WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Le " retour forcé " des roumains en Roumanie, depuis 2007

( Télécharger le fichier original )
par Audrey Guitton
Université de Poitiers - Master migrations internationales 2011
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

B) Une migration peu reconnue

Les autorités ainsi que la société civile semblent accepter difficilement qu'une population puisse ne pas désirer s'installer. Le mode de vie des Roms migrants n'est que rarement reconnu comme tel. Nous verrons, dans un premier temps, l'incompréhension existante face aux migrations roms. Ensuite, nous aborderons le manque de connaissance de cette population, dont font preuve les autorités, ainsi que la société civile.

1) Une mobilité mal comprise

Il me semble nécessaire de clarifier un premier mal-entendu : la confusion entre nomadisme et circulation migratoire. Dans les deux cas, la mobilité est un mode de vie. P. Arrigoni, E. Claps et T. Vitale illustrent cette distinction entre ces deux phénomènes migratoires dans leur étude sur les Roms et Gadje en Italie.121 « Seulement 8% (mais c'est un chiffre surévalué) pratiquent encore une forme qui s'apparente au nomadisme, ne consistant toutefois jamais en un vagabondage sans but, mais représentant plutôt des déplacements cycliques qui sont effectués pour des raisons de travail ou de commerce à l'intérieur d'espaces bien définis. »122 Ce qui, à mon sens distingue ces deux formes de mobilité, ce sont les espaces d'installation. Le nomadisme est une migration dans laquelle de multiples lieux sont des étapes d'un seul et même mouvement. La circulation migratoire, pratiquée par les Roms roumains ne relie que deux espaces : un espace d'installation dans le pays d'accueil et un espace d'installation dans le pays de départ. Les migrants ne changent d'espace d'installation dans le pays d'accueil, que s'ils doivent s'adapter à de nouvelles politiques publiques, plus restrictives à leur égard. Cette confusion due au « mode de vie nomade » se retrouve également dans l'amalgame qui est fréquemment fait entre Rom et Gens du voyage. Le terme « Gens du voyage » correspond à une catégorie juridique française qui comprend des français ayant choisi un mode de vie nomade. Il sont en majorité d'origine tsigane, du groupe Manouche. Cet amalgame est

120Annexe 1 : extraits d'entretiens.

121Arrigoni P., Claps E., Vitale T., « Regards croisés. Anti-tsiganisme et possibilité de « vivre ensemble », Roms et Gadje en Italie », op. cit.

122Arrigoni P., Claps E., Vitale T., « Regards croisés. Anti-tsiganisme et possibilité de « vivre ensemble », Roms et Gadje en Italie », op. cit., p. 81.

48

très souvent réalisé entre ces deux communautés, dans les ordonnances d'expulsion, les discours

politiques, les médias, et l'imaginaire collectif.

S.- « Oui mais parce que ici, les Roms ont un mode de vie très très différent.

En France on n'a pas de... Ce qui pourrait s'apparenter en France, c'est les

gens du voyage, par exemple. Parce que la différence, plus que de l'ethnie,

elle vient du mode de vie. »123

Les conséquences que cette confusion engendre sont multiples. Cette confusion masque la réalité sociale de cette migration. Dès lors, la mise en place de politiques publiques appropriées à la mobilité de ces communautés devient problématique. P. Arrigoni, E. Claps et T. Vitale mettent en évidence, dans leur étude, le danger d'un tel amalgame. « Il peut amener à défendre et justifier l'idée du « campement de nomades » en tant que politique appropriée et désirée par les destinataires eux-mêmes. »124 Il me semble que les villages d'insertion sont des exemples de ce type de politique du « campement de nomades ».

Il y a un second mal-entendu majeur, concernant les migrants Roms. Lorsque leur mobilité est reconnue par les pouvoirs publics et les acteurs associatifs, il est souvent entendu que leur migration doit aboutir par l'installation et l'insertion des migrants, dans le pays d'accueil. « Le migrant devient immanquablement celui qui tend, et tarde, à nous rejoindre. »125

G. - « Là ils ne nous sollicitent que pour les aider à partir. La fille et les petits enfants ils vont rentrer avec l'OFII, mais elle et son mari ils sont déjà partis, ils n'ont plus le droit. On lui dit : si tu viens, fais ta vie mais n'amène pas tous tes enfants à chaque fois avec toi. Tu fais ce que tu veux mais nous on ne peut pas prendre en charge ce va-et-vient, cette vie que tu as, de voyage. Si tu as un projet, tu nous dis, on t'aide à le mener, mais elle s'en va quelques mois, elle revient. Ça fait huit ans qu'elle fait ça. »126

Certaines familles ne souhaitent ni rester en Roumanie, ni s'installer en France. J-M. Belorgey explique qu'« un certain nombre d'entre eux n'ont peut-être pas envie d'être de bons « franchouillards », ils veulent peut-être séjourner en France tout en gardant un double rattachement. »127 Beaucoup de travailleurs sociaux, qu'ils soient publics ou privés, semblent dépourvus face à cette forme de migration qu'ils ne comprennent pas. L'ASFRP, dont G. est

123Annexe 1 : extraits d'entretiens.

124Arrigoni P., Claps E., Vitale T., « Regards croisés. Anti-tsiganisme et possibilité de « vivre ensemble », Roms et

Gadje en Italie », op. cit., p. 91.

125Tarrius A., « Territoires circulatoires et espaces urbains », op. cit., p. 95.

126Annexe 1 : extraits d'entretiens.

127Belorgey J-M., « Réactions sur la politique d'accueil », Hommes et migrations, n°1261, juin 2006, p. 42.

49

présidente, se mobilise pour tenter de trouver des fonds, pour aider ces personnes, qui ne peuvent plus bénéficier de l'OFII, à rentrer chez elles. Ils ne le feront qu'une fois car ils ne peuvent pas « prendre en charge ce va-et-vient ». Nous pouvons déceler l'incompréhension de G., face à cette famille qui reviendra, malgré tout, et qui ne semble pas intéressée par le développement d'un projet en France.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Ceux qui rêvent de jour ont conscience de bien des choses qui échappent à ceux qui rêvent de nuit"   Edgar Allan Poe