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Les débats autour de la guerre d'Algérie à  travers le journal Le Monde


par Philippe SALSON
Université Michel de Montaigne Bordeaux III - Maà®trise d'Histoire contemporaine 2001
  

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3/ Un mythe qui suscite des critiques

a) La critique du Monde sous la plume de Viansson-Ponté

Le quotidien du soir, dès la publication du livre, s'empresse d'en faire une critique argumentée mais néanmoins sévère. Pierre Viansson-Ponté dans le numéro du 9 octobre 1970 s'exprime sans détour : « Le drame de l'Algérie [...] est conté de façon plus schématique et apologétique encore que la naissance et le fonctionnement du régime » ou encore « c'est [...] la peinture d'une politique idéale qui ne tient aucun compte des vicissitudes, des variations, des échecs et apparaît fort éloignée de ce qu'elle fut en réalité ». Ce reproche vis-à-vis de la lenteur et des hésitations de de Gaulle se retrouve dans l'article qu'il a écrit lorsque ce dernier a démissionné73:

« Si de Gaulle avait dès l'origine, comme l'assurent ses partisans, la volonté de conduire l'Algérie jusqu'au seuil de l'indépendance, mais le souci de ne pas aller plus vite dans cette direction que l'armée, l'opinion métropolitaine et les Français d'Algérie n'étaient pas disposés à l'admettre, il faut croire qu'il a singulièrement tardé et qu'il a payé dans tous les domaines - révoltes militaires, terrorisme, rapatriements massifs, rupture de tout

lien organique et finalement spoliations - le prix le plus élevé. La paix, l'indépendance, ne devaient pas apparaître comme le couronnement d`une évolution menée dans l'ordre, avec méthode, harmonieusement dosée à chaque étape, mais comme une sorte de débâcle aggravée par les crimes de l'O.A.S. »

b) L'amertume des anciens activistes

Plus violents, plus passionnels mais moins argumentés sont les reproches des nostalgiques de l'Algérie française vis-à-vis de l'ancien président de la République. Leur but consiste généralement à dévoiler les responsabilités de de Gaulle dans l'opération « Résurrection »74. Impliqué de cette manière dans l'activisme pro-Algérie française, le général de Gaulle en aurait ensuite « trahi » ses partisans en accordant l'indépendance. Ainsi, Jouhaud relate le feu vert donné par de Gaulle à Salan pour une telle opération : « Je pense que ça va marcher. Mais dans le cas contraire, à Salan de jouer »75. C'est alors un de Gaulle cynique et dupant les siens par arrivisme politique qui est présenté. Portrait qui apparaît assez éloigné de la vérité. En réalité, le général de Gaulle n'a vraisemblablement envisagé l'opération que comme une opération d'intoxication. D'autre part, il aurait pu être utile de transporter des troupes venues d'Algérie pour maintenir l'ordre après une prise légale de pouvoir76.

Un des meilleurs exemples de mémoire faussée sur la guerre d'Algérie, est celle relevant de la mythologie gaullienne, celle d'un homme marchant imperturbablement dans le sens de l'Histoire, à savoir l'indépendance. En réalité, le règlement du conflit ne s'est imposé au général qu'après avoir essayé toutes les autres possibilités. C'est sa méfiance vis-à-vis du F.L.N. entretenue par un mépris de type colonial envers les musulmans77, qui a retardé les négociations et non pas le souhait de ménager l'opinion. L'opinion, de Gaulle n' a jamais voulu en être l'esclave et il s'est révélé capable de la renverser par de simples allocutions.

Le rôle du général de Gaulle dans la guerre d'Algérie est un thème récurrent du débat et par conséquent un axe majeur de structuration d'une mémoire collective sur les événements. C'est la polémique qui attire l'attention de l'opinion sur une telle thématique et suscite des

74 c'est-à-dire le débarquement en métropole en mai 1958 qui, à défaut d'une solution légale, imposerait le retour au pouvoir du général de Gaulle

75 compte-rendu des Mémoires de Jouhaud ( op. cit. ), le 26-27 octobre 1969

76 du moins, c'est l'opinion du général Ely dans son ouvrage (op. cit. )

77 A.Peyrefitte (op. cit.) nous révèle cette face cachée du général dans ce type de réflexion : « Les musulmans, vous êtes allé les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas ? »

« redécouvertes » de la guerre d'Algérie. L'un des meilleurs exemples de cette polarisation de la mémoire est le débat sur la torture. C'est vraiment lui qui porte le débat sur la guerre d'Algérie et il est devenu un des axes majeurs d'étude historique mais surtout journalistique du conflit78.

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