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L'intervention des forces armées tchadiennes dans la lutte contre le terrorisme au sein du G5 Sahel et de la force multinationale mixte de la CBLT: de 2014 à  2024


par Mahamat Barka Mahamat Korei
Université de Ngaoundéré - Master 2 Recherche en Science Politique, option Relations Internationales 2024
  

Disponible en mode multipage

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    REPUBLIQUE DU CAMEROUN / REPUBLIC OF CAMEROON

    Paix -Travail- Patrie / Peace - Work - Fatherland

    UNIVERSITE DE NGAOUNDERE / THE UNIVERSITY OF NGAOUNDERE

    ************

    B.P. / P.O Box : 454

    FACULTÉ DES SCIENCES JURIDIQUES ET POLITIQUES

    FACULTY OF LAW AND POLITICAL SCIENCES

    DÉPARTEMENT DE SCIENCE POLITIQUE

    DEPARTMENT OF POLITICAL SCIENCE

    Discipline, Intégrité, Rigueur. Discipline, Integrity, Rigour

    Tél : 222 25 40 19 - E-mail : fsjp@univ-ndéré.cm

    L'émergence scientifique en marche

    L'INTERVENTION DES FORCES ARMEES TCHADIENNES DANS LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME AU SEIN DU G5 SAHEL ET DE LA FORCE MULTINATIONALE DE LA CBLT : DE 2014 A 2024

    2

    Mémoire

    Présenté en vue de l'obtention du diplôme de Master Recherche en Science Politique

    Option : Relations Internationales

    Par :

    MAHAMAT KOREI MAHAMAT BARKA

    Matricule : 19B144JP

    Titulaire d'une Licence en Droit Public et Science Politique

    Sous la Direction du

    MonsieurProfesseur BELINGA Zacharie Gaudard

    Maître de Conférences en Science Politique,

    Université de N'Gaoundéré

    ANNEE ACADEMIQUE : 2023 - 2024

    AVERTISSEMENT

    L'Université de N'Gaoundéré n'entend donner aucune approbation ou improbation aux idées contenues dans ce mémoire. Elles doivent êtreconsidérées comme propres à leur auteur et n'engagent que ce dernier.

    SOMMAIRE

    AVERTISSEMENT I

    SOMMAIRE II

    DEDICACE IV

    REMERCIEMENTS V

    LISTE DES PRINCIPAUX SIGLES ET ABREVIATIONS VI

    LISTE DES FIGURES VII

    LISTE DES TABLEAUX VIII

    LISTE DES PHOTOS IX

    RESUME X

    ABSTRACT XI

    INTRODUCTION GENERALE 1

    PREMIERE PARTIE : LES MOYENS HUMAINS ET LOGISTIQUES DEPLOYES PAR LE TCHAD DANS SES INTERVENTIONS DANS LE CADRE DE LA LUTTE ANTI-TERRORISTE 30

    CHAPITRE 1 : LES RESSOURCES HUMAINES MOBILISEES PAR LE TCHAD 32

    SECTION I : LE PERSONNEL MILITAIRE DEPLOYE PAR LE TCHAD 33

    PARAGRAPHE I : L'EFFECTIF GLOBAL DES TROUPES TCHADIENNES AU SEIN DU G5 SAHEL ET DE LA FORCE MULTINATIONALE MIXTE DE LA CBLT 33

    SECTION 2 : LE SOUTIEN CIVIL 38

    PARAGRAPHE I : LES DIFFERENTES FORMES DE COLLABOARATIONS AVEC LES POPULATIONS CIVILES 38

    PARAGRAPHE II : L'IMPORTANCE DE L'IMPLICATION DES CIVILS 40

    CHAPITRE II : LA CONTRIBUTION DU TCHAD EN TERMES DE LOGISTIQUES 42

    SECTION 1 : LE MATERIEL MILITAIRE ET LES INFRASTRUCTURES CONSTRUITES 43

    PARAGRAPHE I : LE MATERIEL MILITAIRE 43

    PARAGRAPHE II : LES INFRASTRUCTURES MISES EN PLACE 47

    SECTION II : LES MOYENS FINANCIERS 50

    PARAGRAPHE I : LE FINANCEMENT PROPRE DE L'ETAT TCHADIEN 50

    PARAGRAPHE II : L'APPUI FINANCIER DES PARTENAIRES INTERNATIONAUX 51

    A- LES PARTENAIRES BILATÉRAUX 51

    DEUXIEME PARTIE : L'IMPACT DE L'INTERVENTION DU TCHAD DANS LES OPERATIONS DE LUTTE CONTRE LE TERRORISME AU SEIN DU G5 SAHEL ET DE LA FORCE MULTINATIONALE MIXTE DE LA CBLT 54

    CHAPITRE III : L'IMPACT DE L'INTERVENTION TCHADIENNE SUR LA SOUS-REGION 55

    SECTION I : LES CONSEQUENCES SECURITAIRES 56

    PARAGRAPHE I : REDUCTION DES ACTIONS TERRORISTES DANS LA SOUS-REGION 56

    PARAGRAPHE II : LES DEFIS RENCONTRES 57

    SECTION II : LES RETOMBEES SUR LES PLANS ECONOMIQUE ET SOCIAL 59

    PARAGRAPHE I : LES RESULTATS SUR LE PLAN SOCIAL 59

    PARAGRAPHE II : LES REPERCUSSIONS ECONOMIQUES 60

    CHAPITRE IV : LA PORTEE DE L'INTERVENTION TCHADIENNE POUR LE TCHAD 63

    SECTION I : LES EFFETS SUR LA STABILITE INTERNE 64

    PARAGRAPHE I : INTENSIFICATION DES MENACES INTERNES 64

    PARAGRAPHE II : IMPACT SUR LA GOUVERNANCE INTERNE 67

    SECTION II : LE BILAN HUMAIN ET IMPACT POLITICO-DIPLOMATIQUE 69

    PARAGRAPHE I : LES PERTES HUMAINES 69

    PARAGRAPHE II : L'IMPACT POLITICO-DIPLOMATIQUE 71

    CONCLUSION 75

    CONCLUSION GENERALE 77

    REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 79

    ANNEXES A

    DEDICACE

    À

    Feu Honorable Député KOREI MAHAMAT BARKA, mon très regretté père, et ACHAMA DJIBRINE, ma trèschère et aimable mère, ainsi qu'à tous les valeureuxsoldats tchadiens, sans distinctionaucune, tombés lors des différentesopérations de lutte contre le terrorisme.

    REMERCIEMENTS

    Ce mémoire n'aurait certainement pas vu le jour sans la participation, l'apport, la collaboration, l'appui et le soutien de plusieurs personnes, à qui nous tenons à témoigner notre interminable gratitude.

    Notre reconnaissance s'adresse plus particulièrementà :

    Professeur BELINGA ZACHARIE GAUDARD pour avoir accepté de diriger ce mémoire. Ses précieux conseils et sa permanente disponibilité nous ont suffisamment et considérablementaidés dans la réalisation de cetterecherche.

    Nous exprimons aussi notre profonde gratitude à tous les enseignants de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l'Université de N'Gaoundéré, en particulier, le Professeur JANVIER ONANA, Doyen de cet établissement ; le Professeur TOUO HERMAN, chef de département de SciencePolitique, pour leur apport à notre formation et à notre épanouissement intellectuel.

    Nous ne saurons égalementomettred'exprimer notre gratitude envers Monsieur le Recteur de l'Université de N'Gaoundéré, Professeur MAMOUDOU ABDOULMOUMINI, pour son leadership et sa bienveillance.

    Nos pensées pleines de reconnaissance vont aussi à l'endroit du personnel du Ministère de la Défense Nationale du Tchad, du Ministère tchadiendes Affaires Etrangères, du Conseil National de Transition (Parlement transitoire du Tchad), du bureau exécutif de la CBLT (Commission du Bassin du Lac-Tchad), ainsi qu'à nos ainésacadémiques pour leur collaboration, leur disponibilité et leur esprit de convivialité durant cette expérience de recherche.

    Enfin, notre gratitude va aussi à l'endroit de tous les membres de la famille pour leur inconditionnel soutien matériel, moral et financier ; plus particulièrement à l'endroit de mes oncles Adoum Haliki Barkai, Kochei Mahamat Barka,SouleymaneMahamat Barka, Issa Mahamat Barka et Idriss Haliki Tidei ;ma belle-mère Fatimé Chaha; mes grandes soeurs Docteur Fatimé Tombocha Adoum Aguid et Zara Djimet Mahamat; mes grands frèresAli Korei Mahamat, Brahim Djimet Mahamat, Ali Djimet Mahamat, Hamid Tchoui Goukouni et Adoum Youssouf Galmaye et ma petite soeurIzé Korei Mahamat.

    LISTE DES PRINCIPAUX SIGLES ET ABREVIATIONS

    A.N.S.E : Agence Nationale de Sécurité d'Etat.

    A.N.T : Armée Nationale Tchadienne.

    AQMI : Al-Qaida au Maghreb Islamique.

    B.H : Boko Haram.

    B.M.P:Boyevaya Mashina Pekhoty.

    B.T.R :Bronetransporter.

    C.B.L.T : Commission du Bassin du Lac-Tchad.

    C.E.D.E.A.O : Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest.

    C.E.E.A.C : Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale.

    C.E.M.A.C : Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale.

    C.I.A : Central Intelligence Agency.

    C.S.P : Conseil de Paix et de Sécurité.

    D.G.S.E : Direction Générale de la Sécurité Extérieure.

    E.E.I : Engins Explosifs Improvisés.

    E.I : Etat Islamique.

    E.I.A.O : Etat Islamique en Afrique de l'Ouest.

    F.A.C.T : Front pour l'Alternance et la Concorde au Tchad.

    F.A.N.T : Forces Armées Nationales Tchadiennes.

    F.A.T.I.M : Forces Armées Tchadiennes en Intervention au Mali.

    F.C.F.A : Franc de la Coopération Financière en Afrique.

    F.L.M : Front de Libération du Macina.

    F.M.M : Force Multinationale Mixte.

    G.5 : Groupe des Cinq.

    G.W.O.T:Global War On Terror.

    J.N.I.M: Jama'at Nusrat al Islam wal Muslimeen.

    M.I.6 : Secret Intelligence Service.

    M.I.N.U.S.C.A: Mission MultidimensionnelleIntégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en Centrafrique.

    M.I.N.U.S.M.A : Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali.

    M.N.J.T.F : Multinational Joint Task Force.

    M.U.J.A.O : Mouvement pour l'Unicité et le Jihad en Afrique de l'Ouest.

    O.I.T : Organisation Internationale du Travail.

    O.N.G : Organisation Non Gouvernementale.

    O.N.U : Organisation des Nations Unies.

    O.T.A.N : Organisation du Traité de l'Atlantique Nord.

    P.I.B : Produit Intérieur Brut.

    Q.G : Quartier Général.

    R.I : Relations Internationales.

    U.A : Union Africaine.

    U.E : Union Européenne.

    U.R.S.S : Union des Républiques Socialistes Soviétiques.

    U.S.A:United States of America.

    V.T.T : Véhicule de Transport des Troupes.

    LISTE DES FIGURES

    FIGURE 1 : Carte géopolitique de la Région du Sahel (Source : www.g5.org).

    FIGURE 2 : Carte géopolitique de la Région du Bassin du Lac-Tchad (Source : www.cblt.org).

    FIGURE 3 : Logo du G5 SAHEL (Source : www.g5sahel.org).

    FIGURE 4 : Logo de la Force Multinationale Mixte (Source : www.cblt.org).

    FIGURE 5 : Logo de la CBLT (www.cblt.org).

    FIGURE 6 : Représentation de l'influence des Etats africains dans les Relations Internationales par le Pr Augustin KONTCHOU KOMENI (Source : Marcel MERLE, Sociologie des relations internationales, Paris, Dalloz, 1974).

    FIGURE 7 : Diagramme de participation des Etats membres de la Force Multinationale Mixte de la CBLT (MOHAMADOU HAFISSE SAID, La participation des forces de défense camerounaises dans les résolutions des conflits armés en Afrique : regard à partir de quelques opérations de maintien de la paix de 1995 à 2022 , Mémoire de MASTER II, Université de N'Gaoundéré, FSJP, 2022.

    FIGURE 8 : Contribution en 2022 des pays africains au processus de résolution des conflits inspiré du Pr Augustin KONTCHOU KOMENI (Marcel MERLE, Sociologie des relations internationales, Paris, Dalloz, 1974 (Source : MOHAMADOU HAFISSE SAID, Mémoire de MASTER II, Université de N'Gaoundéré, FSJP, 2022).

    LISTE DES TABLEAUX

    TABLEAU 1 :Contingents militaires présents au Sahel (Source : www.sipri.org).

    TABLEAU 2 : Part dans le PIB national des dépenses militaires des pays du G5 SAHEL (en pourcentage du PIB), (Source : www.sipri.org).

    TABLEAU 3 : Appui financier des USA alloué en 2014 à chaque pays du G5 SAHEL (en millions de dollars US courants), (Source : www.sipri.org).

    TABLEAU 4 : Liste des 20 premiers contributeurs africains aux missions de maintien de la paix en 2022 (Source : www.un.org).

    LISTE DES PHOTOS

    PHOTO 1 : Des soldats tchadiens armés de fusils d'assaut à l'aéroport de GAO dans le nord du Mali, le 28 janvier 2013 (Source : www.rfi.fr).

    PHOTO 2 : Une image de quelques soldats tchadiens debout sur des véhicules blindés BMP-1 au nord du Mali, en avril 2014 (Source : Page Facebook du Ministère tchadien des Armées).

    PHOTO 3 : Des soldats tchadiens patrouillant sur les méandres du Lac-Tchad, le 29 novembre 2022, au poste avancé de BOUKA TOULOROM (Source : www.parismatch.com).

    PHOTO 4 : Des officiers tchadiens de la Force Multinationale Mixte de la CBLT inaugurant un château d'eau d'une capacité de 10 m3, construit par cette même force dans la localité de LITRI, à 5 km de la frontière tchado-nigériane, le 15 octobre 2024 (Source : Tribune Echos).

    PHOTO 5 : Une image capturée lors de l'attentat devant le Commissariat Central de Ndjamena (Source : www.voaafrique.com).

    PHOTO 6 : Une image du défunt Président DEBY devant une carte géostratégique du bassin Lac-Tchad, prise lors de l'Opération Colère BOHOMA (Source : Page Facebook de la Présidence de la République).

    PHOTO 7 : Une image du Chef de l'Etat, Général MAHAMAT IDRISS DEBY ITNO, lors de sa descente sur les lieux de l'attaque à BARKARAM, prise le 28 octobre 2024 (Source : Page Facebook de la Présidence de la République).

    PHOTO 8 : Le Ministre de la Sécurité Publique (au milieu, avec un bonnet blanc) réceptionnant les moutons offerts par le Conseil National des Pétroliers du Tchad, aux forces de défense engagés contre BOKO HARAM, le 03 novembre 2024 (Source : Ndjamena Actu).

    PHOTO 9 : Des sacs de riz, de sucre et de farine, des bidons d'huile offerts par le Conseil National des Pétroliers du Tchad (Source : Ndjamena Actu).

    PHOTO 10 : Une image du Représentant du Tchad au sein du Conseil de Sécurité de l'ONU, l'Ambassadeur Chérif MAHAMAT ZENE, prise en juin 2015 (Source : Page Facebook du Ministère tchadien des Affaires Etrangères).

    RESUME

    Les régions du Sahel et du Bassin du Lac-Tchad est l'une des parties du continent africain les plus touchées par le terrorisme, si ce n'est la plus touchée. Les activités terroristes ont fait et continuent de faire de milliers de morts et de blessés chaque année. A ces conséquences humaines, il faut aussi ajouter les conséquencessocio-économiques et humanitaires désastreuses, comme le déplacement massif des populations engendrant ainsi des crises alimentaires et sanitaires et favorisant ainsi la prolifération d'une pauvretéextrême dans cette région. Toutes ces situations ont conduit les Etats de la région à se concerter pour unir leurs efforts et apporter ainsi une réponseconcrète et efficace, qui se traduit par la création des coalitions militaires sous-régionalesà l'instar du G5 SAHEL et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT. Ces dernières sont placées sous la tutelle et la supervision de l'Union Africaine, condition sin qua non pour obtenir la reconnaissance internationale.

    Le Tchad en tant que membre actif de l'Union Africaine et de la CBLT, et aussi en tant qu'Etat sahélien se retrouve donc directement concerné par ces initiatives militaires communes de lutte contre le terrorisme. Etant trèsattaché au principe d'assistance mutuelle entre Etats, le Tchad est intervenu en déployant des moyens considérables. Ce déploiement a aussi permis au Tchad de se faire une place sur la scène diplomatique tant africaine qu'internationale.Durant cette étude, nous constaterons que l'intervention tchadienne s'est traduite sur le plan humain, matériel et logistique et a aussi eu une portéesocioéconomique et politique, tant pour le Tchad que pour la sous-région. Pour une bonne appréhension de ce sujet, nous nous sommes servis des cadres théoriques tels que le constructivisme, la théorie des jeux, l'interactionnisme et le réalisme.

    ABSTRACT

    The Sahel and Lake Chad Basin region is one of the parts of the African continent most affected by terrorism, if not the most affected. These terrorist abuses have caused and continue to cause thousands of deaths and injuries each year. To these deplorable human consequences, we must also add the disastrous socio-economic and humanitarian consequences such as the massive displacement of populations, thus generating a food and health crisis and thus promoting the proliferation of extremepoverty in this region. All these situations have led the States oh this region to unite their efforts and effective response which results in the creation of sub-regional military coalitions like the G5 SAHEL and the Multinational Joint Task Force of the LBCB. The latter are placed under the tutelage and supervision of the African Union, conditions sine qua non for obtaining international recognition.

    Chad as an active member of the African Union and the LBCB, and also as a sahelian State, therefore finds itself directly concerned by these common military initiatives to combat terrorism. Being much attached to the principle of mutual assistance betweenStates, Chad intervened by deploying considerable resources. This deployment also allowed Chad to make a place for itself on both the African and international diplomatic scene. During this study, we will note that the Chadian intervention was reflected on the human, material and logistical level and also had a socio-economic and political significance for Chad and for the sub-region. For a good understanding of this subject, we are provided with theoretical frameworks such as constructivism, game theory, interactionism and realism.

    INTRODUCTION GENERALE

    Le 11 septembre 2001, les États-Unis d'Amérique et le monde entier se sont réveillés sous le choc et la stupéfaction. En effet, le groupe terroriste AL-QAÏDA1(*) venaitient de poser sa marque en détruisant les deux tours jumelles du World Trade Center de Manhattan à New-York, l'une des plus grandes centres économiques du pays et aussisurtout du monde. Deux avions de la compagnie American Airlines ont été détournés par des individus affiliés à la bande de d'OussamaBen Laden avant de percuter les deux grands bâtiments. Un troisième avion s'est aussi écrasé sur le Pentagone2(*). Des milliers de personnes ont perdu la vie et d'innombrables blessés ont été enregistrés. D'après les chiffres officiels3(*), environs 3 000 personnes ont été tuées dont 19 terroristes et le nombre des blessés s'élève à plus de 25 000 victimes. Cette attaque contre l'un des géants de ce a plus grande démocratie dumonde et la plus grande puissance militaire du monde a démontré aux yeux du monde entier que le terrorisme est plus dangereux qu'on ne le pensait. Dès lors, tous les États du monde entier avec en leur tête les États-Unis, ont décidé de mener un combat sans merci contre les groupes terroristes partout où ils se trouvent. Le Président George W. Bush déclarait d'ailleurs à cette époque : « tTerrorism with a global reach »4(*), entendez «terrorisme à portée mondiale». Cette lutte nécessite donc une coordination d'actions et une solidarité totale entre les États. Il ne fallait donc pas attendre que l'on soit attaqué avant de réagir, il était plutôt question d'anéantir ce fléau à sa source avant qu'il ne s'exporte en grande ampleur. Ainsi, donc commençait la campagne GWOT (Global War On Terror)5(*) lancée par l'Administration américaine. Cette lutte englobait se résumait sur le plan sécuritaire, politique et militaire. De son côté, l'Organisation des Nations Unies (ONU) a adopté la résolution 1373 obligeant ainsi tous les États du monde à adopter des mesures législatives contre le terrorisme. Soupçonnant des affinités entre Al-Qaida et les Talibans, les Américains décidèrent d'attaquer l'Afghanistan pour renverser le régime taliban soupçonné d'héberger les éléments de Ben Laden. Ensuite le 19 mars 2003, une autre opération dénommée «Opération Liberté Irakienne» fut lancée contre Saddam Hussein. Elle se soldera par la chute du leader irakien en avril 2003. Tour à tour, presque tous les pays du Moyen-Orient perçus comme «infréquentables» subiront l'intensité de la puissance militaire américaine. Face à cette guerre sans merci menée par l'Occident contre eux, les groupes terroristes chercheront donc à élargir leur champ d'action pour avoir encore plus d'influence et être disproportionnés afin de fuir la menace américaine. Des branches ou des sections d'Al-Qaida et de Daesh se sont donc formées en Afrique, plus précisément au Sahel et dans le Bassin du Lac-Tchad. D'un côté, le sud de l'Algérie, le nord du Mali et du Niger, et d'un autre, les localités nigérianes, tchadiennes et camerounaises riveraines du Lac-Tchad étaient quasiment tombées sous le contrôle de ces groupes terroristes. Avec la chute du Guide libyen Mouammar Kadhafi en 2011 et l'implosion de la puissance militaire de ce pays, d'énormes quantités d'armes sont tombées entre les mains de ces marchands de la mort. Des milliers de combattants Touareg qui servaient de milice à Kadhafi vont donc retourner chez eux. Ceci a considérablement boosté leur capacité de nuisance. Des simples trafics de tout genre (armes, êtres humains, drogues, etc.), nous sommes arrivés à des attaques de grande ampleur contre les forces de défense et de sécurité des pays du Sahel et ceux du Lac-Tchad. Dès le début de l'an 2012, le nord du Mali était donc complètement tombé entre les mains des groupes terroristes de la Coalition JNIM (Jama'at Nusrat al Islam wal Muslimeen). Le Niger subira aussi ses premières attaques terroristes en 2013 avec le double attentat à Agadez et à Arlit le 23 mai 2013 puis le 01 juin et l'attaque contre la prison centrale de Niamey6(*).La première attaque terroriste au Burkina Faso aura lieu en octobre 2015 dans la localité de Samorogouan à l'ouest du pays. Le comble sera l'attaque en pleine capitale Ouagadougou le 15 janvier 2016 contre un bar-restaurant et un hôtel très fréquentés par les ressortissants occidentaux. Les auteurs de toutes ces exactions sont les mêmes ; cette alliance maléfique regroupait quatre alliés d'Al-Qaïda dont Ansardine,Al-Mourabitoune, FLM (Front de Libération du Macina) et AQMI (Al-Qaida au Maghreb Islamique). Face à cette menace existentielle, les États du Sahel ont donc décidé de réunir leurs forces au sein d'une même coalition pourafin de mener une lutte intense contre le terrorisme. D'où la création du G5 SAHEL (Groupe de 5 États) comprenant le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Cette alliance militaire avait pour but d'anéantir les groupes terroristes dans cette région d'Afrique subsaharienne. Dans le bassin du Lac-Tchad par contre, la menace terroriste s'est amplifiée au début de l'année 2014 avec la prise d'envergure de Boko Haram. Cette secte islamique ayant prêté allégeance à l'État Islamique en mars 2015, est à l'origine de nombreux massacres, attentats et enlèvements à l'encontre des populations civiles vivant tout au long du Lac-Tchad, allant même jusqu'à frapper des grandes villes comme N'Djaména, Maroua, Dikwa, etc. Ces situations ont conduit les pays membres de la CBLT (Commission du Bassin du Lac-Tchad) à se concerter d'urgence afin de mettre sur pied une réponse rapide et coordonnée face à cette menace. Elle se concrétisera par la réactivation7(*) de la Force Multinationale Mixte vers la fin d'année fin 2014 regroupant le Cameroun, le Tchad, le Niger, le Nigeria et le Bénin, bien que ce dernier ne soit pas membre de la CBLT. Ces différents comportements sous-régionaux de l'État tchadien nous ont conduits à s'intéresser sur la participation des forces armées tchadiennes dans cette lutte contre le terrorisme. C'est ce qui a inspiré notre réflexionintitulée :D'où « L'INTERVENTION DES FORCES ARMÉES TCHADIENNES DANS LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME AU SEIN DU G5 SAHEL ET DE LA FORCE MULTINATIONALE MIXTE DE LA CBLT DE 2014 À 20242 », attire notre attention dans ce cadre. Durant notre travail, nous évoquerons le contexte du sujet et sa délimitation, la clarification des concepts clés, l'intérêt du sujet, la revue critique de la littérature, la problématique, les hypothèses de recherche, le cadre théorique, les outils d'analyse et enfin le plan détaillé de notre étude.

    A - CONTEXTE DE L'ETUDE

    Face à la montée en puissance des groupes terroristes dans le nord du pays et à la menace existentielle réelle qu'ils représentaient pour l'État malien, les autorités de ce pays ont jugé urgent de lancer un appel d'aide à leurs partenaires internationaux. D'ailleurs, Koffi Annan 8(*)l'ex-secrétaire général des Nations Unies n'avait-il pas déclaré : « Seule la solidarité internationale peut nous permettre de vaincre les défis de notre époque, tels que le terrorisme, la pauvreté et la protection de notre planète. » ? Ainsi donc, début janvier 2013, Idriss Deby Itno, Président de la République du Tchad à cette époque annonce officiellement l'envoi des troupes tchadiennes au Mali pour contrecarrer l'avancée des groupes djihadistes. Cette décision est notamment soutenue par la France à travers l'Opération Serval. L'intervention avait pour objectif déclaré de soutenir le Mali face à la crise sécuritaire et en même temps affirmer la puissance militaire du Tchad dans la sous-région SAHEL, et cela malgré ses propres défis internes, notamment sa fragilité en tant qu'État post-conflit. Par la suite, cette participation militaire tchadienne au Mali se fera sous l'égide du G5 SAHEL dont le Tchad en est l'un des acteurs clés de sa création. Le Tchad a aussi joué un rôle clé dans la création de la Force Multinationale Mixte de la CBLT aux côtés du Cameroun, du Nigeria, du Niger et aussi du Bénin qui n'est pas membre de cette organisation sous-régionale. Sans oublier bien évidemment la participation conséquente des soldats tchadiens à l'Opération Barkhane9(*) aux côtés de la France. C'est à juste titre que notre étude porte sur cette question traduite par un intitulé aussi expressif qu'actuel : « L'intervention des Forces armées tchadiennes dans la lutte contre le terrorisme au sein du G5 Sahel et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT de 2014 à 20242 ».

    B - DELIMITATION DE L'ETUDE

    En sciences sociales, la construction d'un objet de recherche souligne au préalable la délimitation du champ d'étude. Cette opération permet non seulement d'éviter une incohérence intellectuelle mais présente aussi une opportunité de vérification des hypothèses de recherche. Dans le cas d'espèce, la délimitation du cadre de notre étude nous permet de fixer les limites spatiales (1) et temporelles (2) devant structurer notre réflexion.

    1- La délimitation spatiale

    Le thème soumis à notre analyse concerne deux espaces géographiques bien définis : le Sahel et le Bassin du Lac-Tchad10(*).

    Ce sont des zones en proie aux exactions criminelles de différentes organisations terroristes. La porosité des frontières des pays de cette zone a considérablement accéléré la progression exponentielle des activités terroristes. Le Sahel est une zone vaste s'étendant sur environ 5 400 kilomètres de long, allant de l'Océanatlantique à l'ouest jusqu'à la Mer Rouge à l'Est. Cette zone couvre environs 3 millions de kilomètres carrés. C'est une région semi-aride se situant entre le désert du Sahara au nord et la savane soudanienne au sud, comprenant des pays tels que la Mauritanie, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad et le Soudan. Sa population est estimée à plus de 100 millions de personnes.11(*)La région du Bassin du Lac-Tchad quant à elle, couvre une superficie d'environ 2 397 420 Km2 et s'étend sur plusieurs pays dont l'Algérie, la Libye, le Cameroun, le Nigeria, le Niger, la République Centrafricaine, le Soudan et le Tchad. Sa population est estimée à plus de 30 millions de personnes.

    Durant cette étude, nous nous focaliserons davantage sur les activités terroristes dans ces zones. Ceci nous permettra d'analyser et de comprendre le rôle qu'ont joué les forces armées tchadiennes dans les opérations de lutte contre les groupes terroristes qui représentaient et représentent toujours une menace existentielle pour le Sahel et le Bassin du Lac-Tchad.

    Figure 1 : Carte géopolitique de la région du Sahel

    Source : www.g5sahel.org

    Figure 2 : Atlas du terrorisme au Sahel (source : Courrier International)

    Figure 3 : Carte géopolitique de la région du Bassin du Lac-Tchad

    Source : www.cblt.org

    Figure 4 : Les différentes bases de la Force Multinationale Mixte de la CBLT (Source : Bassin du Lac-Tchad, Google Map, 2024.

    2- La délimitation temporelle

    La délimitation temporelle est indispensable pour se situer dans un espace-temps bien déterminé. Eu égard de la difficulté voire de l'impossibilité d'étudier un objet ou un fait social dans une période indéfinie, il convient de limiter la situation temporelle de son objet d'étude. Ceci permet donc la vérification des hypothèses. Dans le cadre de notre étude, la délimitation temporelle s'articule autour de deux bornes principales : la borne inférieure 2014, année marquant la création du G5 Sahel et la réactivation de la réactivation de la Force Multinationale Mixte de la CBLT et 20243 qui est la borne supérieure, année marquant l'officialisation de la volonté du Tchad de se retirer de la FMM à cause du manque de mutualisation des efforts pour lutter contre BOKO HARAMa .dislocation du G5 Sahel due aux retraits du Mali, du Niger et du Burkina Faso.

    C - INTERETS DU SUJET

    L'analyse de ce thème crucial donne lieu à l'identification de plusieurs intérêts. Dans ce sillage, nous avons énuméré quatre intérêts aux enjeux considérables qui sont : l'intérêt scientifique (1), l'intérêt sécuritaire (2), l'intérêt stratégique (3) et l'intérêt social (4).

    1- Intérêt scientifique

    Par intérêt scientifique, il faut assimiler la contribution que l'étude d'un fait social peut ajouter à la science déjà en place. Pour le cas de notre étude, l'intérêt scientifique renvoie au fait qu'il se veut une contribution au questionnement quant à la participation des forces armées tchadiennes dans la lutte contre le terrorisme au sein du G5 Sahel et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT. Tous les États africains, et surtout ceux du Sahel, sont aujourd'hui confrontés à la menace sérieuse que représentent les groupes terroristes pour leur stabilité et leur prospérité. Cette menace est aussi grandement valable pour les États autour du Lac-Tchad qui font face aux exactions de la secte Boko Haram12(*) Aucun acteur de la scène internationale, qu'il soit étatique ou non-étatique, ne saurait se dédouaner de ce fléau. Notre étude sera particulièrement axée sur la quintessence, le degré et le bilan de cette participation militaire tchadienne dans la lutte contre les groupes djihadistes dans la partie septentrionale du Mali.

    2- Intérêt sécuritaire

    Il serait outrecuidant et impertinent d'envisager une étude scientifique portant sur l'aspect militaire sans toutefois déceler ses intérêts pour la sécurité de nos nations. Bien que tous les discours et positions des différents acteurs de la scène internationale soientnt élogieux et reconnaissants envers l'engagement massif du Tchad pour les questions d'ordre militaire et sécuritaire au nord du Mali et surtout au sein des différentes alliances militaires sous-régionales, il est clair que l'État tchadien tient par-là à démontrer d'une manière forte et concrète, son sentiment d'appartenance à la communauté africaine et sahélienne plus précisément. Les exactions terroristes devenaient de plus en plus amples, représentant ainsi une menace claire et nette pour tous les États du Sahel et ceux du Lac-Tchad. Le Tchad à travers cette participation, tend surtout à prévenir des plausibles menaces pour sa propre sécurité. Notre travail servirait donc de complément scientifique pour tous les autres travaux élaborés dans ce sens.

    3- Intérêt stratégique

    De part sa position géographique en plein coeur de l'Afrique, et aussi de son expérience en matière de combat en plein désert du Sahara (conflit tchado-libyen sur la Bande d'Aouzou, le Tchad voudrait profiter de cette intervention au sein du G5 Sahel et de la FMM, pour montrer le savoir-faire et le niveau de son armée. L'irruption des groupes terroristes au nord du Mali a donc permis d'une manière ou d'une autre, au gouvernement tchadien de s'affirmer comme un acteur de premier plan voire indispensable dans la lutte contre le djihadisme au Sahel, et ainsi contribuer à son rayonnement dans la scène diplomatique internationale. L'assistance et l'aide à des pays en crise ou en danger favorise une relation rectiligne entre l'État donateur ou contributeur à une opération militaire conjointe et l'État assisté13(*).

    4- Intérêt social

    La participation des soldats d'un État dans une opération militaire dans un autre État se présente comme une entreprise de socialisation et de consolidation des liens socio-historiques entre les peuples de ces États. Pour le cas de la participation des forces armées tchadiennes dans les alliances militaires interafricaines, elle intervient comme un excellent moyen de brassage entre les soldats tchadiens et leurs confrères des autres pays engagés au sein de ces opérations militaires. Cette opération permet aux militaires tchadiens de mesurer leur degré de sociabilité au-delà des frontières tchadiennes. Cette contribution permet aussi d'acquérir de l'expérience en se basant sur le vécu des autres forces militaires. Car, Simone de Beauvoir n'a-t-elle pas affirmé dans son ouvrage «La force des choses» (tome 1) : « On n'a jamais fini d'apprendre parce qu'on n'a jamais fini d'ignorer » 14(*)?

    D- CLARIFICATION CONCEPTUELLE

    Notre sujet s'articule autour des concepts clés d'intervention (1), forces armées (2), lutte (3), terrorisme (4), G5 Sahel (5), Force Multinationale Mixte (6) et CBLT (7). Ces différents termes clés canalisent l'analyse sur la contribution du Tchad dans la lutte contre les groupes terroristes qui sèment la terreur et la désolation au sein de nos États. Une clarification explicite de ces concepts nous permettra non seulement de cerner le sens dans lequel ils sont employés dans cette étude, en allant surtout dans le sillage de cette affirmation d'Aristote : « Si les hommes prenaient la peine de s'entendre au préalable sur le sens des mots qu'ils allaient employer, il y aurait très peu de discussion entre eux », mais surtout pour orienter notre étude.

    1- Intervention

    L'intervention est un concept complexe et multidimensionnel dans le domaine des relations internationales et de la stratégie militaire. Avant d'entrer en profondeur dans la clarification de ce concept, il nous importe d'abord de comprendre son étymologie. Etymologiquement parlant, ce mot provient du latin interventio, qui signifie venir entre ou interrompre. Ce mot est dérivé de intervenire, composé de inter (entre) et venire (venir). A l'origine, au XVe siècle, le terme intervencioun signifiait intercession ou prière intercessoire.

    Sur le plan militaire, l'intervention désigne l'action d'un Etat ou d'une coalition d'Etats qui utilise la force armée pour intervenir dans les affaires internes d'un autre Etat. Cette intervention peut avoir plusieurs objectifs, tels que la protection des civils, le rétablissement de l'ordre, la défense des intérêts nationaux, ou encore la mise en oeuvre de résolutions internationales. L'intervention militaire nécessite une planification stratégique minutieuse, incluant la coordination des forces militaires, politiques, économiques et diplomatiques pour atteindre les objectifs fixés par le pouvoir politique.

    Toutefois, l'intervention militaire soulève souvent des questions de souveraineté nationale et de légitimité. Elle peut être justifiée par des résolutions internationales comme celles de l'ONU ou par un traité sous régional. Elle peut être perçue souvent comme une ingérence unilatérale, par exemple l'intervention américaine en Iraq en 2003 contre le régime de Saddam HUSSEIN15(*).

    2- Forces armées

    Les forces armées sont les différentes organisations et moyens militaires qu'un État consacre à la mise en oeuvre de sa politique de défense. La mission principale des forces armées est : « d'assurer la défense de la nation, assurer la sécurité et la stabilité intérieures et être impliquées souvent dans la sécurité internationale »16(*). Les forces armées se composent des personnes qui, volontairement ou par obligation, servent normalement dans les différentes armées ainsi que dans les services auxiliaires, et qui ne jouissent pas de la liberté d'accepter un emploi civil. Les forces armées comprennent notamment l'Armée de terre, l'Armée de l'air, la Marine, etc. Mais aussi des forces paramilitaires comme les sapeurs-pompiers, les milices, les mercenaires, les agents de protection de la faune et de la flore, les garde-côtes, etc.

    En géopolitique17(*), les forces armées sont perçues comme un outil de puissance et de sécurité pour un Etat. Elles représentent l'ensemble des moyens militaires mis en oeuvre pour assurer la sécurité de l'Etat, de son territoire et de ses populations, et pour maintenir la paix. Les forces armées jouent un rôle crucial dans la politique de défense nationale et internationale, influençant ainsi les décisions stratégiques et les relations entre les Etats. Elles permettent doncaux Etats de projeter leur puissance et d'influencer les dynamiques géopolitiques mondiales.

    Les Forces armées tchadiennes ou encore appelées généralement Armée Nationale Tchadienne ont été fondées en 1960 à la suite de l'indépendance du pays vis-à-vis de la France. Elle est subdivisée en trois branches : l'Armée de Terre, la Gendarmerie Nationale et l'Armée de l'Air. Jusqu'en 2021, son effectif est estimé entre 40 000 et 65 000 soldats.18(*) L'Armée nationale tchadienne a pour mission principale de défendre l'intégrité territoriale du pays, les populations et leurs biens contre toute menace extérieure ou intérieure.

    Elle est très souvent sollicitée pour intervenir dans d'autres pays pour lutter contre les menaces de toute forme auxquelles sont confrontés des pays voisins ou amis.

    3- Lutte

    Ce mot provient du verbe « lutter » qui lui-même vient du Latin « Lûctâre » et qui signifie combattre ou chercher à terrasser un adversaire.

    Sur le plan sportif, la lutte est une discipline et un sport de combat composé de trois branches : la lutte libre, la lutte gréco-romaine et la lutte féminine.

    En Sociologie, ce concept nous renvoie inéluctablement au maître de la théorie marxiste en l'occurrence Karl MARX, qui dans son ouvrage coécrit avec Friedrich ENGELS et intitulé «Le Manifeste du Parti Communiste», pense que : « L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de la lutte de classes >>. 19(*) Pour ce grand théoricien, notre société est une situation où les classes sociales que sont la bourgeoisie et le prolétariat, s'opposent fortement voire violemment en raison de l'exploitation de la seconde par la première qui possède le capital.

    En géopolitique, ce terme prend une dimension, plus vaste et peut inclure des affrontements entre forces rivales pour des causes politiques, économiques, religieuses ou sociales, où différents groupes cherchent à imposer leur domination ou à défendre leurs intérêts. Toutefois, la lutte peut aussi se comprendre dans le cadre des efforts soutenus ou des actions continues bien déterminées, menées pour atteindre un objectif, comme la lutte contre le terrorisme, la pauvreté ou encore le changement climatique.

    Dans le domaine militaire, la lutte armée renvoie à tout type de conflit utilisant des armes, il s'agit notamment de la guerre ouverte,des rebellions, dles révolutions violentes et dles révoltes. D'une manière plus spécifique, cette expression est employée pour caractériser certaines formes de la guerre asymétrique telles que la guérilla et surtout le terrorisme. Des mouvements ou groupes armés non-conventionnels à l'instar du Hezbollah, Al-Qaida ou encore les Chouans durant la Révolution Française considéraient leurs actions comme une lutte pour une cause bien définie.

    Dans le cadre de notre étude, la cettelutte armée met en action des groupes armés non-conventionnels contre des armées nationales et républicaines. Car il s'agit pour nous de dd'analyser émontrerles efforts déployés par les soldats tchadiens pour lutter contre les groupes terrori0stes au Sahel et aussi autour du bassin du Lac-Tchad.

    4- Terrorisme

    Ce terme est polysémique.mot ne dispose pas encore concrètement d'une définition uniforme ou universelle. Si l'on s'en tient à GILLES FERRAGU dans son ouvrage intitulé « Histoire du Terrorisme »,, l'appellation terrorisme relève de la rhétorique politique plutôt que juridique. Car, les auteurs même des actes terroristes se veulent des combattants de la liberté, des résistants, des libérateurs, des guerriers de Dieu, Etc.20(*).

    Mais dans un cadre purement scientifique, le terme « terrorisme » dérive du mot « terreur » issu du latin « terrere » qui veut dire trembler. La terreur s'apparente alors à une sorte d'actions qui met en péril la raison. Pour être plus clair, elle renvoie à la panique. Le terrorisme peut ainsi se comprendre comme un ensemble d'actions violentes posées par un ou plusieurs individus appelés terroristes dans le but de satisfaire une revendication ou faire valoir une idéologie.

    Selon le dictionnaire de Science Politique21(*), le terrorisme renvoie aux activités de groupes clandestins et organises faisant le choix d'actions violentes (assassinats, attentats, séquestrations, enlèvements, prises d'otages, sabotages, etc.) contre des intérêts politiques, économiques ou religieux. L'objectif est le plus souvent de peser sur la politique d'un Etat en créant un climat de peur qui dépasse largement le nombre de victimes et qui provoque une réaction forte dans l'opinion publique.

    Il faut aussi noter que le terrorisme ne comporte pas une délimitation quelconque (géographique ou temporelle). Il agit en tout temps et en tout lieu mais maintient souvent une influence sur une certaine zone qu'il considère comme conquise22(*). Nous avons l'exemple palpable des groupes terroristes au Sahel (AQMI, Mujao, Ansardine, etc.) et dans le bassin du Lac-Tchad avec la présence de Boko Haram et ses sous-branches.

    5- G5 Sahel

    C'est un cadre institutionnel de coordination et de suivi de la coopération régionale en matière de politique de développement et de sécurité. Il a été créé lors d'un sommet tenu du 15 au 17 février 2014 par 05 États : Tchad, Burkina Faso, Niger, Mali et Mauritanie. Une convention fut adoptée le 19 décembre 2014 et le siège du Secrétariat Permanent setrouve à NOUAKCHOTT en Mauritanie. Le but recherché par cette organisation est le combat total contre le terrorisme et ses sources. Selon un article publié par l'OIT (Organisation Internationale du Travail) en aout 2019, les actions du G5 Sahel sont :

    v Renforcer la paix et la sécurité dans la région du sahel ;

    v Développer des infrastructures telles que : le transport, l'eau, l'énergie et les télécommunications ;

    v Créer les conditions d'une meilleure gouvernance dans les pays membres ;

    v Renforcer les capacités et la résilience des populations en garantissant durablement la sécurité alimentaire, le développement humain et le pastoralisme.

    G5 Sahel a mis en place une force conjointe transfrontalière en 2017 pour lutter contre le terrorisme, le crime organisé et le trafic d'êtres humains. L'organisation supervise aussi des projets régionaux visant à améliorer les infrastructures et l'accès aux ressources avec un budget total de 2,4 milliards d'euros. Le G5 Sahel bénéficie également du soutien de plusieurs partenaires internationaux, notamment la France, qui fournit des ressources militaires et de formation à travers l'opération Barkhane. La région du Sahel étant stratégique en raison de ses vastes frontières mal contrôlées et de la présence de nombreux groupes armés qui sèment la terreur, le G5 Sahel joue donc un rôle crucial dans la stabilisation de cette zone et la promotion du développement durable.

    Figure 5: Logo du G5 SAHEL Source : www.g5sahel.org

    Source : www.g5sahel.org

    6- Force multinationale mixte

    C'est une alliance militaire composée des forces armées de cinq États à savoir : le Cameroun, le Tchad, le Niger, le Nigeria et le Bénin. En anglais, elle est généralement connue sous l'appellation Multinational Joint Task Force (MNJTF). Elle a été créée le 21 mars 1994 et placée sous les auspices de la Commission du Bassin du Lac-Tchad (CBLT). A la base, sa mission première était de lutter contre le crime organisé et le grand banditisme. Cependant, cette force ne sera effective qu'en 1998, mais ses activités léthargiques se résumaient à quelques patrouilles frontalières.

    Toutefois, vers le début des années 2010 et la montée en puissance des groupes terroristes comme Boko Haram dans cette zone du Lac-Tchad, les pays membres de la CBLT décidèrent de réactiver cette force endormie. La forme actuelle de cette force consacrée pleinement à la lutte contre Boko Haram a été décidée lors du sommet extraordinaire des Chefs d'États et de gouvernements des pays membres de la CBLT et aussi du Bénin, tenue à Niamey capitale du Niger, le 07 octobre 2014. Son institutionnalisation sera finalement approuvée par le Conseil de Paix et de Sécurité (CSP) de l'Union Africaine (UA), le 25 novembre 2014.

    L'objectif de cette force multinationale était de mettre en commun les ressources pour combattre les groupes djihadistes qui menaçaient la stabilité et la sécurité de leurs États. Il arrivait parfois que des troupes des uns poursuivent les extrémistes au-delà des frontières des autres. Ces offensives se sont plus souvent concrétisées par des victoires, réduisant ainsi la projection macabre des islamistes23(*). Au départ, l'effectif prévu pour cette force était de 8 700 hommes comprenant des militaires mais aussi des policiers et civils. Son siège se trouve à Ndjamena, capitale du Tchad.

    Figure 6 : Logo de la Force Multinationale MixteSource : www.cblt.org

    7- Commission du Bassin du Lac-Tchad(CBLT)

    Signifiant littéralement Commission du Bassin du Lac-Tchad, la CBLT est une structure permanente de concertation mise en place par les États riverains du Lac-Tchad pour coordonner leurs actions et régler pacifiquement les problèmes et différends concernant ettecette zone.

    La CBLT a été créée le 22 mai 1964 par les quatre pays entourant le Lac-Tchad : Cameroun, Niger, Nigeria et Tchad. Deux autres membres rejoindront l'organisation sous-régionale ; la Centrafrique en 1996 et la Libye en 2008. Les ratifications de l'Algérie et du Soudan sont aussi attendues depuis des années pour qu'ils puissent intégrer l'organisation. Les mandats délégués à la CBLT sont entre autres :

    v La gestion du Lac-Tchad et de ses ressources en eau partagées : la CBLT coordonne les efforts pour gérer et préserver les ressources en eau du lac et de ses affluents, cruciales pour les populations locales, en mettant l'accent sur l'agriculture, la pêche et l'accès à l'eau.

    v La préservation des écosystèmes et la promotion de l'intégration régionale, de la paix, de la sécurité et du développement dans la région du Lac-Tchad : face aux défis sécuritaires, l'organisation joue un rôle important dans la coordination des efforts de sécurité transfrontalière.24(*)

    Le bassin du Lac-Tchad est une région stratégique en raison de ses ressources naturelles et de sa position géographique. La réduction de la superficie de l'eau au cours des dernières décennies a exacerbé les tensions liées à l'eau, rendant la coopération entre les pays riverains encore plus cruciale.

    La CBLT dispose aussi d'une force armée dénommée Force Multinationale Mixte (susmentionnée).

    Figure 7: Logo de la CBLTSource : www.cblt.org

    E- REVUE DE LA LITTERATURE

    « Lorsqu'un chercheur entame un travail, il est peu probable que le sujet n'ait jamais été abordé par quelqu'un d'autre auparavant, au moins en partie ou indirectement. On a souvent l'impression qu'il n'y a < rien sur le sujet > mais cette opinion résulte généralement d'une mauvaise information. Tout travail de recherche s'inscrit dans un continuum et peut être situé dans ou par rapport à des courants de pensée qui le précèdent et l'influencent. Il est donc normal qu'un chercheur prenne connaissance des travaux antérieurs qui portent sur les objetscomparables et qu'il soit explicite sur ce qui se rapproche et sur ce qui distingue son propre travail de ces courants de pensée ».25(*)

    Le discours sur l'unité des États africains face aux nouvelles menaces transfrontalières et leur rôle sur l'échiquier diplomatique international a fait l'objet de nombreuses études et ont fait couler beaucoup d'encre et de salive. Toutefois, les approches varient d'un auteur à un autre.

    L'homme politique et Professeur camerounais Augustin KONTCHOU KOUOMEGNI dans ses travaux, se concentre particulièrement sur la place et l'influence des États africains sur la scène diplomatique internationale. Dans son ouvrage intitulé «Le système diplomatique africain», ce politologue s'est considérablement focalisé sur cette question. Dans ce même ouvrage, il interpelle les dirigeants africains à opter pour une diplomatie continentale26(*) africaine capable de résoudre les conflits auxquels fait face le continent. Cet auteur met en lumière l'importance du Soft Power dans les rapports entre les Etats africains. Il utilise ainsi le réalisme pour nous faire comprendre que les relations entre les Etats africains tournent toujours autour des intérêts, raison pour laquelle il utilise le courant réaliste pour lire les comportements des acteurs sur la scène internationale. En d'autres termes, ce sont les intérêts qui guident les relations internationales africaines. Mais il est très important de noter que l'auteur ignore la pertinence ou l'efficacité du Hard Power dans certaines situations pour compléter les manquements du Soft Power. L'auteur a donc omis la nécessité de concilier diplomatie et lutte armée. Cette dernière représente le noyau dur même de notre travail qui tourne autour des efforts déployés par le Tchad pour lutter contre les groupes terroristes au Sahel et dans le bassin du Lac-Tchad.

    Le politologue Alain FOGUE TEDOM27(*) se penche spécifiquement sur les causes internes des conflits en Afrique Noire, dans ouvrage intitulé  «Enjeu géostratégique et conflits politiques internes en Afrique noire» tout en présentant des pistes de solutions préventives. Il met surtout en évidence les conditions d'obtention d'indépendance des États africains, qui étaient propices à l'extension des violences et menaces actuelles. Pour lui, les États nouvellement indépendants étaient façonnés à la guise et à la volonté des colons occidentaux. Ils n'avaient pour finalité que servir les intérêts de ces puissances étrangères. L'auteur nous démontre surtout dans cet ouvrage que les conflits en Afrique noire s'inscrivent dans la logique des enjeux géostratégiques et que les acteurs à travers les théories explicatives telles que le réalisme, le fonctionnalisme et la théorie des jeux cherchent à maximiser leurs intérêts sur la scène internationale. Mais nous pouvons dire que l'enjeugéostratégique à lui seul ne suffit pas car la géopolitique rentre aussi en jeu et elle est non négligeable pour les acteurs qui l'utilisent pour la préservation de leurs intérêts. Le travail de cet auteur nous semble intéressant car il nous permet de s'appuyer sur l'enjeu géostratégique pour mieux cerner dans notre étude, la partie réservée à la lecture des conflits politico-sécuritaires dans la zone sahélienne et dans le bassin du Lac-Tchad à l'instar du terrorisme.

    Le Lieutenant-colonel Paul-Henri SANDAOGO DAMIBA, Président de Transition du Burkina Faso du 31 janvier au 20 septembre 2022, dans son ouvrage intitulé «Armées ouest-africaines et terrorisme : réponses incertaines», met en valeur « les initiatives antiterroristes communes ou régionales ».28(*) Pour lui, ces efforts militaires communs déployés par les États africains à travers des forces régionales ou sous-régionales s'inscrivent dans une logique de bilatéralisme et de multilatéralisme allant ainsi dans le sens d'une volonté manifeste de contrecarrer les menaces djihadistes dans la bande sahélo-saharienne et dans la région du bassin du Lac-Tchad. L'auteur a mis notamment l'accent sur la Force Multinationale Mixte et le G5 Sahel, qui sont pour lui, des exemples concrets de cette volonté commune d'anéantir l'expansion des groupes terroristes dans ces parties du continent. Il utilise trois (3) grilles d'analyse suivantes pour nous faciliter la compréhension : le réalisme, le constructivisme et la théorie des jeux. Ces grilles nous permettent de mieux étudier les types de relations existants entre les acteurs étatiques dans ces zones du Sahel et du Lac-Tchad. Car, ces grilles d'analyserodent autour de la construction et de la protection des intérêts des Etats. Mais, le travail nous semble émettre beaucoup de réserves ou d'insuffisances. Puisqu'on ne peut pas uniquement se focaliser sur les actions des armées sous-régionales pour juger d'une manière précipitée les réponses attendues. Il fallait que ces Etats intègrent le Soft Power ou la diplomatie, qui pouvaient bien apporter des solutions satisfaisantes dans la résolution des conflits au Sahel et dans le bassin du Lac-Tchad. Toutefois, son travail nous semble intéressant car, il nous a permis dans ce cadre d'analyse de mieux combiner le Hard et le Soft Power pour éradiquer définitivement le terrorisme dans ces zones.

    Le diplomate et politologue Pierre Claver OYONO AFANE parle lui du : « Piège du repli national et de la sécurisation : «surplus de l'État sécuritaire» » 29(*) dans son ouvrage intitulé«Le terrorisme et l'État en Afrique». Tout en présentant une historicité du phénomène terroriste en Afrique, l'auteur met en exergue les dysfonctionnements internes des États en Afrique, considérés comme les facteurs ayant facilité l'implémentation des groupes terroristes sur le continent noir. Pour l'auteur, certains États africains sont nourris par un désir excessif de repli nationaliste, créant ainsi un sentiment de méfiance vis-à-vis des autres États. Ceci constitue donc un obstacle majeur à la concordance des efforts pour une lutte unifiée contre le terrorisme. Il renchérit en ces termes : « Sur le plan multinational ou interétatique, l'obsession sécuriste à l'intérieur nourrit une indifférence ou une méfiance envers les autres États avec qui on partage pourtant les mêmes menaces. Les gouvernements inscrits dans cette logique égocentrique peinent à envisager la sécurité sous le prisme de la collectivité. Et même, lorsqu'ils choisissent cette option, ils manifestent une grande timidité tributaire de nombreuses réserves. Ce faisant, ils mettent à mal le processus d'intégration favorisant ainsi les poussées terroristes et criminelles en Afrique ». Son ouvrage fait appel à la théorieréaliste et constructiviste, l'égocentrisme des Etats se justifie à travers le réalisme. C'est la raison pour laquelle les Etats peuvent construire leurs relations en fonction de leurs intérêts. L'auteurutilise un concept d'exagération en ce sens que même si l'Etat est egocentrique, il devrait au moins s'inscrire dans une logique de partenariat gagnant-gagnant et aussi, l'auteur devrait mettre en exergue la guerre médiatique qui s'inscrit dans la suite logique du quatrième (4e) pouvoir pour déstabiliser un pays. Mais, son travail nous permet de comprendre que donc le terrorisme en Afrique est alimenté par les acteurs étatiques en fonction de leurs intérêts. Il en est de même dans cette zone du Sahel et du Lac-Tchad.

    Jean-François CARON, professeur de Science Politique à l'Université Nazarbayev au Kazakhstan et chercheur senior à l'Institut pour la Paix et la Démocratie, avait lui aussi écrit un ouvrage allant dans le sillage de notre étude et intitulé «L'OCCIDENT FACE AU TERRORISME : regards critiques sur 20 ans de lutte contre le terrorisme». Dans cet ouvrage, l'auteur s'inscrit dans la logique d'une évaluation de l'intervention de l'Occident dans la lutte contre le terrorisme durant deux (2) décennies. Il met en exergue les limites de l'Occident dans sa guerre contre les groupes terroristes. Il reproche aux Occidentaux d'adopter une stratégie trop moraliste ou conventionnelle les laissant croire qu'au lieu de combattre spécifiquement les groupes djihadistes, ils doivent plutôt s'en prendre aux pays qui les abritent ou les «soutiennent». Cette approche semble pour l'auteur trop simpliste, car se casant généralement sur les limites d'une guerre conventionnelle telles que prescrites par le Droit International. 30(*)Or, dans cette guerre contre le terrorisme, les acteurs impliqués ne sont pas que des États, mais des groupes armés non-conventionnels dotés de moyens extrêmement importants et capables de déstabiliser tout un État. De telles menaces devraient plutôt obliger les États à dépasser les limites de la modération et des réactions proportionnées. L'auteur met donc en valeur l'option d'une action préemptive et collective contre ces groupes terroristes. Cela voudrait dire que les États qui ne sont pas encore victimes du terrorisme, ne doivent pas attendre d'être attaqués avant de réagir. Ils doivent plutôt créer une alliance avec ceux qui s'en souffrent déjà pour mener une lutte commune contre ce fléau mondial que représente le terrorisme. Il fait donc recours au réalisme et au constructivisme car, l'intervention d'un Etat dans la lutte contre le terrorisme n'est pas fortuite. Car, il en va de la protection de ses propres intérêts. Nonobstant, son travail révèle une insuffisance en terme d'appréhension holistique de la lutte contre le terrorisme, il est nécessaire de s'en prendre à tous ceux qui financent les groupes terroristes et de faire table rase de leur propagande médiatique. Mais, ce travail nous semble important parce que de fois, l'analyse simpliste peut s'avérer aussi très indispensable dans le cadre de notre travail car, il nous permet de prendre en compte la dimension moraliste et conventionnelle de la guerre afin de couper les financements des groupes terroristes. En fait, mettre fin à ce financement permet aux pays sahéliens et ceux du bassin du Lac-Tchad de retrouver une paix durable favorisant ainsi le développement de chaque pays.L'auteur rentre ainsi dans la logique de notre étude qui consiste à démonter les actions participatives du Tchad dans cette lutte contre le terrorisme en Afrique.

    Léon KOUNGOU, politologue camerounais et spécialiste des relations internationales et spécifiquement les aspects de défense et de sécurité, avait quant à lui rédigé un article sur la puissance militaire du Tchad dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Dans son travail scientifique, il met en évidence l'engagement massif et l'omniprésence des soldats tchadiens pour la cause antiterroriste. Il relève notamment l'expérience et l'aguerrissement des soldats tchadiens acquis à travers les différents conflits internes et externes (Guerre tchado-libyen pour la Bande d'Aouzou) ayant secoué le pays depuis son indépendance. Selon l'auteur, dans un contexte où la présence militaire des puissances étrangères notamment occidentales est fortement décriée en Afrique, le Tchad pourrait être le pilier sur lequel se reposeront tous les efforts conjoints des États africains dans leur combat contre le terrorisme. Il affirme à ces termes : « Bien plus dans un contexte où des voix s'élèvent pour demander le départ des forces françaises du Sahel, le partenaire tchadien est présenté en alternative. Les Forces armées nationales du Tchad (FANT) peuvent être le noyau dur d'une projection de puissance des États sahéliens contre Boko Haram, l'État islamique en Afrique de l'Ouest (EIAO), et Al-Qaida ».31(*)L'auteur utilise le constructivisme et la théorie des jeux pour élucidersurles comportements du déploiement des Forces armées tchadiennes sur le front de la lutte contre le terrorisme en Afrique. LCar, le Tchad s'inscrit dans une logique de jeux avec ses pays voisins afin d'assurer son influence militaro-stratégique sur les Etats de la sous-région. D'ailleurs, l'auteur opte pour le transnationalisme pour démontrer les comportements des Forces armées tchadiennes dans la sous-région, qui ont leurs techniques appropriées pour engloutir l'ennemi, car, elles interviennent en surnombre et elles ont une connaissance approfondie de ce genre de terrain. L'expérience a prouvé qu'elles gagnent toujours face à leurs ennemis. Mais, l'auteur semble oublier ou fait méconnaissance de la logique du Soft Power qui pouvait aussi bien être utilisée par le gouvernement tchadien dans cette lutte contre le terrorisme. Cet article nous permet donc de comprendre que dans ces sous-régions du Sahel et du Lac-Tchad, le gouvernement tchadien a déployé ses forces armées et qu'il aurait pu combiner cela avec la diplomatie.

    De tout ce qui précède, deux principaux courants se dégagent : d'un côté, nous avons ceux qui pensent que le terrorisme puise sa source dans la défaillance des États africains et de la diplomatie qu'ils ont mise en place après les indépendances. D'un autre côté, il y a cette catégorie de penseurs qui suppose que la lutte contre le terrorisme en Afrique, surtout au Sahel et dans la région du Lac-Tchad passe inéluctablement par des actions collectives et efforts conjoints des États en question, d'où l'apport d'un pays comme le Tchad semble indispensable.

    F- CONSTRUCTION DE LA PPROBLEMATIQUE

    La réalité est que la puissance aujourd'hui se mesure de plus en plus à l'aune des participations à des guerres et conflits extérieurs. Le Tchad, longtemps considéré l'une des puissances militaires du continent à cause de son expérience de guerre, ne saurait rester insensible ou indifférent à la menace que représente le terrorisme et aux appels de détresse des pays amis. C'est dans ce contexte que nous avons voulu nous interroger sur la consistance quantitative et qualitative des forces armées tchadiennes dans la lutte contre le terrorisme au sein du G5 Sahel et de la Force Multinationale Mixte.

    Parlant de l'objet de recherche, Madeleine GRAWITZ affirme qu'il doit répondre à la question « Qu'est-ce que je cherche ?». Dans le cadre de notre travail, il sera question pour nous d'énumérer les véritables objectifs diplomatiques extérieurs et intérieurs envisagés par le Tchad à travers sa participation à la lutte contre le terrorisme dans le Sahel et au Lac-Tchad. Néanmoins, Pierre BOURDIEU n'avait-il pas dit qu'un : « objet de recherche si partiel et si parcellaire soit-il, ne peut être défini et construit qu'en fonction d'une problématique théorique permettant de soumettre à un interrogation sy0stématique, les aspects de la réalité mis en relation par la question qui leur est posée » ?32(*)

    La problématique qui se dégage de notre sujet peut se formuler comme il suit :

    QUESTIONCENTRALE : Commentse déclinepeut-on analyserl'intervention des Forces armées tchadiennes au sein du G5 Sahel et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT ?

    QUESTIONS SECONDAIRES : Comment peut-on évaluer cette intervention sur les plans logistiques, matériel et humain ? Quelles est donc la place du Tchad dans les relations internationales africaines, spécifiquement en matière de lutte antiterroriste ?

    G- HYPOTHESES DE RECHERCHE

    Une hypothèse peut s'entendre comme une supposition faite en réponse à une sous question de recherche et qui permet donc de répondre à la question centrale. Pour le cas de notre étude, la question centrale est relative à la participation des forces armées tchadiennes dans la lutte contre le terrorisme au Sahel et dans le bassin du Lac-Tchad sous les auspices du G5 Sahel et de la FMM. Pour mieux cerner notre étude, il nous convient d'élaborer successivement une hypothèse centrale (1) et une hypothèse secondaire (2).

    1- Hypothèse centrale

    Pour répondre convenablement aux questions formulées dans notre problématique, nous devons d'abord dénicher une démarche visant à obtenir les détails de l'intervention des forces armées tchadiennes dans la lutte contre le terrorisme au Sahel et dans le bassin du Lac-Tchad entre 2014 et 20232. Notons donc que plusieurs fois, les forces armées tchadiennes sont intervenues au sein du G5 Sahel pour la préservation de la paix au sein de cette zone sahélienne qui fait face aux menaces terroristes. Lorsque la paix est menacée dans le bassin du Lac-Tchad, l'Etat tchadien mutualise ses forces avec les autres pays membres de la CBLT pour contrecarrer la secte Boko Haram. En tant qu'acteur des Relations Internationales Africaines, le Tchad est intervenu plusieurs fois dans la lutte contre le terrorisme au sein de ces coalitions à travers d'importantes ressources humaines et logistiques, depuis2014, avec une certaine efficacité.

    2- Hypothèse secondaire

    Il existe des rapports permettant d'évaluer l'intervention des soldats tchadiens sur le plan logistique, matériel et humain.

    Les résultats de cette intervention sont satisfaisants pour le Tchad et également pour la sous-région. Car, ce pays est devenu un acteur incontournable des relations internationales africaines grâce à ses multiples interventions militaires à travers le continent.

    H- LES METHODES D'ANALYSECADRE THEORIQUE

    Dans le cadre de notre travail, plusieurs théories rentrent en jeu : le constructivisme (1), et la théorie des jeux (2), l'interactionnisme (3) et le réalisme (4)..

    1- Constructivisme

    Nous comprenons ici que toutes les relations sociales sontnt construites et peuvent aussi être déconstruites. C'est une théorie prônée par des penseurs comme ALEXANDER WENDT, JOHN RUGGIE et MARTHA FINNEMORE. Dans les relations internationales, le constructivisme est une théorie qui met l'accent sur le rôle des idées, des croyances, et des normes dans la construction de la réalité internationale. Selon les perspectives constructivistes, les actions des acteurs sur la scène internationale sont fortement influencées par les interactions sociales et les récits qui façonnent leur compréhension du monde et de leurs propres intérêts.

    En ce qui concerne l'intervention des forces armées tchadiennes au sein du G5 Sahel et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT dans la lutte contre le terrorisme, on peut interpréter cette action à la lumière du constructivisme de plusieurs manières :

    · La construction de la menace terroriste : les acteurs impliqués dans ces interventions construisent une perception commune de la menace terroriste dans les régions du Sahel et du Lac-Tchad. Cette construction est essentielle pour mobiliser le soutien international et régional en faveur d'une action militaire commune contre les groupes terroristes opérant dans ces régions.

    · La construction de l'identitérégionale :l'intervention des forces armées tchadiennes au sein du G5 Sahel et de la FMM de la CBLT contribue à renforcer l'identitérégionaleen matière dedes pays de la région dans leur lutte commune contre le terrorisme, favorisant ainsi une large coopération entre les Etats membres et renforçant leurs capacités à faire face aux défissécuritaires communs.

    · La construction de la légitimité de l'action militaire : les constructivistes soutiennent que la légitimité des actions militaires dépend largement de la manière dont elles sont perçues et interprétées par les acteurs concernés. Dans le cas de l'intervention tchadienne, il est important d'analyser comment cette action est justifiée et légitimée tant au niveau régional qu'international.

    - En résumé, le constructivisme offre une perspective analytique intéressante pour étudier les dynamiques complexes entourant l'intervention des forces armées tchadiennes au sein du G5 Sahel et de la FMM de la CBLT dans la lutte contre le terrorisme, en mettant en lumièrel'importance des idées, des croyances et des interactions sociales dans la construction de la réalité internationale et des actions des acteurs sur la scène internationale.

    2- La théorie des jeux

    Cette approche fut inventée par ADAM SMITH et reprise par JOHN NASH33(*). C'est un ensemble d'outils analytiques qui ont été développés pour faciliter la compréhension des situations d'interactions entre des décideurs rationnels. Nous comprendrons donc que cette théorie caractérise le monde comme unecompétition danslaquelle chaque acteur cherche à avancer ses pions et privilégier ses propres intérêts. Nicolas EBER affirmait même à cet effet : « Le jeu étant alors une interaction stratégique entre deux États, le choix de l'un influençant la situation de l'autre ».34(*) La théorie des jeux appliquée aux relations internationales est une approche qui étudie les décisionsstratégiques prises par différents acteurs en situation de conflit ou de coopération. Dans le contexte des interventions militaires, elle peut êtreappliquée pour analyser les motivations, les stratégies et les résultats des actions des acteurs impliqués.

    L'intervention des Forces armées tchadiennes au sein du G5 Sahel et de la FMM de la CBLT dans la lutte contre le terrorisme peut êtreanalysée à travers le prisme de la théorie des jeux. Dans ce cas spécifique, plusieurs acteurs sont en jeu : les Forces armées tchadiennes, les autres membres du G5 Sahel, les pays de la CBLT, les groupes terroristes, les puissances extérieures comme la France, les États-Unis, qui soutiennent ces initiatives, etc. Les décisions prises par le gouvernement tchadien de s'engager dans ces opérations peuvent être considérées comme des stratégies de jeu, où il cherche à maximiser ses gains tout en minimisant ses pertes. Elles doivent prendre en compte les actions et réactions des autres acteurs, évaluer les risques et les modalitésassociés à son engagement et anticiper les potentiels bénéfices à long terme tels que la stabilitérégionale ou la sécurité nationale. D'un point de vue plus large, la coopération entre les forces tchadiennes, les autres pays membres du G5 Sahel et de la CBLT peut également être analysée comme une forme de jeu coopératif où les acteurs cherchent des stratégies gagnant-gagnant pour atteindre un objectif commun, en l'occurrence la lutte contre le terrorisme et l'instabilité régionale.

    La théorie de jeux peut donc nous aider à comprendre les dynamiques complexes qui sous-tendent ces interventions militaires, à prédire les comportements des acteurs et à formuler des recommandations pour améliorer l'efficacité des actions entreprises. Elle permet d'appréhender les enjeux stratégiques, politiques et sécuritaires qui entourent ces opérations et d'explorer les possibles scenarios futurs en fonction des choix et des interactions des différents protagonistes.

    3- L'interactionnisme

    La société humaine a toujours été guidée par les relations entre les individus. Ces relations permettent l'échange des mots, des informations et descroyances à travers le langage. L'interactionnisme nous renvoie directement à la problématique wébérienne des activités sociales. Max WEBER stipule à cet effet : « Nous désignons par «relation» sociale, le comportement de plusieurs individus, en tant que, par son contenu significatif, celui des uns se règlent sur celui des autres et s'oriente en conséquence ».35(*)

    D'après le lexique de science politique, l'interactionnisme : conduit à s'intéresser aux situations socialement construites, même si cela s'exprime dans des conventions de langageparticulières aux écoles ou aux auteurs. Cela signifie que soient systématiquementanalysées les composantes de ces situations, à savoir : les enjeux qui structurent les logiques de comportements des acteurs, définissent leurs intérêts et leurs aspirations ; les règles, formelles ou informelles qui gouvernent le mode d'entrée en relation et son déroulement ; les ressources mobilisables, dans le temps et dans l'espaceconcernés, par chacune des parties prenantes à l'interaction.36(*)

    Dans le cadre des relations internationales, cette théorie explique la coordination d'actions entre plusieurs Etats ou entités politiques pour atteindre un objectif bien déterminé.

    S'agissant de notre étude, cette théorie nous permet d'évaluer les efforts communs consentis par les Etats du Sahel et du Bassin du Lac-Tchad dans la lutte contre les groupes terroristes dans cette région, tout en mettant l'accent sur le cas du Tchad.

    4- Le réalisme

    Le réalisme est une théorie dominante en Relations Internationales qui met l'accent sur les intérêts nationaux, la sécurité et le pouvoir. Les principes fondamentaux du réalisme incluent : l'anarchie du système international, la primauté de l'Etat, la quête de puissance et le rôle des capacités militaires. S'agissant de notrethème, cette approche permet de comprendre les motivations derrièrel'intervention des forces armées tchadiennes au sein du G5 SAHEL et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT. En s'engageant au sein de ces coalitions militaires, le Tchad cherche à protéger ses frontières et à prévenir les menaces terroristes sur son territoire. Cette intervention est donc vue comme une nécessité pour assurer la sécurité nationale et préserver la stabilité interne. Le réalisme souligne aussi l'importance des alliances pour renforcer la sécurité régionale. En s'engageant au sein de ces forces, le Tchad s'associe donc avec d'autres Etats pour lutter contre un ennemi commun. L'approche réaliste reconnait aussi que l'utilisation de la force est parfois nécessaire pour maintenir la sécurité et la stabilité. Cela montre également que le Tchad est prêt à utiliser la puissance militaire pour défendre ses intérêts. Le réalisme met aussi en avant l'importance de s'adapter aux réalités du terrain. Le Tchad a ajusté ses stratégies et ses effectifs en fonction des conditions locales et des évolutions de la menace terroriste. Cetteflexibilitéopérationnelle est cruciale pour répondre efficacement aux défissécuritaires.

    I- LES TECHNIQUES OUTILS D'ANALYSE

    Pour apporter une réponse appropriée et adéquate à notre question de recherche et clarifier nos hypothèses, une étude qualificative s'impose à nous dans le sens où elle nous permettra d'adopter une approche chronologique des événements. Pour ce faire, deux techniques semblent les plus idéales. D'une part, la recherche documentaire (1) et d'autre, l'entretien (2).

    1- La recherche documentaire

    La recherche documentaire est une méthode qui consiste à l'exploration de tous les travaux scientifiques qui ont porté ou qui portent sur le sujet de notre étude. Ceci nous permettra de : « Connaître ce qui a déjà été étudié, débattu, mis en avant, les thèses ou hypothèses proposées, les principales interprétations ou constructions théoriques »37(*). Cette méthode s'effectue par l'étude et l'analyse des principales publications déjà présentes : articles, études ou rapports officiels, séminaires, thèses et autres travaux universitaires ou encore des ouvrages publiés.

    Les questions sécuritaires et surtout celles de la lutte contre le terrorisme sont des sujets qui soulèvent un intérêt considérable et manifeste tant pour les spécialistes du domaine de la recherche scientifique que pour les décideurs politiques. Il existe donc une pléiade d'ouvrages et documents officiels tels que des rapports, des études et même des discours, qu'il s'est avéré crucial de consulter pour la construction théorique de notre objet d'étude.

    La recherche documentaire consiste donc à rechercher des informations qui n'ont pas pu être collectées durant les différents entretiens. Il a donc été important pour nous de se référer à la documentation et aux archives institutionnelles officielles ayant trait avec la participation des forces armées tchadiennes dans la lutte contre le terrorisme au sein du G5 Sahel et de la FMM. Autant de documents, considérés par Madeleine GRAWITZ comme des : « précieux compléments des techniques de rapports individuels >>38(*) ont été consultés et minutieusement enrichis par les informations obtenues lors des entretiens.

    2- L'entretien

    Cette méthode consiste à relever des discours continus sur un thème bien défini. Seule l'élaboration d'un questionnaire au préalable rend cette opération possible. Pour William LABOVI et David FANSHEL, c'est : « un speech event dans lequel une personne A extrait une information d'une personne B, information qui était contenue dans la biographie de B ».39(*)L'entretien en ce sens s'apparente à une conversation entre le chercheur et son interlocuteur. La finalité recherchée par le chercheur est de : « (...) savoir ce que les gens pensent, quelles ont été leurs expériences et ce qu'ils se rappellent, quels sont leurs sentiments et leurs motivations ainsi que leurs actions », toujours selon LABOVI et FANSHEL. Dans ce sillage, quelques entretiens seront conduits avec des personnes appropriées et impliquées.

    PLAN DU TRAVAIL

    PREMIERE PARTIE : LES MOYENS HUMAINS ET LOGISTIQUES DEPLOYES PAR LE TCHAD DANS SES INTERVENTIONS DANS LE CADRE DE LA LUTTE ANTI-TERRORISTE 30

    CHAPITRE 1 : LES RESSOURCES HUMAINES MOBILISEES PAR LE TCHAD 32

    SECTION I : LE PERSONNEL MILITAIRE DEPLOYE PAR LE TCHAD 33

    PARAGRAPHE I : L'EFFECTIF GLOBAL DES TROUPES TCHADIENNES AU SEIN DU G5 SAHEL ET DE LA FORCE MULTINATIONALE MIXTE DE LA CBLT 33

    SECTION 2 : LE SOUTIEN CIVIL 38

    PARAGRAPHE I : LES DIFFERENTES FORMES DE COLLABOARATIONS AVEC LES POPULATIONS CIVILES 38

    PARAGRAPHE II : L'IMPORTANCE DE L'IMPLICATION DES CIVILS 40

    CHAPITRE II : LA CONTRIBUTION DU TCHAD EN TERMES DE LOGISTIQUES 42

    SECTION 1 : LE MATERIEL MILITAIRE ET LES INFRASTRUCTURES CONSTRUITES 43

    PARAGRAPHE I : LE MATERIEL MILITAIRE 43

    PARAGRAPHE II : LES INFRASTRUCTURES MISES EN PLACE 47

    SECTION II : LES MOYENS FINANCIERS 50

    PARAGRAPHE I : LE FINANCEMENT PROPRE DE L'ETAT TCHADIEN 50

    PARAGRAPHE II : L'APPUI FINANCIER DES PARTENAIRES INTERNATIONAUX 51

    A- LES PARTENAIRES BILATÉRAUX 51

    DEUXIEME PARTIE : L'IMPACT DE L'INTERVENTION DU TCHAD DANS LES OPERATIONS DE LUTTE CONTRE LE TERRORISME AU SEIN DU G5 SAHEL ET DE LA FORCE MULTINATIONALE MIXTE DE LA CBLT 54

    CHAPITRE III : L'IMPACT DE L'INTERVENTION TCHADIENNE SUR LA SOUS-REGION 55

    SECTION I : LES CONSEQUENCES SECURITAIRES 56

    PARAGRAPHE I : REDUCTION DES ACTIONS TERRORISTES DANS LA SOUS-REGION 56

    PARAGRAPHE II : LES DEFIS RENCONTRES 57

    SECTION II : LES RETOMBEES SUR LES PLANS ECONOMIQUE ET SOCIAL 59

    PARAGRAPHE I : LES RESULTATS SUR LE PLAN SOCIAL 59

    PARAGRAPHE II : LES REPERCUSSIONS ECONOMIQUES 60

    CHAPITRE IV : LA PORTEE DE L'INTERVENTION TCHADIENNE POUR LE TCHAD 63

    SECTION I : LES EFFETS SUR LA STABILITE INTERNE 64

    PARAGRAPHE I : INTENSIFICATION DES MENACES INTERNES 64

    PARAGRAPHE II : IMPACT SUR LA GOUVERNANCE INTERNE 67

    SECTION II : LE BILAN HUMAIN ET IMPACT POLITICO-DIPLOMATIQUE 69

    PARAGRAPHE I : LES PERTES HUMAINES 69

    PARAGRAPHE II : L'IMPACT POLITICO-DIPLOMATIQUE 71

    CONCLUSION 75

    PREMIERE PARTIE : LES MOYENS HUMAINS ET LOGISTIQUES DEPLOYES PAR LE TCHAD DANS SES INTERVENTIONS DANS LE CADRE DE LA LUTTE ANTI-TERRORISTECADRE THEORIQUE ET LE CONTEXTE DE L'INTERVENTION DES FORCES ARMEES TCHADIENNES

    Le Tchad, à travers ses forces de défense et de sécurité, a intervenu et intervient toujours dans lesaux opérations de lutte contre le terrorisme en Afrique et plus précisément au niveau du Sahel et du Bassin Lac-Tchad. Cette intervention militaire constitue l'objetmême de notre étude. Pour une compréhension plus explicite de ce sujet, nous allons essayer dd'analyser les efforts consentis par l'Etat tchadien à cet effet. Ainsi, en tant qu'acteur majeur des enjeux sécuritaires dans la sous-région, le Tchad a mobiliséd'importantes ressources humaines (chapitre 1) et aussi des moyens logistiques (chapitre 2)considérables pour mener à bien cette lutte.e décortiquerle cadre théorique et le contexte de cette intervention qui a été clairement influencé par la situation géopolitique de ces deux régions qui font face à de nombreux problèmesd'ordresocio-politique et sécuritaire(chapitre 1), tout en démontrant les différentes stratégies mises en place par les Forces armées tchadiennes lors des différentes opérations (chapitre 2).

    CHAPITRE 1 : LES RESSOURCES HUMAINES MOBILISEES PAR LE TCHADCONTEXTE GEOPOLITIQUE ET SECURITAIRE DU SAHEL ET DU BASSIN DU LAC-TCHAD

    Depuis le début des années 20102010, le Sahel et le Bassin du Lac-Tchad sont devenues des zones de crises complexes, où la lutte contre le terrorisme, les conflits internes, la dégradation de l'environnement et les enjeux économiquess'entrelacent. Les efforts pour stabiliser la région nécessitent une approche multilatérale, intégrant le développement économique, la gouvernance et le dialogue intercommunautaire. La sécurité à long terme dans ces régions semblentsemble doncdépendre de la capacité des Etats à répondre efficacement aux besoins de leurs populations tout en affrontant les défis imposés par les groupes extrémistes et les dynamiques régionales.C'est dans cette optique queMais face aux manques de moyens conséquents pour mener une lutte individuelle contre ces forces du mal, les Etats de cette régions deux régions, ont eu l'ingénieuse idée d'unifier leurs forces au sein des organisations militaires telles que le G5 Sahel et la Force Multinationale Mixte de la CBLT, intégrant donc naturellement les Forces armées tchadiennes. Pour mieux comprendre et faire comprendre cette étude, il serait judicieux pour nous de fixer d'abord un regard sur l'effectif du personnel militaire déployé pour cette initiativeesdéfissécuritaires dans la région du Sahel et du Bassin du Lac-Tchad(section 1), avantensuite deénumérer les différents acteudémontrer l'apport considérable des civils dans cettea position ou le poids du Tchad dans ces deux régions en matière de lutte anti-terroriste (section 2).

    SECTION I : LE PERSONNEL MILITAIRE DEPLOYE PAR LE TCHADLES DEFIS SECURITAIRES DANS LA REGION DU SAHEL ET DU BASSIN DU LAC-TCHAD

    Depuis 2013, le Tchad est devenu un acteur de premier plan en matière de lutte contre le terrorisme en Afrique et plus précisément dans la région du Sahel et du Bassin du Lac-Tchad. Les soldats tchadiens participent activement et étroitement aux opérationsde lutte contre les sectes djihadistes, menées par les coalitions militaires sous-régionales à l'instar du G5 SAHEL et de la FMM de la CBLT. Pour comprendre suffisamment l'apport du Tchad dans cette lutte, nous analyserons d'abordl'effectif des troupes tchadiennes au niveau du G5 SAHELet de la Force Multinationale Mixte de la CBLT (Paragraphe I) avant de décortiquerle cadre de formation et de préparation des troupes tchadiennes (Paragraphe II).

    PARAGRAPHE I : L'EFFECTIF GLOBAL DES TROUPES TCHADIENNES AU SEIN DU G5 SAHEL ET DE LA FORCE MULTINATIONALE MIXTE DE LA CBLTLa région du Sahel et du Bassin du Lac-Tchad englobant des pays comme le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Mauritanie, le Nigeria, le Cameroun et aussi le Tchad, fait face à des défis sécuritaires majeurs et interconnectés depuis 2010. Ces défis dérivent de l'interaction complexe entre des facteurs politiques, socio-économiques et sécuritaires. Pour une meilleure appréhension de ces défis, nous aborderons dans un premier temps les menaces sécuritaires (A) proprement dites avant de démontrer les défis d'ordre humanitaire (B).

    A- LE PERSONNEL MILITAIRE TCHADIEN AU SEIN DU G5 SAHEL

    LES MENACES SECURITAIRES

    Depuis quelques années, la région du Sahel et du Bassin du Lac-Tchad est devenue le théâtre des activités criminelles de tout genre orchestrées généralement par les groupes terroristes (1) se livrant à des trafics de tout genre (2).

    LES PRINCIPAUX GROUPES TERRORISTES

    Avant de détailler les différents groupes djihadistes opérant dans cette région, il faut d'abord comprendre que la plupart d'entre eux ont émergé à la suite de la chute du régime de Kadhafi en 2011 en Libye, ayant occasionné la prolifération d'armes et fragilisé les frontières entre les différents Etats de cette zone. Parmi ces groupes, nous avons entre autres :

    BOKO HARAM : Ce mouvement terroriste a été formé en 2002 au Nord-est du Nigeria par MUHAMMAD YUSUF. Ce dernier a dirigé le groupe jusqu'à sa mort en 2009. Il sera ensuite remplacé par ABUBAKAR SHEKAU, qui sera aussi déclaré mort le 17 juin 2021 par BAKURA MODU (le désormais nouveau chef de l'organisation). SHEKAU aurait été tué à la suite des affrontements avec un autre groupe dissident40(*).

    Boko Haram opère principalement dans le bassin du Lac-Tchad, c'est-à-dire dans des pays comme le Cameroun, le Niger, le Nigeria et le Tchad. Les stratégies de Boko Haram incluent des attaques terroristes, des enlèvements massifs, des attentats suicides, des raids destructeurs et des affrontements armés avec les forces de défense et de sécurité. Le groupe se sert donc de la violence pour semer la terreur tout en affaiblissant les gouvernements locaux et imposer sa propre interprétation de la religion islamique.

    Les activités de ce groupe ont considérablement impacté la sécurité sous régionale, allant jusqu'à créer un climat d'insécurité généralisé, forçant ainsi les populations des zones touchées à se déplacer massivement, perturbant ainsi les activités économiques et violant surtout les droits de l'homme.

    AQMI (ALQAIDA AU MAGHREB ISLAMIQUE) : Ce mouvement est né de la restructuration du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC)algérien, qui a changé de nom en 2007 après avoir rejoint le réseau ALQAIDA. Ce groupe a été formé dans un contexte de violence extrême et de guerre civile en Algérie, où les militants islamistes ont cherché à instaurer un Etat islamique. L'idéologie prônée par AQMI est l'établissement d'un Califat41(*) et à l'instauration la Charia dans les régions qu'elle contrôle. Les objectifs de ce mouvement est la lutte contre l'influence occidentale en Afrique du Nord, plus particulièrement celle de la France et des États-Unis.

    AQMI utilise plusieurs stratégies pour mener ses activités : le terrorisme ciblé (c'est-à-dire des attentats dirigés contre des cibles militaires ou civiles), le kidnapping (prises d'otages, précisément des étrangers, contre des paiements de rançons)42(*), le réseautage et les alliances, ainsi que l'exploitation illégale des ressources naturelles des territoires dont ils ont le contrôle. Les activitésmaléfiques d'AQMI  ont considérablementdégradé la stabilité politique et sociale dans des pays comme le Mali, le Niger ou encore le Burkina Faso.43(*)De nombreux réfugiés ont été donc obligés de fuir leurs localités à cause des actions criminelles de cette organisation.

    ANSAR AL SUNNA :« C'est un mouvement djihadiste soudanais signifiantlittéralement «Adeptes des traditions du Prophète Mohammad », qui s'estétendu notamment au Tchad où il désigne les religieux réformistesopposés aux Tidjanes. Ces derniers, qui contrôlent le Conseil Supérieur des Affaires Islamiques (CSAI), ont parfois blâmé les Ansar pour leur influence et leurs positions idéologiques sur la construction de l'extrémisme religieux au Tchad. »44(*)

    GSIM (GROUPE DE SOUTIEN A L'ISLAM ET AUX MUSULMANS) : C'est aujourd'hui l'une des plus puissantes organisations islamistes au Sahel (JNIM en arabe). Elle est passée sous la bannière d'Al-Qaida après avoir prêté allégeance en 2017.Elle est aussi affiliée à ANSAR DINE d'IYAD Ag Ghaly et à KATIBA MACINA de Amadou KOUFA.

    D'après les données fournies par les Forces françaises présentes au Sahel, l'effectif du GSIM varie entre 2000 à 3000 hommes armés. Son leader Ag GHALY est un redoutable Chef rebelle Touareg reconnu des services de renseignements occidentaux depuis 1990 et qui entretenait des relations avec le mouvement rebelle indépendantiste touareg MNLA (Mouvement National pour la Libération de l'Azawad).

    AL MOURABITOUNE : C'est un groupe extrémiste créé en 2015 en Libye par MOKHTAR Bel Mokhtar, l'un des plus redoutés chefs terroristes de nationalité algérienne et son complice le malien Abderrahmane Ould EL-AMAR. Le groupe établit dans un premier temps son fief à Sebha au sud de la Libye, avant de s'étendre au Niger et au Mali en profitant des nombreuses complicités locales. L'objectif affiché par cette organisation est de créer un mouvement d'envergure continentale regroupant tous les combattants et les musulmans d'Afrique. Idéologiquement parlant, Al-Mourabitoune s'inspire d'Al-Qaida et des Talibans sous le leadership de leurs chefs respectifs, AYMAN Al-Zawahiri et MOHAMMAD Omar, surnommé communément MOLLAH OMAR.

    Au premier trimestre 2015, l'effectif de l'organisation était estimé entre 500 à 600 combattants.45(*)

    En dehors de leurs activités terroristes, ces groupes mènent aussi des activités de contrebande et de trafics de tout genre en complicité avec d'autres organisations mafieuses de la sous-région.

    LA PROLIFERATION D'ARMES ET LES TRAFICS DE TOUT GENRE

    La région du Sahel et du Bassin du Lac-Tchad est devenue depuis quelques décennies un terrain propice pour les différentes organisations criminelles. L'instabilité politique chronique dans cette zone a favorisé la multiplication des conflits armés et l'accroissement d'une pauvreté extrême et endémique, rendant ainsi les populations locales et plus particulièrement les jeunes, vulnérables aux tentations et aux approches des groupes illégaux qui s'adonnent aux trafics d'armes, de drogues, d'êtres humains, d'organes, d'espèces protégées, etc.

    LE TRAFIC D'ARMES : La prolifération d'armes dans la région est surtout occasionnée par plusieurs facteurs notamment les conflits régionaux, les mouvements des populations, la faiblesse des institutions étatiques et le manque de surveillance autour des frontières. Ces armes parviennent dans cette région par le biais des réseaux mafieux ayant leurs sources en Libye. Cette dernière est devenue un « No Man's Land »46(*) depuis l'assassinat de Kadhafi par les forces de l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord) en 2011. Les armes entrent donc en Libye en provenance de l'Europe où elles sont fabriquées avant de se déverser à travers tout le Sahel et le Bassin du Lac-Tchad. Elles sont ensuite revendues dans les marchés noirs des villes comme Tombouctou, Gao ou encore Ménaka au Mali.47(*)

    LE TRAFIC DE DROGUES : Dans cette zone, le trafic de drogues, notamment de cannabis et de cocaïne est devenu un fléau immense. La région est quasiment devenue la plaque tournante de ces produits illicites, entrainant ainsi des conséquences désastreuses sur le plan social et sanitaire avec une jeunesse déboussolée et livrée à elle-même.

    Selon un rapport de l'ONUDC (Office des Nations Unies sur la Drogue et le Crime) publié en 2023, plus de 36 tonnes de cannabis et de cocaïne ont été saisies en 2021 au Sahel et aussi dans le Bassin du Lac-Tchad et les plus grandes quantités ont été interceptées au Mali (18 tonnes), au Burkina Faso (12 tonnes) et au Niger (5 tonnes).

    LE TRAFIC D'ETRES HUMAINS : Le trafic d'êtres humains est aussi l'une des activitéscriminelles les plus courantes dans la région du Sahel et du Bassin du Lac-Tchad. Des groupes mafieux se livrent à de l'esclavage, la prostitution, le proxénétisme et les travaux forcés. La plupart des victimes sont des jeunes fuyant leurs pays d'origine à cause des conditions sociales extrêmes et tentant de rejoindre l'Europe à travers la Méditerranée tout en passant par le grand désert du Sahara.

    LE TRAFIC DES PRODUITS CONTREFAITS : trafic de produits contrefaits, plus précisément les médicaments, représente aussi l'un des défis sécuritaires majeurs de la région, causant des milliers de décès chaque année. A cela, il faut ajouter l'exploitation illégale des ressources naturelles telles que l'or, le diamant, le pétrole, et d'autres ressources naturelles, permettant ainsi le financement des activités criminelles.

    Toutefois, les problèmes sécuritaires ne sont pas les seuls défis auxquels font face les habitants du Sahel et du Bassin du lac-Tchad. A cela, il faut aussi ajouter les défis humanitaires.

    B - LES DEFIS D'ORDRE HUMANITAIRE

    Les soucis humanitaires dans la région du Sahel et du Bassin du Lac-Tchad sont d'autant plus complexes qu'interconnectés, et ont un impact majeur sur la stabilitérégionale, le développement et aussi la sécuritétransfrontalière. Ainsi, comme principaux défis, nous pouvons énumérer entre autres :

    L'INSECURITE ALIMENTAIRE : La région du Sahel et du Lac-Tchad est régulièrement touchée par des crises alimentaires chroniques en raison des sècheresses récurrentes provoquant carrément l'assèchement progressif et accéléré du Lac-Tchad, des mauvaises récoltes, des inondations sporadiques, des conflits armés et bien d'autres facteurs qui affectentconsidérablementla production agricole locale. Les activités des groupes terroristes ne permettent pas d'acheminer facilement les produits alimentaires vers les zones reculées.

    Tous ces aspects entraine une insécurité alimentaire généralisée et met des millions de personnes en situation de vulnérabilité. Selon les chiffres publiés par le FAO (Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture), entre 2017 et 2019, plus de 11 millions de personnes vivant autour du Lac-Tchad ont besoin d'une assistance humanitaire, plus de 6,9 millions d'entre eux sont en situation d'insécurité alimentaire et environs 515 000 personnes souffrent de malnutrition sévère.48(*)

    LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : Cette région est l'une des régions les plus vulnérables face au réchauffement climatique ; Ce dernier a des effets dévastateurs sur la région, avec des phénomènesmétéorologiquesextrêmes tels que des sécheressesprolongées et des inondations. Ces changements climatiques exacerbent la rareté des ressources alimentaires et halieutiques, ce qui aggrave les conditions de vie des populations locales.

    LES DEPLACEMENTS FORCES DES POPULATIONS : La région du Sahel et du Bassin du Lac-Tchad fait face à un nombre croissant de déplacements internes forcés en raison des conflits armés, de la violence et des crises humanitaires. Des millions de personnes sont donc parfois obligées de quitter leur foyer pour se réfugier ailleurs. Les camps de réfugiés et de déplacés internes sont souvent surpeuplés et manquent cruellement de ressources essentielles, créant ainsi des conditions de vie précaires et limitant ainsi un accès équitable à l'aide humanitaire et aux services de base.

    En 2024, plus de 5 millions de personnes déplacées internes ont été enregistrées au Sahel, occasionnant ainsi plus de 1,9 million de réfugiés.49(*)

    LE MANQUE D'ACCES A L'EDUCATION : C'est une région qui est confrontée à une multitude de défis socio-économiques parmi lesquels le très faible taux d'alphabétisation des jeunes enfants. L'accès à l'éducation est gravement entravé par des facteurs comme l'instabilité politique, la pauvreté, les conflits et les catastrophes climatiques. La montée en puissance des groupes terroristes dans cette zone a occasionné un déplacement massif des populations, emportant avec eux élèves et enseignants et par conséquent, entrainant la fermeture des écoles.

    De plus, la pauvretéécrasanteobservée dans cette région et touchant une grande partie de la population, ne permet pas aux parents de subveniraux besoins éducatifs de leursprogénitures, le poussant ainsi à faire des choix difficiles comme le fait de privilégier le travail des enfants au détriment de leur éducation. A cela, il faut ajouter aussi l'état déficient des infrastructures telles que les routes, les écoles, les bibliothèques, etc.

    Nous ne pouvons pas ignorer non plus la discrimination de genre dans ces régions. Les jeunes filles sont d'ailleurs les plus grandes victimes de ce fléau. Les familles sont influencées par les normes sociales, culturelles ou coutumières qui ne voient pas d'un bon oeil l'éducation des filles. La fragilité du système éducatif dans ces zones est souvent causée par le manque de ressources et de financement, les enseignants ne sont pas toujours bien formés et rémunérés. Et les programmes scolaires ainsi que le matériel pédagogique sont archaïques et inadaptés aux besoins de l'heure.

    SECTION 2 : LES PRINCIPAUX ACTEURS DANS LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME AU SAHEL ET DANS LE BASSIN DU LAC-TCHAD

    La lutte contre le terrorisme au Sahel et dans le Bassin du Lac-Tchad est un défi complexe et nécessite donc l'implication de plusieurs acteurs. Ces derniers ne disposent pas des mêmes moyens et n'ont pas la même mission sur le terrain. Parmi ces acteurs, nous avons d'abord les Etats de la région en tant qu'entités ainsi que les organisations régionales et sous-régionales (A), et ensuite, nous avons aussi les partenaires internationaux et les organisations non-gouvernementales (B).

    LES ACTEURS ETATIQUES AINSI QUE LES ORGANISATIONS REGIONALES ET SOUS-REGIONALES

    Les Etats de la région du Sahel et du Bassin du Lac-Tchad sont les premières entités concernées par la menace et les exactions des groupes terroristes. Ces Etats sont pour la plupart situés sur la Bande Sahélo-Saharienne (1) et travaillent en étroite collaboration avec les institutions communautaires régionales et sous-régionales (2).

    LES ETATS DE LA REGION IMPLIQUES DANS LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME

    La lutte contre le terrorisme au Sahel et dans le Bassin du Lac-Tchad est avant tout un effort collectif impliquant plusieurs Etats de la région, tels que : le Tchad, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Cameroun ou encore le Burkina Faso.

    LE TCHAD : C'est un acteur clé dans la lutte contre le terrorisme, plus particulièrement contre Boko Haram et aussi d'autres groupes extrémistes. Les troupes tchadiennes ont toujours été reconnues en Afrique pour leur résilience et leur maitrise des terrains sahariens.

    Le Tchad participe pleinement au sein des forces de coopération militairerégionale telles que le G5 Sahel et la Force Multinationale Mixte de la CBLT ou Multinational Join Task Force en anglais (FMM & MNJTF). Le Tchad a aussi participé grandement au sein de la MINUSMA (Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali).

    C'est d'ailleurs le premier contributeur en terme d'effectif et c'est aussi le pays ayant subi les plus lourdes pertes en vie humaine (plus de 82 soldats y ont perdu la vie).50(*)Le Secteur n°2 de la Force de la CBLT se trouve d'ailleurs à Baga Sola, une localité située dans la région du Lac, à l'extrême ouest du pays.

    LE MALI : Ce pays est au coeur de la lutte antiterroriste, car c'est l'un des pays les plus touchés par ce fléau endémique. Depuis la crise politique de 2012 provoquée par la rébellion Touareg, le pays fait face à des groupes djihadistes extrêmement violents et affiliés à Al-Qaida et à l'Etat Islamique.

    Le pays a donc été obligé de mettre en place une stratégie nationale de défense incluant le dialogue avec les groupes armés et leurs factions. Il a égalementsollicitél'aide de la communauté internationale. Cette dernière a réponduprésent à travers l'Opération Serval de 2013 à 2014 et Barkhane lancées par l'ArméeFrançaisede 2014 à 2022.

    Le Mali est aussi membre permanent de toutes les organisations militaires sous-régionales, mais s'est finalement retiré du G5 Sahel depuis le 15 mai 2022. L'Etat malien a aussi formé des volontaires au sein de la population pour appuyer les FAMA (Forces Armées Maliennes) sur les différents théâtres d'opération et surtout en matière de collecte et de transmissions des informations sur les mouvements des combattants terroristes.51(*)

    LE NIGER : C'est un autre acteur important dans cette lutte contre le terrorisme, le pays fait face à des menaces croissantes venant de Boko Haram au sud et des autres groupes affiliés à Al-Qaida et à DAESH à l'ouest.

    Le Niger s'est aussi engagé activement au sein du G5 Sahel et de la FMM de la CBLT. Le gouvernement nigérien a surtout renforcé ses capacités militaires et ses circuits informationnels pour pouvoir contrôler et intercepter les communications des groupes terroristes. Le Niger accueille d'ailleurs le Secteur n°3 de la FMM basé dans la ville de Diffa au sud-est du pays.

    Néanmoins, après le coup d'État du 27 juillet 2023 mené par le General Abdourahamane TIANI, ancien Patron de la Garde Prétorienne du Président déchu Mohamed BAZOUM, le Niger s'est retiré officiellement du G5 Sahel le 2 décembre 2023, suivi du Burkina Faso.

    LE NIGERIA : Ce pays est l'un des plus touchés par le terrorisme, si ce n'est le plus touché. Car, il est le fief même de Boko Haram et a subi de dizaines de milliers de victimes depuis l'accroissement de la menace terroriste dans la région.

    Des opérations militaires intensives sont menées par les troupes nigérianes dans des zones très reculées pour chasser les terroristes de leur cache dans les Etats de Borno, Yobe et Adamawa, notamment en collaboration avec d'autres forces armées voisines au sein de la Force Multinationale Mixte de la CBLT, où il fournit une grande partie des troupes et des ressources logistiques pour les opérations conjointes.

    Le Nigeria joue donc un rôle crucial en raison de situation géographique et de l'ampleur des menaces auxquelles il est confronté. En plus des réponses militaires face à l'expansion du terrorisme, le Nigeria a aussi mis en place des programmes DDR (Désarmement, Démobilisation et Réintégration) pour encourager les éléments de Boko Haram à se rendre et à réintégrer la vie en société. Dans ces programmes, des formationsprofessionnelles, des soutiens psychologiques et des opportunitéséconomiques sont offerts aux anciens combattants. Ceci vise notamment à réduire les effectifs des groupes extrémistes et promouvoir ainsi une possible prise de conscience parmi eux.

    Le gouvernement nigérian investit aussi dans des projets de développement visant à améliorer les conditions de vie des populations vivant dans les régions touchées par les exactions djihadistes.

    LE CAMEROUN : L'Etat camerounais joue un rôle crucial dans la lutte contre le terrorisme particulièrement contre Boko Haram et ses factions dissidentes autour du Bassin du Lac-Tchad. Les soldats camerounais ont mené et continuent de mener des actions militaires de grande envergure contre les positions des forces du mal aux alentours de sa frontière avec le Nigeria. Ils ont réussi à repousser plusieurs attaques violentes et à sécuriser des vastes zones longtemps contrôlées par les éléments de Boko Haram.

    Leur engagement au sein des forces conjointes de la sous-région est significatif, notamment au sein de la Force Multinationale Mixte de la CBLT. Les services de sécurité camerounais participent pleinement aux initiatives de partage d'informations avec ses voisins comme le Tchad et le Nigeria.

    Le Professeur Alain Didier OLINGA avait déjà évoqué l'apport considérable des troupes camerounaises sur les théâtres des opérations : « En effet, c'est d'abord et avant tout l'action des forces de défense et de sécurité qui a fait et fera reculer la violence terroriste au Cameroun. Cette action se traduit par la conquête ou la reconquête des espaces de belligérance, c'est-à-dire le déploiement offensif sur le terrain et l'éradication des Groupes armés. Elle se concrétise également par la neutralisation des Chefs rebelles : une neutralisation physique définitive sur le théâtre des opérations ; une neutralisation par le transfert à la Justice Militaire des terroristes capturés.».52(*)

    LE BURKINA FASO : L'apport de ce pays dans la lutte contre le terrorisme au Sahel est essentiel et multifacette. Le pays organise des opérations militaires ainsi que des initiatives de coopération régionale et des programmes de DDR. Des groupuscules affiliés à Al-Qaida et semant des troubles aux confins du territoire burkinabè, plus précisément dans la zone dite des trois (3) frontières (Burkina Faso, Niger et Mali), c'est-à-dire la région du Liptako Gourma, ont ainsi subi les assauts intenses des FDS (Forces de Défense et de Sécurité).

    Ces opérations ont permis de détruire les bases des terroristes, libérer des otages et sécuriser les zones affectées. Le pays a aussi contribué massivement à l'opérationnalisation de la force du G5 Sahel et a également participé à d'importantes opérations d'éradication des troupes extrémistes au Sahel, avant d'annoncer officiellement et conjointement leur retrait (avec le Niger) de cette force, à la suite du coup d'Etat ayant porté au pouvoir le Capitaine Ibrahim TRAORE.

    LES ORGANISATIONS REGIONALES ET SOUS-REGIONALES ENGAGEES DANS LA LUTTE ANTITERRORISTE

    Le terrorisme étant un danger tant pour la sécurité sous-régionale, régionale quemondiale, les Etats ne sont pas les seuls acteurs engages dans son éradication. Ils sont accompagnés dans ce combat par des partenaires extérieurs qui peuvent être des organisations internationales comme l'ONU (Organisation des Nations Unies), l'UA (Union Africaine), la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest), la CBLT, le G5 Sahel, etc. Et même des partenaires bilatéraux, c'est-à-dire les grandes puissances telles que les Etats-Unis, la France, la Grande Bretagne, l'Allemagne, etc.

    LES NATIONS UNIES : Créée en octobre 1945 juste à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, cette organisation avait donc pour mission première de réunifier le monde divisé par cette horrible guerre tout en promouvant la paix et la cohésion sociale entre les nations.

    Depuis sa création, l'ONU s'est toujours démarquée positivement en intervenant partout dans le monde à travers ses casques bleus pour maintenir la paix et la stabilité, malgré l'influence démesurée de ses membres les plus importants. Par le biais de son Conseil de Sécurité, l'ONU a mis en place des résolutions visant à renforcer la coopération internationale en matière de lutte contre le terrorisme. Elle n'est donc pas restée insensible face à la montée de la menace terroriste au Sahel et particulièrement au Mali.

    Une mission spéciale de maintien de la paix a même été créée pour intervenir au Mali après la crise politique de 2012 et dénommée MINUSMA (Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali). Cette mission avait pour rôle de sécuriser les zones touchées par le terrorisme. Ses activités se traduisaient par des surveillances, de soutiens logistiques au développement et aussi la mise en place de mécanismes de gouvernance. En 2023, l'effectif des troupes onusiennes présentes au Mali est comptabilisé à 11 676 militaires 1 588 policiers et 1 792 civils (parmi eux, 859 nationaux, 754 internationaux et 159 volontaires de l'ONU).53(*)

    L'UNION AFRICAINE : Cette institution continentale joue un rôle crucial dans la traque des terroristes en Afrique d'une manière générale et dans la région du Sahel et du Bassin du Lac-Tchad, plus précisément. Car, sa mission principale est même celle de promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité sur le continent.

    Elle a mis en place plusieurs initiatives comme le MAEP (Mécanisme Africain d'Evaluation par les Pairs) et le CSP (Conseil de Paix et de Sécurité), qui visent à renforcer la coopération entre les Etats membres dans la lutte contre les violences djihadistes.

    L'UA entretient également d'étroites collaborations avec l'ONU pour bénéficier de financement stable et prévisible pour mener à bien ses activités de promotion de la paix. Elle joue donc un rôle indispensable dans la lutte contre le terrorisme avec des stratégies bien spécifiques.

    LA CEDEAO : Elle est l'une des institutions interétatiques les plus actives dans la lutte contre le terrorisme. D'ailleurs, l'une de ses principales vocations est de promouvoir l'intégration économique et la paix dans la région ouest-africaine. Elle a aussi mis en place le Mécanisme de Prévention, de Gestion et de Règlement des Conflits, instauré par le protocole de 1999, qui constitue le socle de la stratégie de sécurité régionale. Ce mécanisme est suivi du Protocole Additionnel sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance de 2001, autorisant la CEDEAO à s'attaquer aux causes profondes des conflits internes tels que le terrorisme.54(*)

    La CEDEAO a aussi mis en place une force en attente dénommée (ECOWAS Standby Force) pour répondre rapidement et efficacement aux crises sécuritaires dans la région. Cette force est composée d'environs 2 000 hommes parmi eux des soldats, des policiers et des civils, tous ressortissants des pays membres de l'Organisation (Benin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d'Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone et Togo). Bien que stationnées dans leur pays d'origine, ces forces sont mobilisables à tout moment en cas de nécessité. Son Etat-major est basé à Abuja au Nigeria.55(*)

    LA CBLT : Fondée en 1964 pour promouvoir le développement durable de la région du Bassin du Lac-Tchad, cette institution est devenue un acteur incontournable dans la lutte contre Boko Haram qui opère dans cette zone. Elle a été mandatée pour organiser et faciliter les stratégies de coopération transfrontalière en matière de sécurité.

    En mars 2015, le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union Africaine a autorisé le déploiement de la Force Multinationale Mixte pour soutenir les efforts des Etats membres de la CBLT et du Benin, qui envisagent créer unenvironnement fiable et sécurisé. Cette force est constituée de plus de 8 700 hommes dont des militaires, des policiers et des civils.56(*) Le Quartier General de cette force se trouve à N'Djamena la capitale du Tchad.

    Ainsi donc, une stratégie régionale de stabilisation a été mise sur pied pour stabiliser les zones libérées des mains de Boko Haram. A cet effet, des actions de développement ont été financées pour renforcer la résilience des populations locales et réduire ainsi les infiltrations des membres de la secte meurtrière au sein de ces mêmes populations.

    Par exemple, les provinces du Lac et du Hadjer Lamis au Tchad ont été parmi les plus grands bénéficiaires de ces actions. Des programmes de relèvement rapide et de développement ont été lancés pour faciliter la restauration de l'autorité de l'Etat et le retour des personnes déplacées internes et des réfugiés.

    LE G5 SAHEL : Il a été créé en 2014 et regroupe des pays sahéliens tels que le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Son objectif principal est le renforcement de la coopération en matière de lutte contre le terrorisme, les autres menaces transfrontalières ainsi que le développement durable.

    L'un des principaux instruments du G5 SAHEL est sa Force Conjointe officialisée en 2017 et visant à sécuriser les frontières communes des Etats membres en menant des opérationsmilitairestransfrontalières dans l'optique de réduire la mobilité des groupes armés et des trafiquants.57(*) L'effectif de cette force est estimé à plus de 5 000 hommes et le siège se trouve à Nouakchott, capitale de la Mauritanie.

    Aux efforts militaires, il faut également mentionner l'accent mis sur le développementéconomique et la résilience des populations locales. Des projets de développement rural sont donc lancés pour une amélioration des conditions de vie et une réduction des facteurs de radicalisation. Ces initiatives se concrétisent par la construction des infrastructures, l'amélioration de l'accès à l'éducation et aux services de santé, ainsi que le soutien à l'agriculture et à l'élevage. Le G5 SAHEL joue donc un rôle complémentaire à celui de la CBLT dans la région.

    LES PARTENAIRES BILATERAUX ET LES ORGANISATIONS NON-GOUVERNEMENTALES IMPLIQUES LA LUTTE ANTI-TERRORISTE

    Le combat contre le terrorisme dans la région du Sahel et du Bassin du Lac-Tchad est un enjeu majeur pour la sécurité régionale et internationale. Les Etats de cette zone menacée ne disposant pas de moyens suffisants pour mener individuellement ce combat, sont dans l'obligation de se tourner vers des partenaires stratégiques bilatéraux (1) et même des organisations non-gouvernementales (2).

    LES PARTENAIRES BILATERAUX

    Comme partenaires bilatéraux, nous avons entre autres les grandes puissances militaires occidentales telles que les USA, la France, l'Union Européenne, etc.

    LES ETATS-UNIS : Ils sont un partenaire indispensable dans la lutte contre les groupes terroristes au Sahel et même dans le monde, puisqu'ils fournissent plus de 28,38% du budget des opérations de maintien de la paix des Nations Unies58(*), à l'instar de la MINUSMA. Ils fournissent une assistance financière, militaire et logistique aux forces de sécurité de la région. Sur le plan militaire, les Américains ont renforcé leur présence dans la région par le biais de leur Commandement Africain (AFRICOM).

    Les forces américaines sur le continent africain sont estimées à plus de 6 500 soldats repartis sur les quatre (4) coins du continent et concentrées pratiquement dans les régions à haut risque telles que le Sahel ou encore la Corne de l'Afrique59(*). Ces soldats offrent généralement des formations spéciales aux forces armées locales et contribuent aussi grandement au partage des informations sur les groupes terroristes et leurs déplacements à travers les frontières, grâce surtout aux drones dont ils disposent.

    Washington a aussi alloué 363 millions de dollars à la Force Multinationale Mixte de la CBLT et plus de 111 millions de dollars au G5 SAHEL, entre 2015 et 2018. Les USA financent également des programmes de développement contribuant à l'amélioration des conditions de vie des populations victimes du terrorisme, réduisant ainsi le risque de radicalisation.

    Source : https://www.trtfrancais.com/actualites/larmee-americaine-une-presence-discrete-en-afrique-17450533

    LA FRANCE : Ce pays entretient des relations historiques avec les Etats du Sahel en matière de coopération militaire. La France soutient ainsi largement les pays de la région dans la lutte contre le terrorisme, à travers des opérations militaires célèbres telles que l'Opération Epervier ou Serval et la dernière en date, l'Opération Barkhane.

    Lancée en 2014, cette opération avait pour but d'appuyer les offensives militaires menées par les Forces Armées Maliennes et les Forces Armées Tchadiennes en Intervention au Mali (FATIM). Au début, l'effectif des troupes françaises présentes au Sahel avoisinait les 3 000 hommes jusqu'à atteindre 5 000 hommes en 2020. Pour la mise en oeuvre de cette opération, la France dépensait plus d'un milliard d'euros par an tiré de son propre budget. L'appui militaire français consistait en des attaques terrestres et aériennes.

    Toutefois, l'Opération Barkhane prendra fin en novembre 2022, à la suite de la réclamation du départ des troupes françaises faite par les gouvernements des pays accueillant ces troupes françaises sur leur sol, il s'agit notamment du Mali, du Burkina Faso et du Niger.60(*)

    L'UNION EUROPEENNE : Elle joue un rôle significatif dans la lutte contre le terrorisme au Sahel et dans le Bassin du Lac-Tchad. Elle apporte un appui crucial aux forces locales à travers des missions EUCAP SAHEL MALI et EUCAP SAHEL NIGER qui fournissent une assistance pour renforcer les capacités des forces de sécurité intérieure. Ces missions améliorent la gestion des frontières, la lutte contre et la criminalité organisée.

    L'UE collabore étroitement avec d'autres acteurs internationaux, notamment les Nations Unies et l'Union Africaine, pour coordonner les efforts de lutte contre le terrorisme. Cette coopération se compose aussi avec la FMM de la CBLT. L'institution européenne finance aussi des programmes de développement pour traiter les causes profondes du terrorisme, telles que la pauvreté et l'exclusion sociale. Ces projets ont permis d'améliorer l'accès à l'éducation, à la santé et offert des opportunités économiques aux plus démunis. Le Programme Indicatif Régional pour le Sahel (2014-2020) a permis notamment de prévenir la radicalisation en fournissant des programmes éducatifs et des campagnes de sensibilisation.

    Sur le plan humanitaire, l'UE fournit une aide humanitaire essentielle incluant des assistances aux réfugiés et aux personnes déplacées internes.

    LES ORGANISATIONS NON-GOUVERNEMENTALES

    Eu égard de la complexité et de l'urgence instaurées par la lutte antiterroriste au Sahel et dans le Bassin du Lac-Tchad, nombreuses sont les ONG qui ont décidé et de s'implanter dans cette région. Parmi eux, nous avons entre autres : Médecins Sans Frontières, International Crisis Group (ICG), OXFAM (Oxford Committee for Relief Famine), Human Rights Watch et Amnesty International, International Rescue Committee (IRC) et Norvegian Refugee Council (NRC), etc.

    MEDECINS SANS FRONTIERES : Cette ONG joue un rôle crucial dans la lutte contre les exactions des groupes terroristes dans cette région, plus particulièrement à travers ses interventions humanitaires et médicales. Elle a déployé des cliniques mobiles pour fournir une assistance sanitaire d'urgence aux populations vulnérables et aux communautés isolées, offrant ainsi des consultations médicales, des vaccinations et des traitements pour les maladies courantes, telles que le paludisme, le choléra, le VIH/SIDA, la tuberculose, la rougeole, la varicelle ou encore la poliomyélite.

    MSF fournit aussi des soutiens psychologiques aux personnes traumatisées par la violence des conflits armés, incluant ainsi des séances de counseling61(*) et des thérapies de groupes. MSF construit aussi des infrastructures d'eau potable et distribue des vivres alimentaires aux personnes démunies, ainsi que des abris temporaires, des couvertures et d'autres articles essentiels à la survie des plus vulnérables.

    INTERNATIONAL CRISIS GROUP : Cette ONG internationale à but non lucratif a été créée en 1995 et a pour mission de prévenir et d'aider à résoudre les conflits meurtriers grâce à un travail de recherche sur le terrain, des analyses et des recommandations.

    Dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, elle fournit des études détaillées et approfondies sur les conflits et les dynamiques terroristes régionales. Elle publie aussi régulièrement des rapports et fait des briefings sur les causes sous-jacentes du terrorisme, telles que la pauvreté, la marginalisation sociale et les violences intercommunautaires. Elle émet aussi des recommandations politiques aux gouvernements locaux et aux acteurs internationaux afin d'adopter une stratégie efficace pour contrer le terrorisme.

    L'ONG initie aussi des programmes de sensibilisation pour le public et les medias afin d'avoir une approche beaucoup plus sérieuse de la menace terroriste.62(*)

    HUMAN RIGHTS WATCH ET AMNESTY INTERNATIONAL : Ces deux (2) organisations jouent un rôle central dans la lutte contre le terrorisme, principalement à travers la surveillance des droits humains, le plaidoyer et la sensibilisation. Elles documentent les violations de droits de l'homme commises par les sectes terroristes et les forces de sécurité dans ces zones.

    Des rapports détaillés sont même publiés sur les exécutions extrajudiciaires, les détentions arbitraires et les tortures. Ces documentations sont utilisées pour sensibiliser les autorités politiques et la communauté internationale, les poussant ainsi à prendre des mesures strictes contre ces violations tout en plaidant pour des enquêtes indépendantes et la justice pour les victimes. Ces ONG font aussi du lobbying auprès des gouvernements et des institutions internationales pour qu'ils adoptent des politiques respectueuses des droits humains. Elles apportent aussi des assistances juridiques aux victimes en collectant leurs témoignages afin de les utiliser lors des procès.

    OXFAM :Cette ONG britannique fondée en 1942 a pour but de lutter contre les inégalités sociales dans l'optique de mettre fin à la pauvreté et aux injustices dans le monde. Elle est l'une des organisations non-gouvernementales les plus actives au Sahel et dans le Bassin du Lac-Tchad. Elle fournit des aides alimentaires, de l'eau potable et des articles non alimentaires aux populations les plus touchées par les violences des groupes armés, permettant ainsi de répondre à leurs besoins immédiats.

    Elle met également en place des programmes de vaccination pour traiter les maladies chroniques qui sévissent dans les camps de réfugiés, grâce aux services de santé de base. Elle offre aussi des formations dans le domaine agricole, les microfinances et d'autres initiatives de développement économique, visant donc à améliorer la sécurité alimentaire et créer des moyens de subsistances durables pour les communautés locales.

    OXFAM plaide aussi pour les droits des personnes déplacées par les conflits, en appelant les gouvernements et les donateurs internationaux à fournir des aides adéquates et à garantir la protection des droits humains.63(*)

    SECTION III : LE TCHAD, UN ACTEUR REGIONAL CLE DANS LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME

    Situé au coeur de l'Afrique, le Tchad joue un rôle primordial dans la lutte contre le terrorisme, non seulement dans la région du Lac-Tchad mais également dans tout le Sahel. Le pays fait d'abord concrètement face à des menaces terroristes variées à cause notamment de l'instabilité sociopolitique exponentielle tout autour de ses frontières (la situation en Libye, au Soudan, au Nigeria ou encore en République Centrafricaine), il a su s'affirmer comme un acteur sécuritairerégional fiable et incontournable. Pour démontrer palpablement le poids du Tchad dans la région, nous analyserons dans un premier temps le contexte géopolitique et les défis sécuritaires auxquels le pays fait face (A), puis nous examinerons les actions concrètes menées par le Tchad pour lutter contre le terrorisme au Sahel et dans le Bassin du Lac-Tchad (B).

    CONTEXTE GEOPOLITIQUE ET DEFIS SECURITAIRES DU TCHAD

    Comme presque tous les pays d'Afrique, le Tchad est en proie à des menaces de tout genre causées surtout par l'instabilité régionale (1), ajoutés à cela des multiples défis sécuritaires internes (2) qui fragilisent d'une manière ou d'une autre la stabilité du pays.

    INSTABILITE SOCIOPOLITIQUE AUX FRONTIERES DU TCHAD

    Le Tchad partage des frontières communes avec des pays comme la Libye au Nord, le Soudan à l'Est, la République Centrafricaine au Sud, le Cameroun et le Nigeria à l'Ouest. Ces pays sont marqués par des troubles politiques internes, impactant directement ou indirectement la situation sécuritaire intérieure du Tchad.

    LA LIBYE : Depuis l'assassinat par l'OTAN du Guide de la Révolution,le colonel Mouammar Kadhafi, le pays est plongé dans une profonde crise sociopolitique et sécuritaire64(*).

    La Libye est de nos jours divisée en plusieurs factions et autorités rivales appuyées et entretenues par les plus grandes puissances de ce monde à l'instar des USA, la Russie, la France, la Grande Bretagne, la Turquie, la Chine, etc.

    Le pays manque d'un gouvernement central fort et reconnu unanimement par tous les acteurs impliqués dans ce conflit. D'un côté, nous avons le GUN (Gouvernement d'Union Nationale) dirigé depuis le 3 mars 2022 par Fathi BACHAGHA (soutenu par la Turquie, le Qatar, l'Algérie et le Pakistan) et d'un autre, nous avons le Gouvernement de l'est du pays avec en sa tête le Marechal Khalifa HAFTAR, Commandant en Chef des Forces armées nationales libyennes depuis l'époque de Kadhafi. Ce qui favorise la prolifération des milices armées et la fragmentation de ce vaste territoire (1 759 540 km2).

    Ces différents groupes armés s'affrontent fréquemment dans la région de Tripoli et aussi dans le sud du pays, faisant ainsi d'innombrables victimes. De milliers de personnes ont été donc obligées de se déplacer massivement, fuyant les exactions des groupes armés. Cette situation a engendré naturellement une pénurie des biens de première nécessité et une dégradation des services publics. L'économie du pays longtemps émergente et parmi les plus florissantes en Afrique, à cause surtout aux vastes réserves pétrolières et gazières du pays, est aujourd'hui moribonde et abandonnée à elle-même à cause de l'exploitation illégale et anarchique par les différentes factions rivales à la solde des puissances étrangères.

    Le territoire libyen est donc devenu un vaste marché pour le crime organisé et les gangs spécialisés dans les trafics de tout genre, particulièrement d'armes et d'êtres humains (surtout les migrants en partance pour l'Europe et traversant la Libye pour atteindre la Méditerranée). Ces armes se déversent donc dans toute la région sahélo-saharienne, alimentant ainsi l'insécurité et les activités terroristes dans cette zone.65(*)

    LE SOUDAN : Depuis le renversement du régime d'Omar el-BECHIR en 2019 suite à une grande révolte interne à cause de la hausse du prix du pain, ce pays traverse une période de grandes instabilités sociopolitiques et sécuritaire, alimentée par des conflits intercommunautaires internes et des crises économiques. La transition qui a suivi ce coup d'Etat militaire d'octobre 2021 orchestré par le général Abdel Fattah al-BURHAN, semble être lente et inefficiente. Des manifestations populaires contre ce coup d'Etat ont été violemment réprimées par les militaires.

    Le Soudan fait aussi face à des violences interethniques particulièrement dans les régions du Darfour, du Kordofan et du Nil Bleu. Le pays est aussi en proie à des menaces terroristes de la part des groupes armés opérant tout autour de la frontière morose avec le Tchad, la Libye et l'Egypte, facilitant ainsi les mouvements d'armes et de stupéfiants.

    Sur le plan économique, une grave crise s'est installée dans le pays, caractérisée par une inflation galopante et une pénurie des biens essentiels, exacerbant ainsi les tensions sociales et politiques, rendant la stabilité beaucoup plus difficile à atteindre. Cette interminable guerre a donc poussé plusieurs millions de personnes à fuir le pays en direction du Tchad, de l'Ethiopie et de l'Egypte. D'après le media AFRICANEWS, à la date du 13 aout 2024, plus de 10 millions de personnes ont quitté le pays, dont 4 millions d'enfants et environs 26 millions de personnes sont exposés à une famine extrême.66(*)

    LA RCA : Au sud du Tchad, la République Centrafricaine fait aussi face à une instabilité chronique, avec des affrontements entre groupes armés et des violences intercommunautaires. Malgré les efforts de stabilisation déployés par les partenaires internationaux dont l'ONU à travers la MINUSCA (Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en Centrafrique), l'UA et les autres pays de la sous-région sous la bannière de la CEEAC (Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale), le pays reste toujours un foyer de tensions qui affecte grandement la sécurité frontalière du Tchad.

    LE CAMEROUN : Situé à l'Ouest du Tchad, ce pays fait face à d'innombrables défis sécuritaires liés aux insurgés de Boko Haram au nord, à la frontière avec le Nigeria. Les offensives militaires contre les exactions terroristes créent un sentiment de peur et propagent une instabilité débordant vers la frontière tchadienne.

    A cela, il faudrait ajouter aussi les tensions politiques internes, plus précisément dans les régions anglophones où des groupes armés se sont formés avec le soutien des forces obscures, et prétendantréclamerl'indépendance de ces régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest (NOSO)vis-à-vis du Cameroun. Toutes ces situations rendent beaucoup plus complexes la sécuritérégionale.

    Dans son ouvrage intitulé « LES REVOLTES SOCIALES AU CAMEROUN : Violence et antiviolence », Ismaila DATIDJO décrit cette situation comme suit : « Les morts enregistrés à la suite de la montée des revendications, notamment avec l'avènement du groupe séparatiste d'Ambazonie, ont attisé les rancoeurs, à telle enseigne que, victimes dans leurs contrées des exactions et des dégâts dirait-on collatéraux, de la confrontation entre les Forces de Défense et de Sécurité nationale et les schismatiques d'Ambazonie, les populations anglophones en général se sont senties encore plus délaissées. Une partie considérable de cette population s'estassociée la sympathie des séparatistes et a accentué son attitude de rejet des francophones.».67(*)

    LE NIGERIA : Considéré comme la nation la plus peuplée du continent africain, ce pays fait face depuis plus de deux (2) décennies aux exactions du groupe Boko Haram qui a fait du Nord-est nigérian son fief historique. Ces violences ont causé des dizaines de milliers de morts et plusieurs millions de déplacés.68(*)

    En 2016, une faction dissidente de cette secte s'est créée sous le nom d'ISWAP (entendez Etat Islamique en Afrique de l'Ouest). Les attaques de ces deux (2) groupes se manifestaient par des attentats-suicides, des enlèvements et des raids sur des villages et des bases militaires. Ces groupes contrôlent les zones rurales et imposent leur propre régime, perturbant ainsi les activités économiques et sociales. Cette insécurité grandissante a favorisé la montée du grand banditisme caractérisé par des prises d'otages, des vols de bétail et des attaques armées. Ces enlèvements contre rançon sont devenus une activité lucrative, ciblant aussi bien les écoliers que les voyageurs.

    Le Nigeria est aussi secoué par des conflits intercommunautaires et ethniques, occasionnésgénéralement par des disputes sur les terres et les ressources naturelles. La piraterie maritime est aussi l'une des activités criminelles les plus remarquables sévissant surtout au large des côtes nigérianes. Toute cette insécurité généralisée constitue une menace sérieuse pour la stabilité régionale et sous-régionale.

    LES PRINCIPAUX DEFIS SECURITAIRES INTERNES DU TCHAD

    Situé au coeur de l'Afrique, le Tchad fait face à une multitude de défis securitaires qui entravent gravement sa stabilité et son développement économique. Parmi ces menaces, nous avons entre autres : le terrorisme, les conflits intercommunautaires, les rebellions armées, les crises humanitaires marquées par le flux de réfugiés et aussi le changement climatique.

    LE TERRORISME : La menace terroriste au Tchad est principalement incarnée par la secte Boko Haram et son démembrement l'ISWAP. Ces groupes opèrentgénéralement dans la région du Lac-Tchad, à travers des attaques meurtrières contre des civils et les forces armées. Les incursions de cette secte dans le territoire tchadien constitue une menace grandiose pour les activités economiques et sociales, car, il crée un climat de peur et d'insécurité totale.

    Il est important de rappeler aussi que les exactions de Boko Haram ne se sont pas uniquement limitées aux frontières avec le Nigeria, le groupe est allé jusqu'à s'introduire dans la capitale N'Djamena pour manigancer des attaques ciblées le même jour du 15 juin 2015 contre l'Ecole Nationale de Police située dans le premier (8e) arrondissement de la capitale (ayant fait plus de 27 morts et de centaines de blessés), contre le Commissariat Central dans le 2e arrondissement (6 morts et des dizaines de blessés) et enfin le 11 juillet 2015 contre le Marché Central de la ville, coûtant la vie à plus de 15 personnes et faisant d'innombrablesblessés, parmi eux des civils et surtout des membres des forces de défense et de sécurité.69(*)

    Toutefois, la grande attaque meurtrière subie par le Tchad s'est produite dans la nuit du 22 au 23 mars 2020 contre une base avancée de l'Armée Nationale Tchadienne située dans la presqu'île de Bohoma, dans la région du Lac, à l'Ouest du pays à la frontière avec le Nigeria. Cette attaque a fait plus de 98 morts70(*) dans les rangs des forces armées tchadiennes, forçantainsi le Président tchadien de l'époque, le Marechal Idriss DEBY ITNO, à effectuer lui-même la descente des lieux pour constater les dégâts.

    Dès lors, le Tchad a décidé d'intensifier ses attaques contre la secte islamiste jusqu'aux confins de ses bases dans le territoire nigérian, et bien au-delà.

    UNE IMAGE CAPTUREE LORS DE L'ATTENTAT AU MARCHE CENTRAL DE NDJAMENA

    Source : www.voaafrique.com

    LES CONFLITS INTERCOMMUNAUTAIRES : Ces conflits sont exacerbés par des facteurs economiques, environnementaux et politiques. Parmi eux, nous avons d'abord les conflits entre agriculteurs et éleveurs qui sont de plus en plus fréquents. Ces tensions interviennent généralement à la suite des compétitions pour les ressources naturelles, notamment les terres agricoles et les pâturages. Les éleveurs en quête de nourriture pour leur bétail, traversent parfois des champs agricoles, entraînant ainsi la destruction des cultures et poussant donc les agriculteurs à réagir violemment. Ce qui occasionne des pertes considérables en vie humaine.

    Les conflits fonciers sont aussi fréquents et sont causés par la croissance démographique et la quête des terres cultivables. Ces conflits dégénèrent généralement en des violentes disputes, qui finissent habituellement par des morts et des blessés.

    A cela, nous pouvons également ajouter les conflits intracommunautaires engendrés notamment par les rivalités de chefferies et les disputes internes au sein d'une seule et même communauté. Selon les statistiques fournies par le Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA), de janvier à juin 2023, 37 conflits ont été enregistrés sur l'ensemble du territoire national, occasionnant plus de 40 morts et près de 100 blessés. 71(*)

    LES REBELLIONS ARMES : Le Tchad a une longue histoire de rebellions armées qui se sont succédées depuis des décennies, attisées le plus souvent par des conflits interethniques et des luttes de conquête de pouvoir. Depuis le début du 21esiècle, les groupes rebelles les plus importants sont entre autres : l'UFR (Union des Forces de la Résistance), l'UFDD (Union des Forces pour la Démocratie et le Développement) et enfin le FACT (Front pour l'Alternance et la Concorde au Tchad).72(*)

    Le premier mouvement a été fondé en 2009 suite à une alliance entre huit (8) mouvements rebelles et est dirigé par Timan ERDIMI et son frère jumeau Tom ERDIMI, tous deux neveux du feu Idriss DEBY ITNO. Ses bases arrières se trouvaient en Libye et au Soudan, d'où il dirigeait les attaques contre l'Armée Nationale Tchadienne et la plus récente attaque est celle de 2019, menée depuis le territoire libyen et stoppée brièvement par les frappes aériennes des troupes françaises présentes au Tchad, à la demande bien évidemment gouvernement tchadien.

    Le deuxième mouvement a été créé en 2006 par le Général MAHAMAT NOURI, ancien ministre de la Défense Nationale sous Idriss DEBY, ayant rejoint la lutte armée après des mésententes avec le Président DEBY. L'UFDD a mené plusieurs attaques contre le régime de N'Djamena, souvent en coordination avec d'autres groupes rebelles.

    Le dernier groupe rebelle en date est bien évidemment le FACT du Docteur MAHAMAT MAHDI ALI, qui a été fondé en 2016 avec le soutien de plusieurs officiers dissidents de l'Armée Tchadienne. Ce mouvement a mené plusieurs offensives dont la plus célèbre reste celle d'avril 2021 ayant coûté la vie au Président IDRISS DEBY ITNO était descendu au terrain pour diriger lui-même les combats. Le groupe coordonne ses activités depuis le Sud de la Libye et aussi dans les massifs montagneux du Tibesti, à l'extrême-nord du Tchad.

    Nous constatons donc que ces différents mouvements rebelles ont contribué à une instabilité politique chronique au Tchad, alimentée par les coups d'Etats et les tentatives de renversement du pouvoir en place, affaiblissant ainsi les institutions étatiques tout en entravant le développement économique et social du pays.

    LES CRISES HUMANITAIRES : Le Tchad est confronté à diverses crises humanitaires de premier ordre qui affectent grandement la population. Parmi celles, nous avons d'abord le flux de réfugiés et les déplacements internes des populations locales. Le Tchad accueille un nombre immense de réfugiés principalement en provenance du Soudan, de la Libye, de la RCA, du Nigeria et parfois du Cameroun., tout fuyant des violences armées dans leurs pays respectifs. Depuis le début de la guerre civile soudanaise en avril 2023, environs 500 000 réfugiés soudanais ont été accueillis à l'Est du Tchad, accompagnés de plus de 100 000 Tchadiens rentrant au pays à cause de la guerre.73(*) Le flux de réfugiés est aussi à observer dans les provinces du Kanem, du Lac et du Bahr-el-Ghazel, environnantes du Lac-Tchad, où des dizaines de milliers de personnes sont obligées de fuir constamment les violences de Boko Haram et ses affiliés. Les chiffres de l'OCHA parlent eux de plus de 54 000 déplacés internes entre juillet et septembre 2023.74(*)

    Le Tchad fait aussi face à une crise alimentaire sans précédent. En effet, plus de 5,7 millions de personnes sont touchés par cette crise et environs 2,1 millions en sont en phase sévère. Ceci est notamment alimenté en grande partie par les effets néfastes du changement climatique marqué par la sècheresse, les inondations, etc. Les chiffres des inondations de la saison pluvieuse de l'année 2024 font état de plus de 1 941 869 personnes soit 342 471 ménages, affectés par la haute pluviométrie75(*).

    Sur le plan sanitaire, le pays est régulièrement touché par des épidémies telles que la méningite, la rougeole, le paludisme, le choléra, la tuberculose, etc. Entre juillet et octobre 2023, environs 5 539 cas de méningite et 1 569 cas de rougeole ont été enregistrés.

    Tous ces défis affaiblissent les capacités de réponses efficaces et efficientes de la part du pouvoir public, rendant le pays encore plus vulnérable et livré à lui-même sur la scène géopolitique et géostratégique mondiales, obligeant ainsi les autorités du pays à se surpasser pour redorer son image dans le concert de nations, adoptant ainsi une politique étrangère axée sur la diplomatie militaire, qui est elle-même nourrie par les différentes opérations militaires victorieuses menées par les Forces armées tchadiennes.

    LES ACTIONS CONCRETES MENEES PAR LE TCHAD POUR CONTRER LA MENACE TERRORISTE DANS LA REGION DU SAHEL ET DU LAC-TCHAD

    Depuis 2013, le Tchad a commencé à prendre de plus en plus de l'envergure au Sahel et dans le Bassin du Lac-Tchad, surtout en matière de lutte contre le terrorisme. Eu égard de sa position géographiquement stratégique et de ses capacités militaires, le pays a joué un rôle significatif et déterminant dans les efforts régionaux pour éradiquer les groupes terroristes tels que Boko Haram, AQMI, Ansar Dine, Mujao, etc. Les actions menées par les soldats tchadiens se sont traduites par une série d'interventions militaires, à travers des collaborations régionales (1), d'engagements internationaux (2)et parfois par des offensives menées individuellement par l'Armée Tchadienne (3).

    LES COLLABOARTIONS MILITAIRES REGIONALES

    Depuis bientôt une décennie, le Tchad a intensifiée ses collaborations militaires régionales pour lutter contre les groupes djihadistes et assurer ainsi la sécurité et la stabilité au Sahel et dans le Bassin du Lac-Tchad. Parmi ces collaborations, nous avons entre le G5 SAHEL et la Force Multinationale Mixte de la CBLT.

    Au sein du G5 SAHEL, le contingent tchadien était estimé au début de son déploiement en février 2021 à environs 1 200 soldats76(*)(l'effectif global de l'Armée Nationale Tchadienne s'élève entre 40 000 et 65 000 soldats), et plusieurs dizaines de véhicules de combat légers ainsi que d'infanteries lourdes. L'effectif tchadien au sein de cette coalition représenteenvironsenviron 24% de l'effectif global de la Force-conjointe du G5 SAHEL, qui est lui chiffré à 5 000 hommes. Le Tchad est le deuxième plus grand fournisseur de soldats à cette force régionale après le Mali qui lui, fournit plus de 1 400 soldats. Avec le retrait du Mali de cette force en date du 14 juin 202277(*), le Tchad devient donc le pays déployant le plus de soldats au sein du G5 SAHEL. Ces soldats tchadiens menaient des offensives coordonnées avec les autres forces de la coalition au niveau de la zone dite des «Trois frontières», à cheval entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso, appelée aujourd'hui la région du Liptako Gourma. Ces offensives ont permis de neutraliser de centaines de terroristes, de capturer aussi plusieurs dizaines et de récupérer du matériel militaire et civil utilisés par les terroristes.

    Tableau 1 : Contingents militaires présents au Sahel en 2015

    Source : SIPRI MILITARY EXPENDITURE DATABASE ( https://www.sipri.org/databases/milex)

    B- L'EFFECTIF DU CONTINGENT TCHADIEN AU SEIN DE LA FMM DE LA CBLTEn termes de contributions financières, le Tchad réserve chaque année environs 10 millions d'euros de son budget en guise de cotisation individuelle de chaque Etat membre. Pour avoir une approche encore plus claire de la question, il faut retenir que les dépenses militaires des pays du G5 SAHEL sur la période 2010-2014, se seraient élevées en moyenne chaque année à 1,136 milliards de dollars US, et la moitié de cette somme a été dépensée par le Tchad, faisant ainsi du Tchad le pays qui consacre le plus d'argents aux questions de défense et de sécurité.78(*)

    Dans le cadre de la Force Multinationale Mixte de la CBLT, le gouvernement tchadien a déployé plus de 3 000 soldats sur les 8 000 que compte la force sous-régionale.79(*) En plus d'accueillir l'un des quatre secteurs de commandement de la FMM qui est basé à BAGA SOLA, une localité située dans la province du Lac, avoisinant les rives du Lac-Tchad et la frontière nigériane, le Tchad accueille surtout le Quartier Général du Haut Commandement militaire de cette force, inauguré en mai 2015 et situé dans le quartier administratif de ville de Ndjamena, à quelques dizaines de mètres du Quartier Général de l'Etat-major Général de l'Armée Nationale Tchadienne.

    Sur le plan opérationnel, les plus grandes offensives contre les positions de BOKO HARAM ont été menées par les troupes tchadiennes, souvent au-delà de leur propre frontière nationale. Par exemple, au début de l'année 2019, les troupes tchadiennes ont renforcé leurs positions sur la rive tchadienne du lac avec un contingent de plus de 1 000 soldats, qui entreront finalement au Nigeria en févrierpour mener l'opération appelée «Yancin Tafki» qui se traduit littéralement «Liberté Durable» en Haoussa. Malgré les pertes en vies humaines, la participation massive des troupes tchadiennes à cette opération a considérablement rehaussé le moral des autres forces engagées au sein de cette coalition et également permis de récupérer et sécuriser le secteur 3 de la zone d'opérations longtemps occupé par les ennemis de la paix. Toutefois, en début d'année 2020, le Président déclare vouloir retirer ses éléments de la FMM à cause de la réticence des autres Etats, en dehors du Cameroun, à s'engager durablement et totalement au sein de la coalition. Il déclare en ces termes : « A partir aujourd'hui, aucun soldat tchadien ne participera à une opération militaire en dehors du Tchad ».80(*) Toutefois, il reviendra sur sa décision et assurera les partenaires et alliés que le Tchad demeurera totalement engagé au sein de la coalition mais tout en gardant désormais les yeux sur ses propres frontières.PARAGRAPHE II : LE CADRE DE FORMATION ET DE PREPARATION DES SOLDATS TCHADIENS

    A- L'AGUERISSEMENT DES SOLDATS TCHADIENS AU SEIN DU G5 SAHEL

    Avec un effectif de plus de 5 000 hommes dont plus de 1 200 tchadiens, le G5 SAHEL est devenu un acteur incontournable dans la lutte antiterroriste dans la région. Ces soldats ont bénéficié pour la plupart des programmes de formation anti-terroristes lancés par les partenaires internationaux bilatéraux tels que les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, etc. Les Américains ont pour leur part initié le programme «PAN-SAHEL» visant à renforcer les capacités des forces de sécurité du Mali, du Niger, du Tchad et de la Mauritanie. Ce programme se transformera plus tard en une initiative transsaharienne contre le terrorisme, avec un nombre plus élargi de pays participants.

    Les premières formations reçues par les soldats concernaient les techniques de patrouille entre les frontières étatiques (la zone dite des Trois Frontières entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger).81(*) Cette patrouille a nécessité 3 bataillons de plus de 650 hommes comprenant des soldats de tous les pays engagés. Deux autres bataillons ont été déployés pour surveiller la zone frontalière entre le Mali et la Mauritanie. Depuis 2017, des formations continues et accélérées sont menées pour permettre à la force conjointe de pouvoir patrouiller dans le territoire de chaque pays membre.

    Les soldats tchadiens au sein de cette coalition travaillent aussi en étroite collaboration avec les forces françaisesdéployées dans le cadre de l'Opération Barkhanecomposéesd'environs4 000 hommes et présentes au Mali depuis 2013 et aussi avec les forces de la MINUSMA (Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali) estimées à plus de 12 000 hommes dont 1 440 tchadiens82(*).

    Toutes ces collaborations avec les initiatives militaires régionales ont permis aux soldats tchadiens de développer des capacitésopérationnellesspéciales, les rendant encore plus redoutables pour l'ennemi. Toutefois, il est important de préciser que les formationsreçues au niveau du G5 SAHEL ne sont pas si différentes de celles enseignées dans le cadre de la FMM de la CBLT.

    B- LA FORMATION DES SOLDATS TCHADIENS AU SEIN DE LA FORCE MULTINATIONALE MIXTE DE LA CBLT

    Comparée à la région du Sahel géographique, le Bassin du Lac-Tchad est une zone difficile d'accèsà cause des terrains marécageux et des différents ilots qui se sont formés suite à l'assèchement progressif et exponentiel du Lac-Tchad. Ce contexte géographique complexe a favorisél'implantation des différentes factions de BOKO HARAM tout au long des rives du lac, obligeant ainsi les Etats formant la FMM de la CBLT à adopter des stratégiesspécifiques.

    Pour le cas des soldats tchadiens, ils ont été formés sur les tactiques opérationnelles sur les guerres asymétriques et la gestion de la population. Ils ont égalementreçu des instructions sur les tactiques de combat en milieu urbain et semi-urbain, incluant les missions d'infiltration et d'exfiltrationd'otages, parfois à travers des opérations nocturnes.

    A cela, il faut aussi ajouter les formations en technique de renseignement englobant le partage et la collecte de renseignements cruciaux dans l'anticipation des mouvements des groupes terroristes, à travers la surveillance électronique et l'utilisation des technologies pour suivre les activités suspectes et les communications des ennemis.

    Notons aussi que des formations en utilisation des équipements modernes comprenant les véhicules blindés et les armements lourds. Ces formations été rendues possibles grâce à la collaboration avec d'autres agences de renseignements, notamment occidentales telles que la CIA, la DGSE ou encore le MI683(*).

    Les soldats tchadiens ont égalementreçu des formations humanitaires pour répondre aux situations d'urgence et gérer correctement les conséquences des conflits sur les populations civiles.

    SECTION 2 : LE SOUTIEN CIVIL

    L'implication des populations civiles dans la lutte contre le terrorisme au Sahel et dans le Bassin du Lac-Tchad est un élément indispensable pour la réussite de cette lutte. Les soldats tchadiens ont durant leurs différentes interventions, régulièrementcollaboré avec les populations locales. Durant cette partie, nous présenterons dans un premier temps, les différentes formes de collaborations (Paragraphe I) et dans un second temps, nous aborderons l'importance de cette implication civile (Paragraphe II).

    PARAGRAPHE I : LES DIFFERENTES FORMES DE COLLABOARATIONS AVEC LES POPULATIONS CIVILES

    A- LA COLLECTE DE RENSEIGNEMENTS ET LE SOUTIEN LOGISTIQUE

    L'implication des civils dans cette lutte revêt plusieurs aspects qui sont entre autres :

    - La collecte des Renseignements : Les populations civiles ont une connaissance et une maitrise approfondies de leur environnement. Elles sont donc des sources précieuses en matière de collecte d'informations pour les forces armées tchadiennes présentes sur le terrain. Plusieurs mouvements et déplacements des troupes djihadistes ont été appréhendésgrâce aux signalements et aux alertes transmis par les civils, permettant ainsi de prévenir des attaques de grande ampleur84(*).

    Un haut officier militaire français des forces de l'Opération Barkhane et ayant collaboré avec les troupes tchadiennes au Mali,déclarait à cet effet : Quand parvient le renseignement- et il faut avoir les moyens de l'obtenir - selon lequel un groupe est susceptible de mener une action terroriste, il faut le vérifierà l'aide de moyens techniques (cyber, satellites, avions ou drones Reaper). Ensuite, il faut suivre vingt-quatre heures sur vingt-quatre des adversaires qui sont souvent très mobiles et très discrets.(...) une fois que, grâce à l'image fournie par le drone, nous avons la certitude que la cible est hostile et une fois que nous savons où elle se trouve, il convient de préparerl'attaque avec les moyens ad hoc 85(*)

    - Le soutien logistique : Durant plusieurs opérationsspécialesmenées par les troupes tchadiennes, les civils ont été d'une très grande utilité en fournissant notamment des ressources telles que la nourriture, l'eau potable et même de l'hébergement aux soldats.

    B- LA PARTICPATION AUX INITIATIVES DE DERADICALISATION ET LES GROUPES DE VIGILANCE

    - La participation aux initiatives de déradicalisation : Les populations civiles ont été aussi plus souvent impliquées dans ces programmes pour contribuerà prévenir la radicalisation des jeunes et faciliter également la réintégration et la réinsertion des anciens combattants djihadistes dans la vie courante. Ceci vise surtout à réduirel'influenceidéologique des groupes criminels et favorise ainsi la promotion des valeurs de tolérance, de paix et de cohésion sociale au sein des communautés locales.

    - Les groupes de vigilance : Ces groupes formésgénéralement des jeunes et des vieillards, ont pour mission de surveiller constamment les entrées et sorties des villages et dénoncer toute activité ou attitude suspecte aux forces de défense et de sécurité. Ils sont armés de machettes, de flèches, de couteaux et même de fusils de chasse86(*).

    PARAGRAPHE II : L'IMPORTANCE DE L'IMPLICATION DES CIVILS

    A- LA MAITRISE ET LA CONNAISSANCE DU TERRAIN

    Les soldats tchadiens collaborent avec les populations locales dans la lutte contre le terrorisme pour plusieurs raisons telles que la connaissance du terrain, la légitimité locale et aussi pour permettre la mise en oeuvredes initiatives de développement durable.

    Les populations civiles possèdent une large connaissance de l'environnement, des coutumes et des liens sociaux entre les communautésprésentes dans ces zones. Ce sont des facteurs indispensables dans l'identification des menaces et la transmission des informations secrètes aux forces de défense. Dans la région du Lac-Tchad par exemple, les BOUDOUMA, les KANURI, les KOTOKO, les HAOUSSA, les PEULS ou encore les MUSGUM sont les groupes ethniques les plus influents de la région et beaucoup de membres de BOKO HARAM sont issus de ces communautés87(*). Ces populations sont donc bien placées pour comprendre les mécanismes et les stratégies des assaillants et aider les forces de l'ordreà les démasquer.

    En impliquant les populations civiles, les forces de défense renforcent surtout leur légitimité et facilitent ainsi la coopération. Car, les populations se sentent de plus en plus concernées par cette lutte contre le terrorisme.

    B- PARTICIPATION AUX PROJETS DE DEVELOPPEMENT DURABLE

    S'agissant des initiatives de développement durable, cette approche s'attaque aux causes profondes de la crise en impliquant les populations touchées dans des projets de développement, contribuant ainsi à renforcer leur autonomie et leur stabilité sur le long terme. En participant à ces initiatives, les populations développentégalement des capacités de résilience en temps de crise.

    En somme, tout au long de cette analyse, il a été question pour nous de nous atteler sur les ressources humaines mobilisées par le Tchad dans la lutte contre le terrorisme au sein du G5 SAHEL et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT de 2014 à 2023. Il nous convient de retenir qu'au niveau du G5 SAHEL, les troupes tchadiennes étaientestimées à plus de 1 200 soldats et dans la FMM de la CBLT, elles sont au nombre de 3 000 hommes repartis sur les différents théâtres d'opération. Ces troupes ont bénéficié d'une formation spéciale et appropriée pour des guerres asymétriquesà l'instar de celle menée contre les groupes djihadistes dans cette zone. Nous avons égalementmentionnél'importance del'implication des populations civiles dans cette lutte, car, elles ont une parfaite maitrise de l'environnement et de ses composantes, permettant ainsi aux forces armées tchadiennes d'appréhender les groupes terroristes et d'anticiper leurs activités criminelles.

    CHAPITRE II : LA CONTRIBUTION DU TCHAD EN TERMES DE LOGISTIQUES

    Le Tchad, pays sahélienengagé en première ligne dans la lutte contre le terrorisme au sein des coalitions militaires sous-régionales, joue un rôle incontournable dans l'éradication de la menace djihadiste dans la région du Sahel et du Lac-Tchad. Le Tchad a déployéd'importants moyens logistiques pour appuyer les forces arméesrégionales. Parmi ces moyens, nous avons d'abord le matériel militaire et les infrastructures militaires construites à cet effet (section 1) et enfin les ressources financières mobilisées (section 2).

    SECTION 1 : LE MATERIEL MILITAIREET LES INFRASTRUCTURES CONSTRUITES

    Lors de ses interventions contre le terrorisme au sein du G5 SAHEL et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT, le Tchad a mobilisé des moyens matériels considérablement sophistiqués et adaptés aux réalités du terrain (Paragraphe I). Le Tchad a aussi construit des infrastructures spécifiques sur le théâtre des opérations et aussi dans les zones urbaines, pour permettre la mobilité et l'hébergement de ses troupes (Paragraphe II).

    PARAGRAPHE I : LE MATERIEL MILITAIRE

    Les moyens militaires utilisésdurant l'intervention tchadienne sont entre autres : les types d'armements (A) et les moyens de déplacements des troupes (B).

    A- LES TYPES D'ARMEMENTS

    Les forces armées tchadiennes disposent de moyens considérables e

    t ont égalementmobiliséun éventaild'armements qui leur permet de mener des opérationsspéciales avec une certaine efficacité contre les groupes criminels. Les systèmesd'armements tchadiens comprennent notamment les armes légères telles que les fusils d'assautappeléscommunémentkalachnikovs, les mitraillettes, les fusils de longue portée, les systèmesd'artillerie lourdes motorisées ou non-motorisées, les lance-roquettes, les mortiers, les systèmes de défenseaérienne, etc.88(*). Ces différents types d'armements ont étémobilisés par milliers pour réduireconsidérablement le risque d'échec de ces opérations militaires.

    PHOTO 1 : Des soldats tchadiens armés de fusils d'assaut à l'aéroport de Gao dans le nord du Mali, le 28 janvier 2013.

    Source : https://www.rfi.fr/fr/afrique/20130415-mali-tchad-entame-retrait-debat-misma-onuConsulté le 13 juillet 2024.

    B- LES MOYENS DE DEPLACEMENT DES TROUPES

    Dans le cadre de lutte contre les groupes djihadistes au sein duG5 SAHEL et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT, l'Armée Tchadienne utilise généralementune flotte variée de véhiculesblindés, comprenant des véhicules de transport de troupes (VTT) comme les BMP-1 (c'est un véhiculeblindé de combat d'infanterie russe, il a été développé en URSS au début des années 1960 par TchTZ. Il est entré en service en 1966 et a été développé pour renforcer les capacités des unitésd'infanteriemécanisées. Il est doté d'une truelle monoplace armée d'un canon 2A28 Grom à âme lisse de 73 mm, d'une mitrailleuse coaxiale PKTM de 7,62 mm et du missile antichars 9M14M Malyutka89(*) et les BTR-80 (c'est un véhiculeblindé de transport de troupes amphibie à roues 8x8 conçu en URSS et déployé pour la première fois durant la guerre sovieto-afghane)90(*).

    Ces véhicules sont conçus pour protéger les soldats des tirs ennemis tout en leur permettant undéploiementrapide sur le terrain. Ce sont des engins particulièrementutilisés lors des opérations de reconnaissance et d'assaut.

    Hormis les véhiculesblindés, les soldats tchadiens se servent également des pickupséquipés de mitrailleuses et offrant une grande maniabilité et une rapidité lors des interventions contre les forces du mal. Ces moyens roulants jouent un rôle essentiel dans le transport de matériel, de munitions et de personnel sur les théâtres des opérations, en offrant une capacité de soutien de feu et permettant aussi d'évacuer les blessés.

    Dans la zone marécageuse du Lac-Tchad, les soldats tchadiens utilisent les petits bateauxéquipés de mitrailleuses pour naviguer sur les eaux du lac et pouvoir atteindre ainsi les localitéséloignées et les petites iles qui constituent généralement des refuges pour les éléments de BOKO HARAM.

    Les soldats tchadiens se servent aussi parfois des motocycles pour se déplacer facilement entre les broussailles et les hautes herbes, augmentant ainsi leur capacité de surveillance et d'anticipation des exactions terroristes.91(*)

    A ces moyens terrestres et lacustres de transport de troupes, il faut également mentionner les moyens aériens tels que les hélicoptères de combats et de transport de troupes, les avions de chasse, les bombardiers, les drones, etc. Ces engins constituent un atout considérable et indispensable dans la bonne conduite des opérations militaires sur le terrain.

    PHOTO 2 : Une image de quelques soldats tchadiens debout sur des véhiculesblindésBMP-1, au nord du Mali, en avril 2014.

    Source : Page Facebook du ministère tchadien des Armées (https:/www.facebook.com/profile.php?id-6155809181148)

    PHOTO 3 : Des soldats tchadiens patrouillant sur les méandres du Lac-Tchad, le 29 novembre 2022, au poste avancé de Bouka Toulorom.

    Source : https : //www.parismatch.com/actu/international/tchad-rencontre-exclusive-avec-le-president-mahamat-deby-si-tombe-tout-le-monde-tombe-219998

    PARAGRAPHE II : LES INFRASTRUCTURES MISES EN PLACE

    Dans la lutte contre le terrorisme, les forces armées tchadiennes ont construit des camps militaires (A) servant de poste de commandement et debase avancée, ainsi que des infrastructuressecondaires (B).

    A- LES CAMPS MILITAIRES

    Parlant de camps militaires, il faut savoir qu'il en existe trois (3) types, qui sont entre autres :

    - Les camps de base opérationnelle : ce sont souvent des installations situées à proximité des zones de conflits, pour permettre aux forces tchadiennes de se déployertrèsrapidement en cas de nécessité. Nous avons par exemple les camps de MISKI (situé dans la province du TIBESTI, à l'extrême-nord, à la frontière avec la Libye), le camp de MOUSSORO (au nord-ouest du pays, à la frontière avec le Niger) ou encore le camp de BAGA SOLA (situé dans la province du LAC, à l'ouest du pays, à la frontière avec le Niger et le Nigeria). Ces camps sont des points névralgiques pour les opérations antiterroristes au Nord du pays et particulièrement sur le flanc ouest du territoire tchadien.92(*)

    Lors de l'intervention tchadienne au Mali, dans le cadre de la MINUSMA et du G5 SAHEL, les troupes tchadiennes partageaient les centres d'accueil avec les autres contingents étrangersprésents au Mali. Au sein de la FMM de la CBLT, il s'agissait pour les combattants tchadiens de sécuriser beaucoup plus leurs lignes frontalières, avec des postes avancés temporaires, que de pénétrerdirectementdans les territoires des autres pays membres, sauf lors des opérationsmenées conjointement et ayant l'aval de la plus haute hiérarchie, c'est-à-dire les Chefs d'Etats.

    Il est opportun de préciser aussi que le Tchad accueille le Quartier Général de la Force Multinationale Mixte de la CBLT qui est situé dans la capitale tchadienne Ndjamena. Toutes ces importantes bases militaires permettent de coordonner et d'organiser les différentesopérations militaires ainsi que d'assurer la collecte, la centralisation et la transmission des renseignements.

    - Les camps temporaires et semi-temporaires : Ces types d'infrastructures sont mis en place pour des opérationsspéciales coordonnées dans le cadre du G5 SAHEL ou de la FMM de la CBLT, souvent en réponse à une montée en puissance des activités criminelles. Ce sont des installations conçues pour êtremontées et démontéesfacilement et rapidement, avec des structures modulaires facilitant une réponse agile aux menaces terroristes.

    Ces camps sont généralemententourés de fils barbelés et d'une quantité importante de sacs de sable pour éviterd'être à découvert et donc vulnérables face aux attaques djihadistes. Ils se concentrent généralement dans la Province du LAC où des localités comme KAIGA KINDJIRI, BOHOMA93(*), BARKARAM94(*), et autres, abritent d'importantes bases temporaires avancées de l'Armée Tchadienne.

    - Les camps de formation : ce sont des centres d'instruction des forces arméestchadiennes, souventsitués dans la capitale Ndjamena ou dans les localités avoisinantes des zones de conflits. Les soldats tchadiens y suivent des formations spéciales en matière de techniques d'aguerrissement pour les opérations antiterroristes. Ils offrent également un hébergement pour les troupes engagées, avec des installations sanitaires et des espaces de vie.

    B- LES INFRASTRUCURES SECONDAIRES

    Comme infrastructures secondaires, nous avons respectivement :

    - Les installations de transport et de mobilité : Les soldats tchadiens ont construit des routes et des pistes, des aérodromes ou encore des ponts temporaires. Ces structures ont pour but de faciliter le déplacement, l'approvisionnement et les activités de patrouille et surveillance menées par les troupes tchadiennes. Car, la zone du Lac-Tchad par exemple est trèsconnue pour son environnement marécageux et difficilement fréquentable, à cause surtout du manque d'infrastructures de base.

    - Les infrastructures à usage public : Ceci comprenant notamment les châteaux d'eau et les robinets à pompe, les districts sanitaires d'urgence, des salles de classe provisoires pour les déplacés de BOKO HARAM, etc. Ces infrastructures sont construites dans le butd'offrir les services publics de premièrenécessité aux populations et de les rallier autour de cette cause commune qui est celle de la lutte contre les exactions des groupes extrémistes.

    PHOTO 4 : Des officiers tchadiens de la Force Multinationale Mixte de la CBLT inaugurant un château d'eau d'une capacité de 10 m3 construit par cette même force dans la localité de LITRI, à 5 km de la frontière tchado-nigériane, le 15 octobre 2024.

    Source : Le media tchadien en ligne TribuneEchos.com ( https://www.facebook.com/100066609404880/posts/pfbid0aj5ZXQoxkVV2qBHePWPJSW6SsYWjKcx9c9MuYPgCEmbctwjbmjZqCbeJyrUbKrovl/?app-fbl)

    SECTION II : LES MOYENS FINANCIERS

    Le financement de cette intervention militaire tchadienne contre le terrorisme au Sahel et du la région du Lac-Tchad se fait sur les fonds propres de l'Etat tchadien (Paragraphe I), qui se trouve aussi assisté par les partenaires internationaux (Paragraphe II).

    PARAGRAPHE I : LE FINANCEMENT PROPRE DE L'ETAT TCHADIEN

    Nous avons d'une part, le budget de défense annuel de l'Etat tchadien et d'autre part, sa participation financière au sein des deux forces sous-régionales conjointes.

    A- LE BUDGET MILITAIRE ANNUEL DE L'ETAT TCHADIEN

    Pour le compte de l'année 2022, le gouvernement tchadien a consacré plus de 0,36 milliard de dollars pour ses dépenses militaires, soit environs 2, 93% du PIB (Produit IntérieurBrut), soit encore une augmentation de 7, 98% par rapport à 2021.95(*)

    Lors de sa première intervention militaire au Mali sous l'égide deFATIM (Forces Armées Tchadiennes en Intervention au Mali), le gouvernement tchadien avait chiffré des dépenses trimestrielles s'élevant à plus de 56 737 120 195 Francs CFA et les prévisions de dépenses sur une période de 12 mois s'articulaient autour de 90 321 953 893 Francs CFA.96(*)

    B- LA PARTICIPATION FINANCIERE DU TCHAD AU SEIN DU G5 SAHEL ET DE LA FORCE MULTINATIONALE MIXTE DE LA CBLT

    À la suite de la création du G5 SAHEL, les Etats membres se sont engagés à verser une contribution individuelle de 10 millions d'euros par Etat.97(*) Mais force est de constater que seuls le Tchad et la Mauritanie respectent pleinement leur engagement financier. Cette situation a conduit le PrésidentIDRISS DEBY à vouloir retirer ses troupes en 2020du Mali, car s'estimant moins assisté sur le plan financier par les autres partenaires engagés dans cette lutte.

    Tableau 2 : Part dans le PIB national des dépenses militaires des pays du G5 SAHEL (en pourcentage du PIB)

    Source : SIPRI Military Expenditure Database( https://www.sipri.org/databases/milex)

    PARAGRAPHE II : L'APPUI FINANCIER DES PARTENAIRES INTERNATIONAUX

    Le terrorisme étantperçu comme une menace pour la paix et la stabilité mondiale, le financement international est un élémentdéterminant dans la lutte contre le terrorisme en général et plus particulièrementau Sahel et dans le Bassin du Lac-Tchad. C'est dans cette optique que des partenairesbilatéraux(A) et les organisationsinternationales(B) multiplient les efforts pour appuyer les Etats touchés par fléau.

    A- Les partenaires bilatéraux 

    En tête, nous avons les Etats-Unis qui fournissent des efforts financiers considérables. Le 30 octobre 2017, les USA avaient promis une aide financière de 60 millions de dollars au G5 SAHEL dont plus de 11 millions versés la mêmeannée.98(*) Washington a aussi alloué 363 millions de dollars à la FMM de la CBLT entre 2015 et 2018.99(*)

    Puis la France, qui a dépensé entre 490 et 566 millions d'euros de 2014 à 2017.

    Ensuite, nous avons l'Arabie Saoudite qui avait promis une aide financière de 100 millions de dollars et les Emirats Arabes Unis 30 millions de dollars, pour le compte du G5 SAHEL dont fait partie le Tchad.

    Enfin, en 2016, le Royaume-Uni a fourni un financement direct à la Force Multinationale Mixte à hauteur de 5 millions de livres sterling.

    B- Les organisations internationales 

    Parmi lespartenairesmultilatéraux, nous pouvons citer par exemple les Nations Unies qui ont alloué plus de 415 millions de dollars aux différentes forces conjointes engagées dans la lutte antiterroriste.

    Ensuite, l'UE (Union Européenne) qui avait offert en fin d'année 2019, une aide de 55 millions d'euros à l'Union Africaine pour subventionner les pays engagés dans la lutte contre le terrorisme. Grace à cette aide, un hôpital militaire et des infrastructures pour les Quartiers Généraux des secteurs ont été construits au Tchad, ainsi que des équipements de communication et des véhicules militaires achetés.100(*)

    Tableau 3 : Appui financier des USA alloué en 2014 à chaque pays du G5 SAHEL (en millions de dollars US courants)

    Source : SIPRI MILITARY EXPENDITURE DATABASE( https://www.sipri.org/databases/milex

    Au sortir de ce chapitre, il nous convient de retenir que l'intervention des forces armées tchadiennes dans la lutte antiterroriste au sein du G5 SAHEL et de la FMM a nécessité la mobilisation d'importants moyens logistiques comprenant les matériels militaires (les armements et les munitions), les infrastructures (qu'elles soient militaires ou civiles), ainsi que de moyens financiersconsidérables issus grandement des fonds propres de l'Etat tchadien, et aussi des soutiens des partenaires internationaux.

    Le Tchad a participé depuis 2014, à différentesopérations militaires antiterroristes au sein du G5 SAHEL et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT. A l'instar de tous les autres Etats engagés dans cette lutte, le Tchad a déployéd'importants moyens humains et logistiques. Dans le G5 SAHEL, le Tchad a fourni plus de 1 200 soldats, faisant de lui le deuxième plus grand contributeur après le Mali et ses 1 400 hommes. Au niveau de la FMM de la CBLT, le contingent tchadien était chiffré à 3 000 soldats sur les 8 000 que compte cette force conjointe. Sur le plan logistique, la contribution tchadienne étaitégalement signifiante, car elle comprenait de centaines de véhiculesblindés, des avions de chasse et de reconnaissance, des drones, des chars de combat et des pickups. Le Tchad a aussi construitd'importantes infrastructures militaires (bases militaires, camps de formation et des postes avancés sur les rives du Lac-Tchad) et sociales dont des pistes aménagées, des aérodromes, des ponts, des châteaux d'eau, etc. Cependant, quelle serait la portée de cetteintervention militaire tchadienne pour la sous-région ainsi que pour le Tchad ? La réponse à cette problématique constituera la deuxième partie de notre étude.

    DEUXIEME PARTIE : L'IMPACT DE L'INTERVENTION DU TCHAD DANS LES OPERATIONS DE LUTTE CONTRE LE TERRORISME AU SEIN DU G5 SAHEL ET DE LA FORCE MULTINATIONALE MIXTE DE LA CBLT

    De 2014 à 2023, le Tchad s'estengagé dans la guerre contre le terrorisme au sein des forces conjointes de la sous-région telles que le G5 SAHEL et la Force Multinationale Mixte de la CBLT. Durant cette période, les activités djihadistes ont considérablementdiminué et les régions du Sahel et du Lac-Tchad ont retrouvé peu à peu leur stabilité politique et économique et leur quiétude. Cette intervention a aussi permis au Tchad de s'affirmerpleinement comme acteur de premier plan sur la scène diplomatique africaine, surtout pour les questions de défense et de sécurité. Néanmoins, cette intervention a aussi eu des conséquences négatives dues aux pertes en vie humaine dans les rangs des troupes tchadiennes, elle a également exposé le Tchad à d'autres menaces sécuritaires internes. Pour une meilleure appréhension de ces aspects, il serait judicieux pour nous d'analyserd'abordl'impact de l'intervention tchadienne sur la sous-région(chapitre I), avant d'en revenir sur la portée de cette intervention pour le Tchad (chapitre II).

    CHAPITRE III : L'IMPACT DE L'INTERVENTION TCHADIENNE SUR LA SOUS-REGION

    Le Tchad en raison de sa situation géographique et de son expérience militaire, est devenu un acteur incontournable dans la lutte contre les groupes extrémistes qui sévissent dans la région du Sahel. Son engagement au sein du G5 SAHEL et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT a eu des répercussionssignificatives sur la sécurité, le développement social et l'économie de la sous-région. Pour mieux cernercet impact, nous analyserons premièrement les conséquencessécuritaires (section I), deuxièmement, les retombées sur le plan économique et social(section II) de cette intervention pour la sous-région.

    SECTION I : LES CONSEQUENCES SECURITAIRES

    L'intervention militaire tchadienne au sein du G5 SAHEL et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT a été d'une importance capitale pour la sous-région. Elle a permis de réduire significativement les activités terroristes et restaurer la sécurité(Paragraphe I), malgré les limites et défis qui s'imposent (Paragraphe II).

    PARAGRAPHE I : REDUCTION DES ACTIONS TERRORISTES DANS LA SOUS-REGION

    L'intervention des troupes tchadiennes a permis de réduire considérablement les menaces terroristes tant au Sahel (A) que dans le Bassin du Lac-Tchad (B)

    A- AU NIVEAU DU SAHEL

    Grâce à l'intervention des forces armées tchadiennes, des succès militaires notables ont étéenregistrés, entrainant une diminution des attaques terroristes dans plusieurs zones sensibles. Cela a permis de restaurer une certaine forme de sécurité dans des régions où la peur et l'insécurité grandissante régnaient, favorisant ainsi une reprise progressive de la vie normale pour les populations. Les forces armées tchadiennes, en coordination avec les autres forces de la région, ont mené des opérations militaires spéciales pour contrer l'insurrection et libérer plusieurs villes et localités longtemps contrôlées par les factions terroristes.

    Au Mali par exemple, en mars 2013, des grandes villes comme KIDAL, GAO et TOMBOUCTOU avaient été libéréesgrâce aux offensivesmenées par les troupes tchadiennes, qui étaientaccompagnées parfois par les Français. Ces attaques ont permis égalementl'élimination de milliersd'éléments djihadistes, parmi eux, des chefs recherchés depuis des années par les services de renseignements occidentaux et africains. Il s'agitnotamment de MOKHTAR BEL MOKHTAR et d'ABOU ZAID (deux émirsd'Al-Qaïda au Maghreb Islamique)101(*).

    B- DANS LE BASSIN DU LAC-TCHAD

    Au Nigeria, l'Armée Tchadienne est intervenue pour libérer des grandes villes comme DIKWA, GAMBORU NGALA, WURGE, etc. A Dikwa, les soldats tchadiens ont eu deux combats intenses avec BOKO HARAM, le premier a eu lieu le 17 février 2015 à l'entrée de la ville et a mobilisé plus de 2 500 combattants tchadiens. Le bilan fait état de plus de 100 éléments terroristes éliminés et de centaines de blessés, d'importantesquantitésd'armes ont aussi été récupérées. Lors du second combat, les forces tchadiennes parviennent à pénétrer dans laville après une heure de combats où les affrontements se concentraient sur une grande villa utilisée comme Quartier Général de commandement par les terroristes. Les troupes tchadiennes vont s'emparer du bâtiment et récupérerd'importantesquantités de munitions, d'explosifs, d'argent en liquide et également des véhicules et motos abandonnéespar les djihadistes lors de leur débandade.102(*)ABUBAKAR SHEKAU, le leader de BOKO HARAM était présentdans cette villa lors de l'attaque mais a réussi à s'échapper.

    Après ces offensives, les troupes tchadiennes ont continué le ratissage sur d'autreslocalitésenvironnantes, traquant et éliminant les derniers élémentsterroristes qui rodaient dans ces zones. Cette situation a redonné espoir aux habitants de ces localités qui n'ontcessé de manifester leur reconnaissance et leur joie, et ont commencé à vaquer peu à peu à leurs occupations.

    PARAGRAPHE II : LES DEFIS RENCONTRES

    Les défis auxquels ont eu à faire face les soldats tchadiens peuvent être répertoriés sur les plans matériel (A) et environnemental (B).

    A- LES DEFIS D'ORDRE MATERIEL

    Durant leur intervention, les soldats tchadiens ont fait face à de nombreux défis tels que le manque de moyens, la difficulté du terrain, la nature transfrontalière du terrorisme ou l'endoctrinement des populations et particulièrement des jeunes.

    Les forces de défense tchadiennes se sont heurtées au manque de financement ou au faible financement des partenaires internationaux pour la bonne conduite de cette lutte antiterroriste. Les autres Etats de la sous-régionétaient aussi réticentsà l'idée de déployer des moyens considérables pour traquer le terrorisme à sa source. Le Tchad à lui seul ne peut pas mener une guerre d'envergurerégionale contre des forces du mal aux financements obscurs.

    B- LES CONTRAINTES ENVIRONNEMENTALES

    Nous pouvons mentionner aussi la complexité de l'environnement dans lequel interviennent les troupes tchadiennes où les opérations se déroulaient dans des zones souvent inhospitalières, ayant un climatextrême et un manque cruel d'infrastructures, freinant ainsi l'efficacité des offensives militaires. Les routes et pistes navigablesétaient souvent parsemées des EEI (Engins Explosifs Improvisés) qui constituent des obstacles majeurs pour la mobilité et le déplacement rapide des convois militaires.

    La nature transfrontalière du terrorisme réduisaitl'efficacité de cette lutte pour la simple raison que les groupes terroristes exploitent les frontières poreuses entre les Etats pour se déplacer facilement et mener des attaques ciblées dans différents pays.

    A cela, nous pouvonségalement ajouter la radicalisation de la jeunesse des zones rurales. Cette dernière devient donc une proie facile pour les djihadistes qui les incorporent dans leurs rangs, gonflant ainsi leur effectif et rendant la lutte encore plus compliquée pour les soldats tchadiens.

    SECTION II : LES RETOMBEES SUR LES PLANS ECONOMIQUE ET SOCIAL

    L'intervention militaire tchadienne auSahel et dans la zone du Lac-Tchad a eu un impact considérable sur le plan social (Paragraphe I) ainsi que sur le plan économique (Paragraphe II).

    PARAGRAPHE I : LES RESULTATS SUR LE PLAN SOCIAL

    Sur ce point, nous pouvons mentionner notamment le renforcement de la coopération militaire régionale (A) et aussi le retour des personnes déplacées (B).

    A- RENFORCEMENT DE LA COOPERATION ENTRE LES FORCES DE DEFENSE ET LES COMMUNAUTES LOCALES

    L'intervention des forces armées tchadiennes a égalementcroustillé des initiatives de collaboration entre les militaires sur le terrain et les populations locales. Le travail considérable abattu par les soldats tchadiens a conduit à la création d'un dialogue avec les communautés locales. Ce qui constitue un atout majeur dans la collecte et la transmission des informations, renforçant ainsi un climat de sérénité et de confiance.

    Les troupes tchadiennes ont également mis en place des programmes de sensibilisation face aux dangers du terrorisme, favorisant ainsi une meilleure compréhension des enjeux sécuritaires. Les opérations militaires tchadiennes ont été aussi accompagnées d'actions civiles visant à apporter une assistance humanitaire aux populationsaffectées par le conflit, notamment en matière de santé, d'éducation et de développement durable. 103(*)

    B- LE RETOUR DES DEPLACES INTERNES

    Parallèlement aux opérations militaires, une mobilisation importante des agences humanitaires et des ONG s'estopérée pour assister les populations touchées par le terrorisme. Cette dynamique a permis de fournir une aide humanitaire, d'établir des centres de réhabilitation et de préparer le retour des déplacés internes en fournissant des ressources essentielles. Les premiers retours sont souvent hésitants et dépendent des garanties fournies par les autorités et les forces de défense.

    Toutefois, le retour des déplacés internes s'accompagnede nombreux défis tels que l'amélioration des infrastructures de base (eau potable, électricité, services de santé, écoles, etc.), qui ont été généralementdétruites durant l'invasion des groupes terroristes.104(*)

    PARAGRAPHE II : LES REPERCUSSIONS ECONOMIQUES

    L'intervention militaire menée par les troupes tchadiennes au sein du G5 SAHEL et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT a joué un rôle crucial non seulement dans la sécuritérégionale, mais aussi dans stabilitééconomique. Ceci se traduit par la multiplication des aides internationales et des financements (A) et aussi par la relance des interactions économiques au niveau de la sous-région(B).

    A- MULTIPLICATION DES AIDES INTERNATIONALES ET DES FINANCEMENTS

    L'intervention militaire du Tchad a renforcé les partenariats internationaux. De nombreux pays et organisations internationales ont ainsi manifesté leur soutien en déployant des aides financières et des logistiques conséquentes.

    Ces financements ont permis d'augmenterconsidérablement les budgets allouésà la sécurité dans les pays membres du G5 SAHEL et de la CBLT, dont le Tchad. Ces fonds ont servi à acquérir du matériel militaire, à former les forces armées et à améliorer les infrastructuressécuritaires dans les zones de guerre.105(*)

    Les dépensesliées à la lutte antiterroriste ont ainsi stimulél'économie locale à travers la création des emplois dans les domaines de la défense, de la logistique et des services.

    B- RELANCE DES INTERACTIONS ECONOMIQUES REGIONALES

    La lutte contre le terrorisme a contribuéà sécuriser les routes commerciales, favorisant ainsi les échanges entre les pays de la sous-région. Cela a stimulé les activitéséconomiques et contribué à réduire la pauvreté dans ces zones. Les financements internationaux ont permis de développer et réhabiliter les infrastructures routières, énergétiques et communicationnelles dans les localitésaffectées par le terrorisme. Ces améliorations ont facilité les échanges et ouvert de nouvelles perspectives de développement local. Un environnement fiable qui occasionné le développement du tourisme dans certaines régions, générant ainsi des revenus supplémentaires pour les populations locales.

    En 2019, le commerce de bétails a considérablementévolué allant de 10 000 à 15 000têtes de bétailexportées par semaine du Tchad vers le Nigeria.106(*)

    En somme, nous avons passé en revue l'impact de l'intervention militaire tchadienne contre les groupes djihadistes sur la sous-région. Il en ressort que sur le plan sécuritaire, cette intervention a permis de réhabiliter la sécurité et la quiétude dans ces zones longtemps affectées par ce fléau, permettant ainsi le retour des populations dans leurs habitations et la reprise progressive des activitéséconomiques. Nous avons égalementdémontré que cette intervention a redonné un souffle nouveau à ces localitésgrâce aux soutiens financiers des partenaires internationaux, qui ont permis restaurer les infrastructuresdétruites durant la guerre et d'offrir des opportunités professionnelles aux populations locales.

    CHAPITRE IV : LA PORTEE DE L'INTERVENTION TCHADIENNE POUR LE TCHAD

    SECTION I : LES EFFETS SUR LA STABILITE INTERNE

    L'implication du Tchad dans les opérations antiterroristes au sein du G5 SAHEL et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT, bien qu'essentielle pour la sécuritérégionale, exerce une pression considérable sur la stabilité interne du pays. Cette situation a conduit à une intensification des menaces internes (Paragraphe I), impactant directement la gouvernance du pays (Paragraphe II).

    PARAGRAPHE I : INTENSIFICATION DES MENACES INTERNES

    Les menaces internes de BOKO HARAM se traduisent notamment par des attentats en pleine capitale Ndjamena (A) ainsi que des attaques ciblées contre les positions des forces armées tchadiennes (B).

    A- LES ATTENTATS DE NDJAMENA

    L'engagement extérieur du Tchad a eu des répercussions directes sur la situation intérieure, notamment en termes de sécurité. Certaines opérationsmilitairesmenées par les troupes tchadiennes ont poussé les groupes terroristes à se replier sur le territoire tchadien et à y mener des attaques ciblées. C'est dans ce sillage que BOKO HARAM a profité pour s'introduire dans la capitale Ndjamena et commettre des attentats.

    Ainsi, le 15 juin 2015, l'Ecole Nationale de Police située dans le 8e arrondissement de la capitale et le Commissariat Central situé dans le 2e arrondissement, ont été ciblés par des kamikazes. Le bilan de ces deux attaques s'élèveà plus de 30 morts et plusieurs dizaines de blessés.

    PHOTO 5  : Une image capturée lors de l'attentat devant le Commissariat Central de Ndjamena

    Source : VOA Afrique

    La ville de Ndjamena sera victime d'une seconde attaque terroriste lorsque le 11 juillet 2015, un kamikaze déguisé en femme s'explose en plein milieu du Marché Central de Ndjamena, emportant avec lui plus de 20 victimes et faisant des dizaines de blessés.

    B- LES ATTAQUES CONTRE LES BASES AVANCEES DE L'ARMEE TCHADIENNE

    Toutefois, l'attaque terroriste la plus meurtrière subie par le Tchad est celle menée par BOKO HARAM dans la nuit du 22 au 23 mars 2020 contre une base avancée des forces arméestchadiennessituée sur la presqu'ile de BOHOMA, dans la Province du Lac-Tchad, à la frontièrenigériane. Cette attaque a fait plus de 98 morts et des centaines de blessés dans les rangs des troupes tchadiennes, forçant le Président IDRISS DEBY ITNO à effectuer lui-même la descente des lieux pour constater les dégâts et diriger lui-même les opérations de ratissage contre les cachettes des éléments djihadistes107(*).

    PHOTO 6 : Une image du défuntPrésident DEBY devant une carte géostratégique du bassin du Lac-Tchad, prise lors de l'Opération «Colère de BOHOMA»

    Source : Page Facebook Officielle de la Présidence de la République du Tchad ( https://www.facebook.com/presidencetd/photos/a.142285639476269/1092874994417324/?type-3&app-fb)

    Toutefois, la dernière attaque en date est celle orchestrée dans la nuit du 27 au 28 octobre 2024 contre la garnison de BARKARAM, une localitésituée sur les rives du Lac-Tchad, ayant fait plus de 40 morts et de centaines de blessés parmi les troupes présentes sur place.108(*)

    Vu la gravité de l'attaque, le Président de la République a décidé de descendre sur le terrain pour évaluer les dégâts et diriger personnellement les opérations de riposte surnommée «OPERATION HASKANITE», en tant que Chef Suprême des Armées. Deux jours après sa descente des lieux, le Chef de l'Etat a annoncé officiellement la volonté du Tchad de se retirer de la Force Multinationale Mixte de la CBLT à cause : l'absence de mutualisation des efforts, constatée, comme toujours malheureusement sur le terrain, face à cet ennemi commun. Cette force créée dans l'optique de mettre en commun les efforts et les intelligences semble tomber dans la léthargie 109(*)

    PHOTO 7 : Une image du Chef de l'Etat, Général MAHAMAT IDRISS DEBY, lors de sa descente sur les lieux de l'attaque à BARKARAM, prise le 28 octobre 2024

    Source : Page Facebook Officielle de la Présidence de la République du Tchad

    De plus, l'engagement tchadien contre le terrorisme a exposé le pays, surtout sur son flanc nord où des nombreuses incursions rebelles ont été enregistrées depuis deux décennies, dont la plus récente est celle d'avril 2021 menée par le FACT (Front pour l'Alternance et la Concorde au Tchad), et ayant coûté la vie au Président IDRISS DEBY, qui, comme dans ses habitudes de Chef de guerre, avait décidé de prendre lui-même les commandes des troupes pour contrecarrerl'offensive rebelle.

    PARAGRAPHE II : IMPACT SUR LA GOUVERNANCE INTERNE

    L'intervention tchadienne contre le terrorisme a considérablementaffecté la gouvernance interne du pays dans le sens où une concentration des pouvoirs autour des questions sécuritaires a émergé. Des moyens extrêmement sont donc investis dans l'achat des armements et le perfectionnement des troupes, au détrimentd'autres projets et besoins importants pour le bien-être de la population.110(*)

    Ces situations pourraient bien accentuer les inégalités sociales et régionales, alimentant le mécontentement et les tensions politiques.

    De plus, le déblocage et la gestion de ces fonds allouésà la cause militaire peuvent conduire à des actes de corruption et de malversationfinancière au sein de l'appareildécisionnaire.111(*)

    SECTION II : LE BILAN HUMAIN ET IMPACT POLITICO-DIPLOMATIQUE

    L'interaction entre le Tchad et les menaces terroristes dans la région du Sahel et du Lac-Tchad a pris une ampleur considérable au cours de ces dernièresannées. Bien que l'intervention tchadienne porte ses fruits, elle laisse aussi des séquelles sombres dans la conscience collective à cause des dégâts humains. Pour mieux appréhender cet aspect de notre étude, nous analyserons le bilan humain(Paragraphe I) avant d'élucidersur la portée politico-diplomatique de cette intervention(Paragraphe II).

    PARAGRAPHE I : LES PERTES HUMAINES

    Les pertes en vies humaines concernent tant les soldats engagés (A) que les populations civiles (B).

    A- LES PERTES HUMAINES PARMI LES SOLDATS

    Le Tchad, avec ses forces armées relativement intrépides, a été souvent le fer de lance des opérations de lutte contre les groupes extrémistes dans la sous-région. Lors des offensives, les soldats tchadiens ont confronté des ennemis bien plus armés et déterminés, ce qui a entrainé des pertes significatives. L'engagement du pays dans des missions de combat a nécessité un déploiement massif des troupes, souvent dans des conditions absolument pénibles. D'ailleurs, l'ennemin'attaque quasiment jamais à découvert, il privilégie les embuscades, le placement des engins explosifs improvisés ou encore les attentats kamikazes.

    Les rapports sur les pertes en vies humaines varient, il est reconnu que le Tchad a perdu des centaines de soldats dans des affrontements avec des groupes armés terroristes. Entre les opérationsmenées dans le cadre du G5 SAHEL et celles de la FMM de la CBLT, le nombre de militaires tués, blessés ou portés disparus soulèvent des préoccupations quant à la viabilité de ces campagnes militaires.

    Les chiffres officiels font état de plus de 400 militaires tchadiens tuésdepuis le début de l'intervention tchadienne en 2013 (plus de 50 au Mali, 98 en mars 2020 à BOHOMA et environs 40 à BARKARAM en octobre 2024), et le nombre de blessés se compte par milliers.112(*)

    Ces lourdes pertes en vie humaine ont eu un impact profond sur les forces armées tchadiennes, affectant non seulement le moral des troupes, mais aussi la capacitéopérationnelle de l'armée.

    B-LES PERTES HUMAINES PARMI LES POPULATIONS CIVILES

    En parallèle des pertes militaires, les actions tchadiennes contre le terrorisme ont tragiquement causé des pertes civiles. Ces dernières ont été documentées par plusieurs organisations humanitaires et incluent non seulement les victimes directes des attaques terroristes, mais aussi celles résultant des frappes aériennes et des combats au sol. Les chiffres exacts varient, mais il est clair que les civils ont payé un lourd tribut contre le terrorisme.

    Selon des rapports publiés par l'ONG Amnesty International, environs 7 000 personnes civiles ont été massacrées dans les attaques et attentats de BOKO HARAM dans les localitésenvironnantes du Lac-Tchad, et environs 2 000 à 7 000 femmes ont été prises en otage par les assaillants pour servir d'esclaves sexuelles aux djihadistes.113(*)

    Ces pertes civiles et les conséquences indirectes des opérations militaires ont eu un impact significatif sur la stabilité interne du Tchad. Les déplacementsforcés et les perturbations économiques ont exacerbé les tensions sociales et politiques, créant un environnement instable et précaire pour les populations locales.

    PARAGRAPHE II : L'IMPACT POLITICO-DIPLOMATIQUE

    Depuis 2013, le Tchad s'est massivement engagé dans diverses opérations militaires pour contrer les menaces engendrées par les groupes extrémistes tels que BOKO HARAM et AQMI. Cette implication militaire n'a pas seulement influencé la situation sécuritaire dans la région, mais a également eu des répercussions significatives sur la politique intérieure (A) et extérieure du pays (B).

    A-IMPACT SUR LA POLITIQUE INTERIEURE

    L'intervention tchadienne dans la lutte contre le terrorisme a permis de renforcer l'autorité de l'Etat tchadien, dans le sens où ce dernier a démontré ses capacités de mobilisation des troupes et du matériel militaire pour répondre efficacement aux menaces djihadistes. Le gouvernement a renforcé sa légitimitéauprès de ses citoyens, ce qui a conduit à une consolidation du pouvoir central et à une meilleure gouvernance du territoire national. Les succès militaires engrangés ont étéutilisés comme un outil de propagande pour redorer l'image du gouvernement.114(*)

    Plusieurs mouvements politiques et organisations de la société civile n'ontcesséd'apporter leur indéfectible soutien au gouvernement à travers des meetings, des campagnes de sensibilisation et des marches pacifiques de soutienà l'Armée Nationale Tchadienne. Certaines associations font mêmerégulièrement des dons de toutes formes (des produits alimentaires, des matelas, des têtes de moutons et de dromadaires, etc.) aux forces de défenseengagées dans la lutte contre BOKO HARAM.

    Toutefois, malgré les succès militaires, l'intervention tchadienne a égalemententrainé des tensions internes à cause des coûts humains et financiers trèsélevés des opérations. Des mécontentements et des critiques ont ainsi été enregistrés au sein de la population.

    Photo 8 : Le Ministre de la Sécurité Publique (au milieu, avec un bonnet blanc) receptionnant les moutons offerts par le Conseil National des Pétroliers du Tchad aux forces de défense engagées contre Boko Haram, le 03 novembre 2024

    Source : Le média tchadien en ligne Ndjamena Actu

    Photo 9 : Des sacs de riz, de sucre et de farine, des bidons d'huile offerts par le Conseil National des Pétroliers du Tchad

    Source : Ndjamena Actu

    B-LES REPERCUSSIONS SUR LA POLITIQUE EXTERIEURE

    Le Professeur Augustin KONTCHOU KOMEGNI dans son schémareprésentatif(à travers un cercle)115(*)du degréd'influence des pays africains sur la scène internationale dans les années1980,plaçait le Tchad à l'extrême bout de ce cercle. Pour cet éminent universitaire, le Tchad des années 1980 n'était pas pleinement engagé dans les opérations de maintien de la paix en Afrique, comparé à d'autres pays comme l'Algérie, l'Egypte, le Sénégal ou encore le Nigeria. Ce qui en ressort que l'influence du Tchad, sur le plan diplomatique mondial, était insignifiante.

    Figure 6 : Représentation de l'influence des Etats africains dans les Relations Internationales par le Pr Augustin KONTCHOU KOMEGNI

    Source : Marcel Merle, Sociologie des relations internationales, Paris, Dalloz, 1974.

    Néanmoins, depuis son intervention militaire dans le cadre de la lutte antiterroriste au sein du G5 SAHEL et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT, le Tchad a accru son rôle diplomatique et son influence régionale. En tant que membre actif du G5 SAHEL et de la FMM de la CBLT, le Tchad a gagné en importance dans les discussions régionales sur la sécurité et la coopération. Cette influence accrue a permis au Tchad de jouer un rôle de médiateur dans plusieurs conflits régionaux et de renforcer sa position en tant que leader dans la lutte contre le terrorisme en Afrique.

    De plus, cette position dominante a permis au Tchad de mieux négocier des accords internationaux et de participer activement aux décisionsstratégiques au niveau continental et mondial, renforçant ainsi ses alliances internationales, surtout avec des puissances mondiales comme les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Turquie, la France, l'Allemagne ou encore le Royaume-Uni. Tous ces pays ont reconnu l'importancestratégique du Tchad dans la régionet lui ont apporté des soutiens logistiques, financiers et militaires.

    Ce renforcement des alliances a permis au Tchad d'améliorer ses capacités militaires et de bénéficier d'un soutien diplomatique considérable sur la scène internationale, allant jusqu'à lui valoir une place de membre non-permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU (la plus haute instance décisionnaire pour les questions sécuritaires mondiales) du 27 décembre 2014 au 27 décembre 2015.116(*)

    Photo 15 : Une image du Représentant du Tchad au sein du Conseil de Sécurité de l'ONU, l'Ambassadeur Chérif MAHAMAT ZENE, prise en juin 2015.

    Source : Page Facebook officielle du Ministère tchadien des Affaires Etrangères

    CONCLUSION

    En définitive, tout au long de ce chapitre, nous avons tenté de l'impact de l'intervention tchadienne contre le terrorisme au sein du G5 SAHEL et de la FMM de la CBLT, sur le Tchad lui-même. Il en ressort que cette intervention a eu des conséquencessignifiantes sur la stabilité interne du pays, car, dès lors, les attaques terroristes se sont intensifiées sur le sol tchadien, allant jusqu'à opérer en pleine capitale Ndjamena. La concentration des forces sur le front antiterroriste a rendu le nord du pays vulnérable aux incursions des groupes rebelles, dont la dernière en date est celle ayant arraché la vie au Président DEBY. Sur le plan humain, le Tchad a aussi perdu plus de 400 de soldats lors des différentesopérations militaires, et le nombre des blessés se compte par milliers, sans compter le bilan humain parmi les civils qui avoisinent les 7 000 victimes. Néanmoins, sur le plan politico-diplomatique, cette intervention a permis de légitimer le pouvoir militaire et de redorer le blason du pays sur l'échiquier diplomatique mondiale, allant jusqu'à lui valoir une place de membre non-permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU.

    Dans la deuxième partie de notre étude, nous avons démontré d'abord, l'impact de l'intervention militaire tchadien au sein du G5 SAHEL et de la FMM de la CBLT de 2014 à 2024 sur la sous-région, et il nous convient de retenir que cette intervention a permis de stabiliser les localités de cette région et de créer un environnement favorable au retour des personnes déplacées internes. Ce retour a permis à la vie de reprendre son cours, à travers la reprisse des interactionséconomiques entre les différents pays de ces zones. Ensuite, il nous a été utile d'analyser les conséquences de cette intervention sur le Tchad en tant qu'entité. Il en ressort que depuis le début de cette intervention, les menaces terroristes contre le Tchad se sont accentuées, allant jusqu'à commettre des attentats suicides en pleine capitale Ndjamena. Cette situation a aussi permis aux mouvements rebelles de commettre quelques incursions au nord du territoire tchadien, allant jusqu'à tuer le Président IDRISS DEBY lors d'un affrontement au nord-ouest du pays. Sur le plan humain, le Tchad a aussi payé un lourd tribut à cause de cette intervention. Plus de 400 soldats tchadiens ont été tués durant les offensives contre les positions des groupes terroristes et plus de 7 000 civils tués. Le nombre des blesséss'élève à plusieurs milliers. De plus, cette intervention a permis au gouvernement tchadien d'asseoir sa légitimité au sein de sa population et de se faire une place dans la scènediplomatique mondiale, couronnée par une place de membre non-permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU de décembre2014 à décembre 2015.

    CONCLUSION GENERALE

    Parvenus au terme de notre étude portant sur l'intervention des ForcesArmées Tchadiennes dans la lutte contre le terrorisme au sein du G5 SAHEL et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT, il nous importe de rappeler d'abord que notre problématique portait sur le dessein de l'intervention militaire tchadienne, les moyens déployés à cet effet et la place du Tchad sur l'échiquier diplomatique mondial, à la suite de cette intervention.

    Il en ressort que le Tchad étanttrèsattaché au principe d'assistance mutuelle entre Etats, n'a pas hésité à déployer ses forces armées au Mali dès 2013 à travers la mission FATIM, quand ce pays était globalement tombé entre les mains des groupes terroristes comme AQMI et DAESH. Ensuite, le Tchad s'estengagé au sein des forces onusiennes de maintien de la paix dans ce pays dans le cadre de la MINUSMA avec un contingent de plus de 1 440 hommes.

    Plus loin, le Tchad a intégréautomatiquement le G5 SAHEL et la Force Multinationale Mixte de la CBLT suite à son appartenance géographique à cette zone, en mobilisant plus de 1 200 soldats au sein de la première force et environs 3 000 dans la seconde. Sur le plan, logistique, d'importants moyens matériels et financiers ont été mobilisés par le gouvernement tchadien pour répondre efficacement à la menace terroriste.

    Cette intervention a permis de stabiliser la région et de diminuer les effectifs et la force de frappe des groupes terroristes, permettantainsi aux populations longtempsdéplacées de revenir à leurs habitats ordinaires, et relançant ainsi les échanges commerciaux entre les Etats de la région longtemps perturbée par les activités terroristes.

    Suite à cette intervention, le Tchad a payé un lourd tribut, tant sur le plan des pertes en vies humaines que l'atteinte de sa stabilité interne. Ainsi, plus de 400 soldats tchadiens ont perdu la vie lors des opérations militaires et lors des attentats commis par les éléments des groupes djihadistes tels que BOKO HARAM, AQMI et DAESH. Le nombre des blessés se compte alors par milliers.

    Cette intervention a fragilisé le Tchad sur son flanc nord, à la frontière avec la Libye où depuis des décennies, des groupes armés rebelles y sévissent et ymènent des attaques contre les positions des forces armées tchadiennes. Cela est causé notamment par la concentration des forces sur la menace terroriste.

    Néanmoins, il faut reconnaitre que cette intervention a permis au Tchad de s'affirmer comme un acteur régionalincontournable et indispensable, s'agissant surtout des questions de sécurité et de défense. Ceci a notamment amélioré les relations du Tchad avec les plus grandes puissances de ce monde à l'instar des USA, la Russie, la Chine, la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la Turquie, la Hongrie etc.

    Cette reconnaissance internationale sera couronnée par l'attribution au Tchad de membre non-permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies en 2014.

    REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

    I - DICTIONNAIRES ET MANUELS DE LA METHODOLOGIE

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    II - OUVRAGES GENERAUX

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    III - OUVRAGES SPECIALISES

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    ? KOUNGOU Léon, « La puissance du Tchad dans la lutte contre les terrorismes au Sahel : mythe ou réalité ?», Revue Défense Nationale, juillet 2020.

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    VI - TEXTES NORMATIFS

    ? Convention Internationale de 1997 sur la répression des attentats terroristes à la bombe.

    ? Convention portant création du G5 Sahel, 19 décembre 2014, Nouakchott.

    ? Communiqué Final de la «Réunion d'experts sur l'élaboration des documents opérationnels pour la Force Multinationale Mixte (FMM) des États membres de la Commission du Bassin du Lac-Tchad et du Bénin pour la lutte contre le groupe terroriste Boko Haram», Yaoundé, 5-7 février 2015.

    ? Charte des Nations Unies de 1945 ;

    ? Acte Constitutif de l'Union Africaine de 1963 ;

    ? Convention de Viennes sur le Droit des Traités de 1969 ;

    ? Les 4 Conventions de Genève portant sur la protection des malades et blessés des forces armées en campagne, protection des malades et blessés et naufragés dans les forces armées sur mer, traitement des prisonniers de guerre, et protection des populations civiles ;

    VII - JOURNAUX CONSULTES

    ? Jeune Afrique (du 23 avril 2024) ;

    ? OEil du Sahel ;

    ? Le Figaro ;

    ? Ndjamena Bi-Hebdo ;

    ? La Libération ;

    ? Paris Match ;

    ? Les Echos ;

    ? L'Humanité ;

    ? Le Monde (du 2 juillet 2024) ;

    ? Le Temps ;

    ? Cameroon Tribune ;

    VIII - WEBOGRAPHIESITES INTERNET ET LIENS ELECTRONIQUES

    ? Wikipédia ;

    ? Google ;

    ? Facebook ;

    ? Instagram ;

    ? X (anciennement Twitter) ;

    ? www.fmm.com ;

    ? https://au.int ;

    ? www.mnjtfmm.org ;

    ? YouTube ;

    ? www.crisisgroup.org ;

    ? www.defense.gouv.fr ;

    ? www.academie-française.fr ;

    ? cblt.org ;

    ? www.g5sahel.org ;

    IX - COURS ET SEMINAIRES

    ? Pr BELINGA Zacharie Gaudard, relations diplomatiques et consulaires, cours magistral, première année de Droit, Université de N'Gaoundéré, 2016-2017 ;

    ? Pr BELINGA Zacharie Gaudard, Séminaire de Pensée Politique, Master II, 2023-2024 ;

    ? Pr YEBEGA Ndjana Nicolas Junior, Relations Internationales, cours magistral, deuxième année de Droit, Université de N'Gaoundéré, 2017-2018 ;

    ? Pr MEFIRE NGOUYAMSA Marcel, Séminaire de Géopolitique, Master II, 2023-2024 ;

    ? Dr BAASID SOOKZO Louis, Géopolitique, cours magistral, Master I, 2022-2023 ;

    ? Pr TOUO Herman, Séminaire de Relations Internationales, Master II, 2023-2024 ;

    ? Pr NNA Mathurin et Dr MBACK TINA Georges Francis, Séminaire de Sociologie Politique, Master II, 2023-2024.

    X - PERSONNES RESSOURCES

    ? ONANA Janvier, Professeur Agrégé de Science Science Politique, Doyen de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l'Université de N'Gaoundéré ;

    ? BELINGA Zacharie Gaudard, Maître de Conférences en Science Politique, FSJP-UN ;

    ? TOUO Herman, Professeur Agrégé de Science Politique, FSJP-UN ;

    ? MBACK TINA Georges Francis, Chargé de Cours en Science Politique, FSJP-UN ;

    ? YACOUB DABIO Ahmat, Docteur en Sociologie et Fondateur du Centre d'études pour la prévention de l'extrémisme, Tchad ;

    ? Colonel ALLATCHI GALMA Moussa, Inspecteur au Ministère de la Sécurité Publique et de l'Immigration, Tchad ;

    ? Capitaine KOCHEI MAHAMAT Barka, personnel au Quartier Général de l'État-major Général des Armées, Tchad ;

    ? Sergent-Chef DJIMET GALMAYE Adoum, personnel militaire au Quartier Général de la Force Multinationale Mixte à N'Djaména (Tchad) 

    ANNEXES

    ANNEXE 1 : RESOLUTION PARLEMENTAIRE AUTORISANT LE GOUVERNEMENT AENVOYER DES TROUPES AU MALI

    Source : Archives de l'Assemblée Nationale du Tchad

    ANNEXE 2 : RESOLUTION PARLEMENTAIRE DEMANDANT AU GOUVERNEMENT DE PREPARER DANS UN BREF DELAI LE RETRAIT DES TROUPES TCHADIENNES DU MALI

    Source : Archives de l'Assemblée Nationale du Tchad

    ANNEXE 3 : RESOLUTION PARLEMENTAIRE APPROUVANT L'ENVOI DES TROUPES TCHADIENNES AU CAMEROUN ET AU NIGERIA POUR APPUYER LES FORCES DE CES PAYS DANS LA LUTTE CONTRE BOKO HARAM

    Source : Archives de l'Assemblée Nationale du Tchad

    ANNEXE 4 : RESOLUTION PARLEMENTAIRE PORTANT PROLONGATION DE L'ENGAGEMENT MILITAIRE DU TCHAD AU CAMEROUN ET AU NIGERIA

    Source : Archives de l'Assemblée Nationale du Tchad

    ANNEXE 5 : LOI N°34 PORTANT REPRESSION DES ACTES DE TERRORISME

    Source : Page Facebook Officielle de la Présidence de la République du Tchad

    ANNEXE 6 (FIGURE 8) : DIAGRAMME DE PARTICIPATION DES ETATS MEMBRES DE LA FORCE MULTINATIONALE MIXTE DE LA CBLT

    Source : Mohamadou Hafisse SAID, La participation des forces de défense camerounaises dans la résolution des conflits armés en Afrique : regard à partir de quelques opérations de maintien de la paix de 1995 à 2022 , Mémoire de Master II, Université de N'Gaoundéré, FSJP, 2022.

    Tableau 5 : Liste des 20 premiers contributeurs africains aux missions de maintien de la paix en 2022

    Source : Nations Unies, Maintien de la Paix ( https://peacekeeping.un.org/fr)

    ANNEXE 7 : SCHEMA REPRESENTATIF DE LA PARTICIPATION DES PAYS AFRICAINS AU PROCESSUS DE RESOLUTION DES CONFLITS

    Figure 9 : Contribution en 2022 des pays africains au processus de résolution des conflits inspiré du Pr Augustin KONTCHOU KOMEGNI, in Marcele MERLE, Sociologie des relations internationales, Paris, Dalloz, 1974.

    ANNEXE 8 : COMMUNIQUE DE PRESSE DE LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE PORTANT OFFICIALISATION DE LA VOLONTE DU TCHAD DE SE RETIRER DE LA FORCE MULTINATIONALE MIXTE DE LA CBLT

    TABLE DE MATIERE

    AVERTISSEMENT I

    SOMMAIRE II

    DEDICACE IV

    REMERCIEMENTS V

    LISTE DES PRINCIPAUX SIGLES ET ABREVIATIONS VI

    LISTE DES FIGURES VII

    LISTE DES TABLEAUX VIII

    LISTE DES PHOTOS IX

    RESUME X

    ABSTRACT XI

    INTRODUCTION GENERALE 1

    A - CONTEXTE DE L'ETUDE 3

    B - DELIMITATION DE L'ETUDE 4

    1-La délimitation spatiale 4

    2-La délimitation temporelle 7

    C - INTERET DU SUJET 8

    1-Intérêt scientifique 8

    2-Intérêt sécuritaire 8

    3-Intérêt stratégique 9

    4-Intérêt social 9

    D- CLARIFICATION CONCEPTUELLE 9

    1-Intervention 10

    2-Forces armées 10

    3- Lutte 11

    4-Terrorisme 12

    5- G5 Sahel 13

    6-Force multinationale mixte 14

    7-Commission du Bassin du Lac-Tchad (CBLT) 15

    E- REVUE DE LA LITTERATURE 16

    F- CONSTRUCTION DE LA PPROBLEMATIQUE 21

    G- HYPOTHESES DE RECHERCHE 22

    1-Hypothèse centrale 22

    2-Hypothèse secondaire 23

    H- LES METHODES D'ANALYSE 23

    1-Constructivisme 23

    2-La théorie des jeux 24

    3-L'interactionnisme 25

    4-Le réalisme 26

    I-LES TECHNIQUES D'ANALYSE 27

    1-La recherche documentaire 27

    2-L'entretien 27

    PREMIERE PARTIE : LES MOYENS HUMAINS ET LOGISTIQUES DEPLOYES PAR LE TCHAD DANS SES INTERVENTIONS DANS LE CADRE DE LA LUTTE ANTI-TERRORISTE 30

    CHAPITRE 1 : LES RESSOURCES HUMAINES MOBILISEES PAR LE TCHAD 32

    SECTION I : LE PERSONNEL MILITAIRE DEPLOYE PAR LE TCHAD 33

    PARAGRAPHE I : L'EFFECTIF GLOBAL DES TROUPES TCHADIENNES AU SEIN DU G5 SAHEL ET DE LA FORCE MULTINATIONALE MIXTE DE LA CBLT 33

    A-LE PERSONNEL MILITAIRE TCHADIEN AU SEIN DU G5 SAHEL 33

    B-L'EFFECTIF DU CONTINGENT TCHADIEN AU SEIN DE LA FMM DE LA CBLT 34

    SECTION 2 : LE SOUTIEN CIVIL 38

    PARAGRAPHE I : LES DIFFERENTES FORMES DE COLLABOARATIONS AVEC LES POPULATIONS CIVILES 38

    A-LA COLLECTE DE RENSEIGNEMENTS ET LE SOUTIEN LOGISTIQUE 38

    B-LA PARTICPATION AUX INITIATIVES DE DERADICALISATION ET LES GROUPES DE VIGILANCE 39

    PARAGRAPHE II : L'IMPORTANCE DE L'IMPLICATION DES CIVILS 40

    A-LA MAITRISE ET LA CONNAISSANCE DU TERRAIN 40

    B-PARTICIPATION AUX PROJETS DE DEVELOPPEMENT DURABLE 40

    CHAPITRE II : LA CONTRIBUTION DU TCHAD EN TERMES DE LOGISTIQUES 42

    SECTION 1 : LE MATERIEL MILITAIRE ET LES INFRASTRUCTURES CONSTRUITES 43

    PARAGRAPHE I : LE MATERIEL MILITAIRE 43

    A-LES TYPES D'ARMEMENTS 43

    B-LES MOYENS DE DEPLACEMENT DES TROUPES 44

    PARAGRAPHE II : LES INFRASTRUCTURES MISES EN PLACE 47

    A-LES CAMPS MILITAIRES 47

    B-LES INFRASTRUCURES SECONDAIRES 48

    SECTION II : LES MOYENS FINANCIERS 50

    PARAGRAPHE I : LE FINANCEMENT PROPRE DE L'ETAT TCHADIEN 50

    A-LE BUDGET MILITAIRE ANNUEL DE L'ETAT TCHADIEN 50

    B-LA PARTICIPATION FINANCIERE DU TCHAD AU SEIN DU G5 SAHEL ET DE LA FORCE MULTINATIONALE MIXTE DE LA CBLT 50

    PARAGRAPHE II : L'APPUI FINANCIER DES PARTENAIRES INTERNATIONAUX 51

    A-LES PARTENAIRES BILATÉRAUX 51

    DEUXIEME PARTIE : L'IMPACT DE L'INTERVENTION DU TCHAD DANS LES OPERATIONS DE LUTTE CONTRE LE TERRORISME AU SEIN DU G5 SAHEL ET DE LA FORCE MULTINATIONALE MIXTE DE LA CBLT 54

    CHAPITRE III : L'IMPACT DE L'INTERVENTION TCHADIENNE SUR LA SOUS-REGION 55

    SECTION I : LES CONSEQUENCES SECURITAIRES 56

    PARAGRAPHE I : REDUCTION DES ACTIONS TERRORISTES DANS LA SOUS-REGION 56

    A-AU NIVEAU DU SAHEL 56

    B-DANS LE BASSIN DU LAC-TCHAD 57

    PARAGRAPHE II : LES DEFIS RENCONTRES 57

    A-LES DEFIS D'ORDRE MATERIEL 57

    B-LES CONTRAINTES ENVIRONNEMENTALES 58

    SECTION II : LES RETOMBEES SUR LES PLANS ECONOMIQUE ET SOCIAL 59

    PARAGRAPHE I : LES RESULTATS SUR LE PLAN SOCIAL 59

    A-RENFORCEMENT DE LA COOPERATION ENTRE LES FORCES DE DEFENSE ET LES COMMUNAUTES LOCALES 59

    B-LE RETOUR DES DEPLACES INTERNES 59

    PARAGRAPHE II : LES REPERCUSSIONS ECONOMIQUES 60

    A-MULTIPLICATION DES AIDES INTERNATIONALES ET DES FINANCEMENTS 60

    B-RELANCE DES INTERACTIONS ECONOMIQUES REGIONALES 61

    CHAPITRE IV : LA PORTEE DE L'INTERVENTION TCHADIENNE POUR LE TCHAD 63

    SECTION I : LES EFFETS SUR LA STABILITE INTERNE 64

    PARAGRAPHE I : INTENSIFICATION DES MENACES INTERNES 64

    A-LES ATTENTATS DE NDJAMENA 64

    B-LES ATTAQUES CONTRE LES BASES AVANCEES DE L'ARMEE TCHADIENNE 65

    PARAGRAPHE II : IMPACT SUR LA GOUVERNANCE INTERNE 67

    SECTION II : LE BILAN HUMAIN ET IMPACT POLITICO-DIPLOMATIQUE 69

    PARAGRAPHE I : LES PERTES HUMAINES 69

    A-LES PERTES HUMAINES PARMI LES SOLDATS 69

    B- LES PERTES HUMAINES PARMI LES POPULATIONS CIVILES 70

    PARAGRAPHE II : L'IMPACT POLITICO-DIPLOMATIQUE 71

    A- IMPACT SUR LA POLITIQUE INTERIEURE 71

    B- LES REPERCUSSIONS SUR LA POLITIQUE EXTERIEURE 73

    CONCLUSION 75

    CONCLUSION GENERALE 77

    REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 79

    ANNEXES A

    * 1 Jean BAUDRLLARD, Ll'esprit du terrorisme, Galilée, Paris, 2002, page 3

    * 2 Vol American airlines77,fr.wikipedia.org

    * 3 LES 20 ans du 11 septembre, https://www.lemonde.fr, 10 septembres 2021

    * 4 Gilles ANDREANI, la guerre contre le terrorisme, le piège des mots, centre Thucydide, 2003, p1

    * 5http : //fr.m.wikipedia.org/wikGuerre-contre-le-terrorisme, consulté le 24 septembre 2024.

    Guerre contre le terrorisme, fr.wikipedia.org

    * 6 Zeinabou ABOU HASSAN, la lutte contre le terrorisme au Niger : les approches juridique, Editions Sciences et Bien Commun, 2020, p38

    * 7 https://www.crisisgroup.org, Quel rôle pour la force multinationale mixte dans la lutte contre Boko Haram>>, 7 juillet 2020, consulté le 13 avril 2024.

    * 8 https://www.letemps.ch,<<Koffi Annan: l'individu est au Coeur de tous mes efforts pour faire évoluer l'ONU>>, 27 décembres 1999, consulté le 20 juillet 2024.

    * 9<<Opération Barkhane : bande sahélo-saharienne>>, Dossier de Presse, Ministère des Armées, www.defense.gouv.fr>operations, septembre 2022

    * 10 Lac d'Afrique Centrale situe au sud du Sahara, partage entre le Niger, le Tchad, le Cameroun et le Nigeria. Sa superficie est d'environs 5 000 km2, diminuant sous l'effet de la désertification, le lac prend l'aspect d'un immense marécage.

    * 11 https://worldpopulationreview.com/country-rankings/sahel-countries Consulté le 20 octobre 2024.

    * 12 Marc Antoine Pérouse DE MONTCLOS, <<Boko Haram et le terrorisme islamiste au Nigeria : insurrection religieuse, contestation politique ou protestation sociale ?>>, Centre d'études et de recherche internationales, Science Po, juin 2012, p 5.

    * 13 MOHAMADOU HAFISSE Saïd, <<La participation des forces de défense camerounaises dans la résolution des conflits armés en Afrique : regards à partir de quelques opérations de maintien de la paix de 1995 à 2022>>, Mémoire de Master II, Université de N'Gaoundéré, FSJP, 2022, p.6..

    * 14 Simone DE BEAUVOIR, La force des choses, Tome 1, Gallimard, Paris, 1976, p 232.

    * 15 Patrick Martin GENIER, Vers une nouvelle gouvernance mondiale, Studyrama, Paris, 2018, p 29.

    * 16 Document d'information, Centre pour la gouvernance du secteur de la sécurité, Genève, 2015.

    * 17Yves Lacoste, ATLAS GEOPOLITIQUE : Pour comprendre le monde d'aujourd'hui, Larousse, Paris, 2022, P 67.

    * 18Ahmad Haroun Larry, L'Armée tchadienne et son peuple,Edilivre, Paris, novembre 2016, pp 55-56.

    * 19Karl Max MARX Karl et Friedrich EngelsENGELS Friedrich, Le manifeste du parti communiste, Traduction de l'allemand par Laura Lafargue, Champ Libre, Paris, 1983, pp 30.

    * 20 Gilles FERRAGU, Histoire du terrorisme, Perrin, Paris, 2019, pp 12.

    * 21 Lexique de Science Politique, 4e Edition, DALLOZ, Paris, 2017, p 1103.

    * 22 Nguyen Quoc Dinh et Patrick Daillier, Droit International Public, LGDJ-Lextenso, Paris La Défense, 2022, pp 189-197.

    * 23 International Crisis Group, << Quel rôle pour la force multinationale mixte dans la lutte contre Boko Haram>>, www.crisisgroup, 7 juillet 2020.Consulté le 17 juin 2024.

    * 24 https://cblt.org/fr/,Consulté le 8 juillet 2024.

    * 25 QUIVY Raymond, CAMPENHOUDT VAN Luc, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Dunod, 1995, pp 42-43.

    * 26 L'auteur met en évidence le véritable système diplomatique mis en place par les dirigeants africains au lendemain des indépendances, voir son ouvrage intitule Le système diplomatique africain, Paris Pedone, 1977, p 279.

    * 27Alain Fogue TedomFOGUE TEDOM Alain, Enjeu géostratégique et conflits politiques internes en Afrique Noire, Paris, Harmattan, 2008, p 418.

    * 28 SANDAOGO DAMIBA Paul-Henri, Armées ouest-africaines et terrorisme : réponses incertaines, Paris, Trois Colonnes, 2021, pp 85.

    * 29FANE Pierre Claver OYONO AFANE, Le terrorisme et l'Etat en Afrique, Paris, Harmattan, 2022, pp 142.

    * 30 Jean-François CARON, L'Occident face au terrorisme : regards critiques sur 20 ans de lutte contre le terrorisme, Québec, Presses de l'Université LAVAL, 2021, pp 106-108.

    * 31 Léon KOUNGOU, La puissance du Tchad dans la lutte contre les terrorismes au Sahel : mythe ou réalité, Revue Défense Nationale, juillet 2020, p 1.

    * 32 Madeleine GRAWITZ, Méthodes des sciences sociales, 11e édition, DALLOZ, 2001, pp 83.

    * 33 https://iris-recherche.qc.ca/blogue/economie-et-capitalisme/l-heritage-de-john-forbes-nash-l-erreur-d-adam-smith-et-la-critique-de-la-politique-du-laissez-faire/Consulté le 20 juillet 2024.

    * 34 Nicolas EBER, Théorie des jeux, 4e édition, Dunod, Paris, 2018.

    * 35 Max WEBER, Le métier de sociologue, op cité, p 54.

    * 36 Guy Hermet, Bertrand Badie, Pierre Birnbaum et Philippe Braud, Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques,7eEdition revue et argumentée, Armand Colin, Paris, 2010, p 237.

    * 37 BEAUD Michel, L'art de la thèse, La découverte, Paris, 2003, p 52.

    * 38 Madeleine GRAWITZ, Méthodes des sciences sociales.

    * 39 Cite par Alain Blanchet, in << Interviewer>> in Alain Blanchet et al. << Les techniques d'enquête en science sociale>>, Paris, Dunod, 1998, pp 82.

    * 40 https://www.lemonde.fr/afrique/article/2021/06/17/nigeria-boko-haram-confirme-la-mort-d-abubakar-shekau-son-chef-historique

    * 41 C'est une forme d'État calquée sur le modèle des sociétés islamiques du temps du Prophète MOHAMMED et qui est régie par les règles de la Charia. Ce modèle sociétal a été développé par OUSMAN DAN FODIO et son Califat de Sokoto au Nigeria.

    * 42 Serge DANIEL, AQMI : L'industrie de l'enlèvement, Fayard, Paris, 2012, 304 p.

    * 43 Clémence PERNIN et Houari SAYAD, Le sahel : terrain de jeu d'Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI), Cahier d'Outre-Mer, Juillet-Septembre 2011, pp 445-446

    * 44 S. ISSA, H. MBARKOUTOU, B. BARKA et A. YAOUBA, Boko Haram : les mots d'une crise, L'Harmattan, Octobre 2020, pp 23-28.

    * 45 Entretien avec un haut responsable de la Force Multinationale Mixte, Ndjamena, septembre 2024

    * 46 DIALLO N. Laafi, TERRORISME AU SAHEL : Dynamique de l'extrémisme violent et lutte anti-terroriste, un regard à partir du Burkina Faso, L'Harmattan Burkina Faso, 2020, pp 69-70

    * 47 http://news.un.org/fr/story/2023/06/1135997

    * 48 https://www.fao.org/crisedubassindulactchad/strategiedintervention/mars2017

    * 49 https://www.unhcr.org/fr/emergencie/sahel-emergency

    * 50 https://peacekeeping.un.org/fr/les-casques-bleus-tchadiens-ont-acheve-leur-desengagement-du-mali

    * 51 Fréderic GOUT, Libérez Tombouctou ! Journal de guerre du Mali, Editions Tallandier, 2015, pp 126-130

    * 52 Alain Didier OLINGA, Justice militaire et lutte contre le terrorisme au Cameroun, l'Harmattan Cameroun,2022, pp 199-200

    * 53 http://minusma.unmissions.org/en/personnel

    * 54 Massaer DIALLO, «Défis sécuritaires et hybridation des menaces dans la zone sahélo-saharienne», Institut d'Etudes Politiques et Stratégiques (IEPS), Dakar, 25 et 26 novembre 2010, Bruxelles, p. 10.

    * 55 https://www.ouest-france.fr/monde/niger/niger-quest-ce-que-la-force-en-attente-de-la-cedeao-dont-le-deploiement-a-ete-annonce-12578828-38e-11e-87b2-9bdf3606b1ab

    * 56 Entretien avec un haut responsable de la Force Multinationale Mixte de la CBLT, N'Djamena, 20 septembre 2024.

    * 57 https://www.g5sahel.org/g5-sahel-et-lutte-contre-le-terrorisme-une-solution-collective-adaptee/

    * 58 http://www.un.org/fr/peacekeeping/operations/financing.shtml

    * 59 http://www.africom.mil/ consulté le 23 aout 2024

    * 60 M-A Pérouse de MONTCLOS, UNE GUERRE PERDUE : La France au Sahel, Editions Jean-Claude LATTES, Janvier 2020, p. 118.

    * 61 C'est un accompagnement psychologique ayant pour but de recentrer la personne sur elle-même et de l'outiller pour améliorer ses relations avec les autres, résoudre un conflit intérieur, sortir de l'impasse décisionnelle et favoriser un mieux-être personnel ou professionnel.

    * 62 http://www.crisisgroup.org/who-we-are

    * 63 http://www.oxfam.org/en/research/lake-chads-unseen-crisis

    * 64 Amaël CATTARUZZA, Atlas des guerres et conflits, un tour du monde géopolitique, Editions Autrement, Paris, février 2017, p 32.

    * 65 Patrick HAIMZADEH, Au coeur de la Libye de KADHAFI, Editions J-C Lattes, avril 2011, p. 97.

    * 66 https://fr.africanews.com/2024/07/23/le-soudan-subit-la-pire-crise-humanitaire-au-monde-alerte-msf/

    * 67 Ismaila DATIDJO, LES REVOLTES SOCIALES AU CAMEROUN : Violence et antiviolence, L'Harmattan, 2022, pp 42-43.

    * 68 https://www.bbc.com/afrique/region-57887745

    * 69 https://www.voaafrique.com/a/attentat-meurtrier-contre-le-marche-central-de-n-djamena-/2857855.html

    * 70 E. Chauvin, O. Langlois, C. Seignobos et C. Baroin, Conflits et violences dans le bassin du Lac-Tchad, Actes du XVIIe colloque Méga-Tchad, IRD Editions, Marseille, décembre 2020, pp 208-210.

    * 71 https://www.unocha.org/publications/report/chad/tchad-apercu-des-conflits-interintracommunautaires-janvier-2024

    * 72 https://www.geo.fr/geopolitique/quels-sont-les-principaux-groupes-rebelles-au-tchad-208764

    * 73 https://www.unocha.org/publications/report/chad/tchad-besoins-humanitaires-et-plan-de-reponse-mars-2O24

    * 74 https://www.unocha.org/publications/report/chad/tchad-apercu-de-la-situation-humanitaire-au-tchad-novembre-2023

    * 75 https://www.unocha.org/publications/report/chad/tchad-situation-des-inondations-rapport-de-situation-ndeg-03-01102024

    * 76 Entretien avec un haut cadre du Ministère tchadien de la Défense nationale, Ndjamena, 15 septembre 2024.

    * 77 https://africa24tv.com/mali-retrait-effectif-du-pays-du-g5-sahel?amp=1

    * 78 Camille LAVILLE, Les dépenses militaires et l'aide au développement au Sahel : quel équilibre ?, Fondations pour les Etudes et Recherches sur le Développement International, article N°174, novembre 2016, p. 32.

    * 79 https://www.crisisgroup.org/fr/africa/west-africa/what-role-multinational-joint-task-force-fighting-boko-haram

    * 80 https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/04/16/tchad-face-aux-djihadistes-les-coups-de-colere-de-com-et-de-bluff-du-president-idriss-deby-6036841-3212.html

    * 81 Nicolas DESGRAIS, Emergence d'un régionalisme à vocation antiterroriste au Sahel : vers une nouvelle gouvernance africaine de la paix et de la sécurité ?, Annuaire Français de Relations Internationales, Volume XIX, Centre Thucydide, Université Panthéon-Assas, Paris, 2018, pp 620-623.

    * 82 https://www.un.org/en/peacekeeping/contributors/2016/apr16-5.pdf Consulté le 13 mars 2024.

    * 83Colonel Olivier Passot, Renseignementfrançais et lutte contre le terrorisme : évolutionsrécentes et perspectives , Revue Scientifique Les Champs de Mars N°31, 2018, pp 63-71.

    * 84Paul-Henri Sandaogo Damiba, Armées ouest-africaines et terrorisme : RéponsesIncertaines ? Editions Les Trois Colonnes, Paris, 2021, pp 77-81.

    * 85Propos extraits de l'audition du Chef d'Etat-major des arméesdevant la commission Défense de l'Assemblée Nationale en février 2017. Le General de Villiers était notamment interrogé sur les défisrencontrés par les forces françaises au Sahel où Barkhane dépend entre autres de l'appui renseignement des Etats-Unis. REPUBLIQUE FRANCAISE, ASSEMBLEE NATIONALE, Compte rendu n°28, Commission de la défense et des forces armées, Audition dugénéral Pierre de Villiers, Chef d'état-major des armées, 8 février2017, p 23.

    * 86Charles-Philippe David et Olivier Schmitt, Les moyens de la guerre, Editions Presses de Science Po, Paris, 2020, pp 233-260.

    * 87Saibou Issa, Henri Mbarkoutou Mahamat, Bana Barka et Abdoul-Aziz Yaouba, BOKO HARAM : LES MOTS D'UNE CRISE, Editions L'Harmattan, Paris, 2020, pp 35-40.

    * 88Entretien avec un officier de la Direction de la Coopération Militaire, au ministère tchadien de la Défense Nationale, Ndjamena, le 27 septembre 2024.

    * 89 https://www.strategic-bureau.com/bmp-1-vbci-russie/ Consulté le 7 mai 2024.

    * 90 https://www.armatec.bg/fr-products/btr-80 Consulté le 16 juin 2024.

    * 91 Echange avec un cadre militaire du Quartier Général de la Force Multinationale Mixte, Ndjamena, le 19 septembre 2024.

    * 92 Entretien avec un officier tchadien en service au siège de la CBLT, Ndjamena, le 11 septembre 2024.

    * 93 Ce fut la localitéattaquéedans la nuit du 23 au 24 mars 2020, où plus de 98 soldats tchadiens ont perdu la vie, faisant ainsi de cetteattaque-là la plus meurtrièrejamaisenregistrée par les troupes tchadiennes depuis leur engagement dans la lutte contreBOKO HARAM.

    * 94C'est une localitésituée sur les rives du Lac-Tchad, à la ligne frontalièreentre le Cameroun, le Tchad et le Nigeria. Elle a été attaquée dans la nuit du 27 octobre 2024 par les éléments de BOKO HARAM et tuant plus de 40 militaires tchadiens.

    * 95Macrotrends, Dépenses militaires/budget de défense du Tchad 1983-2024, https://www.macrotrends.net/global-metrics/countries/TCD/chad/military-spending-defense-budget

    Consulté le 28 octobre 2024.

    * 96Gilbert Maoundonodji, L'intervention militaire tchadienne au Mali : enjeux et limites d'une volonté de puissance régionale,Centre de Recherches Internationales, Sciences Po, juillet 2013, consulté le 3 novembre 2024.

    * 97Honoré Lucien Nombre, Face au terrorisme, le défi de l'option militaire , DéfenseNationale, Tribune n°599, 18 juillet 2014, p 3.

    * 98 https://www.france24.com/fr/20171030-g5-sahel-france-etats-unis-60-millions-ei-dollars-aide

    Consulté le 21 octobre 2024.

    * 99 DCSD (2015) Dossier Paix et Sécurité en Afrique , Partenaires sécurité et défense, Revue de la coopération de sécurité et de défense, n°273, février 2015, consulté le 12 septembre 2024.

    * 100CBLT, Stratégierégionale de stabilisation, de relèvement et de résilience(SRS) des zones du bassin du Lac-Tchad touchées par la crise Boko Haram , Volume 1, mars 2021, consulté le 9 octobre 2024.

    * 101Pierre-François Naudé, Le Tchad annonce la mort de Mokhtar Belmokhtar au nord du Mali , Jeune Afrique, mars 2013. https://www.jeuneafrique.com/171990/politique/le-tchad-annonce-la -mort-de-mokhtar-belmokhtar-au-nord-du-mali/

    Consulté le 20 octobre 2024.

    * 102 Entretien avec un officier tchadien en service à l'Etat-major Général des Armées du Tchad et ayantparticipé à ces offensives, Ndjamena, le 13 septembre 2024.

    * 103 Pahimi Padacké Albert, L'Afrique empoisonnée : pathologie et thérapie des conflits, L'Harmattan, 2023, pp 41-52.

    * 104 Marc-Antoine Pérouse de Montclos, L'Afrique, nouvelle frontière du djihad ?, EditionsLa Découverte, 2018, pp 183-190.

    * 105Olivier Bomsel, La nouvelle économie politique, Gallimard, Paris, mars 2017, p 158.

    * 106 Abdoulaye Abakar Kassambara et Zakaria Beine, Les échanges commerciaux dans le bassin du Lac-Tchad entre décadence et défisécuritaire de Boko Haram : le cas de Kousseri (Cameroun) et Ndjamena (Tchad) , Revue Akofena, Spécial n°08, Vol. 1, juin 2022, pp 25-38.

    * 107 E. Chauvin, O. Langlois, C. Seignobos et C. Baroin, Conflits et violences dans le bassin du Lac-Tchad, Actes du XVIIe colloque Méga-Tchad, IRD Editions, Marseille, décembre 2020, pp 208-210.

    * 108Communiqué de Presse N°5011/PR/PM/MAEIATECI/2024, du Ministère des Affaires Etrangères, de l'IntégrationAfricaine, des Tchadiens de l'Etranger et de la Coopération Internationale, du 29 octobre 2024.

    * 109Communiqué de Presse N°15/PR/CAB/DGCOM, de la Présidence de la République, du 03 novembre 2024.

    * 110Commission Economique des Nations Unies pour l'Afrique, Les conflits, l'insécurité et leurs répercussions sur le développement au Tchad , 2O18, p 34. https://repository.uneca.org/bitstream/handle/10855/24348/b11889500.pdf?sequence-1&isAllowed-y

    Consulté le 4 octobre 2024.

    * 111 Borgia Kobri, Classement 2021 des pays africains selon l'indice de perception de la corruption (Transparency) , Agence Ecofin. https://www.agenceecofin.com/actualites/2901-84668-classement-2021-des-pays-africains-selon-lindice-de-perception-de-la-corruption-transparency Consulté le 3 octobre 2024.

    * 112Entretien avec un officier tchadien en service au Ministère tchadien de la Sécurité Publique, Ndjamena, le 5 novembre 2024.

    * 113Amnesty International, Région du Lac-Tchad : recrudescence des attaques de Boko Haram fait grimper le nombre de victimes civiles , septembre 2017, consulté le 30 octobre 2024. https://www.amnesty.org/fr/latest/press-release/2017/09/lake-chad-region-boko-harams-renewed-campaign-sparks-sharp-rise-in-civilian-deaths/

    * 114Emmanuel Chauvin et Olivier Langlois, Conflits et violences dans le bassin du Lac-Tchad, IRD Editions, Marseille, 2020, pp 106-110.

    * 115 Marcele Merle, Sociologie des relations internationales, Paris, Dalloz, 1974, p 110.

    * 116Wikipédia, Liste des membres non-permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Liste-des-membres-non-permanents-du-conseil-de-s%C3%A9curit%C3A9-des-Nations-unies Consulté le 5 novembre 2024.






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