DISCUSSION DES RÉSULTATS
Les résultats de cette étude
révèlent clairement que l'auto-emploi est perçu
comme une solution durable de réduction du chômage par 82,3 % des
enquêtés. Cette forte adhésion traduit une
conviction partagée que la création d'activités
indépendantes permet non seulement de générer des revenus
et atteindre la liberté, mais aussi de compenser l'insuffisance
d'emplois salariés formels dans un contexte marqué par un
chômage structurel élevé. Ce constat confirme
l'hypothèse selon laquelle l'auto-emploi constitue une alternative
crédible face à la précarité et à la
marginalisation des jeunes.
Les analyses économétriques ont
révélé que certains facteurs sociodémographiques et
professionnels influencent significativement cette perception. Par exemple, les
jeunes adultes de 25 à 44 ans affichent un coefficient B positif et
significatif, traduisant une forte probabilité de voir dans
l'auto-emploi une réponse adaptée au chômage. Ces
résultats rejoignent les travaux de Saridas, Mendoza et Munoz (2016) qui
soulignaient que les personnes confrontées au chômage de longue
durée considèrent l'auto-emploi comme un moyen de
réintégration. Ils s'inscrivent également dans la logique
de la théorie du capital humain de Becker (1964), selon
laquelle l'investissement en compétences accroît la
productivité et l'employabilité, condition essentielle pour
réussir dans l'auto-emploi.
De plus, l'importance de l'autofinancement se confirme
d'ailleurs ici : 90,4 % des enquêtés ont
démarré leurs activités avec un capital
personnel, et le coefficient B de 1,224 illustre bien que la
possession de ressources propres augmente la confiance en l'auto-emploi comme
outil de lutte contre le chômage. Cela rejoint la théorie
de la contrainte financière d'Evans & Jovanovic (1989), qui
stipule que l'accès limité au crédit freine
l'entrepreneuriat.
Le rôle des appuis externes est également
déterminant : avoir bénéficié d'un prêt,
d'une formation ou d'une subvention accroît fortement la
probabilité de percevoir l'auto-emploi comme une alternative viable (B =
1,389).
Par ailleurs, les habitants de la commune de Bipemba
justifient l'exerce de l'auto-emploi par le goût de liberté et
indépendance, la volonté de créer de l'emploi, la
rareté des emplois salariés, les antécédents
familiaux (héritage) et autres motifs. En plus, l'analyse
économétrique démontre que l'absence d'emploi
salarié est le moteur principal (B = 2,008) de l'exercice de
l'auto-emploi et sa perception comme solution durable au chômage,
confirmant la dimension « push » de la théorie
push-pull de Evans & Leighton (1989), où la contrainte du
chômage pousse les individus à s'auto-employer.
En somme, cette étude confirme que l'auto-emploi, bien
qu'issu en grande partie d'une contrainte de survie, est valorisé comme
un instrument efficace de réduction du chômage dans la commune de
Bipemba. Toutefois, son efficacité réelle dépend de
l'accès aux ressources, de l'accompagnement institutionnel et des
conditions économiques locales.
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