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Du costume de la confrérie Kuingang de Bansoa à  la création picturale : proposition d'oeuvres plastiques

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par Willy Valdès KENGNE
Université de Yaoundé 1 - Maitrise 2008
  

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Section I. Le contexte historique d'étude de la société Bamiléké

Ce chapitre s'appesantit sur l'origine du mot Bamiléké. Pour PERROIS et NOTUE (1997, 21), Le terme Bamiléké est inconnu au XIXe siècle. Ces derniers notent que selon la tradition orale, l'un des explorateurs allemands, émerveillé par le beau paysage du mont Bamboutos qu'il apercevait devant lui, demanda au guide-interprète comment s'appelaient les habitants de cette région. Il lui répondit "Mbalékéo". En citant Jean Louis DONGMO, ils affirment :

Il s'agit en fait d'un vocable administratif, un néologisme, apparu et très vite largement utilisé à l'époque coloniale, issu de la déformation de l'expression locale Mbalekeo, à la fois mal entendue et mal prononcée, qui signifie en langue Bali "les gens d'en bas.

Il est à constater que ce terme est d'autant étranger aux autochtones qu'aux allogènes. Pour GHOMSI (1972, 10), «le mot est d'origine et d'usage très récent ».

mot est un monstre de corruption contenant autant de fautes que de syllabes. Quant à Lucien GRAY, administrateur à Dschang à la période Française, Mbuleke indique la position géographique du pays compris entre les monts Bamboutos au nord, Fodonera à l'ouest, Fontsa-Fomepea au sud et Bafoussam à l'est. Il décortique l'appellation du guide interprète comme suit : BA = Les gens de ; LEKEO = trou, ravin, bord de la falaise, en bas... Cette hypothèse est très proche de celle du Père STOLL et confirmée par les documents allemands. En effet, le lieutenant Allemand RAUCH décrivant la population qu'il rencontre au cours d'une expédition en 1910 dans la région comprise entre le Noun et le Nkam, note : «La région est peuplée d'une race bien bâtie, grande et étroitement apparentée aux populations installées autour de Dschang et qui portent le nom de Bamiléké.» (PERROIS et NOTUE, 1997)

Nous pouvons affirmer que malgré elles, les populations vivant dans cette partie occidentale du territoire ont accepté et adopté l'appellation Bamiléké (une erreur de l'histoire) qui leur a été imposée comme une erreur de traduction.

Carte 1 : La province de l'Ouest dans le Cameroun et en Afrique, reproduite à partir de celle de Negha, J, 1976, L'ascension dans la société traditionnelle : étude de la chefferie Bansoa en pays Bamiléké (Ouest

Cameroun)

Section II : Présentation de Bansoa

1- Situation administrative

Partie intégrante des pays Bamiléké, l'Arrondissement de Penka-Michel dans le Département de la Menoua, Province de l'Ouest, est constitué de quatre villages à savoir Balessing, Baloum, Bamendou et Bansoa. Ce dernier est le plus vaste en superficie et reçoit tous les services administratifs de l'Arrondissement.

2- Situation géographique

Il est compris entre le 5°22 et le 5°33 de latitude Nord et entre le 10°13 et le 10°21 de longitude Est et couvre une superficie de 113 Km2 pour environ 77 000 âmes1. Bansoa partage ses frontières avec neuf villages : Bafounda et Bamendjo au Nord, Baloum et Bamendjou au Sud, Bamendou et Balessing à l'ouest, Batcham au Nord-ouest, Bameka à l'Ouest et Bamoungoum au Nord-est. Situé à environ 10 Km de Bafoussam (Chef lieu de la province) et 28km de Dschang (Chef lieu du Département), Bansoa est à la croisée de chemin entre la province de l'ouest et du Nord-Ouest. Ce phénomène a fait de Bansoa dans le passé, un carrefour et a enrichi les formes artistiques que l'on a observées à une certaine époque. Par propagation, de nouvelles formes ont été intégrées comme le costume du ku'ngang qui est étudié et qui est passé par certains villages limitrophes pour arriver à Bansoa.

3- Situation linguistique

Bien que situé dans le Département de la Menoua, il appartient au groupe linguistique ?g?mbà 2 qui englobe les villages Bafounda dans le Département du Bamboutos, Bameka et Bamendjou dans les Haut-plateaux et Bamoungoum dans la Mifi. Ces cinq villages ont eu le même ancêtre et au fil de l'histoire, la crise de succession3 et plus tard le découpage administratif a amené chacun sur le site qu'il occupe actuellement. Néanmoins, ils ont gardé la langue malgré quelques accents. Des études ont été menées sur cette langue et à propos, Pierre Achille FOSSI (2005, 14) démontre que :

Le ?g?mbà signifie en structure profonde «m? ghà ?g?mbà» qui veut dire « je dis que hein ? ». Cette structure a subit des modifications pour des raisons de simplification pour ne se limiter qu'à «?g?mbà» c'est-à-dire « que hein ? » Cette formule est pratiquement un code de reconnaissance entre les locuteurs. On l'utilise également lorsqu'on désire obtenir un renseignement. Le ?g?mbà est une langue Bantoue parlée dans la province de l'ouestCameroun (le pays Bamiléké). Sur les sept départements que compte la province de l'ouest, le ?g?mbà est parlé dans quatre.

quelque peu influencéé par celle des villages limitrophes et où on peut rencontrer au moins un clan ku'ngang.

4- Le climat et la végétation

Le climat est de type camerounien d'altitude avec un régime de pluies équatoriales à l'allure tropicale. Généralement, les saisons sèches vont de Novembre à Mars et les saisons pluvieuses d'Avril à Octobre. Ces deux saisons sont entrecoupées chacune d'une brève saison contraire. La végétation est faite de savane arborée et arbustive. Les sols sont sableux, volcaniques et assez propices à l'agriculture. Un cours d'eau principal (Membi) traverse le village du nord au sud. On y retrouve les petites chutes de Nehok et surtout le mythique Nkeu Nta'a Tet4.

5- L'activité rurale

L'essentiel de l'activité paysanne repose sur l'agriculture et le petit élevage. Les principales cultures sont le café Arabica, le maïs, l'arachide, le bananier et le plantain, le manioc, le macabo, les pommes de terre, le haricot et les fruits divers que l'on retrouve parfois sur la même portion de terre. La population continue à croire que le ku'ngang avec sa danse ésotérique a une influence remarquable sur l'abondance des produits agraires. Le café est resté assez longtemps une culture privilégiée pour l'exportation et les autres, bien que de plus en plus commercialisées, sont destinées à la consommation locale. Avec la difficile conjoncture économie, beaucoup de Bansoa se sont lancés dans des activités libérales comme le petit commerce et les affaires.

La plupart des sites touristiques comme le Nkeu-Nta'a-Tet cité plus haut sont généralement des lieux Sacrés. Nous avons parmi eux, le Gwo-gwong, lieu où se trouve une grosse pierre du même nom sur laquelle les princes frères Bansoa, Bamendjou et Bameka se sont séparés en allant chacun s'installer de son côté. C'est sur cette pierre5 qu'ils ont juré d'aller fonder séparément leurs chefferies et d'y vivre en paix sans se nuire les uns les autres. On a aussi le Ngho Lah6, ce lieu où le Chef du sous-quartier Banock est «parti» en amenant sa population et où aucune herbe ne pousse. Le Keue-me-Mbeuh7 est une plaine très verdoyante et luxuriante où se trouve un amoncellement de pierres superposées de manière extraordinaire sous lesquelles se trouve une grotte. Les chutes de Metché représentent l'un des sites touristiques mais succitent beaucoup de crainte de la part des villageois. Situées entre Bansoa et Bafounda, les populations s'y rende pour des sacrifices et d'autres rituels conduit par le ku'ngang. Il se pourrait que lors des guerres d'indépendance, les résistant aient été

exécutés et jetés dans ces chutes, d'où l'idée selon laquelle cet endroit est hanté et seuls les sorciers et autres hommes puissants peuvent s'y rendre.

Ce sont là les principaux sites touristiques de Bansoa. Chacun est un lieu sacré plein d'histoires. Les photographies sont interdites sur certains de ces sites.

6- L'activité artistique

L'activité artistique a malheureusement disparue du village, les villageois ayant jugé qu'elle ne nourrissait plus son homme. Il n'existe pratiquement plus d'artistes sur les 113km2 que compte le territoire si ce ne sont quelques fabricants isolés de mortiers ou d'autres ustensiles de cuisine. Les sculptures récentes sont faites par des parents qui ont changé de métier mais on gardé le réflexe, ou par des utilisateurs eux-mêmes, à l'exemple des membres du ku'ngang qui en fabriquent pour leurs rituels.

Si le groupement Bansoa est entouré d'autant d'endroits mystérieux, nous jugeons utile de jeter un coup d'oeil sur sa structure interne et de parler de son organisation socio-politique.

Carte 2 : Les chefferies Bamiléké de L'Ouest-Cameroun (Source : G 7, Hengue P O. et al.1998 :11)

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