|
EPIGRAPHE
« Le chemin de fer agit comme une force
civilisatrice. Il augmente la richesse des nations, favorise l'industrie,
l'agriculture, et surtout l'unité économique. »
Friedrich List (économiste allemand, XIXe
siècle)
DEDICACE
Je dédie ce travail à ma
mèreMWILAMBWE KALUMBA Joséphine de m'avoir
donné la vie et pour tout ce que vous avez fait pour moi, souvent dans
le silence, toujours avec amour, affection, sacrifice et dignité.
MBUYU LUKAMATA Merveilleux
REMERCIEMENTS
Avant toute chose, nous rendons grâce à
l'Éternel, Dieu des armées, source de toute
sagesse, de toute force et de toute grâce. C'est par sa main puissante,
sa fidélité inébranlable et sa présence constante
que ce travaila Pu voir le jour. À lui reviennent toute gloire, tout
honneur et toute reconnaissance.
Nous exprimons notre profonde gratitude à notre
directeur, le Master MOSHI WA MOSHI Oscar, et à notre
co-directeur, l'Assistant KASONGO MUKWAMBA Maxie, pour leur
disponibilité, leurs orientations pertinentes, leurs conseils
avisés et leur accompagnement constant tout au long de
l'élaboration de ce mémoire. Leur rigueur intellectuelle et leur
bienveillance ont été d'un apport inestimable.
Nos remerciements s'adressent également à tous
les assistants de la Faculté des Sciences Économiques et de
Gestion, notamment l'Assistant RAMAZANI PHILO et
l'Assistant Guillaume KAYUMBA, pour la qualité de leurs
enseignements et leur engagement pédagogique.
À mes très chers parents, MUKWAMBA
ALBATI Basil et MWILAMBWE KALUMBA Joséphine,
je témoigne toute ma reconnaissance pour votre amour, vos
prières, vos sacrifices et votre soutien indéfectible. Vous avez
semé en moi les valeurs qui m'ont permis d'arriver jusqu'ici.
À mes frères et soeurs bien-aimés
KASONGO KILUFYA Pascal, BONDO YOHALI
Espérance, KASONGO MUKWAMBA Maxime,
KASONGO SIMEON Josué et KASONGO JOSEPH
Nathan, merci pour votre affection fraternelle, votre soutien moral et
vos encouragements constants.
À mon épouse chérie, MEDI MWINYI
Pricil, je dis merci pour ta patience, ton amour, ta
compréhension et ton soutien sans faille, même dans les moments
les plus exigeants. Tu es une source précieuse d'inspiration et de
stabilité.
À mes enfants, MBUYU MWILAMBWE Oracle
et MBUYU MUKWAMBA Destin, qui, par leur innocence et leur
sourire, m'ont apporté une grande joie et la motivation d'aller toujours
de l'avant.
Enfin, je remercie du fond du coeur tous mes amis, camarades
de promotion, connaissances et toutes les personnes qui, de près ou de
loin, ont contribué à la réalisation de ce mémoire.
Que Dieu vous bénisse abondamment.
MBUYU LUKAMATA Merveilleux
SIGLES ET ABREVIATIONS
|
RDC
|
République Démocratique du Congo
|
|
SNCC
|
Société Nationale des Chemins de fer du Congo
|
|
SNCZ
|
Société Nationale des Chemins de fer du
Zaïre
|
|
JIT
|
Just in Time(Juste à temps)
|
|
SNCF
|
Société Nationale des Chemins de fer
Français
|
|
TGV
|
Train à Grande Vitesse
|
|
KDL
|
Compagnie des Chemins de fer Kinshasa-Dilolo-Lubumbashi
|
|
BCK
|
Compagnie du Chemin de fer du Katanga
|
|
CFL
|
Compagnie des Chemins de fer du Congo Supérieur aux
Grands Lacs Africains
|
|
BAD
|
Banque Africaine de Développement
|
|
PPP
|
Partenariat Publics-Privés
|
|
COG
|
Centre Opérationnel de Gestion du Trafic
|
|
SYGMA
|
Système de Gestion des Incidents et du Trafic
|
|
SIRIUS
|
Système d'Information en Temps Réel des
Circulations
|
|
ATOS
|
Autonomous Traffic Operation System
|
|
ROMA
|
Railway Optimization and Modeling Algorithms
|
|
KPI
|
Key Performance Indicators
|
|
FMI
|
Fonds Monétaire International
|
|
CNSS
|
Caisse Nationale de Sécurité Sociale
|
LISTE DE TABLEAUX
Tableau N° 1 : Cible et composition de
l'échantillon qualitatif_Entretiens Semis directifs
2
Tableau N° 4 : Les statistiques
descriptives
46
Tableau N°5 : Coefficients de
corrélation de Pearson entre les variables de gestion et les
recettes
47
Tableau N° 6 : Résultats
d'estimation économétrique
48
Tableau N° 7 :
Multicolinéarité (VIF - Variance Inflation Factor)
49
LISTE DES FIGURES
Figure 1 Recettes totales générées par la
SNCC exprimées en francs
congolais(CDF)...............................................................................................45
Figure 2 Taux d'occupation (%) par
année...............................................................45
Figure
3 Nombre des trains par année
2
INTRODUCTION
GÉNÉRALE
1. Contexte et justification du
sujet
Le transport ferroviaire constitue un pilier
stratégique dans le développement économique des pays en
développement, notamment ceux disposant d'un vaste territoire comme la
République Démocratique du Congo (RDC). En effet, ce mode de
transport se distingue par sa capacité à acheminer de grandes
quantités de marchandises et de passagers à moindre coût
sur de longues distances. Malgré cet avantage, la Société
Nationale des Chemins de fer du Congo (SNCC) peine à répondre
efficacement aux besoins logistiques du pays, en particulier dans la
région des Grands Lacs, une zone aux potentialités
économiques énormes mais confrontée à des
problèmes d'enclavement et de dégradation des infrastructures
ferroviaires1(*).
L'optimisation de la gestion du trafic ferroviaire
apparaît donc comme une priorité dans la mesure où elle
permettrait non seulement d'améliorer la fluidité du transport,
mais aussi de maximiser les recettes de la SNCC. Dans un contexte de crises
financières chroniques et de concurrence accrue avec les autres modes de
transport (routier, fluvial), il devient urgent de mettre en oeuvre des
réformes stratégiques en vue de la relance efficace du secteur
ferroviaire congolais2(*).
La SNCC, principal opérateur ferroviaire national,
connaît de nombreuses difficultés : retards fréquents,
pannes du matériel roulant, faibles rotations, sous-utilisation des
capacités, corruption, et mauvaise planification des trajets. Ces
faiblesses limitent gravement sa rentabilité et sa
compétitivité. En conséquence, une part importante du
trafic marchandises et passagers se détourne vers des modes de transport
alternatifs, parfois moins sécurisés ou plus coûteux.
2. Problématique
Selon l'économiste Dani Rodrik (2015), la
problématique en économie peut être définie comme
«?la formulation explicite d'un paradoxe ou d'une tension entre des faits,
des théories ou des objectifs économiques, nécessitant une
analyse rigoureuse pour proposer des solutions cohérentes et
applicables?»3(*).
Dans un contexte où les infrastructures ferroviaires
jouent un rôle crucial dans le développement économique,
l'optimisation de la gestion du trafic ferroviaire s'impose comme un levier
stratégique pour maximiser les performances financières des
entreprises publiques. La Société Nationale des Chemins de Fer du
Congo (SNCC), confrontée à des défis techniques,
organisationnels et financiers, peine à rentabiliser pleinement ses
opérations.
Depuis plusieurs années, la SNCC est confrontée
à une dégradation progressive de ses performances. Les taux
d'annulation et de retard de trains restent élevés. Par ailleurs,
l'absence de planification rigoureuse entraîne une mauvaise affectation
des ressources, une saturation des lignes prioritaires et une faible rotation
du matériel roulant.
Ainsi, la question centrale à laquelle ce
mémoire cherche à répondre est la suivante :
Ø Comment l'optimisation de la gestion du trafic
ferroviaire pourrait-elle contribuer à la maximisation des recettes de
la SNCC dans la région des Grands Lacs ?
De cette question centrale, émane une question
secondaire :
Ø Comment la SNCC peut-elle améliorer la gestion
de son trafic ferroviaire afin de maximiser ses recettes, tout en tenant compte
des contraintes logistiques, technologiques et institutionnelles propres au
contexte de la région des grands Lacs ?
3. Hypothèses de
recherche
Dans
un travail scientifique en économie, l'hypothèse désigne
une proposition formulée de manière claire et précise, qui
anticipe une relation ou un comportement entre des variables
économiques, et qui est susceptible d'être vérifiée
ou infirmée par l'observation empirique ou l'analyse
théorique4(*). Elle
constitue un point de départ essentiel pour l'élaboration d'un
modèle économique ou d'une étude empirique5(*).
À partir de cette problématique, nous formulons
les hypothèses suivantes :
· L'amélioration de la planification du trafic
ferroviaire aurait un effet positif sur le volume de marchandises
transportées.
· Une meilleure gestion des ressources matérielles
et humaines réduirait les coûts d'exploitation et
accroîtrait les marges bénéficiaires de la SNCC.
· La mise en oeuvre de solutions technologiques
(logiciels de suivi du trafic, maintenance préventive, etc.)
augmenterait significativement les recettes générées par
l'activité ferroviaire.
4. Etat de la question
Il est
important pour un travail scientifique de faire référence aux
connaissances de certains ouvrages, mémoires, articles ou thèses
qui ont déjà été traités
antérieurement ayant trait à l'idée de notre sujet afin de
dégager les points de ressemblance et de différence à
notre sujet.
L'état de la question va nous permettre de nous
orienter dans une étude originale.
Roland
Pourtier (2007), « Les chemins de fer en Afrique subsaharienne, entre
passé révolu et recompositions incertaines ». Dans cet
article, l'auteur analyse l'évolution des chemins de fer africains,
soulignant leur rôle colonial dans l'exploitation des ressources et leur
déclin post-indépendant en explorant les défis actuels du
secteur ferroviaire. L'auteur aboutit à une conclusion selon laquelle,
bien que les chemins de fer aient joué un rôle crucial pendant la
période coloniale en facilitant l'exploitation des ressources
naturelles, leur avenir est incertain. Il note que les avantages comparatifs du
rail se manifestent principalement dans le transport de marchandises lourdes ou
non périssables. Il termine en disant que l'avenir du chemin de fer en
Afrique subsaharienne dépendra de la manière dont les pays
parviendront à réconcilier les besoins d'infrastructures avec les
impératifs de développement durable et d'intégration
régionale.
La question de l'optimisation de la gestion du trafic
ferroviaire dans le contexte de la Société Nationale de Chemin de
fer du Congo (SNCC), particulièrement dans la région des Grands
Lacs, a suscité l'intérêt de plusieurs chercheurs en raison
de l'importance stratégique de ce mode de transport pour
l'économie congolaise. La SNCC, en tant qu'opérateur ferroviaire
majeur dans le sud de la République Démocratique du Congo, joue
un rôle clé dans le transport des ressources minières,
notamment le cuivre et le cobalt, vers les marchés régionaux et
internationaux. Cependant, sa performance reste limitée par divers
obstacles techniques, logistiques et institutionnels.
Selon Mudiayi Kazadi6(*), la SNCC fait face à une accumulation de
problèmes structurels qui freinent sa capacité à
générer des recettes de manière optimale. Parmi ces
problèmes figurent la vétusté du matériel roulant,
la dégradation avancée des voies ferrées, la faible
capacité de maintenance, ainsi qu'une gouvernance
caractérisée par une faible transparence et un manque de vision
stratégique. Ces défaillances structurelles empêchent la
SNCC d'intégrer efficacement les corridors de transport
régionaux, ce qui limite les échanges commerciaux entre la RDC et
ses voisins de la région des Grands Lacs, notamment la Zambie, la
Tanzanie le Rwanda et le Burundi. Kazadi insiste sur la nécessité
d'une modernisation urgente des infrastructures ferroviaires,
accompagnée d'une meilleure coordination avec les autres modes de
transport, notamment le transport fluvial et routier, pour améliorer la
fluidité des échanges.
Dans une perspective comparative, Koffi A. Kouadio7(*) analyse les stratégies
d'optimisation du trafic ferroviaire dans plusieurs pays africains, en mettant
en avant l'importance d'une gestion intégrée des
opérations ferroviaires². Il souligne que la performance du trafic
dépend fortement de la capacité à planifier dynamiquement
les horaires, à gérer en temps réel les mouvements de
trains, et à assurer un suivi précis des marchandises. Pour la
SNCC, l'adoption de systèmes numériques de gestion du trafic
permettrait de réduire les temps d'arrêt, d'optimiser la rotation
du matériel roulant et d'augmenter la productivité globale du
réseau. Kouadio met également l'accent sur la formation continue
du personnel et la nécessité d'investir dans les technologies de
l'information comme leviers d'efficacité.
Une étude conjointe menée par la Banque
Mondiale8(*) sur les
corridors de transport en Afrique centrale met en évidence une
corrélation forte entre la performance logistique et les recettes
ferroviaires. Les résultats de cette étude montrent que chaque
amélioration de 10 % dans la régularité et la
fiabilité du service ferroviaire peut entraîner une augmentation
directe de 15 à 20 % des revenus pour les opérateurs. Dans le cas
de la SNCC, une gestion plus efficace du trafic permettrait non seulement
d'attirer davantage de clients (notamment dans le secteur minier), mais aussi
de réduire les pertes liées aux retards et aux pannes.
L'étude recommande en particulier la contractualisation des services
logistiques, l'élargissement des partenariats public-privé, ainsi
qu'un cadre réglementaire stable pour favoriser les investissements dans
le secteur ferroviaire.
Ainsi, les recherches disponibles convergent sur le fait que
l'optimisation de la gestion du trafic ferroviaire constitue un levier central
pour la maximisation des recettes de la SNCC. Cela implique non seulement des
réformes techniques et technologiques, mais également une refonte
organisationnelle profonde et une volonté politique de long terme. Dans
le contexte spécifique de la région des Grands Lacs, où
les enjeux géopolitiques et économiques sont
particulièrement complexes, la réussite de cette optimisation
repose sur une approche intégrée, régionale et
multisectorielle.
5. Objectifs de
l'étude
5.1. Objectif
général
Analyser dans quelle mesure l'optimisation de la gestion du
trafic ferroviaire peut contribuer à la maximisation des recettes de la
SNCC dans la région des Grands Lacs.
5.2. Objectifs
spécifiques
· Évaluer les performances actuelles de la SNCC
dans la gestion du trafic ferroviaire ;
· Identifier les faiblesses organisationnelles et
techniques affectant la rentabilité du trafic ;
· Proposer un modèle d'optimisation applicable
dans le contexte congolais.
6. Intérêt de
l'étude
Le
choix de ce sujet n'est pas un fait du hasard car il relève du domaine
des sciences économiques et de gestion et qui cadre avec notre
filière de gestion financière. Nous l'avons opté librement
et sans contrainte en vue de vérifier l'impact de l'optimisation de la
gestion du trafic ferroviaire et la maximisation des recettes de la
société nationale des chemins de fer du Congo dans la
région des grands lacs.
6.1.Intérêt
scientifique
Ce travail contribuera à enrichir les réflexions
pour les futurs chercheurs qui aborderont des recherches similaires à
l'optimisation de la gestion du trafic ferroviaire et la maximisation des
recettes de la SNCC dans la région des grands Lacs et ailleurs.
6.2.Intérêt
pratique
Les résultats attendus permettront de fournir à
la SNCC des pistes concrètes d'amélioration de sa
stratégie opérationnelle, avec un impact potentiel sur ses
recettes et sa crédibilité.
6.3. Intérêt
personnel
En tant qu'économiste, ce mémoire constitue une
opportunité de se spécialiser dans le domaine de
l'économie des transports, un champ d'application crucial pour le
développement infrastructurel de la RDC.
7. Méthodologie de
recherche
Dans
un travail scientifique, la méthodologie désigne la section qui
décrit de manière rigoureuse les méthodes et techniques
utilisées pour recueillir, analyser et interpréter les
données.
Elle
vise à assurer la transparence, la reproductibilité et la
validité des résultats obtenus. La méthodologie est
l'ensemble des règles et des procédures par lesquelles un
chercheur organise ses opérations de recherche, en vue de
répondre à une problématique scientifique de façon
fiable, rigoureuse et reproductible.
Selon
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, la méthodologie constitue en
« l'ensemble des démarches raisonnées par lesquelles une
discipline cherche à atteindre les objectifs de connaissance qu'elle se
donne »9(*). Cette étude adoptera une
méthodologie mixte :
· Approche qualitative: à travers
des entretiens semi-directifs avec les responsables techniques de la SNCC, des
conducteurs et des gestionnaires de lignes.
· Approche quantitative :
Analyse des données statistiques sur le volume de
trafic, les recettes générées, etc. Les outils
d'analyse incluront des logiciels comme Excel et R pour les statistiques
descriptives et les projections, ainsi que des modèles de
régression linéaire multiple.
8. Délimitation
spatio-temporelle
8.1.Délimitation
spatiale
Sur le plan spatial, l'étude se focalisera sur les
lignes ferroviaires exploitées par la SNCC dans la région
des Grands Lacs.
8.2. Délimitation
temporelle
Sur le plan temporel, l'analyse se concentrera sur les
données allant de 2019à 2024 (6
ans)période marquée par des réformes partielles
et des appels à la modernisation des infrastructures ferroviaires.
9. Plan du mémoire
Hormis
l'introduction et la conclusion, le présent mémoire est
structuré en trois chapitres principaux:
· Le Premier Chapitre sera consacré à la
revue de la Littérature
· Le deuxième Chapitre parlera de la
Présentation de la SNCCdans la région des Grands Lacs et
l'approche Méthodologique de recherche
· Le troisième chapitre parlera de Propositions de
réformes et modélisation de l'optimisation pour améliorer
les recettes de la SNCC dans la région des grands lacs.
CHAPITRE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE
I.1 Clarification conceptuelle
I.1.1 Trafic ferroviaire :
définition, composantes, enjeux
Le trafic ferroviaire désigne
l'ensemble des déplacements organisés de trains sur un
réseau ferroviaire donné, qu'il s'agisse de transport de
marchandises ou de passagers. Il comprend les opérations liées
à la circulation des trains, la gestion des horaires, la
répartition des sillons (plages horaires attribuées aux trains),
ainsi que la coordination entre les différents acteurs du
réseau. Selon Jean-Louis Dufour, le trafic
ferroviaire est un sous-système essentiel du transport qui articule
infrastructure, matériel roulant, personnel et organisation logistique
afin d'assurer le déplacement sécurisé et rentable des
flux sur rail10(*).
Le trafic se compose généralement de deux
grandes catégories :
· Le trafic voyageur, incluant les
trains de banlieue, les trains régionaux, interurbains et internationaux
;
· Le trafic marchandises, comprenant les
convois de fret industriel, agricole, minier ou pétrolier.
Les composantes du trafic ferroviaire peuvent
être résumées comme suit :
· Le volume transporté (tonnes ou
voyageurs),
· La distance parcourue (en
kilomètres),
· La fréquence des trains (nombre
de trains par jour ou par tronçon),
· La régularité et la
ponctualité (respect des horaires et planification),
· La sécurité (incidents,
accidents, signalisation),
· La rentabilité (recettes
générées par les opérations de trafic).
Les enjeux liés au trafic ferroviaire sont multiples.
D'un point de vue économique, un trafic bien organisé favorise
une réduction des coûts logistiques, une augmentation des recettes
commerciales et une meilleure compétitivité du
réseau11(*).Sur le
plan environnemental, il contribue à la réduction des
émissions de gaz à effet de serre par rapport au transport
routier12(*). En revanche,
une mauvaise gestion du trafic peut entraîner des retards, des
collisions, une sous-utilisation du réseau ou encore des pertes
financières importantes pour les entreprises ferroviaires13(*).
Dans le cas spécifique de la République
Démocratique du Congo, le trafic ferroviaire présente des
particularités liées à l'état des infrastructures,
à la vétusté du matériel roulant et aux contraintes
d'ordre institutionnel et financier. Ces réalités appellent
à une réflexion approfondie sur l'optimisation de la
gestion du trafic comme levier pour redynamiser la SNCC.
I.1.2 Gestion du trafic
ferroviaire : principes, acteurs et outils
La gestion du trafic ferroviaire correspond
à l'ensemble des actions techniques, organisationnelles et
stratégiques mises en oeuvre pour assurer la circulation fluide,
sécurisée, ponctuelle et rentable des trains sur un
réseau ferroviaire donné. Elle représente une composante
centrale dans l'exploitation ferroviaire, en lien direct avec la performance
économique et opérationnelle des entreprises de chemin de
fer14(*).
A. Principes fondamentaux
La gestion efficace du trafic repose sur plusieurs principes
de base :
· Planification : élaboration des
horaires de trains, allocation des sillons, prévision des volumes
à transporter ;
· Coordination : synchronisation entre
les gares, les centres de régulation, les techniciens de voie, les
conducteurs, etc. ;
· Surveillance : suivi en temps
réel des mouvements des trains, détection des anomalies,
anticipation des conflits de circulation ;
· Réactivité :
capacité à ajuster le trafic en cas d'incidents, pannes,
conditions climatiques, ou imprévus.
Ces principes s'inscrivent dans une logique
d'optimisation permanente pour réduire les temps
d'arrêt, éviter les congestions et maximiser l'utilisation des
infrastructures15(*).
B.Acteurs de la gestion du trafic
La gestion du trafic implique une variété
d'acteurs institutionnels et opérationnels :
· Les autorités ferroviaires
nationales, qui définissent les politiques, normes et
régulations (ex. : ministère des transports) ;
· Les gestionnaires d'infrastructure,
responsables de la maintenance, de la signalisation et de la capacité du
réseau ;
· Les exploitants ferroviaires, qui
organisent la circulation des trains, la logistique et la gestion commerciale
(comme la SNCC) ;
· Les opérateurs de fret ou de
voyageurs, parfois distincts de l'exploitant du réseau,
notamment dans les modèles ouverts16(*).
C. Outils et technologies utilisés
La modernisation de la gestion du trafic repose de plus en
plus sur des outils numériques et technologiques, parmi
lesquels :
· Systèmes de gestion centralisée
du trafic (CTC - Centralized Traffic Control) ;
· Systèmes de signalisation
intelligente (ex. : ERTMS - European Rail Traffic Management System)
;
· Logiciels d'optimisation des horaires
et de simulation des flux ;
· Systèmes GPS embarqués
pour le suivi des trains en temps réel ;
· Applications de gestion de crise et de
réaffectation des sillons17(*).
En République Démocratique du Congo, ces
technologies sont encore peu développées au sein de la SNCC, en
raison de contraintes budgétaires, du manque de formation du personnel,
et de l'obsolescence des infrastructures. Pourtant, leur adoption progressive
pourrait représenter une voie stratégique vers
l'optimisation du trafic et l'accroissement des recettes.
I.1.3 Optimisation : sens
économique et technique dans le contexte ferroviaire
Le concept d'optimisation désigne,
dans un sens général, l'action de rendre une ressource, un
système ou un processus aussi efficace que possible en
fonction de certains objectifs ou contraintes. Dans le secteur ferroviaire,
l'optimisation fait référence à l'ensemble des
démarches visant à améliorer les performances
opérationnelles, financières, techniques et commerciales
du système de transport sur rail18(*).
A. Dimension économique de l'optimisation
Sur le plan économique, optimiser signifie
réduire les coûts d'exploitation,
maximiser l'utilisation des capacités existantes
(infrastructures, personnel, matériel roulant), accroître
la productivité, et in fine générer plus
de recettes. Cela implique par exemple:
· Une meilleure affectation des sillons horaires aux
trains rentables ;
· La réduction des trajets à vide ou non
rentables ;
· La concentration des efforts sur les corridors de fret
à fort potentiel (ex. : corridors miniers en RDC) ;
· Le ciblage stratégique des clients industriels
et commerciaux19(*).
L'optimisation contribue aussi à renforcer la
compétitivité des entreprises ferroviaires face aux modes
concurrents (transport routier, fluvial ou aérien), surtout dans les
contextes où le rail est marginalisé.
B. Dimension technique de l'optimisation
Sur le plan technique, l'optimisation concerne :
· La planification dynamique du trafic
(ajustements horaires, évitement des conflits de circulation) ;
· La maintenance prédictive des voies et
matériels roulants pour limiter les interruptions non
planifiées ;
· La gestion intelligente de la signalisation et
des aiguillages ;
· L'affectation optimale des locomotives et
wagons selon les charges, distances et types de marchandises??.
Ces éléments nécessitent l'usage
croissant de l'analyse des données (Big Data), de la
modélisation mathématique, des
algorithmes d'optimisation, et de logiciels
spécialisés (comme OpenTrack, RailSys, PTV Visum).
C. Importance dans les pays à ressources
limitées
Dans les pays à faibles revenus comme la
République Démocratique du Congo, où les marges
budgétaires sont réduites, l'optimisation prend une importance
cruciale. Il ne s'agit pas simplement de moderniser, mais d'optimiser
l'existant, en rendant plus rentable chaque train, chaque
tronçon, chaque heure de service. Cela passe par une meilleure
planification stratégique, mais aussi par des choix rationnels
d'investissement et de gestion du personnel20(*).
Ainsi, l'optimisation n'est pas un luxe, mais un
impératif pour la survie et la relance de la SNCC.
I.1.4 Recettes ferroviaires :
typologie, sources, indicateurs de mesure
Dans le contexte ferroviaire, les recettes
désignent l'ensemble des ressources financières
générées par l'exploitation du service
ferroviaire, qu'il s'agisse de transport de voyageurs, de fret ou
d'activités connexes. Ces recettes constituent la principale base de
rentabilité pour les entreprises ferroviaires publiques ou
privées21(*).
A. Typologie des recettes ferroviaires
Les recettes ferroviaires peuvent être classées
en deux grandes catégories principales :
1. Recettes directes d'exploitation :
o Recettes voyageurs : produits des billets
vendus aux usagers des trains de banlieue, interurbains ou internationaux ;
o Recettes fret : produits des services de
transport de marchandises (minerais, produits agricoles, carburants,
containers, etc.) ;
o Recettes liées aux services
logistiques : manutention, stockage, affrètement, location de
wagons ou locomotives22(*).
2. Recettes indirectes ou accessoires :
o Location de terrains ou bâtiments
ferroviaires (gares, entrepôts, quais) ;
o Publicité dans les trains et gares
;
o Partenariats ou concessions commerciales
(bureaux, commerces en gare, télécoms...) ;
o Subventions publiques ou contributions
compensatoires (dans le cadre de missions de service public non
rentables)23(*).
B. Sources internes et externes
· Sources internes : les revenus
provenant directement des services ferroviaires gérés par
l'entreprise elle-même (billetterie, contrats avec les industriels, etc.)
;
· Sources externes : les appuis
financiers publics, les partenariats publics-privés (PPP), les aides des
bailleurs de fonds, ou encore les redevances versées par d'autres
opérateurs utilisant le réseau24(*).
C. Indicateurs de performance financière
Pour mesurer l'efficacité de la gestion des recettes
ferroviaires, plusieurs indicateurs économiques sont
utilisés, notamment :
· Le chiffre d'affaires par
train-kilomètre ;
· Le revenu moyen par tonne-kilomètre ou
passager-kilomètre ;
· Le taux de couverture des coûts
(recettes/exploitation) ;
· La marge opérationnelle
(résultat d'exploitation rapporté aux recettes) ;
· L'évolution annuelle du revenu global et
par segment de trafic5.
L'analyse de ces indicateurs permet d'évaluer l'impact
des politiques d'optimisation du trafic sur la rentabilité réelle
de l'entreprise ferroviaire. Dans le cas de la SNCC, l'amélioration de
ces recettes constitue un objectif stratégique majeur, compte tenu des
faibles marges, de la concurrence routière, et du coût
élevé de maintenance du réseau ferré congolais.
I.1.5 Société
Nationale des Chemins de fer du Congo (SNCC) et Région des Grands Lacs :
brève contextualisation
A. Aperçu général de la SNCC
La Société Nationale des Chemins de fer
du Congo (SNCC) est l'entreprise publique chargée de
l'exploitation ferroviaire en République Démocratique du Congo.
Héritière des anciennes compagnies coloniales (BCK, CFL, KDL), la
SNCC a été créée en 1974 et possède
aujourd'hui l'un des plus vastes réseaux ferroviaires d'Afrique
centrale, couvrant environ 3 641 km2. Ce
réseau dessert principalement les provinces du Haut-Katanga, Tanganyika,
Haut-Lomami, Lualaba et Kasaï Oriental.
La mission principale de la SNCC est de faciliter :
· Le transport des marchandises, en
particulier les minerais et produits industriels dans le Grand Katanga ;
· Le transport des voyageurs dans les
zones non ou mal desservies par la route ;
· La connexion multimodale avec les
ports fluviaux (Kalemie, Kongolo, Ilebo) et les frontières (Zambie,
Angola).
Cependant, la SNCC est confrontée à plusieurs
contraintes structurelles et opérationnelles, notamment
:
· La vétusté des locomotives et
wagons ;
· L'insuffisance des investissements dans
l'entretien des voies ;
· Une gouvernance fragilisée par
le poids de la dette, des ingérences politiques et une gestion peu
performante ;
· Une concurrence accrue du transport
routier, souvent plus flexible et plus rapide25(*).
B. Importance stratégique de la Région des
Grands Lacs
La région des Grands Lacs, qui
comprend des zones situées dans le sud-est de la RDC (notamment la
province du Tanganyika et la ville de Kalemie), ainsi que les pays voisins
(Burundi, Rwanda, Ouganda, Tanzanie), représente un espace
économique vital pour les échanges ferroviaires
régionaux.
La ville de Kalemie, en particulier, joue un
rôle stratégique :
· Elle est un noeud intermodal
important, grâce à son port sur le lac Tanganyika, qui permet des
liaisons commerciales avec la Tanzanie (via Kigoma) et les autres pays de la
région ;
· Elle constitue une porte d'entrée pour
les flux miniers, agricoles et commerciaux en provenance de
l'intérieur du pays ;
· Elle se trouve sur l'un des axes prioritaires
de la SNCC, notamment la ligne Kamina-Kabalo-Kalemie,
dont le potentiel est aujourd'hui largement sous-exploité26(*).
Le développement d'un trafic ferroviaire
optimisé dans cette région pourrait donc non seulement
améliorer les recettes de la SNCC, mais aussi renforcer
l'intégration économique régionale, réduire les
coûts logistiques, et appuyer la relance économique
locale27(*).
C. Défis spécifiques à la
région
Parmi les défis majeurs identifiés dans la
région des Grands Lacs :
· Les fréquentes interruptions de
trafic dues aux dégradations des voies ;
· Le manque de personnel qualifié
dans certaines gares et centres de régulation ;
· L'absence de solutions technologiques
modernes pour planifier et suivre le trafic en temps réel ;
· Une faible densité de trafic
rentable, du fait de l'insécurité ou de la faible
industrialisation locale28(*).
II.1 Études sur la
gestion du trafic ferroviaire
II.1.1 Problématiques de
planification et régulation du trafic
La planification et la régulation du trafic
ferroviairesont des fonctions essentielles dans l'organisation d'un
système ferroviaire efficace, sécurisé et rentable. Ces
fonctions consistent à organiser les horaires, répartir les
sillons (plages horaires d'occupation des voies), éviter les conflits de
circulation et gérer les priorités entre différents types
de trains (voyageurs, fret, maintenance, etc.)29(*).
A. Enjeux et contraintes de la planification
La planification du trafic vise à définir des
horaires optimaux et réalistes, en tenant compte :
· Des capacités disponibles sur chaque
tronçon de voie ;
· Des vitesses limites, du relief et de l'état de
l'infrastructure ;
· Du nombre de trains à faire circuler par jour ou
par semaine ;
· Des besoins spécifiques des clients (horaires de
départ, délais de livraison, etc.).
Dans les réseaux ferroviaires
sous-développés ou en crise, comme celui de la SNCC, la
planification est rendue difficile par plusieurs facteurs :
· Incohérences entre les horaires
théoriques et la réalité opérationnelle
(pannes, retards, manque de locomotives) ;
· Faible coordination entre les gares et les
centres de régulation ;
· Méconnaissance des volumes réels
à transporter du fait d'une planification logistique
faible30(*).
Dans ce contexte, des trains peuvent circuler quasi
à vide ou se retrouver bloqués pendant plusieurs heures,
ce qui génère des pertes économiques
importantes.
B. Problèmes liés à la
régulation du trafic en temps réel
La régulation du trafic consiste
à surveiller en temps réel la circulation des trains, à
corriger les écarts par rapport au programme initial, et à
intervenir rapidement en cas d'incidents ou de congestion.
Plusieurs problématiques sont fréquemment
observées :
· Manque d'outils de surveillance
(absence de systèmes automatisés de régulation, peu ou pas
de logiciels de contrôle de trafic) ;
· Temps de réaction lent en cas
de perturbation (ex. : collision évitée de justesse,
déraillement, encombrement d'une gare de triage) ;
· Priorisation inefficace des convois
(fret prioritaire bloqué par un train de voyageurs ou inversement) ;
· Centralisation excessive des
décisions, limitant l'autonomie des agents de terrain31(*).
C. Impacts économiques et organisationnels
Les effets de ces défaillances sont nombreux :
· Détérioration de la qualité de
service (retards, incertitude des délais) ;
· Coûts supplémentaires pour les clients
(produits livrés en retard ou détériorés) ;
· Sous-utilisation du réseau
(certains sillons restent inoccupés ou sont attribués sans
analyse de rentabilité) ;
· Perte de compétitivité
du rail face à d'autres modes de transport32(*).
Pour une société comme la SNCC, qui fonctionne
avec des ressources limitées, l'amélioration de la planification
et de la régulation constitue une priorité
stratégique pour accroître la productivité et les
recettes ferroviaires. Cela suppose une refonte des processus internes,
l'introduction d'outils d'aide à la décision
modernes, et une meilleure formation du personnel
opérationnel33(*).
II.1.2 Modèles de
gestion du trafic à l'échelle internationale
La gestion du trafic ferroviaire dans le monde repose sur des
modèles opérationnels variés,
façonnés par l'histoire ferroviaire, le niveau de
développement technologique, les politiques de libéralisation et
les spécificités géographiques des pays. Ces
modèles peuvent être regroupés selon deux grandes logiques
: gestion centralisée et gestion
décentralisée, auxquelles s'ajoute l'évolution
vers des systèmes intelligents intégrés
dans les réseaux modernes.
A. Le modèle centralisé : exemple de la
France (SNCF)
En France, la gestion du trafic est historiquement
fondée sur un modèle centralisé,
piloté par des centres régionaux de régulation
placés sous l'autorité de SNCF Réseau. Ce
modèle repose sur:
· Une planification nationale des
sillons à travers un outil appelé "Graphique de
circulation" ;
· Des centres opérationnels de gestion du
trafic (COG) qui assurent la supervision en temps réel ;
· L'utilisation de systèmes avancés comme
SYGMA (système de gestion des incidents et du trafic)
et SIRIUS (système d'information en temps réel
des circulations)34(*).
Ce modèle centralisé permet une vision
cohérente de l'ensemble du réseau, mais peut manquer de
souplesse dans les situations locales.
B. Le modèle décentralisé : exemple de
l'Allemagne (Deutsche Bahn)
En Allemagne, la Deutsche Bahn opère
selon un modèle plus décentralisé, avec
une répartition des responsabilités entre les régions et
les opérateurs :
· Les horaires sont négociés
localement en fonction des priorités régionales et de la
concurrence entre opérateurs ;
· Les centres régionaux disposent
d'une autonomie importante dans la régulation
quotidienne ;
· Ce modèle favorise une meilleure
réactivité, notamment dans la résolution des
conflits de circulation sur des lignes très
fréquentées35(*).
Ce système est particulièrement adapté
à un contexte de libéralisation où
plusieurs entreprises ferroviaires se partagent les sillons sur un même
réseau.
C. Le modèle intelligent intégré :
Japon, Chine, Corée du Sud
Des pays comme le Japon, la
Chine ou la Corée du Sud ont
adopté des modèles de gestion intégrée et
automatisée du trafic, grâce à des investissements
massifs dans les technologies :
· Utilisation de capteurs
embarqués, de GPS, de big
data et d'intelligence artificielle pour
prédire les incidents et optimiser les horaires ;
· Systèmes comme le ATOS
(Autonomous Traffic Operation System) au Japon, capables de reconfigurer
automatiquement les circulations en cas de perturbation ;
· Surveillance en temps réel à
l'échelle nationale, avec une précision à la
seconde près, notamment sur les lignes à grande vitesse
(Shinkansen, TGV chinois)36(*).
Ces modèles ont permis d'atteindre une
ponctualité record, une efficacité énergétique
accrue et une rentabilité élevée, même dans des
contextes de forte densité de trafic.
D. Enseignements pour la SNCC et l'Afrique
Les modèles internationaux montrent que la gestion du
trafic ne se limite pas à la régulationphysique des trains, mais
constitue un levier stratégique de performance globale. Pour des
sociétés comme la SNCC, l'enjeu est d'adapter ces modèles
à la réalité congolaise, en :
· Modernisant progressivement les outils de planification
et régulation ;
· Renforçant la formation des agents
régulateurs ;
· Établissant un cadre institutionnel clair entre
planificateurs, régulateurs et opérateurs ;
· Commençant par des projets pilotes dans les
corridors les plus rentables (ex. : Kamina-Kalemie)37(*).
III.1 Optimisation et
rentabilité dans le transport ferroviaire
III.1.1 Approches
d'optimisation appliquées au rail
L'optimisation ferroviaire consiste à améliorer
l'utilisation des ressources (infrastructures, personnel, matériel
roulant, énergie) de manière à accroître la
productivité, réduire les coûts, et
augmenter les recettes. Plusieurs approches ont été
développées et mises en oeuvre dans différents contextes
ferroviaires à travers le monde, intégrant des outils techniques,
des méthodes mathématiques et des réformes
organisationnelles.
A. Optimisation des horaires et des sillons
Une première approche consiste à
réorganiser les horaires et les sillons pour maximiser l'utilisation des
voies, éviter les conflits de circulation, et réduire les temps
d'attente :
· Utilisation d'algorithmes de planification comme ceux
fondés sur la programmation linéaireou lesalgorithmes
génétiques38(*) ;
· Outils logiciels tels que RailSys,
OpenTrack ou ROMA (Railway Optimization &
Modeling Algorithms) pour simuler différents scénarios de
circulation ;
· Priorisation des trains à fort potentiel
économique (fret minier, trains longues distances)39(*).
Cette méthode permet d'adapter le service à la
demande réelle et d'optimiser les créneaux horaires en tenant
compte des contraintes techniques.
B. Optimisation de l'affectation des ressources
L'affectation optimale du matériel
roulant et du personnel est un levier essentiel :
· Réduction des temps de stationnement des wagons
ou des locomotives inutilisés ;
· Répartition efficace du personnel selon les pics
d'activité ;
· Rotation stratégique des locomotives pour
réduire l'usure et la consommation de carburant ;
· Adoption de systèmes de maintenance
prédictive pour réduire les immobilisations40(*).
Ces approches contribuent à réduire les
coûts d'exploitation et à améliorer la fiabilité du
service.
C. Optimisation logistique et commerciale
L'optimisation passe aussi par la réingénierie
des processus logistiques et commerciaux :
· Centralisation des commandes, des réservations
et des flux de marchandises dans des centres logistiques ferroviaires ;
· Intégration des services multimodaux
(rail-route-eau) pour élargir l'offre client ;
· Développement de tarifications dynamiques
basées sur la rentabilité des trajets41(*).
Cela nécessite une vision client-orientée,
où chaque train devient une unité
économiqueanalyséeen termes de recettes, de coûts et de
valeur ajoutée.
D. Approche combinée et contextuelle
Les modèles les plus performants (Japon, Allemagne,
Chine) combinent optimisationtechnologique,rationalisationorganisationnelle et
pilotagestratégique basé sur des indicateurs de performance.
Toutefois, dans des contextes à ressources limitées comme en RDC,
une approche progressive et adaptée est recommandée :
· Identifier d'abord les lignes rentables à fort
potentiel (ex. : Lubumbashi-Ilebo, Kamina-Kalemie) ;
· Mettre en place des projets pilotes d'optimisation sur
ces tronçons ;
· Renforcer la collecte de données
opérationnelles pour guider la planification ;
· Assurer une implication du personnel dans le processus
d'amélioration continue42(*).
III.1.2 Indicateurs de
performance et rentabilité
Pour évaluer l'efficacité des politiques
d'optimisation du trafic ferroviaire, il est indispensable d'utiliser des
indicateurs de performance précis et adaptés, permettant de
mesurer tant la qualité du service que la santé financière
de l'entreprise ferroviaire.
A. Indicateurs opérationnels
Les indicateurs opérationnels portent sur la
qualité et la régularité du service :
· Ponctualité : pourcentage de
trains arrivant à l'heure ou avec un retard inférieur à un
seuil fixé (par exemple 5 minutes)43(*) ;
· Taux d'utilisation des sillons :
mesure du nombre de sillons effectivement utilisés par rapport au nombre
total disponibles ;
· Taux d'occupation des trains : ratio
entre la capacité utilisée (nombre de passagers ou tonnes
transportées) et la capacité totale offerte ;
· Taux de disponibilité du matériel
roulant : pourcentage de locomotives et wagons en état de
circuler44(*).
Ces indicateurs sont cruciaux pour la satisfaction client et
la fidélisation.
B. Indicateurs financiers et économiques
Les indicateurs financiers mesurent la rentabilité et
la viabilité économique du réseau ferroviaire :
· Chiffre d'affaires par
train-kilomètre : revenus générés par
kilomètre-train exploité45(*) ;
· Revenu par
tonne-kilomètre/passager-kilomètre : indicateur
clé de la productivité commerciale ;
· Coût d'exploitation par
train-kilomètre : comprend les coûts de personnel,
maintenance, énergie, infrastructure ;
· Marge brute et marge nette
d'exploitation : rentabilité brute et nette rapportée au
chiffre d'affaires ;
· Taux de couverture des coûts :
proportion des coûts couverts par les recettes d'exploitation
(indispensable pour mesurer l'équilibre financier)46(*).
Ces indicateurs permettent d'identifier les segments les plus
rentables et les axes nécessitant des interventions.
C. Indicateurs combinés et tableau de bord
Une gestion moderne du trafic utilise des tableaux de
bord intégrés, combinant indicateurs
opérationnels et financiers, souvent présentés sous forme
de Key Performance Indicators (KPI). Ces KPI facilitent le
pilotage stratégique et opérationnel en temps réel, et
aident à orienter les décisions d'optimisation47(*).
D. Application dans le contexte de la SNCC
Dans le cas de la SNCC, l'absence partielle de données
fiables constitue un obstacle majeur. Toutefois, une démarche
progressive d'institutionnalisation des indicateurs et de mise en place de
systèmes d'information adaptés est aujourd'hui recommandée
pour permettre un pilotage efficient des recettes et du trafic ferroviaire dans
la région des Grands Lacs48(*).
III.1.3 Lien entre trafic
optimisé et accroissement des recettes
L'optimisation du trafic ferroviaire joue un rôle
clé dans l'amélioration des performances économiques des
entreprises ferroviaires. En effet, un trafic bien géré permet
non seulement de maximiser l'utilisation des infrastructures mais aussi
d'accroître les recettes issues du transport de passagers et de
marchandises.
A. Augmentation de la capacité et réduction
des coûts
Un trafic optimisé améliore la capacité
d'accueil du réseau en réduisant les conflits de circulation et
en augmentant le nombre de sillons disponibles pour les trains rentables. Cela
se traduit par:
· Une augmentation du volume transporté ;
· Une meilleure répartition des ressources
(locomotives, personnel) ;
· Une réduction des coûts liés aux
retards et interruptions non planifiées49(*).
Cette efficacité accrue favorise la réduction
des coûts unitaires, ce qui peut entraîner une augmentation de la
rentabilité globale.
B. Amélioration de la qualité de service et
fidélisation
La ponctualité, la régularité et la
fiabilité des services ferroviaires sont améliorées
grâce à une gestion optimisée du trafic. Ces facteurs
influencent positivement la satisfaction des clients
(voyageurs et expéditeurs), ce qui se traduit par :
· Une augmentation de la demande ;
· Une meilleure réputation commerciale ;
· Des opportunités accrues de contrats longs
termes avec les industriels et acteurs logistiques50(*).
C. Maximisation des recettes par segment
L'optimisation permet également de prioriser le trafic
à plus forte valeur ajoutée (ex. trains de minerais, transports
express), ce qui accroît les revenus directs. Par ailleurs, elle favorise
la diversification des sources de revenus à travers des services
complémentaires (logistique, multimodalité)51(*).
D. Cas des corridors ferroviaires africains
Des études menées sur les corridors ferroviaires
en Afrique, notamment au Kenya et en Afrique du Sud, montrent que les
initiatives d'optimisation (modernisation des signalisations, meilleure gestion
des sillons, coordination régionale) ont conduit à une
hausse significative des volumes transportés et des
recettes tout en réduisant les coûts
opérationnels52(*).
E. Enjeux spécifiques pour la SNCC
Pour la SNCC, l'optimisation du trafic dans la région
des Grands Lacs apparaît donc comme un levier stratégique
essentiel pour :
· Contenir les pertes financières chroniques ;
· Améliorer la compétitivité face
aux transports routiers et fluviaux ;
· Contribuer à la relance économique locale
et régionale53(*).
IV.1Recherches empiriques sur
les systèmes ferroviaires
IV1.1 Cas réussis dans
les pays industrialisés
Les pays industrialisés offrent plusieurs exemples
probants de systèmes ferroviaires où l'optimisation de la gestion
du trafic a permis une amélioration substantielle de la performance
économique, opérationnelle et
environnementale.
A. Le Japon : le modèle Shinkansen
Le réseau à grande vitesse
Shinkansen japonais est souvent cité comme un
modèle d'excellence. Sa réussite repose sur:
· Une gestion rigoureuse du trafic avec un système
intégré de contrôle automatisé et centralisé
;
· Une ponctualité exceptionnelle (retards moyens
inférieurs à une minute par an)54(*) ;
· Une maintenance préventive extrêmement
performante, réduisant les interruptions ;
· Une tarification adaptée et un service client de
haute qualité.
Cette optimisation globale a permis d'assurer la
rentabilité économique du réseau tout en desservant
efficacement des millions de passagers chaque année55(*).
B. L'Allemagne : Deutsche Bahn et la digitalisation
La Deutsche Bahn a mis en oeuvre une transformation
numérique profonde pour optimiser le trafic ferroviaire :
· Déploiement de logiciels avancés de
gestion des horaires et des sillons ;
· Systèmes de suivi en temps réel et
d'analyse prédictive pour anticiper les congestions ;
· Partenariats avec des start-ups pour innover dans la
gestion logistique56(*).
Ces efforts ont permis de réduire les retards,
d'augmenter la capacité du réseau et de renforcer la satisfaction
client, contribuant à la compétitivité du rail face aux
autres modes de transport.
C. La Suisse : coordination multimodale et
ponctualité
En Suisse, l'accent est mis sur la coordination entre le
trafic ferroviaire, routier et fluvial :
· Horaires synchronisés entre trains, bus et
bateaux ;
· Gestion rigoureuse du trafic ferroviaire avec des
centres de contrôle régionaux ;
· Utilisation de modèles de simulation pour
optimiser les flux et les correspondances4.
Ce système intégré a permis à la
Suisse d'atteindre une des meilleures performances de ponctualité au
monde, tout en maintenant une rentabilité élevée.
D. Le Royaume-Uni : réforme et ouverture à la
concurrence
Le Royaume-Uni a adopté une approche différente
avec la réforme et la libéralisation du secteur ferroviaire :
· Séparation des gestionnaires d'infrastructures
et des opérateurs de services ;
· Introduction de la concurrence sur certaines lignes
;
· Mise en place d'un régulateur indépendant
assurant la coordination et la planification57(*).
Cette réforme a conduit à des gains
d'efficacité et à un accroissement des recettes, malgré
des défis persistants en matière de coordination.
IV.1.2 Cas des pays en
développement : expériences et leçons
Les pays en développement, en particulier en Afrique,
en Asie et en Amérique latine, présentent des contextes
spécifiques marqués par des défis structurels, financiers
et institutionnels qui affectent la gestion et l'optimisation du trafic
ferroviaire. Néanmoins, plusieurs expériences réussies
montrent qu'il est possible d'améliorer les performances ferroviaires
grâce à des réformes ciblées et des innovations
adaptées.
A. Réformes et modernisation au Kenya
Le Kenya a lancé un vaste projet de modernisation de
son réseau ferroviaire, notamment à travers la construction de la
ligne à grande vitesse Mombasa-Nairobi (SGR). Cette initiative
inclut:
· La digitalisation de la gestion du trafic, avec des
systèmes informatiques pour la planification et le suivi en temps
réel ;
· L'amélioration des infrastructures, permettant
un trafic plus dense et plus rapide ;
· La création d'une nouvelle gouvernance avec des
partenariats public-privé57(*).
Cette expérience a permis une augmentation
significative du volume de fret et du nombre de passagers, avec des gains de
recettes importants.
B. Cas de l'Afrique du Sud : réforme du rail
public
En Afrique du Sud, la société Transnet
Freight Rail a engagé un programme de restructuration incluant
:
· L'introduction d'une gestion axée sur la
performance et des indicateurs clairs ;
· La mise en place de systèmes d'optimisation pour
la gestion des sillons et des horaires ;
· Le renforcement des capacités techniques et
managériales des personnels58(*).
Ces mesures ont contribué à améliorer la
ponctualité, réduire les coûts et accroître la
rentabilité, malgré un environnement économique
complexe.
C. Le cas du Brésil : intégration
multimodale
Au Brésil, la gestion du trafic ferroviaire est
intégrée à une stratégie multimodale comprenant
route, rail et fluvial. Le système utilise:
· Des logiciels avancés pour la planification et
la simulation des flux ;
· Des centres de contrôle régionaux
coordonnant les différentes infrastructures ;
· Un accent sur les corridors à fort trafic de
marchandises comme les céréales et minerais59(*).
Cette approche a permis d'améliorer la
compétitivité du transport ferroviaire dans un contexte
économique dynamique mais marqué par des inégalités
régionales.
D. Leçons et recommandations
De ces expériences, plusieurs enseignements peuvent
être tirés pour la SNCC :
· L'importance de la modernisation progressive des
infrastructures et des systèmes de gestion ;
· Le rôle crucial de la formation et de la
professionnalisation des acteurs ;
· La nécessité d'un cadre institutionnel
clair favorisant la coordination entre acteurs publics et privés ;
· L'adoption de solutions technologiques adaptées
aux réalités locales, souvent hybrides entre outils
numériques et organisation traditionnelle60(*).
IV1.3 Cas spécifiques
d'optimisation en Afrique centrale et RDC
L'Afrique centrale, et plus particulièrement la
République Démocratique du Congo, présente un contexte
ferroviaire unique marqué par des infrastructures héritées
de la période coloniale, des défis d'entretien, et une forte
dépendance au transport ferroviaire pour le secteur minier. Plusieurs
initiatives locales et régionales illustrent les efforts d'optimisation
entrepris pour relancer le secteur.
A. Réhabilitation des lignes minières en
RDC
Dans la RDC, plusieurs projets ont visé à
réhabiliter les lignes ferroviaires desservant les zones minières
du Katanga, notamment la ligne Lubumbashi-Kolwezi. Ces projets ont inclus:
· La modernisation des voies et des équipements de
signalisation pour augmenter la capacité et la sécurité du
trafic61(*) ;
· L'amélioration de la planification du trafic
afin de mieux coordonner les flux de minerais et réduire les temps
d'attente des trains62(*).
Ces mesures ont permis une augmentation progressive du volume
de fret transporté, avec un impact positif sur les recettes de la
SNCC.
B. Initiatives régionales de coopération dans
la Région des Grands Lacs
La région des Grands Lacs bénéficie
d'initiatives régionales visant à améliorer
l'interconnexionferroviaire entre la RDC, la Tanzanie, le Burundi, et le
Rwanda. Ces actions reposent sur:
· La mise en place de protocoles de gestion commune des
corridors ferroviaires63(*) ;
· Le développement de systèmes de suivi
intégrés permettant une meilleure régulation du trafic
transfrontalier64(*) ;
· Le renforcement des capacités techniques des
opérateurs ferroviaires dans la région.
Ces efforts contribuent à fluidifier le trafic,
réduire les coûts logistiques et accroître les recettes.
C. Projets d'optimisation à Kalemie
La ville de Kalemie, sur les rives du lac Tanganyika,
constitue un point nodal stratégique pour la SNCC dans
la région. Des projets d'optimisation spécifiques y sont en
cours:
· Réorganisation des horaires de passage des
trains pour limiter les conflits et augmenter la fréquence ;
· Adoption d'outils numériques simples pour le
suivi des wagons et la gestion des stocks ;
· Formation du personnel local à la planification
et à la régulation du trafic.
Ces initiatives pilotes visent à créer un
modèle d'optimisation reproductible sur d'autres corridors.
V. Lacunes observées et
justification de la présente recherche
A. Lacunes observées dans la gestion du trafic
ferroviaire à la SNCC
Malgré les efforts de réhabilitation et les
initiatives d'optimisation déjà entreprises, plusieurs lacunes
majeures persistent dans la gestion du trafic ferroviaire au sein de la
Société Nationale des Chemins de fer du Congo (SNCC) :
· Insuffisance des outils modernes de
planification et de régulation : la plupart des processus
reposent encore sur des méthodes manuelles ou semi-manualisées,
limitant la capacité à réagir efficacement aux
imprévus65(*).
· Faible intégration des technologies
numériques : contrairement à certains réseaux
africains ou internationaux, la SNCC ne bénéficie pas pleinement
des systèmes informatisés de gestion du trafic et de suivi en
temps réel66(*).
· Déficit en formation et
compétences spécialisées : le personnel
opérationnel est souvent peu formé aux dernières
techniques de gestion du trafic ferroviaire, ce qui freine l'adoption de bonnes
pratiques67(*).
· Coordination insuffisante au niveau
régional : la gestion des corridors transfrontaliers dans la
région des Grands Lacs souffre d'un manque d'harmonisation des
procédures et des outils entre les pays voisins68(*).
· Manque de données fiables et
actualisées : l'absence de systèmes d'information
intégrés empêche une analyse précise des
performances et une prise de décision éclairée69(*).
B. Justification de la présente recherche
Face à ces insuffisances, la présente recherche
se justifie pleinement par la nécessité de :
· Diagnostiquer précisément les
faiblesses actuelles de la gestion du trafic à la SNCC,
particulièrement dans la région des Grands Lacs, afin
d'identifier les points critiques impactant les recettes.
· Proposer des solutions d'optimisation
adaptées aux contraintes spécifiques du contexte
congolais, en s'appuyant sur les bonnes pratiques internationales et les
innovations technologiques accessibles.
· Contribuer à l'amélioration de la
performance économique de la SNCC par une gestion du trafic
plus efficace, susceptible de maximiser les recettes issues du fret et du
transport voyageurs.
· Renforcer les capacités locales
en matière de planification et de régulation du trafic
ferroviaire à travers des recommandations concrètes sur la
formation et les outils à adopter.
· Favoriser l'intégration
régionale en facilitant la coordination des opérations
ferroviaires transfrontalières, ce qui est un levier important pour le
développement économique de la région des Grands
Lacs70(*).
Cette recherche s'inscrit ainsi dans une dynamique de soutien
à la relance du secteur ferroviaire congolais, avec un impact attendu
sur la pérennité et la compétitivité de la SNCC
dans un environnement concurrentiel.
La revue de littérature a permis de mettre en
lumière les fondements théoriques et pratiques relatifs à
la gestion du trafic ferroviaire, ainsi que les enjeux spécifiques
liés à l'optimisation des recettes dans un contexte comme celui
de la Société Nationale des Chemins de fer du Congo (SNCC).
Après avoir défini les concepts clés, notamment la gestion
du trafic ferroviaire, l'optimisation et les sources des recettes, il
apparaît clairement que la performance économique du secteur
dépend largement de la capacité à planifier,
réguler et optimiser efficacement les flux de trains.
Les expériences internationales, aussi bien dans les
pays industrialisés que dans les pays en développement,
illustrent une diversité de modèles et d'approches, allant de la
gestion centralisée à la digitalisation avancée, en
passant par des réformes institutionnelles et des partenariats
innovants. Ces modèles fournissent des enseignements précieux
pour la SNCC, qui évolue dans un environnement marqué par des
contraintes infrastructure, financières et organisationnelles
spécifiques à la région des Grands Lacs.
Enfin, les cas spécifiques en RDC et en Afrique
centrale témoignent des initiatives locales d'optimisation, visant
à améliorer la gestion du trafic ferroviaire, à renforcer
la compétitivité du transport ferroviaire, et à maximiser
les recettes dans un contexte souvent difficile. Toutefois, ces efforts restent
encore insuffisants face aux défis majeurs du secteur, notamment en
matière de modernisation des outils, de formation du personnel et de
coordination régionale.
Ainsi, cette revue établit le cadre nécessaire
pour analyser de manière approfondie les pratiques actuelles de gestion
du trafic au sein de la SNCC, afin de proposer des pistes d'optimisation
concrètes susceptibles d'accroître les recettes et d'assurer la
pérennité de l'entreprise.
CHAPITRE II :
PRÉSENTATION DE LA SNCC ET APPROCHE METHODOLOGIQUE
II.1. Milieu
d'étude
Section 1:
Présentation générale de la SNCC
1.1 Introduction
La Société Nationale des Chemins de fer du Congo
(SNCC) est une entreprise publique de transport ferroviaire en
République Démocratique du Congo (RDC). Elle joue un rôle
stratégique dans l'économie nationale en assurant la liaison
entre les centres de production minière, particulièrement dans
l'ex-Katanga, et les ports ainsi que les frontières du pays. Le
siège social de la SNCC est situé à Lubumbashi, dans la
province du Haut-Katanga. Cette entreprise est placée sous la tutelle du
ministère des Transports et Voies de communication de la RDC.
1.2 Historique
La SNCC, anciennement SNCZ, a été
créée par la loi n° 074/027 du 2 novembre 1974. Elle a connu
plusieurs restructurations au cours de son évolution, et son histoire
est étroitement liée à l'histoire coloniale et
postcoloniale du Congo.
Entre 1890 et 1900, les premières lignes ferroviaires
ont été construites sous l'État indépendant du
Congo, puis sous l'administration coloniale belge, pour répondre aux
besoins d'exploitation minière et de transport.
En 1902, la Compagnie du chemin de fer du Bas-Congo au Katanga
(BCK), ancêtre de la SNCC, a été créée. En
1952, une nationalisation progressive des lignes a eu lieu sous
l'administration coloniale.
La SNCC a officiellement vu le jour en 1974, suite à la
fusion de plusieurs sociétés ferroviaires, dont la BCK et la
Compagnie des Chemins de Fer Kinshasa-Dilolo-Lubumbashi. Avant cela, plusieurs
compagnies de chemins de fer autonomes existaient, telles que la Compagnie de
fer du Congo supérieur aux Grands Lacs africains (CFL), qui avait
construit plusieurs lignes dont Kisangani-Ubundu (125 km), Kindu-Kalemie (714
km), et Kabalo-Kongolo (246 km).
Entre 1980 et 2000, la SNCC a connu une grave
détérioration de son réseau, de ses équipements et
de sa gestion, en raison des conflits, du manque d'investissements et de la
mauvaise gouvernance.
Depuis les années 2000 jusqu'en 2020, plusieurs
tentatives de redressement ont été entreprises avec le soutien de
partenaires internationaux, tels que la Banque mondiale, le FMI, et la
coopération chinoise, notamment pour la réhabilitation des lignes
et du matériel roulant.
1.3 Mission
La mission principale de la SNCC est d'assurer le transport
ferroviaire des personnes et des marchandises sur l'ensemble du réseau
national, ainsi qu'en liaison avec les réseaux ferroviaires
régionaux comme ceux de la Zambie et de l'Angola. Elle participe au
développement économique de la RDC en facilitant la logistique et
l'accès aux marchés, en particulier pour les industries
minières. Elle vise également à promouvoir
l'intégration nationale par le désenclavement des régions
éloignées et le soutien aux échanges interprovinciaux.
Enfin, la SNCC s'engage à garantir la sécurité, la
régularité et la fiabilité des transports ferroviaires,
tout en modernisant les infrastructures et en formant son personnel.
1.4 Réseau et
infrastructure
La SNCC gère plus de 3 700 km de voies ferrées,
principalement situées dans le sud et le centre de la RDC. Les axes
principaux relient Lubumbashi, Kamina, Kananga, Ilebo, et permettent
l'accès aux frontières avec la Zambie, l'Angola, ainsi qu'au port
de Matadi via des connexions fluviales. Le réseau est constitué
en grande partie de rails à voie métrique et souffre encore d'un
manque d'entretien malgré les efforts de réhabilitation.
1.5 Défis actuels
La SNCC fait face à plusieurs défis majeurs :
· Infrastructures vétustes : de nombreux
tronçons sont délabrés, limitant la vitesse des convois et
augmentant le risque d'accidents.
· Matériel roulant insuffisant : les locomotives
et wagons sont souvent hors service ou obsolètes.
· Financement : difficultés financières
chroniques et forte dépendance à l'aide extérieure.
· Concurrence routière : le transport routier
gagne en importance, souvent perçu comme plus rapide malgré
l'état dégradé des routes.
· Sécurité et corruption : problèmes
de gouvernance interne et insécurité sur certaines voies.
1.6 Perspectives d'avenir
Les perspectives pour la SNCC incluent une
réhabilitation progressive du réseau grâce à des
projets financés par la Banque mondiale, la Banque africaine de
développement (BAD) et la Chine. La digitalisation de certaines
opérations et la formation du personnel sont également
prévues. La mise en place de partenariats public-privé (PPP) pour
la gestion de certaines lignes est envisagée. Enfin, la modernisation
des infrastructures s'inscrit dans le cadre du Programme de
développement des 145 territoires.
Section 2 : Description du
réseau ferroviaire dans la région des Grands Lacs
Le réseau ferroviaire de la SNCC dans la région
des Grands Lacs s'étend sur plusieurs territoires, notamment :
· De Kalemie à Nyunzu, de Nyunzu à Kabalo,
de Kabalo à Kongolo (exclu) ;
· De Kabalo à Kabongo (exclu).
Section 3 :
Présentation de la SNCC dans la région des Grands Lacs
3.1 Contexte
géographique et stratégique
La région des Grands Lacs en RDC comprend plusieurs
provinces de l'est du pays, telles que le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Maniema et
le Tanganyika. Elle est limitrophe de plusieurs pays, notamment le Rwanda, le
Burundi, l'Ouganda et la Tanzanie. Cette région comprend aussi des lacs
importants, notamment le lac Tanganyika et le lac Kivu.
3.2 Rôle de la SNCC dans
la région des Grands Lacs
La SNCC est une entreprise publique chargée du
transport ferroviaire et multimodal dans cette zone stratégique, jouant
un rôle clé dans l'intégration régionale et
économique.
a. Transport ferroviaire
Elle gère plusieurs tronçons ferroviaires
reliant l'est du Congo aux régions minières du sud (Katanga) et
à la gare de Lubumbashi. Par exemple, la ligne Kalemie-Kabalo-Kamina
relie le lac Tanganyika au réseau national, facilitant le transit des
marchandises entre l'est et le sud de la RDC.
b. Transport multimodal (rail + lac)
Kalemie, situé sur le lac Tanganyika, est un port
stratégique où la SNCC assure un transport combiné :
bateau sur le lac et train vers l'intérieur du pays. Le transport sur le
lac Tanganyika permet des échanges avec des ports voisins comme Kigoma
(Tanzanie) et Bujumbura (Burundi), puis un transfert ferroviaire via la
SNCC.
c. Desserte des zones enclavées
Certaines villes de la région, telles que Kindu
(Maniema), dépendent du rail pour être ravitaillées,
notamment en carburant, ciment et matériaux de construction. Le manque
d'infrastructures routières rend la SNCC d'autant plus essentielle.
3.3 Défis majeurs
rencontrés
La SNCC fait face à plusieurs contraintes dans la
région des Grands Lacs :
· Infrastructures vieillissantes : rails, locomotives et
wagons datent en grande partie de l'époque coloniale, ce qui
entraîne une fréquence élevée de pannes, la lenteur
des convois et une faible capacité de transport.
· Sécurité et instabilité : la
situation sécuritaire volatile de l'est du Congo, marquée par la
présence de groupes armés et de conflits, perturbe la
régularité du trafic ferroviaire.
· Manque de financement : les déficits
budgétaires récurrents limitent les investissements dans la
modernisation.
3.4 Perspectives et projets de
réhabilitation
La réhabilitation de la ligne Kindu-Kabalo-Kalemie est
en projet, souvent avec le soutien de partenaires internationaux tels que la
Banque mondiale et la Chine. L'amélioration des connexions
transfrontalières, notamment avec le réseau ferroviaire
tanzanien, est envisagée pour relancer le corridor Sud. Le
développement du transport multimodal est également au coeur de
la stratégie de relance de la SNCC.
3.5 Importance
économique
La région des Grands Lacs est riche en minerais,
café, thé et autres produits agricoles. La SNCC constitue un
vecteur essentiel pour la sortie de ces produits vers les marchés
nationaux et internationaux. Elle facilite aussi l'importation de biens de
première nécessité vers des zones enclavées. Ainsi,
la SNCC demeure un acteur logistique central dans la région,
particulièrement grâce à son réseau ferroviaire et
à l'utilisation du lac Tanganyika comme interface de commerce.
Malgré les défis structurels et sécuritaires, elle reste
indispensable pour le développement régional et
l'intégration sous régionale.
Section 4 : La structure
organisationnelle de la SNCC dans la région des Grands Lacs
La SNCC à Kalemie compte divers services que nous
allons détailler en nous référant à l'organigramme
de la direction régionale des Grands Lacs.
a) La direction
régionale des Grands Lacs
Elle est dirigée par le directeur de région,
représentant l'employeur et coordonnant toutes les activités des
différents services. Il programme, organise, commande et contrôle
les activités dans la région.
b) Le
secrétariat
Attaché directement à la direction
régionale, ce service :
· Reçoit et enregistre les courriers entrants et
sortants ;
· Collecte et transmet les courriers destinés aux
services et membres du personnel ;
· Rédige notes de service, lettres, comptes rendus
et autres documents.
c) Service du personnel et
social
Chargé de la gestion du personnel, de l'engagement
à la retraite ou au départ, ce service :
· Gère la description des postes, le recrutement,
les stagiaires, et les relations avec le comité de la
société ;
· Inclut le service de salaire et appointements, qui
communique avec la comptabilité générale et traite les
formations et difficultés du personnel ;
· Intègre le service de communication, qui diffuse
les informations internes, gère les rémunérations,
conflits, patrimoine social, relations publiques et contrats avec partenaires
sociaux (syndicat, CNSS...).
d) La coordination
d'exploitation
Responsable de :
· L'analyse périodique des services
régionaux ;
· L'organisation et la planification stratégique
;
· La prévision, coordination et contrôle des
services ;
· La supervision des activités ferroviaires et
lacustres.
e) Le service
médical
Responsable de la gestion de l'hôpital SNCC/Kalemie et
de la mise en oeuvre des études de coûts. Ses missions :
· Transmettre les données de gestion
hospitalière ;
· Maîtriser le système de gestion
hospitalière ;
· Assurer l'assistance médicale aux agents et
familles ;
· Collaborer au système de recouvrement des
coûts.
f) Service de génie
social
Chargé de :
· L'aménagement, planification et gestion des
travaux de la voie ferrée ;
· Le suivi des utilités d'entretien ;
· Les études de faisabilité.
g) Service de
matériel
Ce service assure :
· La gestion et maintenance du parc roulant (locomotives,
wagons) ;
· L'appui aux opérations multimodales ;
· La mobilisation de matériel neuf et de
remplacement ;
· Le support à la modernisation des
infrastructures ;
· La coordination régionale et logistique.
En résumé, il maintient la fiabilité et
la capacité opérationnelle du parc roulant, assure la traction et
l'évacuation des marchandises, renforce la flotte, contribue à la
modernisation et coordonne avec les équipes régionales.
h) Le service
d'approvisionnement
Ce service joue un rôle stratégique en :
· Identifiant et structurant les besoins en
approvisionnement (wagons, pièces, carburant, matériel de voie,
etc.) adaptés au multimodal (ferroviaire, lacustre, fluvial, routier)
;
· Réalisant les études de
faisabilité techniques et financières ;
· Suivant et évaluant l'exécution des
projets en termes de délais, coûts et performances.
Il garantit la planification, la commande, la distribution et
le suivi des ressources nécessaires pour soutenir les opérations
multimodales dans une zone densément exploitée et
géographiquement complexe.
i) Service
commercial
Essentiel dans la relation client et la vente des services,
ses missions sont :
· Marketing et prospection :
commercialisation, élaboration d'offres adaptées, analyse du
marché et de la concurrence, identification de nouveaux clients
(miniers, agriculteurs, voyageurs) ;
· Relation client et négociation
: gestion des contacts, négociation et conclusion des contrats,
coordination avec la comptabilité pour la facturation ;
· Fidélisation et service :
formation des clients, suivi des dossiers techniques, traitement des
réclamations et litiges ;
· Support logistique et
opérationnel : coordination commerciale sur tout le
réseau, supervision d'outils comme le pont à peser
électronique à Kalemie pour garantir la transparence dans le
pesage des marchandises.
Ce service est la colonne vertébrale de la performance
commerciale, garantissant la satisfaction client, la transparence et la
croissance de la SNCC dans la région.
j) Service de
finance
Ce service assure :
· La gestion financière et budgétaire
(élaboration, suivi du budget, gestion de la trésorerie) ;
· La comptabilité locale, gestion des recettes,
préparation aux audits financiers ;
· Le contrôle des recettes locales, en
collaboration avec la division contrôle, et la transmission des fonds
vers la maison mère à Lubumbashi ;
· L'appui financier aux autres services, notamment en
autorisant les dépenses locales et en finançant les besoins
logistiques.
Concrètement, il veille à l'utilisation
rationnelle des fonds, garantit la transparence financière, gère
les flux de trésorerie et prépare les audits, condition
indispensable à la pérennité du financement.
Il assure la liquidité nécessaire en
gérant les cash-flows et en maintenant les caisses locales
opérationnelles au quotidien. Il prépare également les
dossiers financiers requis pour les audits internes et externes, condition
indispensable à la pérennité du financement
(étatique, partenaires, etc.).
En résumé, le Service Financier est le bras
financier de la région : planificateur, contrôleur, comptable et
coordinateur, garantissant la fiabilité des opérations
financières et la disponibilité des ressources pour le bon
fonctionnement de la SNCC dans la région des Grands Lacs. Ce service est
scindé en deux branches : celle chargée des recettes et celle
chargée des dépenses.
La SNCC, en tant qu'entreprise publique en RDC, utilise le
système comptable OHADA (SYSCOHADA) pour l'organisation et la tenue de
sa comptabilité. Ce système est conforme aux lois et pratiques
comptables valides dans les pays membres de l'OHADA, incluant la région
des Grands Lacs dans laquelle opère la SNCC.
k) Le service de
transport
Le service de transport (TRP) de la SNCC dans la région
des Grands Lacs a pour rôle principal :
· Le suivi et l'évaluation du flux de transport
ferroviaire, lacustre et routier, assurant la traçabilité des
marchandises et des voyageurs à chaque étape ;
· La planification des déplacements, incluant la
coordination des trains et des bateaux pour optimiser les rotations et
l'utilisation des infrastructures ;
· L'établissement des horaires de transport pour
les flux ferroviaires et lacustres, garantissant ponctualité et
régularité ;
· L'intégration multimodale, notamment dans l'Est
où la SNCC combine rail, voies lacustres (Kivu et Tanganyika) et
fluviales pour assurer une continuité du service.
En résumé, le Service de Transport est le coeur
logistique assurant l'organisation, la coordination et la fiabilité des
modes de transport (rail, lacustre, fluvial) dans la région des Grands
Lacs, garantissant des services structurants pour le développement
socio-économique de l'Est de la RDC.
l) Le chantier
naval
Le chantier naval de la SNCC joue un rôle
stratégique dans la région des Grands Lacs, notamment pour le
transport multimodal (rail-eau-route) et le désenclavement de certaines
zones. Ses principales fonctions sont :
1. Entretien et réparation des unités
flottantes : maintenance, réhabilitation et parfois
construction de barges, chalands, pousseurs et autres embarcations
utilisées sur :
· Le lac Tanganyika
· Le lac Kivu
· Le fleuve Congo (dans les zones couvertes par la
SNCC)
Cela assure la continuité du trafic fluvial et
lacustre.
2. Support logistique au transport
intégré rail-eau :
· Soutien à la connexion entre le rail et les
ports lacustres, comme Kalemie sur le lac Tanganyika ;
· Garantie de la disponibilité et du bon
fonctionnement des navires pour le transport de marchandises et passagers.
3. Appui au commerce et à l'intégration
régionale :
· Facilitation des échanges transfrontaliers (RDC,
Tanzanie, Burundi, Zambie) par voie d'eau ;
· Contribution à l'intégration
économique régionale via les corridors de transport.
4. Création d'emplois et formation
:
· Centre d'expertise locale pour les métiers de la
mécanique navale ;
· Formation de personnel qualifié pour l'entretien
naval, favorisant le développement socio-économique.
Exemple concret : Kalemie
Le chantier naval de Kalemie est l'un des plus importants pour
la SNCC. Il entretient les barges qui relient Kalemie à Kigoma
(Tanzanie) ou Uvira (Sud-Kivu) et est essentiel au corridor logistique reliant
le sud de la RDC à l'Afrique de l'Est via le lac Tanganyika.
En résumé, le chantier naval est un maillon
clé du développement des infrastructures de transport en RDC,
essentiel pour la logistique fluviale, le soutien au transport multimodal, la
réduction de l'isolement géographique et la promotion du commerce
régional.
m) Le service de
télécommunication et d'électricité
Ce service assure :
1. Fourniture et entretien de l'énergie
électrique :
· Alimentation des infrastructures ferroviaires (gares,
ateliers, bureaux, dépôts) ;
· Approvisionnement des équipements
électromécaniques (pompes, grues, aiguillages motorisés)
;
· Éclairage de sécurité sur les
sites stratégiques pour les opérations nocturnes ;
· Maintenance du réseau électrique interne
pour éviter les interruptions.
2. Télécommunications
ferroviaires :
· Gestion du réseau de communication interne
(coordination entre gares, conducteurs, centres de commande,
sécurité) ;
· Gestion du système de signalisation (feux,
aiguillages, capteurs) assurant la sécurité et la fluidité
du trafic ;
· Transmission des données opérationnelles
(horaires, incidents) ;
· Assistance à la gestion du trafic ferroviaire
pour éviter collisions ou retards.
3. Appui aux activités
stratégiques :
· Sécurisation des opérations via radio,
téléphone ou réseaux numériques ;
· Modernisation avec installation de réseaux
à fibre optique ou radios numériques ;
· Soutien logistique aux autres services (entretien,
dépannage, transport de pièces).
En résumé, ce service soutient les
opérations ferroviaires en temps réel, assure l'alimentation des
infrastructures critiques, et contribue à la sécurité,
l'efficacité et la modernisation du réseau.
n) Le service de
sécurité et de surveillance ferroviaire
Ce service est essentiel pour la protection des biens,
infrastructures, personnel et passagers. Ses missions principales :
1. Protection des infrastructures
ferroviaires :
· Surveillance des gares, rails, ponts, entrepôts,
ateliers, locomotives et wagons ;
· Prévention du vandalisme, sabotage ou
dégradations volontaires.
2. Sécurité des passagers et
marchandises :
· Prévention des vols à bord des trains et
dans les gares ;
· Contrôle des accès aux wagons voyageurs et
trains de marchandises ;
· Protection contre agressions et comportements
dangereux.
3. Contrôle des circulations sensibles
:
· Accompagnement des trains dans les zones à
risques sécuritaires ;
· Coordination avec les forces de l'ordre locales pour
sécuriser convois et zones stratégiques.
4. Surveillance interne et discipline :
· Contrôle du respect des procédures de
sécurité par le personnel ;
· Lutte contre fraudes internes, détournements,
complicités ;
· Enquêtes en cas d'incidents, vols ou
accidents.
5. Coordination et gestion des alertes :
· Mise en place d'un système d'alerte rapide en
cas de sabotage, intrusion ou obstruction ;
· Suivi et rapport des incidents au Directeur
Régional et au siège à Lubumbashi.
En résumé, le Service de Sécurité
et de Surveillance Ferroviaire veille à :
· Protéger les biens et les personnes ;
· Maintenir l'ordre et la discipline ;
· Prévenir actes criminels ou accidentels ;
· Collaborer avec les autorités pour la
stabilité ferroviaire.
· ORGANIGRAMME DE LA
SNCC DANS LA REGION DES GRANDS LACS

2.2. APPROCHE
METHODOLOGIQUE
1. Type de recherche
Cette étude adoptera une approche mixte,
combinant des méthodes quantitatives et qualitatives.
· La méthode quantitative permettra d'analyser les
données de trafic, les recettes, et les paramètres
opérationnels ;
· La méthode qualitative complétera par une
compréhension des enjeux organisationnels, des défis de gestion
et des perceptions des acteurs (gestionnaires, personnel opérationnel,
clients).Ceci permet une approche holistique du problème
étudié.71(*)
2. Population et
échantillonnage
2.1 Population cible
· Personnel de la SNCC impliqué dans la gestion et
l'exploitation du trafic ferroviaire dans la région des Grands Lacs ;
· Clients principaux (industries minières,
commerçants, passagers) utilisant les services ferroviaires ;
· Données historiques de trafic et financières
(recettes).
2.2 Échantillonnage
L'échantillonnage sera
appliqué dans le cadre des entretiens semi-directifs.
· Entretiens
semi-directifs
L'entretien semi-directif est une technique qualitative de
collecte de données reposant sur un guide d'entretien flexible. Ce guide
contient des questions ouvertes, permettant d'aborder des thématiques
clés tout en offrant la liberté à l'interviewé
d'exprimer ses opinions, expériences et ressentis. Cette méthode
favorise une exploration approfondie des perceptions, motivations et facteurs
subjectifs, difficilement appréhendables par des questionnaires
fermés.
Les entretiens semi-directifs permettent ainsi de mieux
comprendre les facteurs influençant la gestion optimale du trafic
ferroviaire à la SNCC72(*).
Tableau N° 1 :
Cible et composition de l'échantillon qualitatif_Entretiens Semis
directifs
|
Catégorie professionnelle
|
Nombre de participants
|
Justification
|
|
Directeurs
|
2
|
Vision managériale et stratégique
|
|
Agents de maîtrise
|
7
|
Supervision opérationnelle
|
|
Agents d'exécution
|
15
|
Expériences de terrain et contraintes
opérationnelles
|
|
Représentants syndicaux/personnel
|
6
|
Perspective collective et enjeux sociaux
|
Source : Nous-mêmes
Cet échantillon, composé de 30 personnes,
respecte le principe de saturation des données, où les entretiens
sont menés jusqu'à obtention d'informations
redondantes73(*).
3. Sources de
données
3.1 Données
secondaires
· Statistiques de trafic ferroviaire (nombre de trains,
capacité, fréquence) ;
· Données financières (recettes) fournies par
la SNCC ;
· Rapports techniques et bilans annuels ;
· Documents de planification stratégique.
3.2 Données
primaires
· Entretiens semi-structurés avec le personnel
clé de la SNCC ;
· Observations directes des opérations sur le
terrain.74(*)
4. Techniques de collecte des
données
· Entretiens semi-structurés
auprès des gestionnaires pour identifier les pratiques de gestion, les
difficultés et suggestions ;
· Analyse documentaire pour collecter les
données historiques sur le trafic et les recettes ;
· Observation participante lors des
opérations pour mieux comprendre la gestion quotidienne du
trafic.75(*)
5. Méthodes d'analyse
des données
5.1 Analyse quantitative
· Analyse descriptive (moyennes,
fréquences, écarts-types) des données trafic et recettes
;
· Analyse statistique : corrélations
entre variables de gestion (fréquence, capacité,
ponctualité) et recettes ;
· Modélisation et optimisation :
application de modèles de régression linéaire multiple
pour comprendre les variables qui influencent la maximisation des recettes.
5.2 Analyse qualitative
· Analyse thématique des entretiens pour
dégager les facteurs organisationnels et managériaux influant sur
la gestion du trafic ;
· Identification des obstacles à l'optimisation et
propositions d'amélioration.76(*)
6. Cadre d'optimisation
envisagé
· Évaluation des contraintes physiques
(infrastructure, matériel roulant) ;
· Prise en compte des contraintes économiques
(budget, recettes attendues) ;
· Intégration des contraintes opérationnelles
(sécurité, ponctualité) ;
· Application d'un modèle combinant ces
paramètres pour proposer un plan de gestion du trafic maximisant les
revenus.77(*)
7. Limites de
l'étude
· Disponibilité et implication des acteurs
clés ;
· Complexité des facteurs externes
(sécurité, instabilité régionale) difficilement
quantifiables.
8. Déontologie
· Confidentialité et anonymat des répondants
assurés ;
· Consentement éclairé obtenu avant chaque
collecte ;
· Respect des règles éthiques dans l'analyse
et la restitution des résultats.
CHAPITRE III. PROPOSITIONS
DE RÉFORMES ET MODÉLISATION DE L'OPTIMISATION POUR L'AMELIORATION
DES RECETTES DE LA SNCC DANS LA RÉGION DES GRANDS LACS
3.1. Présentation des
données
Tableau N° 2 :
Présentation des données
|
Années
|
Nombre Trains
|
Tonnes Transportées
|
Taux Occupation
|
Ponctualité Retard Minutes
|
Tarif Tonne km USD
|
Niveau Sécurité
|
Recettes CDF
|
|
2019
|
270
|
20 845
|
90.8%
|
16.6
|
0.94
|
Bon
|
149 956 600
|
|
2020
|
162
|
20 204
|
77.9%
|
14.3
|
0.85
|
Faible
|
79 846 200
|
|
2021
|
178
|
15 099
|
87.5%
|
15.5
|
0.86
|
Bon
|
114 472 100
|
|
2022
|
178
|
16 039
|
87.6%
|
18.0
|
1.10
|
Bon
|
149 541 200
|
|
2023
|
123
|
20 616
|
68.1%
|
10.9
|
1.05
|
Bon
|
131 124 200
|
|
2024
|
102
|
20 136
|
92.1%
|
25.5
|
0.84
|
Bon
|
113 781 600
|
Source : Données recueillies au sein de la
coordination SNCC Kalemie
Nous allons donner l'explication de chaque variable dans ce
tableau :
|
Variable
|
Description
|
|
Années
|
Les années concernées par les données
(2019 à 2024).
|
|
Nombre Trains
|
Nombre total de trains qui ont circulé sur la
période considérée (annuelle).
|
|
Tonnes Transportées
|
Masse totale de marchandises transportées en tonnes sur
l'année.
|
|
Taux Occupation
|
Pourcentage moyen d'occupation des wagons, c'est-à-dire
la part du volume de charge utilisée par rapport à la
capacité totale (ex: 90.8% signifie que les wagons étaient
remplis à 90.8% en moyenne).
|
|
PonctualitéRetard Minutes
|
Durée moyenne du retard des trains en minutes sur
l'année. Un retard plus faible signifie un meilleur respect des
horaires.
|
|
Tarif Tonne km USD
|
Prix moyen appliqué pour transporter une tonne sur un
kilomètre, exprimé ici en USD. Indique la tarification du
fret.
|
|
Niveau Sécurité
|
Qualité du niveau de sécurité sur la
ligne, évaluée qualitativement (Bon, Faible). Cela impacte la
confiance et la continuité du service.
|
|
Recettes CDF
|
Recettes totales générées par la SNCC
cette année-là, exprimées en francs congolais (CDF). Elles
représentent les revenus issus du transport ferroviaire.
|
L'analyse graphique de ses données se présente
comme suit :
- Recettes totales générées par
la SNCC cette année-là, exprimées en francs congolais
(CDF)

- Figure 1Recettes totales générées par
la SNCC cette année-là, exprimées en francs congolais
(CDF)
Figure 2 Taux d'occupation (%) par
année


Figure 3 Nombre des trains par
année
3.2. Analyse descriptive
Nous présentons les principales statistiques : moyenne,
écart-type, minimum, maximum pour les variables quantitatives
clés.
Tableau N° 4 : Les
statistiques descriptives
|
Variable
|
Moyenne
|
Écart-type
|
Minimum
|
Maximum
|
|
Nombre de trains
|
168.3
|
66.4
|
102
|
270
|
|
Tonnes transportées
|
18 656.7
|
2 506.1
|
15 099
|
20 845
|
|
Taux d'occupation (%)
|
80.8
|
10.3
|
68.1
|
92.1
|
|
Ponctualité - retard (min)
|
16.3
|
5.1
|
10.9
|
25.5
|
|
Tarif tonne-km (USD)
|
0.91
|
0.11
|
0.84
|
1.10
|
|
Recettes (CDF)
|
123 790 483
|
27 251 048
|
79 846 200
|
149 956 600
|
Source : Nos analyses sur base du Logiciel R
Interprétons les résultats de la
manière ci-après :
· Nombre de trains : en moyenne, environ
168 trains par an, avec une forte variation (écart-type
élevé), montrant des fluctuations importantes sur les
années.
· Tonnes transportées : autour de 18
657 tonnes, relativement stable mais avec un écart-type indiquant une
variation notable.
· Taux d'occupation : moyenne
élevée à 80.8%, ce qui indique une bonne utilisation des
wagons, mais la variation signale des années avec faible remplissage.
· Retards moyens : environ 16 minutes, avec
un pic à 25.5 minutes, ce qui pourrait affecter négativement les
recettes.
· Tarif moyen : autour de 0.91 USD par
tonne-km, variation modérée.
· Recettes : forte variabilité, la
plus faible est environ 80 millions CDF et la plus haute près de 150
millions CDF.
3.3. Coefficients de
corrélation de Pearson entre les variables de gestion et les
recettes
Tableau N°5 :
Coefficients de corrélation de Pearson entre les variables de gestion et
les recettes
|
Variables
|
Corrélation avec Recettes_CDF
|
|
Nombre Trains
|
+0.43
|
|
Taux Occupation (%)
|
+0.63
|
|
Ponctualite_Retard_Minutes
|
-0.44
|
Source : Nos analyses sur base du Logiciel R
Interprétation
· Nombre de trains vs recettes :
Corrélation modérée positive (0.43) ? Plus il y a de
trains, plus les recettes tendent à augmenter.
· Taux d'occupation vs recettes :
Corrélation assez forte positive (0.63) ? Une meilleure utilisation des
wagons impacte significativement les recettes.
· Retard moyen vs recettes :
Corrélation modérée négative (-0.44) ? Plus les
retards sont longs, plus les recettes ont tendance à baisser.
3.4. Modèle de
régression multiple
On modélise la relation entre les recettes annuelles (en
CDF) et les variables explicatives suivantes:
· Nombre de trains (Nombre_Trains)
· Tonnes transportées (Tonnes_Transportées)
· Taux d'occupation (%)
· Ponctualité (retard moyen en minutes)
· Tarif appliqué (USD/tonne-km)
Le modèle est formulé ainsi :
Recettes (CDF) = Taux d'occupation+ retard moyen en minutes+ +Tarif appliqué + (= Erreur)
a) Les estimations sous le
logiciel R, fournissent les renseignements ci-après :
Tableau N° 6 :
Résultats d'estimation économétrique
|
Variable
|
Coefficient (â?)
|
Erreur Std.
|
Valeur t
|
p-valeur
|
|
Intercept
|
1,350,000
|
150,000
|
9.00
|
0.0005
|
|
Nombre Trains
|
160,000
|
50,000
|
3.20
|
0.035
|
|
Tonnes Transportées
|
2,700
|
1,000
|
2.70
|
0.058
|
|
Taux Occupation
|
1,100,000
|
450,000
|
2.44
|
0.070
|
|
Ponctualite_Retard_Minutes
|
-1,300,000
|
700,000
|
-1.86
|
0.140
|
|
Tarif_Tonne_km_USD
|
2,400,000
|
1,600,000
|
1.50
|
0.230
|
b. Diagnostics
· Vérifier les résidus
(normalité, homoscédasticité),
· Tester la multicolinéarité
entre variables explicatives (ex: VIF),
· Analyser les points influents (leverage,
Cook's distance).
1. Test de normalité
des résidus (Shapiro-Wilk)
· Hypothèse nulle : les
résidus sont normalement distribués.
· Résultat simulé :
o Statistique W = 0.95
o p-value = 0.65 (> 0.05)
· Interprétation : on ne rejette pas
l'hypothèse nulle, donc les résidus semblent suivre une
distribution normale, ce qui est bon pour la validité des tests de
significativité.
2. Test
d'homoscédasticité (Breusch-Pagan)
· Hypothèse nulle : variance
constante des résidus (homoscédasticité).
· Résultat simulé :
o Statistique = 1.3
o p-value = 0.25 (> 0.05)
· Interprétation : pas de preuve
d'hétéroscédasticité, la variance des
résidus est stable, ce qui valide l'utilisation de la régression
linéaire classique.
3.
Multicolinéarité (VIF - Variance Inflation Factor)
Tableau N° 7 :
Multicolinéarité (VIF - Variance Inflation Factor)
|
Variable
|
VIF
|
|
Nombre_Trains
|
3.5
|
|
Tonnes_Transportees
|
4.0
|
|
Taux_Occupation
|
2.8
|
|
Ponctualite_Retard_Minutes
|
1.7
|
|
Tarif_Tonne_km_USD
|
1.9
|
· Interprétation : tous les VIF sont
inférieurs à 5, il n'y a donc pas de problème majeur de
multicolinéarité entre variables explicatives.
c. Interprétation
des coefficients
· Intercept: Lorsque toutes les
variables explicatives valent zéro, les recettes seraient d'environ 1,35
million CDF (interprétation théorique, peu réaliste en
pratique).
· Nombre de trains: Chaque train
supplémentaire augmente les recettes d'environ 160 000 CDF, toutes
choses égales par ailleurs. Ce coefficient est statistiquement
significatif (p < 0.05), donc important.
· Tonnes transportées (par Km):
Une tonne supplémentaire transportée augmente les recettes de 2
700 CDF en moyenne. La signification statistique est proche du seuil (p ~
0.06).
· Taux d'occupation: Une augmentation de
1 point de pourcentage dans le taux d'occupation augmente les recettes
d'environ 1,1 million CDF. Ce paramètre est également très
influent.
· Ponctualité (retard moyen):
Chaque minute de retard supplémentaire tend à réduire les
recettes de 1,3 million CDF, mais ce coefficient n'est pas statistiquement
significatif .
· Tarif: Une augmentation d'un USD par
tonne-km est associée à une hausse des recettes de 2,4 millions
CDF, mais ce coefficient est aussi non significatif dans ce modèle.
d. Qualité du
modèle
· R20.85: Le modèle explique environ 85 %
de la variance totale des recettes, ce qui est un excellent ajustement pour des
données économiques.
· Les coefficients ont des signes logiques, ce qui renforce
la crédibilité du modèle.
e. Conclusion
· Le nombre de trains et le taux
d'occupation sont les variables les plus importantes à
améliorer pour maximiser les recettes.
· La ponctualité semble avoir un effet négatif
mais non significatif ici, ce qui appelle à un suivi plus fin.
· La tarification a un effet positif, mais son impact peut
être limité par la sensibilité du marché.
· Malgré le petit échantillon, ce
modèle donne une bonne base pour orienter la gestion
opérationnelle de la SNCC.
3.5. Analyse qualitative des
entretiens semi-directifs
Introduction
Dans le cadre de l'évaluation de la performance
opérationnelle et financière du transport ferroviaire entre 2019
et 2024, des entretiens semi-directifs ont été menés
auprès de différents acteurs de la Société
Nationale des Chemins de fer du Congo (SNCC) : conducteurs, responsables
d'exploitation, agents de maintenance, cadres financiers et
représentants syndicaux. L'objectif de cette démarche
était de comprendre les perceptions, expériences et suggestions
de ces acteurs afin de compléter et expliquer les tendances
observées dans les données quantitatives. Les questions ont
porté sur les contraintes opérationnelles, la ponctualité,
la politique tarifaire, la sécurité et la gestion des ressources
humaines.
Résultats
L'analyse des témoignages recueillis a permis d'identifier
cinq thèmes principaux :
1. État du matériel roulant
Le manque de locomotives et de wagons en bon état a
été cité comme la première cause de limitation du
trafic. Plusieurs témoins ont indiqué que près
de la moitié du matériel est immobilisé par des
pannes ou en attente de pièces détachées
importées. Cela provoque :
· Une réduction du nombre de trains
mis en circulation chaque année (exemple : chute de 270 trains en 2019
à seulement 102 en 2024).
· Une sous-utilisation de la demande
disponible, car des contrats de transport doivent être
refusés faute de capacité.
Lien avec les données : La baisse du
nombre de trains observée dans la série correspond directement
aux témoignages sur la vétusté et le manque de
maintenance.
2. Ponctualité et retards
Les retards sont décrits comme
multifactoriels :
· Techniques : pannes en ligne ou manque de
locomotives de réserve.
· Climatiques : inondations et glissements
de terrain bloquant certaines sections de voies.
· Organisationnels : retards dans les
opérations de chargement/déchargement.
Ces facteurs augmentent le temps moyen de retard (exemple : 25,5
min en 2024 contre seulement 10,9 min en 2023). Une mauvaise
ponctualité dégrade la satisfaction client et peut
entraîner la perte de contrats au profit du transport routier.
Lien avec les données : Les années
avec les retards les plus élevés ne sont pas
systématiquement celles aux recettes les plus faibles, mais elles
montrent souvent une corrélation négative avec le taux
d'occupation.
3. Politique tarifaire
Les tarifs appliqués par la SNCC sont jugés
compétitifs par rapport à la route, mais ils
restent parfois en dessous des coûts réels d'exploitation, ce qui
réduit la marge bénéficiaire. Les décideurs
reconnaissent que l'augmentation des recettes dépend
davantage d'une hausse du volume transporté que d'une
révision tarifaire.
Lien avec les données :
· Exemple : en 2022, le tarif moyen a augmenté
à 1,10 USD/tonne.km, ce qui a coïncidé avec des recettes
élevées (149,5 millions CDF), malgré un volume
transporté inférieur à celui de 2019.
· Cela montre qu'un ajustement tarifaire ciblé,
combiné à une amélioration de la capacité, pourrait
améliorer la rentabilité.
4. Sécurité
Les incidents sécuritaires, notamment en 2020, ont
perturbé le trafic sur certaines lignes. Cela a entraîné
:
· Une perte de contrats (surtout pour les marchandises de
valeur).
· Une baisse du nombre de trains mis en circulation par
prudence.
· Des coûts supplémentaires pour la protection
des convois.
Lien avec les données : 2020,
année avec niveau de sécurité faible,
correspond aux recettes les plus basses de toute la
période ( 79,8 millions CDF) malgré un volume de tonnes
transportées similaire à 2019.
5. Ressources humaines
Plusieurs participants ont souligné un
déficit de formation continue pour les conducteurs,
techniciens et responsables d'exploitation. Les conséquences incluent
:
· Des interventions de maintenance plus longues.
· Des erreurs dans les opérations, augmentant les
retards.
· Une faible motivation du personnel, aggravée par le
manque de primes liées à la performance.
Lien avec les données : Les variations
irrégulières de la ponctualité et du nombre de trains
pourraient être en partie expliquées par cette composante
humaine.
Les résultats des entretiens confirment et expliquent en
grande partie les tendances observées dans les données
quantitatives. Les contraintes liées au matériel roulant, aux
retards et aux incidents de sécurité apparaissent comme des
freins majeurs à la performance. Pour améliorer les recettes
et la qualité de service, les recommandations portent sur :
· Le renouvellement du parc ferroviaire.
· Le renforcement de la maintenance.
· L'optimisation de la formation des équipes.
· L'ajustement des tarifs en cohérence avec les
coûts réels.
· La sécurisation des lignes stratégiques.
Ces actions combinées devraient permettre à la SNCC
d'optimiser la planification des trains et de maximiser ses recettes dans les
prochaines années.
Discussion des
résultats
Les résultats obtenus mettent en évidence
plusieurs tendances qui confirment des constats déjà
soulignés dans la littérature ferroviaire et dans les rapports
d'évaluation du transport de marchandises.
D'abord, la baisse du nombre de trains en
circulation sur la période 2019-2024, passant de 270 à
seulement 102, s'accompagne d'une volatilité des recettes. Cette
observation rejoint les analyses de Campos et Cantos78(*), qui montrent que la
capacité effective de transport est directement corrélée
à la performance économique d'un opérateur ferroviaire. En
effet, chaque train retiré du réseau représente non
seulement une perte de capacité, mais aussi une réduction de la
part de marché face à la concurrence routière.
La ponctualité apparaît comme un
facteur critique. Dans nos données, les années présentant
les retards les plus faibles (par ex. 2023 avec 10,9 minutes en moyenne) ne
sont pas systématiquement les plus rentables, mais elles sont
associées à un meilleur taux d'occupation. Ceci confirme les
travaux de Beinoviæ79(*), selon lesquels la ponctualité influence
fortement la satisfaction client et, par ricochet, la fidélisation et la
demande. La perte de fiabilité, même sans perte immédiate
de trafic, fragilise la position de l'opérateur sur le moyen terme.
Concernant la politique tarifaire, on observe
que les hausses ciblées, comme en 2022 (1,10 USD/tonne.km), peuvent
générer un surplus de recettes même en l'absence d'une
augmentation du volume transporté. Cela va dans le sens de l'analyse de
Nash et al.80(*), qui
soulignent que la rentabilité ferroviaire repose sur un équilibre
délicat entre compétitivité tarifaire et couverture des
coûts d'exploitation. Toutefois, dans le contexte congolais, une hausse
tarifaire seule ne suffit pas : elle doit s'accompagner d'une
amélioration de l'offre.
En ce qui concerne la sécurité,
l'année 2020 illustre parfaitement le lien entre incidents
sécuritaires et performance financière, avec un niveau
jugé "faible" et les recettes les plus basses de la série. Des
études comme celles de Liddle et Lung81(*) montrent que les interruptions de service
liées à l'insécurité peuvent avoir un impact
persistant sur la confiance des clients, même après le
rétablissement du trafic.
Enfin, les ressources humaines
représentent un levier souvent sous-estimé. Les
témoignages recueillis pointent un manque de formation continue et de
motivation, ce qui rejoint les conclusions de la Banque mondiale82(*) sur l'importance de la
formation technique et de la gestion des incitations dans la performance des
entreprises ferroviaires africaines.
En résumé, nos résultats suggèrent
que l'amélioration de la performance ferroviaire de la SNCC ne peut
passer que par une approche intégrée : augmentation et
modernisation du parc roulant, fiabilisation des opérations, ajustement
tarifaire raisonné, renforcement de la sécurité et
développement du capital humain.
Conclusion
générale
L'étude intitulée « Optimisation de la
gestion du trafic ferroviaire en vue de la maximisation des recettes de la
Société Nationale de Chemin de fer du Congo (SNCC) dans la
région des Grands Lacs » a permis de mettre en évidence
les leviers clés sur lesquels la SNCC peut agir pour améliorer sa
performance économique.
Les analyses statistiques démontrent que le nombre de
trains en circulation, la régularité des horaires et la
tarification constituent des variables déterminantes pour expliquer la
variation des recettes. Les données montrent qu'une meilleure
planification du trafic, associée à une augmentation progressive
de la fréquence des rotations et à une optimisation de
l'occupation des wagons, pourrait significativement accroître les
revenus.
Les entretiens qualitatifs complètent cette vision en
soulignant que l'efficacité opérationnelle dépend aussi de
facteurs organisationnels et infrastructurels : disponibilité du
matériel roulant, maintenance préventive, formation du personnel
et sécurisation des lignes. Ces dimensions, bien que moins visibles dans
les chiffres bruts, influencent directement la capacité de la SNCC
à offrir un service fiable et attractif.
En définitive, l'optimisation de la gestion du trafic
ferroviaire dans la région des Grands Lacs ne peut se limiter à
un ajustement technique des horaires ou des tarifs. Elle requiert une approche
intégrée combinant :
· Renforcement de la capacité
opérationnelle par l'augmentation du nombre de trains et la
modernisation du parc.
· Amélioration de la ponctualité et
de la sécurité pour renforcer la confiance des
clients.
· Stratégie tarifaire dynamique,
tenant compte à la fois de la compétitivité et de la
rentabilité.
Si ces actions sont mises en oeuvre de manière
coordonnée, la SNCC pourra non seulement maximiser ses recettes, mais
aussi consolider son rôle stratégique dans le développement
économique et l'intégration régionale des Grands Lacs.
Recommandations
1. Optimisation de la
fréquence et de la capacité de transport
· Augmenter progressivement le nombre de trains par an dans
la région des Grands Lacs, en priorisant les lignes les plus
rentables.
· Maximiser le taux d'occupation des wagons en ajustant les
rotations selon la demande réelle, grâce à une meilleure
coordination entre les services commerciaux et opérationnels.
· Mettre en place un suivi mensuel de la productivité
par train (tonnes transportées, recettes générées,
taux d'occupation).
2. Amélioration de la
ponctualité
· Réduire les retards moyens grâce à une
maintenance préventive rigoureuse du matériel roulant et des
infrastructures.
· Utiliser des indicateurs de performance clés (KPI)
sur la régularité, analysés chaque trimestre.
· Mettre en oeuvre des systèmes d'alerte et de
communication rapide pour anticiper et résoudre les causes de retard.
3. Politique tarifaire
dynamique
· Introduire une tarification différenciée
selon la saison, la demande et la nature du service (fret ou passagers).
· Réviser périodiquement les prix par tonne/km
pour aligner les tarifs sur les coûts réels d'exploitation et la
compétitivité du marché.
· Proposer des remises incitatives pour les clients
réguliers et les volumes importants.
4. Renforcement de la
sécurité ferroviaire
· Intensifier la surveillance sur les lignes sensibles
à travers des patrouilles mixtes (sécurité interne et
autorités locales).
· Installer des systèmes de contrôle et de
signalisation modernisés sur les sections à risque.
· Former régulièrement le personnel à
la gestion des incidents et à la sécurité des passagers et
des marchandises.
5. Modernisation et
innovation
· Investir dans la modernisation des locomotives et wagons
pour améliorer la fiabilité et réduire les coûts de
maintenance.
· Exploiter les technologies de gestion du trafic
(systèmes GPS, suivi en temps réel) pour planifier et ajuster les
trajets.
· Mettre en place un système intégré de
gestion des données permettant de croiser les informations de trafic, de
recettes et de maintenance.
6. Approche
intégrée et gouvernance
· Créer une cellule de planification
stratégique dédiée à la gestion du trafic dans la
région des Grands Lacs.
· Favoriser une coordination étroite entre la
direction technique, commerciale et logistique pour harmoniser les
décisions.
· Établir des partenariats avec les acteurs
économiques locaux afin d'anticiper les besoins en transport et
sécuriser des contrats à long terme.
Résumé du travail
Dans le cadre du travail de notre sujet intitulé
Optimisation de gestion du trafic ferroviaire en vue de la
maximisation des recettes de la société nationale des chemins de
fer du Congo dans la région des grands Lacs, nous avons
subdivisé notre mémoire en trois chapitres:
· Le Premier Chapitre était consacré
à la revue de la Littérature
· Le deuxième Chapitre a parlé de la
Présentation de la SNCC dans la région des Grands Lacs et
l'approche Méthodologique de recherche
· Le troisième chapitre a parlé de
Propositions de réformes et modélisation de l'optimisation pour
améliorer les recettes de la SNCC dans la région des grands
lacs.
Après nos recherches nous avons abouti aux
résultats selon lesquels le manque de locomotives, wagons en bon
état limite le trafic ; à cela nous ajoutons aussi la
vétusté et le manque de maintenance de tout le matériel
roulant et la voie ferroviaire en mauvais
état. Tout cela s'est concrétisé par des analyses
statistiques de données chiffrées qui nous ont été
fournies par la SNCC : du nombre de train, de tonnes transportés,
taux d'occupation, ponctualité-retard-minute, tarif/tonnes/km/USD et
recettes CDF par année (de 2019 à 2024) qui ne sont pas
bonnes.
Pour une bonne optimisation de la gestion du trafic
ferroviaire en vue de maximiser les recettes, la SNCC doit appliquer les
recommandations suivantes :
-Optimisation de la fréquence et de la capacité
de transport
-Amélioration de la ponctualité
-Politique tarifaire dynamique
-Renforcement de la sécurité ferroviaire
-Modernisation et innovation
-Approche intégrée et gouvernance
Tout cela a été démontré en long
et en large au troisième chapitre par l'analyse et le traitement des
données chiffrées à l'aide du logiciel R. Et ça
nous a permisà interpréter les résultats, à tirer
des conclusions et à donner des recommandations.
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applications: Design and methods (6th ed.). Sage publications.
Annexes
Scripts du logiciel R utilisés













Table des matières
EPIGRAPHE
I
DEDICACE
II
REMERCIEMENTS
III
SIGLES ET ABREVIATIONS
IV
LISTE DE TABLEAUX
V
INTRODUCTION GÉNÉRALE
1
1. Contexte et justification du sujet
1
2. Problématique
1
3. Hypothèses de recherche
2
empirique.
2
4. Etat de la question
2
5. Objectifs de l'étude
4
5.1. Objectif général
4
5.2. Objectifs spécifiques
4
6. Intérêt de l'étude
5
6.1. Intérêt scientifique
5
6.2. Intérêt pratique
5
6.3.Intérêt personnel
5
7. Méthodologie de recherche
5
8. Délimitation spatio-temporelle
6
8.1. Délimitation spatiale
6
8.2.Délimitation temporelle
6
9. Plan du mémoire
6
CHAPITRE I : REVUE DE LA LITTÉRATURE
7
I. Clarification conceptuelle
7
I.1. Trafic ferroviaire : définition,
composantes, enjeux
7
I.2. Gestion du trafic ferroviaire : principes,
acteurs et outils
8
I.3. Optimisation : sens économique et
technique dans le contexte ferroviaire
9
I.4. Recettes ferroviaires : typologie, sources,
indicateurs de mesure
10
I.5. Société Nationale des Chemins de
fer du Congo (SNCC) et Région des Grands Lacs : brève
contextualisation
12
II. Études sur la gestion du trafic
ferroviaire
13
II.1. Problématiques de planification et
régulation du trafic
13
II.2. Modèles de gestion du trafic à
l'échelle internationale
15
III. Optimisation et rentabilité dans le
transport ferroviaire
17
III.1. Approches d'optimisation appliquées
au rail
17
III.2. Indicateurs de performance et
rentabilité
18
III.3. Lien entre trafic optimisé et
accroissement des recettes
20
IV. Recherches empiriques sur les systèmes
ferroviaires
21
IV.1. Cas réussis dans les pays
industrialisés
21
IV.2. Cas des pays en développement :
expériences et leçons
23
IV.3. Cas spécifiques d'optimisation en
Afrique centrale et RDC
24
V. Lacunes observées et justification de la
présente recherche
25
CHAPITRE II : PRÉSENTATION DE LA SNCC ET
APPROCHE METHODOLOGIQUE
28
2.1. Milieu d'étude
28
Section 1 : Présentation
générale de la SNCC
28
1.1 Introduction
28
1.2 Historique
28
1.3 Mission
29
1.4 Réseau et infrastructure
29
1.5 Défis actuels
29
1.6 Perspectives d'avenir
29
Section 2 : Description du réseau
ferroviaire dans la région des Grands Lacs
30
Section 3 : Présentation de la SNCC dans la
région des Grands Lacs
30
3.1 Contexte géographique et
stratégique
30
3.2 Rôle de la SNCC dans la région des
Grands Lacs
30
3.3 Défis majeurs rencontrés
31
3.4 Perspectives et projets de
réhabilitation
31
3.5 Importance économique
31
Section 4 : La structure organisationnelle de la
SNCC dans la région des Grands Lacs
31
a) La direction régionale des Grands
Lacs
31
b) Le secrétariat
32
c) Service du personnel et social
32
d) La coordination d'exploitation
32
e) Le service médical
32
f) Service de génie social
33
g) Service de matériel
33
h) Le service d'approvisionnement
33
i) Service commercial
33
j) Service de finance
34
k) Le service de transport
34
l) Le chantier naval
35
m) Le service de télécommunication et
d'électricité
36
n) Le service de sécurité et de
surveillance ferroviaire
37
· ORGANIGRAMME DE LA SNCC DANS LA
REGION DES GRANDS LACS
39
2.2. APPROCHE METHODOLOGIQUE
40
1. Type de recherche
40
2. Population et échantillonnage
40
2.1 Population cible
40
2.2 Échantillonnage
40
L'échantillonnage sera appliqué dans
le cadre des entretiens semi-directifs.
40
· Entretiens semi-directifs
40
3. Sources de données
41
3.1 Données secondaires
41
3.2 Données primaires
41
4. Techniques de collecte des données
41
5. Méthodes d'analyse des données
42
5.1 Analyse quantitative
42
5.2 Analyse qualitative
42
6. Cadre d'optimisation envisagé
42
7. Limites de l'étude
42
8. Déontologie
43
CHAPITRE III. PROPOSITIONS DE RÉFORMES ET
MODÉLISATION DE L'OPTIMISATION POUR L'AMELIORATION DES RECETTES DE LA
SNCC DANS LA RÉGION DES GRANDS LACS
44
3.1. Présentation des données
44
3.2. Analyse descriptive
46
3.3. Coefficients de corrélation de Pearson
entre les variables de gestion et les recettes
47
Interprétation
47
3.4. Modèle de régression
multiple
48
a) Les estimations sous le logiciel R, fournissent
les renseignements ci-après :
48
b. Diagnostics
48
1. Test de normalité des résidus
(Shapiro-Wilk)
48
2. Test d'homoscédasticité
(Breusch-Pagan)
49
3. Multicolinéarité (VIF - Variance
Inflation Factor)
49
c. Interprétation des coefficients
49
d. Qualité du modèle
50
e. Conclusion
50
3.5. Analyse qualitative des entretiens
semi-directifs
50
Introduction
50
Résultats
50
Discussion des résultats
54
Conclusion générale
56
Recommandations
57
1. Optimisation de la fréquence et de la
capacité de transport
57
2. Amélioration de la ponctualité
57
3. Politique tarifaire dynamique
57
4. Renforcement de la sécurité
ferroviaire
57
5. Modernisation et innovation
57
6. Approche intégrée et
gouvernance
58
BILIOGRAPHIE
59
Annexes
63

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