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L'intervention des forces armées tchadiennes dans la lutte contre le terrorisme au sein du G5 Sahel et de la force multinationale mixte de la CBLT: de 2014 à 2024par Mahamat Barka Mahamat Korei Université de Ngaoundéré - Master 2 Recherche en Science Politique, option Relations Internationales 2024 |
3- Intérêt stratégiqueDe part sa position géographique en plein coeur de l'Afrique, et aussi de son expérience en matière de combat en plein désert du Sahara (conflit tchado-libyen sur la Bande d'Aouzou, le Tchad voudrait profiter de cette intervention au sein du G5 Sahel et de la FMM, pour montrer le savoir-faire et le niveau de son armée. L'irruption des groupes terroristes au nord du Mali a donc permis d'une manière ou d'une autre, au gouvernement tchadien de s'affirmer comme un acteur de premier plan voire indispensable dans la lutte contre le djihadisme au Sahel, et ainsi contribuer à son rayonnement dans la scène diplomatique internationale. L'assistance et l'aide à des pays en crise ou en danger favorise une relation rectiligne entre l'État donateur ou contributeur à une opération militaire conjointe et l'État assisté13(*). 4- Intérêt socialLa participation des soldats d'un État dans une opération militaire dans un autre État se présente comme une entreprise de socialisation et de consolidation des liens socio-historiques entre les peuples de ces États. Pour le cas de la participation des forces armées tchadiennes dans les alliances militaires interafricaines, elle intervient comme un excellent moyen de brassage entre les soldats tchadiens et leurs confrères des autres pays engagés au sein de ces opérations militaires. Cette opération permet aux militaires tchadiens de mesurer leur degré de sociabilité au-delà des frontières tchadiennes. Cette contribution permet aussi d'acquérir de l'expérience en se basant sur le vécu des autres forces militaires. Car, Simone de Beauvoir n'a-t-elle pas affirmé dans son ouvrage «La force des choses» (tome 1) : « On n'a jamais fini d'apprendre parce qu'on n'a jamais fini d'ignorer » 14(*)? D- CLARIFICATION CONCEPTUELLENotre sujet s'articule autour des concepts clés d'intervention (1), forces armées (2), lutte (3), terrorisme (4), G5 Sahel (5), Force Multinationale Mixte (6) et CBLT (7). Ces différents termes clés canalisent l'analyse sur la contribution du Tchad dans la lutte contre les groupes terroristes qui sèment la terreur et la désolation au sein de nos États. Une clarification explicite de ces concepts nous permettra non seulement de cerner le sens dans lequel ils sont employés dans cette étude, en allant surtout dans le sillage de cette affirmation d'Aristote : « Si les hommes prenaient la peine de s'entendre au préalable sur le sens des mots qu'ils allaient employer, il y aurait très peu de discussion entre eux », mais surtout pour orienter notre étude. 1- InterventionL'intervention est un concept complexe et multidimensionnel dans le domaine des relations internationales et de la stratégie militaire. Avant d'entrer en profondeur dans la clarification de ce concept, il nous importe d'abord de comprendre son étymologie. Etymologiquement parlant, ce mot provient du latin interventio, qui signifie venir entre ou interrompre. Ce mot est dérivé de intervenire, composé de inter (entre) et venire (venir). A l'origine, au XVe siècle, le terme intervencioun signifiait intercession ou prière intercessoire. Sur le plan militaire, l'intervention désigne l'action d'un Etat ou d'une coalition d'Etats qui utilise la force armée pour intervenir dans les affaires internes d'un autre Etat. Cette intervention peut avoir plusieurs objectifs, tels que la protection des civils, le rétablissement de l'ordre, la défense des intérêts nationaux, ou encore la mise en oeuvre de résolutions internationales. L'intervention militaire nécessite une planification stratégique minutieuse, incluant la coordination des forces militaires, politiques, économiques et diplomatiques pour atteindre les objectifs fixés par le pouvoir politique. Toutefois, l'intervention militaire soulève souvent des questions de souveraineté nationale et de légitimité. Elle peut être justifiée par des résolutions internationales comme celles de l'ONU ou par un traité sous régional. Elle peut être perçue souvent comme une ingérence unilatérale, par exemple l'intervention américaine en Iraq en 2003 contre le régime de Saddam HUSSEIN15(*). * 13 MOHAMADOU HAFISSE Saïd, <<La participation des forces de défense camerounaises dans la résolution des conflits armés en Afrique : regards à partir de quelques opérations de maintien de la paix de 1995 à 2022>>, Mémoire de Master II, Université de N'Gaoundéré, FSJP, 2022, p.6.. * 14 Simone DE BEAUVOIR, La force des choses, Tome 1, Gallimard, Paris, 1976, p 232. * 15 Patrick Martin GENIER, Vers une nouvelle gouvernance mondiale, Studyrama, Paris, 2018, p 29. |
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