WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Approche ethnopsychiatrique du malade réanimé : Réhabiliter l'esprit dans les pratiques de soins

( Télécharger le fichier original )
par Véronique DI MERCURIO
Université Paris 8 - Master 1 Psychologie Clinique 2007
  

précédent sommaire suivant

I.3.d La réanimation comme moment de transformation psychique

Selon les études anthropologiques sur de nombreuses sociétés, il a été constaté que les rites de passage possèdent une fonction psychologique essentielle qui est de transformer l'individu au plus profond de son identité. « Le traumatisme est systématiquement utilisé dans les rites d'initiation des sociétés traditionnelles à des fins de transformation et de renaissance de l'individu, tous ces mécanismes étant culturellement déterminés » (ZAJDE, 1998)

La notion de rite d'initiation a été étendue aux sociétés modernes car bien que notre culture défende l'ethos d'un individu autonome et libre, les pratiques des sociétés comportent toujours un aspect de modelage social des individus selon une norme, c'est pourquoi, la démarche d'étude ethnologique est récemment appliquée à des comportements de culture occidentale.

Rappel sur la notion de rite de passage

Selon Van Gennep (1909), les rites de passage possèdent une symbolique qui simule la mort et la résurrection, le passage de la non-vie au monde des vivants lors de la naissance. En réanimation, la représentation de la renaissance est présente chez les soignants (« quand on travaille ici, c'est un peu comme les accoucheurs, on tente une renaissance », « je me sens parfois comme une petite mère pour cette malade » qui était bien plus âgée que son aide-soignante). Dans la même idée, le terme de « sevrage » est utilisé pour la phase de préparation à l'arrêt du respirateur mécanique.

Les rites de passage comportent presque toujours 3 phases :

a. Préliminaires : une séparation afin de retirer à l'individu son statut social habituel. L'état de malade de réanimation comporte bien, avec l'isolement et la limitation des visites des familles, la séparation de l'individu par rapport à son lieu de vie et à son groupe social et familial. D'ailleurs, les malades ne manquent pas de remarquer qu'ils ne se reconnaissent plus eux-mêmes.

b. Liminaires : une marginalisation, période de transition avec suspension des contacts sociaux normaux. En réanimation, l'état de malade produit souvent la sensation de se retrouver étranger à soi-même avec un corps dénudé et objet de soins, la parole empêchée, les mouvements impossibles, les effets personnels réduits, la disparition de la pudeur, etc... Cet état a été parfois associé à une « prison ».

c. Post-liminaires : une incorporation, période de réintégration dans la structure sociale, avec un nouveau statut. On pourrait associer à cette phase celle de « récupération » avec la reprise de la capacité de communication, la remobilisation, la réalimentation et la rééducation à la station debout et à la marche. Nous verrons ultérieurement que l'entretien de recherche lui-même, qui place le malade en tant que patient-expert, permet d'engager le patient à un effort de pensée, à la construction d'un discours propre.

D'autres aspects propres aux rites de passage ont été relevés :

· le rythme de vie est propre à la réanimation et imposé par les procédures de soins, les gestes tellement ritualisés que les malades les observent avec hypervigilance, et les attendent car ils leur permettent de rompre leur solitude,

· les inversions sont nombreuses : Inversion des âges car les infirmiers sont jeunes et maternent des personnes bien plus âgées en état d'incapacité associée à l'infans, inversion du jour et de la nuit pour le sommeil,

· Les gardiens du rituels : les médecins, les exécuteurs : les soignants. « il a été comme mon fils » montre le lien très particulier et très fort entre malades et médecins , soignants.

· La transformation est marquée par le passage de l'état de « presque mort » à vivant, mais le problème pour le malade sera de ne pas rester prisonnier dans l'état liminaire, cet entre-deux d'attente corporelle et psychique toujours mortelle. Les soignants sont conscients de ce danger et font tout pour réveiller les malades, parlent assez fort, marchent vite, toujours en alerte et en éveil. Une grande sensibilité perceptive de l'émotion du malade est présente avec leur attitude de « Dureté » (voir I.1.b).

précédent sommaire suivant