurant au sommaire de plusieurs numéros les deux principaux initiateurs du passage au politique : Vincent Cheynet et Bruno Clementin46(*). Ces deux articles montrent bien la volonté des premiers acteurs de la politisation du thème de la décroissance d'inscrire pleinement celui-ci dans le jeu du champ politique acceptant et les institutions et les références qui font sens dans ce dernier. Ils feront prendre à cette politisation la figure d'un parti, celui du PPLD. Ce dernier fut loin de faire l'unanimité à ses débuts malgré ce socle de valeurs communes. En effet, quelqu'un comme Serge Latouche dira publiquement son mécontentement de voir la décroissance prendre la forme d'un parti politique croyant que « l'institutionnaliser prématurément nous expose au risque de la politique politicienne, alors que les conditions ne sont pas mûres pour espérer une mise en oeuvre de notre programme »47(*). Malgré ces premières difficultés dans la façon d'entrevoir la perspective politique de la décroissance48(*), le PPLD naîtra et, on l'a vu, continue d'exister, reprenant les idées fondamentales de la décroissance.

III) Un vocabulaire alternatif partagé par les militants.

Le PPLD fut créé dans la ville de Lyon et les premiers membres vinrent essentiellement de cette ville ou de ses alentours. Mais le parti n'est pas seulement un groupe affinitaire qui serait le prolongement politique d'une revendication locale. Cette création s'inscrit dans le prolongement d'une réflexion philosophique et politique sur la décroissance, dont on peut marquer le commencement avec « Les Etats Généraux de la Décroissance Equitable » qui a eu lieu le 15 octobre 2005 à Lyon. Même si ce rassemblement eut lieu une nouvelle fois à Lyon, de nombreuses associations et collectifs y étaient présents comme les Ecolos Libertaires (représentés par Christian Sunt), les Alternatifs (représentés par Roland Mérieux), la revue Prosper (représentée par Jean Paul Lambert), ou le groupe Ecolo avec à sa tête Vincent Cheynet. Ces différents collectifs, créés et disséminés dans toute la France, montrent bien que la décroissance n'est pas la propriété d'un groupe mais avant tout une pensée qui se colporte via différents medium, notamment, comme on l'a vu, grâce aux livres et aux différentes revues. Ainsi, les personnes que j'ai interviewées sont venues « à la décroissance » notamment par la lecture :

« Comment tu es arrivé à la décroissance ? (...) « J'étais abonné à Télérama et j'ai trouvé un article de Pierre Rabhi, un petit billet comme ça, une brève, qui parlait d'agriculture, du retour à la terre. Je donne ça à mon beau frère qui est agriculteur productiviste et qui commence à dire « putain », ça lui plaît pas... Y a longtemps, c'était en 2002-2003. Il ne m'en parle pas... Un an après, je vois dans ses toilettes un bouquin : Objectif décroissance. C'était un recueil d'un article des mecs qui avaient un peu bossé sur la décroissance, genre Ariès déjà, Latouche encore, Clementin, Cheynet, toute la bande quoi, en gros tous ceux qui ont commencé après à travailler avec le journal. C'est un bouquin jaune, issu d'un colloque de 2003, que tu peux trouver maintenant sur Internet. Et là... Je sais pas mais, je sais pas ce qu'ont raconté les autres mais on est beaucoup à avoir été comme ça : la claque »49(*)

« L'idée de décroissance est venue comment ? (...) « C'est quelqu'un qui s'appelle P G, il habitait dans l'Ariège à l'époque, c'étaient des militants de longue date. Bon lui, il était résistant... Sa femme a participé à la création des Verts. Enfin bon, c'est les premiers écologistes. Ils m'ont filé des bouquins et parmi eux il y avait la décroissance de Georgescu Roegen, que j'ai gardé mais que j'ai lu il y a seulement 4-5 ans, ça faisait une dizaine d'années que je l'avais en stock... L'emprunte écologique était posée carrément, à l'époque c'était pas utilisé comme concept mais bon... »50(*)

Bien que beaucoup d'entre eux soient militants dans des collectifs alternatifs depuis longue date, c'est par la lecture de textes le plus souvent qu'ils ont pris contact avec le thème de la décroissance. Bien souvent, Internet permet de diffuser facilement et rapidement des références bibliographiques. Ainsi, SM sur le site qu'il a créé51(*) poste des articles sur des livres ici considérés comme « indispensables ». On y retrouve par exemple des livres de Serge Latouche, Vincent Cheynet, Paul Ariès ou encore Nicolas Ridoux. Il existe donc un partage du savoir théorique entre les militants, ceci étant favorisé par le profile de ces derniers, pour la plupart disposant d'un capital scolaire et culturel relativement important. Ainsi, et malgré l'échantillon limité sur lequel je m'appuie, il est remarquable que tous, à l'exception d'une seule personne52(*), possèdent un diplôme au moins égal à un Bac + 2. Les personnes interrogées possédaient toutes au moins un bac + 353(*). Grâce à cette circulation d'informations et les dispositions culturelles des militants, un vocabulaire « décroissant » s'est construit et se partage, révélant des concepts et des idées mais aussi des slogans provenant des textes faisant « références » en la matière (ne retrouve-t-on pas souvent dans la bouche des militants l'idée qu'il faudrait travailler moins pour s'instruire et lire davantage ?). Cette appropriation par les militants des outils intellectuels fait signe, en quelque sorte, vers une communauté décroissante forte d'un imaginaire et de concepts mobilisables. Pour montrer un exemple de ce « discours de la décroissance », on peut évoquer quelques discours ou conférences d'Yves Cochet54(*), député Vert à l'Assemblée Nationale et partisan d'un rapprochement des idées de son parti avec celles de la décroissance. Figure médiatique et charismatique du mouvement écologiste, Yves Cochet reprend le vocabulaire découlant de cette récente théorisation. Ainsi, le député parle d' « économicisme » renvoyant - à la suite de Georgescu-Roegen - la science économique à une idéologie voilant la réalité. Il faudrait, pour se libérer de cette emprise de l'économie, pouvoir « découpler le bonheur de la consommation ». Il s'agirait non plus de choisir entre économie libérale ou dirigiste mais de dépasser ce faux clivage dont les deux entités renvoient toutes les deux à une économie « productiviste ». Le bien être ne serait pas quantifiable par la consommation mais passe « par la relation avec les autres ». Ce qui le fait finir sa conférence en « citant ses amis décroissants pour qui moins de biens équivaut à plus de liens ». Ces quelques idées se retrouvent dans le vocabulaire des militants, ainsi que des citations d'auteurs comme Latouche ou Ariès, considérées comme représentant la pensée de la décroissance. On retrouve par exemple la « décolonisation de l'imaginaire » de Latouche, qui peut se traduire par un effort fait sur soi de se « dépolluer » de cette idéologie économiciste. On peut citer le mot « décroissance » qui, pour Paul Ariès, est un « mot-obus » destiné à briser l'idéologie dominante. Mais aussi les concepts d' « usage, le mésusage, le revenu inconditionnel, le revenu maximum etc. qui sont les traits forts vraiment de ce qu'on défend, notion de gratuité et compagnie, qu'on ne retrouve pas partout... »55(*). Ces différentes notions, on les retrouve facilement dans les discours de Paul Ariès qui, dans les médias, reprend mot pour mot des passages de ses livres espérant ainsi faire réagir le téléspectateur ou l'auditeur56(*). Mais cette pensée de la décroissance ne se cantonne pas à la construction d'un capital théorique propre mais s'inspire également de toute référence alternative qui entend déconstruire cette « idéologie économiciste » et montrer la « réalité » des choses. Ainsi, à côté des ouvrages théoriques, sur les sites Internet, on peut voir des commentaires sur des livres, des films militant contre la « mondialisation néolibérale ». Il en est ainsi par exemple sur le site du PPLD où - et notamment grâce au travail de SM responsable de la maintenance du site - des commentaires d'ouvrages récemment publiés sont postés à fréquence aléatoire.

Puisant dans un stock idéologique disparate mais en train de se théoriser, les militants de la décroissance se sont emparés de ses concepts pour en faire des références intellectuelles produisant une communauté de pensée. Celle-ci participe de façon positive à la création d'une identité particulière, tout comme le positionnement contre les autres courants de pensée, manifestant ainsi un désir de différenciation fort.

II) Une volonté de différenciation visible dans l'espace public.

Malgré les problèmes d'interprétation que pose ce mot d' « identité » en sciences sociales57(*), nous voudrions maintenir cette notion, mais en ne la considérant pas comme quelque chose de produit une fois pour toute, plutôt en la pensant comme « un travail permanent de maintenance et d'adaptation du moi à un environnement mobile »58(*). Ainsi, il ne s'agit pas d'en donner une définition une fois pour toute mais de constater ce travail de construction de ce « moi ». Celui-ci, concernant la décroissance, est le prolongement d'une oeuvre théorique originale mais se construit également par la différenciation. Cette création du « nous » se fait donc aussi par rapport à « eux ». Cette différenciation se réalise via Le Journal La Décroissance, vecteur originel de démarcation mais également via le passage en politique où l'unité se renforce dans la confrontation des idées.

A) Un vecteur de différenciation : Le journal La Décroissance.

Le journal La Décroissance est un « journal de combat »59(*) et le « journal de la joie de vivre »60(*). Il est né de l'initiative des créateurs de l'association Casseurs de Pub qui, « ayant ressenti le besoin d'élargir leur discours au-delà de cette seule critique »61(*) de la publicité décidèrent en 2004 de faire publier un journal portant en emblème le thème de la décroissance (premier numéro en mars 2004). Ainsi, ses créateurs ont pour noms Vincent Cheynet ou Bruno Clementin appartenant donc à cette critique anti-publicitaire. Mais les articles de ce journal ne s'en tiennent pas aux écrits de ces figures du combat contre la publicité et depuis son apparition, beaucoup d'intellectuels et de militants se reconnaissant dans le thème de la décroissance ont pu venir témoigner ou s'indigner dans ce journal.

Le journal se conçoit, en effet, comme le journal de la joie de vivre prônant la décroissance sous une forme ludique et humoristique. Chaque mois, reviennent les mêmes rubriques comme « La saloperie que nous n'achèterons pas ce mois-ci » dédiée à la déconstruction d'un désir en un objet qui leur apparait comme inutile. On peut citer en vrac quelques produits s'y étant retrouvés : le livre de gare, le chien, le micro, la bicyclette, la bombe nucléaire ou la brosse à dents électrique. On trouve aussi à chaque numéro la bande dessinée « Steph et le merveilleux monde des décroissants » avec le scénario de Domi et le dessin de Pierre Druilhe. Ces quelques planches, présentes sur deux pages en fin de journal, s'en prennent à la société de consommation et ses paradoxes mais également aux contradictions de ceux qui revendiquent la décroissance comme mode de vie. Ainsi, Steph est un jeune homme idéaliste espérant vivre un jour dans un « alter-monde »62(*) mais dédaignant aussi quitter son petit confort. Les auteurs font référence au travail sur soi que la décroissance exige de ses militants. Cela fait signe ainsi vers une recherche d'authenticité vers laquelle le journal essaye lui-même de s'acheminer. Le journal est tiré à environ 45000 exemplaires par mois dont 25000 sont vendus63(*). Il est distribué en France mais existent aussi des distributeurs en Belgique, en Suisse, au Canada et en Allemagne64(*). Pour éviter que La Poste n'emballe leurs journaux, les adhérents de Casseurs de Pub s'occupent eux-mêmes de l'étiquetage des journaux et ceci est réalisé grâce au bénévolat65(*). Cette volonté de lier « le discours à la pratique » est un thème fort prôné par le journal qui se retrouve dans leur stratégie de dévoilement de l'hypocrisie écologique qui se cacherait derrière le discours du développement durable.

En effet, le journal est aussi et surtout un vecteur de différenciation vis-à-vis bien sûr des courants qualifiés de « productiviste » comme les partis d'extrême gauche (Parti Communiste, Lutte Ouvrière notamment) mais également vis-à-vis des courants à sensibilité écologique. Ainsi, on peut percevoir le journal comme entreprise de dévoilement d'une société acquise depuis peu à la notion de « développement durable ». A l'instar de Paul Ariès, pour qui, on l'a déjà vu, il s'agit d'une nouvelle idéologie servant à promouvoir un modèle restant dans le paradigme « croissanciste » où il faut « polluer moins pour pouvoir polluer plus longtemps », beaucoup d'articles du journal sont là pour pointer du doigt l'hypocrisie d'une nouvelle façon de pensée « bien pensante ». Cette nouvelle idéologie est véhiculée - à en croire les pages du journal - par les « écotartufes » dont nous avons déjà rapporté la définition. Parmi ces derniers, militant pour une « croissance verte » - toujours selon le journal - on retrouve des personnages médiatiques66(*) tels Nicolas Hulot, Yann Arthus Bertrand, Corinne Lepage ou encore Daniel Cohn Bendit67(*). Chaque fois, ainsi, une personnalité se fait « épingler » dans la rubrique « l'écotartufe » du mois. Au-delà des personnes, ce sont aussi les partis politiques qui sont soit tournés en ridicule soit critiqués de façon plus élaborée. Cela a été le cas par exemple pour Europe Ecologie au mois de mars 2010, qui a vu son évolution dénoncée par Vincent Cheynet comme un processus d'intégration à la politique institutionnelle et à la politique-spectacle68(*). Cette hypocrisie est dénoncée à toutes les échelles, également au niveau local. Ainsi, TB, que j'ai interviewé, est élu au conseil municipal de Saint Nazaire et commente chaque mois l'actualité de sa municipalité dans un billet intitulé « La chronique du conseil municipal ». Dans ses articles, il est ainsi le rapporteur de la vie politique au quotidien telle qu'elle se pratique. Cette politique - pratiquée par les partis de gauche et écologiste dans sa commune -, il essaye d'en soulever les contradictions, montrant ainsi l'hypocrisie des élus de gauche et écologiste et la place résiduelle laissée aux minorités dans un conseil municipal comme le sien. A l'opposé de cette « malhonnêteté », le journal entend défendre une conception sereine et sincère d'une écologie qui passe aussi et surtout par la frugalité. Ainsi, tous les mois, sont mis en avant des anonymes, servant d'exemples pour leur « simplicité volontaire ». Ce sont des gens témoignant de leur bien être dans la frugalité, revenant sur leurs parcours, leur prise de conscience - le plus souvent grâce à la pensée de la décroissance - de l' « absurdité » de leur mode de vie et leur adaptation à une vie quotidienne peut être moins confortable mais plus enrichissante humainement (dans la veine du slogan « moins de biens, plus de liens »).

Le journal La Décroissance a permis de faire apparaître le thème de la décroissance dans l'espace public. Il entend montrer que la pensée de la décroissance se différencie des autres courants. En visant principalement des acteurs politiques, le journal se place volontairement dans la position d'un potentiel adversaire politique69(*). Ce fut réellement le cas aux élections européennes de Juin 2009 où la décroissance pût montrer son originalité et donc sa différence avec les autres partis en présence.

IV) La politique comme lieu de visibilité du nous identitaire.

Bien que le PPLD fût, dès son origine, contesté, il n'en restait pas moins le seul instrument politique de la « décroissance ». Le parti se montra alors comme un porte-drapeau, pouvant seul toucher un maximum de personnes via les élections politiques. On l'a vu, de sa création à la fin 2008, il a en quelque sorte végété, existant officiellement mais ne fonctionnant pas en raison des différends existant quant aux stratégies à adopter. Sa participation aux législatives de 2007 se fera a minima, distribuant seulement des affiches à ceux qui s'engageaient au nom de la décroissance dans l'élection. SM dut par exemple autofinancer une bonne partie de sa campagne et déplora à l'époque qu'il n'y avait pas de programme commun entre les différents participants à l'élection70(*). Ce sera la même chose en 2008 pour les élections municipales et cantonales alors qu'au même moment le PPLD était en train d' « exploser »71(*). C'est à l'Assemblée Générale de 2008 qu'arriveront la poignée de nouveaux adhérents emmenés notamment par Vincent Lieyget et Rémi Cardinale. Entre temps, en août 2007, fut créé, à la suite de l' « Appel des objectrices et objecteurs de croissance pour d'autres mondes possibles » qui appelait à  « la fondation d'un mouvement politique qui permette à chacun-e de se reconnaître dans la même démarche collective »72(*), le « Mouvement des Objecteurs de croissance » (MOC). Ce mouvement « inexistant activement »73(*), et n'ayant pas d'existence juridique officielle, regroupait quelques amis proches mais disposait de l'expérience militante de ses fondateurs, d'un carnet d'adresses conséquent. Les militants de ces deux structures (PPLD et MOC) vont se regrouper pour former Europe Décroissance. L'idée de participer aux élections européennes vint des nouveaux arrivants au PPLD qui trouvèrent que l'élection était une bonne occasion à saisir afin de faire connaitre le thème de la décroissance : « On se demande : qu'est ce qu'il y a comme élection l'année prochaine ? Ba les européennes... « C'est chère, c'est compliqué ? » Donc y en qui se renseignent et on se rencontre qu'on peut faire un clip. Et, en faisant le clip, il faut faire 5 listes, et avec le clip, on aurait... Pfff Euh, si on arrive à faire 5 listes, on a le clip et si on a le clip on espérait faire un buzz médiatique ; Voilà, c'était ça l'idée ! »74(*). L'appel a été réalisé à Lyon après que Vincent Lieyget et Rémi Cardinale ont fait un « tour de France »75(*) pour remobiliser tous ceux qui avaient été déçu de la tournure qu'avait pris l'engagement politique. Ainsi, le treize février les militants décidèrent de créer une seule structure pour représenter la décroissance aux européennes. Ces éléments factuels méritaient d'être soulignés en guise de contexte. Pour continuer notre propos sur le processus de création de l'identité, l'élection politique, qui plus est à visibilité nationale, est le lieu qui offre la possibilité de faire une démonstration de soi. Au-delà de la solidarité affichée par les militants, l'élection a permis de continuer la construction de l'identité du mouvement en la dotant véritablement d'une dimension politique. Ce fût l'occasion pour les militants de la décroissance de se confronter directement aux autres partis et ainsi de montrer leur originalité. Certes, avec un nombre élevé de candidats et des circonscriptions électorales très grandes, les possibilités de rencontre étaient moindres. Néanmoins, les militants ont pris contact avec les radios et les TV locales ; les différentes interviews étaient le moyen de faire entendre sa voix mais aussi de se différencier des autres partis. Encore une fois, l'identité « décroissante » se manifestait à la fois contre mais aussi pour, c'est-à-dire revendiquant une façon d'être qui pouvait déjà se retrouver dans la pratique de la politique76(*). Ainsi, avec très peu de moyens, l'élection fut également l'occasion de lier une nouvelle fois la pratique aux idées77(*). Il était demandé par exemple aux électeurs d'imprimer par leurs propres moyens les bulletins de vote. Cette idée, qui peut être la conséquence du manque de moyens financiers, sera ensuite reprise comme gage d'authenticité78(*). Les militants agirent également chacun dans leur circonscription, veillant à ne pas « faire de déplacements je ne sais où... »79(*), essayant ainsi d'appliquer deux principes : l'autogestion et la relocalisation :

« Et puis c'est là qu'on a commencé à construire notre projet, notre façon de voir. Est-ce que ça va venir du haut les directives ou pas... Et on s'est rendu compte que... autogestion ! On a beaucoup parlé d'autogestion, on a découvert ça ! »80(*).

« Oui c'était la question de la relocalisation de la politique, pas de déplacement je sais pas où... « Donc là déjà y avait l'idée de mettre les actes en lien avec les idées... »  Ah ba oui oui de toute façon on n'avait pas les moyens... (rires) Chacun était grand... »81(*).

Ainsi, hormis les affiches et les tracts nationaux, chaque liste, dans les six circonscriptions, était libre de « régionaliser » ses tracts ou affiches comme elle le désirait. La plupart des dépenses étaient mises sur le compte du parti, néanmoins, toutes ne furent pas comptabilisées comme telles82(*).

Les militants d'Europe Décroissance, plus que faire seulement de nécessité vertu, contribuent - malgré le peu d'interaction entre eux83(*) à construire cette identité et à se reconnaitre comme militants de la décroissance : « je crois que ça (l'élection) a fait prendre conscience qu'on existait, qu'il y avait un réseau qui se connectait et c'était ça... »84(*).

Ce processus continu aujourd'hui et les militants défendent clairement cette identité dans l'espace public. Il en a été ainsi, en guise d'exemple, quand un signataire d'Europe Décroissance et d'Europe Ecologie envoya une lettre au Président de la République pour protester contre l'utilisation « erronée » du mot « décroissance » dans un discours de ce dernier devant les membres de la majorité présidentielle85(*).

L'entrée en politique ne fut pas seulement l'occasion de faire entendre le thème de la décroissance dans le débat public mais permit aussi de construire une identité idéologique et politique propre aux militants de la décroissance. Existant dans le domaine théorique et porté par quelques intellectuels, le thème de la décroissance n'a pas été revendiqué lors de mouvements sociaux. C'est donc le politique qui a, en quelque sorte, permis l'existence de cette pensée comme revendication. Néanmoins, en voie de formalisation théorique, la décroissance n'en est pas moins également une pratique vécue au quotidien par des militants appartenant, eux, à l' « espace des mouvements sociaux »86(*). Pour cet auteur, cette notion permettrait de « constituer un instrument à même de rendre compte à la fois de la consistance et de la dynamique des relations qui unissent entre elles des mobilisations aux enjeux hétérogènes, et de leurs rapports avec le reste du monde social -- et spécialement (mais non exclusivement) avec l'univers politique partisan »87(*). Ainsi, pour ces militants - bien que disposant d'un capital idéologique propre qui pourrait les prédestiner à s'investir dans le champ politique - le rapport au politique s'avère distancié et apparaît seulement comme un levier supplémentaire pour la création d'une éventuelle société de « décroissance soutenable ».

Section 2 : La politique : une modalité du répertoire d'action militant.

On a donc vu que les militants politiques de la décroissance possédaient une identité propre construite par la théorie et rendue visible et réelle par la politique. Mais cet investissement dans le champ politique n'apparaît pourtant pas comme la panacée - c'est-à-dire qu'elle n'est pas pour les militants le remède miracle aux maux de la société. Elle constitue plutôt un moyen supplémentaire pour essayer de convaincre la population d'entrer dans la nouvelle ère, celle de la « décroissance sereine »88(*). Ce rapport à la politique peut être compris en replaçant la décroissance dans la mouvance de la contestation anti-consommation et plus généralement dans celle de la consommation engagée89(*), pour laquelle la cause globale doit se matérialiser dans des actes individuels concrets. Ainsi, comme les Verts à leurs débuts90(*), changer la société pour les militants de la décroissance n'est pas du seul fait de la politique.

I) La filiation de la décroissance à la mouvance de l'anti-consommation et de l'alter-consommation.

On a vu que la pensée de la décroissance avait été théorisée et invoquée dans le champ politique. Néanmoins, cette pensée s'ancre aussi et peut être surtout dans la pratique quotidienne des individus. Les militants s'intègrent alors dans les mouvances de l'anti et de l'alter-consommation. Celles-ci possèdent un répertoire d'action élargi mais se basent essentiellement - pour le moment - sur le registre de la recherche alternative individuelle. La cause globale s'inscrit alors dans la pratique locale et individuelle, ce qui a donné la notion de « militantisme collectif individualisé »91(*).

A) L'intégration de la décroissance dans un mouvement social plus vaste.

Les grands rassemblements altermondialistes (Seattle, Gênes par exemple) ont poussé les chercheurs à s'intéresser à cette mouvance disparate contestant la mondialisation néolibérale de ces vingt dernières années92(*). Ces recherches ont mis au jour l'existence de grandes « entreprises de contestation » comme ATTAC qui, avec de nombreux militants93(*), constituaient une force de frappe importante lors des grandes réunions internationales, en plus de disposer d'une expertise produisant un contre-discours et, ce faisant, permettant de légitimer leurs actions. Dans cette « nébuleuse aux contours flous »94(*), des recherches récentes ont isolé un objet spécifique : celui de la consommation engagée. La consommation apparait comme un « nouvel espace de contestation »95(*) où l'acte individuel peut faire office de protestation. Alors que l'expertise des grandes ONG permet de lutter au niveau global contre la globalisation, les formes que prend la consommation engagée se réalisent essentiellement au niveau local. Ainsi, que ce soit les luttes anti-publicitaires de l'anti-consommation ou les recherches d'alternatives au marché, toutes ces initiatives se réalisent à des échelles relativement restreintes, selon un principe de relocalisation de l'économie. Concernant les militants de la décroissance, ceux-ci sont investis essentiellement dans ces deux sous-catégories d'engagement que sont l'anti-consommation et l'alter-consommation. Ainsi, pour Sophie Bossy, les objecteurs de croissance « se situent dans un pôle de cet univers que nous avons appelé le consumérisme politique »96(*). Son travail s'est effectué auprès de militants de la décroissance qui se trouvaient tous proches de l'association Casseurs de Pub. Les actions de ces collectifs comme celui de Casseurs de Pub sont difficiles à saisir dans la mesure où « elles ne requièrent pas toujours la mobilisation de ressources collectives et se fondent plus volontiers sur les engagements individualisés que sont les comportements de consommateurs ou de militants multi-affiliés »97(*). En effet, les militants de l'anti consommation comme ceux pratiquant un système de consommation alternatif sont le plus souvent multipositionnés, appliquant ainsi la résistance sous de multiples formes. Ainsi, mes entretiens comme les quelques questionnaires qui me sont revenus viennent corroborer cette idée que les militants sont investis dans plusieurs associations et entendent agir « concrètement » sur le terrain. Anne, la première personne que j'ai interviewée, hormis son attachement à une vie en autogestion (produisant sa propre électricité, élevant ses animaux et n'allant dans des supermarchés que pour des occasions exceptionnelles), a milité dans nombre d'associations - dans nombre d'endroits en France du fait de sa forte mobilité. Elle a fait partie par exemple de l'association France Palestine, d'une association environnementale de Plouray (le NICOB) ou encore jusqu'en 1995, d'un collectif anti-chasse (le ROC). Le cas le plus exemplaire est peut être celui de Thierry, résident à Saint Nazaire. Il est à la fois conseiller municipal de sa commune depuis les dernières élections (2008), membre d'ATTAC depuis 1999, adhérent également au Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et, après avoir posé la question de la consommation au sein de l'antenne locale d'ATTAC, a participé à la création d'une coopérative au sein de sa commune :

« On a commencé à creuser la question ; en fait, moi je suis allé plusieurs fois à l'université d'été à Arles, deux ans de suite (2002-2003) et y a eu un exposé sur les conseils de développement, les coopératives... C'était plus concret, la première AMAP posée par les gens d'ATTAC. (...) En 2003, un libertaire avait lancé l'idée d'une coopérative d'achat sur Saint Nazaire. On y est allé, cette coopérative existe toujours et fait vivre. (...)Faut travailler sur la consommation qu'on s'est dit, alors on a constitué un groupe d'ATTAC, on était 8-10 sur la question de la consommation, distribution ; on a lu les travaux de Christian Jacquiau et on a constitué un livret : Comment sortir de l'emprise de la grande distribution ? Court-circuit, circuit-court avec une partie analyse de ce que c'est la grande distribution : pas chère mais à quel prix ? »98(*)

De même, Mathilde travaille à mi-temps sur Nantes, ce qui lui permet de s'investir dans plusieurs structures :

« Donc tu travailles à mi-temps ? Oui, ca permet une diversité... Mon métier me plaît, pour l'instant tel qu'il est mais il ne correspond pas non plus à mes engagements. Il ne défend pas ce qui est le plus important pour moi au niveau de... voilà, de mes valeurs on va dire. A côté, ça me permet d'abord d'avoir du temps pour moi et mes amis, de se voir, de bouquiner, de pouvoir essayer de traîner (rires) et puis d'avoir du temps pour les différentes asso, les différents collectifs où j'ai envie de m'engager donc euh... Donc ici, le groupe nantais pour la décroissance, c'est plutôt pour moi un lieu de rencontre, j'y passe pas tellement de temps mais après c'est tout ce qui tourne autour du bio, de l'alimentation, que ce soit le SEL nantais... Un de mes envies aussi c'est d'avoir au moins un jour par semaine ou tous les quinze jours pour aller jardiner dans les jardins collectifs... Donc, voilà, ça fait partie des petits plaisirs... Et puis d'autres asso ou je suis plus ou moins investi... Et puis après des projets ou des envies autour du comte, de la littérature orale... Beaucoup de choses sur la lutte contre le projet d'aéroport... »99(*)

Ces différents exemples montrent bien que les personnes ne se suffisent pas d'un seul investissement et préfèrent multiplier les engagements dans différentes structures, qu'elles soient des associations très organisées comme ATTAC (disposant d'antennes locales) ou des collectifs exclusivement locaux, répondant à la spécificité du territoire et de la population (celui combattant la construction d'un nouvel aéroport à Nantes par exemple). Les préoccupations de ces militants s'inscrivent bien dans la veine d'une consommation engagée où le « consommer autrement » est un point central dans leur recherche d'alternative à la société de consommation. Le militantisme à l'oeuvre dans ce type de structure a été appelé - on l'a évoqué - « action collective individualisée », pour montrer que la cause revendiquée (le changement de système économique par exemple) s'inscrit avant tout dans des alternatives concrètes.

V) Protester concrètement : l'action collective individualisée.

Selon Sophie Dubuisson-Quellier, cette notion d' « action collective individualisée » est « un des rares concepts permettant de rattacher la consommation engagée à l'analyse des mouvements sociaux »100(*). En effet, il permet d'analyser des actes qui a priori apparaissent comme esseulés et individuels comme faisant partie d'une protestation plus globale et ainsi réévaluer le répertoire d'actions pour que celui-ci puisse incorporer des formes de militantisme hétérogènes. Ainsi, par exemple la cause anticonsumériste peut être revendiquée de différentes manières, de façon individuelle comme le boycott et buycott (consommer « engagé », comme acheter des labels environnementaux ou biologiques101(*) ) ou collective comme l'investissement dans des réseaux tels les Associations pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne (AMAP) ou les Systèmes d'Echanges Locaux (SEL). Elle intègre la décroissance dans les « pratiques sociales élargies » de la forme individuelle de l'action contestataire. La décroissance, même amenée dans le champ politique et revendiquée par certains comme véritable projet politique, s'incarnerait néanmoins dans des pratiques individuelles. La décroissance se vivrait d'abord, se penserait ensuite. Le concept d' « action collective individualisée » nous aide à penser l'acte individuel comme une action incorporant une cause supérieure mais nous montre, à l'inverse, qu'une cause - aussi puissante soit-elle chez ses militants - se doit avant tout de s'incarner dans des actes concrets, comme ceux que l'on a cité plus haut : investissement dans des économies aux circuits courts (comme les AMAP) ou divers actions anti publicitaires. La décroissance s'incarne ainsi dans un large répertoire d'actions mais peine néanmoins à se faire reconnaitre comme telle. En effet, cette décroissance au quotidien n'est pas revendiquée comme telle et un mouvement social n'existe pas encore. Quelques expériences sont le fait des militants de la décroissance, on peut penser aux « marches pour la décroissance »102(*), d'autres, si elles ne sont pas signées directement par ces derniers, font venir bon nombre d'entre eux qui font connaitre leur existence et tentent de rendre de plus en plus visible le thème de la décroissance. Rendre actif par le politique ce militantisme latent - celui qui s'engage au concret - est une des principales préoccupations des théoriciens de la décroissance et de son passage en politique. Néanmoins, on peut faire l'hypothèse - concernant la suite de ce travail - que la politique n'apparait également que comme un engagement en plus pour les militants dans cette quête d'une vie alternative.

II) La politique comme « moyen supplémentaire » pour amener la nécessaire révolution culturelle.

La décroissance est un projet de société revendiqué dans le champ politique, on l'a vu. Mais pour ses militants, ce projet de société est à faire cheminer non seulement via le domaine politique. Il s'agit avant tout de se donner tous les moyens nécessaires afin d'atteindre une majorité culturelle. Prendre le pouvoir dans cette optique serait même pour certains prématurés. Ainsi, la politique comprise comme structure d'opportunité apparait comme un levier supplémentaire à l'action militante.

A) Une ambition : atteindre une majorité culturelle et non seulement prendre le pouvoir.

Ce multipositionnement des militants de la décroissance tout comme cette volonté d'agir dans le concret et le local se double en parallèle d'un discours présentant la décroissance non seulement comme un projet politique mais comme un véritable projet de société. Entendu par là qu'il s'agit de faire diffuser dans la société toute entière une pensée alternative afin de mener à une majorité culturelle. Yves Cochet, un des grands noms de ce qu'on peut appeler la « décroissance scientifique » au sens où il fournit des arguments scientifiques pour un changement de « paradigme »103(*) sociétal - en d'autres termes un nouveau mode de vie - , essaye de convaincre de la nécessité du changement en raison de l' « insoutenabilité » prochaine de notre façon de vivre. En effet, selon lui cette ère « thermo-industrielle » - qui a eu cours tout au long du vingtième siècle - ne peut plus être viable aujourd'hui comme système économique, en raison notamment de la finitude des ressources naturelles et plus exactement du pétrole qui est la base de notre « économie croissanciste ». Selon lui, c'est moins le pétrole qui est en voie d'extinction que le pétrole bon marché. En allant prioritairement chercher le pétrole le plus riche (« the best first »), il ne reste plus aujourd'hui que le pétrole peu enrichi, ce qui a pour conséquence des hausses de coût d'extraction et d'enrichissement qui sont contrebalancés par une hausse des prix « à la pompe ». C'est pourquoi, Yves Cochet conclu que l' « ère du pétrole bon marché est révolue». En conséquence, tout notre mode de vie - basé sur l'existence d'un pétrole peu chère - est à revoir. Les coûts financiers s'avèreront trop importants si l'on espère continuer comme nous fonctionnons depuis le début du vingtième siècle. Dans cette optique, il s'agit dès à présent de se préparer en inventant un nouveau mode de vie qui soit viable pour l'ensemble de l'humanité104(*). En somme, il s'agit de choisir la décroissance et non pas subir la récession. Choisir la décroissance équivaut pour lui à un changement de civilisation qui ne peut se faire - paradoxalement ? - sur la durée dans la mesure où elle nécessite, pour se réaliser pleinement, la contribution de chacun. La décroissance envisage donc de créer une majorité culturelle avant de penser à une quelconque prise de pouvoir. Un parallèle intéressant concernant cette idée de « majorité culturelle » avec les militants des Verts peut être réalisé. En effet, dans son livre-bilan de ses recherches sur le militantisme et le profil des Verts dans deux collectifs - anglais et français -, Florence Faucher observait également que « les écologistes ne voient de salut que dans un changement complet de civilisation. (...) Seuls une révolution culturelle et l'avènement d'une « société soutenable », frugale et en harmonie avec la nature, permettraient d'envisager l'inversion de ces inquiétantes évolutions »105(*). Au-delà d'une sémantique proche, c'est avant tout le projet de société qui apparaissait relever de la même ambition : diffuser dans la population une façon de penser mais également une façon d'être qui soit plus viable écologiquement et socialement. Cette utopie ne peut se réaliser, selon les militants que par un travail quotidien, qui passe - comme on l'a vu - par la multiplication des investissements locaux et concrets. En l'absence de cette prise de conscience collective, la prise du pouvoir s'avèrerait prématurée. Le champ politique apparaît moins comme le lieu d'accomplissement que comme un lieu de visibilité de la pensée de la décroissance. Ce thème de la décroissance apparaît donc comme un porte-drapeau en politique d'une façon d'être et de vivre. La politique ne sera alors pas envisagée comme le lieu principal d'investissement des militants mais comme un vecteur supplémentaire pour la diffusion dans le corps social de valeurs prônées par ces derniers.

A) La politique : un levier en plus de l'action militante.

Dans cette perspective de créer un changement dans les consciences des individus, les militants ne perçoivent la politique - entendue comme la participation aux élections - seulement en tant que modalité complémentaire de leur répertoire d'action106(*). Ainsi, on l'a vu, les engagements sont multiples et tous participent de cette volonté de diffuser des modèles de vie alternatifs. Encore une fois, le discours des militants d'Europe Décroissance rappelle celui tenu quelques années plus tôt par ceux des Verts pour qui « la création d'organisations partisanes constitue, (...) la poursuite par d'autres moyens, de l'action entreprise dans les mouvements associatifs »107(*). En effet, Mathilde et Thierry tiennent par exemple un discours semblable :

« En acceptant, tu as pensé que la politique était un meilleur moyen pour faire passer ses idées ? Pour moi, c'était complémentaire et puis de toute façon, ça, je pense que c'est partagé, personne ne dit que la politique électorale dans le cadre des institutions est primordiale par rapport au reste, au contraire ; là, à mon avis le truc vraiment partagé c'est d'abord les actions individuelles mais surtout collectives, locales, le montage d'expériences alternatives etc. »108(*).

« «La politique, c'est un moyen comme un autre ou... Ba disons, c'est un moyen... Faut pas faire que ça mais il faut le faire (rires). Parce que si on fait que ça, ça donne le parti de gauche, Alternatives peut être un peu moins, mais toute la gauche classique »109(*).

Quelques questionnaires récupérés vont aussi dans ce sens : ainsi Christophe estime que la politique est un moyen « complémentaire » et à la question « La participation du mouvement à la compétition politique est-elle nécessaire à la promotion et à la défense de l'idée de décroissance ? » il répond « à mon sens ce n'est pas le but premier ». Idem pour Charlotte qui, à la même question, répond que « le champ de la scène politique est un moyen comme un autre de diffuser des idées »110(*).

Mathilde rajoutera tout de suite après : « ... enfin tout ce qu'on peut mener sur le terrain mais en même temps ça ne suffira jamais s'il faut envisager un changement complet du système. On ne pourra jamais le faire entièrement, on peut monter des tas de choses superbes au niveau local, comme y a des tas de freins au-dessus... Voilà, ca ne peut être que complémentaire et alimenté parce que qu'il se fait localement à la base... Je pense que ça c'est quelque chose de très partagée »111(*).

Les deux investissements - dans le local et dans le champ politique - doivent se renforcer mutuellement et apporter chacun sa contribution à la diffusion du message alternatif. Ainsi, - et pour exprimer le pendant de ce qu'on a écrit dans la première section - la création d'Europe Décroissance a été envisagée essentiellement pour toucher le plus de monde possible et ce grâce à la visibilité que procure pour le message délivré, l'élection nationale. Il s'agissait avant tout pour les militants d' « amener la décroissance dans le débat public »112(*). Grâce aux entretiens réalisés, nous pouvons confirmer l'hypothèse de Sophie Bossy qui, dans son analyse, énonçait que les militants de la décroissance utilisaient le champ politique pour sa fonction tribunitienne: « On peut en effet parler dans leur cas d'une utilisation de l'élection pour sa « fonction tribunitienne » pour reprendre les termes de Georges Lavau. Il ne s'agit pas comme dans l'analyse du Parti communiste français de parler de représentation de la « plèbe » ouvrière mais d'envisager l'élection comme une instance de débat public dans lequel, en théorie au moins, tout citoyen peut participer, comme une tribune »113(*). Il est clair que la politique, pensée comme lieu de débat public, est une croyance profonde chez les militants. Ce débat public doit pouvoir faire apparaitre la force des arguments des militants de la décroissance. Ainsi, ils ont conscience de la nouveauté des idées défendues, ces dernières ayant vocation à gagner en visibilité dans l'espace public et auprès des autres forces de par leur originalité. Ainsi, Rocca lors de l'AG du PPLD fin janvier assurait que « Si aujourd'hui on entend parler réellement de la décroissance dans les médias, c'est parce qu'on a une position radicale, radicale socialement, radicale politiquement et écologiquement, alors que Europe Ecologie c'est du libérale, je veux dire, ça saute aux yeux ! L'économie verte... Les gens sont pas dûpes ! (...) c'est pas nous qui allons faire des alliances avec le NPA, c'est eux qui viendront faire des alliances avec nous et là ça deviendra intéressant, là il y aura une réelle évolution »114(*).

Néanmoins, pour les précurseurs du mouvement politique de la décroissance (Vincent Cheynet par exemple), la politique devait être l'espace particulier où pouvait s'exprimer la pensée de la décroissance. Quelques militants interrogés se placent également dans cette perspective : c'est le cas de Claudio pour qui la politique doit être le lieu « privilégié »115(*) de la diffusion des idées de la décroissance. Dans les militants que Sophie Bossy interrogent « peu sont membres actifs d'association, la plupart rapprochant plutôt leur engagement à un style de vie particulier, la simplicité volontaire, auquel s'ajoute la participation à des actions et campagnes ponctuelles ». Elle concluait son étude en disant que l'engagement politique serait « un engagement ponctuel, au même titre que d'autres, fait en tant qu'individu militant mais non au nom d'une organisation » 116(*). Ainsi le militantisme politique répondait parfaitement à la définition de l'action collective individualisée où l'agrégation des actes individuels forme ou en tout cas institue un collectif. Or, un parti politique fonctionne (PPLD) et une association à vocation politique (Association des Objecteurs de Croissance, AdOC) s'est créée. On s'interrogera dans la deuxième partie sur la mise en pratique politique et sur la difficulté d'impulser un « mouvement » via le politique qui apparaît comme un espace tendant à autonomiser ses participants.

Partie 2 : Exister en politique autrement : quelle organisation pour l'instauration d'un « mouvement politique » ?

Dans cette seconde partie nous verrons la mise en pratique dans la création d'une organisation du rapport particulier qu'entretiennent les militants avec le champ politique. Comment les militants entendent-ils se constituer dans le champ politique ? Dans quelle mesure est-il possible d'exister en politique tout en ne faisant pas explicitement de politique ? Nous verrons ainsi que les militants envisagent d'être en politique différemment et ce faisant, voulant réhabiliter la politique, afin d'instituer un « mouvement » politique et social de la décroissance. Néanmoins, on esquissera également les limites à ce projet qui se heurte à un champ politique qui tend - et ceci renforcé par la défiance des militants à son égard - à autonomiser ses participants, ceux-ci risquant de se couper du « mouvement » - même qu'ils voudraient instituer.

Section 1 : Envisager une autre manière de faire de la politique : seul moyen de créer un « mouvement politique ».

Dans cette section, nous montrerons la politique telle que les militants de la décroissance veulent la pratiquer à l'intérieur du champ politique. Celui-ci dispose de ses règles propres et de ses enjeux propres117(*) : ce sont ces règles et ces enjeux que les militants de la décroissance rejettent, voulant être en politique sans faire de politique (entendu ici au sens de « politique électoraliste ») Il s'agit en cela de réhabiliter la politique qui tend - selon eux - à être décriée, et ceci pour instituer un véritable « mouvement » politique, équivalant et représentant politique en quelque sorte d'un mouvement social se construisant en parallèle.

I) Etre dans le champ politique sans faire de politique.

En se présentant aux élections, notamment Européennes, les militants de la décroissance sont entrés du même coup dans un espace social qui - on vient de le voir - s'est construit avec ses propres règles et les imposent - ne serait-ce que par le droit public - aux nouveaux entrants. Dans l'introduction nous rappelions à quel point il était difficile d'imposer de nouvelles règles du jeu. Néanmoins, aujourd'hui, il n'est pas de nouveau participant qui n'entende pas changer ces règles, en raison notamment du discours ambiant de ses vingt dernières années pointant du doigt une forme aigüe de la crise de la représentation et légitimant ainsi des pratiques originales. Nous verrons ainsi que les militants de la décroissance entendent également revoir la politique telle qu'elle se pratique, manifestant une défiance particulière contre la volonté de pouvoir et voulant opposer à la hiérarchie « traditionnelle » des « entreprises politiques »118(*), une pratique plus souple au sein de l'organisation.

A) Contre l'organisation politique traditionnelle : de parti, n'en avoir que le nom.

De nombreux travaux ont montré les grandes transformations du militantisme à l'oeuvre au cours des dernières décennies. Tendanciellement se diffuserait dans la population un esprit porté à remettre en cause les médiations. Cela affecterait la politique, mais pas seulement, en témoigne la remise en cause du travail journalistique119(*). Néanmoins - et cette « crise de la représentation » est là pour nous en convaincre - le système politique de délégation tel que nous le connaissons serait particulièrement visé. Ainsi, sous un double processus - ceux de « l'élargissement important de la palette des modalités d'engagement politique des citoyens » et de l' « individuation et de la personnalisation »120(*) - se manifesterait de plus en plus une défiance vis-à-vis d'une politique dite « traditionnelle » représentée pas les partis politiques et plus précisément les partis politiques de masse (tel que l'incarnait le Parti Communiste). S'il faut raison garder et rappeler que c'est un processus tendanciel - la « remise de soi » aux institutions dont parlait Bourdieu est toujours et reste un principe essentiel tant que des disparités de capitaux sociaux et culturels persisteront121(*) - il est néanmoins remarquable de noter que le militantisme politique est travaillé aujourd'hui essentiellement par cette volonté de faire de la politique autrement. C'est-à-dire, entres autres, de créer une organisation politique qui puisse garantir une démocratie interne, ceci afin de respecter la volonté de chaque individu. Cette idée s'inscrit bien dans les deux processus cités plus haut : l'organisation entend respecter la multi appartenance des individus et donc entend respecter le choix propre de chaque individu. Au déclin d'un militantisme dit traditionnel se serait substitué un militantisme « post-it »122(*) ou « par projet »123(*). On peut considérer alors, avec Florence Faucher-King, qu'existe un « principe mimétique fort qui incite les organisations à adopter les « mythes institutionnels » des sociétés au sein desquelles elles se développent »124(*). Les militants de la décroissance s'inscrivent ainsi dans un paradigme organisationnel, fruit du processus que l'on a constaté plus haut. Cette organisation se doit d'être le plus possible démocratique et respecter les volontés de chacun. Dans le champ politique, ce sont les Verts qui ont mis, en premier et de façon la plus poussée, le souci de la démocratisation de l'organisation comme un grand principe politique, aussi important que le résultat aux élections.125(*) Malgré la vision respectueuse des institutions des précurseurs qu'étaient Vincent Cheynet et Bruno Clementin - due selon Sophie Bossy à leur faible multi positionnement et donc à leurs faibles réseaux (malgré la tribune du journal La Décroissance)126(*), les militants qui ont repris le PPLD à la fin de l'année 2008 et ceux que j'ai pu interroger ayant fait partie de l'aventure d'Europe Décroissance, ont une vision plus négative de la pratique organisationnelle des partis politiques et entendent - sur cette voie là - n'avoir de parti que le nom. En effet, conformément aux idéaux qui les animent, les militants entendent créer une organisation conviviale qui respecte l'avis de chacun, sans la moindre volonté de domination. Ceci, j'ai pu le constater lors de l'AG du PPLD à Lyon. La plongée ethnographique (si j'ose dire) permet ainsi d'apprécier la délibération en train de se faire et d'en percevoir ainsi la construction. Même si le nombre de participants était restreint (moins d'une vingtaine), la volonté affichée était l'écoute et le respect mutuel. Même si quelques voix se sont élevées par moment (du fait que quelques participants se connaissaient bien, et donc pensaient connaitre les travers de l'autre...), tout était fait pour que chacun soit mis en confiance (moi y compris !). Les « anciens » (ceux qui ont repris le parti fin 2008) ont eu le souci pédagogique de remettre en contexte la création du parti et ses aléas depuis le début pour les nouveaux arrivants (dont certains n'avaient jamais mis les pieds au sein d'un parti politique). La parole fut donnée à tour de rôle et chacun était prié d'écouter ses camarades, y compris celle des nouveaux arrivants pouvant apporter un regard neuf. Cette pratique - je le redis, facilitée du fait du petit nombre des participants, - était celle qu'il fallait à tout prix garder au sein de l'organisation du parti. Cette question du type de relations entre les membres est épineuse concernant la vie de l'Association des Objecteurs de croissance (AdOC). Créée en septembre 2009 à Beaugency, cette association - comme nous le verrons plus tard - entend rassembler ceux qui se reconnaissent dans le projet politique de la décroissance. Conformément aux précurseurs de l'entrée en politique, les militants ont l'intention d'agir en politique. Mais très vite des tensions sont apparues entre les militants du PPLD (ceux qui s'y investissent le plus) et quelques personnes du MOC, cette structure informelle regroupant elle-aussi des militants de la décroissance (s'appelant néanmoins « objecteurs de croissance » et non décroissants). Ces tensions révèlent essentiellement des problèmes concernant la méthode de travail, celle notamment de la prise de décision : « On n'a pas imposé des trucs, mais on nous a suggéré des trucs, on était tellement surpris que bon, allé on y va... Des réunions juste entre nous pour parler de fond, se sont transformées en réunion de constitution, d'assemblée et ça on l'a pas vu passer. » (Stephane pendant l'AG) Chez les militants du PPLD, cette prise de décision devrait relever d'une délibération collégiale, dans un esprit respectueux de l'avis de l'autre ; ceci se concevant comme une autre façon de faire de la politique, qui ne soit pas hiérarchique et « verticale », comme l'était la politique dite traditionnelle : « Est-ce qu'on retombe dans les vieux conflits ? Ca explose, ça fait fuir les gens. On était beaucoup après Beaugency à avoir des déceptions. Quand on parle de politique autrement, c'est pas une couche de peinture, ou un slogan, c'est qu'on a vraiment envie de faire les choses autrement. Et pas envie d'être confronté à des vieilles méthodes politiciennes. On ne sait pas quoi faire par rapport à ça » (Vincent pendant l'AG). En conséquence, l'amalgame était rapidement fait entre « politique traditionnelle » et « vieux militants ». Les plus motivés des nouveaux arrivants à l'hiver 2008 sont en effet tous relativement jeunes (entre 30 et 40) et vierges de tout combat politique. Ainsi, entre eux, ils s'appellent pour rigoler, mais aussi pour montrer leur différence (pureté) les « bisounours »127(*), ceux qui ne connaissent pas les rivalités politiques et la façon ordinaire de faire de la politique. Stéphane me dit ainsi : « Là, on est trop des purs, si y a une virgule qui va pas « non ! » C'est un peu ça, mais en même temps je comprends que ce soit un peu comme ça »128(*). Il s'est révélé ainsi que les mots jouaient un rôle de stigmatisation importante et étaient employés dans le but de décrédibiliser une attitude ou une action. La décision était alors jugée comme « pyramidale », ne laissant aucunement place à la délibération129(*). Cette « pratique politicienne » de quelques uns peut aussi se voir comme un effet pervers de la volonté de travailler de manière « horizontale ». Du fait de la distance géographique qui sépare les adhérents de l'AdOC, depuis septembre très peu de réunions ont eu lieu et les liens étaient difficiles à tenir malgré Internet : « Et très vite on s'est rendu compte qu'on n'arrivait pas à... Donc c'est bien de ne pas être pyramidale mais on n'arrivait pas à prendre des décisions. Quand on se voit tout le temps, physiquement, on arrive à prendre des décisions parce que y a un regard et le retour direct, par mail, le travail à distance... »130(*). Durant les premiers mois, beaucoup de travail fut réalisé concernant la plate-forme mais peu sur la stratégie politique à adopter concernant les élections à venir. Ainsi, les échéances du champ politique sont venues enrayées un processus de construction dont quelques acteurs l'imaginaient dégagés de tout investissement « politicien ». Rejetant les principes organisationnels traditionnels des partis politiques, les militants du PPLD entendent également rejeter - que ce soit individuellement ou collectivement - ce qui caractérise d'ordinaire un parti, la volonté de pouvoir.

B) Contre la politique politicienne : une suspicion à l'égard de la volonté de pouvoir.

« Faire de la politique autrement » pour les militants ne veut pas seulement dire essayer de s'organiser autrement, c'est aussi rejeter le principe même du champ politique, à savoir la conquête du pouvoir. Cette dernière, par les partis politiques n'a jamais été perçue d'un très bon oeil par les citoyens français - éduqués dans le culte de l'intérêt général -, qui ne voient depuis longtemps en eux que des sortes de factions131(*). Ainsi, ici il s'agit plus que de la simple mal-représentation, mais bien de la remise en cause de leur fonction même, celle consistant à obtenir le pouvoir donné par les institutions. Les militants de la décroissance, encore une fois, se placent parfaitement dans cette optique et marquent une véritable défiance vis à vis de la volonté de pouvoir, qu'elle soit personnelle - à l'intérieur de l'organisation, ce qui équivaudrait à un besoin de domination qui, au regard de ce que nous avons vu avant, est stigmatisé -, mais aussi et peut être surtout collective - c'est-à-dire essayer d'être élu et ainsi, jouer le jeu du champ politique et de ses institutions. Le moteur du fonctionnement du champ politique est la possibilité de prendre le pouvoir, or c'est ce principe même que les militants de la décroissance rejettent. Facilement corrupteur (« c'est pour ça que moi je démissionne de mon mandat parce que je pense, et je vois que ça fonctionne bien le système, c'est-à-dire que quand on met le doigt dedans, si on n'a pas une éthique personnelle et puis un travail en groupe qui met les garde fou hé bien on met le doigt dedans... »132(*)), le simple engagement dans le champ est problématique : « après ce qui est différent c'est sur la façon d'investir le champ politique, institutionnelle ou pas, dans le cadre actuel ou pas... »133(*). Mais l'engagement pour certains a eu lieu, et il s'agit bien d'agir différemment et d'utiliser les institutions d'une autre manière que celle pour laquelle elle est d'ordinaire pensée. Pour ces militants, il s'agit en effet, avant tout, de ne pas s'afficher comme « électoraliste ». Conformément à cette idée de faire du champ politique un « moyen supplémentaire », celui-ci doit être utilisé pour la cause et non pas être le lieu d'accomplissement et donc de la dégénérescence de celle-ci. Cet « accomplissement » craint est tout aussi personnel que collectif. Ainsi, hormis dans le discours des militants, j'ai pu observer durant l'AG, que le lieu du politique ne devait pas être l'endroit où chacun devait se réaliser personnellement. C'est à replacer dans le contexte de tensions qui était le leur pendant l'AG : en accord également avec cette volonté de transparence citée plus haut, plusieurs voix se sont élevées pour faire remarquer la volonté de pouvoir de quelques uns. Plus largement, pour ces militants le PPLD comme l'AdOC ne doivent pas se corrompre dans « la course à l'échalote », 134(*) la course au pouvoir et aux postes, qu'ils soient locaux ou nationaux. Cette suspicion à l'égard de la volonté de pouvoir, on a pu la voir à l'oeuvre dans les préparatifs des élections régionales. Le processus de création de l'AdOC prenait du temps aux militants et peu de gens se sont intéressés tôt aux élections qui allaient venir. Une poignée de militants ont ainsi pris les devants et ont signé un accord cadre avec le NPA. De là naîtront nombre de tensions à venir et l'épisode résume bien les doutes des militants mais également illustre bien le propos tenu dans ces deux dernières sous parties. Ainsi, pour certains membres du PPLD cette initiative représente le « mauvais état d'esprit » dans lequel il ne faut pas tomber. « Mauvais état d'esprit » qui témoigne des vieilles méthodes politiciennes, que ce soit dans la façon de faire ou dans le but à atteindre :

« Un beau matin, je tombe sur ma boite mail : meaning listes construites dans le cadre de l'adoc, dans lequelles on a mis nos contacts ; moi j'ai mis mes potes, qui y croient quand je leur dis ce qu'on fait dans l'adoc, et un beau matin, ils reçoivent un mail : les objecteurs de croissance partent avec le NPA ! Ca va à l'encontre de tout ce que je leur dit depuis des mois ! C'est une trahison ! Humainement on ne peut pas travailler dans ces conditions là ! C'est la méthode ! Et comment faire la politique autrement avec ce genre de méthodes... »

« C'est une erreur politique si on ne part pas avec le NPA » et c'est la politique à papa, quand je suis convaincu d'avoir raison, toutes les méthodes sont bonnes pour y arriver ! »135(*)

« ... ce texte là qui est sur le site, je l'ai quand même mis sur le site de l'AdOC, il s'appelle Sans illusion Sans attendre, il est bien, y a un super fond, il dit... En gros, il reprend le projet et puis à la fin, il cadre une éventuelle alliance, donc y avaient des conditions sur le second tour, appel à... Est-ce qu'on fait des accords pour le 2nd tour... Et là on comprenait pas pourquoi il disait ça ! Mais en fait, c'était un texte qui était signé avec le NPA, et on a pas aimé que le texte circule dans les boîtes mails sans savoir à quoi il servait. On est confronté à ça depuis qu'on est avec ces mecs là... »136(*).

Bien sûr, je n'entends pas prendre parti, et je tiens à montrer ceci pour donner un exemple des problèmes possibles que sont amenés des militants qui essayent de créer une politique autrement.

De l'autre côté - si je peux dire -, celui du MOC, bien sûr le son de cloche est différent et la démarche ne se veut pas « politicienne »137(*) : « Ba le fait que le MOC lance un appel commun avec le NPA, ça n'a pas été apprécié par les gens du PPLD qui ne sont pas sur cette stratégie là, qui veulent, eux, des listes 100% décroissance. Ce qui est bizarre, c'est qu'ils reprennent le « 100% à gauche de la LCR », c'est le côté un peu... Alors que le NPA est plutôt en train d'essayer de travailler collectivement, y en a qui essayent de refaire le purisme... »138(*).

Ces tensions permettent de percevoir les difficultés d'être en politique tout en se gardant d'y entrer pleinement. Les trajectoires des militants et leur défiance vis-à-vis du politique, comme nous l'avons vu, sont sources de conflit potentiel.

Malgré l'absence de concertations autour des élections des régionales lors de la création de l'AdOC et cet épisode brouillant un peu plus les gens entre eux et les idées, des militants se présenteront quand même aux élections régionales soit dans des listes uniquement « décroissantes »139(*) ou intégrées dans des listes se revendiquant de plusieurs sensibilités.140(*) Pour ceux qui partirent aux élections, le choix d'intégrer ou pas des listes était libre : « Oui, ba on a conclu hâtivement (à Beaugency), pas d'alliance nationale, expérimentation régionale ! »141(*). La décision appartenait aux militants qui, ainsi, jugeaient la situation à l'aune de critères idéologiques et les moyens humains disponibles. Ainsi, une liste uniquement « décroissante » en Ile-de-France a été obligée d'abandonner dans les derniers jours faute de candidats. Dans d'autres régions, quelques militants tentèrent de s'intégrer dans d'autres listes mais se retirèrent pour cause de différends idéologiques142(*). Ainsi, les militants purent expérimenter une relocalisation régionale de la politique, celle-ci apparaissant, au vu des péripéties relatées, comme subie - alors que bon nombre de militants, comme nous le verrons, entendent relocaliser la politique de façon volontaire. Les différentes initiatives régionales furent relayées principalement par le site Internet de l'AdOC même si quelques relations entre régions se nouèrent143(*).

« Faire de la politique autrement » revient comme un leitmotiv dans la bouche des militants. On a pu voir que sa définition - si tant est qu'il puisse en avoir une - n'était pas encore clairement définie. Et pour cause : c'est ce « flou artistique » qui peut faire office de caractéristique fondamentale dans la mesure où cette façon de faire est plutôt définie comme négativement, c'est-à-dire vis-à-vis d'une « politique traditionnelle et politicienne ». Néanmoins, essayer de créer une autre façon de faire de la politique doit pouvoir requalifier la politique - qui, bien sûr, n'est pas déqualifiée pour ces militants - afin de redonner le goût aux gens de s'investir en politique et ainsi instituer un « mouvement politique » mais aussi social de la décroissance.

II) Réhabiliter la politique pour créer un « mouvement politique » de la décroissance.

Vouloir changer la pratique du champ politique témoigne pour ces militants d'une croyance, malgré tout, dans la politique. S'y investir pour le changer c'est croire en sa capacité de changement et donc dans une possible meilleure politique. Comme on l'a vu, c'est la politique telle qu'elle se pratique par les acteurs présents dans le champ qui est rejetée. Si les militants de la décroissance prônent ce « faire autrement » c'est par défiance vis-à-vis de cette volonté de pouvoir mais c'est aussi parce que cette façon d'agir en politique sans faire de la politique est une condition nécessaire à l'instauration d'un « mouvement politique ». La décroissance pour ses militants est un projet de société qui se double d'un projet citoyen, dont l'enjeu est bien la constitution d'un mouvement politique et social.

A) Un projet de société se doublant d'un projet citoyen.

Même si les règles sont à revoir, jouer à un jeu nécessite tout d'abord de s'intéresser au jeu. Nous avons vu, dans la première partie, que les théoriciens de la décroissance avaient envisagé tout de suite le passage au politique et quelques uns d'entre eux imaginaient la théorie de la décroissance comme essentiellement politique (on peut penser à Paul Ariès). La politique dans les discours des intellectuels mais aussi des militants reste donc dans leur imaginaire un terrain où il est noble de s'engager. Néanmoins, on l'a vu, il ne s'agit pas de s'engager comme les autres, mais d'utiliser la visibilité que procure l'élection en particulier pour faire avancer les idées de la décroissance. Mais pour ceux ayant choisi de s'investir en politique comme les membres du PPLD, il est évident que ce projet de société doit être couplé à un projet citoyen, que cette façon de « faire autrement » doit impulser. Faire de la « politique autrement » c'est aussi essayer d'élargir le champ des possibles afin de créer des passerelles entre la politique et la « société civile ».

Les militants que j'ai pu rencontrer tiennent en effet la politique comme un espace noble de débat qu'il est nécessaire de réhabiliter. Ceci est favorisé par le fait qu'ils détiennent tous, comme on l'a dit, des capitaux sociaux et culturels relativement élevés et qu'ils ont grandi et vieilli en s'intéressant à la politique et en respectant ses institutions. Stéphane, même s'il n'a jamais fait partie d'un parti, est quelqu'un de politisé, ayant toujours voté et se disant « quand même » de gauche :

« J'ai un souvenir en 81, j'avais 11 ans, à l'école avec un copain, son père allait voter Mitterrand et le mien Giscard. On s'était engueulait... J'étais de gauche, très modéré donc quand j'étais jeune. De temps en temps je provoquais... Un peu PC » (...) Tu t'es déjà abstenu ? J'ai toujours voté moi. J'étais vraiment le petit... bien propre sur lui ! »144(*)

De même Thierry explique que s'intéresser à la politique est quelque chose de « naturel » :

« Vous êtes entré facilement dedans ? Ba moi, la politique ça m'a toujours intéressé, d'un point de vue familial, plutôt issu d'un milieu, on va dire droite, conservateur, toujours des débats politique assez virulents... C'est toujours un milieu qui m'a intéressé... »145(*).

Pour ces deux personnes, leur investissement politique apparaît comme un engagement en réaction vis-à-vis de leur milieu familial ou de vie : ... « Il y avait ce côté un peu disciplinaire. Je ne me reconnaissais pas dans les manifs un peu... Manifs de profs quoi. Elles sont budgétisées par le gouvernement. On fait notre petite manif et demain rien, on demande presque l'autorisation si on peut faire la manif. Une manif, une vraie, on ne demande pas l'autorisation ! »146(*)

Cette socialisation à la politique contribue à faire persister chez les militants un respect pour la politique, celle-ci étant entendue comme un engagement citoyen :

« De manière qu'il y ait un maximum de citoyens qui s'emparent des questions politiques. Parce que plus y aura des citoyens qui s'empareront de ces questions, moins ça prendra des dimensions à chaque fois de pouvoir et tout ça... »147(*)

C'était la première fois que tu côtoyais un milieu politique ? Ouais, enfin non c'est compliqué, ca dépend de ce qu'on entend par politique... Politique au sens action dans la Cité, action citoyenne, enfin citoyenne, action militante ou quoi, j'avais déjà les pieds dedans... »148(*).

« Faire de la politique autrement », comme nous le verrons, équivaut aussi à élargir les domaines de politisation, c'est-à-dire élargir le champ politique. Et ceci, comme pour les Verts, dans une logique de responsabilisation des citoyens qui « constitue une étape indispensable à la transformation du social »149(*).

Pour les militants politiques de la décroissance, la politique est à la fois le lieu de visibilité du thème de la décroissance et un lieu où l'engagement, s'il se réalise « autrement » - c'est-à-dire en n'étant pas électoraliste150(*), en rejetant la professionnalisation (corruptrice donc), et en élargissant l'espace des possibles du champ politique -, peut et doit aboutir à la création d'un véritable « mouvement politique » de la décroissance, qui s'inscrit aussi bien à l'échelle nationale qu'au niveau local, se manifestant ainsi comme un véritable mouvement social.

C) Un enjeu : créer un « mouvement politique ».

Bien que les militants ne voient dans le politique qu'un « moyen supplémentaire » pour faire avancer les idées de la décroissance, il est important néanmoins de rappeler que la théorie de la décroissance a été construite essentiellement pour la politique. Cet investissement citoyen que les militants entendent retrouver par une autre façon de faire de la politique a comme objectif de créer par la même occasion ce qu'ils appellent un « mouvement politique ». Celui-ci aurait comme caractéristique de ne pas s'en tenir à ce qu'ils peuvent appeler la « politique spectacle », la « politique électoraliste » : « L'objectif c'est ça, c'est de faire un mouvement politique, c'est de rappeler que la politique c'est pas que des élections... »151(*). Grâce à cette autre façon de faire de la politique se créerait un « mouvement » qui ne ferait pas seulement amener plus de gens à s'investir dans le champ politique mais élargirait également ce qu'on entend par « politique ». La politique, sous la forme d'une tentative de prise de pouvoir sanctionnée par un vote existe - et on a vu que les militants sont respectueux du débat politique et de l'acte de vote -, mais elle ne suffit pas et il s'agit de politiser toutes les actions collectives locales. Cette politisation servirait à créer un mouvement social à travers le politique. On a vu, grâce notamment à la notion d' « action collective individualisée », qu'il existe une action protestataire locale et individuelle qui, même si elle s'inscrit dans une cause à défendre plus globale (même si les projets alternatifs locaux s'accommodent aussi d'une « clientèle » plus ou moins « passive »152(*)), n'existe politiquement que sous une forme latente. La théorie de la décroissance, comme ses militants entendent - paradoxalement si l'on peut dire - représenter cette population qui désire avant tout s'investir dans le local. On peut écrire que les militants espèrent, en quelque sorte, instituer un mouvement social se réclamant du projet politique de la décroissance. Néanmoins, bien sûr, au vu de ce qu'on a analysé plus haut, il ne s'agit pas de « représenter pour représenter » comme le ferait, selon ces militants, un parti classique, profitant des règles du champ politique pour transformer des désirs (ou créer ?) en capital électoral. Ici, rappelons-le, les militants entendent diffuser un changement des consciences dans le corps social et ceci n'est réalisable qu'en liant tous les espaces sociaux. Plus précisément donc, la « mise en forme du social » - pour reprendre la fameuse expression de Claude Lefort - serait produite par le politique, qui serait lui-même élargi pour englober le social lui-même. Ce lien nécessaire entre ce qu'on a appelé « la société civile » et la politique (cette dichotomie, résultat de l'histoire du vingtième siècle153(*) renvoi ainsi à un champ politique restreint, finalement peu différent de la « politique électoraliste ») doit se réaliser à travers une association, l'Association des Objecteurs de Croissance (AdOC). Cette association, créée au mois de septembre 2009, entend, non pas fédérer (« Mais on est pas là pour fédérer les décroissants, parce que les décroissants veulent pas être fédérés, ils veulent être local, indépendant, pas entendre parler de partis. Donc il faut les deux à la fois »154(*)) mais créer du lien entre le social et le politique tout en favorisant la mobilisation politique.

Le fonctionnement de l'AdOC a été perturbé en raison des tensions que l'on a analysées plus haut. Néanmoins, il est intéressant de revenir sur l' « esprit » de l'AdOC et comprendre ce qu'elle entend réaliser plus concrètement. Il s'agira alors appuyer l'idée qu'elle entend être un instrument politique dont le but - bien loin d'être « électoraliste » - n'en demeure pas moins d'inciter les gens à s'engager politiquement. Nous esquisserons les premières limites à cette création d'un « mouvement politique », dont celle du risque d'une autonomisation des militants « s'occupant » de politique.

Section 2 : Ambitions d'une organisation « décroissante » et premières limites à l'instauration d'un « mouvement politique ».

Après avoir étudié l'ambition des militants de la décroissance d'élargir le champ des possibles du politique et de créer un « mouvement politique », nous examinerons les moyens mis en place par ces derniers pour y arriver. Comme nous l'avons évoqué, l'instrument de la « révolution des consciences » tend à se matérialiser dans une association (AdOC), à la frontière, comme se veulent les militants, de cette « société civile », lieu de la mise en pratique d'alternatives concrètes, et du politique, lieu de la « mise en forme » de ces initiatives. Il s'agira de regarder de plus près la manière dont les militants entendent faire fonctionner l'association, quels sont ces buts et les moyens d'y parvenir. Nous esquisserons dans un second temps les premières limites à la création d'un « mouvement politique » via cette association qui entend pourtant - en dépit de sa volonté de politiser le social - amener à s'investir d'avantage dans le champ politique. Nous verrons ainsi que la défiance du politique reste forte et cela risque de « sédentariser » des militants qui ne s'occuperont, eux, que du versant « politique ».

I) La création d'une organisation reflet : l'association aux multiples niveaux d'action.

La plateforme de la l'association est le socle commun des « objecteurs de croissance » et des « décroissants ». Elle a été rédigée essentiellement pas un militant155(*), mais n'en pas moins été pensée depuis quelques années déjà, en témoigne par exemple la contribution de Paul Ariès dans La France Rebelle qui estime que les militants de la décroissance doivent investir trois « niveaux »156(*) d'action. Dans le texte de la plateforme, les « pieds » ont remplacé les « niveaux » mais l'esprit reste le même : la construction d'un projet social et politique qui entend créer un réseau de militants se reconnaissant dans le projet politique de la décroissance. Nous examinerons ainsi ce projet qui entend créer une « maison commune » rassemblant mais aussi respectant la diversité des trajectoires et des attitudes, en cohérence avec l'idée que la décroissance est avant tout « un chemin ». Nous insisterons plus particulièrement ensuite sur le fait que l'association - via son troisième « pied » -, s'imaginerait être aussi l'instrument politique, témoignant ainsi de la réalité du « mouvement politique ».

A) L'esprit de l'AdOC : devenir la « maison commune ».

En 2008, « déjà se posait la question de la création d'une maison commune des Objecteurs de Croissance, et beaucoup pensaient déjà et même avaient commencé à mettre en oeuvre l'idée qu'il fallait ne pas construire un parti centralisé, mais une Confédération s'appuyant sur les Régions »157(*). Cette phrase illustre bien ce qu'entend être l'AdOC : à la fois le lieu où sera rendu visible la décroissance, et ainsi permettre à des gens de rejoindre l'association pour y travailler « en cohérence »158(*), en promouvant toutes les formes d'alternatives. Ce serait cela la « maison commune ». Mais ce serait aussi le lieu d'une nouvelle façon de faire de la politique, qui passerait par une « relocalisation de la politique » afin de « repolitiser la société et resocialiser la politique »159(*). Cette dernière dimension sera davantage étudiée dans le détail dans la prochaine sous-partie.

La plateforme de convergence de l'AdOC présente l'association comme un moyen de faire « converger » dans un même lieu toutes les initiatives individuelles et collectives, et ceci afin de rendre visible le projet de société de la décroissance. A l'instar, comme nous l'avons vu, de Paul Ariès qui proposait trois niveaux d'action, cette visibilité doit être créée via trois dimensions : « Celle de la présence non-électoraliste dans le champ politique classique : par les manifestations, les pétitions, les campagnes électorales, des élus, des soutiens critiques et ponctuels à des majorités, pour permettre des avancées et la pérennisation d'expérimentations sociales, écologiques et politiques » ; « Celle des expériences et des sorties immédiates du capitalisme : par les alternatives concrètes et les contre-pouvoirs » ; « Celle du projet : par les uto-pistes mises en cohérence »160(*). Ces trois dimensions seraient ainsi mises en cohérence au sein de l'association. Les adhérents de celle-ci mettraient en oeuvre des « alternatives concrètes » et des « uto-pistes collectives » pour sortir directement du capitalisme, sans attendre une prise de pouvoir révolutionnaire.

Les « alternatives concrètes » font référence à un mode de vie différent, qui ne serait pas conditionné par le consumérisme et le productivisme. Elles englobent la « simplicité volontaire » qui est mise en valeur, comme nous l'avons vu, par le journal La Décroissance, et des « expérimentations concrètes » amenant à essayer de « produire de la richesse autrement »161(*). La « simplicité volontaire », comme l'explique Paul Ariès, « n'est pas la reprise du discours sur les « petits gestes » qui sauvent la planète mais bien une tentative de sortie de la sphère de la consommation ». Cette façon de vivre « chichement » a son manifeste : Quand la misère chasse la pauvreté  de Majid Rahnema162(*). L'auteur - ancien diplomate et ministre iranien - remonte le cours de l'histoire pour nous rappeler les différentes visions de l'humanité sur la « qualité » de pauvre. Il explique ensuite comment l'économie moderne (« économiciste »163(*)) a changé l'adjectif pauvre en substantif et a uniformisé sa définition de l'extérieur, via des grandes institutions internationales, et ceci sans jamais demander aux populations concernées la définition qu'elles donneraient à leur état. Sortir de l' « économicisme » pour l'auteur implique d'abord de ne plus accepter ce qui est son moteur : la création de désir. Pour cela, il faut arriver à réhabiliter la notion de pauvreté volontaire qui est alors « le choix libre et éclairé d'un être humain de sa quête de bien-être conduit à vivre dans la plus grande simplicité, quel que soit le contexte extérieur. Ce choix radical traduit un désir de se libérer de toute forme de dépendance matérielle qui risquerait de nuire à cette quête. Qu'il relève de la foi religieuse ou de croyances profanes, il se fonde sur la conviction que les voies du plus-être ne sont pas celles du plus-avoir »164(*). Cet ouvrage - comme son auteur, vivant dorénavant en France et participant à des manifestations prônant la décroissance telle que les marches pour la décroissance -, est souvent cité parmi les références chez les militants. La « simplicité volontaire » entend donc inverser les valeurs dominantes, et rejeter « le culte de l'argent, de la technique, du paraître »165(*), pour réévaluer un mode de vie plus simple fait davantage de liens sociaux que de biens matériels. Mais comme le souligne Paul Ariès, cette « simplicité volontaire » - bien que nécessaire - est insuffisante parce qu'elle « ne remettrait pas en cause les structures de la société »166(*). Cette idée est présente au sein de l'AdOC puisque l'association entend non pas seulement mettre en commun ces expériences individuelles mais créer des expériences collectives. Il est besoin de mettre en cohérence et en lien des « expérimentations collectives » et ceci afin de trouver des alternatives concrètes et locales au capitalisme. Comme on l'a déjà vu, ces expérimentations prennent la forme de coopératives, de SEL ou d'Associations pour le AMAP etc. L'association des objecteurs de croissance intègrerait alors les causes de l'alter-consommation défendues localement par ces « entreprises » collectives d'un nouveau genre, non pas fondé en priorité sur le profit mais d'abord sur la réappropriation de sa consommation.

Les « uto-pistes » ou « uto-pistes concrètes »167(*) se distinguent difficilement des « expérimentations collectives », néanmoins, on peut attester d'une volonté de « monter en généralité ». Elles seraient des propositions de politique plus globales, dont la participation politique - comme nous le verrons -, permettrait de les rendre publiques.

L'AdOC apparait donc comme l'instrument permettant de mettre en lien et en cohérence des démarches locales qui, bien que s'inscrivant dans une cause semblable, ne s'inscrivaient dans la protestation que de manière latente. Cette mise en cohérence se veut donc par la même occasion construction d'un mouvement social marqué par son hétérogénéité, mais aussi par sa commune appartenance à l'anti-consumérisme et à la décroissance. Les militants de la « décroissance » font ainsi de celle-ci non pas un bloc idéologique répondant a priori à toutes les questions posées mais au contraire comme une pensée en mouvement intégrant et se construisant via l'expérimentation d'alternatives. D'ailleurs, l'AdOC se considère comme une boîte à outil de la décroissance en quelque sorte puisqu'en son sein, elle envisage la création de dispositifs permettant d'améliorer cette cohérence mais aussi de créer des nouveaux moyens de se détourner du capitalisme. Ainsi, dans les statuts de l'AdOC, il est inscrit que le collège de l'association comprend le bureau administratif, les porte-parole nationaux mais aussi des groupes de travail (« locaux et / ou régionaux »). La charte de fonctionnement interne en discussion à l'AG de Beaugency 2 (18-19 avril 2010), précise cela : « Les référents des groupes de travail doivent coordonner les réflexions et actions des personnes qui y participent et rendre compte de l'état d'avancements des travaux engagés. Ils cèdent ce rôle tous les deux ans par alternance pour assurer une continuité à un autre membre du même groupe de travail (GT) ». De nombreuses missions sont assignées à ces référents : celles de communiquer à l'intérieur et à l'extérieur de l'association (notamment via Internet, ce qui veut dire une mise à jour du site Internet), de préparer les élections et d' « analyser les expérimentations électorales autour de la décroissance », d'organiser des événements autour des thèmes de la décroissance (« rencontres, débats, projections, séminaires, conférences »), de travailler sur le fonctionnement interne de l'organisation (« travail de réflexion sur les statuts et la charte de fonctionnement interne, réflexions sur le fonctionnement des groupes locaux »), de réaliser des « projets » : « rédaction collective d'articles de fond, travail en commun sur le projet de Manifeste, animation d'ateliers de réflexion sur la gratuité, pour la mise en pratique de projets alternatifs localement, démontrant la faisabilité des idées portées par la Décroissance : villes lentes, AMAP, etc. »168(*). Si cette charte s'est construite après la première assemblée générale, son contenu n'est était pas moins dans les esprits en dépit du « manque de travail sur les statuts » durant cette réunion : « (...) en disant : on va faire la politique autrement ; on est dans une logique transitoire, logique participative et ouverte et on définissait des objectifs : organiser dans les 6 mois une nouvelle assemblée générale pour proposer des statuts et en parallèle construire une structure dans l'adoc avec un certain nombre d'ateliers, avec des groupes, des référents pour constituer des groupes locaux, par rapport aux relations extérieures (partis, autres mouvements), relations internationales et on est sorti avec un collège de 25 personnes, sur la base du volontariat avec 4 porte parole avec des référents avec des missions »169(*). L'association se veut ainsi un réservoir d'idées où chaque initiative devrait être encouragée et dont l'originalité serait sa force. En accord avec l'idée que « la Décroissance ne doit pas seulement être le but d'un tel projet mais aussi son chemin et sa méthode »170(*), l'association entend respecter la diversité des approches et même, comme on vient de le constater, inciter à la création d'initiatives. Il ne s'agit pas de tomber dans l' « unitude »171(*), mais bien respecter à la fois les identités personnelles et les différentes trajectoires, comme les multi appartenances. Ainsi, l'association - se distinguant dans l'esprit et non en droit d'un parti - se voudrait un lieu de rassemblement dans la diversité, et par là même accepterait par exemple des gens issus d'autres partis. La seule condition serait alors de s'inscrire dans la démarche de l'association : promouvoir la décroissance via différentes approches dont l'expérience politique. C'est ce second point, l'association comme instrument à la création du mouvement politique, que nous analyserons dans la partie suivante.

A) L'association comme instrument politique de la décroissance.

L'association est pensée comme le lieu où seront reliées les « expérimentations concrètes » mais aussi comme un instrument à la création d'un mouvement social et politique de la décroissance. On l'a vu, à l'intérieur des trois niveaux d'action que se propose d'investir l'association, est mentionné le champ politique. Celui-ci se devant être investi de manière « non-électoraliste ». La décroissance ayant été théorisée pour la politique et les militants de la décroissance étant dans des organisations politiques (en dépit de leur volonté d'originalité), l'association est imaginée toute entière comme un instrument de politisation. Conformément à la volonté des militants de créer un « mouvement politique », l'association entend politiser ce qui est d'ordinaire laissé au « social », ce qui n'appartient pas à la « politique électoraliste ». Ainsi, si la « politique électoraliste » reste bien un « moyen supplémentaire », toutes les actions sont amenées à être politisées et à se revendiquer d'un projet de société « décroissant » : « l'objectif c'est ça, c'est de faire un mouvement politique, c'est de rappeler que la politique c'est pas que des élections... »172(*). Néanmoins, l'investissement dans le champ politique « classique » est ce qui rassemble ceux qui ont participé à Europe Décroissance et ceux qui ont créé l'AdOC173(*) : (...)confirme sa volonté de rassembler autour de sa  plate-forme de convergence l'ensemble des Objecteurs de Croissance souhaitant intervenir sur le plan politique »174(*). Ainsi, bien que les militants soient - je le rappelle - dans l'espérance de « repolitiser la société », l'acceptation de la participation au « champ politique classique » sert de premier discriminant à l'engagement dans l'association. Même si les militants entendent être dans le champ politique en faisant de la « politique autrement », ils considèrent ce moyen comme nécessaire à la création d'une société « soutenable ». C'est dans cette perspective que les organes politiques que sont le PPLD ou le MOC (même si celui-ci n'a pas d'existence légale ; il a néanmoins été représenté dans les élections régionales : Christian Sunt s'est présenté sur les listes du Languedoc-Roussillon et on le présentait comme appartenant au MOC) étaient voués à se dissoudre à l'intérieur de l'AdOC. D'ailleurs, après la création de l'AdOC, des membres du PPLD envisageaient la prochaine AG du parti comme le moment de la dissolution. Bien que bénéficiant d'une mauvaise image, le champ politique reste un moyen efficace pour les militants de rendre visible le thème de la décroissance. La décroissance se voulant un projet de société pour ses militants, les échéances électorales se perçoivent comme des bons moyens d'exposer ses « uto-pistes ». Ainsi, les deux listes autonomes qui se sont construites pour les élections régionales ont utilisé le logo de l'AdOC et le site de cette dernière « hébergeait » la façade interactive des listes. La création de ces listes fut l'occasion pour les militants de construire ces « uto-pistes » dans une optique globale : la « relocalisation ». Conformément à l'idée de lier les niveaux d'action, ces propositions envisageaient des réformes locales basées sur des idéaux de vie plus généraux175(*). Les différentes tentatives de création de liste dans les régions témoignent bien de l'investissement qu'entendent fournir les militants de l'AdOC dans le champ politique dit « classique ». Cela se transcrit donc par la création de listes, la constitution d'un programme, et d'une démarche qui, si elle se veut originale par son contenu, n'en demeure pas moins respectueuse de la forme d'engagement conventionnelle que revêt l'élection. Ce respect, on l'a dit, transparaissait déjà dans les débuts de la « décroissance politique » où « le choix du terme parti (PPLD) s'est fait pour ancrer le mouvement dans la tradition de la démocratie représentative même si le PPLD se veut un contre-pouvoir »176(*). Les militants qui, aujourd'hui, font partie de l'AdOC sont des gens soient déjà politisés par des institutions politiques, peut être pas « traditionnelles », mais en tout cas participant activement au jeu politique institutionnel - comme Thierry, soit mués avant tout par la participation politique - comme Stéphane. Ainsi, voici le paradoxe devant lequel se trouve l'association : le socle commun des militants de l'AdOC est l'investissement dans le champ politique, et ceci afin de créer un « mouvement politique », or c'est bien ce champ politique dit « électoraliste » qui joue, dans bon nombre de cas, un rôle dés-incitateur à l'engagement. Elle intègre avant tout des militants prêts à investir le champ politique classique pour créer un « mouvement politique » qui se définit - en opposition - par l'élargissement de ce même champ. Ce paradoxe sous-tend d'emblée des limites au projet d'amener les militants à s'investir en politique - puisque c'est bien de ça qu'il s'agit aussi - pour créer ce « mouvement politique » de la décroissance. Ainsi, la prochaine partie analysera ces problèmes liés à ce paradoxe, qui pourraient venir contrarier cette volonté d'impulser une dynamique politique large.

II) La politique comme moyen supplémentaire : les difficultés à amener un « mouvement politique ».

Pour devenir adhérent de l'AdOC, il faut adhérer à la plateforme de convergence qui envisage de créer le projet politique de la décroissance via les trois pieds. Ainsi, intégrer l'AdOC, c'est intégrer l'idée d'une participation - non électoraliste certes - au champ politique, via notamment les élections. Or, dans cette partie, nous aimerions soulever le problème que fait peser cette participation au champ politique dans l'optique d'une création d'un mouvement qui entend justement élargir ce champ. En effet, nous verrons que ce « moyen supplémentaire » qu'est « le côté spectaculaire » n'incite pas - bien au contraire - à l'investissement dans un projet social et politique et cela tend à autonomiser les acteurs proprement politiques, ce qui rend le projet de « re-politisation de la société » problématique.

A) Les difficultés à maintenir un lien politique.

L'AdOC est pour les militants le lieu où doit se construire le projet de société de la décroissance en créant un réseau d'actions mais aussi un « mouvement politique » en cohérence avec l'idée que la décroissance s'est théorisée essentiellement pour le politique. Pour certains militants, l'association est toute entière une « organisation politique » : ainsi Michel Lepesant a écrit, à l'été 2009, une sorte de manifeste des objecteurs de croissance177(*) : les niveaux d'action sont appelés « pieds politiques » (« pied des expérimentations, pied spectaculaire, pied du projet »). L'association est donc un véritable projet politique aux deux sens du terme : un projet de société et un projet de réhabilitation de la politique au « sens noble »178(*). Le premier ne va pas sans l'autre - sans une réappropriation par le citoyen des moyens de créer son propre avenir. Cette réappropriation passe nécessairement par un élargissement du champ politique, entendu non plus seulement comme « la course à l'échalote ». Cette politisation du social - qu'entend être ce « mouvement politique » -, passe par différents canaux : la simplicité volontaire, les expérimentations collectives et la visibilité dans le champ politique. Pour pouvoir élargir ce champ politique, les militants entendent investir - d'une autre manière, certes -, ce champ tel qu'il est et ceci pour améliorer la visibilité de leur combat. Ainsi, adhérer à l'association équivaut à accepter tous les niveaux d'action et d'en politiser les effets, notamment lors des élections. Or, on peut d'ores et déjà émettre l'hypothèse que cet investissement dans le champ politique - compris donc comme condition à la publicisation et donc à l'émergence du mouvement - est un facteur dés-incitatif pour beaucoup de personnes, à la fois engagées de multiples façons et préférant l'action concrète (comme on l'a vu plus haut) et se méfiant du champ politique électoral. Les deux facteurs - la préférence pour l'action locale et concrète et la défiance du politique - se renforçant mutuellement. Pour commencer à tester cette hypothèse qui veut que les décroissants « ne veulent pas être fédérés, ils veulent être local, indépendant, pas entendre parler de politique et de partis »179(*), on peut s'appuyer sur le témoignage de Mathilde que l'on a croisé plus haut lorsqu'elle disait que la « politique spectacle » n'était qu'un moyen en plus pour se donner de la visibilité. En effet, pour elle, le thème de la décroissance doit pouvoir se montrer dans le champ politique. D'ailleurs, dans cette optique, elle a participé à l'expérience d'Europe Décroissance pour pouvoir « en parler aux gens »180(*). Néanmoins, on a vu qu'elle envisageait la politique comme une sphère plus large que le seul champ « électoraliste » (C'était la première fois que tu côtoyais un milieu politique ? Ouais, enfin non c'est compliqué, ca dépend de ce qu'on entend par politique... Politique au sens action dans la Cité, action citoyenne, enfin citoyenne, action militante ou quoi, j'avais déjà les pieds dedans...). Elle envisage donc déjà son militantisme local comme un engagement politique à part entière. De ce point de vue, elle n'envisage pas de continuer l'aventure « politique au sens restreint », et préfère d'abord se rendre utile dans les associations et collectifs locaux : « (...) parce que j'ai pas envie de mettre mon énergie dans ça, c'est vraiment un choix personnel même si je peux trouver que c'est bien qu'il y ait des listes décroissance, moi je vais préférer m'investir dans d'autres choses localement. Et je suis beaucoup dans un questionnement en ce moment sur « comment je me positionne par rapport à la politique institutionnelle etc. donc je suis pas prête à entrer dans cette démarche là »181(*). Ainsi, la politique reste pour elle un champ de contraintes qui impose des postures et des positionnements qu'elle refuse d'adopter. Le champ politique est perçu comme un champ de contraintes donc mais aussi comme un champ de tentations : (...) « De toute façon dès que les gens sont au pouvoir, quoi qu'ils aient promu avant, ca tourne pas forcément (rires), voilà il y a quand même une sorte de... ba d'ambition au niveau des gens qui sont au pouvoir... ». Bien que ces idées soient aussi présentes chez les militants politiques de la décroissance (du PPLD par exemple), elles ne sont pas un obstacle à leur engagement lors d'élections. Pour eux, la possibilité de visibilité qu'offre une élection passe avant leur défiance vis-à-vis du système qu'ils caractérisent d' « électoraliste ». Il n'en est pas de même pour Mathilde qui n'a pas renouvelé l'expérience lors des élections régionales malgré la sollicitation de militants ayant participé à Europe Décroissance : « On ta relancé ? Ba Thierry, ba si, en fait tous ceux qui étaient sur la liste d'Europe décroissance, je crois qu'il a envoyé des mails en proposant de commencer à préparer les régionales. Je sais qu'il y a des réunions, qu'il ya des choses. Mais moi j'ai dis clairement que je ne m'impliquais pas cette fois-ci, que je suis, voilà, comme ça, de loin »182(*). Appartenant au Collectif Nantais pour la Décroissance, elle fait le même constat pour ses amis : « Ils sont encore plus suspicieux ? Oui ou ils sont encore moins dans une démarche allant vers ça ou ils sont plus proches d'Europe Ecologie, du NPA... »183(*). Cet exemple montre à la fois le faible niveau de rétribution (la participation politique implique un fort investissement sans que cela n'apporte d'effets tangibles, contrairement à l'action locale) et la coupure vis-à-vis d'un champ politique qui apparaît être un lieu à part, là où il est tentant de s'enfoncer dans le jeu sans que celui-ci ne soit le lieu principal de transformation de la société. Un exemple ne démontre rien, néanmoins, il permet peut être de pointer du doigt le risque qu'encourt une association comme l'AdOC qui entend créer un « mouvement politique » en réhabilitant la politique. La première mission que se donne l'association s'est en effet de créer des « passerelles » entre les niveaux d'action et ceci notamment via l'action politique. Or, c'est cette action politique qui apparaît comme le premier obstacle à la création d'un mouvement plus vaste. Le risque est plus précisément de voir les militants de l'AdOC - ceux qui entendent apparaître dans le champ politique - se déconnecter de ceux-là mêmes qu'ils entendent relier, et ainsi représenter plutôt qu'instituer un réel mouvement.

B) Les effets du champ politique : le risque d'autonomisation des participants.

L'association que veulent construire les militants de la décroissance se positionnerait entre le politique et le social - « socialisant la politique et politisant le social -, brouillant ainsi cette frontière que la notion de « champ politique » tend à créer. Or, dans les esprits des militants, cette frontière persiste toujours et franchir le pas pour participer à la compétition politique - même sans que celle-ci soit estimée - semble, à première vue, une espérance difficilement applicable. Cette difficulté à maintenir un lien des acteurs locaux avec le champ politique est une limite à la création d'un « mouvement politique ». Cela aurait pour conséquence un détachement du travail politique vis-à-vis des autres espaces d'action. Au-delà du fait que cela pourrait se traduire par un travail local constant et une participation politique ponctuelle comme l'écrit Sophie Bossy : « un engagement ponctuel, au même titre que d'autres, fait en tant qu'individu militant »184(*), ce qui confirme son hypothèse que la décroissance appartient bien au « consumérisme politique » dans le sens que ses militants utilisent la politique comme un moyen en plus, intégrant ainsi la politique dans l' « action collective individualisée » qui serait le propre des militants de l'anti ou de l'alter-consommation. Mais elle ne prenait pas en compte la création de l'AdOC pour laquelle les militants doivent apparaître en politique en tant qu'association et non plus seulement en tant qu'individus isolés, et ceci afin d'amener un « mouvement politique ». L'AdOC, on l'a vu, entend créer une « maison commune » où chaque échelle de protestation serait reliée les unes des autres et où chacun participerait à la « tâche » politique. Or, c'est la répartition des tâches sans ciment politique qui guette l'association où l'action politique pourrait relever d'une spécialisation d'un petit nombre d'individus. Ainsi, l'exemple de Mathilde plaide en la faveur de cette spécialisation de la tâche politique. Comme pendant à cet exemple, Sophie Bossy montre par exemple que les deux personnes qu'elle a interrogées - comme les initiateurs du passage en politique -, ne sont que très peu investies dans d'autres champs d'activités : « si l'engagement décroissant est un engagement total dans le sens qu'il englobe de nombreuses sphères de la vie de ses adeptes, nous avons été surpris de constater qu'il ne se traduit que très peu par des implications de type associatif ou syndical »185(*). C'est ce que nous avons pu remarquer également durant l'AG du PPLD où les membres les plus actifs dans l'organisation s'investissaient uniquement ou presque dans l'action politique et avaient très peu de liens avec le monde associatif ou alternatif. C'est le cas de Stéphane par exemple qui, s'il est très actif dans la construction du projet politique (et adoptant un style de vie en cohérence avec la « simplicité volontaire ») n'a pas d'expérience dans le milieu militant associatif. Il en est de même pour Vincent dont nous avons cité les propos à plusieurs reprises : ingénieur de métier, il est sans doute la personne au sein du PPLD la plus motivée par le projet politique mais ne dispose pas, lui non plus, d'ancrage associatif local. Il apparaît ainsi que les créateurs de l'AdOC sont les personnes les plus motivées par le projet politique avant tout et ne représentent qu'une partie relativement mince de l'ensemble des militants. Beaucoup d'autres, comme Mathilde ou Thierry qui sont « multi positionnés » entendent préférer avant tout leur investissement local, qui leur apparaît tangible et durable. En lieu et place d'une institution d'un « mouvement politique » de la décroissance, il est à craindre que les militants de l'AdOC - « uni positionnés » et ne rechignant pas à la tâche politique - ne feront que représenter dans un champ politique distinct les personnes qu'ils entendent amener à la « politique autrement ».

Conclusion

La décroissance est un projet politique parce qu'il entend être un projet de société et un projet citoyen visant à réinvestir le champ politique. Le projet de société, visant à transformer radicalement notre mode de vie (allant de la façon de produire - sortir du « productivisme », à la façon de consommer - sortir du « consumérisme », et que l'on peut résumer par une sortie de l' « économicisme ») ne va pas, pour les théoriciens et les militants, sans un projet de refondation du politique. Cette refondation du politique ne peut passer que par une autre façon de faire de la politique qui ne soit pas cantonnée à la recherche du pouvoir par les seules urnes mais qui doit s'étendre à l'ensemble des actes de protestation, qu'ils soient individuels ou collectifs. C'est pour cela que les militants veulent construire une organisation transcendant les champs d'action pour « politiser le social et socialiser la politique ». L'AdOC serait donc le lieu où s'épanouiraient différents projets alternatifs, reliés entre eux via l'association et par la volonté de défendre une même cause. Si la décroissance n'est donc pas une vision du monde « clef en main », mais une pensée en mouvement, qui se caractérise par les alternatives concrètes, elle n'en demeure pas moins - du fait de sa « nature » politique -, une bannière qui doit transcender l'action protestataire et déboucher sur un « mouvement politique ». Pour ce faire, l'AdOC doit amener à s'investir dans trois niveaux d'action : la « simplicité volontaire » (un choix de vie individuel frugal), les « expérimentations collectives » (les recherches alternatives pour « relocaliser » l'économie et la politique) et la présence dans le champ politique « non électoraliste » pour gagner en visibilité. Bien que les militants à l'origine de l'AdOC peuvent avoir des divergences sur la manière d'être dans ce champ, il n'en demeure pas moins qu'ils sont d'accord sur l'idée qu'il est nécessaire de s'y investir. On peut émettre l'hypothèse que cette volonté n'est pas partagée par tous ceux qui, à leur niveau, pratiquent ce que l'on a appelé une « consommation engagée »186(*). Les effets du champ politique, que nous prétendions au début minimiser, sont pourtant tangibles : ce dernier apparaît comme un terrain circonscrit à la « politique électoraliste » des institutions représentatives et de ce fait n'inspire que de la défiance pour ceux qui estiment que leur investissement local est déjà un engagement politique en tant que tel. Ainsi, il n'est pas besoin de se compromettre dans ce jeu qui dispose déjà de ses propres joueurs. Les élections, étant l'acte de la délégation, il est possible d'être représenté par des partis déjà existants, comme le NPA par exemple. Les militants politiques de la décroissance - en s'affirmant dans et par le champ politique classique -, risquent de se désunir de ceux-là même qu'ils entendent relier et politiser (autrement).

Faut-il alors abandonner l'investissement dans le champ de la « politique spectacle » et se concentrer sur la création de réseaux qui, selon Yannick Rumpala, est déjà un projet politique en lui-même187(*) : « Si la visée se situe dans la recherche d'effets structurels, il peut donc être utile de s'intéresser aux démarches de constitution ou d'activation de réseaux. La forme réseau peut en effet permettre de rassembler des acteurs hétérogènes dans un même agencement pour poursuivre collectivement un but commun, en agissant de manière coordonnée grâce à des relations d'échange et de coopération. L'échelle générale du changement envisagé supposerait d'aller au-delà d'une série d'agencements épars et de chercher davantage des voies pouvant faciliter des phénomènes de coalescence »188(*). Il pourrait s'agir alors d'un processus de contournement du champ politique afin « que le développement de la longueur, de la convergence, de l'interconnexion de ces réseaux puisse aboutir à un résultat global porteur d'effets profonds »189(*). L'AdOC pourrait être le lieu de ce travail de longue haleine. Ainsi, on peut d'ores et déjà noter que la Décroissance n'est pas seulement présente en France et qu'il existe des passerelles entre les pays, avec la Belgique par exemple ou encore l'Italie où les idées de la décroissance se sont diffusées notamment « grâce aux réseaux personnels et universitaires de Serge Latouche »190(*) (dont on enseigne les écrits). Il y a même un réseau international qui s'est créé : le Réseau des objecteurs de croissance pour l'après développement (ROCADe)191(*).

Mais, néanmoins, ce serait oublier que la décroissance est aussi et peut être surtout une utopie politique, comme nous l'avons montré dans la première partie, qui incite à l'engagement politique. Avec Sophie Bossy, on peut dire que « le niveau collectif, et particulièrement politique, est indispensable à prendre en compte pour qui a cet objectif (de changer la société) »192(*). Contrairement à la tendance actuelle du militantisme distancié et « post-it » qui est « centré sur des objectifs immédiats »193(*) du mouvement altermondialiste, les militants de la décroissance sont mués par une idéologie pouvant servir de socle fondamental à toute revendication. Si le journal La Décroissance peut être taxé de « journal sans débat »194(*) c'est bien parce qu'il est un journal de combat et il ne peut l'être que porté par une pensée suffisamment forte pour rivaliser195(*). Ainsi, même si la défiance du politique peut ralentir la construction du mouvement, il n'en demeure pas moins que, sur le long terme, la théorie politique peut amener des gens à se re-politiser via un projet de société original. Ce serait oublier également que si le mot et les idées de la décroissance se retrouvent dans des débats publics et qu'un bon nombre de personnalités prennent position vis-à-vis de cette pensée, c'est notamment grâce à la visibilité que procure l'élection. Cette difficulté de « re-politiser », les militants politiques de la décroissance en sont bien conscients et savent que cette « maison commune » pourra prendre du temps. Mais, en cohérence avec leur idéal, ils le prennent avec intelligence et humour : « ça a pris 10 ans les Verts... Cochet il nous dit que ça prendra 10 ans à construire cette maison commune... Et là en deux ans on a bien avancé hein ! (rires) »196(*)

Avec un peu plus de recule, on pourra sans doute analyser la construction du mouvement via l'étude des trajectoires des militants et se poser la question de la force de l'idéologie dans la mobilisation d'une population acquise à la recherche concrète d'un autre présent.

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Sources primaires :

Documents transmis par les militants ou par mail, entres autres :

· Charte de fonctionnement de l'AdOC.

· Plateforme de convergence de l'AdOC (voir en annexes)

· Statuts présentés à l'AG des 17 et 18 avril 2010.

Principales sources électroniques :

· http://www.apres-developpement.org (site de ROCADe)

· http://www.partipourladecroissance.net (site du PPLD)

· http://actu.adoc-france.org/ (site de l'Association des Objecteurs de Croissance)

· http://decroissance.lehavre.free.fr/ (site du Collectif havrais pour la décroissance)

· http://www.les-oc.info/ (site du MOC)

Annexes 

Informations recueillies (entretiens, observation participante, questionnaire ; transcription d'un entretien) p71

« Vous vous trompez de décroissance M. Le Président », lettre au président de la République p86

Programme de la liste Ecologie Solidaire en Franche-Comté pour les élections régionales de mars 2010 p88

La plateforme de convergence de l'AdOC p90

Entretiens :

1) AJ : le 17 octobre 2009, à son domicile (2h d'entretien)

2) MG : le 21 décembre 2009, au local du collectif nantais pour la Décroissance (voir la retranscription ci-après) (1h d'entretien)

3) TB : le 13 janvier 2010, à son domicile (2h d'entretien)

4) SM : le 16 janvier 2010, à son domicile (2h d'entretien, plus conversations non enregistrées)

Observation participante :

AG du PPLD, le 31 janvier à Lyon (à la maison de l'Environnement ; environ 4h d'enregistrement, coupé par une pause déjeuner)

Questionnaire :

Une dizaine de questionnaire récupérés seulement. Voici les questions :

Nom et Prénom :

Sexe : M F

Année de naissance :

Situation familiale (en couple, divorcé...) :

Type de formation, d'études suivies :

Diplôme le plus élevé obtenu :

Professions exercées successivement (avec les dates si possibles) :

Avez-vous milité et militez-vous dans des associations ? Oui Non

Si oui, depuis combien de temps ?

Pouvez-vous décliner les noms des associations ?

Avez-vous déjà milité dans un parti politique ? Oui Non

Si oui, lequel ou lesquels ? Combien de temps ?

Continuez-vous toujours à le faire ? Oui Non

Si non, quel souvenir en avez-vous gardé ? Bon-Moyen-Mauvais ? Pourquoi (en quelques lignes) ?

Acceptez-vous de vous positionner sur une échelle Gauche-Droite ? Oui Non

Si oui, où ? Extrême droite - Droite modérée - Gauche modérée - Centre - Extrême Gauche - Mouvement libertaire - Autre (veuillez préciser)

Depuis quand vous intéressez-vous à l'idée de décroissance ?

Comment avez-vous eu connaissance de l'existence d'un mouvement ?

Quel est, aujourd'hui, votre opinion à propos de l'organisation des partis ? Bonne - A revoir - A supprimer  ?

La participation du mouvement à la compétition politique est-elle nécessaire à la promotion et à la défense de l'idée de décroissance ? Oui Non

Pour faire passer ses idées, la politique est un moyen : Privilégié - Complémentaire - Secondaire  ?

Pensez vous que l'avancée de la réflexion sur la décroissance doit être la condition du passage au politique ? Oui Non

Pensez-vous que c'est le moment d'entrer en politique ? Pourquoi ? Histoire du mouvement - Contexte (social, économique, environnemental, culturel ?) - Autres (précisez en quelques lignes)

Si oui, pensez-vous que le mouvement doit revêtir la forme partisane ? Et en quoi cela consiste-t-il ? (précisez en quelques lignes)

Est-il possible, selon vous, de revêtir une forme partisane qui soit en accord avec l'idée de décroissance ? Et en quoi cela consisterait-il ? (précisez en quelques lignes)

Est-il possible, selon vous, de se passer de la forme partisane ? Si oui, par quoi la remplacer ? (précisez en quelques lignes)

Pensez-vous que cela peut être viable ? Oui Non

Le mouvement, selon vous, peut-il être classé sur une échelle Gauche-Droite ? Oui Non

Si oui, où ?

Pensez-vous que l'autonomie de l'organisation est une chose importante ? Oui Non

A quel point ? La trouvez-vous : Nécessaire Négociable

Pensez-vous qu'une stratégie d'alliance peut être bénéfique à l'idée de décroissance ? Oui Non Si oui, avec quels types de partis ?

Retranscription d'un entretien (avec MG, tête de liste Europe Décroissance dans la région Ouest pour les Elections Européennes de juin 2009) :

Comment ça se passe ? Tu me fais relire après quand tu as retranscris ou y a moyen de voir ce que ça donnera... Je peux t'envoyer par mail... Ba je préfère, y a tellement de fois où les propos sont tournés dans d'autres sens, c'est pas du tout agréable quand on se trouve avec des propos qui sont pas les siens... Bien sûr, je pourrai te faire parvenir le mémoire... Oui, ça bien sûr, carrément.

On va commencer par une petite présentation de toi, rapidement : tu as quel âge, tu fais quoi dans la vie ? Donc, je m'appelle MG, j'ai 27, enfin je vais avoir 28 ans. Je fais beaucoup de choses dans la vie en dehors de mon boulot. Question activité professionnelle rémunérée, je travaille dans le secteur des musées et du patrimoine. Je travaille pour une commune. Je fais des expositions, que j'ai eu à concevoir et maintenant j'anime le musée. J'ai fait le choix de travailler à mi-temps, ça fait partie de mes engagements pour justement... Mon activité ne se résumé pas à mon métier mais c'est une partie qui me plaît et qui est importante.

Depuis quand tu bosses là-bas ? Depuis février 2008. Avant, je travaillais pour d'autres collectivités ou pour d'autres structures de musée.

Tu as fait tes études sur Nantes ? Euh, peu en fait, je viens de la région nantaise. J'ai fait une petite partie de mes études sur Nantes, le début en fait, après j'ai bougé à Paris. J'y ai fini mes études, je suis revenue par ici quand je cherchais du travail. J'ai eu mes premiers postes en Rhône-Alpes et puis, ensuite, quand je suis revenu ici, c'était pour mes postes ici.

Après tes études, tu as facilement trouvé ? Euh, je me suis d'abord laissé un peu de temps ; j'ai fait une saison dans les vergers pour gagner un peu d'argent et je suis partie deux mois en voyage, voilà sac au dos... Et ensuite, quand j'ai vraiment cherché... en 5-6 mois, sachant qu'en même temps je préparais un concours de la fonction publique territoriale. Donc c'était très bien tombé, je me suis pas vraiment ennuyée (rires)

Tu as donc fait des études... d'histoire ? Ouais, j'ai fait histoire, enfin, j'ai fait une prépa littéraire, puis histoire juste, entre guillemets, en licence-maîtrise. Là, j'ai travaillé seule pendant un an sur un mémoire. Mes études étaient à Paris mais je vivais à Nantes, donc je faisais vraiment que mon mémoire. Puis après j'ai fait, à l'époque ça s'appelait un DESS direction de projet culturel qui se trouve à Grenoble. Donc, non j'ai pas trop galéré pour un secteur comme ça, j'ai eu énormément de chances et mes postes se sont tout le temps enchaînés en fait. J'en ai quitté un pour en avoir un autre, à chaque fois.

Donc tu travailles à mi-temps ? Ouais Ca te permet de faire à côté des choses que t'aime vraiment ? Oui, ca permet une diversité... Mon métier me plaît, pour l'instant tel qu'il est mais il ne correspond pas non plus à mes engagements. Il ne défend pas ce qui est le plus important pour moi au niveau de... voilà, de mes valeurs on va dire. A côté ça me permet d'abord d'avoir du temps pour moi et mes amis, de se voir, de bouquiner, de pouvoir essayer de traîner (rires) et puis d'avoir du temps pour les différentes asso, les différents collectifs où j'ai envie de m'engager donc euh... Donc ici, le groupe nantais pour la décroissance, c'est plutôt pour moi un lieu de rencontre, j'y passe pas tellement de temps mais après c'est tout ce qui tourne autour du bio, de l'alimentation, que ce soit le SEL nantais... Un de mes envies aussi c'est d'avoir au moins un jour par semaine ou tous les quinze jours pour aller jardiner dans les jardins collectifs... Donc, voilà, ça fait partie des petits plaisirs... Et puis d'autres asso ou je suis plus ou moins investi... Et puis après des projets ou des envies autour du comte, de la littérature orale... Beaucoup de choses sur la lutte contre le projet d'aéroport...

Et la décroissance, tu as connu ça comment ? Euh, enfin la théorie, euh, le mot même, le contenu, d'abord de façon théorique par les lectures, journaux... Mais c'est des toutes petites approches, par exemple par Politis, mais y a pas grand-chose... Voilà, et ensuite c'est vraiment le groupe nantais qui m'a permis de mettre les pieds dedans et qui m'ont donné envie d'approfondir. Et ça c'était un hasard, dans le cadre d'une autre asso, quelqu'un qui m'a dit là y a un groupe... Et je suis venue une fois...

Tu sais quand est-ce qu'il est né le groupe nantais ? Hé ba je ne sais pas, on a dû noter sur la charte, je peux te donner le prospectus... En tout cas, moi je le connais depuis deux ans, c'était fin 2007, décembre 2007 la première réunion om j'étais venue, un peu voir ce que c'était... Ca m'a donné envie de creuser...

C'était la première fois que tu côtoyais un milieu politique ? Ouais, enfin non c'est compliqué, ca dépend de ce qu'on entend par politique... Politique au sens action dans la Cité, action citoyenne, enfin citoyenne, action militante ou quoi, j'avais déjà les pieds dedans...

Et dans un parti ? Le groupe nantais, c'est pas un parti justement donc, en arrivant au groupe nantais pour la décroissance, pour moi c'est juste, c'est le même type d'action politique que je faisais avant : s'informer, défendre des valeurs, des idées, euh, faire des actions... Enfin, ça correspondait déjà à ce que je faisais avant, mais que là c'était accès décroissance et que c'était nouveau. La décroissance, ca mettait en cohérence les différentes choses que moi je faisais auparavant. Et après la participation à Europe Décroissance, qui là, correspondait à une démarche dans le cadre d'une politique électorale, qui n'est donc pas la même chose que la politique au sens large on va dire... Ca c'était la première fois oui.

Et tu as dit oui tout de suite ? Euh (rires) en fait, c'est par le biais de Thierry Brulavoine en fait. Lui, je pense que c'était un des moteurs pour constituer la liste sur le grand ouest donc il me l'a proposé parce qu'on s'était rencontré... La première fois qu'on s'était vu, c'était à une rencontre d'objecteurs de croissance... Et donc voilà, on avait discuté, il savait qu'on était sur Nantes... Et puis comme il cherchait du monde pour constituer des listes... J'ai d'abord dit que j'allais réfléchir. Très partagée parce qu'il y a une question aussi de temps qu'on a envie de mettre, de s'engager...

Thierry Brulavoine était à temps plein disons dans la campagne ? Euh, ba lui, je crois qu'il est aussi à temps partiel mais, enfin, il a un côté professionnel aussi mais bon il est déjà engagé... Voilà, y a un choix, surtout le temps... Même en ayant du temps, à quoi on le consacre... Faut avoir envie de faire ça... J'étais partagée, parce que quelque part...Et je le suis toujours, c'est pour ça que je m'implique pas plus dans ce qui se passe au niveau des régionales. Je suis assez sceptique sur l'action politique, justement électorale, enfin dans une optique électorale... Je trouve ça super qu'il y ait des gens qui promeuvent les idées de la décroissance à travers un groupe parce que je pense que ça fait bouger les autres partis et les autres personnes dans leur tête et voilà, dans les réflexions qui sont apportées. Justement apporter tous les moyens du disensus pour faire avancer les choses donc je pense que ça peut être très fécond, après, ça demande beaucoup d'énergie, de temps, de réunions... Faut avoir envie d'investir son temps et son énergie et sa joie de vivre dans ce genre de chose.

Donc, c'est pour ça qu'au début, tu... Ba au début, je me demandais est ce que je me sens de faire ça et je me sentais pas représentative... Enfin, je connaissais pas la décroissance depuis très longtemps, je suis pas représentative de quoi que ce soit... Donc j'ai pas mal hésité... Et puis finalement, je me suis dit que, si j'acceptais, c' était pas pour espérer être élue ou avoir des élus parce que... En fait, j'étais binôme tête de liste avec Thierry donc... L'idée c'était pas du tout ça, et puis on se faisait pas du tout d'illusion... L'idée c' était d'abord d'avoir accès aux médias. Enfin, moi je le voyais comme ça. En constituant des listes, on avait accès à la campagne d'affichage, radios, télés, et que c'était l'occasion d'en parler aux gens... Comme c'est un sujet qui est très restreint, on est dans une bulle, enfin maintenant on en parle, depuis quelques années, de plus en plus... On peut pas forcément faire passer facilement des idées, je me suis dit, bon allé, ça peut être une façon de contribuer à diffuser ça à un public plus large.

Pourquoi, au début, la « politique électorale » te branchait pas plus que ça ? Euh, je pense que j'ai du mal à... Enfin, ça a bougé entre temps, depuis les élections d'Europe Décroissance, mais j'ai de plus en plus du mal à y mettre de l'espoir... De toute façon dès que les gens sont au pouvoir, quoi qu'ils aient promu avant, ca tourne pas forcément (rires), voilà il y a quand même une sorte de, ba d'ambition au niveau des gens qui sont au pouvoir... Et puis parce que le système institutionnel, mais ça ce que disent les listes décroissantes aussi, tel qu'il fonctionne, on en veut pas... On veut pas être élu et que ça fonctionne dans le cadre qui existe aujourd'hui. Il s'agit pas d'avoir une majorité et de prendre le pouvoir dans un cadre tel qu'il est aujourd'hui... Se présenter aux élections, c'est, à la fois ça permet de diffuser des idées, pour certains, d'avoir des voix pour peser, après on essaye pas de garder les institutions telles qu'elles sont aujourd'hui et juste d'obtenir le pouvoir...

Donc toi, ta participation, tu la vécu comme un moyen de faire passer des idées... Ouais... Est-ce que tu as senti que c'était la même chose pour les autres ? Euh, non, je pense que c'est assez différent d'autres oui, d'autres non. Je pense que les gens ont des approches, on le voit bien quand on suit les débats pour les régionales ou quoi... Je pense que les gens ont des approches différentes sur le rôle, sur le comment on peut s'impliquer ou pas dans les institutions actuelles pour faire évoluer les choses, est ce qu'il... Y a des gens qui vont être sur la position de : de toute façon le système tel qu'il fonctionne est complètement dévoyé donc c'est pas la peine de s'y impliquer et de se fourvoyer dedans, de rentrer dans ce compromis et d'autres qui vont dire que c'est une façon de faire avancer les choses... Les tendances sont très longues. Moi, oui, je le voyais comme un moyen de communication en plus.

Dans le groupe décroissance, y en a qui mettaient des freins pour passer à l'Europe décroissance ? Ba j'ai pas trop suivi, c'est pour ça que je suis pas forcément un interlocuteur très... Voilà, moi je suis un peu arrivée, sur la proposition de Thierry, comme ça parce qu'il fallait des noms sur la liste, parce qu'il fallait constituer des listes et que ça m'intéressait à ce moment là de pouvoir participer autant que possible à diffuser ces idées là donc éventuellement des entretiens, essayer d'écrire des choses ou lire des articles... Voilà, coller des affiches et compagnie, c' était plus comme à une petite pièce mais j'ai pas participé à tout le montage, les discussions... C'est vraiment Thierry qui pourra vous raconter des choses sur ça. J'ai pas trop suivi puis je pense que j'ai pas trop envie de mettre de l'énergie dans ça. Là je m'en rend compte pour les régionales, je trouve ça bien que des gens lancent des idées comme ça, mais j'ai plus envie de travailler dans la construction d'alternatives concrètes et d'investir mon temps dans la lutte contre le projet d'aéroport ou d'autres choses qui se font localement. Je me sens pas forcément de...

En acceptant tu as pensé que la politique était un meilleur moyen pour faire passer ses idées ? Pour moi, c' était complémentaire et puis de toute façon, ça, je pense que c'est partagé, personne ne dit que la politique électorale dans le cadre des institutions est primordiale par rapport au reste, au contraire ; là, à mon avis le truc vraiment partagé c'est d'abord les actions individuelles mais surtout collectives, locales, le montage d'expériences alternatives etc, enfin tout ce qu'on peut mener sur le terrain mais en même temps ça ne suffira jamais s'il faut envisager un changement complet du système. On ne pourra jamais le faire entièrement, on peut monter des tas de choses superbes au niveau local, comme y a des tas de freins au-dessus... Voilà, ca ne peut être que complémentaire et alimenté parce que qu'il se fait localement à la base... Je pense que ça c'est quelque chose de très partagée. Après ce qui est différent c'est sur la façon d'investir le champ politique, institutionnelle ou pas, dans le cadre actuel ou pas...

Donc, c'est complémentaire mais ce sera plus facile de diffuser les idées... Pas plus facile mais un autre moyen et à d'autres groupes et à d'autres populations quelque part parce que quand nous on agit localement on touche par bouche à oreille et par petits biais des cercles concentriques qui sont jamais très larges, alors que dans le cadre des élections, le fait d'avoir eu accès à la campagne d'affichage, aux spots télé ou radio, c'était l'occasion de toucher des gens qui ne s'intéressaient pas a-priori et qui ne seraient pas venu spontanément vers nous ; tu peux faire une conférence, participer à un forum, avoir un stand etc... Il faut de toute façon que les gens viennent, c'est pas du porte à porte.

Et donc vous avez réussi à atteindre les médias ? Comment ça s'est passé ? Je pense que c'est resté quand même mineur, je ne me rends pas bien compte parce que de toute façon j'ai pas la télé (rires) et je lis pas beaucoup la presse classique mais donc je ne me rends pas bien compte de l'impact... Je pense qu'il y a eu quand même un impact sur euh, alors avec la campagne d'affichage un petit peu, voilà, radio, on a eu quelques radios mais on sait pas si c'est très écoutées ou pas... J'ai eu quelques retours sur les spots télé et radio en fait qui avaient quand même frappés les gens sur le truc : s'arrêter, réfléchir et je pense que, voilà...

Sur quoi par exemple ? Sur l'escargot, j'ai eu quelques retours de gens qui étaient complètement extérieurs à ces thématiques là et qui m'ont dit que ça les avaient donné envie de chercher plus, de se poser des questions... Donc il y a eu quelque chose, on peut se le dire, même si...

Toi, tu as participé aux émissions de radio ? Moi, j'ai participé à, j'ai fait une émission de radio, ici, sur Nantes où j'étais interviewé et une autre où Thierry est venu et où on devait la faire tous les deux mais finalement il fallait qu'une seule personne qui parle donc j'étais juste là mais j'ai pas participé donc, tu vois, c'est pas énorme... C'est intéressant aussi pour soi, à titre perso, parce que ça oblige à repenser ses idées pour pouvoir les formuler et les défendre éventuellement, les avancer...

Comment vous avez financé la campagne ? Les affiches... Hé ba je sais pas où ça en est trop (rires) ! L'idée c' était de faire des frais minimum donc, à part les photocopies d'affiches, enfin moi j'ai fait des photocopies d'affiche, j'ai acheté une carte de photocopie, voilà et après on a annoté officiellement nos dépenses et on les a envoyé à la personne qui se chargeait des comptes. Je sais pas dut out où ça en est parce qu'on a fait un appel à dons... Moi j'ai pas eu de nouvelles, enfin c'est pas pour mes quatre photocopies que... (rires) Ca ne me mettra pas à la rue !

C'était pas un frein ? Vous vouliez toucher plus de monde mais le budget était très réduit... Non mais en même temps, c'était cohérent. Si y a que des gens qui ont de l'argent qui peuvent défendre leurs idées, c'est très restreint et puis y avait aussi cette idée de pas gaspiller c'est pour ça qu'on a pas fait imprimer de bulletins de vote et ça c'était cohérent et que, même si du coup, évidemment, les gens comme y en avait pas, ils pouvaient pas... Enfin, ça incite beaucoup moins... Faut vraiment une démarche pour choisir ça...

Vous avez été voir es gens pour leur dire justement qu'il fallait pas s'attendre à ce que le bulletin soit... Ba tu vas pas faire de porte à porte sur des milliers de personnes qui sont susceptibles de voter mais par exemple c'était écrit sur les affiches, sur le site Internet. Symboliquement, moi j'en ai imprimé quelques centaines pour que ce soit disperser... enfin qu'il y en ait un ou deux dans les bureaux de vote mais, voilà, c'était pas... Après l'idée, oui, c'était une démarche, les gens choisissent pas de voter pour Europe Décroissance par hasard, il fallait forcément qu'avant ils aient eu la démarche de s'informer, d'aller sur le site, de lire les tracts...

Sur le terrain t'as ressenti qu'il y avait des malentendus, tu disais tout à l'heure qu'on a tendance à déformer... Oui, mais pas plus là, à cette occasion là à la campagne parce que nos interlocuteurs, les journalistes ou quoi, s'étaient un minimum renseigné avant donc ils faisaient pas... Mais oui, c'est toujours les mêmes incompréhensions ou confusions ou volontaires dévoiements...

Comment était perçu le mot ? On voit justement que maintenant ça dérange et que ca commence vraiment à... Mais justement il fait peur, après le but pour nous c'est pas de vivre dans une société de décroissance, le but c'est pas de décroître (rires), c'est de pouvoir vivre de façon heureuse et que chacun puisse vivre de façon juste et équilibrée sur une planète qui serait pas complètement détruite comme on est en train de le faire actuellement. Enfin, le mot lui-même, c'est pas un dogme, je veux dire, c'est pas un tabou, les gens, pour moi, peuvent exprimer autrement la même chose en fait. L'intérêt du mot c'est qu'il est fort, qu'il choque, que, justement derrière, il y a des choses à expliquer et qu'il n'est pas récupérable comme le développement durable et compagnie, voilà.

Tu as débattu avec d'autres candidats ? Quand tu étais invitée sur les radios... Non, moi j'ai pas eu de confrontation. C'est vrai que moi, j'ai pas été très active pendant la campagne... Moi j'ai plus fait de la relecture, du collage d'affiches, discuter avec les gens... voilà...

Tu es resté sur Nantes pendant la campagne ? Ouais, ça faisait aussi parti de notre objectif, essayer d'être de différents coins de la grande région. L'idée c'était pas de prendre sa voiture... Moi, j'ai fait mon collage d'affiches à pied ou à vélo (rires) Moi j'ai tout fait les choses localement. On s'est retrouvé une fois à Saint Nazaire, avec l'ensemble de la liste, j'ai pris le train... Après, c'était à notre échelle, ça dépend de ce qu'on défend aussi.

Mettre la façon de faire en accord avec ce qu'on veut défendre, c'était pas difficile ? Ba c'est une histoire de cohérence, je pense que... Enfin, c'est important, parce que, justement, on défend aussi le fait que, ba le plus important c'est d'abord ce qu'on fait, ce qu'on pense et diffuser les choses localement, les expériences qu'on monte ici, enfin c'est notre vie quoi... Et après la façon de faire avancer au niveau de la politique, c'est ... n'émane que de ça... C'est autre chose, parce que tu penses à une échelle plus large, tu cherches dans des systèmes de prospective comment pourraient fonctionner les transports, le territoire... Mais voilà, c'est forcément en cohérence avec la façon dont tu penses les choses dans ta vie.

L'élection est basée aussi sur un modèle économique où il faut dépenser plus pour toucher plus... Ouais, c'est fort au niveau environnemental puisque c'est toujours plein de gaspillage, au niveau social aussi puisque, en effet, faut de l'argent, faut arriver à rentrer dans ce système institutionnel, faut être capable de manier ces outils aussi, les discussions aussi, la parole, la communication... C'est comme ça seulement qu'on peut se faire entendre et de toute façon ce qui marque c'est que l'événement... Les médias, ce qui les intéressent c'est s'il se passe quelque chose, si c'est juste de... ca passe pas et pourtant c'est la réalité.

Pour les médias, vous aviez un temps de parole... Généralement, enfin dans les radios qui nous ont interviewé, ils accordent un entretien à chacun des partis... Nous on a envoyé un communiqué de presse à tous les médias et après ils réagissent ou pas... Et après tout ce qui est spots télé, radio, c'est super réglementé, par le temps, par la façon dont ils passent, enfin la fréquence où ils passent, les horaires où ils passent... Tout ça c'est super encadré.

Tu as été sur quelles radios ? Quand on était avec Thierry, c'était Euradio Nantes et puis moi, c'était, alors je sais plus, c'était Prun, c'était pas alter Nantes...

Est-ce que vous avez mis en avant cette cohérence, cette politique autrement ? Oui, ca faisait vraiment partie, enfin, en lisant ne serait-ce que le tract ca faisait partie du contenu, enfin ca faisait partie de ce qu'on avançait, c'est-à-dire l'idée pas juste... Enfin, c'est pas juste apporter, de faire moins, comme si ou comme ça, c'était de faire différemment, de vivre complètement différemment mais d'organiser aussi les choses différemment et donc aussi la démocratie, notamment au niveau européen et au Parlement, ca fonctionne de façon pas du tout démocratique et aussi de façon forte cette idée de promouvoir un autre fonctionnement, en fait l'idée, c'est vraiment pas d'avoir un député au Parlement européen ! (rires) Tel qu'il est aujourd'hui, tout est tellement dévoyé que... Donc oui ca faisait partie des choses qui étaient défendues et annoncées comme tel.

Ce rejet du système économique, il est inhérent à votre démarche... Oui, et pas que le système économique, système de société dans son ensemble, c'est justement de plus avoir l'économie au centre de ce système là, d'avoir l'humain donc... C'est vraiment un trait distinctif par rapport à Europe Ecologie qui pouvait avoir des propositions, bon on avait pas forcément les mêmes propositions et les mêmes points de vue sur tout parce que, ba voilà, c'est pas les mêmes idées. Mais le souhait aussi c'est de ne pas fonctionner dans le système tel qu'il est aujourd'hui, c'est une façon de repenser les choses, de repenser ensemble le système pour qu'il soit plus démocratique. Démocratique au sens fort et après les idées ne sont pas nécessairement les mêmes parce que la décroissance va mettre au centre l'usage, le mésusage, le revenu inconditionnel, le revenu maximum etc qui sont les traits forts vraiment de ce qu'on défend, notion de gratuité et compagnie, qu'on retrouve pas partout... Et après, oui, l'idée, c'est pas juste... Enfin, on l'a dit plein de fois de changer le pansement mais penser le changement, de mettre en place quelque chose de différent.

Pendant la campagne, il y avait des enjeux, est-ce que t'as senti que vous étiez en rapport avec ces enjeux, par rapport avec ce que disaient les autres partis... Moi, pas beaucoup, j'ai pas... J'ai suivi un peu ce que disait Europe Ecologie parce qu'on nous interrogeait beaucoup sur les liens avec ce qu'ils proposaient, eux, qui pour moi devenait quelque chose de plus en plus entriste, axé sur les personnalités... Ca s'apparentait à, voilà, ceux qui jouaient le jeu on va dire et, à part eux j'ai peu suivi... Ce que je j'ai découvert par contre c'est qu'il y avait plein de tout petit partis aussi donc je n'avais jamais jamais entendu parlé... En entendant les spots à la radio, c'était absolument effarant, voilà, et c'est là qu'on se dit que, voilà, y a plein de gens qui ont envie de promouvoir... Après je suis pas forcément d'accord avec leurs idées. Mais on se dit : d'habitude, on est réduit à quelques grands partis qui se proposent parce qu'il y a un écrémage terrible, dès qu'il y a la possibilité de présenter des listes plus ouvertes, y a énormément de gens qui veulent voir d'autres choses et donc c'était assez intéressant de se rendre compte de ce fourmillement qui pouvait être derrière.

Je vais revenir un peu sur les médias, tu avais l'impression que c'était surtout par curiosité, de quelle façon ils se sont adressés à vous par exemple... Ceux qui se sont adressés à nous, oui, je pense qu'il y avait une grosse part de curiosité parce que c'était quelque chose de différent, de nouveau et puis ça y est, ça devient pas tendance mais les gens s'interrogent parce qu'on en entend parler quand même de plus en plus. La façon dont ils formulaient les questions, j'ai trouvé ça... En fait, c'est une question de personne, par exemple quand on a été à l'émission de radio avec Thierry, moi j'ai trouvé ça atroce, j'entendais du coup de l'extérieur. C'est-à-dire que le journaliste l'interrogeait sur un mode cadencé, rythmique, qui est tout à fait le truc... Journalistiquement communicationnel, il coupait tout le temps, ne laissé pas finir, poser des questions sans laisser le temps de souffler et du coup... Moi, j'ai trouvé qu'il n'avait aucun respect pour sa parole et qu'il n'essayait même pas d'entendre ce que l'autre disait, c'était pas un dialogue, c'était une espèce de match de boxe... Y a un temps limite... Oui, mais dans un temps limité tu peux, t'es pas obligé de tout dire mais tu peux au moins écouter ce que l'autre raconte. C'était une sorte de match de boxe parce que, voilà, à la radio il faut du punch, il faut que ça... Voilà, c'était vraiment, j'ai trouvé très désagréable sa démarche au journaliste. Par contre les gens qui étaient autour dans les studios, avec qui on a discuté avant, après, étaient très intéressés, enfin bon c'étaient beaucoup des étudiants, pas mal étrangers. A chaque fois, on rentrait en contact avec des gens en en parlant, d'autres fois en donnant des tracts... Y avait vraiment cette... Enfin, après c'est de personne à personne mais... Et moi quand j'ai été interviewé à Prun c'était vraiment... Au contraire, ils prenaient vraiment le temps d'écouter mes réponses, ils étaient curieux mais aussi j'avais l'impression de stimuler des choses, apporter une réflexion, de participer... J'ai trouvé que c'était un support intéressant à plusieurs reprises à partir des tracts ou des discussions dans la rue quand on tractait, voilà de pouvoir interroger des gens sur des choses...

Avec ce procédé journalistique, tu penses que le propos passait bien ? Qu'il n'était pas caricaturé ? Ba on sait pas comment c'est perçu par les gens de toute façon donc c'est pas évident. Je pense que ce qui est trompeur c'est de rentrer dans le jeu de faire du condensé, du rapide, de l'efficace finalement et du coup on se fait manger par la dynamique du système sans ... Ba oui ça demande du temps pour réfléchir, c'est comme ça, en même temps on résoudra pas les choses, c'est pas juste mettre un bulletin de vote dans l'urne, c'est pas non plus des solutions toutes faites qu'on propose. Quand on propose de repenser le système y a pas, c'est pas apporter une solution, c'est quelque chose qu'on doit redéfinir ensemble, ça demande que les gens s'impliquent, autrement ça n'a aucun intérêt. Du coup, même au niveau de la communication, c'est pas proposer... C'est des grandes lignes de choses qui sont définies ou proposées après c'est des pistes, tout reste à mettre en place derrière. On peut pas affirmer qu'on va régler les choses en deux trois minutes.

Et, tu as été surprise par le résultat ? Euh, non, parce que moi, j'étais pas dans... C'était l'occasion d'utiliser les médias, de pouvoir toucher au travers la télé, la radio des gens qu'on touchait absolument pas d'habitude. Et j'attendais vraiment pas, mais ça c'était mon idée à moi, je disais même aux gens, quelque part je peux même comprendre que vous défendiez la campagne d'Europe Décroissance en venant tracter, coller des affiches et que vous votiez Europe Ecologie parce que vous avez envie d'un vote utile entre guillemets même si moi c'est pas ce que je choisis de faire mais ça me semblait pas... Enfin, pour moi l'idée c'était pas d'avoir des élus mais d'en parler. Mais après il y avait des gens qui n'étaient pas du tout dans cette démarche là. C'est, je pense que sur ça on était assez variables...

Vous avez eu des débats entre vous justement pendant la campagne pour savoir comment il fallait procéder... Ba, oui, je pense qu'on en a parlé, après euh, c'est peut être mon positionnement à moi où peut être je remets beaucoup en question tout ce qui est institutionnelle, politique électorale, comment ça fonctionne au niveau des partis et j'ai l'impression que d'y investir de l'énergie ça me, ça me donne pas envie d'abord, et puis c'est beaucoup d'énergie pour ce qui en ressort et pour souvent ce qu'on peut mener, alors j'ai tendance à croire qu'on peut diffuser les idées d'une autre façon mais en même temps, peut être que ceux qui le font ça a un réel impact aussi et c'est chouette... Moi j'en ai discuté, c'était pas des discussions officielles, enfin on disait pas : bon là on va discuter. On a débattu sur les moments où on s'est rencontré...

C'était chacun, dans son coin, avec ses tracts ou... Ba après, c'était avec le site Internet, y avait les tracts qui étaient faits, qui étaient prêts, donc on pouvait imprimer etc.... Des propositions d'affiches mais on pouvait aussi faire nous-mêmes nos propres affiches, après voilà, oui, c'était à chacun d'organiser localement, on pouvait faire les choses en fonction de ses possibilités, son envie, des gens qui étaient autour de nous pour nous aider. Les pensées et les idées sont communes et là on avait des outils qui étaient prêts si on voulait les utiliser. On avait des outils communs, c'est vrai que, aussi, si chacun écrit son tract dans son coin, en terme de temps et de mutualisation aussi des énergies c'est pas terrible quoi (rires)

Tu as fait campagne combien de temps ? Je sais plus... c'était deux trois semaines, sur deux semaines... Comment tu utilisais ton temps ? Ba, c'est aussi ce que j'avais dit à Thierry quand j'avais accepté, je lui avais dis : de toute façon, j'ai pas beaucoup de temps, moi à l'époque, j'étais aussi à plein temps et puis j'avais plein de boulot, plein de trucs à faire, et puis je lui avais dit que je ne pouvais pas y consacrer beaucoup de temps donc... ba y a pas de problème chacun fait comme il peut le faire, j'ai pas... Tu vois, j'ai fait deux fois les trucs de radio, sur mes week end j'ai pris du temps pour les collages et j'ai essayé d'en mettre sur tout le rayon maximal que je pouvais faire, un peu dans les différents quartiers et puis un peu de tractage... J'en ai parlé au groupe, enfin, j'ai proposé aux gens du groupe ici de venir me donner un coup de main, qu'on tract ensemble etc. Faire des collages, faire des affiches, puisque du coup on avait fait des affiches aussi à la maison, c'était assez amusant mais, voilà, j'ai pas fait un investissement énorme dans la campagne... J'ai choisis les week end où j'ai consacré du temps...

Et donc, les régionales, tu ne retentes pas l'expérience ? Ba, justement, pour tout ce que je disais ; ca m'a intéressé comme expérience, comme pratique personnelle aussi c'était enrichissant et puis c'était assez agréable, enfin, ca m'a plu, c'est quelque chose qui m'a convenu... Après, je pense que... Voilà, la façon dont je vois les choses, peut être que ça changera, là j'étais pas prête à m'investir en me disant « on voudrait essayer d'avoir des élus », j'étais pas prête à passer du temps dans les réunions à réfléchir sur « comment on met les choses en place, quelle stratégie, entre guillemet, électorale on adopte » etc. parce que j'ai pas envie de mettre mon énergie dans ça, c'est vraiment un choix personnel même si je peux trouver que c'est bien qu'il y ait des listes décroissance, moi je vais préférer m'investir dans d'autres choses localement. Et je suis beaucoup dans un questionnement en ce moment sur « comment je me positionne par rapport à la politique institutionnelle etc. donc je suis pas prête à entrer dans cette démarche là. Sur Europe Décroissance c'était plus, un peu une opportunité de rencontrer, d'utiliser les médias mais là je me sens pas prête à franchir le pas, parce que je suis pas sûr que j'ai envie de franchir ce pas là et que je suis pas sûr que ce soit le mode le plus efficace, enfin voilà, dans lequel j'ai envie d'agir. Donc, si je suis relativement critique par rapport au système et très en doute, j'ai pas envie de m'impliquer dedans parce que je pourrai pas défendre mes positionnements clairement... C'est pas par rapport au contenu, c'est pas rapport à la démarche donc, c'est à la fois une question d'envie et puis que j'ai envie de me laisser le temps de réfléchir, je suis pas...

On ta relancé ? Ba Thierry, ba si, e, fait tous ceux qui étaient sur la liste d'Europe décroissance, je crois qu'il a envoyé des mails en proposant de commencer à préparer les régionales. Je sais qu'il y a des réunions, qu'il ya des choses. Mais moi j'ai dis clairement que je ne m'impliquais pas cette fois-ci, que je suis, voilà, comme ça, de loin.

Des nouvelles de ceux qui étaient sur la liste avec toi ? Ils sont pareils que toi ? Oui, non, ils étaient plutôt moins, y avait personne d'autre du groupe nantais de la décroissance qui était sur la liste. Y en quelques uns qui ont participé par des collages etc. Ils sont encore plus suspicieux ? Oui ou ils sont encore moins dans une démarche allant vers ça ou ils sont plus proches d'Europe Ecologie, du NPA, ils mettent plus d'espoir dans des plus grands partis et disent qu'on va apporter des idées par là, c'est très varié, en fait le groupe il est fait de pleins de bidules différents. Ou ils ont pas du tout d'intérêt... voilà dans ce sens là. Donc, y a personne d'autre qui, localement, est investi, que je connaisse, enfin au sein du groupe nantais, personne n'est investi pour les régionales... Donc, même pour Europe Décroissance, y avait pas une dynamique énorme autour de ça, parce que c'est compliqué justement, mais c'est pareil au niveau national, y a plein de gens qui sont dans les mouvements autour de la décroissance et qui n'ont pas envie de s'impliquer dans ça. C'était intéressant point de vue discussion, parler de ça dans le groupe, voire les différents point de vue...

"Vous vous trompez de décroissance Monsieur le Président !"

Lettre ouverte au Président de la République Française, en réponse aux déclarations de M. Nicolas Sarkozy, Président de l' UMP du 28.11.2009.

 

Sujet : Réponse à vos déclarations du 28.11.2009.

 

Lundi 30 novembre 2009.

Monsieur le Président de la  République Française !

Samedi 28 novembre 2009, devant les sympathisants de votre groupe politique, vous vous êtes exprimé et avez évoqué des sujets comme « La famine dans le monde, l' écologie, la décroissance, etc. » en dénigrant ouvertement avec une virulence certaine d'autres partis politiques de votre pays.

Aussi, par souci de vous aider à rétablir certaines vérités, je me permets de vous rappeler des faits, afin de rectifier certaines inexactitudes dans vos propos :

Vous avez déclaré : «Quand j'entends nos écologistes parfois dire qu'ils vont faire campagne sur le thème de la décroissance, est-ce qu'ils savent qu'il y a du chômage? Est-ce qu'ils savent qu'il y a de la misère dans le monde ? Est-ce qu'ils savent qu'il y a près d'un milliard de gens qui ne mangent pas à leur faim et que la décroissance ça veut dire plus de misère pour tous ces gens-là ? »

Je ne ferai pas ici le rappel de tous les faits relatifs à ces sujets depuis le début de votre présidence et m'en tiendrai donc seulement à ces derniers mois.

Le Développement et l'aide au tiers-monde vu par la France :

1 - Les 16, 17 et 18 novembre 2009, se tenait à Rome le Sommet de la FAO sur la sécurité alimentaire pour éradiquer la faim dans le monde. Tous les chefs d'Etats étaient invités. Parmi les pays riches, seule l'Italie (pays hôte) était présente ! La France comme les autres nations riches, a snobé ces journées consacrées à la sécurité alimentaire mondiale.

La décroissance de l'aide au développement de la France et des nations riches :

2 - L'aide française pour le développement dégringole et se retrouve à 9 milliards d'euros. Soit 0,44 % du PIB alors que ce pays s'était engagé à hauteur de 0,7 % dès 1970 ! Et a décidé de reculer le respect de la signature de ses engagements à après 2015 ! Autant dire aux calendes grecques pour être poli !

3 - L'aide internationale est en retard et en diminution pour "Les Objectifs du Millénaire pour le Développement" et ses objectifs pour 2015 ne seront pas respectés.

4 - En 2009, le sommet Mondial de l'Alimentation (FAO) réclame 44 milliards de dollars annuels pour éradiquer les famines mondiales en voulant remettre, dans les pays du Sud, les petits paysans dans les champs pour assurer l'auto-suffisance alimentaire mondiale, mais les pays donateurs ne versent que moins de 9 milliards de dollars sur les 22 milliards de dollars promis en juillet 2009, pour sauver un milliard d'individus !

Les ONG et associations vous avaient pourtant suggéré des solutions depuis longtemps :

A plusieurs reprises depuis de nombreuses décennies, les ONG et associations mondiales qui luttent contre la faim dans le monde appellent les nations développées à prendre des dispositions efficaces pour enrayer cette catastrophe annoncée.

Mais, malgré cela, la France, ne respecte même pas ses engagements internationaux dans ce domaine et préfère diminuer ses aides au développement. Pire encore, elle snobe les réunions internationales des instances de l'ONU sur les sujets du développement et des famines en humiliant ces pays dont certains très pauvres étaient présents à la réunion de la FAO à Rome.

C'est pourquoi, à entendre vos propos, je me pose la question : Mais de qui vous moquez-vous Monsieur le Président de la République Française, si ce n'est de vous-même ?

Les écologistes, dont le regroupement Europe Ecologie que vous vous plaisez à critiquer, a en son sein le parti politique écologiste "Les Verts" qui fut créé en 1984 sur le rassemblement de personnes qui reprirent les idées de Monsieur René Dumont, éminent tiers-mondiste, agronome Français du développement de réputation internationale qui fut le premier candidat écologiste à l'élection présidentielle française en 1974.

Ce candidat dénonça le laxisme des autorités françaises en matière d'aide au développement et s'insurgea contre cette hypocrisie française, en ayant le courage de dénoncer l'affairisme de cette nation vis-à-vis de ses anciennes colonies et proposa des solutions aux problèmes des famines dans le monde, etc.

Sachez Monsieur le Président de la République, que depuis 1974, de très nombreuses personnes citoyennes peuvent remercier ce candidat écologiste d'avoir ouvert la réflexion dans cette société française sur les vrais sujets du développement, de l'écologie, des scandales de l'affairisme de la Françafrique et de l'impérieuse nécessité du partage des richesses Nord-Sud en suggérant une décroissance du gaspillage de nos sociétés égoïstes et prédatrices.

Europe écologie est donc bien informé sur ces sujets de la famine mondiale et, contrairement à ce que vous semblez penser, apporte des solutions crédibles dans son programme politique que je vous invite à lire de façon approfondie.

A écouter vos propos du samedi 28 novembre 2009, il est dommage, Monsieur le Président de la République Française, qu'à l'évidence, vous ne vous soyez pas encore préoccupé de tous ces sujets en profondeur. Sujets qui font aujourd'hui l'actualité des peuples de ce monde.

Cela est bien dommageable, car c'est être dans le sens de l'histoire que d'oeuvrer pour résoudre véritablement ces situations dramatiques, plutôt que de gesticuler et de fanfaronner en proférant des inepties et contre-vérités dans les médias nationaux et internationaux.

Cette attitude ne grandit pas votre Présidence et scandalise les citoyens de votre pays. Mais plus grave encore, la France est l'objet d'un discrédit certain de la part des autres peuples. Sachez que cela est bien regrettable Monsieur le représentant officiel de la France.

Même vos amis, les puissants des pays pétroliers disent sous leur tente que vous êtes un jeune cheval fougueux. Ce qui n'est à l'évidence pas vraiment un compliment, ni un constat de sagesse à votre endroit pour un homme d'Etat.

Monsieur le Président, vous parlez de décroissance en critiquant les écologistes qui ne sont pas encore au pouvoir alors que vous-même, qui y êtes, oeuvrez efficacement pour la décroissance de l'aide au développement de la France dans le Monde.

Si vous aviez seulement respecté la signature de la France à l'ONU, vous auriez remonté l'aide au développement au niveau de l'objectif de 0,7 %, ce qui aurait au passage été une source d'emploi pour de nombreuses personnes dans le domaine de l'aide au développement et vous auriez aussi permis à des populations de ne pas mourir de faim et de se sortir de la misère depuis que vous êtes Président de ce pays de la Fraternité.

Monsieur le Président, soyez loyal et honnête dans vos critiques si vous voulez être crédible auprès du peuple que vous représentez et respecté par les autres peuples de la terre qui suivent vos gesticulations tapageuses bien souvent creuses dans la réalité des engagements pris.

Recevez, Monsieur le Président de la République mes salutations citoyennes militantes, loyales et courtoises.

 

Pierre Sarramagnan-Souchier

Signataire des Appels d'Europe Ecologie et Europe Décroissance.

Programme de la liste Ecologie Solidaire en Franche-Comté pour les élections régionales de mars 2010 :

«  Nous ne survivrons pas sans éthique

Plus de gaz à effet de serre, de réfugiés du climat, plus de smicards à temps partiel, de pesticides dans nos assiettes, de Round Up dans l'eau « potable », plus de déchets de plus en plus polluants, de transports sur des distances de plus en plus longues, plus de famines, de mal logés ou pas logés du tout, plus de solitude...
Moins de service public, moins de lien social, moins de fraternité, d'égalité, d'autonomie.

Pour sortir de cette crise ... de croissance, la société doit réaliser une métamorphose, l'homme est condamné à l'intelligence, à la modération et au partage.

En vert et pour tous !

Des écologistes au conseil régional. Pour faire quoi ?

· Inverser la tendance en agriculture : des fermes de plus en plus grosses L'aide à l'installation ne doit pas être uniquement une aide à l'agrandissement ;

· Favoriser des projets peu gourmands en surface : maraîchage, paysans boulangers ;

· Promouvoir l'agrobiologie bonne pour la santé du sol, de l'homme, des abeilles, non dépendante du pétrole, l'enseigner dans nos lycées agricoles ;

· Manger bio au lycée ;

· Accompagner les agriculteurs en difficulté. La pauvreté rurale ça existe !

· Encourager les projets agri-ruraux innovants ;

· Substituer céréales et protéagineux produit ici, au soja brésilien pour nourrir notre bétail ;

· Promouvoir la méthanisation notamment les lisiers de porc ;

· Interdire le Round Up, herbicide cancérigène très utilisé, non recherché dans les analyses d'eau, mais probablement présent dans l'eau potable ;

· Soutenir les AMAP, les Jardins de Cocagne et les structures d'insertion ;

· Protéger la filière Comté des appétits des grands groupes ;

· Arrêter le drainage des zones humides, rendre aux zones asséchées leurs fonctions d'éponge et de filtration ;

· S'opposer au projet Dalkia- Veolia chez Solvay qui consommerait 400 000 tonnes de biomasse issues de 7 départements, projet dangereux pour la filière bois locale ;

· Promouvoir et développer encore les réseau de chaleur et chaufferies collectives décentralisées ;

· Revitaliser le commerce de proximité en milieu rural et dans les quartiers ;

· Promouvoir le train pendulaire de Lyon à Strasbourg (produit par Alstom) en alternative de la branche Sud LGV ;

· La branche Est réalisée avec l'accord des Verts a coûté 2.3 milliards d'euros publics dont 316 millions de crédits régionaux ;

· Booster PME et artisanat locaux par un vrai programme de maîtrise de l'énergie prioritairement dans le logement social et d'énergies renouvelables, accompagner d'un programme de formation dans les lycées et les GRETA ;

· Evaluer le potentiel en géothermie profonde de la région ;

· Aides les communautés de communes à installer et gérer les sites éoliens pour leur propre compte ;

· Soutenir la volonté des collectivités qui souhaitent s'affranchir de la main mise des grands groupes sur la gestion de l'eau ;

· Aider des projets d'électricité photovoltaïque dans le tiers monde, avec des ONG comme Electriciens sans Frontières.

A la Région dans un groupe majoritaire, nous serons des partenaires exigeants et porteurs de projets. Nos élus s'appuieront sur la dynamique d'Ecologie Solidaire en Franche-Comté, creuset d'idées et de propositions.

Il ne sert à rien de critiquer les choses, il faut simplement les changer. »

* 1 « Eco-tartufe» : Est une expression souvent utilisée dans Le Journal de la Décroissance, Sophie Divry, journaliste au même journal les définit de la sorte : « C'est quelqu'un qui fait le contraire de ce qu'il dit ; c'est un hyper riche (...) qui s'emploi à faire la morale au bon peuple et à donner des leçons d'écologie. Ils polluent plus en une année qu'en dix ans pour un Rmiste »

* 2 Cette phrase provocatrice, on l'a retrouve souvent dans les écrits de Paul Ariès, par exemple dans La Décroissance Un nouveau projet politique, Villeurbanne, Golias, 2009, p 170

* 3 Pour voir ce spot : www.lepartipourladecroissance.net

* 4 Je pense notamment à quelques circonscriptions pour les élections législatives. SM que j'ai interviewé s'est par exemple porté candidat dans sa circonscription au Havre.

* 5 Bourdieu P, « Penser la politique », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 71 / 72, mars 1988, p 2, in Propos sur le champ politique, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2000, p8

* 6 On pense notamment aux travaux de socio- histoire qui ont montré le processus de « désencastrement » (pour reprendre le mot de Karl Polanyi dans La Grande transformation : aux origines politiques et économiques de notre temps du politique Bibliothèque des sciences humaines, Gallimard, Paris, 1983, où il montre que l'économie moderne n'est plus sous le contrôle sociale de la population) du politique vis-à-vis du social. Pour une approche de cette « professionnalisation » voir le livre dirigé par M. Offerlé : La profession politique. XIXe- XXe siècles, Paris, Belin, 1999.

* 7 Bourdieu P, « La représentation politique. Eléments pour une théorie du champ politique » Actes de la recherche en sciences sociales, n°36/37, fév-mars 1981, p 3-4

* 8 Pour un aperçu des problèmes que ce vocabulaire pose au chercheur voir : « Un « Que sais-je ? » en questions. Un débat avec Michel Offerlé et Jean Leca » Politix, volume 1, n° 2, pp 46-59.

* 9 P. Fritsch Introduction de Propos sur le champ politique Ibid p 2

* 10 Offerlé M, « Illégitimité et légitimation du personnel politique ouvrier avant 1914 », Annales ESC, 1984

* 11 Une sous-partie du livre de Crettiez X et Sommier I (sous la dir) La France rebelle, Paris, Editions Michalon, 2006, est intitulé de la sorte. Elle regroupe les partis des Motivés et des Alternatifs.

* 12 En 1987 déjà, G. Sainteny montrait que ce dépassement du clivage gauche / droite tenu dans les discours avait ses limites puisqu'une bonne partie des militants se positionnaient facilement à gauche. Ceci est encore plus marquant aujourd'hui où les alliances avec le parti socialiste vont de soi (aux élections régionales de 2010, c'est seulement en Bretagne que Régions Ecologie est allée en son nom au 2nd tour)

* 13 Manin B, Principes du gouvernement représentatif, Paris, Calmann-Lévy, 1995. Ainsi, les Verts se sont appropriés ces outils que sont les sondages (d'opinion ou pré-électoraux), comme en témoigne le changement de candidat « à la dernière minute » avant l'élection présidentielle de 2002 (N. Mamère remplaçant A. Lipietz) Cet exemple peut contribuer à argumenter en faveur du passage d'un mouvement Vert vers une « entreprise politique Verte »

* 14 Guionnet C, « Marginalité en politique et processus d'institutionnalisation » p264, in Guionnet C, Arnaud L, Les frontières du politique. Enquête sur les processus de politisation et de dépolitisation, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2005.

* 15 Collovald A, « Le poujadisme ou l'échec en politique », Revue d'histoire moderne et contemporaine, 1989.

* 16 Sur ce mouvement précisément voir Guionnet C, op cit.

* 17 Leymarie N, Faire de la politique « autrement » ? Enquête sur la « démotivation » des Motivées de Rennes, Mémoire IEP Rennes, 2003

* 18 Luck S, Le militantisme à Arrg ! Paris. Les limites d'un engagement pragmatique et distancié, DEA Science Politique, Paris 1, 2004 (phrase tirée p 7)

* 19 Information recueillie sur le site www.partipourladecroissance.net

* 20 Entretien avec SM, le samedi 16 janvier 2010.

* 21 Crettiez X et Sommier I (sous la dir) La France rebelle op cit.

* 22 Il s'agit de Paul Ariès. Il est en effet chercheur en science politique (détenant un doctorat) mais aussi et surtout écrivain militant : il a écrit une vingtaine d'ouvrages sur les effets néfastes de la société de consommation (publicité, « malbouffe »), les sectes mais aussi sur la décroissance (quelques livres manifestes : Décroissance ou barbarie, éditions Golias, 2005, La Décroissance : un nouveau projet politique éditions Golias, 2008, La simplicité volontaire contre le mythe de l'abondance, Les empêcheurs de penser en rond / La Découverte, 2010)

* 23 Dubuisson-Quellier S. et Barrier J., « Protester contre le marché : du geste individuel à l'action collective. Le cas du mouvement anti-publicitaire », Revue française de science politique 2007/2, Volume 57, p. 209-237.

* 24«  Cette protestation, encore peu analysée par les sciences sociales, prend des traits fort divers, depuis le développement de modes de consommation dits engagés ou responsables (commerce éthique et équitable, défense de l'environnement, boycott, commerce local) jusqu'à la construction d'un mouvement promouvant la décroissance en passant par la dénonciation du pouvoir de certains acteurs désignés comme les principaux responsables d'une emprise de la marchandisation, qu'il s'agisse de la grande distribution des grands groupes économiques, de la publicité ou des médias » Op cit, p209

* 25 Op cit, note de bas de page n° 4 p209.

* 26 Micheletti M, Political virtue and Shopping. Individuals, consumerism and collective action, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2003.

* 27 Dubuisson-Quellier et Barrier J. Op cit p 234

* 28 Op cit p 211

* 29 Nous avons, en effet, tenté de nous procurer le travail de Master 2 de Sience Po de Agathe Eyriolles (Les Sens de la décroissance. Filiations et transmissions entre la France et l'Italie) sans succès.

* 30 Flipo F, « Voyage dans la galaxie décroissante », Revue Mouvements, 16 avril 2007.

* 31 Bossy S, « Le consumérisme politique : Entre actions collectives individualisées et participation politique,

quelle place pour la recherche d'alternatives à la société de consommation ? » Contribution à la section thématique 37 du Congrès FNSP 7-9 septembre 2009. P15

* 32 Guionnet C,  « « La politique autrement » à Rennes entre récurrences et réinventions » in Mobilisations électorales. Le cas des élections municipales de 2001, Presses Universitaires de France, 2005.

* 33 Quatre entretiens semi-directifs : avec AJ le 17 octobre 2009, MG le 21 décembre, TB le 13 janvier et SM le 16 janvier.

* 34 Un mail de réponse m'a prévenu qu'il fallait « prendre avec des pincettes » (mots de Michel Lepesant) certains militants (février 2010)

* 35 François Jarrige revient sur l' « histoire des résistances à la technique » (sous-titre) dans son ouvrage Face au monstre mécanique, Paris, Radicaux Libres, 2009. A la fin de son livre, l'auteur fait référence à la « galaxie des décroissants » (p160) et cite la revue Entropia - qui a fait un numéro spécial sur « Technique et décroissance » (N° 3, 2007) - pour montrer que cette résistance est reprise aujourd'hui par cette pensée.

* 36 Georgescu-Roegen N, The Entropy Law and the Economic Process, Harvard University Press, 1971.

* 37 Avec en sous-titre : Entropie-Ecologie-Economie. La première traduction en français date de 1979 ; celle de 2006 est la troisième et dernière en date.

* 38 Ces commentaires sont tirés d'un documentaire réalisé par le collectif parisien pour la décroissance sur l'auteur, en interviewant le philosophe et historien des sciences, ami également de Georgescu-Roegen, Jacques Grinevald. Pour voir ce documentaire : http://ocparis.canalblog.com/ ou sur www.youtube.fr (en sept épisodes) ; quelques extraits écrits sont disponibles sur le site www.decroissance.org.

* 39 Citation tirée d'un texte de Mauro Bonaïuti, professeur d'économie à l'université de Bologne, disponible sur www.decroissance.org.

* 40 Cette expression se retrouve souvent dans la bouche des militants qui, en cela, font référence à la « crise économique », (récession comme baisse du PIB) que traversent les pays occidentaux depuis la dernière crise financière fin 2008.

* 41 Citation provenant d'un article de Denis Clerc dans la revue Alternative Economique N° 210, janvier 2003.

* 42 Sous-titre et autodéfinition de la revue tirés du site Internet : http://www.entropia-la-revue.org/.

* 43 Ces auteurs, les plus récurrents dans la revue ont par ailleurs écrits seuls des ouvrages : entres autres pour Serge Latouche : Petit traité de la décroissance sereine, Mille. Et. Une. Nuits, 2007 ; Le pari de la décroissance, Fayard, 2006 ; Survivre au développement : de la décolonisation de l'imaginaire économique à la construction d'une société alternative, Mille. Et. Une. Nuits, 2004. Pour Yves Cochet : Pétrole Apocalypse, Fayard, 2005 ; Anti manuel d'écologie, Editions Bréal, 2009. Pour Fabrice Flipo : Le développement durable, Editions Bréal, 2007.

* 44 Premier numéro paru le 21 novembre 2008.

* 45 Extrait tiré du site Internet d'Entropia, op cit.

* 46 Bruno Clementin écrivit un article dans le premier numéro : « La décroissance se situe-t-elle sur l'axe gauche-droite ? » et Vincent Cheynet en signera un dans le septième numéro sous le titre : « Contre l'effondrement des institutions, défendre la représentativité politique ».

* 47 Latouche S, « La décroissance : un enjeu électoral », Politis, n° 905, 8 juin 2006.

* 48 Et d'ailleurs, peu de militants prônant la décroissance l'ont fait sous l'étiquette de ce PPLD naissant. Cf Bossy S, op cit.

* 49 Entretien avec SM samedi 16 janvier.

* 50 Entretien avec TB mercredi 13 janvier.

* 51 Site du collectif havrais pour la décroissance : http://decroissance.lehavre.free.fr/.

* 52 Il s'agit de CL, avec qui je n'ai pas eu d'entretien mais qui m'a renvoyé le questionnaire, qui est Technicien des Bâtiments de France depuis 1991 et possède un Brevet de technicien.

* 53 Ainsi, Anne (AJ) détient une licence en Lettres et est retraitée de l'Education Nationale (professeure de lettres) ; Mathilde (MG), après des études d'histoire, obtiendra un DESS en direction de projets culturels ; Thierry (TB) est titulaire d'un DEA de Génie Biologique et Médical et est professeur des écoles ; Stéphane (SM) est professeur agrégé de Sciences Industrielles après avoir fait ses études à l'Ecole Normale Supérieur de Cachan.

* 54 Il s'agira ici d'extraits de deux interventions, l'une à l'Assemblée Nationale (que l'on peut voir sur : http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article35) et l'autre au Forum Libération organisé à Rennes en mars 2010 et qui avait pour thème « Le bonheur, une idée neuve ? » Y Cochet y faisait une intervention dans le débat intitulé : « Le bonheur est-il dans la croissance ? » (Débat que l'on peut entendre à l'adresse : http://www.forumlibe2010.rennes.fr/)

* 55 Entretien avec MG, le 21 décembre 2009.

* 56 On peut facilement trouver ses interventions sur Internet, notamment dans les émissions : Agora à la télévision ou Service Public à la radio (sur France Inter le 3 juin 2009)

* 57 Selon Brubaker cette notion serait tellement utilisée dans le langage commun - devenant un mot-valise - que le domaine savant en est contaminé ; il faudrait, pour cet auteur, abandonner cette notion et l'échanger contre par exemple « identification ». Brubaker R, « Au-delà de l' « identité » », Actes de la recherche en sciences sociales, volume 139, numéro 1, 2001.

* 58 Neveu E, Sociologie des mouvements sociaux, Editions La Découverte, Paris, 2005, p 77.

* 59 Comme l'indique un commentaire mis en première page du site web du Journal, de la revue lyonnaise Millénaire 3 (www.ladecroissance.net)

* 60 Comme l'indique son sous-titre.

* 61 Bossy S, op cit, p7

* 62 Dans le numéro de mars 2010, Steph imagine à quoi ressemblerait un monde décroissant (« Bienvenue dans le monde de demain »

* 63 Bossy S, op cit, p7.

* 64 Informations recueillies sur le site Internet du journal. Op cit.

* 65 Bossy S, op cit, p7 (note n°4 de bas de page)

* 66 Né dans la sphère de la contestation anti-publicité, le journal La Décroissance reste attaché à une critique de la télévision et des médias dominants en général, et accompagne des campagnes touchant l' « opinion publique » comme La semaine sans écrans (qui a eu lieu en 2010 du 22 au 28 mars). Ce n'est pas par hasard que le journal entretient également de bonnes relations avec une association comme Acrimed (Action Critique des Médias). Voir notamment sur le site d'Acrimed : « Aller chez Giordano ? La décroissance ouvre le débat sur ses rapports aux médias » Poche O, 10 août 2009.

* 67 Ce dernier ayant le privilège d'être le sujet principal de l'édition de mars 2010 où on peut le voir manger à toutes les sauces : il serait Dany le Jaune, le Bleu, le Noir, le Kaki, le Rose et le dernier en date donc le Vert. Le journal soulignant ainsi son opportunisme et son intéressement à la cause.

* 68 Cheynet V, « Europe Ecologie, ou le triomphe de la société du spectacle », La Décroissance, Mars 2010 (N°67), p5.

* 69 Sur son site, le journal a listé les noms de ceux qui ont répondu au journal.

* 70 «... Et je me rends compte que ça marche pas et ce qui m'a troublé aussi dans les législatives, c'est qu'on n'a pas fait de programme commun. Enfin, on n'a pas fait des propositions communes... » Entretien SM 16 janvier 2010.

* 71 SM 16 janvier 2010.

* 72 Sur le site : http://les-oc.info/appel/

* 73 Selon les mots de Michel Lepesant, professeur de philosophie et à l'origine de cet appel, notamment avec Christian Sunt, paysan dans les Cévennes, militant écologiste, animateur du Réseau Fruits Oubliés et créateur de la revue Fruits Oubliés. Il est prévu, selon ces mêmes personnes, que le mouvement passe désormais à la « présence active » (article posté 12 avril 2010)

* 74 SM le 16 janvier.

* 75 SM le 16 janvier.

* 76«  Ce rejet du système économique, il est inhérent à votre démarche... « Oui, et pas que le système économique, système de société dans son ensemble, c'est justement de plus avoir l'économie au centre de ce système là, d'avoir l'humain donc... C'est vraiment un trait distinctif par rapport à Europe Ecologie qui pouvait avoir des propositions, bon on avait pas forcément les mêmes propositions et les mêmes points de vue sur tout parce que, ba voilà, c'est pas les mêmes idées » » Entretien MG 21 décembre 2009

* 77 « Est-ce que vous avez mis en avant cette cohérence ? « Oui, ca faisait vraiment partie, enfin, en lisant ne serait-ce que le tract ca faisait partie du contenu, enfin ca faisait partie de ce qu'on avançait, c'est-à-dire l'idée pas juste... Enfin, c'est pas juste apporter, de faire moins, comme si ou comme ça, c'était de faire différemment, de vivre complètement différemment mais d'organiser aussi les choses différemment et donc aussi la démocratie, notamment au niveau européen et au Parlement, ca fonctionne de façon pas du tout démocratique et aussi de façon forte cette idée de promouvoir un autre fonctionnement » » Entretien MG 21 décembre 2009.

* 78 C'est ce que j'ai pu observer pendant l'AG du 31 janvier où plusieurs personnes élevèrent la voix quand quelqu'un fît allusion aux bulletins imprimés seulement comme un choix par défaut.

* 79 Entretien TB 13 janvier 2010.

* 80 Entretien SM 16 janvier 2010.

* 81 Entretien TB 13 janvier 2010.

* 82 « La campagne nous a coûté en tout et pour tout dans les 500 euros... Et on a pas tout déclaré, y a des trucs qu'on a fait perso, style tirer sur nos imprimantes, on les a pas déclaré... Je te fais les gros trucs, les gros tirages ; y a eu les copains de Vendée qui ont fait 150 euros de tirage, moi 150 aussi, une copine a dû faire 100 euros... » Entretien TB 13 janvier 2010.

* 83 En raison de cette idée d'autogestion mais aussi en raison de la rapidité avec laquelle il fallait procéder (la campagne commençait peu après l'Appel et peu de monde se connaissait)

* 84 Entretien TB 13 janvier 2010.

* 85 « Vous vous trompez de décroissance Monsieur le Président ! » Lettre à destination de Nicolas Sarkozy, par Pierre Sarramagnan-Souchier, le 30 novembre 2009. Voir le courrier en Annexes.

* 86 Lilian Mathieu définit ainsi cet espace : « univers relativement autonome, traversé par des logiques propres, et dont les différentes composantes sont unies par des relations de dépendance mutuelle. Cet espace autoréférentiel se distingue des autres univers constitutifs du monde social en ce qu'il propose aux acteurs individuels ou collectifs qui le composent des enjeux spécifiques tout en étant organisé par des temporalités, des règles et des principes d'évaluation propres, qui contraignent leurs pratiques, prises de positions, anticipations et stratégies » (Mathieu L,  « Note sur l'espace des mouvements sociaux », p2, note préalable à l'article « L'espace des mouvements sociaux », Politix, n° 77, 2007)

* 87 Mathieu L, Note, op cit, p 1.

* 88 Latouche S, Petit traité de la décroissance sereine, Mille. Et. Une. Nuits, 2007.

* 89 Dubuisson-Quellier S, La consommation engagée, Paris, Presses de Science Po (collection Contester), 2009.

* 90 Faucher Florence, Les habits verts de la politique, Presses de Science Po, 1999

* 91 Selon l'expression de Michele Licheletti dans Political Virtue and Shopping. Individuals, Consumerism, and collective action, Basingstoke, Palgrave, Macmillan, 2003.

* 92 Luck S, op cit.

* 93 Pour un aperçu de parcours militants au sein d'ATTAC : Cruzel Elise, « Passer à l' ATTAC ». Eléments pour l'analyse d'un engagement altermondialiste, Politix (68), 2004.

* 94 Luck S, op cit, p1.

* 95 Dubuisson-Quellier S, op cit, p12.

* 96 Bossy S, op cit, p6

* 97 Dubuisson-Quellier S, Barrier J, op cit, p211.

* 98 Entretien TB 13 janvier 2010.

* 99 Entretien avec MG 21 décembre 2009.

* 100 Dubuisson-Quellier S, La consommation engagée, op cit, p13.

* 101 Je me réfère ici au tableau récapitulatif de l'ouvrage de Dubuisson-Quellier, ibid, p136.

* 102 On peut penser à celle de 2005 qui s'était déroulée en marge du grand prix de formule 1 de Magny-cours. Source : www.decroissance.org.

* 103 Ces quelques lignes concernant la vision d'Yves Cochet s'inspirent de la conférence qu'il donna à l'IEP de Rennes, le mardi 6 avril.

* 104 Cette dernière idée est grosso modo la réponse qu'il donna à un spectateur (économiste) dans la salle du Théâtre National de Bretagne le 26 mars 2010 qui lui faisait la remarque suivante : pourquoi apporter la bonne parole si, de toute façon, la réalité va nous rattraper (c'est la contradiction qu'on a pu soulever dans l'oeuvre de Marx également : pourquoi s'employer à appeler les prolétaires à s'organiser si la Révolution est une étape historique nécessaire ?)

* 105 Faucher F, op cit, p37.

* 106 Cette notion de « répertoire d'action collective », forgée par Charles Tilly provient de la sociologie du militantisme et plus précisément de l'école de la « mobilisation des ressources ». C'est dans une perspective historique que Tilly l'utilise pour montrer que les groupes à travers l'histoire se mobilisent en disposant (et héritant) de formes protestataires plurielles. Tilly C, La France conteste. De 1600 à nos jours, Fayard, 1986. Nous nous l'approprions ici pour montrer les différentes possibilités d'investissement militant (en ayant conscience de la détourner de son sens originel)

* 107 Faucher F, op cit, p71.

* 108 Entretien MG, 21 décembre 2009.

* 109 Entretien TB, 13 janvier 2010.

* 110 Christophe est technicien de bâtiments et se dit d' « extrême gauche » (il précise qu'il faut mettre des guillemets) ; Charlotte est professeure de piano en école de musique et tente le CAPES de musique et se dit « communiste-anarchiste-hippie-décroissante ».

* 111 Entretien MG, 21 décembre 2009.

* 112 Entretien TB, 13 janvier 2010.

* 113 Bossy S, op cit, p13. Elle reprend l'expression de G. Lavau qui l'appliquait au Parti Communiste dans : A quoi sert le parti communiste ? Fayard, 1981 (en effet, Lavau l'appliquait selon le sens de « tribun » et non de « tribune » ; le PCF étant en quelque sorte le porte-parole de la Plèbe moderne (prolétariat), ce qui avait pour conséquence, paradoxalement, de pacifier le débat en institutionnalisant (même à la marge) les aspirations révolutionnaires)

* 114 Idée défendue pour créer une structure autonome. AG du PPLD, 31 janvier 2010.

* 115 Réponse au questionnaire. Claudio est enseignant-chercheur en économie et gestion à Grenoble.

* 116 Bossy S, op cit, p15.

* 117 Rappelons que pour Bourdieu un « champ » est un espace disposant de ses propres règles et enjeux. Chaque champ est une sorte de jeu où chacun des participants doit se plier aux règles et intérioriser les enjeux (habitus de champ), ceci afin de s'intégrer pleinement et d'en tirer les bénéfices socialement reconnus par l'institution. Bourdieu P, Propos sur le champ politique, op cit.

* 118 Expression initialement portée au crédit de Max Weber.

* 119 Voir Neveu E, « Crises et renouvellement du journalisme » Chapitre du livre Sociologie du journalisme, Collection Repères, 2004 (p93)

* 120 Expressions empruntées à P. Perrineau dans Perrineau P (sous la direction) L'engagement politique. Déclin ou mutation? PFNSP, 1994 (Introduction : « L'évolution des formes de l'engagement public », p18-19)

* 121 La délégation comme « loi d'airain de l'oligarchie » a été analysée dès le début du 20ème siècle par Roberto Michels, en prenant appuie notamment sur l'analyse du SPD allemand, dans Michels R, Les partis politiques, Editions de l'université de Bruxelles, 2009 (1914). Et récemment on a pu aussi analyser les effets pervers d'une trop forte volonté d'individuation dans différentes institutions (les SEL par exemple :Lenzi C, « L'injonction à l'autonomie comme mode de sélection sociale des militants des SEL » in Nicourd S (sous la dir), Le travail militant, Presses Universitaires de Rennes, 2009), comme la volontaire « remise de soi » dans des organisations politiques comme les Motivées : voir Guionnet C, « La politique autrement », op cit (p8)

* 122 Ion J, « L'évolution des formes de l'engagement public » dans Perrineau P (sous la direction), op cit (chapitre 1, p34)

* 123 Boltanski L, Laurent Thévenot, De la justification. Les économies de la grandeur, Paris, Gallimard, 1991

* 124 Faucher-King F, « Les Verts et la démocratie interne » in Haegel F, Partis politiques et système partisan en France, Paris, Presses de Science Po, 2007, p106.

* 125 S'inspirant des mouvements sociaux « les Verts considèrent la délibération comme la « plus haute forme de démocratie » Faucher-King F, op cit, p108.

* 126 « L'isolement relatif des objecteurs de croissance gravitant autour des Casseurs de Pub est sans doute en

partie renforcé par la faible multi positionnalité de ces militants. » Bossy S, op cit, p8.

* 127 Mot qui est revenu à plusieurs reprises dans la bouche des militants du PPLD et notamment dans celle de Stéphane

* 128 Entretien SM, 16 janvier 2010.

* 129 « Le problème on nous a clairement dit qu'on était pas légitime, le collège de l'AdOC n'est pas légitime, à Beaugency on a dit qu'il avait une légitimité pour 6 mois. Quand on met quelque chose au vote, ceux qui sont pas d'accord vont dire « ah ba oui mais c'est pas légitime ! » (Christophe) ; « Et derrière, elle passe des coups de fil, pour dire le « secret-lieyget-ariat », nouvelle structure pyramidale, avec les parisiens qui veulent décider de ce qui doit se faire dans les régions. » (Vincent Lieyget)

* 130 Entretien SM, 16 janvier 2010.

* 131 « Cette spécificité française (le peu d'adhérents dans les partis politiques) tient sans doute à la défiance que les français ont, depuis toujours, manifestée envers l'organisation partisane. Conséquence, à gauche, de l'anarcho-syndicalisme qui contestait aux partis socialistes tout pouvoir réel de transformation sociale, et, à droite, d'un discours qui tient les partis pour des éléments de division de la communauté nationale » (des grands leaders de la Troisième République à Raymond Barre, en passant par le Général de Gaulle) Ysmal C, « Transformations du militantisme et déclin des partis » in Perrineau P (sous la dir), op cit, p43-44. C'est moi qui note entre parenthèse.

* 132 Entretien TB, 13 janvier 2010. Thierry est, rappelons-le, conseiller municipal à Saint Nazaire.

* 133 Entretien MG, 21 décembre 2009.

* 134 Expression utilisée par Rocca durant l'AG. C'est aussi une expression qu'on retrouve chez les Verts, même chez les dirigeants (Cécile Duflot par exemple l'emploie quelques fois sur les plateaux de télévision).

* 135 Les deux citations viennent d'un même militant lors de l'AG du PPLD.

* 136 Entretien SM le 16 janvier 2010.

* 137 Et certains militants du PPLD veulent, bien sûr, essayer de le comprendre : « Il a sa stratégie, il pense qu'il faut passer par les accords nationaux, il pense que c'est le moment maintenant de passer par des accords nationaux pour éventuellement avoir quelques élus pour faire passer quelques idées dans les partis et que la décroissance avance... » (Entretien SM le 16 janvier 2010)

* 138 Entretien TB le 13 janvier (qui a connu la décroissance politique par les militants du MOC et qui est lui-même membre du NPA)

* 139 Les listes « Ecologie solidaire en Franche-Comté » et « Pour une écologie sociale, solidaire et décroissante » en Alsace.

* 140 C'est le cas par exemple en Bretagne où six « objecteurs de croissance » étaient inscrits sur « La liste unitaire anticapitaliste et pour une écologie radicale » (Vraiment à gauche !) (NPA- membres du Parti de Gauche et donc MOC

* 141 Entretien SM 16 janvier 2010.

* 142 Il en fut ainsi en Pays-de-la-Loire où les divergences entre le PC, le PG et les quelques « objecteurs de croissance » furent trop importantes. Thierry en fit partie et à l'époque de l'entretien il me disait déjà : « Est-ce que tu penses que jouer le jeu politique avec le NPA va avec tout ce que vous prônez ? Ba justement, je dors mal en ce moment... En même temps, je me dis, je sais pas si vous avez lu les trois pieds de l'objection de croissance, je trouve vraiment intéressant... Enfin, moi, ca correspond vraiment à ma vision, c'est-à-dire que je le considère comme une expérimentation... (...)Faut être conscient que y des gens du NPA, ceux qui ne sont pas sensibilisés, qui ne lisent pas le Journal de La Décroissance, qui ne connaissent même pas Latouche... » Entretien TB 13 janvier 2010.

* 143 Il y eut en effet quelques réunions d' « objecteurs de croissance » : Vous avez beaucoup de liens avec les autres régions ? Ba oui, on essaye... La réunion qu'on a faite ce week end, c'est la première et une deuxième dans 15 jours mais du côté de Lyon. Va y avoir Rhône Alpes, probablement PACA, Languedoc-Roussillon... » (Entretien TB 13 janvier 2010)

* 144 Entretien SM, 16 janvier 2010.

* 145 Entretien TB, 13 janvier 2010.

* 146 Entretien SM, 16 janvier 2010.

* 147 Entretien TB, 13 janvier 2010.

* 148 Entretien MG, 21 décembre 2009.

* 149 Faucher F, op cit, p192.

* 150 Même si pour certains comme Thierry, être élu n'est pas le problème majeur et il dit bien que : « Si vous avez des élus par exemple ? Ba tant mieux, parce que ce sera des tribunes, c'est le principe de réalité. L'objection de croissance est ultra minoritaire, mais l'objectif c'est si il peut avoir des municipalités avec une majorité d'objecteurs de croissance, tant mieux... » (Entretien TB, 13 janvier 2010).

* 151 Vincent pendant l'AG du PPLD.

* 152 On peut prendre une nouvelle fois les exemples des AMAP ou des SEL. Ces collectifs envisagent, dans leur charte, d'être le lieu de contestation d'un modèle de consommation artificiel et / ou un système marchand désocialisant, mais cela n'empêche pas la venue de gens, plus démunis socialement et économiquement, qui s'y inscrivent essentiellement pour leur bien être ou leur santé, comme pour en tirer des avantages financiers concernant les SEL. Ces personnes sont la plupart du temps les moins investis dans l'organisation. Néanmoins, pour que cette dernière fonctionne, des gens motivés, en plus des précurseurs qui sont souvent des militants, doivent se mobiliser davantage, et ce la plupart du temps au nom d'une cause supérieure (comme celles qui sont inscrites dans les chartes). Pour des analyses de ces « sociétés alternatives » voir Lenzi C, « L'injonction à l'autonomie comme mode de sélection sociale des militants des SEL » in Nicourd S (sous la dir), Le travail militant, Presses Universitaires de Rennes, 2009 et Lamine C et Perrot N, Les AMAP : un nouveau pacte entre producteurs et consommateurs ?, Editions Yves Michel, 2008.

* 153 L'histoire politique de la 2ème moitié du vingtième siècle a forgé cette dualité pour insister sur ce qu'il y avait de différents entre les démocraties à Etat de droit et les régimes totalitaires ne laissant aucune place à l'expression du citoyen.

* 154 Rocca à l'AG du PPLD.

* 155 Michel Lepesant qui, dans sa vie professionnelle, est professeur de philosophie.

* 156 Ariès P, « L'anticonsommation » in Crettiez X, Sommier I (sous la dir) op cit. Ces trois niveaux d'action (ou de « résistance ») sont : « la simplicité volontaire » ; « les expérimentations collectives » et la « construction d'un projet politique » (p 603 -604)

* 157 « Préhistorique de l'AdOC ». Document de travail pour la deuxième assemblée générale de l'AdOC qui se déroula les 18 et 19 avril 2010 à Beaugency.

* 158 « Face à la radicalité de ces « crises », nous opposons une autre cohérence : celle des sorties immédiates du capitalisme et de tout productivisme par toutes les alternatives concrètes de vie déjà existantes et à créer » Plateforme de convergence de l'AdOC (p1)

* 159 Plateforme de convergence (p2)

* 160 Ibid p2.

* 161 Collectif, Produire de la richesse autrement. Usines récupérées, coopératives, micro-finance,... les révolutions silencieuses, Publicetim N°31, 2008.

* 162 Rahnema M, Quand la misère chasse la pauvreté, Paris, Fayard / Actes Sud, 2003.

* 163 Il reprend le terme de K. Polanyi qui explique comme l'économie s'est « désenchassée » du social pour acquérir un statut autonome. Polanyi K, The livelihood of man, New York, Academic Press, 1977.

* 164 Rahnema M, op cit. p201.

* 165 Ariès P, op cit. p 603.

* 166 Ibid.

* 167 Site du Mouvement des Objecteurs de Croissance (MOC)

* 168 « Charte de fonctionnement interne de l'Association des Objecteurs de Croissance (AdOC) ». Acceptée à l'AG de Beaugency 2.

* 169 Vincent, AG du PPLD 31 janvier.

* 170 Plateforme de convergence de l'AdOC, p1.

* 171 Expression provenant du vocabulaire d'extrême gauche, et visant à montrer qu'il ne s'agit pas de « fédérer pour fédérer ».

* 172 Vincent, AG du PPLD, 31 janvier 2010.

* 173 A la suite de la « réussite » de l'appel d'Europe Décroissance, les militants ont voulu poursuivre avec la création de l'AdOC, mais il y avait aussi des nouveaux venus : « Les gens de la plateforme, celle qui est sortie de Beaugency, ce sont les gens d'Europe Décroissance pour la plupart ? Ah ba oui oui oui et puis des gens nouveaux aussi. Comme on a une liste à peu près de 3000 noms. » Entretien TB, 13 janvier 2010.

* 174 « Rassembler les objecteurs de croissance » Article du 23 avril 2010 posté sur le site Internet du MOC (c'est moi qui souligne)

* 175 En annexe, le programme d'Ecologie Solidaire en Franche-Comté.

* 176 Ariès P, op cit. p 605.

* 177 Lepesant M, « Les trois pieds politique de l'objection de croissance. Contribution à l'élaboration d'une stratégie de transformation pour sortir définitivement du capitalisme » Texte en libre accès sur Internet.

* 178 Vincent, AG du PPLD, 31 janvier 2010.

* 179 Gilles, AG du PPLD, 31 janvier 2010.

* 180 Entretien MG, 21 décembre 2009.

* 181 Ibid.

* 182 Ibid.

* 183 Ibid.

* 184 Bossy S, op cit. p15.

* 185 Ibid. P 8.

* 186 Dubuisson-Quellier S, op cit.

* 187 Rumpala Y, « La connaissance et la praxis des réseaux comme projet politique », Raison publique, N° 7, octobre 2007.

* 188 Rumpala Y, « La décroissance soutenable face à la question du « comment ». Une remise en perspective par les processus de transition et leurs conditions de réalisation », Mouvements, n° 59, juillet-septembre 2009, p164.

* 189 Ibid, p164.

* 190 Dubuisson-Quellier S, op cit., p102.

* 191 Avec un site en anglais, français, espagnol et italien : http://www.apres-developpement.org/accueil/index.php.

* 192 Bossy S, op cit. p11.

* 193 Luck S, op cit. p141.

* 194 Soubrouillard Régis, « La Décroissance, un journal, pas un débat ! » Marianne, 6 août 2009.

* 195 « Nous n'en dirons jamais assez de mal dans ces colonnes. Quitte à irriter. Car tout ce que nous pouvons souhaiter, c'est de nous retrouver dans dix ans au moins aussi énervés et insupportables ». Editorial pour les dix ans de l'association Casseurs de Pub. Journal La Décroissance, N° 64, novembre 2009.

* 196 Vincent, AG du PPLD, 31 janvier 2010.






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"La première panacée d'une nation mal gouvernée est l'inflation monétaire, la seconde, c'est la guerre. Tous deux apportent une prospérité temporaire, tous deux apportent une ruine permanente. Mais tous deux sont le refuge des opportunistes politiques et économiques"   Hemingway