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République
Démocratique du Congo
ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET UNIVERSITAIRE
INSTITUT SUPERIEUR D'ENVIRONNEMENT SOLIDAIRE ET DE
DEVELOPPEMENT DURABLE
http://www.isesod.org
Mémoire
Résolution des Conflits Fonciers au
Sud-Kivu à l'épreuve de
l'influence
des politiciens.
« Cas du groupement de Buzi
»
Par
BALUKU BYAMUNGU Emery
Travail de fin de cycle présenté en vue de
l'obtention du diplôme de Licence en Communication et Résolution
des conflits
Directeur : CT Aimé BUTOTIMA
Encadrant : ASS2 KYALIMA NZANZU Prosper
Année Académique 2024 -
2025
~ i ~
EPIGRAPHE
« Après chaque tempête, le soleil sourira ;
à chaque problème, il y a une solution ».
- William R. Alger -
~ ii ~
DEDICACE
A notre mère Elisabeth MW'ASHABUHANYA, mon épouse
et nos enfants !
BALUKU BYAMUNGU Emery
~ iii ~
IN MEMORIAM
A notre Père BUNDINGA KAYUMBU Alphonse dont la mort
nous a arraché pendant que nous avions encore besoin de lui.
BALUKU BYAMUNGU Emery
~ iv ~
REMERCIEMENTS
Le présent travail a bénéficié de
la précieuse collaboration sous diverses formes de nombreuses personnes.
Nous tenons à leur rendre ici un hommage mérité pour leur
disponibilité et leurs encouragements, sans lesquels nous ne serions pas
arrivés au bout de cet ouvrage. Nos remerciements de grande dimension au
Tout-Puissant Dieu, Maître de temps et de circonstance, de qui nous
devons l'être et le mouvement, nous ayant permis de jouir de ce droit
à l'éducation supérieure et universitaire qui, du reste
est ésotérique.
Qu'il nous soit permis d'adresser nos sincères
remerciements au Chef de Travaux Aimé BUTOTIMA, notre directeur et
encadreur Ass2 KYALIMA NZANZU Prosper qui malgré leurs multiples
occupations ont accepté respectivement de diriger et encadrer notre
travail, dès la conception du sujet jusqu'à la fin. Il partage
également sa passion pour les problèmes fonciers et agraires de
la RDC. Le fond et la forme de ce travail doivent beaucoup à ses
conseils. Qu'il trouve, ici, l'expression de notre immense gratitude.
Nous serons ingrats de ne pas reconnaitre les mérites
sans péril les efforts professionnels, conseils et sagesse reçu
des Honorables députés MUSHEKURU KAYANI Etienne et MUNYOMO
BASILWANGO Patrick pour leurs soucis de nous voir évolué dans la
vie. Soyez toujours une bénédiction pour nous comme vous
l'êtes sans doute, ensemble nous sommes forts.
Nos remerciements et considérations vont
également aux corps académique, scientifique et administratif de
l'ISESOD-GOMA.
Nous tenons à témoigner notre gratitude à
tout le monde qui a contribué de diverse manière à la
réussite de ce travail, nos frères Julien KAMBERE, Clément
BONGANO, Hyacinthe BIREKE, Bienfait MUSHEKURU, Joyeux MUSHEKURU, Olivier
KAYUMBU, Justin MUSHAGALUSA, Dr Emery NGONDI, Omary KANYAMANZA, Innocent
NGURIKIYE, Jospin BUNDINGA, Grâce AGANZE et nos soeurs José
KAYUMBU, Mwamini KAYUMBU, Sakina KAYUMBU et Zawadi KAYUMBU pour leur affection
et soutien qu'ils ne cessent à nous manifester jour et nuit.
Enfin, que tous ceux dont les noms ne sont pas repris ici,
trouvent à travers ce paragraphe, l'expression de notre gratitude pour
l'exemple d'abnégation et service.
BALUKU BYAMUNGU Emery
~ v ~
SIGLES ET ABREVIATIONS
AT : Administrateur du Territoire
ATF : Administrateur du Territoire en charge de finance
BCZM : Bureau Central de la Zone de Santé Minova
CAID : Cellule d'analyse des Indicateurs de
Développement
CARG : Conseil agricole rural de gestion
CDM : Cadre de Dialogue et Médiation
CFC : Certificat Foncier Coutumier
CNDP : Congrès National pour la Défense du
Peuple
CONAREF : Commission nationale en charge de la réforme
foncière
CPC : Code Pénale Congolais
CTI : Conservateur des titres immobiliers
ETD : Entité territoriale
décentralisée
FFN : Fond Forestier National
M23 : Mouvement du 23 Mars
MAETUR : Mission d'Aménagement et d'Équipement
des Terrains Urbains et Ruraux
MINADER : Ministère de l'Agriculture et du
Développement Rural
MINEAT : Ministère de l'Aménagement du
Territoire
MINHDU : Ministère de l'Habitat et du
Développement Urbain
MS : Microsoft
OCHA : United Nations Office for the Coordination of
Humanitarian Affairs.
ONG : Organisation Non Gouvernementale
ONU : Organisation des Nations Unies
P : Page
PFR : Plan Foncier Rural
PNUD : Programme des Nations Unies pour le
Développement
PV : Procès-Verbal
Qs1 : Question numéro 1
R1 : Réponse 1
RDC : République Démocratique du Congo
S-K : Sud-Kivu
~ vi ~
LISTE DES ILLUSTATIONS
1. Liste des figures
Figure n° 1 : L'actuel Chef de groupement de Buzi, le Mwami
AMRY TABARO SANGARA
III : De 2019 à nos jours 30
2. Liste des graphiques
Graphique n° 1 : Quels types de conflits sont-ils les plus
fréquents dans le groupement de Buzi ? 46
Graphique n° 2 : À votre avis, quelles sont les
causes principales de ces conflits ? 47 Graphique n° 3 : Laquelle des
conséquences de conflits fonciers ci-après traduit-elle
fréquemment l'impact sur la cohabitation pacifique
à Buzi ? 50
3. Liste des photos
Photo n°1 : Carte administrative du groupement de Buzi,
27
Photo n° 2 : Photo du bureau administratif du groupement de
Buzi, siège de Minova 30
Photo n° 3 : Le Musonge comme identité de Bahavu
avec deux cornes à la porte 33
Photo n° 4 : Arbre généalogique des bami de
la famille regnante dans la chefferie de Bahavu
en territoire de Kalehe 36
4. Liste des tableaux
Tableau I : Statistiques de la population du groupement de Buzi
par localité 31
Tableau II : Répartition proportionnelle des
enquêtés selon les localités 40
Tableau III : Répartition des enquêtés selon
le sexe, la tranche d'âge et l'état matrimonial dans
le groupement de Buzi 42 Tableau IV : Répartition des
enquêtés selon le niveau d'étude et le temps vécu
dans le
groupement de Buzi 43
Tableau V : Répartition des enquêtés selon
leur statut ou fonction sociale 44
Tableau VI : Implication ou exposition des enquêtés
aux conflits fonciers dans le groupement
de Buzi 45 Tableau VII : Synthèse croisée :
Types de conflits fonciers et leurs causes principales dans le
groupement de Buzi 48 Tableau VIII : Perception de
l'enregistrement des droits fonciers et reconnaissance des droits
légitimes par le système coutumier et juridique
à Buzi 49 Tableau IX : Types de documents détenus par la
population pour sécuriser leurs terres dans le
groupement de Buzi 51
~ vii ~
Tableau X : Le système de résolution de conflit
foncier a-t-il la légitimité et la capacité de
protéger les droits fonciers légitimes
individuels et communautaires ? 52 Tableau XI : Acteurs vers lesquels les
enquêtés se tournent en cas de conflit foncier dans le
groupement de Buzi 53 Tableau XII : Perception de
l'efficacité des instances de recours en cas de conflit foncier et
appréciation du degré d'efficacité des
mécanismes de résolution des conflits fonciers 54
Tableau XIII : Niveau de menace perçue sur les droits
fonciers à Buzi 55
Tableau XIV : Perception des mécanismes traditionnels
de résolution 56
Tableau XV : Intervention des politiciens dans les conflits
fonciers 56
Tableau XVI : Forme d'intervention politique 57
Tableau XVII : L'intervention politique facilite-t-elle ou
complique-t-elle les conflits ? 57
Tableau XVIII : Accord avec l'affirmation sur
l'impartialité 57
Tableau XIX : Solutions proposées pour limiter
l'influence politique 58
~ viii ~
RESUME
La résolution des conflits fonciers demeure une
problématique centrale dans la quête d'une paix sociale durable et
d'une gouvernance locale équilibrée. C'est dans ce cadre que
cette étude analyse l'influence des politiciens sur la résolution
des conflits fonciers dans le groupement de Buzi, où les litiges
fonciers, fréquents et complexes, affectent la cohésion sociale.
Une enquête mixte menée auprès de 100 répondants
révèle que 75 % d'entre eux ont été
impliqués ou témoins de conflits, notamment liés à
la délimitation des parcelles, aux ventes multiples, à
l'héritage et à l'usage coutumier.
82 % des enquêtés rapportent une ingérence
politique, sous forme de soutiens partisans (44 %),
de distributions illégales de terres (23 %) et de pressions sur
les autorités locales (20 %). Cette influence est perçue
négativement par 75 % des répondants, tandis que 64 % jugent les
mécanismes actuels peu efficaces, et seulement 12 % les estiment
satisfaisants.
Parmi les solutions proposées : l'application
rigoureuse des lois (29 %), le renforcement du pouvoir
coutumier (27 %) et la sensibilisation communautaire (27 %) apparaissent comme
des pistes majeures pour restaurer une gouvernance foncière
équitable et limiter l'influence politique.
ABSTRACT
Land conflict resolution remains a central issue in the
pursuit of sustainable social peace and balanced local governance. This study
examines the influence of politicians on land conflict resolution in the Buzi
groupement, where frequent and complex land disputes significantly affect
social cohesion.
Using a mixed-method approach, data collected from 100
respondents indicate that 75% had been directly involved in or witnessed
land-related conflicts, primarily concerning parcel boundaries, multiple sales,
inheritance issues, and customary land use.
Furthermore, 82% reported political interference, manifested
through partisan support (44%), illegal land allocations (23%), and pressure on
local authorities (20%). This political involvement is viewed negatively by 75%
of respondents, with 64% considering existing mechanisms ineffective and only
12% finding them satisfactory.
Proposed solutions include the strict enforcement of land laws
(29%), strengthening the role of customary authorities (27%), and promoting
community awareness (27%) all aiming to restore equitable land governance and
reduce political influence.
~ ix ~
SOMMAIRE
EPIGRAPHE i
DEDICACE ii
IN MEMORIAM iii
REMERCIEMENTS iv
SIGLES ET ABREVIATIONS v
LISTE DES ILLUSTATIONS vi
RESUME viii
ABSTRACT viii
SOMMAIRE ix
INTRODUCTION GENERALE 1
1. CONTEXTE ET JUSTIFICATION DE LA RECHERCHE 1
2. PROBLEMATIQUE 2
3. HYPOYHESES 7
4. OBJECTIFS DE LA RECHERCHE 8
5. METHODES DU TRAVAIL 8
6. CHOIX ET INTERET DU SUJET 9
7. DELIMITATION DU SUJET 10
CHAPITRE I : REVUE DE LA LITTERATURE 11
I.1. REVUE DE LA LITTERATURE THEORIQUE 11
I.1.1. Définitions des concepts clés 11
I.1.2. Etat des lieux du secteur foncier en RDC et essai de
compréhension de la problématique
foncière au Sud-Kivu 15
I.1.2.1. Cadre juridique et institutionnel de gestion
foncière en RDC 15
I.1.2.2. Nationalisation de la terre 15
I.1.2.3. Précarité des droits fonciers coutumiers
16
I.1.2.4. Inadaptation du processus d'octroi des titres fonciers
16
I.1.2.5. Cadre théorique et pluralisme juridique 16
I.1.2.6. La « tribu » comme entité politique
dans l'arène foncière et l'histoire coloniale 16
I.1.2.7. Le conflit entre Bahavu et Batembo, les rwandophones et
les conflits fonciers de Kalehe
17 I.1.2.8. Des migrations au compte-gouttes et
l'accès à la terre par les communautés
rwandophones à Kalehe : quelle maîtrise
foncière ? 17 I.1.2.9. L'accès à la terre par le
Kalinzi et par du fait de la présence dans les plantations des
colons 17
~ x ~
I.1.2.10. Le nomadisme foncier dans les Hauts Plateaux du
groupement de Buzi et l'accès à la
terre par interposition 18 I.1.2.11. L'installation comme
Mushizi et Rwandophones versus autochtones : contestations
foncières et politisation des enjeux locaux 18
I.1.2.12. Des conflits interindividuels et familiaux 18
I.1.3. La problématique des limites entre groupements
Buzi à Ziralo 19
I.1.4. Analyse croisée des récit et
Théories explicatives des résultats 19
I.1.5. Typologies et origines des conflits fonciers 20
I.1.5.1. Types de conflits fonciers 20
I.1.5.2. Origines des conflits fonciers à Buzi 21
I.1.6. Résolution des conflits fonciers dans le
Groupement de Buzi 22
I.1.6.1. Étapes de la résolution 22
I.1.6.2. Valeurs de résolution des conflits 22
I.1.6.3. Participation et autonomisation 23
I.1.6.4. Respect de la diversité des points de vue et
des perspectives 23
I.1.6.5. Justice et Non-violence 23
I.1.6.6. Transformation des individus et de leur
communauté, Prévention et résolution des
conflits 23
I.2. REVUE DE LA LITTERATURE EMPIRIQUE 24
I.2.1. Conflits fonciers et gouvernance locale 24
I.2.2. Pluralisme juridique et désordre foncier 24
I.2.3. Le rôle des acteurs humanitaires et politiques
25
I.2.4. Conflits fonciers et enjeux identitaires 25
I.2.5. Analyse critique 25
Conclusion Partielle 26
CHAPITRE II : APPROCHE METHOLOLOGIQUE 27
II.1. BREVE PRESENTATION DU GROUPEMENT DE BUZI 27
II.1.1. Situation géographique 27
II.1.3. Le relief du groupement de Buzi 28
II.1.4. Hydrographie 28
II.1.5. Brève historique du groupement de BUZI 29
II.1.6. Aspects politique-administratifs 30
II.1.7. Aspects démographiques 31
II.1.8. Aspects économiques 34
II.2. TYPE DE RECHERCHE 37
~ xi ~
II.3. CADRE D'ETUDE 37
II.4. POPULATION CIBLE ET UNITE D'OBSERVATION 37
II.5. TECHNIQUES ET OUTILS DE COLLECTE DES DONNEES 38
II.6. PLAN D'ECHANTILLONNAGE 38
II.6.1. Justification du choix 38
II.6.2. Taille de l'échantillon 38
II.6.3. Calcul de la taille total d'échantillon 40
II.6.4. Répartition proportionnelle par
localité 40
II.7. Traitement et analyse des données 41
II.8. Considérations éthiques 41
Conclusion partielle 41
CHAPITRE III : PRESENTATION, INTREPRETATION ET
DISCUSSION DE
RESULTATS D'ENQUETE 42 III.1. PRESENTATION
DES RESULTATS DES ENQUETES OBTENUS SUR TERRAIN
42
III.2. SYNTHESE DES RESULTATS DE L'ENQUETE 58
III.3. INTERPRETATION ET DISCUSSION DES RESULTATS 59
III.4. IMPLICATION MANAGERIALE DE LA RECHERCHE 60
Conclusion partielle 61
CONCLUSION GENERALE 62
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 64
ANNEXE 65
~ 1 ~
INTRODUCTION GENERALE
1. CONTEXTE ET JUSTIFICATION DE LA RECHERCHE
La résolution des conflits fonciers constitue une
préoccupation majeure dans le cadre de la cohabitation pacifique entre
communautés. Dans le groupement de Buzi, cette problématique est
à la fois connue et reconnue, en raison de son ampleur, de sa
complexité et des conséquences multiformes qu'elle engendre.
La République démocratique du Congo (RDC), avec
une superficie de 2 345 409 km2 pour une population estimée
à plus de 80 millions d'habitants, présente une faible
densité d'environ 45 habitants par km2, soit une
densité comparable à la moyenne africaine. Cette situation
pourrait laisser croire à une disponibilité suffisante de terres
pour chaque citoyen. Cependant, la réalité est tout autre. Il est
courant d'entendre que près de 80 % des litiges portés devant les
juridictions congolaises sont liés, directement ou indirectement, au
foncier ou à l'immobilier, ce qui reflète la sensibilité
extrême de cette question dans la vie sociale et économique des
populations1. De nombreux médiateurs locaux
confirment également que la majorité des conflits traités
au niveau communautaire sont d'ordre foncier. Cela témoigne de
l'importance du foncier dans la stabilité des ménages, dans
l'accès aux ressources, et dans l'organisation du pouvoir local.
De manière préoccupante, les politiques de
certification foncière, censées sécuriser les droits
d'usage, s'avèrent parfois contre-productives, générant
elles-mêmes de nouveaux conflits, notamment par la remise en question des
droits coutumiers historiques2. Le système
judiciaire, censé réguler ces situations, semble de plus en plus
soumis à des pressions extérieures, notamment d'ordre politique,
compromettant ainsi son impartialité et son efficacité.
Des exemples concrets démontrent comment les
communautés tribales locales sont engagées dans des dynamiques de
compétition pour le contrôle foncier et l'accès au pouvoir
coutumier. Le phénomène d'accaparement des
terres dans le groupement de Buzi est accentué par la richesse des
ressources naturelles (sol et sous-sol) et la diversité ethnique qui
caractérise la région, constituant un terreau favorable aux
affrontements.
Plusieurs chercheurs se sont penchés sur les conflits
fonciers en Afrique. Ainsi, Crousse et Le Roy soulignent que la
sécurisation foncière est un impératif pour une gestion
viable des ressources naturelles, mais que les logiques
identitaires et communautaires, en particulier les
1 République
Démocratique du Congo, Ministère des Affaires Foncières,
Rapport annuel sur les conflits fonciers, Kinshasa, 2022, p. 12
2 Le Roy, Étienne, La
sécurité foncière en Afrique : pour une gestion viable des
ressources renouvelables, Karthala, Paris, 1996, p. 85
~ 2 ~
alliances ethno-professionnelles, aggravent les tensions
foncières3. Cette situation est d'autant
plus critique lorsque les conflits sont instrumentalisés par des acteurs
politiques au sein même des communautés locales.
Dans le groupement de Buzi, les conséquences
concrètes des conflits fonciers sont observables dans des zones comme
les hauts plateaux et la presqu'île de Bulenga. Là, un conflit
persistant oppose la famille Ngezayo à Monsieur Shombere Mibanga Joseph.
Au moins cinq affrontements armés (blanches et armes à feu) ont
été recensés dans cette localité. Ils opposent des
cultivateurs occupant les plantations de la rive gauche (Kagarama, Nyundo,
Kitembo et Mutshibwe) à des militaires également présents
sur ces terres depuis plus de vingt ans. Ce cas met en lumière les
irrégularités et la fragilité du système de gestion
foncière, où s'entremêlent des revendications
légales, coutumières, et des occupations de fait par des groupes
armés.
2. PROBLEMATIQUE
Les politiques actuelles de résolution des conflits
fonciers, souvent héritées de la période coloniale,
ignorent les pratiques et législations coutumières pourtant
essentielles à la régulation des rapports fonciers en milieu
rural4. Cette marginalisation du droit coutumier,
combinée à l'inertie des autorités face à
l'expansion du marché foncier informel, engendre des
tensions structurelles dans les communautés locales. Ces tensions,
issues principalement de transactions foncières illicites ou mal
régulées, menacent non seulement la paix sociale, mais
compromettent également les perspectives de développement durable
dans les zones rurales telles que le groupement de
Buzi5. Face à cette réalité,
nous formulons l'hypothèse selon laquelle l'influence des politiciens
dans les mécanismes de résolution des conflits fonciers constitue
un facteur aggravant des tensions foncières dans le groupement de Buzi.
D'où la nécessité d'une analyse approfondie, à la
fois empirique et théorique, des interactions entre
légitimité coutumière, instrumentalisation politique et
dynamique foncière locale.
La terre, en milieu rural, n'a jamais été un
simple bien économique. Elle est d'abord perçue comme un bien
communautaire sacré, porteur de significations identitaires, culturelles
et symboliques. Elle constitue en effet le socle de la vie sociale et
économique des paysans, dont l'existence même dépend de
l'accès et de l'usage de l'espace agricole. Comme le rappelle Jean-Marc
Ela, « que deviendra donc un paysan sans terre ?
»6. Cette interrogation met en
lumière le paradoxe de la dépossession foncière dans un
contexte où la terre reste vitale pour la subsistance.
3 Crousse, Bernard et Le Roy,
Étienne, Les conflits fonciers en Afrique : identités, pouvoirs
et territoires, Karthala, Paris, 1995, p. 104
4 Le Roy, Étienne, La
sécurité foncière en Afrique : pour une gestion viable des
ressources renouvelables, Karthala, Paris, 1996, p. 96
5 Mathieu, Paul, La question
foncière en Afrique : enjeux des politiques et des pratiques locales,
Institut National de la Recherche Agronomique, Paris, 2000, p. 112
6 Jean-Marc Ela, L'Afrique des
villages, Paris, Karthala, 1982, p. 157
~ 3 ~
Cette dynamique, conjuguée à une croissance
démographique continue, a progressivement écarté de
nombreux paysans de leur principal moyen de production, les laissant sans terre
à cultiver7. Dans cette perspective, la
terre n'est plus simplement un bien de production, elle devient un enjeu de
pouvoir et un marqueur identitaire. Aloys Tegera parle ainsi d'un
véritable « triangle de mort » : terre,
pouvoir et identité. Selon lui, l'accès à
la terre structure les rapports sociaux, détermine l'appartenance
communautaire et conditionne la gouvernance locale. Lorsque ce triangle est
déséquilibré, il peut engendrer des crises graves, allant
parfois jusqu'au conflit armé8.
Ce phénomène est particulièrement visible
dans le groupement de Buzi, où des conflits éclatent suite
à des arrangements fonciers non contractuels, réalisés
sans le respect des procédures légales. Dans plusieurs cas, ces
désaccords donnent lieu à des revendications
intergénérationnelles, des contestations
d'occupation ou de vente illégale, jusqu'à l'apparition sur les
murs ou clôtures de la mention : « Cette parcelle n'est
pas à vendre », véritable cri d'alerte
communautaire face à la menace d'accaparement illicite. Le droit
congolais reconnaît et pénalise plusieurs infractions
foncières : le stellionat (article 96 du Code pénal), le
faux en écriture (articles 124 et 126), l'occupation illégale
(article 207 de la loi foncière), la destruction méchante
(articles 110 et 112 du Code pénal congolais), ou encore le
déplacement des bornes (article 115 du même
code)9. Cependant, malgré cette base
légale, l'application de ces lois reste souvent inopérante face
à l'emprise politique sur les mécanismes judiciaires. Sur un
autre plan, Philippe Lavigne Delville et Jean-Pierre Chauveau analysent les
fondements historiques des politiques foncières en Afrique rurale
francophone. Ils montrent que les États postcoloniaux n'ont pas rompu
avec les dispositifs fonciers hérités de la colonisation,
laissant les populations rurales dans une précarité juridique
persistante. Pour ces auteurs, il devient urgent de
reconstruire la légitimité foncière sur des bases
participatives, ancrées dans les réalités locales et
respectueuses des droits coutumiers10. Ainsi, si
les analyses existantes mettent en évidence l'ancrage historique et
institutionnel des tensions foncières, il est désormais
nécessaire de penser de nouvelles approches contextuelles, à la
croisée du droit, de la sociologie politique et de l'anthropologie, afin
de répondre efficacement aux réalités foncières
dans des zones comme le groupement de Buzi.
L'instauration des collectivités territoriales
décentralisées constitue une avancée majeure dans la
reconfiguration de la gouvernance foncière en République
Démocratique du Congo. En effet, elle permet aux entités locales,
telles que les groupements, de se réapproprier la gestion du foncier
rural. Ce processus ouvre la voie à une reconnaissance formelle du droit
coutumier dans
7 Le Roy, Étienne, La
sécurité foncière en Afrique : pour une gestion viable des
ressources renouvelables, Paris, Karthala, 1996, p. 101
8 Tegera, Aloys, Terres, Pouvoir et
Identité : enjeux des conflits fonciers dans l'Est du Congo, Pole
Institute, Goma, 2007, p. 88
9 République
Démocratique du Congo, Code Pénal Congolais, Livre II, articles
96, 110, 112, 115, 124, 126 ; Loi n° 73-021 du 20 juillet 1973 portant
régime général des biens, régime foncier et
immobilier et régime des sûretés, article 207
10 Lavigne Delville, Philippe et
Chauveau, Jean-Pierre, Politiques foncières en Afrique noire : des
instruments à repenser, Paris, GRET/Karthala, 1998, pp. 41-44
~ 4 ~
le système foncier, notamment dans des zones comme le
groupement de Buzi, où les pratiques coutumières
restent prépondérantes. Catherine Goislard souligne avec
pertinence que : « C'est la décentralisation de la gestion
foncière, par la mise en oeuvre d'un dispositif juridique et
institutionnel local, qui renforcera les capacités des
collectivités décentralisées et rapprochera
l'administration foncière des usagers grâce à la
création de guichets fonciers »11. Ces
structures ont la particularité de délivrer des certificats
fonciers sur des terres non immatriculées mais effectivement mises en
valeur, contribuant ainsi à la sécurisation des droits fonciers
locaux.
La décentralisation est donc porteuse d'un double
espoir : d'une part, celui de rapprocher les institutions de gestion
foncière des populations locales, et d'autre part, celui de
réduire les tensions nées de l'opposition entre normes
foncières coutumières et légales. Comme
le notent Olivier Barrière et Catherine Barrière, la
décentralisation crée un espace où les populations peuvent
gérer elles-mêmes leurs ressources naturelles, ce qui permettrait
de limiter les conflits fonciers si un cadre juridique adapté venait
à être légiféré localement, tout en
étant reconnu par la législation
nationale12. Cependant,
l'ordonnance-loi n° 73-021 du 20 juillet
1973, telle que modifiée par la loi n° 80-008 du
18 juillet 1980, établit encore clairement la primauté de
l'État sur l'ensemble des terres congolaises, y compris celles relevant
historiquement des chefferies traditionnelles. L'article 53 précise que
« le sol est la propriété exclusive, inaliénable et
imprescriptible de l'État »13. Ce
principe centralisateur continue de poser problème dans la
reconnaissance des droits fonciers coutumiers au niveau local.
Dans cette optique, Mudinga et Nyenyezi soulignent
l'incapacité persistante de l'État congolais à
répondre efficacement aux revendications locales sur l'accès
sécurisé à la terre. Cette défaillance a nourri une
instabilité croissante dans certaines zones comme le groupement de Buzi,
où depuis plus d'une décennie, des organisations de la
société civile, des mouvements citoyens, des agences onusiennes
et divers partenaires internationaux tentent de mettre en oeuvre des
stratégies de prévention des conflits fonciers et de
plaidoyer14. Ces dynamiques conflictuelles ont
été exploitées par plusieurs groupes armés - tels
que le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP)
dès 2004, ou plus récemment le Mouvement du 23 Mars (M23) qui ont
construit leur légitimité sur des tensions foncières
ethniques, brandissant la défense de leur « territoire ancestral
» comme fondement de leur lutte. Ils prétendent protéger les
collines de leurs grands-
11 Catherine Goislard,
Réforme foncière et décentralisation en Afrique de l'Ouest
: vers une reconnaissance des droits locaux, Paris, GRET, 2008, p. 34
12 Olivier Barrière &
Catherine Barrière, La sécurisation foncière dans les pays
du Sud : vers une reconnaissance des droits fonciers locaux, Paris, IRD, 2002,
p. 129
13 République
Démocratique du Congo, Ordonnance-loi n° 73-021 du 20 juillet 1973
portant régime général des biens, régime foncier et
immobilier et régime des sûretés, modifiée par la
loi n° 80-008 du 18 juillet 1980, article 53
14 Mudinga, Emmanuel &
Nyenyezi Bisoka, Aymar, Conflits fonciers, gouvernance locale et
insécurité dans l'Est de la RDC, Groupe de Recherche et d'Appui
au Développement Rural, Goma, 2014, p. 48
~ 5 ~
parents, tout en cherchant en réalité à
s'accaparer illégalement des terres, dans une logique
clientéliste et militarisée15.
Si des tensions foncières persistent entre autochtones
et rwandophones, il serait réducteur de les expliquer uniquement par des
logiques discriminatoires. De fait, certains politiciens exploitent le foncier
comme levier électoral, allant jusqu'à promettre des dons de
terres via leurs fondations personnelles. Ce populisme foncier, salué
dans un premier temps par les populations locales, engendre par la suite des
revendications conflictuelles lorsqu'il s'avère irréalisable. La
complexité des conflits fonciers dans le groupement de Buzi est donc
bien plus large : elle concerne aussi des tensions internes entre groupes
ethniques dits autochtones, particulièrement dans les zones du Haut
Plateau et de la presqu'île. Ces conflits traduisent une
compétition politique et économique multiforme, ancrée
dans des représentations identitaires et des logiques
clientélistes. Il apparaît dès lors que, au-delà de
l'incompatibilité entre droit coutumier et droit positif,
la prolifération institutionnelle et la superposition des
régimes juridiques alimentent l'insécurité
foncière. Les services étatiques en charge du foncier, souvent
déconnectés des réalités du terrain, participent
à cette mal gouvernance.
La problématique des conflits fonciers dans le
groupement de Buzi, situé dans le territoire de Kalehe
au Sud-Kivu, trouve son origine dans une inadéquation manifeste entre
les dispositions juridiques formelles relatives au foncier et les
réalités socioculturelles et pratiques coutumières en
vigueur au niveau local. Cette fracture normative a profondément
fragilisé la gouvernance foncière, alimentant des tensions et
revendications persistantes au sein des communautés locales. Ainsi,
cette recherche s'inscrit dans une volonté de comprendre les logiques
sous-jacentes aux revendications foncières des populations de
Buzi, en particulier face à l'incapacité ou au
refus d'identifier l'État comme autorité légitime dans la
résolution des différends fonciers. En d'autres termes, il s'agit
d'analyser la crise de légitimité de l'État dans un
contexte de pluralisme juridique où cohabitent droit coutumier, droit
civil et pratiques informelles16.
Malgré la présence de mécanismes de
résolution des conflits fonciers qu'ils soient traditionnels (chefferies
coutumières, médiateurs communautaires) ou étatiques
(services fonciers, tribunaux de paix) les litiges fonciers persistent,
s'intensifient et deviennent de plus en plus complexes. Cette
complexification s'explique en partie par l'intrusion d'acteurs
politiques, dont l'implication, souvent
intéressée, vise soit à consolider une base
électorale, soit à s'accaparer des terres dans un contexte
d'instabilité institutionnelle et de
clientélisme17. Comme
15 International Crisis Group,
Eastern Congo: Why Stabilisation Failed, Rapport Afrique n°223, 2014, p.
12-16
16 Benjaminsen, T. A. & Lund, C.
(2003). Securing land rights in Africa. London: Frank Cass, p. 17-22
17 Mathieu, P., Zongo, M. &
Paré, L. (2002). Monde rural burkinabè et gestion foncière
décentralisée : enjeux pour la démocratie et le
développement. Paris: Karthala, p. 109
~ 6 ~
le souligne Christian Lund, les terres sont devenues des
objets politiques : elles ne sont pas seulement des biens économiques ou
culturels, mais également des instruments de pouvoir, de reconnaissance
et d'autorité18. Cette dimension politique
du foncier est particulièrement visible à Buzi, où les
conflits traduisent aussi bien des luttes pour l'accès aux ressources
que des formes de résistance des communautés locales face
à des logiques de domination venue d'en haut.
De fait, les constants sont tels qu'il y'a un certain nombre
de problèmes dans le groupement de Buzi en matière de
résolution de conflit foncier révéler par : le
décalage entre le droit foncier étatique et les pratiques
coutumières locales traduite par une dualité qui crée une
confusion normative, où l'inadéquation entre le droit positif et
les pratiques coutumières alimente les litiges fonciers. Le pluralisme
juridique, loin d'être un facteur de complémentarité,
devient source de conflits dans la mesure où chaque acteur invoque la
légitimité de son propre référentiel
normatif19.
La faible légitimité de l'État dans la
résolution des conflits fonciers marqué par le fait que
l'État congolais est souvent perçu par les populations rurales
comme une entité éloignée, peu réceptive à
leurs préoccupations foncières. Cette perception est
renforcée par des pratiques administratives marquées par la
corruption, la lenteur procédurale et l'absence d'effectivité des
décisions judiciaires. De nombreux litiges fonciers non résolus
aboutissent à un rejet de l'administration foncière et à
une préférence pour les mécanismes locaux ou informels de
règlement. Cette crise de légitimité met en lumière
la difficulté pour l'État de se poser en arbitre neutre des
conflits fonciers20.
L'implication des acteurs politiques dans la manipulation des
litiges fonciers les conflits fonciers dans le groupement de Buzi sont aussi
alimentés par l'intervention directe ou indirecte d'acteurs politiques
locaux. Ceux-ci exploitent les tensions foncières à des fins
électoralistes, notamment en promettant des terres en échange de
votes ou en soutenant certaines communautés dans leurs revendications
territoriales. Des groupes armés comme le CNDP ou le M23 ont aussi
mobilisé le discours foncier pour justifier leur présence
militaire, en prétendant défendre les droits de leurs
communautés sur les terres ancestrales21.
L'échec des mécanismes de gouvernance
foncière décentralisée : malgré l'introduction de
la décentralisation censée rapprocher les institutions
foncières des populations locales, son
18 Lund, C. (2008). Local Politics
and the Dynamics of Property in Africa. Cambridge : Cambridge University Press,
p. 5-7
19 Goislard, Catherine. "La
décentralisation de la gestion foncière", in Actes du colloque
sur la gouvernance foncière en Afrique francophone, Paris, 2008, p.
48
20 Mudinga, Emery et Nyenyezi,
Bisoka. "Conflits fonciers et insécurité foncière en RDC",
L'Afrique des Grands Lacs, 2014, p. 312
21 Autesserre, Séverine.
The Trouble with the Congo: Local Violence and the Failure of International
Peacebuilding, Cambridge University Press, 2010, p. 166
~ 7 ~
application souffre de plusieurs limites. La mise en place des
guichets fonciers dans certaines zones ne s'est pas accompagnée d'une
formation adéquate des agents, ni d'un appui juridique solide pour
reconnaître les droits coutumiers. La faiblesse des capacités
institutionnelles, la prolifération de structures non
coordonnées, et l'absence de ressources financières
pérennes ont contribué à l'inefficacité des
mécanismes locaux de gestion
foncière22.
La complexité multidimensionnelle des conflits fonciers
à Buzi ; Les conflits fonciers dans le groupement de Buzi
dépassent largement la simple querelle d'usage ou de
propriété. Ils sont l'expression d'enjeux identitaires,
historiques, économiques et politiques. Les tensions opposent aussi bien
des communautés autochtones (Bahavu, Batembo, Barongeronge) que des
allochtones (Hutu, Tutsi), sur fond de mémoires conflictuelles,
d'inégalités d'accès aux ressources et de
compétition pour le contrôle territorial. Cette complexité
impose une lecture contextuelle et multidimensionnelle des dynamiques
foncières, dépassant les cadres juridiques stricts pour
intégrer les logiques sociales, ethniques et politiques des acteurs en
présence23.
La problématique ci-dessus développée
donne place à une série des questions dont la principale se
dégage en ces termes : Quelle est l'influence des politiciens sur la
résolution des conflits fonciers dans le groupement de Buzi ? De cette
question principale, découlent celles spécifiques suivantes :
Qs1. Quels sont les principaux types de conflits fonciers
souvent vécus dans le groupement de Buzi ?
Qs2. Quelles sont les formes d'influence exercées par
les politiciens dans ces conflits à
Buzi ?
Qs3. Quelles sont les conséquences de cette influence
politique sur la paix sociale et la gouvernance locale des terres ?
Qs4. Quelles stratégies à mettre en place pour
réduire l'influence politique et améliorer la résolution
des conflits fonciers à Buzi ?
3. HYPOYHESES
De nos questions spécifiques évoquées,
émettons les hypothèses suivantes :
R1. Les principaux types des conflits
fonciers vécus dans le groupement de Buzi sont ; les conflits
d'occupation illégale ou d'exploitation d'un même fonds, de titres
fonciers, de limites
22 Barrière, Olivier &
Barrière, Catherine. "De la décentralisation à la
territorialisation : enjeux et limites de la gestion foncière locale en
Afrique", Revue Tiers Monde, 2013, n° 215, p. 107
23 Chauveau, Jean-Pierre &
Lavigne Delville, Philippe. La question foncière rurale en Afrique :
enjeux politiques, économiques et sociaux, Paris,
Karthala, 2013, p. 75
~ 8 ~
entre parcelles individuelles, liés à un abus de
confiance comme une vente sans qualité, d'héritage, accaparement
de terre du domaine public ou privé (plantation) ;
R2. Les politiciens influencent la résolution des
conflits fonciers à Buzi en soutenant certaines parties prenantes par
l'instrumentalisation des appartenances ethniques et l'interférence dans
les processus de résolution traditionnels ;
R3. Les conséquences de l'influence politique sur la paix
sociale et la gouvernance locale des terres sont l'aggravation des tensions
sociales, l'affaiblissement des structures coutumières de gouvernance et
la compromission de la paix sociale ;
R4. Les stratégies à mettre en place pour
réduire l'influence politique et améliorer la résolution
des conflits fonciers à Buzi sont le renforcement de la transparence, la
dépolitisation des mécanismes de résolution et l'inclusion
communautaire.
4. OBJECTIFS DE LA RECHERCHE
1.1.Objectif principal
Principalement, notre travail a pour objectif d'analyser
l'influence des acteurs politiques sur la dynamique de résolution des
conflits fonciers dans le groupement de Buzi, en vue de proposer des
stratégies de gouvernance foncière locale plus équitables
et durables.
1.2.Objectifs spécifiques
Partant de l'objectif principal ci-dessus formulé,
spécifiquement nous cherchons à :
1. Identifier les principaux types de conflits fonciers dans le
groupement de Buzi ;
2. Analyser les formes d'influence exercées par les
acteurs politiques dans les conflits fonciers à Buzi ;
3. Évaluer les conséquences de l'influence
politique sur la paix sociale et la gouvernance locale des terres ;
4. Proposer des stratégies pour réduire
l'influence politique et renforcer les mécanismes locaux de
résolution des conflits fonciers.
5. METHODES DU TRAVAIL
5.1. Méthodes de recherche
Pour cette étude, nous avons adopté une approche
mixte combinant la méthode qualitative et la méthode
quantitative, dans une perspective descriptive et analytique. Cette combinaison
vise à mieux comprendre les dynamiques complexes des conflits fonciers
et à
~ 9 ~
évaluer les formes d'influence politique qui en
affectent la résolution des conflits dans le groupement de Buzi. C'est
ainsi que :
- La méthode qualitative a permis
d'explorer en profondeur les perceptions, les récits d'expérience
et les dynamiques d'acteurs autour des conflits fonciers ;
- La méthode quantitative a
été utilisée pour mesurer la fréquence des formes
de conflits, l'étendue de l'influence politique et leurs impacts sur la
cohésion sociale, à travers un questionnaire structuré.
5.2. Techniques de recherche
Afin de collecter des données pertinentes et
variées, plusieurs techniques ont été mobilisées
:
- L'enquête par questionnaire :
Utilisée auprès des ménages et des parties prenantes
locales (chefs coutumiers, agriculteurs, jeunes, femmes) pour collecter des
données quantitatives sur les types de conflits, les formes
d'ingérence politique et les perceptions de la gouvernance
foncière.
- L'observation directe : Menée sur
les sites concernés par les conflits pour constater l'état des
lieux fonciers, l'occupation des terres, la cohabitation entre
communautés et les interventions d'acteurs.
- L'analyse documentaire : Consultation de
textes juridiques, rapports d'ONG, études académiques,
procès-verbaux des litiges fonciers et autres documents administratifs
pour enrichir l'analyse contextuelle.
6. CHOIX ET INTERET DU SUJET
Le choix de ce sujet s'inscrit dans un contexte de forte
résurgence des conflits fonciers en République
Démocratique du Congo, en particulier dans les zones rurales du
Sud-Kivu, où la terre constitue non seulement un bien économique,
mais aussi un marqueur d'identité, de pouvoir et de stabilité
sociale. Le groupement de Buzi illustre bien cette réalité par la
multiplicité des conflits liés à la terre, souvent
aggravés par une intervention récurrente et contestée
d'acteurs politiques. Cette motivation nous vient par le fait
que nous vivons et subissons les conséquences des conflits fonciers qui
sévit actuellement en groupement de Buzi ou le sang coule chaque jour et
des arrestations en répétition. Dans cette optique, d'abord ce
sujet présente un double intérêt : tout en étant
curieux d'établir l'état de lieux de ces conflits fonciers en vue
de proposer de pistes de solutions appropriés, il sanctionne la fin de
notre cycle en communication et résolution de conflits. Notre travail
revêt donc un triple intérêt :
~ 10 ~
Du point de vue scientifique, il permet d'explorer, dans une
perspective interdisciplinaire (droit, science politique, sociologie), comment
les dynamiques politiques influencent la gouvernance foncière et les
mécanismes de résolution de conflits dans un contexte
post-conflit.
Du point de vue social ; la recherche ambitionne de donner la
parole aux acteurs locaux (victimes, chefs coutumiers, administrateurs, etc.)
afin de mieux comprendre les perceptions et expériences liées aux
conflits fonciers et de proposer des pistes concrètes de renforcement de
la cohésion sociale.
Politique et opérationnel : En mettant en
lumière les effets pervers de l'ingérence politique dans la
résolution des litiges fonciers, ce travail se veut un outil d'aide
à la décision pour les autorités locales et les
partenaires au développement engagés dans la réforme de la
gouvernance foncière en RDC.
7. DELIMITATION DU SUJET
Notre travail parle exclusivement de la résolution de
conflits fonciers au Sud-Kivu à l'épreuve des politiciens cas du
groupement de Buzi, une entité administrative située dans le
territoire de Kalehe, province du Sud-Kivu, en République
Démocratique du Congo. Ce groupement, majoritairement rural, est
caractérisé par des défis importants en matière de
résolution de conflits fonciers. Dans le temps, la recherche couvre une
période allant de 20202024. Cette période a été
choisie en raison des événements des conflits fonciers majeurs
ayant affecté la communauté et son l'impact sur la vie
quotidienne de la population en groupement de Buzi.
8. SUBDIVISION DU TRAVAIL
Pour mieux comprendre le sujet théorique et pratique,
ce travail se présente comme suit : hormis l'introduction et la
conclusion, ce travail se présente en trois chapitres dont le premier
réservé à la revue de la littérature ; le
deuxième chapitre concerne l'approche méthodologique et enfin le
troisième chapitre se focalise sur la présentation des
résultats de la recherche.
~ 11 ~
CHAPITRE I : REVUE DE LA LITTERATURE
Premièrement, ce chapitre va nous permettre de
définir les concepts clés qui cadrent avec notre sujet de
recherche. Ainsi, va-t-il s'articuler essentiellement sur la revue de la
littérature théorique et celle empirique.
I.1. REVUE DE LA LITTERATURE THEORIQUE I.1.1.
Définitions des concepts clés
I.1.1.1 Conflit
Le conflit est défini de façon globale comme une
opposition ou un désaccord entre des individus ou des groupes,
généralement fondée sur des intérêts
divergents, des valeurs incompatibles ou une mauvaise communication.
Sa compréhension varie selon les disciplines (philosophie,
psychologie, sociologie, sciences politiques), mais certains auteurs ont
proposé des approches particulièrement éclairantes, c'est
en ce sens qu'Héraclite, philosophe grec, est l'un des premiers à
considérer le conflit comme fondateur de l'ordre du monde, en affirmant
que « la guerre est le père de toutes choses
»24. Le conflit est donc naturel et
constitutif du changement. Friedrich Nietzsche voit dans le
conflit une expression de la volonté de puissance. Il ne s'agit pas
nécessairement d'une violence destructrice, mais d'un moteur
créatif et affirmatif de la vie humaine25.
Selon Elisabeth Zoller et al., le conflit est une divergence
d'intérêts ou d'opinions qui peut engendrer une opposition ouverte
ou latente entre des acteurs, qu'ils soient individus, groupes ou
institutions26. Le Quarter Peace Center, une
organisation spécialisée dans la résolution des conflits,
définit le conflit comme un désaccord perçu ou
réel, où les parties pensent que leurs besoins,
objectifs ou valeurs sont incompatibles. Le conflit est ici vu comme
potentiellement constructif, s'il est bien
géré27. Pour Yves Alpe, le conflit
est une interaction sociale marquée par la confrontation
d'intérêts divergents, mais qui peut aussi représenter une
opportunité de transformation sociale et
politique28. Dominique Picard et
Edmond Marc, dans une perspective psychosociale, insistent sur le fait que le
conflit est un mode relationnel qui révèle des tensions internes
et interpersonnelles, mais aussi des possibilités de reconnaissance
mutuelle et de négociation29. Thomas Gordon
propose une approche pédagogique du conflit, en soulignant que le
conflit n'est pas en soi négatif, mais que c'est la manière de le
gérer qui détermine son issue.
24 Héraclite, cité par
G. Colli (1969). La sagesse grecque. Gallimard
25 Nietzsche, F. (1883). Ainsi
parlait Zarathoustra. Gallimard, 1971
26 oller, É., et al. (2006).
Le droit des conflits. Dalloz
27 Quarter Peace Center (2015).
Conflict Resolution Training Manual. Kampala, Uganda
28 Alpe, Y. (2002). Conflits : les
comprendre, les vivre, les dépasser. Armand Colin
29 Picard, D. & Marc, E. (2001).
L'accord du désaccord. Psychologie du conflit. Dunod
~ 12 ~
Il introduit notamment la méthode sans perdant,
où l'écoute active et l'affirmation de soi sont au coeur
du processus30. Christian Herman,
spécialiste en médiation, quant à lui, définit le
conflit comme un phénomène relationnel où une personne ou
un groupe perçoit qu'un autre empêche la satisfaction de ses
besoins ou attentes. Il appelle à distinguer le conflit manifeste du
conflit latent, pour mieux le
désamorcer31.
I.1.1.2. Conflit foncier
Le conflit foncier désigne toute situation d'opposition
entre individus, groupes ou institutions concernant la propriété,
l'accès, l'usage, la gestion ou le contrôle de la terre. Ces
conflits peuvent être de nature juridique, coutumière, politique,
économique ou identitaire, et sont souvent exacerbés dans des
contextes de pluralisme juridique, d'insécurité foncière
ou de faiblesse institutionnelle. Selon Lavigne Delville, un conflit foncier
est « un différend concernant un droit réel ou perçu
sur un espace foncier donné, souvent lié à une
pluralité de normes ou d'autorités
»32. Il résulte fréquemment de
la coexistence de plusieurs systèmes normatifs (étatique,
coutumier, religieux), générant des tensions sur la
légitimité des droits fonciers. Pour Teyssier et al. , ces
conflits sont enracinés dans l'absence de reconnaissance des droits
locaux et l'instrumentalisation politique de la terre, notamment en
période électorale. Les auteurs soulignent que la terre devient
un enjeu stratégique, particulièrement dans les zones à
forte valeur économique ou symbolique33. Le
Roy parle de « pluralisme juridique non hiérarchisé »,
où les acteurs font appel à différentes sources
d'autorité pour légitimer leurs revendications foncières,
ce qui complexifie la résolution des
conflits34. Dans le contexte congolais, Crisis
Group montre que « la terre est devenue un outil de mobilisation politique
», et que des politiciens utilisent l'accès à la terre pour
récompenser leurs alliés ou punir leurs adversaires, contribuant
ainsi à la persistance et à l'aggravation des
conflits35. À Kalehe (Sud-Kivu), l'ONG APC
observe que l'ingérence d'acteurs politiques dans la gestion
foncière aggrave la fréquence et la violence des conflits,
notamment entre communautés et autorités
traditionnelles36. Enfin, Anzuluni appelle à
une réforme fondée sur l'impartialité institutionnelle, la
transparence et la clarté des compétences, afin de
prévenir l'instrumentalisation du foncier par des élites
politiques37.
30 Gordon, T. (1975). Parents
efficaces. Marabout, 2002
31 Herman, C. (2011). Le conflit :
crise et opportunité relationnelle. Chronique Sociale
32 Lavigne Delville, P. (1998).
Les conflits fonciers en Afrique rurale : approches, enjeux et perspectives
pour l'aide au développement. Paris : Karthala, p. 12
33 Teyssier, A., et al. (2003). La
réforme foncière au service de la paix sociale en Afrique rurale.
In : GRAF, L'accès à la terre : un droit pour tous. Paris :
Karthala, p. 87-89
34 Le Roy, É. (1997). La
sécurisation foncière dans les pays en développement : du
cadre légal aux pratiques locales. Paris : FAO, p. 27
35 Crisis Group. (2019). Elections et
enjeux fonciers en RDC : entre clientélisme et exclusion. Rapport
Afrique n°265, pp. 9-12
36 APC (Action pour la Paix et la
Concorde). (2022). Étude sur les dynamiques des conflits fonciers
à Kalehe. Rapport interne, p. 4-6
37 Anzuluni, P. (2021).
Réformer la gouvernance foncière en RDC : pour un système
impartial et transparent. Lubumbashi : Presses Universitaires du Congo, p.
33-35
~ 13 ~
I.1.1.3. Résolution des conflits
La résolution des conflits désigne l'ensemble
des processus, mécanismes et approches mis en oeuvre pour comprendre,
gérer et mettre fin durablement à un conflit, en traitant non
seulement ses manifestations mais également ses causes
profondes. Selon John Burton , la résolution des conflits implique un
changement dans la relation conflictuelle, par la prise en compte des besoins
fondamentaux non satisfaits des parties, ce qui la distingue d'une simple
gestion ou régulation du conflit38. Pour
Miall, Ramsbotham et Woodhouse, elle consiste à « restructurer les
relations sociales de manière à éliminer les sources
structurelles du conflit », tout en bâtissant une paix durable et
équitable39. Lederach,
propose une approche axée sur la transformation du conflit,
insistant sur l'importance du dialogue, de la réconciliation et
de la justice sociale comme fondements d'une résolution
véritable. Il insiste sur la construction d'un tissu social
renouvelé40. Dans le cadre africain,
Zartman, souligne que la résolution des conflits exige souvent
une médiation multi-niveaux, combinant les rôles des
autorités traditionnelles, des acteurs étatiques, des
communautés locales et parfois de la communauté
internationale41.Enfin, Yves Alpe ;
note que la résolution de conflits ne doit pas se limiter
à une suppression du désaccord, mais plutôt à «
créer les conditions d'une cohabitation pacifique durable », en
prenant en compte les facteurs identitaires, historiques et
culturels42.
Dans la majorité des cas, ce qui a fonctionné
dans le passé pour le même type de problème échoue
dans la situation présente car des moments différents exigent des
applications originales ou des variantes nouvelles d'une solution
donnée. Lorsque des expériences se sont déjà
révélées efficaces, le travail se révèle
nettement plus facile que lorsque l'on doit littéralement «
inventer » la solution. C'est la raison pour laquelle la procédure
consistant à relever les manoeuvres couronnées de succès
et à s'efforcer de les adapter à la situation présente
constitue le premier pas de presque tous les modèles de Stratégie
de résolution de conflit43.
I.1.1.4. Influence
L'influence est généralement définie
comme la capacité d'un individu ou d'un groupe à modifier les
opinions, les attitudes ou les comportements d'autrui, de manière
directe ou indirecte, volontaire ou involontaire. De ce fait,
Kurt Lewin explique l'influence comme étant
38 Burton, J. (1990). Conflict:
Resolution and Prevention. London: Macmillan, p. 55
39 Miall, H., Ramsbotham, O., &
Woodhouse, T. (1999). Contemporary Conflict Resolution. Cambridge: Polity
Press, p. 21
40 Lederach, J.P. (1997). Building
Peace: Sustainable Reconciliation in Divided Societies. Washington D.C.: United
States Institute of Peace Press, p. 74-75
41 Zartman, I. W. (2000). Traditional
Cures for Modern Conflicts: African Conflict «Medicine». Boulder:
Lynne Rienner Publishers, pp. 3-6.
42 Alpe, Y. (2002). La
médiation : Théories et pratiques. Paris : Éditions
L'Harmattan, p. 89
43 Emil Cioran (1911-1995) et
Giorgio NARDONE : la stratégie de résolution de problèmes,
l'art de trouver des solutions aux problèmes insolubles
~ 14 ~
un processus psychosocial par lequel les comportements d'un
individu ou d'un groupe sont modifiés par une pression sociale,
cognitive ou émotionnelle44. Pour Serge
Moscovici, l'influence peut être majoritaire ou
minoritaire et repose sur des processus de conformisme, d'innovation ou de
normalisation. Il insiste sur l'importance de la cohérence du discours
et de la perception de la légitimité du porteur de
l'influence45. Max Weber distingue l'influence de
l'autorité en expliquant que l'influence repose souvent sur le charisme
ou le prestige personnel, alors que l'autorité implique une structure
formelle de pouvoir légitime46. Dans le
champ politique, Pierre Bourdieu considère l'influence comme un capital
symbolique, permettant à certains acteurs d'imposer leur vision du monde
comme légitime, notamment à travers le langage, les institutions
ou les médias47. Enfin, Lasswell
considère l'influence politique comme la capacité à
déterminer "qui obtient quoi, quand et comment", soulignant la
centralité de l'influence dans la répartition du pouvoir et des
ressources48.
I.1.1.5 Politicien
Un homme politique c'est une personne qui participe aux
processus décisionnels et occupe généralement un poste au
sein du gouvernement. Les hommes politiques représentent le peuple,
prennent des décisions et influencent la formulation des politiques
publiques. Bref c'une personne qui exerce une action
politique49. C'est aussi un acteur social et
institutionnel qui exerce une fonction dans la sphère publique, souvent
dans le but de gagner, conserver ou influencer le pouvoir, en vue d'orienter
les décisions collectives. Il joue un rôle dans la formulation des
politiques publiques, dans les négociations entre groupes
d'intérêts et parfois dans la mobilisation ou la manipulation des
ressources, y compris foncières.
Max Weber défini le politicien comme toute personne qui
« vit pour la politique » ou « de la politique » -
c'est-à-dire qu'il en fait soit une vocation, soit une profession. Il
distingue entre ceux mus par une éthique de conviction et ceux
motivés par une éthique de
responsabilité50. Raymond
Aron (1965) le comprend comme un acteur de la décision
dans le cadre de la légitimité d'un État,
chargé d'arbitrer les conflits sociaux par des moyens
institutionnels51. Pour Norbert Lechner, le
politicien est un médiateur entre les exigences de la
société civile et les contraintes de l'appareil d'État,
souvent pris entre logique de clientélisme et impératif de
gouvernance52.
44 Lewin, K. (1951). Field Theory in
Social Science. New York: Harper & Row, p. 34
45 Moscovici, S. (1979). Psychologie
sociale des minorités actives. Paris : PUF, p. 85-87
46 Weber, M. (1922). Économie
et société. Paris : Plon, 1971, Tome 1, p. 145
47 Bourdieu, P. (1994). Raisons
pratiques : Sur la théorie de l'action. Paris : Seuil, p. 125
48 Lasswell, H.D. (1936). Politics:
Who Gets What, When, How. New York: McGraw-Hill, p. 13
49
https://www.larousse.fr et
google
50 Weber, M. (1919). Le Savant et le
Politique. Paris : Plon, 1990, p. 115-117
51 Aron, R. (1965). Démocratie
et totalitarisme. Paris : Gallimard, p. 38
52 Lechner, N. (1988). Los patios
interiores de la democracia. Santiago : FLACSO, p. 74
~ 15 ~
En Afrique, Jean-François Médard explique que le
politicien opère souvent dans une logique de
néo-patrimonialisme, où l'accès à
la terre, aux marchés publics et à l'emploi dépend des
réseaux politiques personnels53. Bayart
parle de « politique du ventre » pour décrire le comportement
des politiciens africains qui instrumentalisent les institutions pour leur
propre accumulation de richesse et de pouvoir54.
I.1.2. Etat des lieux du secteur foncier en RDC et
essai de compréhension de la problématique foncière au
Sud-Kivu
I.1.2.1. Cadre juridique et institutionnel de gestion
foncière en RDC
Le cadre juridique de la gestion foncière en
République Démocratique du Congo (RDC) repose essentiellement sur
la Loi n° 73-021 du 20 juillet 1973 portant régime
général des biens, régime foncier et immobilier, telle que
modifiée et complétée par la Loi n° 80-008 du 18
juillet 1980. Ce texte fonde le principe de la domanialité de la terre,
affirmant que toutes les terres appartiennent à l'État, qui les
concède aux individus ou entités sous forme de droits
d'usage55. L'Ordonnance-loi de 1980 fixe
également les modalités de gestion administrative et
d'enregistrement des terres, via les services du cadastre, les bureaux fonciers
et les circonscriptions foncières. Cependant, la faiblesse des
institutions, l'insuffisance de coordination et les chevauchements de
compétences entre les niveaux étatiques et coutumiers compliquent
la gouvernance foncière56.
Le système de gestion foncière souffre aussi
d'un manque d'accessibilité, de corruption et d'une
précarité juridique des droits fonciers, particulièrement
dans les zones rurales57. À cela s'ajoute le
poids du droit coutumier, très vivace, qui continue à encadrer la
gestion des terres au niveau local sans reconnaissance officielle
claire58.
I.1.2.2. Nationalisation de la terre
La nationalisation de la terre en RDC, introduite par la loi
foncière de 1973, repose sur le principe selon lequel toute terre est
propriété de l'État, qui la met à
la disposition des citoyens ou entreprises via des titres de
concession59. Ce système visait à
instaurer un régime uniforme, à abolir les anciens droits
coutumiers jugés archaïques, et à contrôler
l'accès aux ressources naturelles stratégiques. Cependant, cette
réforme a été largement déconnectée des
réalités
53 Médard, J.-F. (1991).
« Le néo-patrimonialisme en Afrique noire », in Politique
africaine, n°45, Karthala, p. 25-36
54 Bayart, J.-F. (1999).
L'État en Afrique : La politique du ventre. Paris : Fayard, p. 207
55 République
Démocratique du Congo. Loi n°73-021 du 20 juillet 1973,
modifiée par la Loi n°80-008 du 18 juillet 1980, articles 1
à 7
56 RCN Justice &
Démocratie. Étude sur le cadre légal et institutionnel du
foncier en RDC. Kinshasa : RCN, 2016, p. 22
57 Van Hoyweghen, S. & Hilhorst,
T. (2012). Land governance reform in Eastern DRC. The Hague: IS Academy, p.
8
58 Huggins, C. (2010). Land, Power
and Identity: Roots of violent conflict in Eastern DRC. Nairobi: ACTS Press, p.
30-33
59 République
Démocratique du Congo. Loi n°73-021 du 20 juillet 1973, article
1
~ 16 ~
socioculturelles. Les droits coutumiers, profondément
enracinés, continuent de jouer un rôle central dans l'allocation
et la transmission des terres dans la majorité des territoires
ruraux60. Ce dualisme juridique
génère des conflits d'autorité, d'interprétation et
d'usage entre chefs coutumiers et administrations foncières
étatiques61. Dans les provinces comme le
Sud-Kivu, la nationalisation de la terre a souvent été
perçue comme un outil de dépossession et d'accaparement au profit
des élites politiques ou militaires62. Cette
perception alimente la méfiance vis-à-vis des institutions
publiques et exacerbe les conflits fonciers.
I.1.2.3. Précarité des droits fonciers
coutumiers
Les droits coutumiers sont souvent précaires car non
reconnus formellement par l'État congolais. Malgré leur
enracinement dans les pratiques locales, ces droits sont vulnérables aux
politiques centralisées d'appropriation foncière. Leur absence de
formalisation les rend contestables, notamment face aux acteurs ayant
accès aux titres officiels63.
I.1.2.4. Inadaptation du processus d'octroi des titres
fonciers
Le processus d'acquisition des titres fonciers est
coûteux, bureaucratique et peu accessible aux communautés rurales.
Il est souvent mal adapté aux pratiques foncières
traditionnelles, créant ainsi un fossé entre le droit formel et
les réalités coutumières64.
I.1.2.5. Cadre théorique et pluralisme juridique
La coexistence de plusieurs régimes juridiques
(coutumier, étatique, religieux) génère des conflits de
légitimité dans la gestion du foncier. Ce pluralisme, s'il non
harmonisé, crée des chevauchements et favorise les abus de
pouvoir65. Le cadre théorique mobilise : Le
pluralisme juridique pour comprendre les systèmes concurrents de normes
foncières. L'approche néo-patrimoniale du pouvoir,
pour analyser l'ingérence politique et l'approche de la
gouvernance locale pour identifier des solutions
inclusives66.
I.1.2.6. La « tribu » comme entité
politique dans l'arène foncière et l'histoire coloniale
Les identités tribales jouent un rôle
déterminant dans l'accès à la terre. La tribalisassions
des conflits fonciers reflète une politisation des appartenances
ethniques, souvent
60 Mathieu, P., Lavigne Delville, P.,
& al. (2003). Making land rights more secure in Africa. Paris: GRET, p.
53-54
61 Lund, C. (2002). Negotiating
property institutions: On the symbiosis of property and authority in Africa. In
Development and Change, 33(6), p. 949
62 Trefon, T. (2011). Congo
Masquerade: The Political Culture of Aid Inefficiency and Reform Failure.
London: Zed Books, p. 104
63 Le Roy, E. (2011). La
sécurisation foncière dans les pays du Sud : Du cadre
légal aux pratiques locales. Paris : Karthala, p. 135
64 Lund, C. (2000). Seeking Certainty
and Aggravating Uncertainty: The Beginnings of a Land Registry in Niger. IDS
Bulletin, 32(4), p. 15
65 Bierschenk, T., & Olivier
de Sardan, J.-P. (1998). Les pouvoirs au village. Le Bénin rural entre
démocratisation et décentralisation. Paris : Karthala, p. 221
66 Ostrom, E. (1990). Governing the
Commons: The Evolution of Institutions for Collective Action. Cambridge
University Press, p. 88
~ 17 ~
instrumentalisées par des acteurs politiques pour
contrôler l'espace foncier67. La colonisation
belge a bouleversé les systèmes fonciers locaux en imposant des
normes étatiques et en hiérarchisant les droits fonciers. Cette
stratification historique persiste, notamment dans les perceptions d'injustice
et d'illégitimité des titres fonciers
actuels68.
I.1.2.7. Le conflit entre Bahavu et Batembo, les
rwandophones et les conflits fonciers de Kalehe
Ce conflit communautaire découle d'une
compétition foncière sur fond d'histoire coloniale,
d'inégalités d'accès à la chefferie et de tensions
autour de la légitimité des revendications territoriales. Il
s'est intensifié avec l'implication d'acteurs
politiques69. Les communautés rwandophones,
souvent perçues comme « étrangères »,
rencontrent des obstacles à la reconnaissance de leurs droits fonciers.
Leurs demandes d'accès à la terre se heurtent à des
résistances historiques et identitaires alimentées par le
contexte post-conflit70.
I.1.2.8. Des migrations au compte-gouttes et
l'accès à la terre par les communautés rwandophones
à Kalehe : quelle maîtrise foncière ?
La pression démographique liée aux migrations
internes ou transfrontalières perturbe l'équilibre foncier local.
Ces mouvements, parfois organisés, provoquent des recompositions
territoriales qui cristallisent les tensions entre
communautés71. Malgré leur
présence de longue date, les rwandophones peinent à
sécuriser leur accès à la terre. Le manque de
reconnaissance institutionnelle, la stigmatisation et la politisation des
conflits entravent une réelle maîtrise
foncière72.
I.1.2.9. L'accès à la terre par le
Kalinzi et par du fait de la présence dans les plantations des
colons
Le système de Kalinzi est une
modalité d'occupation foncière traditionnelle dans certaines
régions de Kalehe. Il permet à un individu d'exploiter
temporairement un lopin de terre appartenant à un chef coutumier ou
à une autorité locale. Toutefois, ce droit d'usage reste
précaire, car il ne confère ni titre ni garantie à long
terme73.L'installation de certaines populations sur
les anciennes plantations coloniales après l'indépendance a
généré des formes informelles
67 Lemarchand, R. (2009). The
Dynamics of Violence in Central Africa. University of Pennsylvania Press, p.
49
68 Mamdani, M. (1996). Citizen and
Subject: Contemporary Africa and the Legacy of Late Colonialism. Princeton
University Press, p. 142
69 Life & Peace Institute (2020).
Rapport sur les dynamiques communautaires dans le territoire de Kalehe. p.
12-14
70 International Refugee Rights
Initiative (IRRI) (2013). "Who Belongs Where?" Conflict, Displacement, Land and
Identity in North Kivu, Democratic Republic of Congo, p. 22
71 Huggins, C. (2010). Land, Power
and Identity: Roots of violent conflict in Eastern DRC. International Alert, p.
37
72 Association pour l'Accès
à la Terre (APC), (2022). Conflits fonciers et communautés
marginalisées dans Kalehe. Rapport interne, p. 27-29
73 Muchuba, L. (2015). L'accès
coutumier à la terre au Sud-Kivu : entre pratiques anciennes et enjeux
contemporains. Bukavu : CERUKI, p. 19
~ 18 ~
d'appropriation foncière. Ces terres restent
juridiquement floues et sont souvent revendiquées par des
héritiers des colons ou par des autorités
étatiques74.
I.1.2.10. Le nomadisme foncier dans les Hauts Plateaux
du groupement de Buzi et l'accès à la terre par
interposition
Le nomadisme foncier des rwandophones, c'est-à-dire
leur mobilité en quête de terres disponibles, est perçu par
les autochtones comme une stratégie d'expansion territoriale. Cela
suscite des tensions autour de la légitimité de leur
présence et de leur droit à l'accès à la
terre75. Dans certains cas, des personnes
accèdent à la terre par l'intermédiaire de tiers, souvent
influents politiquement ou économiquement. Ce système par
interposition est utilisé pour contourner les limitations
coutumières ou les blocages communautaires, mais il fragilise les droits
fonciers et alimente les suspicions76.
I.1.2.11. L'installation comme Mushizi et Rwandophones
versus autochtones : contestations foncières et politisation des enjeux
locaux
Le Mushizi est un migrant qui s'installe temporairement dans
une entité pour cultiver la terre avec l'accord du propriétaire
coutumier. Son statut reste subalterne : il ne peut revendiquer aucun droit
foncier durable. Les tensions naissent lorsque cette occupation devient
permanente77. La question de la terre devient le
terrain d'affrontement entre populations rwandophones et autochtones dans les
Hauts Plateaux de Kalehe. Les revendications territoriales sont souvent
instrumentalisées par des acteurs politiques pour mobiliser les
communautés et se construire une base électorale
locale78.
I.1.2.12. Des conflits interindividuels et familiaux
Outre les conflits intercommunautaires, les conflits fonciers
interindividuels et familiaux sont également fréquents. Ils
portent sur les successions, le partage des terres, les limites des champs ou
les ventes non reconnues. Ces conflits sont exacerbés par l'absence de
cadastre fiable et de justice locale
crédible79.
74 Mathieu, P., & Van
Hoyweghen, S. (2007). Enjeux fonciers et constructions identitaires dans les
conflits violents en Afrique centrale. In : J. F. Médard (dir.), La
gouvernance en Afrique, Paris : Karthala, p. 113
75 Eriksson Baaz, M. & Stern,
M. (2010). The complexity of violence: A critical analysis of sexual violence
in the DRC. SIDA Working Paper, p. 47
76 Huggins, C. (2010). Land, Power
and Identity: Roots of violent conflict in Eastern DRC. International Alert, p.
52
77 Vlassenroot, K. & Huggins,
C. (2005). Land, Migration and Conflict in Eastern DRC. In: Huggins &
Clover (eds.), From the Ground Up: Land Rights, Conflict and Peace in
Sub-Saharan Africa. Pretoria: ISS, p. 131
78 International Crisis Group (2019).
Les Kivu : Une stabilité illusoire. Rapport Afrique n°266,
Bruxelles, p. 23-26
79 Action pour la Paix et la Concorde
(APC), (2022). Étude sur les dynamiques foncières dans le
territoire de Kalehe, Bukavu, p. 34
~ 19 ~
I.1.3. La problématique des limites entre
groupements Buzi à Ziralo
La délimitation entre les groupements de Buzi
(majoritairement Bahavu) et Ziralo (majoritairement Batembo) constitue une
source majeure de tensions foncières au sein du territoire de Kalehe,
dans le Sud-Kivu. Ces différends s'inscrivent dans un contexte
historique et politique marqué par des récits divergents de
légitimité territoriale.
Les Bahavu affirment que le territoire disputé
relève historiquement de leur chefferie. Ils évoquent des titres
coutumiers anciens, des actes coloniaux, et
l'ancienneté de leur occupation comme preuves de leur
souveraineté sur ces terres. Selon eux, les Batembo auraient
été accueillis comme populations migrantes ou
déplacées, notamment après les troubles
interethniques des années 1960. « Les Bahavu se
réfèrent aux archives coloniales et aux limites des plantations
belges pour défendre leur droit sur ces terres... Ils considèrent
l'installation des Batembo comme tardive et tolérée à
titre humanitaire »80.
Les Batembo, de leur côté, soutiennent que ces
terres font partie intégrante de leur espace vital depuis des
générations. Ils rejettent les délimitations coloniales
comme biaisées et plaident pour une reconnaissance de leur occupation
effective et de leurs droits d'usage ancrés dans la coutume. La
colonisation, selon eux, a favorisé les Bahavu au détriment
d'autres groupes. « Pour les Batembo, l'histoire orale, les tombeaux
ancestraux et la mémoire collective sont les preuves vivantes de leur
enracinement. Ils perçoivent les tentatives de démarcation comme
une stratégie d'appropriation foncière soutenue politiquement
»81.
I.1.4. Analyse croisée des récit et
Théories explicatives des résultats
Les versions opposées s'enchevêtrent dans une
logique de conflit identitaire territorialisé, où la
légitimité coutumière, les arrangements postcoloniaux, et
les enjeux électoraux s'entrecroisent. La faiblesse de l'État
dans l'arbitrage des limites et le manque de documents cadastraux fiables
favorisent l'émergence d'un conflit latent, parfois violent. «
L'absence de bornage officiel ou de cartes juridiques valides, combinée
à l'instrumentalisation politique des récits fonciers, entretient
une instabilité territoriale chronique
»82. L'analyse des différends entre les
groupements de Buzi et Ziralo s'éclaire à la lumière de
plusieurs grilles théoriques qui permettent d'interpréter les
dynamiques de conflits fonciers dans un contexte de gouvernance faible,
d'histoire coloniale contestée et d'instrumentalisation politique.
80 Vlassenroot, K. (2002).
Citizenship, Identity Formation and Conflict in South Kivu: The Case of the
Banyamulenge, Review of African Political Economy, 29(93/94), p. 503
81 Rukumbuzi, N. (2011). Conflits
identitaires et enjeux fonciers dans les Kivu. Paris : L'Harmattan, p. 87
82 International Crisis Group (2021).
Réduire les tensions ethniques dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu,
Rapport Afrique n°293, p. 12
~ 20 ~
Le conflit résulte, en partie, de la coexistence de
plusieurs systèmes normatifs (coutumier, étatique, religieux),
chacun revendiquant la légitimité de régir l'accès
et la propriété foncière. Cette superposition crée
des zones grises juridiques et des conflits d'interprétation. « Le
pluralisme juridique est au coeur de l'imbroglio foncier africain : les
systèmes coutumiers d'accès à la terre, les titres
étatiques, et les arrangements communautaires s'opposent souvent
plutôt que de se compléter
»83.
Les conflits fonciers peuvent aussi être
expliqués par une instrumentalisation des ressources publiques,
ici la terre, par les élites politiques. Ces dernières
s'appuient sur leur autorité pour redistribuer les terres à leurs
clientèles, renforçant les antagonismes intercommunautaires.
« Dans un contexte néo-patrimonial, les terres sont moins un bien
économique qu'un moyen de patronage politique ; elles deviennent des
leviers de pouvoir local
»84.
Le différend Buzi-Ziralo peut aussi être
interprété à travers une approche identitaire,
où le territoire devient un marqueur de l'identité
collective. Les groupes ethniques (Bahavu, Batembo) développent des
récits historiques concurrents pour justifier leur souveraineté
foncière. « Le territoire agit comme miroir identitaire : le droit
à la terre devient le droit d'exister politiquement et historiquement
face à l'autre »85.
Cette approche insiste sur le rôle des arènes
locales (chefferies, comités de paix, notables, autorités
politiques) comme espaces d'intermédiation ou de manipulation. Les
conflits fonciers sont souvent négociés, détournés
ou exacerbés selon les rapports de force au sein de ces arènes.
« Les arènes locales sont des champs de pouvoir dans lesquels se
rejoue sans cesse la négociation de la légitimité
foncière, en fonction des alliances, des conflits et des
intérêts en présence
»86.
I.1.5. Typologies et origines des conflits fonciers
I.1.5.1. Types de conflits fonciers
La littérature distingue plusieurs types de conflits
fonciers en Afrique subsaharienne, et particulièrement en
République Démocratique du Congo (RDC), que l'on retrouve aussi
dans le groupement de Buzi, au Sud-Kivu. Ces conflits varient selon les acteurs
impliqués, la nature du droit contesté, et les dynamiques
politiques ou historiques qui les sous-tendent.
83 Le Roy, E. (1999). La fabrique
juridique des territoires africains. Paris : Karthala, p. 45
84 Bayart, J.-F. (2006).
L'État en Afrique : la politique du ventre. Paris : Fayard, p. 135
85 Geschiere, P. (2009). The
Perils of Belonging: Autochthony, Citizenship, and Exclusion in Africa and
Europe. Chicago: University of Chicago Press, p. 88
86 Lund, C. (2006). Twilight
Institutions: Public Authority and Local Politics in Africa. Development and
Change, 37(4), p. 691
~ 21 ~
1. Conflits intercommunautaires ou interethniques
: Ces conflits surviennent lorsque deux communautés ou groupes
ethniques revendiquent la souveraineté sur une même portion de
terre. Dans le contexte de Buzi, on retrouve cette dynamique entre les Bahavu
et les Batembo, ou entre les autochtones et les rwandophones. « Ces
conflits trouvent leur origine dans des représentations historiques
concurrentes de l'occupation du territoire, renforcées par les
politiques coloniales de classification ethnique
»87.
2. Conflits intrafamiliaux ou successoraux :
Ils opposent des membres d'une même famille ou clan à propos de
l'héritage foncier, notamment dans un contexte où les
règles de succession coutumières ne sont pas claires ou sont
contredites par le droit écrit. « L'indétermination des
règles de succession dans un contexte de pluralisme juridique alimente
des conflits fonciers récurrents au sein des familles
»88.
3. Conflits entre communauté et État
: Ces conflits surviennent lorsque l'État octroie des titres
fonciers à des tiers sans consulter les populations locales, souvent sur
des terres perçues comme appartenant coutumièrement aux
communautés. « L'absence de concertation entre l'État et les
populations locales transforme souvent des projets de développement en
sources de contestation foncière
»89.
4. Conflits entre titulaires de titres et
détenteurs de droits coutumiers : Ce type de conflit
résulte du chevauchement entre les droits coutumiers (non
enregistrés mais socialement reconnus) et les titres émis par
l'administration foncière. « Les titres fonciers
délivrés en méconnaissance des droits coutumiers existants
sont souvent une source de confrontation entre les deux types de
détenteurs »90.
I.1.5.2. Origines des conflits fonciers à Buzi
Les conflits fonciers dans le groupement de Buzi sont le fruit
d'un enchevêtrement de facteurs historiques, sociaux,
politiques et juridiques, souvent exacerbés par la faiblesse de
l'État et la complexité des appartenances identitaires.
1. Héritage de la colonisation :
L'histoire coloniale belge a laissé un système foncier dualiste
(coutumier/étatique) qui n'a jamais été résolu. Les
terres allouées aux colons ou transformées en concessions ont
souvent été récupérées sans clarification,
générant des
87 Huggins, C. & Clover, J.
(2005). From the Ground Up: Land Rights, Conflict and Peace in Sub-Saharan
Africa. Pretoria: ISS, p. 56
88 Mathieu, P., Lavigne Delville, P.
& al. (2003). Droits fonciers et gestion des ressources naturelles. Paris:
Karthala, p. 91
89 Deininger, K. (2003). Land
Policies for Growth and Poverty Reduction. Washington, DC: World Bank, p.
173
90 Le Roy, E. (2001). La
sécurisation foncière en Afrique. Revue Tiers Monde, n°165,
p. 35
~ 22 ~
tensions. « L'absence de politique foncière
cohérente à l'indépendance a laissé place à
une insécurité foncière chronique
»91.
2. Pressions démographiques et migrations
: Le retour massif de populations déplacées, notamment
les rwandophones ou des populations venues du Nord-Kivu, a accentué la
compétition pour la terre, en particulier sur les hauts plateaux. «
La mobilité forcée, combinée à l'absence de
mécanismes de réintégration foncière, crée
un terreau fertile pour les tensions autour de la terre
»92.
3. Politisation de l'accès à la terre
: Des acteurs politiques utilisent l'octroi de terres comme levier
pour asseoir leur influence. Cela alimente les conflits entre groupes soutenus
par des figures politiques concurrentes. « En RDC, la terre est devenue un
outil électoral, servant à consolider les alliances ou à
exclure des rivaux »93.
4. Faiblesse institutionnelle :
L'inefficacité de l'administration foncière, l'absence d'archives
fiables et la corruption dans l'octroi des titres accroissent
l'insécurité foncière à Buzi. «
L'informalité institutionnalisée de la gestion foncière en
RDC contribue à la multiplication des titres contradictoires
»94.
I.1.6. Résolution des conflits fonciers dans le
Groupement de Buzi I.1.6.1. Étapes de la résolution
La résolution des conflits fonciers suit
généralement plusieurs étapes : l'identification du
conflit, la recherche des causes profondes, la médiation,
la négociation, la formulation d'un accord, et enfin la
mise en oeuvre et le suivi. Dans le contexte coutumier de Buzi, ces
étapes sont souvent assurées par les autorités
coutumières, avec ou sans implication de l'État. « Une
approche constructive de la résolution de conflits suit un processus
séquentiel permettant de passer du diagnostic à la transformation
pacifique du différend »95.
I.1.6.2. Valeurs de résolution des conflits
Les mécanismes coutumiers dans le groupement de Buzi
sont souvent fondés sur des valeurs locales telles que le
respect, la vérité, le
repentir, la réconciliation et la cohésion
communautaire, plutôt que sur une logique strictement
juridique ou punitive. « La justice
91 Mamdani, M. (1996). Citizen and
Subject: Contemporary Africa and the Legacy of Late Colonialism. Princeton:
Princeton University Press, p. 149.
92 Van Acker, T. (2005). Where Did
All the Land Go? Enclosure and Social Struggle in Kivu (DRC). Review of African
Political Economy, Vol. 32, No. 103, p. 83.
93 Crisis Group (2019). A la
croisée des chemins : le défi foncier en RDC. Rapport Afrique
n°266, p. 23.
94 Teyssier, A. (2010). La
réforme foncière au Congo : une urgence politique. Paris :
Comité Technique Foncier, p. 14.
95 Lederach, J. P. (1995). Preparing
for Peace: Conflict Transformation Across Cultures. Syracuse: Syracuse
University Press, p. 29.
~ 23 ~
réparatrice repose sur des valeurs culturelles de
pardon et de reconnaissance mutuelle, profondément ancrées dans
les traditions africaines »96.
I.1.6.3. Participation et autonomisation
L'inclusion des différentes parties dans le processus
décisionnel favorise des solutions durables. À Buzi, les conflits
fonciers sont parfois exacerbés par l'exclusion des jeunes, des femmes
ou des migrants internes des processus coutumiers. « L'autonomisation des
acteurs locaux dans la gestion des différends fonciers est une condition
essentielle pour une paix sociale durable
»97.
I.1.6.4. Respect de la diversité des points de vue
et des perspectives
Une résolution efficace prend en compte les
différents récits historiques et les perceptions identitaires.
À Buzi, les conflits sont souvent liés à des lectures
divergentes du passé entre groupes ethniques. « La reconnaissance
des récits multiples est un élément central dans la
transformation des conflits communautaires
»98.
I.1.6.5. Justice et Non-violence
Le sentiment d'injustice foncière est un facteur
clé de l'escalade des conflits. La résolution doit viser à
restaurer l'équité et la légitimité des
décisions, qu'elles soient prises au niveau coutumier ou institutionnel.
« Une paix durable passe par la perception d'une justice équitable
pour toutes les parties, et non uniquement par l'absence de violence
»99.
Les mécanismes coutumiers dans certaines
communautés du Sud-Kivu promeuvent la non-violence à travers le
dialogue intercommunautaire, les rituels de réconciliation ou les
cérémonies de pardon. « La non-violence est non seulement un
moyen mais aussi une finalité des processus de réconciliation
communautaire »100.
I.1.6.6. Transformation des individus et de leur
communauté, Prévention et résolution des
conflits
La transformation des conflits ne se limite pas à la
gestion du différend, elle vise aussi la transformation des relations,
des structures et des visions du monde. « La
transformation du
96 Zehr, H. (2002). The Little Book
of Restorative Justice. Intercourse, PA: Good Books, p. 41.
97 Ubink, J. M. (2008). In the Land of the Chiefs:
Customary Law, Land Conflicts, and the Role of the State in Peri-Urban Ghana.
Leiden: Leiden University Press, p. 198.
98 Lederach, J. P. (2003). The Little
Book of Conflict Transformation. Intercourse, PA: Good Books, p. 65.
99 Galtung, J. (1996). Peace by
Peaceful Means: Peace and Conflict, Development and Civilization. London: SAGE
Publications, p. 31
100 Gandhi, M. K. (2001). The Essential
Writings. New Delhi: Oxford University Press, p. 137.
~ 24 ~
conflit implique de travailler sur les schémas
relationnels, les perceptions et les structures qui nourrissent l'injustice
»101.
Au-delà de la résolution ponctuelle, il est
crucial de mettre en place des mécanismes de prévention, comme
l'éducation civique, la documentation foncière, et le dialogue
interethnique. À Buzi, ces mécanismes sont souvent absents ou
insuffisamment institutionnalisés. « Une gouvernance
foncière efficace doit intégrer la prévention des conflits
par l'enregistrement foncier participatif et des mécanismes de
médiation locale »102.
I.2. REVUE DE LA LITTERATURE EMPIRIQUE
L'étude des conflits fonciers dans le groupement de
Buzi, en lien avec l'ingérence politique et les mécanismes de
résolution, s'inscrit dans une vaste littérature qui aborde les
dimensions sociales, politiques et juridiques de l'accès à la
terre en Afrique, et plus spécifiquement en République
Démocratique du Congo (RDC). Cette section présente une revue
critique de plusieurs recherches empiriques pertinentes.
I.2.1. Conflits fonciers et gouvernance locale
Rahali Amani Souads met en évidence que les conflits
fonciers en Afrique subsaharienne trouvent leurs racines dans la pression
démographique, la rareté des terres agricoles, et surtout la
superposition de normes coutumières et modernes, souvent
manipulées par des acteurs politiques. L'étude souligne que ces
conflits sont davantage attisés par l'absence de coordination entre les
institutions officielles et les autorités
coutumières103. Dans une perspective
complémentaire, Crousse et Le Roy (2011) insistent sur la
nécessité de repenser la gouvernance foncière à
travers une approche inclusive qui tienne compte des acteurs locaux. Ils
plaident pour un modèle basé sur la décentralisation et la
reconnaissance des dynamiques coutumières, tout en intégrant les
principes de l'État moderne104.
I.2.2. Pluralisme juridique et désordre foncier
Tegera, Barrière O. et Barrière C. soulignent
que l'un des problèmes majeurs en RDC réside dans l'absence de
gouvernance foncière partagée. Leurs travaux montrent que les
autorités publiques imposent une logique administrative et
centralisée qui entre souvent en contradiction avec les pratiques
locales, générant méfiance et tensions. Les auteurs
appellent à une réforme
101 Bloomfield, D., Barnes, T., & Huyse, L.
(2003). Reconciliation After Violent Conflict: A Handbook. Stockholm: IDEA, p.
23
102 Lavigne Delville, P. (2014). Les conflits
fonciers en Afrique de l'Ouest : comment les comprendre, comment agir ? Paris :
GRET, p. 112
103 Rahali Amani Souads, Les conflits fonciers
en Afrique subsaharienne : état des lieux et perspectives, Revue
Tiers-Monde, 2006, p. 47
104 Crousse B. & Le Roy É., Terres,
territoires et ressources : vers un nouveau mode de gouvernance foncière
?, Karthala, 2011, p. 89
~ 25 ~
fondée sur la participation communautaire et la
reconnaissance des normes coutumières105.
Lavigne Delville et Chauveau, quant à eux, insistent sur la
pluralité des droits fonciers, qu'ils considèrent à la
fois comme un facteur de conflit et un potentiel levier d'innovation
institutionnelle. Selon eux, sécuriser les droits fonciers
nécessite une réforme qui ne soit pas uniquement
législative, mais qui intègre les pratiques sociales
existantes106.
I.2.3. Le rôle des acteurs humanitaires et
politiques
Catherine Goislard, analyse l'action des organisations
humanitaires dans la gestion des conflits fonciers en contexte post-conflit,
notamment à l'Est de la RDC. Elle note que leur rôle de
médiateur peut être utile, mais que leur impact est limité
sans un ancrage dans des dispositifs institutionnels
stables107. Jean-Philippe Platteau, de son
côté, étudie comment les normes sociales influencent les
institutions foncières. Il affirme que les conflits fonciers ne peuvent
être compris sans considérer la force des normes
coutumières, parfois en décalage complet avec les lois de
l'État, et souvent exploitées à des fins
clientélistes108.
I.2.4. Conflits fonciers et enjeux identitaires
Les travaux de Mushagalusa Mudinga, sur le Sud-Kivu sont
particulièrement pertinents pour le cas de Buzi. Il démontre que
les conflits fonciers y sont liés à la compétition pour
les ressources, à l'histoire coloniale des plantations, mais aussi
à l'instrumentalisation politique des appartenances ethniques. L'auteur
montre que la terre devient un enjeu identitaire, souvent mobilisé dans
des conflits intercommunautaires où les politiciens locaux jouent un
rôle ambivalent109.
I.2.5. Analyse critique
De cette revue ressortent plusieurs points convergents faisant
étant du pluralisme juridique souvent non harmonisé, crée
un chevauchement de normes qui nourrit l'insécurité
foncière. L'ingérence politique, loin d'être marginale, est
centrale dans la gestion des conflits, avec une instrumentalisation
fréquente des identités et de l'appareil coutumier. La
gouvernance foncière reste déficiente en matière de
participation locale, de justice et de transparence. Et, les propositions de
réforme insistent toutes sur la nécessité de renforcer la
reconnaissance des droits fonciers coutumiers, tout en assurant une meilleure
coordination institutionnelle. Ces résultats
105 Tegera A., Barrière O.,
Barrière C., Terres et conflits en Afrique centrale : plaidoyer pour une
gouvernance partagée, IRENE/GRIP, 2006, p. 121
106 Lavigne Delville P. & Chauveau J-P.,
Gouvernance foncière et politiques publiques en Afrique, Editions
Karthala, 2014, p. 55
107 Goislard C., Conflits fonciers et
interventions humanitaires dans l'Est du Congo, IRIN, 2012, p. 33
108 Platteau J.-P., Institutions, social norms,
and economic development, Routledge, 2000, p. 72
109 Mushagalusa Mudinga, La dimension
foncière des conflits armés au Sud-Kivu, LPI/UCB Bukavu, 2018, p.
104
~ 26 ~
renforcent la pertinence de notre recherche qui vise à
explorer comment les mécanismes de résolution des conflits dans
le groupement de Buzi sont affectés par l'influence politique, et
comment y remédier à travers une gouvernance foncière
adaptée aux réalités locales.
Conclusion Partielle
Ce premier chapitre a permis de poser les bases
théoriques et empiriques nécessaires à la
compréhension des conflits fonciers dans le groupement de Buzi. À
travers l'examen de concepts clés tels que le conflit, la
résolution des conflits, l'influence politique et la gouvernance
foncière, il ressort que le foncier constitue une ressource
stratégique au coeur d'enjeux identitaires, économiques et
politiques.
La mobilisation du pluralisme juridique éclaire la
complexité des régulations foncières dans un contexte
où coexistent les normes coutumières, étatiques et parfois
religieuses. L'approche néo-patrimoniale du pouvoir permet de comprendre
comment certains acteurs politiques détournent les mécanismes de
résolution au profit d'intérêts clientélistes.
Enfin, l'approche de la gouvernance locale met en exergue l'importance de la
transparence, de la participation communautaire et de l'impartialité
dans la gestion foncière.
L'analyse de la littérature empirique confirme que les
dynamiques foncières en RDC, et particulièrement au Sud-Kivu,
sont profondément influencées par les interférences
politiques, les failles du système foncier, les tensions interethniques,
ainsi que la précarité des droits fonciers coutumiers. Ces
constats justifient pleinement l'intérêt de cette étude,
qui vise à mieux cerner les formes d'ingérence politique, leurs
effets sur la paix sociale, et les pistes vers une gouvernance foncière
plus équitable.
~ 27 ~
CHAPITRE II : APPROCHE METHOLOLOGIQUE
Ce chapitre décrit l'approche méthodologique
adoptée pour conduire notre recherche. Il présente le cadre
d'étude, le type de recherche, les méthodes de collecte et
d'analyse des données, les outils utilisés, ainsi que la
démarche d'échantillonnage. L'objectif est de garantir une
rigueur scientifique permettant de répondre de manière fiable aux
questions de recherche et de valider les hypothèses formulées.
II.1. BREVE PRESENTATION DU GROUPEMENT DE BUZI
II.1.1. Situation géographique
Comme le décrit le CAID, le groupement de Buzi se situe
dans la chefferie de Buhavu, territoire de Kalehe, Province du Sud-Kivu en
République démocratique du Congo. Actuellement, Buzi est
placé sous l'autorité coutumière du Mwami AMRI SANGARA qui
a succédé à son feu père en 2019.
Sa population, de près de 276 197 habitants
d'après le rapport annuel du bureau de l'Etat Civile du groupement de
Buzi sans compté les déplacés de guerre interne qui
s'étendent sur une superficie de 3000 km2 :
- Au Nord : La rivière Tchungiri et le
lac Kivu le long du littoral est la cité de Minova les séparent
avec la chefferie BAHUNDE, groupement de Mupfunyi Shanga, territoire de Masisi
dans la province du Nord Kivu ;
- Au Sud : La rivière GOKWE (Makelele)
qui forme la limite naturelle avec le groupement de Mbinga Nord en territoire
de Kalehe ;
- A l'Est : Le Lac Kivu ;
- A l'Ouest : La rivière Nyabarongo
qui forme la limite naturelle avec le groupement de Ziralo.

Photo n°1 : Carte administrative du groupement
de Buzi, Source :
www.institut-fenelon.org,
consulter le 25 mai 2025 à 15h00
o La rivière LULUNGA est un influent de la rivière
MUBIMBI, elle alimente les localités de KALUNGU et BWISHA ;
~ 28 ~
II.1.2. Statut juridique du groupement de Buzi
L'actuel groupement de Buzi fut érigé en
chefferie bien avant 1908, son premier chef de chefferie en la personne de
SANGARA BIGILIMANI fut investie par l' administration coloniale Belge sous le
P.V d'investiture Bigilimani ayant comme limite avec le MBINGA , la
rivière GOKWE à MAKELELE dix-huit ans après , par
décision n° 15 du 26 Octobre 1936 régissant les
circonscriptions indigènes de la chefferie BIGILIMANA comme d'autres fut
transformée en groupement tradition de Bahavu (comprenant les
groupement, MBINGA , Buzi, Mubugu, Kalonge , Kalima et Idjwi. Cette
organisation restera statuquo jusqu'en 1974 lorsque le gouvernement
décida la création de la nouvelle zone d'IDJWI en
détachant cette île de la collectivité-chefferie de Bahavu
par l'arrêté départemental N° 0295 du 25 Septembre
1974 spécialement en son article 2 qui stipule, dénommées
ci-après : MBINGA, BUZI, MUBUGU, KALIMA, et KALONGE.
II.1.3. Le relief du groupement de Buzi
Le relief du groupement de Buzi est caractérisé de
:
- Collines et plaines le long du lac Kivu ;
- La prolongation de la chaine de MITUMBA ;
- Une région des hauts plateaux à
une altitude variant entre 2000 à 3000m composé des villages de
LOWA NUMBI et de MURAMBI.
II.1.4. Hydrographie
Le groupement de BUZI est constitué des deux bassins
hydrographiques principaux à savoir :
- Le bassin de Lowa dans la partie
occidentale du groupement de Buzi recevant les eaux des affluents NYABARONGO,
KAKENGE, CYAKUBANGWA, NGUNGU, GASARARA et de MUHIHI dans le village de Lowa
Numbi ;
- Tandis que le bassin de MUBIMBI dans l'Est,
spécialement à Minova qui reçoit les eaux des
rivières Mubimbi et de Lulunga pour et se déverse dans le lac
Kivu dans le village de Kasunyu en traversant la RN2 (Goma-Bukavu).
Autres rivières secondaires :
~ 29 ~
o La rivière de NYABARONGO on extrait des
matières premières dans le village de Lowa Numbi ;
o La rivière GOKWE constitue la limite naturelle entre
le groupement de Buzi et celle de Mbinga Nord au Sud de la chefferie de Buhavu
;
o La rivière CUNGIRI constitue également la
limite naturelle de l'extrême Nord du groupement de Buzi avec le
territoire de Masisi inondant les terres de KITALAGA.
Enfin, le lac Kivu à l'Est présente un avantage du
fait qu'il permet la navigation et la pêche. II.1.5. Brève
historique du groupement de BUZI
Le groupement de Buzi fait partie de sept groupements
administratifs que compte la chefferie de Buhavu. De ce fait, le Buhavu
comprend d'après ces coordonnées géographiques, des terres
de Kalehe, Buzi, d'île d'idjwi et ses quelques îlots du lac
Kivu.
Le nom du groupement tire son origine du vocable Havu : «
Echibuzi » qui signifie littéralement : « Mouton »
transformé par le colonisateur lors de la mission d'explorations
effectuées aux environs des années 1800. A cette époque ;
le Muhavu de Buzi était éleveur des moutons « Ebibuzi
». Quand les explorateurs blancs demandaient par des signes comment
s'appelle le milieu ; les habitants croyaient qu'on leur posait la question de
savoir le nom des bêtes qu'ils faisaient paitre ; ils répondaient
« ebibuzi » et les explorateurs ont retenu le vocable « Buzi
» comme appellation de l'entité. « L'histoire de Buzi remonte
au règne de BASHUBIRE NTALE II le mwami de BAHAVU » sous le
règne de Buhavu, eurent à se défendre contre les
incursions de RWABUGIRI, mwami du Rwanda.
Vers les années 1902, il y a eu construction de la tour
en moellon par le Commandant Tombeur sur le plateau de BOBANDANO à
Butumba. C'est là que le Général Tombeur a pris des
renseignements auprès du Mwami BIGIRIMANA (protégé de
Dieu). En date du 23 Mars 1907, ce Mwami sera investi par le colonisateur le
reconnaissant comme chef coutumier de la Chefferie de Biglimani.
La Chefferie de Biglimani, compte tenu de sa faible
densité, sera réduite au groupement de Buzi - Ziralo sous le
règne du Mwami SANGARA TABARO NGULUBE Hubert. Ce dernier fut un autre
groupement de la Chefferie de Buhavu dirigé par MAGEMBE. Le Mwami
SANGARA TABARO NGULUBE Hubert avait une autonomie coutumière mais
dépendant administrativement de la Chefferie de Buhavu dont le
siège est établi à Kalehe. Comme partout au monde, en
Afrique et précisément chez nous en RDC, ces sont les guerres
entre tribus, peuple et nation qui ont contribués les facteurs en jours
pour fixation des limites.
~ 30 ~
II.1.6. Aspects politique-administratifs
Les collectivités-chefferies constituent des
entités administratives décentralisées et sont aussi le
siège du pouvoir coutumier avec, à leurs têtes, le mwami
(chef coutumier). A côté du pouvoir de l'Etat existe de pouvoir
coutumier, le grand chef coutumier mwami Ntale Kamirogosa Franck III
règne sur la collectivité-chefferie du Buhavu, tandis que le
mwami Amisi Kitenge Mwandula règne sur celle de
Buloho110. Chaque groupement est à son tour
dirigé par un chef de groupement qui représente le mwami de sa
chefferie et lui rend directement compte. Et le groupement de Buzi est
gérer par le chef de groupe le Mwami Amry Tabaro Sangara
III, représenté par un
Secrétaire Administratif du groupement et agit à son nom et lui
faire rapport, tandis que les chefs de localités rendent compte à
leur tour à leurs chefs de groupement respectifs. L'absence
prolongée du chef de groupement AMRY TABARO SANGARA III dans le
groupement de Buzi continue de créer une confusion dans l'administration
coutumière.

|
Figure n° 1 : L'actuel Chef de groupement de
Buzi, le Mwami AMRY TABARO SANGARA III : De 2019 à nos
jours
|
|
Photo n° 2 : Photo du bureau administratif du
groupement de Buzi, siège de Minova
|
La succession des chefs coutumiers dans le groupement de Buzi
depuis 1875 à nos jours
|
se présente de la manière suivante :
|
|
|
|
|
- NSIBULA KIHUNDA
|
:
|
1875
|
-1907
|
|
- SANGARA BIGILIMANI
|
:
|
1908
|
|
|
- NTALE II
|
:
|
1907
|
- 1956
|
110 Archives de la chefferie de Buhavu
à Kalehe Ihusi, 2rapport de vacance parlementaire de
l'honorable Mushekuru Kahayani Etienne, député provincial
élu du territoire de Kalehe, sept 2024, p. 4-5
~ 31 ~
- SANGARA TABARO : 1956 - 1959
- SANGARA Hubert : 1959 - 1990
- SANGARA BERA III Raymond : 1990 - 2019
- AMRY TABARO SANGARA III : De 2019 à nos
jours.
Le groupement de Buzi fait partie de sept groupements
administratifs que comptent la chefferie de Buhavu à savoir : Buzi,
Kalonge, Kalima, Mbinga Nord, Mbinga Sud, Mubugu et Ziralo). A son tour le
groupement de Buzi est composé de treize localités à
savoir : Minova, Bulenga, Bwisha, Kalungu, Tchondo, Kishinji, Kitembo,
Mutchibwe, Numbi, Murambi, Butumba, Muhanga, Mulala.
II.1.7. Aspects démographiques II.1.7.1. La
population
Les statistiques de la population de BUZI sont très
variantes. Elle est estimée à 276 197 habitants d'après le
rapport annuel du bureau de l'Etat Civil du groupement de Buzi.
Tableau I : Statistiques de la population du
groupement de Buzi par localité
|
N°
|
Localité
|
Homme
|
Femme
|
Total
|
|
1
|
Minova
|
36976
|
41697
|
78673
|
|
2
|
Bulenga
|
9830
|
11085
|
20915
|
|
3
|
Bwisha
|
5109
|
5761
|
10870
|
|
4
|
Kalungu
|
7538
|
9776
|
17314
|
|
5
|
Tchondo
|
5434
|
6128
|
11562
|
|
6
|
Kishinji
|
5413
|
6103
|
11516
|
|
7
|
Kitembo
|
3278
|
3697
|
6975
|
|
8
|
Mutchibwe
|
3375
|
3805
|
7180
|
|
9
|
Numbi
|
14507
|
16358
|
30865
|
|
10
|
Murambi
|
18475
|
20834
|
39309
|
|
11
|
Butumba
|
6378
|
7192
|
13570
|
|
12
|
Muhanga
|
5770
|
6506
|
12276
|
|
13
|
Mulala
|
7131
|
8041
|
15172
|
|
Total
|
129214
|
146983
|
276 197
|
|
Soit ;
|
46,7832743 %
|
53,21672574 %
|
|
Source : BCZS Minova 2024
~ 32 ~
Commentaire : Une augmentation de la
population en groupement de Buzi de 2020-2024 est constatée par rapport
aux années antérieures pour deux raisons à savoir :
l'exode rural et l'insécurité dans d'autres groupements voisins
selon une enquête de dénombrement de la population par les experts
de la santé du BCZS Minova, 2024.
Bien que le groupement de Buzi est homogène et
hospitalier, chaque tribut garde sa
culture. Les dialectes sont bien parlés mais le Swahili
est la langue parlée par la majorité de la
population et sert de la communication entre ces
différentes tribus dans tous les milieux. Et forme
une diversité de tributs, à savoir :
- Les Bahavu (65%) ;
- Les Bahu-tu (20%) ;
- Les Batutsi (6%),
- Les Batembo (4%) et ;
- Les Bahunde (3%) ;
- Les Batwa /pygmées) (2%).
Le groupement de Buzi connait un important mouvement des
déplacés des guerres causées par les rebelles du M23/AFC
appuyés par le Rwanda en provenance de la Province voisine du Nord-Kivu
bien que Buzi ayant aussi subit la même rébellion.
Elle est composée par une
hétérogénéité ethnique à savoir :
- Les « Batwa » (Pygmées)
Les Batwa communément appelés «
pygmées ou peuple autochtone » furent les premiers occupants de
l'Afrique centrale. Ils se trouvent dans certains villages du groupement de
Buzi tels que : Bulenga, Tchondo, Kalungu, Lowa Numbi, Kishinji (Kiata et
Mahuge), Bwisha et Butumba ; avec comme activités : la pèche, la
chasse et la forge.
- Les Batembo
La population tembo est ici de la chefferie de Buloho. Ils se
sont retrouvés dans d'autres groupements de la chefferie de Buhavu comme
Ziralo, Mubuku et Kalima. Nous les retrouvons dans certaines localités
du groupement de Buzi ci-dessous : Kalungu, Bwisha, Kishinji et Minova en plus
grand nombre. Les villages comme Mulala et Bulenga n'en compte que quelques
membres de cette communauté. Mais dans les hauts plateaux aucune de
cette communauté ne signaler.
~ 33 ~
- Les « Hutu » et les « Tutsi
»
Ce sont des « Bantous » d'expression Rwandaise
vivant dans le groupement de Buzi depuis l'arrivée des hommes blancs qui
constituaient une main d'oeuvre des populations des colons. Ils vivent de
l'agriculture, élevage et petit commerce. Leurs migrations datent de
l'époque Belge vers (1957 - 1959). Ces deux ethnies vivent
essentiellement des activités agro-pastorales dans les hauts plateaux
(village de Lowa Numbi et de Murambi). Ils se retrouvent minoritairement dans
les autres villages de Buzi.
- Les « Hunde »
Tel que signalé précédemment, le
groupement de Buzi était habité par des Hunde. Ces derniers
avaient été délogés par les Havu après la
guerre de ces deux tribus jusqu'à la rivière chungiri. Ils se
trouvent rassembler dans certains villages. Ils s'adaptent aux habitudes des
Havu mais ils conservent leur propre identité culturelle. Malgré
cette guerre de limite entre ces deux, ils gardent une très bonne
relation communautaire. Cependant, après l'invasion, une partie de la
population Hunde n'avait pas fui à l'arrivée de
conquérants jusqu'aujourd'hui ils restent dans certaines
localités tel que : Minova, Kishinji, Kalungu et de Kitembo.
- Les « Havu »
Les HAVU forment le groupe ethnique majoritaire de souche
bantu. Est un peuple très hospitalier et discipliné. Ils
s'adaptent aux habitudes des autres ethnies mais ils conservent leur propre
identité culturelle. Ils cohabitent ensembles sans aucun
problème. Jusqu'à nos jour aucune communauté n'a fait une
offensive contre l'autre tel que nous assistons d'autres communautés.
Ils sont traditionnellement agriculteurs, éleveurs et pêcheurs.
Toutefois, le petit commerce occupe une place de choix dans le groupement. A
ces groupes ethniques ci - haut cités, s'ajoutent les Bashi, les Nyanga,
les Bembe, Rega et Nandes qui restent minoritaire.

Photo n° 3 : Le Musonge comme identité de
Bahavu avec deux cornes à la porte
~ 34 ~
II.1.8. Aspects économiques
II.1.8.1. L'agriculture
La majorité de la population de Buzi vit de
l'agriculture, élevage, pêche et le petit commerce. Les
échanges commerciaux pour booster l'économie du territoire se
détériore à cause de la guerre du M23 causant ainsi le
manque d'accessibilité aux marchés commerciaux. Le
groupement de Buzi dispose des grandes superficies de terre
non exploitées. Les facteurs favorisants cette activité dans
cette zone sont de divers ordre notamment : la fertilité des sols
malgré des mauvaises techniques culturales, les multiples plantations
abandonnées et la position géostratégique du milieu.
Les cultures prolifiques sont : le manioc, le haricot, la
pomme de terre, la patate douce, la banane, les fruits, les maïs et
plusieurs cultures maraichères (choux, tomates et d'autres
solanacées de bons marchés), la canne à sucre, le
café et le quinquina dans sa partie Sud - Est constituent les cultures
industrielles. Toutefois, la technique culturale manuelle, l'absence de
l'électricité dans tout le groupement, faible productions
agricoles, pêche artisanale à faible production et rendement,
impraticabilité des tronçons routiers, persistance de wilt
bacteria de bananes, manque de ponts, des arbustes par la destruction des ponts
constituent les obstacles majeurs à la production.
II.1.8.2. L'élevage
La conduite de l'élevage en groupement de Buzi est
centrée sur le cheptel bovin, caprin et ovin. Sur le plan
socio-culturel, la chèvre et la vache sont deux bêtes
d'intérêt capital. Elles interviennent dans le règlement
des affaires coutumières (dot, règlement de conflits fonciers,
cérémonies et autres rites). Quant à l'élevage du
petit bétail (chèvres, ports et moutons) et les lapins, la
volaille (les canards, la poule et le dindon), on y observe une
rentabilité. Notons que depuis plus d'une décennie,
l'élevage a été affecté par la situation des
guerres avec des pillages systématiques du bétail. Malgré
l'insécurité, quelques fermiers ont commencé à
relancer cette activité, surtout vers les moyens et les hauts
plateaux.
II.1.8.3. La végétation
Dans la haute altitude, la végétation est
caractérisée par la steppe, bambous, des arbres forestiers mais
en extinction en faveur de l'élevage du gros bétail. Par
ailleurs, dans la basse altitude et le littoral, c'est le domaine de la savane
herbeuse où poussent surtout la paille et les roseaux. Les plantes
vivrières ou industrielles constituent la couverture
végétale en abondance.
~ 35 ~
Le sol du groupement de Buzi est du type argilo-sablonneux
dicté par le relief, les vallées sont caractérisées
par la présence des sols alluvionnaire très fertile car provenant
des divers endroits.
II.1.8.4. Sur le plan socio-culture et environnementale
La population du groupement de Buzi connait plusieurs
défis environnementaux et socioculturel qui l'exposent à
plusieurs dégâts sanitaires tels que : la destruction de
l'écosystème, la non protection de l'environnement. Il s'observe
également une pénurie d'eau potable dans certaines
localités et sous village de Buzi et cela entraine des maladies
d'origines hydriques et les zoonoses.
Pour plus des détails sur le pouvoir coutumier du
territoire de Kalehe, nous démontrerons l'arbre
généalogique de tous les chefs coutumiers issus de la
descendance, relation et l'origine pour donner une vie d'ensemble à nos
lecteurs et aux générations futures de bien comprendre la famille
royale.
Ci-dessous l'arbre généalogique des Bami (chef
coutumiers) de la famille régnante de la chefferie de Buhavu. Du
début jusqu'aujourd'hui ils sont au nombre de 23 grand Chef coutumier du
territoire de Kalehe qui ont donné naissance aux différents chef
de groupements et plus particulièrement Buzi.
18.NTALE III
1. Muluzi de Buzi (SANGARA BIGILIMANI)
2. BALEKAGE
3. RUSHISHA
4. KALIMBANYI
5. BIKUBA
6. MAGENDO
7. BAGEREKA
8. MAHESHE.
19.
BAMANYWIRE III
LUSHOMBO KAMIROGOSA
~ 36 ~
ARBRE GENEALOGIQUE DES BAMI DE LA FAMILLE REGNANTE
DANS LA CHEFFERIE DE BUHAVU EN TERRITOIRE DE KALEHE DU
MWAMI MUHANDE Ier JUSQU'A NOS JOURS
1.

MUHANDE 1er
2. NYANGOBERA
3. LUGARHA
4.MUKULUORHABUZ
5.MBEBA
6.SIBULA
7. NTALE 1er
8.BIHANGO
11.NSIBULA
12.NTALE II
13.NSIBULA
14.MPAKA 1er
15.MPAKA II
Muluzi de Mubuku, Ancêtre de NDALEMWA
MATABARO KAKESA MASTAKI NGURUBE CIRIMWAM I
NAMAGABE BOROTO MBAYU BABAHARA NYI CHANKULU
20. BAHOLE
BAHOLE ADRIEN
Muluwi de Mubuku, Ancentre de NDALEMWA, profitant de
sa jeunesse BIRENDIRWA fils de MAKOMBE nous pousse jusqu'à la
rivière NYABARONGO. En revanche, les BAHAVU s'attaquent aux BAHUNDE au
Nord de la rivière LUTUMBA et les repoussent jusqu'à la
rivière GOKWE et en fin jusqu'à la rivière RENGA puis
KASHENYI/TCHUNGIRI
21.KAMIROGOSA II
Muluzi de Kalonge, Ancêtre de KALONGE
9. BAMANYWIRE
16. BAMANYWIRE
10.NDOGOSA
18. KAMIROGOSA
Muluzi d'INDJWI, Ancêtre de NTAMBUKA et RUBENGA
22.HAMULI NTALE IV.
23.KAMIROGOSA III SHOSHO NTALE
|
Commentaire : La famille SANGARA BIGILIMANI,
Chef de groupement de Buzi, tire ses origines à la grande famille royale
du MWAMI MUHANDE aujourd'hui NTALE KAMIROSA III de la chefferie de Buhavu tel
que nous le démontrons sur cette arbre généalogie de Bwami
de Buhavu.
Source : Archive Chefferie de Buhavu, Kalehe/Ihusi
2024
|
Photo n° 4 : Arbre généalogique des
Bami de la famille regnante dans la chefferie de Bahavu en territoire de
Kalehe
~ 37 ~
L'organisation administrative du territoire de Kalehe est
placée sur la gestion de l'Administrateur du territoire, alors que les
chefs des collectivités-chefferies sont les garants du pouvoir coutumier
traditionnel au niveau local111. Le groupement de
Buzi est l'un de ceux qui ont un potentiel important de ressources
minières au Sud Kivu. Plusieurs gisements d'exploitation de
cassitérite, de coltan et d'or sont exploités dans les
hauts-plateaux. Autour de ces gisements se sont constitués de nombreux
centres socio-économiques et d'exploitation artisanale, tels qu'à
Numbi. Lors de la descente en groupement de Buzi, j'ai fait des constats sur
les plans politique, sécuritaire, administratif, économique,
socio-culturel et environnemental et qui impact négativement sur le
foncier pendant la période de la
guerre112.
II.2. TYPE DE RECHERCHE
Cette étude adopte une approche qualitative et
quantitative mixte (recherche empirique à visée explicative),
afin de mieux comprendre les mécanismes sociopolitiques à
l'origine des conflits fonciers dans le groupement de Buzi et d'en
évaluer les effets. La dimension qualitative permet d'interpréter
les perceptions, les pratiques et les discours des acteurs, tandis que la
dimension quantitative vise à mesurer l'ampleur des tendances
observées à partir des données recueillies.
II.3. CADRE D'ETUDE
Le groupement de Buzi, situé dans le
territoire de Kalehe (province du Sud-Kivu, RDC), est un espace
caractérisé par une forte densité foncière, des
mobilités ethniques complexes, une présence historique de
tensions foncières, et une implication récurrente d'acteurs
politiques dans les processus de résolution. Ce contexte en fait un
terrain pertinent pour analyser les enjeux de gouvernance foncière et
les formes d'ingérence politique.
II.4. POPULATION CIBLE ET UNITE
D'OBSERVATION
La population cible est constituée des chefs
coutumiers, membres des comités locaux de
résolution des conflits, fonctionnaires de
l'État (cadastre, administration territoriale), leaders
communautaires, représentants politiques
locaux, ainsi que des ménages affectés par les
conflits fonciers. L'unité d'observation comprend tout
individu ou institution directement concerné par la gestion ou la
résolution de conflits fonciers dans le groupement de Buzi.
111 Archives de la chefferie de Buhavu Kalehe
Ihusi 2024, Archives de la BCZ Minova, 2024
112 LE ROY, théorie des maitrises
foncières d'Etienne, Georges BALANDIER, théorie dynamiste et
critique de sont mobilisées dans le cadre de cette étude &
Lawrence OLIVIER « On le voit, le cadre ou l'approche théorique,
selon l'appellation commune, structure l'objet de recherche, il offre une
perspective singulière, un angle d'attaque particulier à une
réalité donnée.
~ 38 ~
II.5. TECHNIQUES ET OUTILS DE COLLECTE DES
DONNEES
Les données ont été collectées
à l'aide des techniques suivantes :
Enquête par Questionnaire
(adressé aux ménages et aux leaders communautaires)
moyennant un questionnaire structuré ;
Observation directe (des réunions ou
audiences sur les conflits fonciers) ;
Technique documentaire, il s'agissait de
faire des analyses de documents pour constituer notre cadre théorique en
recourant aux rapports, arrêtés fonciers, procès-verbaux,
publications, etc.
Prise de note explicative, il était
question ici de tenir un agenda bloc-notes : pour noter les différentes
informations du milieu ;
Téléphone Android iPhone :
pour nous permettre la prise des photos et la géolocalisation de
différentes entités (localités) à travers une
application Google MAPS et cela nous a facilité la planification du
terrain (descente) ;
Une Moto HAOUDJIN : cet outil nous a
facilité le déplacement sur les différents sites afin de
collecter les données nécessaires sur terrain.
II.6. PLAN D'ECHANTILLONNAGE
Pour répondre de manière rigoureuse à la
problématique de recherche et garantir une
représentativité équitable de l'ensemble du groupement de
Buzi, nous avons adopté un échantillonnage probabiliste
stratifié proportionnel.
II.6.1. Justification du choix
Notre choix d'échantillonnage repose sur la prise en
compte de la structure démographique réelle de la population dans
chaque localité. Chaque localité a été
considérée comme une strate distincte, permettant une meilleure
représentativité de l'ensemble de la population du groupement. La
méthode retenue assure que les unités d'enquête soient
sélectionnées en proportion de leur poids dans la population
totale, ce qui permet de minimiser les biais et d'améliorer la
validité des résultats.
II.6.2. Taille de l'échantillon
La détermination de la taille de l'échantillon a
été effectuée sur la base de la formule de Slovin,
qui s'exprime comme suit sur base de la population totale du
groupement de Buzi (soit
N
|
276 197 habitants). Formule de Slovin
est la suivante : n =
|
|
|
1+N.??2
|
~ 39 ~
Où: n: taille de
l'échantillon ; N: taille de la population
totale; e: marge d'erreur (souvent 0,05 = 5 %). Pour
notre cas, nous avons choisis une marge d'erreur de 0,1=10 %. Nous avons choisi
cette marge d'erreur par compromis entre la précision statistique
souhaitée et les contraintes pratiques de la recherche sur le terrain,
notamment dans un contexte rural et difficile d'accès comme le
groupement de Buzi. Plusieurs éléments ont motivé notre
choix; il s'agit de:
1. Accessibilité et contraintes
logistiques
Le territoire de Kalehe et plus particulièrement le
groupement de Buzi présente des défis d'accessibilité
(routes impraticables, relief accidenté, enclavement), ce qui limite les
capacités d'enquête à grande échelle. Une marge
d'erreur de 10 % permet de réduire la taille de l'échantillon
sans compromettre la représentativité globale.
2. Ressources limitées
Compte tenu des ressources humaines, matérielles et
financières disponibles pour la réalisation de cette recherche,
nous avons trouvé méthodologiquement acceptable de travailler
avec une marge d'erreur plus large.
3. Acceptabilité scientifique dans des contextes
à grande population
Cette marge d'erreur étant donné en milieu
communautaire, surtout lorsque la population mère (N) est très
importante, comme c'est le cas pour nous (N = 276.197). Cette marge nous a
permis de réduire la taille de l'échantillon à un niveau
gérable tout en maintenant une validité statistique
acceptable.
4. Nature de l'étude
Notre recherche vise à identifier des tendances
générales sur les types de conflits fonciers et l'influence des
politiciens, plus qu'à produire des estimations très fines avec
forte précision. Ce qui justifie de plus ce choix d'une marge de 10 %
est donc adaptée à cet objectif.
En somme, notre choix de la marge d'erreur de 10 % nous
paraît raisonnable puisqu'elle équilibre la rigueur scientifique
minimale avec les réalités du terrain, dans le but de fournir des
résultats utiles et exploitables à des fins d'analyse locale et
de recommandations.
~ 40 ~
II.6.3. Calcul de la taille total d'échantillon
Avec : N = 276 197 ; e= 0,1%
|
n=1 276197
1+276197.(0,1)2
|
=
|
276197
|
=
|
276197
|
=
|
276197
|
|
= 99,99 100
|
|
1+276197.0.01
|
1+2761,97
|
2762,97
|
Taille totale de l'échantillon : environ 100 personnes
II.6.4. Répartition proportionnelle par
localité
Nous répartissons les 100 enquêtés en
proportion de la population totale par localité : ni(????? ? ) *
??. c'est qu?? ??mpl??que que ???? = (????? ? ) * 100
Tableau II : Répartition proportionnelle des
enquêtés selon les localités
|
N°
|
Localité
|
Population totale(Ni)
|
Part dans N (%)
|
Échantillon proportionnel (ni)
|
|
1
|
Minova
|
78 673
|
|
28,49 %
|
78673
ni =
|
* 100 =28
|
|
276197
|
|
|
|
|
|
|
|
2
|
Bulenga
|
20 915
|
|
7,58 %
|
20915
ni =
|
* 100 =8
|
|
276197
|
|
|
|
|
|
|
|
3
|
Bwisha
|
10 870
|
|
3,94 %
|
10870
ni =
|
* 100=4
|
|
276197
|
|
|
|
|
|
|
|
4
|
Kalungu
|
17 314
|
|
6,27 %
|
17314
ni =
|
* 100 =6
|
|
276197
|
|
|
|
|
|
|
|
5
|
Tchondo
|
11 562
|
|
4,19 %
|
11562
ni =
|
* 100 =4
|
|
276197
|
|
|
|
|
|
|
|
6
|
Kishinji
|
11 516
|
|
4,17 %
|
11516
ni =
|
* 100 =4
|
|
276197
|
|
|
|
|
|
|
|
7
|
Kitembo
|
6 975
|
|
2,53 %
|
6975
ni =
|
* 100 =3
|
|
276197
|
|
|
|
|
|
|
|
8
|
Mutchibwe
|
7 180
|
|
2,60 %
|
7180
ni =
|
* 100 =10
|
|
276197
|
|
|
|
|
|
|
|
9
|
Numbi
|
30 865
|
|
11,18 %
|
30865
ni =
|
* 100 =14
|
|
276197
|
|
|
|
|
|
|
|
10
|
Murambi
|
39 309
|
|
14,23 %
|
39309
ni =
|
* 100 =5
|
|
276197
|
|
|
|
|
|
|
|
11
|
Butumba
|
13 570
|
|
4,91 %
|
13570
ni =
|
* 100=4
|
|
276197
|
|
|
|
|
|
|
|
12
|
Muhanga
|
12 276
|
|
4,45 %
|
12 276
ni =
|
* 100 =5
|
|
276197
|
|
|
|
|
|
|
|
13
|
Mulala
|
15 172
|
|
5,49 %
|
15 172
ni =
|
* 100 =5
|
|
276197
|
|
|
|
|
|
|
|
Total
|
N=276
|
197
|
100 %
|
n=100
|
|
~ 41 ~
II.7. Traitement et analyse des
données
Dans le cadre de notre recherche et après la
récolte des données sur terrain, l'étape de saisie et de
traitement des données obtenues ont été
dépouillées. Ainsi nous sommes servis d'un formulaire
créer grâce à Google forms pour la récolte,
dépouillement et le traitement des données d'enquête. Les
textes ont été saisis et traités grâce aux
programmes informatiques MS Word tandis que pour les tableaux, pourcentage et
le graphique obtenus à l'aide de MS Excel 2019 et pour l'analyse rapide
des données, nous avions utilisé un logiciel SPSS. Ce dernier
nous à faciliter l'interprétation des résultats.
II.8. Considérations éthiques
La recherche a respecté les principes éthiques
suivants :
o Anonymat et confidentialité des répondants ;
o Concentement éclairé;
o Respect des sensibilités culturelles et
coutumières ;
o Neutralité dans la conduite des entretiens et
l'interprétation des résultats.
Conclusion partielle
Ce chapitre a permis de présenter l'approche
méthodologique rigoureuse adoptée pour interroger la
réalité des conflits fonciers dans le groupement de Buzi.
L'articulation entre méthodes qualitatives et quantitatives, ainsi que
la mobilisation d'un échantillon diversifié d'acteurs, assurent
la validité des résultats attendus. Le chapitre suivant
présentera l'analyse des données recueillies, leurs
interprétations et leur mise en perspective avec les cadres
théoriques mobilisés.
~ 42 ~
CHAPITRE III : PRESENTATION, INTREPRETATION
ET DISCUSSION DE RESULTATS D'ENQUETE
Le présent chapitre est consacré à
l'analyse détaillée des données recueillies dans le cadre
de notre recherche. Il vise à présenter les résultats
empiriques obtenus auprès des acteurs concernés, à en
dégager les tendances majeures, puis à discuter leur
signification à la lumière des problématiques
soulevées dans les chapitres précédents. Cette
étape cruciale permet de confronter les hypothèses
formulées aux réalités observées, et d'identifier
les dynamiques spécifiques liées à l'influence politique
dans la gestion des conflits fonciers. En outre, ce chapitre ouvre la voie
à une interprétation approfondie des résultats, qui
servira de fondement à des propositions concrètes susceptibles
d'améliorer les mécanismes de résolution dans ce contexte
complexe.
III.1. PRESENTATION DES RESULTATS DES ENQUETES OBTENUS SUR
TERRAIN
Cette section présente, de manière
synthétique, les données collectées auprès des
différents acteurs concernés par la résolution des
conflits fonciers dans le groupement de Buzi. Les résultats sont
organisés selon les thématiques principales abordées dans
le questionnaire d'enquête, notamment l'influence politique, les
mécanismes institutionnels, la participation communautaire, ainsi que
les perceptions des populations locales. Cette présentation met en
exergue les tendances majeures et les constats clés qui serviront de
base à l'analyse approfondie et à la discussion qui suivent.
Les données recueillies reflètent la
diversité des opinions et expériences des enquêtés,
révélant à la fois des points de convergence et des
divergences notables sur les facteurs qui influencent la gestion et la
résolution des conflits fonciers dans ce contexte spécifique.
Tableau III : Répartition des
enquêtés selon le sexe, la tranche d'âge et l'état
matrimonial dans le groupement de Buzi
|
Sexe des enquêtés
|
Tranche d'âge
|
Etat Matrimonial
|
|
Options
|
Effectifs
|
%
|
Options
|
Effectifs
|
%
|
Options
|
Effectifs
|
%
|
|
Femme
|
29
|
29
|
18 à 25 ans
|
14
|
14
|
Célibataire
|
24
|
24
|
|
Homme
|
71
|
71
|
26 à 35 ans
|
43
|
43
|
Divorcé(e)
|
4
|
4
|
|
Total
|
100
|
100%
|
36 à 50 ans
|
38
|
38
|
Marié(e)
|
69
|
69
|
|
Plus de 50 ans
|
5
|
5
|
Veuf(ve)
|
3
|
3
|
|
Total
|
100
|
100%
|
Total
|
100
|
100%
|
Source : notre enquête de terrain
2025
Commentaire : Ce tableau présente la
distribution des enquêtés selon deux indicateurs fondamentaux : le
niveau d'instruction et la durée de résidence dans le groupement
de Buzi.
~ 43 ~
Ce tableau présente la distribution des 100 personnes
enquêtées selon trois variables sociodémographiques : le
sexe, la tranche d'âge et l'état matrimonial. De ce fait, dans
notre enquête, il se fait remarquer ce qui suit :
La répartition selon le sexe prouve que la
majorité des personnes enquêtées sont des hommes,
représentant 71 % contre 29 % de femmes. Ce déséquilibre
s'explique par la prédominance masculine dans les affaires
foncières ou une plus grande disponibilité des hommes à
participer aux enquêtes, surtout en zones rurales. Cela reflète
leur forte implication dans les litiges fonciers et les mécanismes de
résolution.
La répartition selon la tranche d'âge nous montre
que les répondants sont majoritairement
âgés de 26 à 50 ans ce qui signifie que 43 % dont entre 26
et 35 ans ; 38 % ont entre 36 et 50 ans. Ces deux tranches
représentent ensemble 81 % de l'échantillon, ce qui
démontre que les adultes en âge actif sont les plus
impliqués ou les plus concernés par les conflits fonciers. Les
jeunes (18-25 ans) ne représentent que 14 %, tandis que
les personnes âgées de plus de 50 ans ne comptent que pour 5
%.
Concernant la répartition selon l'état
matrimonial, le constant est que la majorité des enquêtés
sont mariés (69 %), contre 24 % de célibataires,
4 % de divorcés et 3 % de veufs. Cette dominance des personnes
mariées peut s'interpréter par leur implication directe dans la
gestion familiale des terres, des héritages et des conflits qui y sont
liés. En effet, le mariage peut accroître les
responsabilités foncières et les interactions avec les
institutions coutumières ou formelles.
Tableau IV : Répartition des
enquêtés selon le niveau d'étude et le temps vécu
dans le
roupement de Buzi
|
Niveau d'étude
|
Temps vécu dans ce groupement
|
|
Option
|
Effectifs
|
%
|
Options
|
Effectifs
|
%
|
|
Aucun
|
5
|
5
|
1 à 5 ans
|
6
|
6
|
|
Primaire
|
3
|
3
|
11 à 20 ans
|
49
|
49
|
|
Secondaire
|
19
|
19
|
21 à 55 ans
|
31
|
31
|
|
Supérieur et Universitaire
|
73
|
73
|
6 à 10 ans
|
6
|
6
|
|
Total
|
100
|
100%
|
Moins d'1 an
|
8
|
8
|
|
Total
|
100
|
100%
|
Source : notre enquête de terrain
2025
~ 44 ~
Analyse et interprétation : Au regard
du niveau d'étude, nous remarquons qu'une très grande
majorité des répondants soit (73 %) a un niveau supérieur
ou universitaire, tandis que 19 % ont atteint le secondaire, 5 % sont
analphabètes et 3 % ont seulement un niveau primaire. Ceci
reflète un échantillon orienté vers des personnes ayant
une certaine capacité d'analyse et de compréhension des
dynamiques foncières, et donc potentiellement plus engagées dans
les processus formels ou informels de résolution de conflits. Par
rapport au temps vécu dans le groupement, nos résultats prouvent
que la majorité des enquêtés résident dans le
groupement depuis plus de 11 ans : ce qui représente 49 % qui y vivent
depuis 11 à 20 ans ; 31 % y vivent depuis 21 à 55 ans. Ensemble,
ces deux groupes représentent 80 % des répondants.
Ces résultats témoignent d'un ancrage
territorial fort, ce qui renforce la pertinence de leurs perceptions sur les
conflits fonciers locaux ;
Les nouveaux arrivants (moins de 10 ans dans le groupement)
sont peu nombreux (20 %), ce qui pourrait suggérer une
faible mobilité ou un enracinement durable dans les terres.
Tableau V : Répartition des
enquêtés selon leur statut ou fonction sociale
|
Statut et fonction
|
|
Statut et Fonction
|
Effectifs
|
%
|
|
Activiste des droits humains
|
1
|
1
|
|
Chef coutumier
|
1
|
1
|
|
Chômeur
|
1
|
1
|
|
Citoyen ordinaire
|
20
|
20
|
|
Commerçant(e)
|
7
|
7
|
|
Cultivateur (e)
|
8
|
8
|
|
Employé de la coopérative agricole AMKA
|
1
|
1
|
|
Enseignant (e)
|
23
|
23
|
|
Fonctionnaire
|
8
|
8
|
|
Indépendant (e)
|
14
|
14
|
|
Infirmier (e)
|
1
|
1
|
|
Politicien
|
4
|
4
|
|
Autres
|
1
|
1
|
|
Vice-président du conseil territorial de la jeunesse
|
1
|
1
|
|
Victime d'un conflit foncier
|
9
|
9
|
|
Total
|
100
|
100%
|
Source : Notre enquête de terrain
2025
Commentaire du tableau : Ce tableau
présente la diversité des profils sociaux et professionnels des
enquêtés, soulignant la variété des
catégories concernées par la problématique foncière
dans le groupement de Buzi.
~ 45 ~
Analyse et interprétation : Les
résultats de ce tableau renseignent que les enseignants
représentent la catégorie la plus importante allant
jusqu'à (23 %), suivis des citoyens
ordinaires (20 %), des indépendants (14 %) et des
victimes directes de conflits fonciers (9 %). Ces
données indiquent une large représentation de la
société civile locale, notamment d'acteurs ayant une
capacité réflexive sur les enjeux du foncier. Les politiciens (4
%), fonctionnaires (8 %) et chefs coutumiers (1 %) sont
faiblement représentés, ce qui peut limiter la captation directe
de la posture institutionnelle dans le diagnostic, mais renforce la voix
communautaire. Les autres statuts spécialisés
(commerçants, cultivateurs, infirmiers, activistes, etc.) sont
marginalement représentés, mais montrent que la question
foncière touche toutes les couches socioprofessionnelles.
Tableau VI : Implication ou exposition des
enquêtés aux conflits fonciers dans le groupement de
Buzi
|
Avez-vous déjà été
impliqué dans un conflit foncier ou en avoir entendu parler dans votre
groupement ?
|
|
Réponse
|
Effectifs
|
Pourcentage (%)
|
|
Oui
|
75
|
75 %
|
|
Non
|
25
|
25 %
|
|
Total
|
100
|
100 %
|
Source : notre enquête de terrain
2025
Commentaire du tableau : Ce tableau
présente la proportion des personnes interrogées ayant
déjà été impliquées dans un conflit foncier
ou ayant entendu parler d'un conflit foncier dans leur groupement.
Analyse et interprétation : Une forte
majorité des enquêtés soit 75 % déclare avoir
été directement impliquée ou informée d'un conflit
foncier dans leur milieu. Cela montre la prévalence élevée
des conflits fonciers dans le groupement de Buzi. L'exposition massive aux
conflits pourrait également révéler une fragilité
structurelle du régime foncier local, marqué par
l'absence de mécanismes durables de prévention ou de
régulation. Seuls 25 % n'ont pas été
concernés, ni informés de tels conflits. Ce groupe minoritaire
pourrait représenter soit les nouveaux résidents, soit ceux peu
intégrés dans les dynamiques communautaires, ou vivant dans des
zones moins affectées par les litiges fonciers.
Cette distribution confirme que les conflits fonciers ne sont
pas des événements isolés à Buzi, mais un
phénomène largement vécu et partagé dans la
population. Cela justifie pleinement
Usage coutumier : pour 6,1 %,
il s'agit de conflits entre détenteurs de droits coutumiers
(oralité) et les nouveaux acquéreurs ou
bénéficiaires des documents modernes.
~ 46 ~
la pertinence de la présente étude et renforce la
nécessité de repenser les mécanismes locaux de gestion
foncière, en impliquant davantage la population.
Graphique n° 1 : Quels types de conflits sont-ils
les plus fréquents dans le groupement de Buzi ?
0,5% 0,5% 0,5% 0,5% 0,5% 0,5%
32,1%
6,1%
15,6%
25,0%
Types de conflits fréquents dans le
groupement de Buzi
Limite de parcelles/champs
Héritage Accaparement Vente multiple
Usage coutumier
Administration foncière livrant des documents... maivais
encadrement des agents de l'administration...
Opression
Mensonges
Injustice Vengeance

Mépris
Haine
0,5%
0,5%

17,5%
0,0% 5,0% 10,0% 15,0% 20,0% 25,0% 30,0% 35,0%
Le graphique illustre les proportions des types de conflits
fonciers recensés à Buzi à partir des réponses des
enquêtés. Les cinq premiers types de conflits représentent
ensemble plus de 96 % des cas, traduisant leur prédominance dans la
zone.
Analyse des résultats du graphique : Type de
conflit :
Limite de parcelles/champs : Pour 32,1 %,
c'est le type de conflit le plus fréquent. Il traduit une absence de
délimitation claire et reconnue des terres, souvent liée au
manque de cadastre et de bornage.
Héritage : selon 25,0 % de nos
enquêtés, ces conflits surviennent dans les
familles à propos du partage des terres, souvent sans documents ou
règles claires de succession.
Accaparement : pour 17,5 % de nos
enquêtés, le phénomène reflète une main mise
injuste sur les terres, souvent par des personnes influentes ou
extérieures.
Vente multiple : pour 15,6 %, la coexistence
de plusieurs "vendeurs" d'une même parcelle traduit la faiblesse des
institutions d'enregistrement et l'absence de centralisation des titres.
~ 47 ~
Autres (injustices, haine, mépris, etc.) :
pour = 0,5 % chacun, ces cas résiduels traduisent des tensions
sociales et émotionnelles plus que juridiques ou administratives.
Ces données montrent que les conflits fonciers à
Buzi sont fortement liés à :
> L'absence de cadastre fiable et de documents officiels ;
> La dualité du système foncier (coutumier vs
moderne) ;
> La faiblesse des mécanismes de médiation ;
> La pression démographique et la rareté des
terres cultivables ;
> L'ingérence politique ou
l'instrumentalisation de la terre ;
> Les autorités locales, coutumières et
administratives devraient accorder une attention
particulière aux conflits de limites, aux litiges
successoraux et à la sécurisation
foncière,
car ce sont les principales sources de tensions communautaires.
Il est urgent de renforcer
le système d'identification, d'enregistrement et de
médiation foncière.
Graphique n° 2 : À votre avis, quelles sont
les causes principales de ces conflits ?
Principales causes des conflits

Politisation
Manque d'informations utiles
Faiblesse des institutions
Surpopulation
Manque d'un guichet foncier pour la délivrance de ...
11,0%
11,0%
12,9%
18,2%
13,9%
Injustice et Haine
Polygamie
Heritage
Supperposition des titres et actes
Corruption des agents de l'administration foncière
Conflits initiles
0,5% 0,5% 0,5% 0,5% 0,5% 0,5%
0,0% 5,0% 10,0% 15,0% 20,0% 25,0% 30,0% 35,0%
Ce diagramme en barres met en évidence les principales
causes structurelles des conflits fonciers dans le groupement de Buzi, selon
les répondants de l'enquête. Ces causes sont à la fois
institutionnelles, juridiques, démographiques et
politiques.
Analyse des résultats : Partant du
graphique tel que ci-dessus présenté ; 30,1 % de nos
enquêtés estiment que le Manque de titre foncier est la principale
cause de conflits fonciers dans le groupement de Buzi. Ils se sont
exprimés en ces termes : absence de documents officiels d'appropriation
et d'identification des terres, favorisant les ventes multiples, les litiges et
les
~ 48 ~
accaparements. Pour 18,2 %, c'est la politisation telle que
décriée par les enquêtés. Il s'agit de
l'ingérence des acteurs politiques qui fausse les processus de
règlement, crée le clientélisme, et polarise les
communautés. 13,9 % de nos enquêtés estiment que ces
conflits sont dus au manque d'informations utiles : ceci est dit suite à
la faible sensibilisation et ignorance des procédures de
sécurisation foncière. Cela laisse place à la manipulation
et à la fraude. 12,9 % de nos enquêtés ont estimés
que c'est à cause de la faiblesse des institutions en ce sens que
l'impuissance ou l'inaction des organes étatiques ou coutumiers alimente
l'impunité et la confusion juridique. Pour 11,0 %, la cause reste la
surpopulation justifiée par l'accroissement démographique qui
exerce une pression sur les terres, rendant leur partage et usage plus
conflictuels. Selon 11,0 % la cause des conflits fonciers à Buzi est
dite au manque d'un guichet foncier pour délivrance de titres ce qui se
justifie par l'absence de structure de proximité chargée de
délivrer les documents officiels, créant un vide administratif.
0,5 % ont trouvé autres causes marginales (= 0,5 %) comme l'injustice,
polygamie, corruption, conflits futiles, etc., sont des cas isolés mais
révélateurs de la dégradation sociale ou morale.
Cette répartition montre que les causes majeures sont
structurelles : elles relèvent d'un système foncier peu
transparent, non documenté et soumis à des
interférences politiques. La carence en documentation foncière
(titres, actes, cadastre) apparaît comme le noeud du
problème. Pour prévenir les conflits à
Buzi, il est indispensable de numériser et centraliser les titres
fonciers ; opérationnaliser un guichet foncier
local, dépolitiser la gestion des
terres, renforcer la sensibilisation juridique.
Et réformer les institutions foncières pour leur
redonner autorité et légitimité.
Tableau VII : Synthèse croisée : Types
de conflits fonciers et leurs causes principales dans le groupement de
Buzi
|
Types de conflits fréquents
|
Causes majeures associées
|
|
Limite de parcelles/champs
(32,1%)
|
Manque de titres (30,1%) , Absence de guichet foncier et
faiblesse institutionnelle
|
|
Héritage (25%)
|
Faiblesse des institutions , Politisation et Absence d'actes
officiels d'héritage
|
|
Accaparement (17,5%)
|
Surpopulation, Manque d'informations et Corruption de
l'administration foncière
|
|
Vente multiple (15,6%)
|
Manque de titres, Administration livrant plusieurs
documents et Politisation
|
|
Usage coutumier (6,1%)
|
Faiblesse du droit coutumier face au droit moderne, Manque de
reconnaissance officielle
|
|
Autres (= 0,5%)
|
Injustice, haine, vengeance, mauvaise foi
|
~ 49 ~
Interprétation : les conflits
liés aux limites et à la vente des parcelles sont directement
causés par l'absence de titres fonciers et de cadastre clair, ce qui
favorise les chevauchements, la fraude et la duplication de ventes. Les
conflits d'héritage résultent souvent de l'absence de
mécanismes juridiques fiables pour prouver les droits successoraux,
surtout en l'absence de documents légaux.
L'accaparement est fortement lié à la pression
démographique et à l'inégalité
d'accès à l'information, ce qui permet à des élites
ou politiciens d'exploiter la situation. La politisation, en toile de fond,
exacerbe toutes les catégories de conflits en sapant la
neutralité des acteurs de résolution (chefferies, tribunaux,
agents cadastraux...).
De ce fait, il est à comprendre qu'il y est important
de se focaliser sur la priorité absolue est la réforme
foncière locale, à travers la documentation, la sensibilisation,
et la structuration des institutions. La dépolitisation de la gestion
des terres est indispensable pour restaurer la confiance communautaire. La mise
en place d'un guichet foncier local neutre permettrait de prévenir au
moins 70 % des types de conflits identifiés.
Tableau VIII : Perception de l'enregistrement des
droits fonciers et reconnaissance des droits légitimes par le
système coutumier et juridique à Buzi
|
Les gens sont-ils intéressés et
disposés à enregistrer leurs droits fonciers à Buzi
?
|
La politique coutumière et le cadre
juridique foncier reconnaissent-ils tous les droits fonciers légitimes
existants ?
|
|
Réponses
|
Effectifs
|
%
|
Réponses
|
Effectifs
|
%
|
|
Non
|
60
|
60
|
Non
|
35
|
35
|
|
Oui
|
40
|
40
|
Oui
|
65
|
65
|
|
Total
|
100
|
100%
|
Total
|
100
|
100%
|
Source : Notre enquête de terrain
2025
Commentaire : Le tableau 8 fait état
de la perception de l'enregistrement des droits fonciers et reconnaissance des
droits légitimes par le système coutumier et juridique à
Buzi.
Analyse et interprétation : Les
résultats du tableau 8 mettent en évidence une disposition
modérée des habitants du groupement de Buzi à enregistrer
leurs droits fonciers. En effet, 60 % des
répondants déclarent ne pas être intéressés
ou prêts à engager une démarche d'enregistrement, contre
seulement 40 % qui s'y disent favorables. Cette tendance
traduit une réticence persistante qui pourrait être liée
à plusieurs facteurs : manque d'information sur la
procédure, méfiance envers les
institutions, coût élevé de
l'enregistrement ou prévalence du système coutumier non
formel.
~ 50 ~
En parallèle, une majorité significative des
enquêtés (65 %) estime que la
politique coutumière et le cadre juridique en place reconnaissent les
droits fonciers légitimes, contre 35 % qui pensent le
contraire. Ce résultat indique qu'une partie importante
de la population semble avoir confiance dans la compatibilité entre les
droits fonciers coutumiers et le système légal,
bien que cela n'entraîne pas systématiquement une
volonté d'enregistrement formel.
Ce paradoxe entre reconnaissance des droits et faible
intérêt pour leur formalisation suggère que les
mécanismes de sécurisation foncière actuels ne sont pas
perçus comme suffisamment incitatifs ou accessibles. Il apparaît
donc nécessaire de renforcer la sensibilisation communautaire sur les
avantages de l'enregistrement, la simplification des procédures
administratives, et l'intégration effective du droit coutumier dans le
système juridique formel. En résumé, si une
majorité croit à la légitimité des droits fonciers
dans les cadres juridique et coutumier, le faible taux de disposition à
l'enregistrement constitue un frein majeur à la sécurisation
foncière, avec des implications directes sur la stabilité sociale
et la prévention des conflits à Buzi.
Graphique n° 3 : Laquelle des conséquences
de conflits fonciers ci-après traduit-elle fréquemment l'impact
sur la cohabitation pacifique à Buzi ?

Conséquences
Violences et affrontements
Tensions sociales et communautaires
Déstabilisation des mécanismes traditionnels
de...
Érosion du tissu social
Perturbation de la vie économique et agricole
Déplacements internes et insécurité
Tuerie
Pauvreté
Chomage
Maladie
Emprisonnement illégal
0,0% 5,0% 10,0% 15,0% 20,0% 25,0% 30,0%
14,5%
13,3%
24,3%
23,9%
13,3%
7,1%
1,6%
0,8%
0,4%
0,4%
0,4%
Conséquences des conflits fonciers dans le
groupement de Buzi
L'analyse des données révèle que les
conflits fonciers dans le groupement de Buzi entraînent des
conséquences profondes et variées, touchant tant la
sécurité, la cohésion sociale que le développement
local. Les violences et affrontements (24,3 %) ainsi que les tensions sociales
et
~ 51 ~
communautaires (23,9 %) apparaissent comme les
répercussions les plus fréquemment rapportées par les
enquêtés. Ces résultats traduisent un climat de forte
instabilité où les différends fonciers débouchent
souvent sur des confrontations physiques et un effritement de la paix
sociale.
À cela, s'ajoute la déstabilisation des
mécanismes traditionnels de résolution des conflits
(14,5 %), qui témoigne d'un
affaiblissement des structures coutumières et communautaires
historiquement investies dans la gestion des litiges fonciers. Cette
déstabilisation se répercute sur la cohésion sociale,
comme en témoignent l'érosion du tissu social (13,3 %) et la
perturbation de la vie économique et agricole (13,3 %),
qui traduisent une dégradation des relations
intercommunautaires et un frein à la production vivrière et
commerciale.
Les déplacements internes et l'insécurité
(7,1 %) démontrent que les conflits fonciers peuvent forcer certaines
familles à quitter leurs terres, aggravant ainsi la
précarité et accentuant la pression sur les ressources dans
d'autres localités. Enfin, bien que moins fréquentes, certaines
conséquences extrêmes telles que la tuerie (1,6 %),
la pauvreté (0,8 %), le chômage, la
maladie et l'emprisonnement illégal (0,4 % chacun) rappellent que ces
conflits peuvent dégénérer en violations graves des droits
humains et en cycles de vulnérabilité prolongée. En somme,
les conflits fonciers dans le groupement de Buzi ont des effets cumulés
qui affectent profondément la paix sociale, la sécurité,
et le développement durable. Ces résultats soulignent la
nécessité urgente d'une gouvernance foncière
renforcée, équitable et inclusive.
Tableau IX : Types de documents détenus par la
population pour sécuriser leurs terres dans le
roupement de Buzi
|
Quelles sont les documents que détient la
population pour sécuriser leurs terres à Buzi ?
|
|
Réponses
|
Effectifs
|
%
|
|
Acte de droit de propriété
|
5
|
5
|
|
Acte de témoignage
|
18
|
18
|
|
Acte de vente
|
52
|
52
|
|
Attestation d'occupation d'un terrain coutumier en plus de ces
autres documents évoqués ci-dessus
|
1
|
1
|
|
Aucun document
|
12
|
12
|
|
Certificat d'occupation d'un terrain coutumier dans certaines
parties, acte de cession
|
1
|
1
|
|
Certificat d'enregistrement
|
7
|
7
|
|
Les témoignages de chef de village, donc le notable
|
2
|
2
|
|
Parfois même le témoignage verbal
|
1
|
1
|
|
Témoignage d'un Mushamuka notable envoyé par le
chef de localité. On lui avait donné une chèvre pour son
témoignage
|
1
|
1
|
|
Total
|
100
|
100%
|
Source : Notre enquête sur
terrain 2025
~ 52 ~
Commentaire : le tableau 7 fait état
des types de documents détenus par la population pour sécuriser
leurs terres dans le groupement de Buzi.
Analyse et interprétation : L'analyse
des données révèle que la majorité des habitants du
groupement de Buzi se basent sur des documents informels ou non juridiquement
contraignants pour sécuriser leurs terres. L'acte de vente constitue le
document le plus courant, utilisé par 52 % des enquêtés,
bien qu'il ne garantisse pas toujours une reconnaissance légale
effective du droit de propriété. Ce constat souligne une pratique
courante des transactions foncières non encadrées, exposant les
populations à des risques de conflits multiples.
Viennent ensuite les actes de témoignage (18
%), souvent délivrés par des notables ou chefs
locaux, et le certificat d'enregistrement (7 %), qui constitue
pourtant l'un des rares documents ayant une valeur légale officielle.
Les actes de droit de propriété (5 %) restent faiblement
représentés, traduisant probablement la complexité
d'accès à un enregistrement foncier formel, ou
le manque de sensibilisation à son importance.
Par ailleurs, 12 % des répondants déclarent ne
posséder aucun document pour sécuriser leur terre, situation
alarmante qui les rend vulnérables aux litiges, expulsions arbitraires
ou accaparements. D'autres recourent à des pratiques coutumières
plus symboliques, comme le témoignage verbal ou les attestations
émanant de "mushamuka " ou chefs traditionnels, souvent
associés à des dons rituels (ex. chèvre offerte en
échange d'un témoignage).
Bref, cette diversité de documents, souvent
imprécis ou non reconnus juridiquement, montre l'absence d'un
système foncier unifié et accessible, laissant la porte ouverte
à l'insécurité foncière. Ces données
suggèrent un besoin urgent de réforme foncière,
de renforcement de l'enregistrement et d'intégration
harmonieuse des systèmes coutumiers et légaux pour réduire
les tensions et sécuriser les droits.
Légitimité et capacité des
systèmes de résolution des conflits fonciers à
protéger les droits fonciers légitimes
Tableau X : Le système de résolution
de conflit foncier a-t-il la légitimité et la capacité de
protéger les droits fonciers légitimes individuels et
communautaires ?
|
Le système de résolution de conflit
foncier a-t-il la légitimité et la capacité de
protéger les droits fonciers légitimes individuels et
communautaires ?
|
|
Réponses
|
Effectifs
|
%
|
|
Non
|
32
|
32
|
|
Oui
|
68
|
68
|
|
Total
|
100
|
100%
|
Source : Notre enquête sur
terrain de 2025
~ 53 ~
L'analyse des résultats montre que 68 % des
enquêtés reconnaissent que les systèmes actuels de
résolution des conflits fonciers dans le groupement de Buzi disposent
d'une légitimité et d'une certaine capacité à
protéger les droits fonciers, tant individuels que communautaires. Cette
majorité traduit une relative confiance des communautés locales
envers les mécanismes existants (chefferie traditionnelle,
comités locaux, tribunaux de paix, structures coutumières ou ONG
de médiation). Cependant, une part non négligeable 32 % des
personnes interrogées exprime un scepticisme ou une perte de confiance,
mettant en évidence plusieurs failles :
Manque d'impartialité,
corruption, influence politique,
absence de cadre légal unifié, ou
encore faible vulgarisation des textes fonciers. Cela traduit
une crise de légitimité partielle, surtout lorsque les
institutions coutumières et administratives sont perçues comme
prenant parti ou opérant dans le flou juridique.
Cette situation ambivalente suggère que bien que les
structures de résolution soient en place et actives, leur
efficacité reste limitée par des facteurs structurels et
politiques, notamment l'ingérence de certains acteurs influents,
l'insuffisance des ressources, et la méconnaissance des lois par les
citoyens. Il est alors impératif de renforcer les capacités
techniques, humaines et institutionnelles des mécanismes de
résolution de conflits fonciers, d'assurer leur
neutralité, et de mieux articuler les règles
coutumières avec les normes légales nationales, afin d'assurer
une véritable justice foncière équitable et durable.
Tableau XI : Acteurs
vers lesquels les enquêtés se tournent en cas de conflit foncier
dans le groupement de Buzi
|
Habituellement, vers qui vous tournez-vous en cas de
conflit foncier ?
|
|
Réponses
|
Effectifs
|
%
|
|
AFC/M23
|
1
|
1
|
|
Chefferie
|
23
|
23
|
|
Comité local
|
11
|
11
|
|
En cas de conflit les concernés commencent par le
village/sous village - au Groupement, une fois la solution n'est pas
trouvée, certains( peu de gens d'ailleurs) vont au tribunal
|
1
|
1
|
|
Groupement
|
25
|
25
|
|
ONG
|
4
|
4
|
|
Politicien
|
17
|
17
|
|
Structures communautaires de résolution des conflits
|
1
|
1
|
|
Structures spécialisées dans la médiation,
transformation et résolution,
tribunal
|
1
|
1
|
|
Tribunal
|
16
|
16
|
|
Total
|
100
|
100%
|
Source : Notre enquête sur
terrain 2025
~ 54 ~
Commentaire : le tableau 9 présente
les acteurs clés vers lesquels les enquêtés se tournent en
cas de conflit foncier dans le groupement de Buzi
Analyse et interprétation : Les
résultats montrent que les personnes interrogées recourent
principalement aux autorités locales traditionnelles et administratives
pour résoudre les conflits fonciers 48 % (Groupement : 25 % + Chefferie
: 23 %) des répondants font confiance à ces entités,
perçues comme plus accessibles, enracinées dans les coutumes
locales et capables d'arbitrer rapidement les différends. Le recours au
tribunal (16 %) est également notable, mais montre que les solutions
judiciaires ne sont pas toujours la première option, peut-être en
raison de coûts, lenteurs ou manque de confiance dans
l'impartialité du système judiciaire.
Cependant, 17 % des répondants déclarent se
tourner vers les politiciens. Ce chiffre révèle un niveau
d'ingérence politique significatif dans la gestion foncière
locale, ce qui peut fragiliser la légitimité des institutions
traditionnelles et judiciaires et exacerber les tensions.
D'autres structures comme les comités locaux (11 %) ou
les ONG (4 %) sont également sollicitées, ce qui témoigne
d'une diversité des recours. La présence marginale de structures
telles que AFC/M23 ou des mécanismes mixtes (chefferie + tribunal)
illustre un certain éparpillement des canaux de résolution, mais
aussi une tentative des populations de naviguer entre diverses formes de
légitimité.
Ces données soulignent la nécessité de
renforcer la cohérence, la coordination et la neutralité des
mécanismes de résolution des conflits fonciers. L'autorité
coutumière et les organes étatiques doivent être
formés, encadrés et désengagés de toute influence
politique, tandis que les ONGs et comités locaux devraient être
soutenus comme médiateurs neutres, dans un cadre institutionnel clair et
légitimé par la loi.
Tableau XII : Perception de l'efficacité
des instances de recours en cas de conflit foncier et appréciation
du degré d'efficacité des mécanismes de
résolution des conflits fonciers
|
Trouvez-vous que l'instance vers laquelle vous
vous tournez en cas de conflit foncier est-elle vraiment efficace pour garantir
la stabilité foncière dans votre entité ?
|
Selon vous, ces mécanismes sont-ils
efficaces ?
|
|
Réponse
|
Effectifs
|
%
|
Efficacité des
mécanismes
|
Effectifs
|
%
|
|
Non
|
64
|
64
|
Moyennement
|
61
|
61
|
|
Oui
|
36
|
36
|
Non du tout
|
27
|
27
|
|
Total
|
100
|
100%
|
Oui pleinement
|
12
|
12
|
|
Total
|
100
|
100%
|
Source : Notre enquête sur
terrain de 2025
~ 55 ~
Commentaire : Le tableau 12
révèle une perception globalement critique de l'efficacité
des mécanismes actuels de résolution des conflits fonciers dans
le groupement de Buzi.
Analyse et interprétation croisée :
Dans la première partie du tableau, 64 % des
enquêtés déclarent que les instances vers lesquelles ils se
tournent ne garantissent pas efficacement la stabilité
foncière. Ce chiffre majoritaire traduit une faible
satisfaction générale à l'égard des dispositifs
existants.
De ce fait, 61 % jugent que ces mécanismes ne sont que
moyennement efficaces, ce qui révèle un manque de performance ou
de régularité dans la gestion des litiges ; 27 % estiment que ces
dispositifs sont complètement inefficaces, soulignant une crise de
confiance ; Seuls 12 % des enquêtés
considèrent que les mécanismes sont pleinement efficaces, ce qui
reflète une marge de crédibilité très
réduite.
Cette situation peut s'expliquer par plusieurs facteurs
évoqués dans les autres tableaux :
l'ingérence politique (18,2 %), l'absence de
titres fonciers fiables (30,1 %), la faiblesse des
institutions (12,9 %), et le manque de guichets fonciers. De
plus, la diversité des recours (chefferies, tribunaux, politiciens, ONG)
illustre un système fragmenté, peu harmonisé et mal
institutionnalisé. Ces résultats appellent à :
y' Renforcer la transparence, l'accessibilité et la
capacité technique des mécanismes existants ;
y' Assainir les ingérences politiques dans les instances
de règlement des litiges ;
y' Mettre en place des guichets fonciers efficaces et des
procédures claires de délivrance des titres ;
y' Former et encadrer les acteurs coutumiers et
étatiques pour assurer un traitement équitable et cohérent
des différends.
Tableau XIII : Niveau de menace perçue sur les
droits fonciers à Buzi
|
Quel est niveau de menace perçue pour les
droits fonciers à Buzi ?
|
|
Niveau de menace
|
Effectifs
|
%
|
|
Faible
|
18
|
18 %
|
|
Modéré
|
28
|
28 %
|
|
Fort
|
54
|
54 %
|
|
Total
|
100
|
100 %
|
Source : Notre enquête sur
terrain de 2025
~ 56 ~
Analyse et interprétation : Plus de la
moitié (54 %) des enquêtés estiment que le niveau de menace
pour les droits fonciers est fort. Cela montre une insécurité
foncière élevée, perçue comme une
réalité inquiétante. Le cumul des niveaux
modéré et fort (82 %) souligne un sentiment d'instabilité
largement partagé dans la population.
Tableau XIV : Perception des mécanismes
traditionnels de résolution
|
Les mécanismes traditionnels de
résolution sont suffisants pour régler les conflits
fonciers
|
|
Réponses
|
Effectifs
|
%
|
|
Pas du tout d'accord
|
19
|
19 %
|
|
Pas d'accord
|
26
|
26 %
|
|
Neutre
|
18
|
18 %
|
|
D'accord
|
17
|
17 %
|
|
Tout à fait d'accord
|
20
|
20 %
|
|
Total
|
100
|
100 %
|
Source : Notre enquête sur
terrain 2025
Analyse et interprétation : Les
opinions sont partagées, mais une pluralité
d'enquêtés (45 %) ne fait pas confiance aux mécanismes
traditionnels, ou y est opposée. Seuls 37 % les jugent suffisants,
tandis que 18 % restent neutres. Cela montre une crise partielle de
légitimité ou d'efficacité des autorités
coutumières, probablement due à leur politisation ou à un
affaiblissement face aux réalités modernes.
Tableau XV : Intervention des politiciens dans les
conflits fonciers
|
Avez-vous déjà vu un politicien intervenir
dans un conflit foncier ?
|
|
Réponses
|
Effectifs
|
%
|
|
Oui
|
82
|
82 %
|
|
Non
|
18
|
18 %
|
|
Total
|
100
|
100 %
|
Source : Notre enquête sur
terrain de 2025
Analyse et interprétation : Une
immense majorité (82 %) a constaté l'ingérence politique,
ce qui confirme l'ampleur du phénomène. Cela appuie l'idée
que la sphère politique interfère fortement dans les affaires
foncières locales, affectant l'équité des
résolutions.
~ 57 ~
Tableau XVI : Forme d'intervention
politique
|
Si oui, comment s'est traduite cette intervention
?
|
|
Réponses
|
Effectifs
|
%
|
|
Blocage d'une décision
|
10
|
12 %
|
|
Créer un climat d'attente
|
1
|
1 %
|
|
Distribution illégale de terres
|
19
|
23 %
|
|
Pression sur l'autorité locale
|
16
|
20 %
|
|
Soutien à une partie
|
36
|
44 %
|
|
Total
|
82
|
100 %
|
Source : Notre enquête sur
terrain de 2025
Analyse et interprétation :
L'influence politique s'exerce majoritairement par le biais de
favoritisme (44 %), mais aussi par des pratiques illégales comme la
distribution de terres (23 %) ou des pressions sur l'autorité locale (20
%). Cela démontre que les politiciens contribuent activement à la
déstabilisation du processus foncier, souvent à des fins
clientélistes.
Tableau XVII : L'intervention politique
facilite-t-elle ou complique-t-elle les conflits ?
|
Pensez-vous que l'intervention politique facilite ou
complique la résolution des conflits ?
|
|
Réponse
|
Effectifs
|
%
|
|
Complique
|
75
|
75 %
|
|
Facilite
|
7
|
7 %
|
|
Sans avis
|
18
|
18 %
|
|
Total
|
100
|
100 %
|
Source : Notre enquête sur
terrain de 2025
Analyse et interprétation : Une
écrasante majorité (75 %) estime que l'intervention politique
complique la résolution des conflits fonciers. Cela souligne une
perception très négative de la politisation, en lien avec les
formes d'ingérence évoquées précédemment.
Tableau XVIII : Accord avec l'affirmation sur
l'impartialité
|
Cochez votre niveau d'accord avec cette
affirmation : « L'implication des politiciens compromet
l'impartialité dans les processus de résolution des conflits
fonciers »
|
|
Réponses
|
Effectifs
|
%
|
|
Pas du tout d'accord
|
4
|
5 %
|
|
Pas d'accord
|
3
|
4 %
|
|
Neutre
|
8
|
10 %
|
~ 58 ~
|
D'accord
|
20
|
24 %
|
|
Tout à fait d'accord
|
47
|
57 %
|
|
Total
|
82
|
100 %
|
Source : Notre enquête sur
terrain de 2025
Analyse et interprétation : 81 % des
répondants valident le fait que l'implication politique compromet
l'impartialité dans les processus de résolution des conflits.
Cela corrobore les données précédentes sur la
légitimation des mécanismes de règlement à cause de
la politisation.
Tableau XIX : Solutions proposées pour limiter
l'influence politique
|
À votre avis, que faut-il faire pour
limiter l'influence politique dans la résolution des conflits fonciers
à Buzi ?
|
|
Solution proposée
|
Effectifs
|
Pourcentage
|
|
Appliquer strictement les lois
|
29
|
29 %
|
|
Créer des comités neutres
|
14
|
14 %
|
|
Renforcer le pouvoir de la chefferie
|
27
|
27 %
|
|
Renforcer les sanctions
|
3
|
3 %
|
|
Sensibilisation
|
27
|
27 %
|
|
Total
|
100
|
100 %
|
Source : Notre enquête sur
terrain de 2025
Analyse et interprétation : Les
solutions proposées tournent autour de trois axes principaux :
Renforcement institutionnel (29 %) : application rigoureuse des lois pour
décourager les abus ; Restauration du rôle des autorités
traditionnelles (27 %) ; Mobilisation communautaire (sensibilisation, 27 %).
Cela montre un désir collectif de recentrer les mécanismes de
résolution autour de la légalité, de la neutralité
et de la tradition, en limitant les ingérences partisanes.
III.2. SYNTHESE DES RESULTATS DE L'ENQUETE
L'enquête menée auprès de 100
répondants dans le groupement de Buzi a permis de recueillir des
données quantitatives significatives sur la nature des conflits
fonciers, les formes d'influence politique, l'efficacité des
mécanismes de résolution, ainsi que les perceptions de la
population à l'égard des droits fonciers.
D'un point de vue sociodémographique,
l'échantillon est majoritairement composé d'hommes (71 %)
âgés principalement entre 26 et 50 ans, avec une
prédominance de personnes mariées (69 %) et de niveau
d'instruction supérieur et universitaire (73 %). La majorité
des
La forte présence des ventes multiples, des conflits
d'héritage ou de limites, combinée à l'absence de titres
fonciers formels pour une grande partie de la population, met en
évidence la
~ 59 ~
répondants réside dans le groupement depuis plus
de 10 ans (80 %), ce qui confère une légitimité à
leur expérience et à leur appréciation des
réalités foncières locales.
Concernant l'implication dans les conflits fonciers, 75 % des
enquêtés affirment avoir été directement
impliqués ou témoins de conflits liés à la terre.
Les types de conflits les plus fréquents relèvent principalement
des litiges autour de la délimitation des parcelles (limites), des
ventes multiples, des conflits liés à l'héritage et
à l'usage coutumier des terres.
En ce qui concerne les documents fonciers, 52 % des
répondants déclarent ne posséder qu'un simple acte de
vente, tandis que 12 % n'ont aucun document de propriété,
révélant une grande précarité juridique et
administrative en matière de sécurisation des terres. Très
peu disposent de certificats d'enregistrement ou d'un acte légalement
reconnu.
Sur le plan des mécanismes de résolution des
conflits, 68 % considèrent que les systèmes existants ont la
légitimité et la capacité de protéger les droits
fonciers légitimes, mais leur efficacité reste limitée :
64 % jugent que les instances vers lesquelles ils se tournent ne garantissent
pas réellement la stabilité foncière. Seuls 12 % les
jugent pleinement efficaces.
L'analyse révèle également une forte
politisation des conflits fonciers. 82 % des répondants déclarent
avoir observé une intervention directe de politiciens, laquelle se
manifeste souvent par le soutien à une des parties (44 %), la
distribution illégale de terres (23 %) ou encore la pression
exercée sur les autorités locales (20 %). Cette ingérence
est jugée négative par 75 % des participants, qui estiment que
l'intervention politique complique la résolution des conflits.
Enfin, concernant les perspectives de réforme, les
solutions proposées incluent principalement : l'application stricte des
lois (29 %), le renforcement du pouvoir des autorités coutumières
(27 %) et la sensibilisation communautaire (27 %), traduisant un besoin
pressant de reconfiguration institutionnelle.
III.3. INTERPRETATION ET DISCUSSION DES RESULTATS
Les résultats obtenus confirment les hypothèses
de départ quant à la nature et à la complexité des
conflits fonciers dans le groupement de Buzi. Ils révèlent un
système foncier hybride, où les normes coutumières
coexistent avec les dispositifs juridiques modernes, souvent sans articulation
claire ni cohérence fonctionnelle. Cette coexistence
génère des chevauchements de droits, des contestations
récurrentes et une insécurité foncière
chronique.
~ 60 ~
faiblesse des institutions de régulation
foncière, notamment les services du cadastre, les guichets fonciers et
les juridictions compétentes. Le manque de vulgarisation des lois
foncières, rapporté par les enquêtés, constitue un
obstacle majeur à l'accès équitable à la terre.
Ces résultats convergent avec ceux de Lavigne Delville,
selon lesquels l'insécurité foncière dans les milieux
ruraux africains est liée à la faiblesse des institutions
formelles et à la non-reconnaissance des droits coutumiers dans les
législations modernes113. De même, les
conclusions de Chauveau indiquent que les conflits sont exacerbés par
l'absence de politiques claires sur les droits fonciers coutumiers et par la
lenteur des procédures
d'enregistrement114.
La politisation des conflits, quant à elle, rejoint les
constats de Joireman, pour qui les acteurs politiques manipulent souvent les
tensions foncières à des fins électorales ou
clientélistes115. Toutefois, notre
étude va plus loin en montrant que cette influence ne se limite pas
à des cas isolés, mais constitue un mode d'intervention
structurel dans le groupement de Buzi.
Sur le plan des mécanismes traditionnels de
résolution, nos résultats révèlent une divergence
par rapport aux études valorisant leur efficacité. Si Le Roy
souligne la souplesse et l'acceptabilité sociale de ces
dispositifs116, nos données montrent qu'ils
sont souvent dépassés ou instrumentalisés, et
perçus comme partiellement efficaces dans leur forme actuelle.
III.4. IMPLICATION MANAGERIALE DE LA RECHERCHE
Les résultats de cette recherche comportent des
implications stratégiques majeures pour les différents acteurs
impliqués dans la gouvernance foncière locale :
1. Pour les autorités publiques (locales et
nationales) : Il est impératif d'opérationnaliser les
guichets fonciers, de renforcer la délivrance de titres officiels et de
numériser le cadastre. L'État doit également s'engager
à garantir l'impartialité des institutions impliquées dans
les conflits fonciers.
2. Pour les politiciens et les partis politiques
: L'étude démontre la nécessité d'un
désengagement politique des affaires foncières. Des
mécanismes de contrôle indépendants et des sanctions
juridiques contre l'ingérence doivent être mis en place pour
préserver l'équité.
113 Lavigne Delville, Ph. (2010). "Les
politiques foncières en Afrique noire : entre
néo-libéralisme et pluralisme juridique". In Afrique
contemporaine, n° 233, p. 15-32.
114 Chauveau, J.-P. (2006). Changes in land
access and governance in West Africa: markets, social mediations and public
policies. IIED, p. 42.
115 Joireman, S. F. (2011). Where There is
No Government: Enforcing Property Rights in Common Law Africa. Oxford
Université Press, p. 88.
116 Le Roy, E. (1991). La
sécurisation foncière en Afrique : pour une reconnaissance de la
pluralité des normes. Karthala, p. 114.
~ 61 ~
3. Pour les autorités coutumières
: Leur rôle peut être réhabilité à
condition qu'il s'accompagne de formation, de formalisation des actes et de
collaboration étroite avec les institutions étatiques et les ONG
spécialisées.
4. Pour les ONG et la société civile
: Il convient de renforcer les campagnes de sensibilisation sur les
droits fonciers, de former des comités locaux de médiation et de
faciliter l'accès des populations à l'information foncière
fiable et à coût réduit.
5. Pour les bailleurs de fonds et les agences de
coopération : Il est conseillé de soutenir
financièrement les initiatives de cartographie foncière
participative, de sécurisation des droits communautaires et de
vulgarisation des lois foncières.
Conclusion partielle
À l'issue de cette analyse, il apparaît
clairement que l'influence des acteurs politiques constitue un facteur
déterminant dans la gestion des conflits fonciers à Buzi,
impactant tant les processus de médiation que la qualité des
décisions prises. Les résultats soulignent également des
lacunes institutionnelles et des dysfonctionnements dans les mécanismes
actuels, qui fragilisent la confiance des populations et compromettent la paix
sociale. Ces constats appellent à une révision des pratiques
managériales, visant notamment à renforcer la transparence, la
participation des communautés et la neutralité des instances
décisionnelles. Ainsi, ce chapitre met en lumière les
défis majeurs à relever, tout en fournissant une base empirique
solide pour orienter les recommandations pratiques qui seront
développées dans la suite du travail.
~ 62 ~
CONCLUSION GENERALE
La présente recherche s'est inscrite dans le cadre de
l'analyse des conflits fonciers dans le groupement de Buzi, en mettant un
accent particulier sur l'influence des politiciens dans leur processus de
résolution. Dans un contexte où la terre demeure une ressource
à la fois économique, sociale et identitaire, sa gestion pose de
nombreuses tensions. Ainsi, notre étude s'est attachée à
comprendre comment les interventions politiques affectent la dynamique des
conflits fonciers et les mécanismes de résolution qui y sont
associés.
Partant de cette problématique, plusieurs questions
spécifiques ont été posées :
1. Quels sont les principaux types de conflits fonciers
souvent vécus dans le groupement de Buzi ?
2. Quelles sont les formes d'influence exercées par
les politiciens dans ces conflits à Buzi ?
3. Quelles sont les conséquences de cette influence
politique sur la paix sociale et la gouvernance locale des terres ?
4. Quelles stratégies à mettre en place pour
réduire l'influence politique et améliorer la résolution
des conflits fonciers à Buzi ?
Pour répondre à ces interrogations, nous avons
formulé les hypothèses suivantes :
1. Les principaux types des conflits fonciers vécus
dans le groupement de Buzi sont ; les conflits d'occupation illégale ou
d'exploitation d'un même fonds, de titres fonciers, de limites entre
parcelles individuelles, liés à un abus de confiance comme une
vente sans qualité, d'héritage, accaparement de terre du domaine
public ou privé (plantation) ;
2. Les politiciens influencent la résolution des
conflits fonciers à Buzi en soutenant certaines parties prenantes par
l'instrumentalisation des appartenances ethniques et l'interférence dans
les processus de résolution traditionnels ;
3. Les conséquences de l'influence politique sur la
paix sociale et la gouvernance locale des terres sont l'aggravation des
tensions sociales, l'affaiblissement des structures coutumières de
gouvernance et la compromission de la paix sociale ;
4. Les stratégies à mettre en place pour
réduire l'influence politique et améliorer la résolution
des conflits fonciers à Buzi sont le renforcement de la transparence, la
dépolitisation des mécanismes de résolution et l'inclusion
communautaire.
Sur le plan méthodologique, cette étude a
adopté une approche mixte, articulant des outils qualitatifs et
quantitatifs. Le questionnaire structuré a été
administré à un échantillon représentatif de 100
enquêtés issus de différentes localités du
groupement de Buzi, déterminé selon la formule
~ 63 ~
de Solvin. Les données ont été
complétées par des entretiens, des observations directes et une
revue critique de la littérature existante.
Les résultats obtenus confirment en grande partie les
hypothèses formulées. D'une part, les conflits les plus
fréquents concernent les ventes multiples, les litiges successoraux, les
limites de parcelles, l'accaparement et les usages coutumiers. D'autre part,
l'implication des politiciens se traduit par un soutien partisan, des pressions
sur les organes décisionnels et parfois par des distributions
illégales de terres, compliquant ainsi la résolution
équitable des différends. De plus, 75 % des enquêtés
estiment que cette implication complique la résolution des conflits, et
une majorité plaide pour l'application rigoureuse des lois, la
sensibilisation communautaire et la création de structures neutres.
Toutefois, cette recherche présente certaines limites.
Elle s'est essentiellement concentrée sur un seul groupement (Buzi), ce
qui pourrait restreindre la généralisation des résultats
à d'autres zones rurales. De même, la sensibilité du sujet
a pu freiner la libre expression de certains répondants, malgré
les garanties d'anonymat. Enfin, les données collectées demeurent
sujettes à interprétation selon les sensibilités et les
perceptions des participants.
Ces limites ouvrent néanmoins des perspectives
intéressantes pour des recherches futures. Il serait pertinent, par
exemple, d'étendre l'étude à l'ensemble du territoire de
Kalehe ou à d'autres chefferies du Sud-Kivu afin d'opérer des
comparaisons régionales. Par ailleurs, une analyse longitudinale des
mécanismes institutionnels de résolution des conflits, en lien
avec les réformes foncières en cours en RDC, permettrait de mieux
saisir l'évolution des dynamiques observées.
En définitive, cette étude met en lumière
la nécessité d'une gouvernance foncière inclusive,
transparente et dépolitisée pour restaurer la confiance des
populations, sécuriser les droits fonciers et préserver la paix
sociale dans les zones rurales comme Buzi.
~ 64 ~
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territoire et pouvoir dans l'Est du Congo, Institut de la Valée du Rift,
projet USALAMA : comprendre les groupes armés congolais, Londres
W11 1DF, Royaume-Uni, 2013.
~ 70 ~
77. Vlassenroot, K. & Huggins, C., Land, Migration and
Conflict in Eastern DRC. In: Huggins & Clover (eds.), From the
Ground Up. Land Rights, Conflict and Peace in Sub-Saharan Africa. Pretoria
: ISS, 2005.
78. Vlassenroot, K.,Citizenship, Identity Formation and
Conflict in South Kivu. The Case of the Banyamulenge, Review of African
Political Economy, 29(93/94), 2002.
79. Weber, M., Économie et
société. Paris : Plon, 1971, Tome 1, 1922.
80. Weber, M., Le Savant et le Politique. Paris : Plon,
1990.
81. Zartman, I. W., Traditional Cures for Modern Conflicts:
African Conflict «Medicine». Boulder : Lynne Rienner Publishers,
2000.
82. Zehr, H., The Little Book of Restorative Justice.
Intercourse, PA: Good Books, 2002.
4. RAPPORTS
1) Action pour la Paix et la Concorde (APC), Étude
sur les dynamiques foncières dans le territoire de Kalehe, Bukavu,
Rapport interne, 2022.
2) Archives de la chefferie de Buhavu à Kalehe IHUSI,
rapport de vacance parlementaire de l'honorable Mushekuru Kahayani Etienne,
député provincial élu du territoire de Kalehe, sept
2024.
3) Archives de la chefferie de Buhavu en territoire de
Kalehe, Ihusi 2024, Archives de la BCZ Minova, 2024.
4) Association pour l'Accès à la Terre (APC),
Conflits fonciers et communautés marginalisées dans
Kalehe. Rapport interne, 2022
5) Crisis Group, A la croisée des chemins. le
défi foncier en RDC. Rapport Afrique n°266, 2019.
6) Crisis Group, Elections et enjeux fonciers en RDC .
entre clientélisme et exclusion. Rapport Afrique n°265,
2019.
7) International Crisis Group, Eastern Congo. Why
Stabilisation Failed, Rapport Afrique n°223, 2014
8) International Crisis Group, Les Kivu . Une
stabilité illusoire. Rapport Afrique n°266, Bruxelles,
2019.
9) International Crisis Group, Réduire les
tensions ethniques dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu, Rapport Afrique
n°293, 2021.
10) International Refugee Rights Initiative (IRRI), "Who
Belongs Where?" Conflict, Displacement, Land and Identity in North Kivu,
Democratic Republic of Congo, 2013.
11) Life & Peace Institute, Rapport sur les
dynamiques communautaires dans le territoire de Kalehe. 2020.
~ 71 ~
12) RCN Justice & Démocratie. Étude sur
le cadre légal et institutionnel du foncier en RDC. Kinshasa: RCN,
2016.
13) République Démocratique du Congo,
Ministère des Affaires Foncières, Rapport annuel sur les
conflits fonciers, Kinshasa, 2022.
14) République Démocratique du Congo. Loi
n°73-021 du 20 juillet 1973, article 1.
5. THESES ET MEMOIRES
1. Billy Kambale L., Systèmes traditionnels de gestion
des ressources naturelles et persistance des conflits autour des aires
protégées de la RD Congo. (Cas du Parc National de la Salonga et
territoire de Monkoro), thèse de doctorat, Université Catholique
de Louvain, 2020.
2. Brown O., Kasasi R., Renforcement de la capacité de
l'ICCN à la gestion et la résolution des conflits liés aux
ressources naturelles dans le Parc National de Kahuzi-
3. Kakule P., résolution extra-judiciaire des conflits
fonciers en territoire de Masisi, 2010,
https://www.memoireonline.com/01/12/5188/m_Resolution-extra-judiciaire-des-conflits-fonciers-en-territoire-de-Masisi17.html
4. Kalambay G., le droit foncier zaïrois et son
unification, thèse de doctorat, Louvain-la-Neuve, UCL, 1973.
5. Médard, J.-F., « Le néo-patrimonialisme
en Afrique noire », in Politique africaine, n°45, Karthala,
1991.
6. Mugangu M., Gestion foncière rurale au zaïre :
réforme juridique et pratique foncière locale cas du Bushi,
thèse de doctorat, Louvain-La-Neuve, Academia-Bruylant, 1997.
7. Nyenyezi A., Invention de la terre et production des
anormaux dans les dispositifs fonciers en Afrique. Pouvoir et résistance
à l'accaparement des terres en Afrique des Grands-Lacs, thèse de
doctorat, Université Catholique de Louvain, 2016.
6. WEBOGRAPHIE
1)
https://www.larousse.fr et
Google
'l
~ a ~
QUESTIONNAIRE D'ENQUETE
Nous sommes BALUKU BYAMUNGU EMERY étudiant en
Communication et Résolution des Conflits à Institut
Supérieur d'Environnement Solidaire et de Développement Durable
(ISESOD-Goma). Dans le cadre de la rédaction de mon
mémoire en Master de fin de cycle en Communication et Résolution
des Conflits, je mène une étude portant sur « La
résolution de conflits fonciers au Sud-Kivu à l'épreuve de
l'influence des politiciens. Cas du groupement de Buzi ». L'objectif
de ce questionnaire est de recueillir les perceptions, expériences et
suggestions des habitants et acteurs locaux sur les types de conflits fonciers
existants, les mécanismes de résolution utilisés, ainsi
que les effets positifs ou négatifs de l'implication politique dans la
gestion foncière.
Les informations que vous fournirez resteront strictement
confidentielles et seront utilisées uniquement à des fins
académiques. Il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises
réponses ; l'essentiel est de donner votre opinion personnelle et
sincère.
Votre participation est volontaire et constitue un apport
important à la compréhension des réalités locales
et à la formulation de solutions adaptées pour une paix
foncière durable.
Je vous remercie d'avance pour votre collaboration et votre
confiance. SECTION A : Informations
sociodémographiques
1. Sexe : L] Homme L] Femme
2. Âge : L] -25 ans L] 26-35 L]
36-50 L] 51+
3. Etat Matrimonial :
Célibataire L] Marié (e) L] Divorcé(e) L] Veuf(e) L]
4. Niveau d'instruction : L] Aucun
L] Primaire L] Secondaire L] Supérieur et Universitaire.
5. Temps vécu dans ce groupement
:
Moins d'un an 1 à 5ans L] 6 à10ans L] 11à
20 L] 21 à 55 L] 65ans L]
6. Statut et fonction : L] Chef
coutumier L] Citoyen ordinaire L] Fonctionnaire
L] Politicien L] Victime d'un conflit foncier L] Enseignant (e)
L] Infirmier (e)
L] Cultivateur (e) L] Commerçant(e) L] Chômeur L]
Indépendant (e)
~ b ~
7. Avez-vous déjà été
impliqué dans un conflit foncier ou avoir attendu parler dans votre
groupement ?
LI Oui LI Non
8. Si impliqué, pour quoi et
comment
9. Si oui, par quel canal en avez-vous entendu
parler et comment ceux qui en parlent le justifient-ils ?
10. Alors si non, pensez-vous qu'ils n'en existent
pas vraiment à Buzi ?
SECTION B : Types et causes des conflits fonciers
11. Quels types de conflits sont-ils les plus
fréquents dans le groupement de Buzi ? (plusieurs réponses
possibles)
LI Héritage LI Limite de parcelles/champs LI Vente
multiple LI Accaparement
LI Usage coutumier LI Autre (préciser) :
12. À votre avis, quelles sont les causes
principales de ces conflits ?
LI Manque de titres LI Surpopulation LI Faiblesse des
institutions LI Politisation
LI Manque d'informations utiles LI Manque d'un guichet foncier
pour la délivrance de
certificats fonciers
13. Les gens sont-ils intéressés et
disposés à enregistrer leurs droits fonciers à Buzi
?
Oui Non
Si oui, comment procèdent-ils ?
Si non, pourquoi ne font-ils pas enregistrer leurs terres ?
14. La politique coutumière et le cadre
juridique foncier reconnaissent-ils tous les droits fonciers
légitimes existants ? Oui Non
Si oui, quels sont les aspects spécifiques du droit
foncier reconnu ?
Si non, pourquoi ne les reconnaissent-ils pas ?
15. Laquelle des conséquences de conflits
fonciers ci-après traduit-elle fréquemment l'impact sur la
cohabitation pacifique à Buzi ? (Cocher plusieurs) :
?Tensions sociales et
communautaires ?Violences et affrontements ?
Déstabilisation des mécanismes
SECTION D : Influence des politiciens
~ c ~
traditionnels de règlement des conflits ? Perturbation de
la vie économique et agricole ?
Déplacements internes et insécurité ?
Érosion du tissu social
16. Quelles sont les documents que détient la
population pour sécuriser leurs terres à Buzi ?
D Acte de vente D Acte de témoignage D Certificat
d'enregistrement
D Acte de droit de propriété D Aucun
document SECTION C : Mécanismes de
résolution
17. Le système de résolution de
conflit foncier a-t-il la légitimité et la capacité de
protéger les droits fonciers légitimes individuels et
communautaires ?
Oui Non
Si oui comment cela fonctionne-t-il ?
18. Si non pourquoi selon vous, ce système
n'a-t-il pas cette légitimité et la capacité de
protéger les droits fonciers légitimes individuels et
communautaires ?
19. Habituellement, vers qui vous tournez-vous en
cas de conflit foncier ?
D Chefferie D Tribunal D Groupement D Comité local D
Politicien D ONG D Autres :
20. Trouvez-vous que l'instance vers laquelle vous
vous tournez en cas de conflit foncier est-elle vraiment efficace pour garantir
la stabilité foncière dans votre entité ?
Oui Non
Si oui, quelles sont les garanties qu'octroie ces
instances
21. Si non, que doivent améliorer ces
instances pour un avenir meilleur
22. Selon vous, ces mécanismes sont-ils
efficaces ?
D Oui pleinement D Moyennement D Non du tout
23. Quel est niveau de menace perçue pour les
droits fonciers à Buzi ?
DFaible D Modéré D Fort
24. Les mécanismes traditionnels de
résolution sont suffisants pour régler les conflits
fonciers.
Cochez votre niveau d'accord avec cette
affirmation. D Tout à fait d'accord D D'accord D Neutre
D Pas d'accord D Pas du tout d'accord
~ d ~
25. Avez-vous déjà vu un politicien
intervenir dans un conflit foncier ? LI Oui LI Non
26. Si oui, comment s'est traduite cette
intervention ? LI Soutien à une partie LI Pression sur
l'autorité locale LI Blocage d'une décision LI Distribution
illégale de terres
LI Autre :
27. Pensez-vous que l'intervention politique
facilite ou complique la résolution des conflits ?
LI Facilite LI Complique LI Aucune influence
28. Cochez votre niveau d'accord avec cette affirmation
:« L'implication des politiciens compromet
l'impartialité dans les processus de
résolution des conflits fonciers. » LI Tout à
fait d'accord LI D'accord LI Neutre LI Pas d'accord LI Pas du tout
d'accord
SECTION E : Solutions et perspectives
29. À votre avis, que faut-il faire pour
limiter l'influence politique dans la résolution des conflits fonciers
à Buzi ? LI Renforcer le pouvoir de la chefferie LI
Créer des comités neutres LI
Appliquer strictement les lois LI Renforcer les sanctions LI
Sensibilisation LI Autres :
30. Que recommandez-vous pour une meilleure
collaboration entre groupement de Buzi, ONG, autorités locales et
société civile ?
Merci pour votre collaboration !
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