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Contribution de la gestion des aires protégées du bassin du Congo au développement durable à  l'échelle locale. Cas du Tri- national de la Sangha (TNS )


par Danièle Fouth
Université du Maine - Master 2 sciences humaines et sociales option géographie et aménagement 2012
Dans la categorie: Géographie
   
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Chapitre 1 : Définition des concepts et construction de l'approche théorique

Pour situer le TNS, dans le cadre de cette étude, il convient de revenir sur les concepts « aires protégées » et « développement durable ».

1 Aires protégées : De la conservation au développement

Les aires protégées constituent le principal outil de toute stratégie de conservation de la diversité biologique d'un pays ou d'une région. Selon leurs différentes classifications, les sites protégés varient d'une protection stricte à une gestion durable des ressources naturelles. Une aire protégée est selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN),

« un espace géographique clairement défini, reconnu, consacré et géré, par tout moyen efficace, juridique ou autre, afin d'assurer à long terme la conservation de la nature ainsi que les services écosystémiques et les valeurs culturelles qui lui sont associés » (Dudley, 2008).

Cette définition inscrit la conservation de la nature au centre des préoccupations des aires protégées mais laisse toutefois transparaître une notion assez large qui intègre l'espace, les services et la culture. Il est cependant important de relever que cette définition de cette notion a évolué au fil des temps.

1.1 Evolution du concept « aire protégée »

Les premières grandes actions de conservation datent du 19e siècle avec entre autres la création du premier parc national en 1872 aux Etats unis, le parc de Yellowstone (Tsayem, 2010). Ces actions consistaient à créer des zones naturelles protégées exclusives, où les populations locales étaient considérées comme directement menaçantes pour le maintien de la biodiversité (Triplet, 2009) et dont le but était de protéger durablement les milieux naturels en péril, sans se préoccuper de la place de l'Homme dans ce système. Cette approche a perduré jusque dans les années 80 et faisait des aires protégées, comme les qualifiait Sournia (1990), des « garde-manger entourés par la faim ». Avec la résolution de Kinshasa en 1975, adoptée à la 12eme assemblée générale de l'UICN au Zaïre et les conclusions du congrès de Durban sur les parcs tenu en 2003, des recommandations en vue de l'inclusion des terres des populations autochtones dans les aires protégées, de la préservation de leur droit de propriété et d'usage et de la prise en compte de la pauvreté dans les politiques de conservation de la biodiversité sont

émises à l'attention des gouvernements (Triplet, 2009 ; Aubertin, 2008). Le véritable changement apparaîtra toutefois avec l'avènement du Développement durable.

A la base de ce changement, se trouvent les constats selon lesquels, la conception des aires protégées qui visent à exclure toute présence humaine des dites zones ne satisfait pas les objectifs de conservation et ceci pour de multiples raisons : impossibilité d'isoler les espaces protégés, frustrations générées par l'exclusion des populations locales, qui dépendent des ressources forestières et maintiennent de ce fait des activités illicites telles que le braconnage.

Cependant, malgré les bonnes résolutions sur les aires protégées prises au niveau international, il est important de relever que ces dernières sont régies par les lois nationales. La signature des conventions internationales par les Etats leur octroie des avantages d'ordre technique, financier ou honorifique, mais implique aussi un engagement à respecter les clauses qui y sont énoncées. Le tableau 1 donne un aperçu des quelques conventions internationales relatives aux aires protégées.

Date

Nom

Champ
d'application

Entrée en
vigueur

1971

Convention relative aux zones humides

d'importance internationales (Ramsar)

Mondial

1973

1972

Convention du patrimoine mondiale de

l'UNESCO (Paris)

Mondial

1975

1973

Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction ou CITES (Washington)

Mondial

1975

1979

Convention sur la protection des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (Bonn)

Mondial

1983

1992

Convention sur la diversité biologique (Rio de Janeiro)

Mondial

1993

Tableau 2: Quelques conventions internationales relatives aux aires protégées (Aubertin et
Rodary, 2008 ; Triplet, 2009)

Afin que tous les acteurs puissent parler le même langage malgré les spécificités des législations nationales, l'UICN a défini en 1994 six grands types d'aires protégées avec des objectifs de gestion bien spécifiques (Dudley, 2008) :

Ia Les réserves naturelles intégrales réservées à la science ;

Ib Les zones de nature sauvage destinées à la protection des régions sauvages ;

II Les parcs nationaux destinés à la protection de l'écosystème et aux loisirs ;

III Les monuments naturels destinés à la préservation d'éléments naturels spécifiques ;

IV Les aires de gestion des habitats des espèces destinées à la conservation avec intervention au niveau de la gestion ;

V Les paysages terrestres ou marins protégés destinés à la conservation des paysages terrestres ou marins et aux loisirs ;

VI Les aires protégées avec gestion des ressources destinées à l'utilisation durable des écosystèmes naturels.

A titre d'exemple, cette catégorisation a permis de comprendre que les parcs nationaux constituent des aires protégées correspondant à un type de gestion particulier, ce qui restait quelquefois confus dans la littérature, comme l'illustre la définition de Fennell (2003) : « On entend par le terme de parc ou d'aire protégée un espace public géré à des fins de protection, de loisir ou de tourisme par une institution publique. »

D'autre part, il existe, au niveau international, des cadres contraignants ou non, rattachés à des dénominations (Tableau 2), dans lesquels les Etats acceptent par le biais du texte international fondateur, de prendre des responsabilités vis-à-vis de la protection des ces zones naturelles sans préjudice sur les droits de souveraineté de l'Etat (Aubertin et Rodary, 2008). On peut ainsi citer les sites RAMSAR, les réserves de biosphère ou les sites du patrimoine mondial de l'UNESCO les parcs marins protégés, les aires protégées transfrontalières ou pour la paix etc, dont les objectifs respectifs visent la conservation avec chacun des obligations spécifiques contraignantes ou non.

Cependant, plusieurs critiques relèvent l'inadéquation de la catégorisation de l'UICN à l'évolution du concept d'aires protégées. D'après Bigombe et Nkey (s.d), ces catégories font abstraction des droits des populations locales et autochtones, libellé ainsi dans les conclusions du congrès des parcs tenu à Durban en 2003 :

« ... faire en sorte que les populations autochtones et mobiles, les communautés locales, les femmes et les jeunes participent pleinement à l'établissement et à la gestion des aires protégées, et que des mécanismes soient mis en place pour garantir le partage équitable des avantages que procurent les aires protégées... » (Durban, 2003 p.234).

Toutes ces évolutions du concept d'aires protégées ont bien entendu aussi des répercutions sur la gestion de ces sites et sur les différentes approches mises en oeuvre pour une conservation plus efficace. Thomas et Middleton (2011) présentent un aperçu synthétique

des principaux changements relatifs à la notion d'aires protégées qui sont intervenus au fil des temps (Tableau 3).

Sujet

Avant les aires protégées
étaient .....

Aujourd'hui les aires protégées sont
....

Objectifs

Mises de côté pour la

conservation

Créées surtout pour la

protection de la faune et des paysages spectaculaires

Gérées surtout pour les

visiteurs et les touristes

Valorisées comme nature

sauvage

Affaires de protection

Aussi gérées avec des objectifs

sociaux et économiques que l'on
retrouve dans les plans de gestion

Souvent créées pour des motifs

scientifiques, économiques et culturels Gérées en tenant davantage compte des populations locales

Appréciées pour l'importance

culturelle de la dite << nature >>

Aussi question de restauration et de réhabilitation

Gouvernance

Gérées par le gouvernement central

Gérées par de nombreux partenaires, très souvent des ONGs internationales et impliquent toute une gamme des parties prenantes

Populations locales

Planifiées et gérées contre les gens

Gérées sans égards pour les opinions locales

Gérées avec, pour et, dans certains cas, par les populations locales

Gérées pour répondre aux besoins des populations locales

Contexte plus large

Développées séparément Gérées comme des îlots

Planifiées dans le cadre de systèmes nationaux, régionaux et internationaux.

Développées en << réseaux >> d'aires protégées,

Introduction de la notion de paysage

Perceptions

Vues d'abord comme des biens nationaux

Vues seulement comme des préoccupations nationales

Vues aussi comme des biens

communautaires

Vues aussi comme des préoccupations internationales

Techniques de gestion

Gérées de façon réactive et à court

Terme

Gérées de façon

technocratique

Gérées de façon adaptative dans une perspective de long terme

Gérées avec une considération

politique

Sujet

Avant les aires protégées
étaient .....

Aujourd'hui les aires protégées sont
....

Finances

Payées par le contribuable

Payées par de nombreuses sources et à travers des mécanismes innovants

Compétences de gestion

Gérées par des scientifiques et des

experts en ressources

naturelles

Gérées par des personnes aux

compétences multiples

Tableau 3: Evolution du concept « aires protégées » (Adapté de Thomas et Middleton, 2011)

Plusieurs approches ont été expérimentées dans le monde en général pour atteindre les objectifs liés à la nouvelle conception des aires protégées, parmi lesquelles l'approche paysage. Celle-ci reconnaît l'importance de considérer les aires protégées comme des zones centrales pour la conservation de la biodiversité dans un contexte plus large et complexe d'utilisation des terres et insiste sur leur rôle critique pour maintenir le fonctionnement des systèmes écologiques à cette échelle et ainsi concilier conservation et développement (De Wasseige et al., 2012). Dans le bassin du Congo, cette approche a été mise en place par le partenariat pour les forêts du bassin du Congo (PFBC), plate forme de concertation, qui regroupe les 10 pays membres de la COMIFAC, les pays donateurs, des organisations internationales, des ONGs, des représentants des institutions de recherche et du secteur privé actifs dans cette région. A ce jour, 12 paysages prioritaires sont actuellement identifiés dans cette sous région parmi lesquels le TNS, dont les objectifs de gestion sont définis dans les plans de gestion des trois parcs concernés.

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