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L'intervention des forces armées tchadiennes dans la lutte contre le terrorisme au sein du G5 Sahel et de la force multinationale mixte de la CBLT: de 2014 à 2024par Mahamat Barka Mahamat Korei Université de Ngaoundéré - Master 2 Recherche en Science Politique, option Relations Internationales 2024 |
INTRODUCTION GENERALELe 11 septembre 2001, les États-Unis d'Amérique et le monde entier se sont réveillés sous le choc et la stupéfaction. En effet, le groupe terroriste AL-QAÏDA1(*) venaitient de poser sa marque en détruisant les deux tours jumelles du World Trade Center de Manhattan à New-York, l'une des plus grandes centres économiques du pays et aussisurtout du monde. Deux avions de la compagnie American Airlines ont été détournés par des individus affiliés à la bande de d'OussamaBen Laden avant de percuter les deux grands bâtiments. Un troisième avion s'est aussi écrasé sur le Pentagone2(*). Des milliers de personnes ont perdu la vie et d'innombrables blessés ont été enregistrés. D'après les chiffres officiels3(*), environs 3 000 personnes ont été tuées dont 19 terroristes et le nombre des blessés s'élève à plus de 25 000 victimes. Cette attaque contre l'un des géants de ce a plus grande démocratie dumonde et la plus grande puissance militaire du monde a démontré aux yeux du monde entier que le terrorisme est plus dangereux qu'on ne le pensait. Dès lors, tous les États du monde entier avec en leur tête les États-Unis, ont décidé de mener un combat sans merci contre les groupes terroristes partout où ils se trouvent. Le Président George W. Bush déclarait d'ailleurs à cette époque : « tTerrorism with a global reach »4(*), entendez «terrorisme à portée mondiale». Cette lutte nécessite donc une coordination d'actions et une solidarité totale entre les États. Il ne fallait donc pas attendre que l'on soit attaqué avant de réagir, il était plutôt question d'anéantir ce fléau à sa source avant qu'il ne s'exporte en grande ampleur. Ainsi, donc commençait la campagne GWOT (Global War On Terror)5(*) lancée par l'Administration américaine. Cette lutte englobait se résumait sur le plan sécuritaire, politique et militaire. De son côté, l'Organisation des Nations Unies (ONU) a adopté la résolution 1373 obligeant ainsi tous les États du monde à adopter des mesures législatives contre le terrorisme. Soupçonnant des affinités entre Al-Qaida et les Talibans, les Américains décidèrent d'attaquer l'Afghanistan pour renverser le régime taliban soupçonné d'héberger les éléments de Ben Laden. Ensuite le 19 mars 2003, une autre opération dénommée «Opération Liberté Irakienne» fut lancée contre Saddam Hussein. Elle se soldera par la chute du leader irakien en avril 2003. Tour à tour, presque tous les pays du Moyen-Orient perçus comme «infréquentables» subiront l'intensité de la puissance militaire américaine. Face à cette guerre sans merci menée par l'Occident contre eux, les groupes terroristes chercheront donc à élargir leur champ d'action pour avoir encore plus d'influence et être disproportionnés afin de fuir la menace américaine. Des branches ou des sections d'Al-Qaida et de Daesh se sont donc formées en Afrique, plus précisément au Sahel et dans le Bassin du Lac-Tchad. D'un côté, le sud de l'Algérie, le nord du Mali et du Niger, et d'un autre, les localités nigérianes, tchadiennes et camerounaises riveraines du Lac-Tchad étaient quasiment tombées sous le contrôle de ces groupes terroristes. Avec la chute du Guide libyen Mouammar Kadhafi en 2011 et l'implosion de la puissance militaire de ce pays, d'énormes quantités d'armes sont tombées entre les mains de ces marchands de la mort. Des milliers de combattants Touareg qui servaient de milice à Kadhafi vont donc retourner chez eux. Ceci a considérablement boosté leur capacité de nuisance. Des simples trafics de tout genre (armes, êtres humains, drogues, etc.), nous sommes arrivés à des attaques de grande ampleur contre les forces de défense et de sécurité des pays du Sahel et ceux du Lac-Tchad. Dès le début de l'an 2012, le nord du Mali était donc complètement tombé entre les mains des groupes terroristes de la Coalition JNIM (Jama'at Nusrat al Islam wal Muslimeen). Le Niger subira aussi ses premières attaques terroristes en 2013 avec le double attentat à Agadez et à Arlit le 23 mai 2013 puis le 01 juin et l'attaque contre la prison centrale de Niamey6(*).La première attaque terroriste au Burkina Faso aura lieu en octobre 2015 dans la localité de Samorogouan à l'ouest du pays. Le comble sera l'attaque en pleine capitale Ouagadougou le 15 janvier 2016 contre un bar-restaurant et un hôtel très fréquentés par les ressortissants occidentaux. Les auteurs de toutes ces exactions sont les mêmes ; cette alliance maléfique regroupait quatre alliés d'Al-Qaïda dont Ansardine,Al-Mourabitoune, FLM (Front de Libération du Macina) et AQMI (Al-Qaida au Maghreb Islamique). Face à cette menace existentielle, les États du Sahel ont donc décidé de réunir leurs forces au sein d'une même coalition pourafin de mener une lutte intense contre le terrorisme. D'où la création du G5 SAHEL (Groupe de 5 États) comprenant le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Cette alliance militaire avait pour but d'anéantir les groupes terroristes dans cette région d'Afrique subsaharienne. Dans le bassin du Lac-Tchad par contre, la menace terroriste s'est amplifiée au début de l'année 2014 avec la prise d'envergure de Boko Haram. Cette secte islamique ayant prêté allégeance à l'État Islamique en mars 2015, est à l'origine de nombreux massacres, attentats et enlèvements à l'encontre des populations civiles vivant tout au long du Lac-Tchad, allant même jusqu'à frapper des grandes villes comme N'Djaména, Maroua, Dikwa, etc. Ces situations ont conduit les pays membres de la CBLT (Commission du Bassin du Lac-Tchad) à se concerter d'urgence afin de mettre sur pied une réponse rapide et coordonnée face à cette menace. Elle se concrétisera par la réactivation7(*) de la Force Multinationale Mixte vers la fin d'année fin 2014 regroupant le Cameroun, le Tchad, le Niger, le Nigeria et le Bénin, bien que ce dernier ne soit pas membre de la CBLT. Ces différents comportements sous-régionaux de l'État tchadien nous ont conduits à s'intéresser sur la participation des forces armées tchadiennes dans cette lutte contre le terrorisme. C'est ce qui a inspiré notre réflexionintitulée :D'où « L'INTERVENTION DES FORCES ARMÉES TCHADIENNES DANS LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME AU SEIN DU G5 SAHEL ET DE LA FORCE MULTINATIONALE MIXTE DE LA CBLT DE 2014 À 20242 », attire notre attention dans ce cadre. Durant notre travail, nous évoquerons le contexte du sujet et sa délimitation, la clarification des concepts clés, l'intérêt du sujet, la revue critique de la littérature, la problématique, les hypothèses de recherche, le cadre théorique, les outils d'analyse et enfin le plan détaillé de notre étude. A - CONTEXTE DE L'ETUDEFace à la montée en puissance des groupes terroristes dans le nord du pays et à la menace existentielle réelle qu'ils représentaient pour l'État malien, les autorités de ce pays ont jugé urgent de lancer un appel d'aide à leurs partenaires internationaux. D'ailleurs, Koffi Annan 8(*)l'ex-secrétaire général des Nations Unies n'avait-il pas déclaré : « Seule la solidarité internationale peut nous permettre de vaincre les défis de notre époque, tels que le terrorisme, la pauvreté et la protection de notre planète. » ? Ainsi donc, début janvier 2013, Idriss Deby Itno, Président de la République du Tchad à cette époque annonce officiellement l'envoi des troupes tchadiennes au Mali pour contrecarrer l'avancée des groupes djihadistes. Cette décision est notamment soutenue par la France à travers l'Opération Serval. L'intervention avait pour objectif déclaré de soutenir le Mali face à la crise sécuritaire et en même temps affirmer la puissance militaire du Tchad dans la sous-région SAHEL, et cela malgré ses propres défis internes, notamment sa fragilité en tant qu'État post-conflit. Par la suite, cette participation militaire tchadienne au Mali se fera sous l'égide du G5 SAHEL dont le Tchad en est l'un des acteurs clés de sa création. Le Tchad a aussi joué un rôle clé dans la création de la Force Multinationale Mixte de la CBLT aux côtés du Cameroun, du Nigeria, du Niger et aussi du Bénin qui n'est pas membre de cette organisation sous-régionale. Sans oublier bien évidemment la participation conséquente des soldats tchadiens à l'Opération Barkhane9(*) aux côtés de la France. C'est à juste titre que notre étude porte sur cette question traduite par un intitulé aussi expressif qu'actuel : « L'intervention des Forces armées tchadiennes dans la lutte contre le terrorisme au sein du G5 Sahel et de la Force Multinationale Mixte de la CBLT de 2014 à 20242 ». * 1 Jean BAUDRLLARD, Ll'esprit du terrorisme, Galilée, Paris, 2002, page 3 * 2 Vol American airlines77,fr.wikipedia.org * 3 LES 20 ans du 11 septembre, https://www.lemonde.fr, 10 septembres 2021 * 4 Gilles ANDREANI, la guerre contre le terrorisme, le piège des mots, centre Thucydide, 2003, p1 * 5http : //fr.m.wikipedia.org/wikGuerre-contre-le-terrorisme, consulté le 24 septembre 2024. Guerre contre le terrorisme, fr.wikipedia.org * 6 Zeinabou ABOU HASSAN, la lutte contre le terrorisme au Niger : les approches juridique, Editions Sciences et Bien Commun, 2020, p38 * 7 https://www.crisisgroup.org, Quel rôle pour la force multinationale mixte dans la lutte contre Boko Haram>>, 7 juillet 2020, consulté le 13 avril 2024. * 8 https://www.letemps.ch,<<Koffi Annan: l'individu est au Coeur de tous mes efforts pour faire évoluer l'ONU>>, 27 décembres 1999, consulté le 20 juillet 2024. * 9<<Opération Barkhane : bande sahélo-saharienne>>, Dossier de Presse, Ministère des Armées, www.defense.gouv.fr>operations, septembre 2022 |
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